ELFES ET FOUINE
Le lendemain matin, l'orage s'était éloigné, mais le plafond de la Grande Salle restait sombre. D'épais nuages d'un gris d'étain défilaient au-dessus des têtes tandis que Megan, Ron, Hermione et Potter, assis à la table du petit déjeuner, étudiaient leur emploi du temps de l'année. Un peu plus loin, Fred, George et Lee Jordan discutaient des meilleures méthodes qui pourraient les vieillir et leur permettre d'être admis comme candidats au Tournoi des Trois Sorciers, conversation sur laquelle Megan gardait une oreille attentive.
- Pas mal, le programme de ce matin, on va être dehors toute la journée, commenta Ron en parcourant son emploi du temps à la colonne du lundi. On a botanique avec les Poufsouffle et ensuite, soins aux créatures magiques... Nom d'un dragon, on est encore avec les Serpentard pour ce cours-là...
- Double cours de divination, cet après-midi, grogna Potter.
- Tu aurais dû laisser tomber, comme moi, dit vivement Hermione en se beurrant un toast. Ça t'aurait permis de faire quelque chose de plus intelligent à la place, l'arithmancie, par exemple.
- Tiens, tu as recommencé à manger, on dirait, fit remarquer Ron en voyant Hermione étaler une épaisse couche de confiture sur son toast beurré.
- J'ai décidé qu'il y avait de meilleurs moyens de prendre la défense des elfes, répliqua Hermione d'un ton hautain.
- Ouais... et en plus, tu avais faim, dit Ron avec un sourire. Eh, Megan, tu n'as pas de cours d'Arithmancie ? s'exclama-t-il en s'emparant de l'emploi du temps de son amie.
- Non, répondit celle-ci en reprenant le document. C'était l'Arithmancie ou la Divination, et l'un n'étant pas plus crédible que l'autre, j'ai choisi de garder la matière où je m'amusais le plus.
Hermione lui jeta un coup d'œil désapprobateur : elle trouvait l'Arithmancie parfaitement crédible, tout cela simplement parce que cette matière se basait sur les chiffres pour faire d'absurdes prédictions ou déductions.
Il y eut un soudain bruissement d'ailes au-dessus d'eux et une centaine de hiboux chargés de lettres et de paquets s'engouffrèrent dans la salle en passant par les fenêtres ouvertes. Les hiboux décrivaient des cercles au-dessus des tables, cherchant leurs destinataires. Il n'y avait pas Eleyna parmi eux, son voyage jusqu'à Sirius était bien trop long, mais une grande chouette hulotte fondit sur Longbottom et déposa un paquet sur ses genoux – le garçon oubliait presque toujours quelque chose quand il faisait ses bagages. De l'autre côté de la salle, le hibou grand-duc de Draco s'était posé sur son épaule, apportant son habituel colis de friandises et de gâteaux envoyés par sa famille. Megan tâcha de l'ignorer – elle ne recevait plus ce genre de colis depuis que les Malfoy avaient appris sa répartition à Gryffondor.
- Megan, j'ai réfléchi toute la nuit, dit Hermione sur le chemin détrempé qui menait à la serre numéro trois. Et j'ai trouvé une idée pour aider les elfes de maison.
- Fantastique, commenta placidement son amie. On en parle après le cours ?
Elle n'avait absolument aucune envie d'écouter Hermione lui exposer un plan tordu visant à mettre en place une législation sociale pour les elfes de maison, et espéra que le cours de botanique suffirait à lui changer les idées.
Le professeur Sprout montra aux élèves des plantes très laides. En fait, elles ressemblaient moins à des plantes qu'à de grosses limaces noires et épaisses qui dépassaient verticalement de leurs pots. Elles se tortillaient légèrement et étaient couvertes de grosses pustules brillantes apparemment pleines de liquide.
- Ce sont des Bubobulbs, annonça vivement le professeur Sprout. Vous allez percer leurs vésicules pour recueillir le pus...
- Le quoi ? s'écria Seamus Finnigan d'un ton dégoûté.
- Le pus, Finnigan, le pus, répéta le professeur Sprout. Et c'est une substance extrêmement précieuse, alors n'en perdez pas, surtout. Vous allez donc recueillir ce pus dans des bouteilles. Mettez vos gants en peau de dragon, car le pus de Bubobulb peut avoir quelquefois des effets bizarres s'il entre en contact avec la peau sans avoir été dilué.
Percer les pustules de Bubobulbs était assez répugnant mais procurait également une étrange satisfaction. Chaque fois qu'une des vésicules éclatait, il s'en échappait une grande quantité d'un épais liquide d'une couleur vert jaunâtre, qui dégageait une forte odeur d'essence. Les élèves le faisaient couler dans les bouteilles que le professeur Sprout leur avait données et, à la fin du cours, ils en avaient recueilli plusieurs litres.
- Voilà qui va faire plaisir à Madame Pomfrey, déclara le professeur Sprout en enfonçant un bouchon de liège dans le goulot de la dernière bouteille. Le pus de Bubobulb est un excellent remède contre les formes les plus persistantes d'acné. Avec ça, les élèves de Poudlard devraient cesser de recourir à des méthodes désespérées pour se débarrasser de leurs boutons.
- Comme cette pauvre Eloise Midgen, dit à voix basse Hannah Abbott, une élève de Poufsouffle. Elle a essayé d'enlever les siens en leur jetant un sort.
- Quelle idiote, soupira le professeur Sprout en hochant la tête. Heureusement que Madame Pomfrey a réussi à lui remettre le nez en place.
Au fil des années, Madame Pomfrey avait vu défiler des élèves présentant des pathologies les plus diverses, fruits de leur expérimentations magiques diverses, et Megan ne doutait pas qu'elle avait parfois dû voir des baguettes coincées dans des endroits gênants.
Une cloche retentit avec force dans le château, annonçant la fin du cours et les élèves des deux maisons se séparèrent, les Poufsouffle montant l'escalier de pierre pour aller en classe de métamorphose et les Gryffondor prenant la direction de la cabane en bois où habitait Hagrid, à la lisière de la Forêt interdite.
- Il faut absolument que je t'explique mon idée, affirma Hermione en arrivant aux côtés de Megan sur le chemin vers le cours suivant.
Megan leva les yeux au ciel : le cours sur les Bubobulbs n'avait pas suffi à faire oublier à Hermione sa rébellion envers le traitement des elfes de maison.
- Dis toujours, marmonna-t-elle.
- Je vais créer une association !
- Allons bon.
- Je dois aller à la bibliothèque cet après-midi, poursuivit Hermione avec enthousiasme.
Hagrid les attendait devant sa cabane, une main sur le collier de Fang, son énorme chien noir. À ses pieds, plusieurs caisses en bois étaient posées sur le sol et Fang tirait sur son collier en gémissant, apparemment impatient d'en examiner le contenu de plus près. Lorsqu'ils approchèrent, ils entendirent un raclement ponctué de petites explosions.
- Bonjour ! lança Hagrid en souriant à Megan, Ron, Hermione et Potter. On va attendre les Serpentard, ça au moins, ça va leur plaire... des Scroutts à pétard !
- Vous pouvez répéter ? demanda Ron.
Hagrid montra les caisses.
- Beuârk ! s'écria Lavender Brown en faisant un bond en arrière.
« Beuârk » était le mot qui pouvait le mieux définir les Scroutts à pétard. On aurait dit des homards difformes, dépourvus de carapace, d'une pâleur horrible, d'aspect gluant, avec de petites pattes qui dépassaient aux endroits les plus inattendus et sans tête visible. Il y en avait environ une centaine dans chaque caisse. Longs d'une quinzaine de centimètres, ils rampaient les uns sur les autres, se cognant contre les parois, comme s'ils étaient aveugles, et dégageaient une forte odeur de poisson pourri. De temps à autre, des étincelles jaillissaient à l'extrémité de l'une des créatures qui se trouvait alors propulsée de plusieurs centimètres en avant.
- Ils viennent d'éclore, annonça fièrement Hagrid. Vous allez pouvoir les élever vous-mêmes ! J'ai pensé que ça ferait un bon projet !
- Et pourquoi est-ce qu'on aurait envie de les élever ? répliqua une voix glaciale.
Les Serpentard étaient arrivés. C'était Draco qui venait de parler. Crabbe et Goyle ponctuèrent son intervention d'un petit rire. Hagrid parut pris de court par la question.
- Qu'est-ce qu'ils font, ces animaux-là ? demanda Draco. À quoi servent-ils ?
Hagrid ouvrit la bouche. Apparemment, il réfléchissait. Il y eut quelques instants de silence, puis il répondit d'un ton brusque :
- Ça, ce sera pour le prochain cours, Malfoy. Aujourd'hui, il faut les nourrir, c'est tout. On va essayer différentes sortes d'aliments. C'est la première fois que j'en ai, de ceux-là, je ne sais pas très bien ce qui peut leur plaire. J'ai apporté des œufs de fourmi et des foies de grenouille et puis un morceau de couleuvre. Vous n'aurez qu'à essayer de leur donner un peu de chaque.
- D'abord, du pus, et maintenant, ça, marmonna Seamus Finnigan.
Seule la profonde affection qu'ils éprouvaient pour Hagrid décida Megan, Ron, Hermione et Potter à prendre chacun une poignée de foies de grenouille visqueux et à les agiter au-dessus des Scroutts à pétard pour essayer de les mettre en appétit, malgré le fait que les Scroutts ne semblaient pas avoir de bouche.
- Ouïe ! s'écria Dean Thomas, une dizaine de minutes plus tard. Il m'a eu !
Hagrid se précipita vers lui d'un air inquiet.
- Il a explosé ! expliqua Thomas d'un ton furieux en montrant à Hagrid une brûlure sur sa main.
- Ah, oui, ça, ce sont des choses qui arrivent, commenta Hagrid avec un hochement de tête.
- Beuârk ! répéta Lavender Brown. Hagrid, qu'est-ce que c'est que cette chose pointue, là ?
- Il y en a qui ont des dards, répondit Hagrid avec enthousiasme. (Lavender retira vivement sa main de la boîte.) Je pense que ce sont les mâles... Les femelles ont une espèce de ventouse sur le ventre... Ça doit être pour sucer le sang.
- Je comprends maintenant pourquoi il est si important de les maintenir en vie, lança Draco d'un ton sarcastique. Qui n'a jamais rêvé d'avoir des animaux de compagnie qui brûlent, piquent et sucent le sang ?
Cette remarque arracha un sourire à Megan, mais pas à ses amis.
- Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas très beaux qu'ils ne peuvent pas être utiles, répliqua sèchement Hermione. Le sang de dragon a des vertus magiques prodigieuses, mais il n'empêche qu'on n'a pas très envie d'avoir un dragon à la maison.
Megan haussa un sourcil : tout comme Ron, Hermione et Potter, elle savait que le plus cher désir de Hagrid était précisément d'avoir un dragon chez lui. Il en avait même eu un pendant une brève période, au cours de leur première année d'études à Poudlard, un Norvégien à crête, passablement agressif, du nom de Norbert. D'une manière générale, Hagrid avait une passion pour les créatures monstrueuses — plus elles étaient dangereuses, plus il les aimait.
- Au moins, les Scroutts ne sont pas très grands, fit observer Ron lorsque, à la fin du cours, ils retournèrent au château pour aller déjeuner.
- Ils ne le sont pas aujourd'hui, fit remarquer Hermione d'un ton exaspéré, mais quand Hagrid aura trouvé ce qu'ils aiment manger, ils grandiront et finiront peut-être par mesurer deux mètres de long.
- Ça n'aura pas d'importance si on découvre qu'ils guérissent le mal de mer ou je ne sais quoi d'autre, répliqua Ron en lui adressant un sourire moqueur.
- Tu sais très bien que j'ai dit ça uniquement pour faire taire Malfoy, dit Hermione.
- Tu dis ça, mais il a raison, leur fit remarquer Megan. Il vaudrait mieux pour Hagrid qu'il se débarrasse de ces créatures avant qu'elles ne commencent à attaquer les élèves.
Ron, Hermione et Potter ne répondirent pas, mais Megan devina qu'ils pensaient comme elle. Ils arrivèrent au château et se dirigèrent vers la Grande Salle. Alors qu'elle marchait vers la table des Gryffondor, un élève se leva de la table des Serdaigle et se dirigea vers Megan.
- Je vous rejoins, marmonna la jeune fille à l'adresse des trois autre, un sourire de nouveau dessiné ses lèvres.
Sans même s'apercevoir que Megan ne les suivait pas, Ron, Hermione et Potter allèrent s'asseoir à leur table tandis que la jeune fille faisait face à Kevan.
- Tu vas bien ? s'enquit-il.
- Je t'ai dit que oui, soupira la jeune fille.
- Ton message était un peu court, et tu ne m'as donné aucune nouvelle depuis.
- J'étais occupée !
Elle n'avait pas l'intention d'informer le jeune homme de ses moindres faits et gestes. Kevan la dévisagea avec un air inquiet en passant sa main dans ses longs cheveux noirs, puis soupira.
- Pas de Quidditch, cette année, commenta-t-il, ramenant la conversation sur un terrain moins sensible. Tu dois être déçue, non ?
- Avec le Tournoi des trois sorciers à la place ? s'exclama Megan. C'est beaucoup plus intéressant ! Tu vas te présenter ?
- Je n'aurai dix-sept ans qu'en mars, la sélection a lieu en octobre, je ne peux pas me présenter.
- Moi j'aurai dix-sept dans trois ans, ça ne va pas m'empêcher de candidater !
- Dumbledore l'a interdit, Megan.
- Il peut toujours essayer de m'en empêcher, répliqua la jeune fille, l'air revêche.
Elle tourna les talons et rejoignit les autres à la table des Gryffondor. Tous avaient commencé à manger, et Hermione, tout particulièrement, avalait son repas à une vitesse inquiétante.
- Heu... c'est ta nouvelle façon de lutter pour les droits des elfes ? s'étonna Ron. Tu as l'intention de te rendre malade ?
- Non, répondit Hermione avec toute la dignité dont elle était encore capable en parlant la bouche pleine de choux de Bruxelles. Je veux simplement aller à la bibliothèque.
- Quoi ? s'exclama Ron d'un air incrédule. Hermione, c'est le premier jour de classe ! On n'a pas encore eu un seul devoir !
Hermione haussa les épaules et continua à engloutir le contenu de son assiette comme si elle n'avait rien mangé depuis plusieurs jours. Megan savait qu'elle voulait commencer son absurde projet d'association en faveur des elfes de maison. Son amie se leva d'un bond et dit :
- On se voit ce soir au dîner !
Et elle se hâta de quitter la Grande Salle. Megan haussa les épaules, attrapa un toast et sortit de table pour rejoindre Hermione, en amie fidèle. En sortant, elle vit Kevan la suivre du regard. Elle ne l'avait pas vu depuis plusieurs semaines et ne lui avait accordé que quelques secondes de son temps et pas même un baiser, elle était consciente de le délaisser, mais elle ne souhaitait pas commencer l'année en s'imposant des pressions inutiles.
- Tu veux toujours créer une association ? demanda Megan à Hermione d'un ton las sur le chemin vers la bibliothèque. Un truc pour que les elfes de maisons aient le droit à un salaire ?
- J'ai plein d'idées, affirma Hermione. Mais il faut commencer par le commencement.
Megan haussa un sourcil, curieuse de savoir ce que pouvait bien être le commencement d'une association de sorciers pour libérer des créatures qui se réjouissaient d'être asservies. Son amie la mena jusqu'à une table au fond de la bibliothèque pour y être tranquilles.
- Alors ? s'enquit son amie, sceptique.
- On va commencer par faire des recherches, affirma Hermione. Tout ce que tu trouveras sur les elfes de maison, et sur leur relation aux sorciers, la place dans notre société…
- On a cours dans une heure, tu sais ?
- Justement ! On a une heure pour mettre en marche ce projet.
Avec un manque d'enthousiasme risible, Megan se dirigea vers les étagères et pencha la tête pour lire les titres des livres. N'existant aucune section consacrée aux elfes de maison, elle dut parcourir de nombreuses rangées aux thèmes variés, se demandant bien où elle trouverait le genre d'information qui intéressait Hermione. Anthologie des enchantements au XVIIe siècle, Biographie de Ulric le Follingue, le Code de conduite des loups-garous, Grandeur et décadence de la magie noire… Elle saisissait au hasard quelques livres un tant soit peu prometteurs qu'elle empilait sur la table et dans lesquels Hermione s'empressait de se plonger.
- Le Guide de la sorcellerie médiévale ? proposa Megan en en choisissant un au hasard.
- Très bien, dit Hermione, déjà plongée dans Les grands événements de la sorcellerie au XXe siècle.
Elle ajouta le livre en haut de la pile.
- J'imagine que La triste métamorphose de mes pauvres pieds, ça ne t'intéresse pas ? commenta Megan avec un sourire moqueur.
Hermione ne releva même pas. Avec un nouveau soupir, Megan s'assit à côté d'elle et attrapa un des volumineux manuels.
- Si tu trouves quelque chose d'intéressant, tu le notes, la pressa Hermione.
- Hm hm…
Les Êtres et les non-Êtres mentionnait de nombreuses créatures diverses et variées, avec des commentaires de toute sorte de l'auteur. En consultant l'index, Megan fut ravie de découvrir que les elfes de maison correspondaient à la définition de Grogan Stump selon laquelle un Être était « une créature dotée d'une intelligence suffisante pour comprendre les lois de la communauté magique et pour prendre une part de responsabilité dans l'élaboration de ces lois ».
- D'après Stump, les elfes devraient prendre une part de responsabilité dans l'élaboration de ces lois, lut Megan en prenant une plume pour prendre des notes. Tu veux qu'ils aient leur propre département au ministère et qu'ils rédigent eux-mêmes les lois ?
- Un elfe au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques ! sursauta Hermione. Excellente idée !
Un sourcil levé, Megan regarda son amie s'empresser de noter cette brillante proposition, et se promit de bien réfléchir la prochaine fois qu'elle plaisanterait sur un potentiel programme pour l'association que Hermione voulait créer.
Pendant une heure, elles restèrent en silence à noter chaque élément insignifiant qui pourrait bien étayer le vaste projet de Hermione. Lorsque la cloche sonna pour annoncer le début des cours de l'après-midi, Megan fut ravie de quitter la bibliothèque pour se diriger vers la tour nord, où se tiendrait son cours de Divination tandis qu'Hermione se rendait en cours d'Arithmancie. Peu désireuse de se retrouver seule avec le professeur Trelawney, elle patienta au bas de l'escalier en colimaçon en haut duquel une échelle d'argent permettait d'accéder à une trappe circulaire aménagée dans le plafond, laquelle débouchait dans l'étouffante salle de classe. Assez rapidement, Ron et Potter arrivèrent à leur tour. Ensemble, ils gravirent l'escalier puis l'échelle. Lorsqu'ils émergèrent de la trappe, ils sentirent aussitôt l'habituel parfum douceâtre qui émanait du feu, dans la cheminée. Comme toujours, les rideaux étaient tirés devant les fenêtres. La pièce circulaire baignait dans une faible lumière rouge que répandaient de nombreuses lampes enveloppées de châles et d'écharpes. Megan, Ron et Potter se faufilèrent parmi les fauteuils et les poufs recouverts de chintz où les élèves étaient assis et allèrent s'installer à une table ronde.
- Je vous souhaite le bonjour, dit la voix mystérieuse du professeur Trelawney, juste derrière Potter qui sursauta.
C'était une femme mince, avec des lunettes énormes qui faisaient paraître ses yeux beaucoup trop grands pour son visage. Elle regarda Potter avec l'expression tragique qui était la sienne chaque fois qu'elle le voyait. Son habituelle débauche de perles, de chaînes et de bracelets scintillait à la lueur des flammes.
- Vous êtes préoccupé, mon pauvre chéri, dit-elle au garçon d'un ton lugubre. Mon troisième œil voit derrière votre visage une âme troublée. Et j'ai le regret de vous dire que vos inquiétudes ne sont pas sans fondement. Je vois des moments difficiles qui vous attendent, hélas... très difficiles... Ce que vous redoutez va se produire, je le crains... Et peut-être plus tôt que vous ne le pensez...
Sa voix se transforma presque en un murmure. Ron tourna les yeux vers Potter qui paraissait imperturbable. Megan eut un sourire moqueur en se rappelant la peur que la fausse voyante avait fait au garçon l'an dernier en lui parlant du présage du Sinistros.
Le professeur Trelawney passa devant eux et alla s'installer dans un grand fauteuil à côté de la cheminée, face à la classe. Lavender Brown et Parvati Patil, qui éprouvaient pour le professeur Trelawney une admiration éperdue, étaient assises tout près d'elle, sur des poufs.
- Mes chéris, il est temps pour nous de nous intéresser aux étoiles, au mouvement des planètes et aux mystérieux présages qu'elles révèlent exclusivement à ceux qui sont capables de comprendre la chorégraphie de la danse céleste, annonça le professeur. On peut connaître la destinée humaine en déchiffrant la façon dont les rayonnements planétaires s'interpénètrent...
Sur ce point, Megan était particulièrement sceptique. Si Trelawney pouvait vraiment voir au-delà des Hommes et deviner les secrets de l'avenir ou même du présent dans les étoiles, elle saurait qu'elle avait parmi ses élèves une jeune fille qui avait en elle une petite partie de Voldemort.
- Prenons par exemple votre cas, Mr Potter, poursuivit Trelawney. Le drame de votre enfance est lié aux étoiles et aux planètes.
Megan haussa un sourcil.
- De toute évidence, la maléfique planète Saturne devait occuper une position dominante dans le ciel au moment de votre naissance.
Megan et toute la classe se retournèrent vers Potter. Le garçon avait le regard dans le vide, affalé sur sa chaise, apparemment inconscient de ce que Trelawney pouvait bien penser du drame de son enfance.
- Harry ! chuchota Ron.
- Quoi ?
Le garçon, l'air soudain inquiet, regarda tout autour de lui et remarqua que tous les regards étaient braqués sur lui.
- J'étais en train de dire, mon pauvre garçon, que vous êtes né, de toute évidence, sous l'influence maléfique de Saturne, déclara le professeur Trelawney, avec une nuance de reproche dans la voix pour lui avoir témoigné si peu d'attention.
- Né sous... quoi, pardon ? bégaya Potter.
- Saturne, mon garçon, la planète Saturne ! répéta-t-elle, manifestement agacée de constater que la nouvelle le laissait toujours aussi indifférent. Je disais que Saturne occupait certainement une position dominante dans le ciel au moment de votre naissance... Vos cheveux noirs... votre taille moyenne... Une perte tragique à un âge si jeune... Je pense ne pas me tromper, mon pauvre chéri, en affirmant que vous êtes né en plein hiver ?
- Je suis né en juillet, répondit Potter.
Ron se mit à tousser pour dissimuler un éclat de rire mais Megan ne se donna pas cette peine : pour une fois que Potter était drôle.
Une demi-heure plus tard, chacun d'eux avait un graphique circulaire sous les yeux et s'efforçait de déterminer la position des planètes au moment de sa naissance. C'était un travail fastidieux qui obligeait à consulter sans cesse des éphémérides et à calculer des angles compliqués, et auquel Megan n'accordait pas la moindre crédibilité.
- J'ai deux Neptune, annonça Potter au bout d'un moment, fronçant les yeux devant son morceau de parchemin. Il doit y avoir une erreur, non ?
- Aaaaah, dit Ron en imitant le murmure mystérieux du professeur Trelawney, quand deux Neptune apparaissent dans le ciel, c'est le signe qu'un nain à lunettes est en train de naître, mon pauvre garçon...
Megan, ainsi que Finnigan et Thomas qui se trouvaient tout près d'eux, éclatèrent de rire, mais pas assez fort pour couvrir les petits cris surexcités de Lavender Brown.
- Oh, professeur, regardez ! s'écria-t-elle. Je crois que j'ai une planète bizarre ! Oooh, qu'est-ce que c'est, professeur ?
- C'est la Lune, ma chérie, répondit le professeur Trelawney en regardant sa carte du ciel.
- Est-ce que je pourrais voir ta lune, Lavender ? demanda Ron, faisant ouvrir à Megan des yeux ronds.
Par malchance, le professeur Trelawney l'entendit et ce fut sans doute la raison pour laquelle elle leur donna à la fin du cours un devoir aussi difficile.
- Vous me ferez une analyse détaillée de la façon dont les mouvements planétaires vous affecteront le mois prochain, en référence à votre thème personnel, lança-t-elle d'un ton sec qui ressemblait beaucoup plus à celui du professeur McGonagall qu'à son habituelle voix éthérée. Je veux ça pour lundi sans faute !
- Vieille chouette rabougrie ! grommela Ron avec amertume, tandis qu'ils descendaient dans la Grande Salle pour aller dîner. Ça va nous prendre tout le week-end, ce truc-là...
- Beaucoup de devoirs ? demanda Hermione d'un ton claironnant en les rattrapant dans l'escalier. Le professeur Vector ne nous en a pas donné du tout !
- Tant mieux, vive le professeur Vector, répondit Ron avec mauvaise humeur.
Le hall était rempli d'élèves qui faisaient la queue pour entrer dans la Grande Salle. Megan s'excusa un instant auprès de ses amis pour se rendre aux toilettes. Là aussi, il y avait la queue. Des filles qui gloussaient, qui chuchotaient, qui ricanaient. Sur un mur, un morceau de parchemin indiquait aux élèves que ceux qui demandaient à être dispensés de cours à cause d'une infection due à une morsure de Sasabonsam ne seraient pas accueillis avec amabilité par l'infirmière de l'école. Megan fronça les sourcils : ces créatures magiques, dotées de jambes en forme de fuseau et se nourrissant uniquement de sang, faisaient office de mascotte pour l'équipe nationale de Quidditch du Nigéria, et elle voyait mal comment un élève de Poudlard se retrouverait au contact d'une de ces créatures.
Lorsque Megan retourna vers ses amis, la file qu'elle avait laissée devant la Grande Salle s'était transformée en foule, et tous les élèves, silencieux, avaient l'air terrifié.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Megan à voix basse en s'approchant, les sourcils froncés.
Au milieu des élèves rassemblés, le professeur Fol Œil avait sa baguette magique pointée sur une fouine tremblante. De l'autre côté du cercle, Potter assistait à la scène avec ébahissement.
- Non, pas par-là ! rugit le professeur en pointant à sa baguette sur l'animal, qui fit un bond de trois mètres, retomba avec un bruit sourd sur le sol, puis s'éleva à nouveau dans les airs. Je n'aime pas les gens qui attaquent par-derrière, grogna-t-il, tandis que la fouine faisait des bonds de plus en plus hauts en lançant des cris de douleur. C'est lâche, c'est minable, c'est répugnant...
La fouine fut à nouveau projetée en l'air, agitant inutilement sa queue et ses pattes.
- Ne – refais – jamais – ça ! lança Fol Œil, en détachant chaque mot au rythme des bonds et des chutes de la fouine.
Un élève de première année, l'air terrorisé, leva les yeux vers Megan.
- Il a transformé Draco Malfoy, murmura-t-il.
La colère envahit aussitôt Megan. Elle fendit la foule des élèves, ses cheveux noirs s'agitant autour de son visage pâle.
- À quoi vous jouez ? s'écria-t-elle avec fureur, ignorant les yeux effarés et inquiets des autres élèves qui l'observaient désormais.
- Professeur Maugrey ! renchérit une voix scandalisée.
Le professeur McGonagall descendait l'escalier de marbre, les bras chargés de livres.
- Bonjour, professeur, répondit calmement Fol Œil, qui continuait de faire bondir la fouine de plus en plus haut.
- Que... Qu'est-ce que vous faites ? balbutia le professeur McGonagall en suivant des yeux l'animal qui se tortillait dans les airs.
- J'enseigne, répondit-il.
- Vous ens... Maugrey, c'est un élève ? s'écria le professeur McGonagall d'une voix suraiguë en laissant tomber ses livres par terre.
- Draco Malfoy ! L'informa furieusement Megan qui se retenait de sortir sa baguette.
- Non ! hurla McGonagall qui dévala l'escalier, sa baguette magique en avant.
Un instant plus tard, il y eut un craquement sonore et Draco réapparut, recroquevillé sur le sol, ses cheveux blonds et soignés tombant sur son visage qui était devenu d'un rosé brillant. Il se releva en faisant la grimace.
- Maugrey, nous n'avons jamais recours à la métamorphose pour infliger des punitions ! expliqua le professeur McGonagall d'une voix faible. Le professeur Dumbledore vous l'a sûrement précisé ?
- Il y a peut-être fait allusion, c'est possible, répondit Fol Œil en se grattant le menton d'un air indifférent. Mais j'ai pensé qu'un bon traitement de choc...
- Nous donnons des retenues, Maugrey ! Ou nous parlons avec le responsable de la maison à laquelle appartient l'élève fautif !
- D'accord, c'est ce que je ferai, acquiesça-t-il en regardant Draco d'un air dégoûté.
Draco, dont les yeux pâles étaient encore humides de douleur et d'humiliation, lança un regard hostile à Fol Œil et marmonna quelques paroles inaudibles, parmi lesquelles seuls les mots « mon père » furent prononcés distinctement.
- Ah ouais ? répondit tranquillement Fol Œil en avançant d'un pas claudicant, ponctué par le claquement régulier de sa jambe de bois qui résonnait dans tout le hall. Je le connais depuis longtemps, ton père, mon bonhomme... Tu n'as qu'à lui dire que Maugrey surveille son fils de près... Dis-lui ça de ma part... Le responsable de ta maison, c'est Snape, non ?
- Oui, acquiesça Draco d'un ton hargneux.
- Encore un vieil ami, grogna Fol Œil. Ça fait longtemps que j'ai envie de bavarder avec le vieux Snape... Allez, viens un peu par là...
Il saisit Draco par le bras et l'entraîna en direction du sous-sol. Le professeur McGonagall les regarda s'éloigner d'un air anxieux, puis elle agita sa baguette magique vers ses livres qui reprirent tout seuls leur place entre ses bras.
- Ne me parlez surtout pas, dit Ron à voix basse en s'adressant à Megan, Hermione et Potter, lorsqu'ils furent installés à la table des Gryffondor.
Tout autour d'eux, les élèves commentaient d'un air surexcité ce qui venait de se passer.
- Et pourquoi est-ce qu'on ne doit pas te parler ? répondit Megan, furibonde.
- Parce que je veux graver ça à tout jamais dans ma mémoire, répondit Ron, les yeux fermés, une expression d'extase sur le visage. Draco Malfoy, l'extraordinaire fouine bondissante...
Ils éclatèrent de rire tandis qu'Hermione remplissait leurs assiettes de ragoût de bœuf. Seule Megan ne riait pas.
- Si McGonagall ne l'avait pas arrêté ça aurait mal tourné, affirma-t-elle, l'air mauvais.
Quelques secondes de plus, et elle aurait elle-même attaqué Fol Œil.
- Megan ! s'exclama Ron avec fureur, en rouvrant soudain les yeux. Tu es en train de gâcher le plus beau moment de ma vie !
Elle le gratifia en retour d'un regard noir. Hermione, toujours aussi impatiente, recommença à manger à toute vitesse.
- Ne me dis pas que tu retournes à la bibliothèque ce soir ? demanda Potter en la regardant dévorer son ragoût.
- Il le faut, répondit-elle, la bouche pleine. J'ai beaucoup de choses à faire.
- Mais tu nous as dit que le professeur Vector...
- Ce n'est pas du travail scolaire, soupira Megan.
Quelques minutes plus tard, Hermione avait vidé son assiette et quitté la Grande Salle avec Megan pour qu'elles consacrent leur soirée à finaliser les recherches de Hermione sur la place des elfes de maison dans le monde de la magie.
