LES SORTILEGES IMPARDONNABLES
Pendant encore deux jours, Megan accompagna fidèlement Hermione à la bibliothèque. Une fois l'histoire de « l'esclavage » des elfes de maison retracée avec minutie, il s'agit de déterminer quel serait le but de la lutte que voulait mener Hermione. Outre la nomination d'un elfe au ministère de la magie, Hermione proposa à Megan sur un ton enflammé qu'ait lieu une modification de la législation relative au port de baguette. Le passage que Megan préféra fut celui du choix du nom du mouvement (Hermione avait fait l'acquisition de badges métalliques sur lesquels elle entendait inscrire le nom qu'elles auraient trouvé) elle manifesta cette fois un enthousiasme débordant.
- « Libérons les Elfes et Laissons-les Entrer au Ministère », LELEM, proposa Megan. Ou « ne Traitons plus Irrespectueusement les Loyaux Travailleurs », ça fait TILT ! Ou… POUET, « Pour Organiser l'Union des Elfes Travailleurs » !
Chaque fois que Megan élaborait un titre, Hermione secouait la tête, l'air songeur, sans s'apercevoir de l'ironie de son amie.
- Très bien, alors on peut aussi choisir… « Comment Opérer une Union d'Autonomie des Créatures », ça fait COUAC, j'aime bien, renchérit Megan.
- Et si on l'appelait… Arrêtons les Mauvais Traitements Scandaleusement Infligés à nos Amies les Créatures Magiques et Luttons pour un Changement de leur Statut ? proposa Hermione.
- AMTSIACMLCS ? sursauta Megan. C'est nul !
- Hm, tu as raison, ça ne tiendrait jamais sur les badges.
- Pourquoi tu ne prends pas un des miens, ils sont chouettes. Tiens, j'en ai un autre : « Comment Rendre Autonomes nos Doux Elfes », c'est sympa, ça fait CRADE.
- CRADE…, répéta Hermione d'un air absent.
Elle avait l'air de ne pas vraiment écouter ce que disait Megan depuis tout à l'heure, plongée dans ses pensées.
- Oh !
Elle leva les yeux vers Megan, l'air ravie.
- J'ai trouvé ! s'exclama-t-elle. On s'appellera la Société d'Aide à la Libération des Elfes !
- SALE ? Hm, oui, j'aime bien.
- Pas SALE ! S.A.L.E !
Hermione semblait ravie de son idée. Megan avait beau préférer POUET ou COUIC, elle ne fit aucun commentaire supplémentaire après tout c'était l'association de Hermione.
- Maintenant, il faut trouver un sort pour inscrire le nom sur les badges.
Megan trouva cette tâche bien plus intéressante que tout ce qu'elle avait eu à faire pour Hermione depuis qu'elle s'était lancée dans son projet. Elle continua donc de passer toutes ses pauses avec elle à la bibliothèque, ce qui intriguait Ron et Potter. Les garçons avaient cependant un autre sujet de conversation favori : Fol Œil. Ils étaient notamment fascinés par la haine qu'inspirait ce professeur à Snape. En effet, il était de notoriété publique que Snape convoitait depuis longtemps le poste de professeur de Défense contre les forces du Mal et, pour la quatrième année consécutive, il n'était toujours pas parvenu à l'obtenir. Snape avait éprouvé la plus vive antipathie pour les anciens enseignants de cette matière et ne s'était pas privé de le montrer mais, inhabituellement, il s'efforçait de ne pas manifester ouvertement son animosité envers Fol Œil. Chaque fois qu'ils étaient vus ensemble – pendant les repas ou en se croisant dans un couloir –, il semblait que Snape évitait le regard de son confrère, celui de son œil magique comme celui de son œil normal.
- Je crois que Snape a un peu peur de lui, commenta Potter d'un air songeur.
- Imagine que Maugrey transforme Snape en crapaud cornu, dit Ron, le regard rêveur, et qu'il le fasse rebondir devant toute la classe...
Megan fut la seule que ça n'amusa pas : elle n'avait pas pardonné à Fol Œil d'avoir humilié Draco. Elle avait cependant une idée assez précise de la raison pour laquelle le maître des potions tâchait d'éviter son nouveau collègue : Megan savait que Rogue avait appartenu au cercle des Mangemorts, et Fol Œil, en bon Auror, s'en doutait, bien qu'il n'ait jamais pu le prouver.
Le jeudi, Megan était si occupée à créer les badges, et Hermione à rédiger les grandes lignes de l'organisation de sa « société » qu'elles arrivèrent tout juste à temps pour le début du premier cours de Défense contre les forces du mal.
- Nous étions à...
- ... la bibliothèque, acheva Potter à la place d'Hermione. Dépêchez-vous, si vous voulez qu'on ait de bonnes places.
Ron, Hermione et Potter se précipitèrent sur les trois tables qui faisaient face au bureau professoral, mais Megan préféra s'asseoir au fond, à l'écart des autres. Elle semblait être la seule élève de Gryffondor à ne pas avoir attendu avec impatience ce cours. Sortant son exemplaire de Forces obscures : comment s'en protéger, elle attendit avec les autres dans un silence inhabituel. Bientôt, ils entendirent le son caractéristique du pas de Fol Œil. Le claquement de sa jambe de bois sur le sol résonna en écho dans le couloir et il entra dans la classe, la physionomie aussi étrange et effrayante qu'à l'ordinaire. Dépassant sous sa robe de sorcier, on apercevait son pied en bois doté de griffes.
- Les livres, vous pouvez les ranger, grogna-t-il, en allant s'installer à son bureau. Vous n'en aurez pas besoin.
Ils remirent aussitôt leurs manuels dans leurs sacs. Cette affirmation venait de détendre quelque peu Megan : seuls les cours de Défense contre les forces du mal où l'on se servait de sa baguette étaient dignes de son intérêt on ne pouvait pas apprendre à se battre dans un livre, n'en déplaise à Hermione.
Fol Œil sortit un registre, secoua sa longue crinière de cheveux gris pour dégager son visage tordu et couturé, puis commença à faire l'appel, son œil normal suivant la liste des noms tandis que l'œil magique tournait dans son orbite, se fixant sur chaque élève qui répondait « présent ». Sans surprise, son regard se fit plus perçant lorsqu'il en arriva à Megan, fille de célèbres Mangemorts, puis à Potter, le « Survivant ».
- Bien, dit-il, lorsqu'il eut terminé. J'ai reçu une lettre du professeur Lupin au sujet de cette classe. Il semble que vous ayez acquis de bonnes bases en ce qui concerne la protection contre les créatures maléfiques. Vous avez vu notamment les Épouvantards, les Pitiponks, les Strangulots, les loups‑garous et quelques autres, c'est bien cela ?
Il y eut un murmure d'approbation.
- Mais vous êtes en retard – très en retard – en matière de défense contre les mauvais sorts, poursuivit Fol Œil. Donc, je suis là pour vous remettre au niveau en vous enseignant les sortilèges dont se servent les sorciers entre eux. J'ai un an pour vous montrer comment vous y prendre avec les maléfices qui...
- Quoi, vous ne serez plus là l'année prochaine ? l'interrompit Ron.
L'œil magique de Fol Œil pivota pour se poser sur le garçon. Celui-ci parut d'abord un peu mal à l'aise mais, au bout d'un moment, le professeur eut un sourire. C'était la première fois que Megan le voyait sourire. Son visage barré de cicatrices parut plus tordu que jamais, mais Ron sembla profondément soulagé.
- Tu es le fils d'Arthur Weasley, c'est ça ? dit Fol Œil. Ton père m'a tiré d'un très mauvais pas, il y a quelques jours... Oui, je ne vais rester qu'un an, ensuite je retournerai à la quiétude de ma retraite.
Il éclata d'un rire rocailleux puis joignit ses mains noueuses. Megan ne put s'empêcher de penser que Poudlard devrait donc mettre la main sur un nouveau professeur d'ici la rentrée prochaine. Encore un.
- Alors, allons-y. Les mauvais sorts. Ils peuvent prendre les formes les plus diverses et leur puissance varie considérablement, selon les cas. Si l'on s'en tient aux recommandations du ministère de la Magie, j'ai pour mission de vous apprendre quelques sortilèges de défense, rien de plus. Je ne suis pas censé vous montrer comment les maléfices interdits se manifestent tant que vous n'aurez pas atteint la sixième année. En attendant, on vous estime trop jeunes pour les connaître en détail. Mais le professeur Dumbledore se fait une plus haute idée de votre caractère et pense que vous êtes capables d'en apprendre davantage. J'ajoute que, plus vite vous saurez ce qui vous attend, mieux ça vaudra. Comment pourriez-vous vous défendre contre quelque chose que vous n'auriez jamais vu ? Si un sorcier s'apprête à vous jeter un sort interdit, il ne va pas vous avertir de ses intentions. Il ne fera pas ça gentiment et poliment. Il faut que vous soyez préparés à réagir. Vous devrez être attentifs, toujours sur vos gardes. Miss Brown, vous n'avez pas besoin de regarder ça pendant que je parle.
Lavender Brown sursauta et rougit. Elle était en train de montrer à Parvati Patil sous son pupitre l'horoscope qu'elle avait achevé. Apparemment, l'œil magique du professeur arrivait à voir à travers le bois aussi bien que derrière sa tête.
- Alors... Quelqu'un peut-il me dire quels sont les maléfices que les lois de la sorcellerie répriment avec le plus de sévérité ?
Plusieurs mains se levèrent timidement, y compris celles d'Hermione et – étonnamment – de Ron. Megan, elle, fronça les sourcils, à la fois inquiète et ravie : est-ce que Fol Œil avait l'intention de leur faire la démonstration de sortilèges impardonnables ? Dumbledore avait beau être un vieux fou, n'était-il pas trop ambitieux de croire que des enfants de quatorze ans étaient prêts à affronter ce genre de magie ?
Fol Œil montra Ron du doigt, bien que son œil magique fût toujours fixé sur Lavender.
- Heu..., dit Ron, d'une voix mal assurée (il levait rarement la main en classe), mon père m'a parlé d'un maléfice... Ça s'appelle le sortilège de l'Imperium, ou quelque chose comme ça...
- Ah, oui, dit Fol Œil d'un air appréciateur, c'est sûr que ton père le connaît, celui-là. À une certaine époque, il a donné beaucoup de fil à retordre aux gens du ministère, l'Imperium.
Le professeur se leva avec lenteur, ouvrit le tiroir de son bureau et en sortit un bocal en verre. À l'intérieur, trois grosses araignées s'agitaient en tous sens pour essayer de sortir. Megan eut une vague pensée pour Ron, qui détestait les araignées. Fol Œil plongea une main dans le bocal, attrapa une des bêtes et la posa au creux de sa main pour que tout le monde puisse la voir. Puis il pointa sa baguette magique sur elle et murmura :
- Impero !
L'araignée sauta alors de sa main, se laissa descendre le long d'un imperceptible fil de soie et commença à se balancer comme si elle exécutait un numéro de trapèze. Puis elle tendit les pattes et fit un saut périlleux en arrière, rompant le fil et tombant sur le bureau où elle se mit à faire la roue en décrivant des cercles. Fol Œil agita sa baguette magique et l'araignée se dressa sur ses pattes de derrière en sautillant comme un danseur de claquettes. Tout le monde se mit à rire. Tout le monde, sauf Fol Œil et Megan.
- Vous trouvez ça drôle, hein ? grogna le professeur. Ça vous plairait que je vous oblige à faire la même chose ?
Les rires s'évanouirent presque instantanément. Megan eut un sourire cruel.
- Contrôle total, dit Fol Œil à voix basse tandis que l'araignée se recroquevillait et roulait sur elle‑même d'un bout à l'autre du bureau. Je pourrais lui ordonner de se jeter par la fenêtre, de se noyer, ou de sauter dans la gorge de l'un ou l'une d'entre vous...
Ron fut parcouru d'un frisson.
- Il y a des années, nombre de sorcières et de sorciers se sont retrouvés soumis à un sortilège d'Imperium, relata Fol Œil. Les gens du ministère ont eu bien du travail pour déterminer qui avait été forcé d'agir sous la contrainte et qui avait agi de sa propre volonté. L'Imperium peut être combattu, et je vais vous apprendre comment, mais il faut une vraie force de caractère pour s'y opposer et tout le monde n'en est pas capable. Il vaut mieux éviter d'en être victime si c'est possible. VIGILANCE CONSTANTE ! aboya-t-il, et tout le monde sursauta.
Fol Œil prit l'araignée sauteuse et la remit dans le bocal.
- Quelqu'un peut-il me citer un autre sortilège interdit ?
La main d'Hermione se tendit à nouveau, mais également celle de Longbottom. En général, le seul cours où Longbottom proposait des réponses aux questions du professeur était celui de botanique, de très loin sa matière préférée, et même lui parut surpris de sa propre audace. Megan savait cependant pourquoi il connaissait la réponse à cette question, et cette raison n'avait rien de bien joyeux.
- Oui ? dit Fol Œil, son œil magique se tournant vers le garçon.
- Il y en a un... Le sortilège Doloris, répondit Longbottom d'une petite voix que l'on entendit quand même distinctement.
Fol Œil regarda fixement le garçon, avec ses deux yeux, cette fois.
- Tu t'appelles Longbottom ? demanda-t-il, son œil magique se posant à nouveau sur le registre des noms.
Le garçon, mal à l'aise, approuva d'un signe de tête, mais Fol Œil ne lui posa aucune autre question. Lui aussi connaissait donc le secret de l'élève Megan lui fut reconnaissante de ne pas s'être étendu sur le sujet. Se tournant vers la classe tout entière, le professeur plongea une nouvelle fois la main dans le bocal et prit une autre araignée qu'il posa sur le bureau où elle resta immobile, apparemment trop terrifiée pour bouger. Megan devina ce qui allait suivre, et se demanda si Hermione allait créer à la sortie du cours la Société d'Aide à la Libération des Araignées Maltraitées.
- Le sortilège Doloris, dit Fol Œil. Il va falloir l'agrandir un peu pour que vous compreniez mieux le principe.
Il pointa sa baguette sur l'araignée.
- Amplificatum ! Marmonna-t-il.
L'araignée enfla aussitôt. Elle était à présent plus grosse qu'une tarentule. Megan vit Ron reculer sa chaise aussi loin que possible du bureau de Fol Œil. Celui-ci leva à nouveau sa baguette, la pointa sur l'araignée et murmura :
- Endoloris !
Les pattes de l'araignée cédèrent alors sous son corps. Elle roula sur elle-même, agitée d'horribles convulsions, se balançant de tous côtés. Elle n'avait aucune possibilité d'émettre le moindre son mais si elle avait eu une voix, elle aurait poussé des hurlements déchirants. Fol Œil tint sa baguette immobile et l'araignée fut parcourue de spasmes et de tremblements de plus en plus violents.
- Stop ! s'écria Megan d'une voix sonore et autoritaire.
Tous les regards se tournèrent vers elle, mais c'était Longbottom qu'elle regardait : les mains crispées sur le bord de la table, ses jointures livides, il avait les yeux écarquillés de terreur. Megan avait beau ne pas être une proche amie du garçon, elle savait ce que signifiait la souffrance due à la perte de ses parents, et elle n'aurait pas voulu qu'on lui inflige une épreuve semblable.
Fol Œil leva sa baguette. Les pattes de l'araignée se détendirent, mais elle continua de se convulser.
- Reducto, murmura-t-il.
L'araignée retrouva instantanément sa taille normale et Fol Œil la remit dans le bocal.
- La douleur, dit-il à voix basse. On n'a besoin d'aucune arme pour faire mal à quelqu'un quand on est capable de jeter le sortilège Doloris... Celui-là aussi a été très utilisé à une certaine époque. Quelqu'un peut-il me citer d'autres sortilèges interdits ?
À en juger par l'expression que Megan voyait sur les visages de ses camarades, tout le monde se demandait ce qui allait bien pouvoir arriver à la dernière araignée. La main d'Hermione tremblait légèrement lorsqu'elle la leva pour la troisième fois, mais ce ne fut pas elle que le professeur interrogea.
- Oui ? dit Fol Œil en regardant Megan.
- Avada Kedavra, répondit-elle d'une voix placide.
Plusieurs élèves, dont Ron, la regardèrent d'un air anxieux.
- Ah, dit Fol Œil en esquissant un nouveau sourire qui tordit sa bouche asymétrique. Oui, le dernier et le pire. Avada Kedavra... Le sortilège de la mort.
Il glissa la main dans le bocal et, comme si elle devinait le sort qui l'attendait, la troisième araignée se mit à courir frénétiquement au fond du récipient pour essayer de lui échapper. Mais Fol Œil l'attrapa et la posa à son tour sur le bureau où elle recommença à courir, en proie à une véritable panique. Le professeur leva sa baguette et Megan retint son souffle sans ciller.
- Avada Kedavra ! rugit Fol Œil.
Il y eut un éclair aveuglant de lumière verte et un bruit semblable à une rafale de vent, comme si quelque chose d'invisible et d'énorme avait brusquement pris son vol. Aussitôt, l'araignée roula sur le dos. Elle était apparemment intacte mais elle était morte sur le coup. Dans la classe, plusieurs filles étouffèrent un cri. Ron se rejeta en arrière et faillit tomber avec sa chaise lorsque l'araignée morte glissa vers lui. D'un geste de la main, Fol Œil balaya le bureau, jetant par terre le cadavre de l'araignée.
- Pas très agréable, dit-il d'une voix calme. Pas amusant du tout. Et il n'existe aucun moyen de conjurer ce sortilège. Impossible de le neutraliser. On ne connaît qu'une seule personne qui ait jamais réussi à y survivre et cette personne est assise devant moi.
Tous les regards, même celui de Megan, se tournèrent vers Potter. La jeune fille aurait donné n'importe quoi pour que son propre père ait réchappé à ce sort, pour que Potter ne soit pas la seule exception. Mais elle avait découvert au contact de Dumbledore que c'était grâce au sacrifice de Lily Potter que le garçon avait été protégé de ce sort, et personne n'avait été là pour se sacrifier à la place de son père, huit ans plus tôt.
- Avada Kedavra est un maléfice qui exige une grande puissance magique, reprit Fol Œil. Si vous sortiez tous vos baguettes en cet instant et que vous les pointiez sur moi en prononçant la formule, je ne sais même pas si vous arriveriez à me faire saigner du nez.
L'œil normal de Fol Œil se dirigea furtivement vers le fond de la classe, se posa sur Megan, puis revint vers les premiers rangs. La jeune fille fronça les sourcils, surprise que le professeur ait l'air de se douter qu'elle aurait la capacité de le tuer. Comment cet Auror aurait-il pu avoir vent de son secret ? Dumbledore lui aurait‑il révélé qui elle était vraiment ? Était-il chargé de la surveiller ?
- Mais peu importe, poursuivit le professeur, je ne suis pas là pour vous apprendre à jeter ce sort. Alors, me direz-vous, s'il n'existe aucun moyen de s'en protéger, pourquoi nous le montrer ? Parce qu'il faut que vous sachiez. Vous devez mesurer ce que signifie le pire. Et ne pas vous mettre dans une situation où vous auriez à le subir. VIGILANCE CONSTANTE ! rugit-il et toute la classe sursauta à nouveau. Sachez maintenant que ces trois sorts – Avada Kedavra, Imperium et Doloris – sont appelés les Sortilèges Impardonnables. Utiliser l'un d'eux contre un autre être humain est passible d'une condamnation à vie à la prison d'Azkaban. Voilà les forces maléfiques que vous devrez affronter, celles que je dois vous apprendre à combattre. Vous aurez besoin pour cela de préparation. Vous aurez besoin d'acquérir les armes nécessaires. Mais surtout, vous devrez faire preuve d'une vigilance constante. Prenez vos plumes et écrivez...
Ils passèrent le reste du cours à prendre des notes sur chacun des trois Sortilèges Impardonnables et personne ne songea à dire le moindre mot jusqu'à ce que la cloche retentisse. Mais lorsqu'ils eurent quitté la classe, tout le monde se mit à parler en même temps. La plupart commentaient ce qui s'était passé d'une voix qui trahissait un mélange d'effroi et d'admiration :
- Tu as vu cette araignée se tordre de douleur ?
- Et quand il a tué l'autre ? Comme ça, sans la toucher !
Ils parlaient du cours comme s'il s'était agi d'une sorte de spectacle, sans prendre conscience de la réalité qu'il reflétait. Ni Megan, ni Ron, ni Hermione, ni Potter n'avaient trouvé ce cours amusant.
- Dépêchez-vous, dit Hermione aux trois autres d'un air tendu.
- Tu ne vas pas nous refaire le coup de la bibliothèque ? protesta Ron.
- Non, répliqua-t-elle sèchement en montrant un couloir latéral. Regardez Neville.
Seul au milieu du couloir, Longbottom regardait fixement le mur qui lui faisait face avec la même expression horrifiée que lorsque Fol Œil leur avait montré les effets du sortilège Doloris.
- Neville ? dit Hermione avec douceur.
Il se tourna vers eux.
- Ah, c'est vous, dit-il, la voix beaucoup plus aiguë que d'habitude. Intéressant comme cours, non ? Je me demande ce qu'il y a au dîner, ce soir, je... je meurs de faim, pas vous ?
- Est-ce que ça va ? Demanda Megan, les sourcils froncés.
- Oh, oui, oui, tout va bien, répondit-il précipitamment de cette même voix étrangement aiguë. Très intéressant, ce dîner... je veux dire, ce cours... Qu'est-ce qu'on mange ?
Ron jeta à Potter un regard surpris. Ils ne savaient pas ce qui mettait Longbottom aussi mal à l'aise.
- Neville, qu'est-ce que... ?
Un claquement sec et régulier retentit dans leur dos et ils virent arriver le professeur Fol Œil qui s'avançait vers eux de sa démarche claudicante. Tous les cinq se turent en l'observant avec inquiétude, et méfiance pour la part de Megan, mais lorsqu'il leur parla, ce fut d'une voix beaucoup plus douce qu'à l'ordinaire :
- Ne t'inquiète pas, fils, dit-il à Longbottom. Si tu veux, tu peux passer dans mon bureau, d'accord ? Allez, viens, on prendra une tasse de thé...
Longbottom parut encore plus apeuré à la perspective de boire une tasse de thé avec Fol Œil, mais il n'osa ni bouger, ni parler. Fol Œil tourna vers Potter son œil magique en s'arrêtant un instant sur Megan, qui dardait sur lui un regard froid, toujours furieuse du traitement infligé à Draco.
- Ça va, Potter ? demanda-t-il.
- Bien sûr, répondit le garçon, presque avec défi.
L'œil bleu de Fol Œil tressaillit légèrement en l'observant.
- Il faut que tu saches, dit alors le professeur. C'est peut-être un peu brutal, mais tu dois savoir. Ça ne sert à rien de faire semblant... Allez, viens, Longbottom. J'ai quelques livres qui pourraient t'intéresser.
Le garçon lança à ses amis un regard implorant, mais comme aucun des quatre n'ouvrait la bouche, il se résolut à suivre Fol Œil qui l'entraînait déjà, une main noueuse posée sur son épaule.
- De quoi parlait-il ? s'enquit Ron en les regardant disparaître tous deux à l'angle du couloir.
- Je ne sais pas, répondit Hermione, l'air songeur.
- En tout cas, ça, c'était un cours, non ? dit Ron à Potter, tandis qu'ils se dirigeaient vers la Grande Salle. Fred et George avaient raison. Il sait de quoi il parle, Maugrey. Quand il a lancé l'Avada Kedavra, vous avez vu un peu comment cette araignée est morte ? Liquidée en un ins...
Mais Ron s'interrompit soudain en voyant l'expression de Potter et ne prononça plus un mot jusqu'à ce qu'ils soient arrivés dans la Grande Salle. Megan gardait également le silence. Ses amis ignoraient qu'elle était aussi sensible sur ce sujet que Potter, sa mère ayant été torturée par le sortilège Endoloris, et son père tué par celui de l'Avada Kedavra.
- On ferait bien de commencer le devoir pour le professeur Trelawney dès ce soir, annonça Ron en arrivant dans la Grande Salle. Ça va nous prendre des heures pour arriver au bout...
Au cours du dîner, Hermione ne se mêla pas à la conversation. Elle se contenta d'engloutir son repas à une vitesse ahurissante puis se leva pour retourner à la bibliothèque. Megan n'avait pas l'intention de l'y accompagner cette fois – après tout, elle avait déjà fait la majorité du travail. À la fin du repas, elle marmonna qu'elle voulait aller aux toilettes et prit le grand escalier, jusqu'au deuxième étage. Sans saluer le portrait d'Artemisia Lufkin qui l'avait plus ou moins aidée à trouver le bureau du directeur de Poudlard deux ans plus tôt, elle se dirigea vers une gargouille laide debout devant un mur.
- Gommes de limace, lança-t-elle.
Elle eut la satisfaction de voir la statue faire un pas de côté et le mur derrière elle s'ouvrir pour libérer l'accès à un escalier en colimaçon. Fidèle à elle-même, elle entra sans frapper, et trouva Dumbledore assis derrière son bureau, une plume à la main, l'air concentré.
- Bonsoir, Meganna, dit-il posément, sans lever les yeux.
- Je me suis dit que je n'allais pas attendre votre petit mot, cette année, lança-t-elle tranquillement. J'espérais juste que vous n'aviez pas changé le mot de passe. Gommes de limaces, hein ?
Elle fit une légère grimace, Dumbledore avait de drôles de goûts.
- Je n'avais pas l'intention de t'envoyer de « petit mot », cette année, Meganna, répondit le vieil homme en levant les yeux. Vois-tu, avec l'organisation du Tournoi des Trois Sorciers, je n'aurai pas de temps à t'accorder. De plus, je pense que tu as acquis d'excellentes capacités magiques.
Megan pencha la tête sur le côté, relativement d'accord. Elle aurait cependant aimé pourvoir en apprendre plus. Un bon aspect de la chose se présenta soudain à elle.
- Si vous ne me donnez plus de cours cette année, alors vous mettez fin à notre arrangement, lança‑t‑elle avec un léger sourire.
- Je suis certain qu'une idée se cache derrière cette affirmation, répondit Dumbledore.
- Vous me donniez des cours à condition que je protège Harry Potter. Si vous arrêtez, alors je n'ai plus à le protéger.
- Ce n'étaient pas les termes exacts de notre accord, Meganna, lui fit remarquer le vieux directeur. Je t'ai proposé de t'aider à développer tes pouvoirs à condition que tu t'en serves pour protéger Harry. Tu dois donc continuer à honorer ta part du marché. De plus, rien n'empêche que je reprenne cet enseignement l'an prochain, lorsque le Tournoi sera terminé. À ce propos, reprit-il avec plus de gravité, je suis convaincu que tu as clairement entendu au banquet de début d'année que le Tournoi est cette année interdit aux mineurs.
Megan plissa les yeux, attendant la suite.
- Tu sais donc parfaitement que tu n'es pas autorisée à présenter ta candidature, n'est-ce pas ?
- Si je me souviens bien, les termes exacts de cette nouvelle règle visaient à protéger les champions du danger que représentait le Tournoi, répliqua la jeune fille. Vous savez parfaitement que je suis capable de participer sans me faire tuer, donc je n'ai aucune raison de ne pas essayer.
- Je me suis moi-même chargé d'empêcher les mineurs de tenter de participer.
- Dans ce cas vous ne devriez pas vous inquiéter, puisque vous êtes persuadé que votre mécanisme m'empêchera de déposer mon nom.
Dumbledore fixa longuement Megan en silence, comme s'il tentait de lire en elle.
- Tu pourrais réussir à candidater, Meganna, et tu pourrais être choisie pour représenter Poudlard. Mais tu pourrais ensuite être tuée ou grièvement blessée au cours du Tournoi – contrairement à ce que tu sembles croire, ta puissance magique ne te rend pas immortelle. Pense à toutes les personnes qui souffriraient, que tu ferais consciemment souffrir : Miss Granger, la famille Weasley, Mr Garrow… Ou encore Emily et Roger Boyd.
- Ou Anita Day ?
Ces mots avaient jailli de la bouche de Megan sans qu'elle y pense, comme si quelqu'un d'autre avait parlé à sa place, mais elle ne les regretta pas – voilà un long moment qu'elle voulait lui en parler. Dumbledore ne cilla pas, ses yeux bleus fixés sur la jeune fille, attendant l'explosion de sa colère.
- Je sais que vous l'avez gardée loin de moi en disant aux Boyd de ne pas m'aider à la retrouver, tout ça pour éviter que je choisisse le camp adverse, tout ça pour la même raison que celle pour laquelle VOUS AVEZ DEMANDÉ AU CHOIXPEAU DE M'ENVOYER À GRYFFONDOR!
La vitre d'une armoire de Dumbledore explosa en morceaux.
- Mais ce n'est pas à vous de décider ce que je fais ou qui je suis ! poursuivit Megan sans même s'en apercevoir. Et ce n'est pas parce que je suis à Gryffondor ou que je n'ai plus de famille que je ne pourrais pas choisir de me retourner contre vous ! Et ça ne sert à rien de raconter aux Boyd tout ce qui se passe ici, ça ne changera rien, je ne serais jamais comme eux, je ne serais jamais comme vous ! Essayez encore une seule fois de me manipuler et vous aurez perdu toutes vos chances de m'avoir dans votre camp !
Il y eut un instant de silence pendant lequel Megan et Dumbledore restèrent plantés face à face, les yeux dans les yeux, l'une fulminant de colère et l'autre d'un calme spatial.
- J'avais mes raisons de demander à Emily et à Roger de ne pas t'encourager à retrouver Anita, répondit posément le vieil homme, nullement impressionné. Et, crois-le ou non, Meganna, ce n'était pas pour te faire du mal ou te manipuler.
- De toute façon, on ne risquait pas de se retrouver, lança la jeune fille, le ventre noué. Elle ne veut pas me voir.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Elle devait venir dîner avec nous chez des amis des Boyd, cet été, et elle n'est pas venue, elle n'a pas prévenu, elle n'est juste pas venue, je sais que c'était pour ne pas me voir, je sais qu'elle aurait prévenu si elle avait eu un empêchement. Alors vous pouvez être fier de vous, vous avez finalement réussi à détruire tous les liens que j'avais avec ma famille.
Sur ces paroles crachées douloureusement, Megan tourna les talons et quitta le bureau aussi vite qu'elle le put, voulant à tout prix dissimuler ses larmes. Elle passa devant le portrait d'Artemisia Lufkin en détournant le regard, les yeux brûlants, et couru se réfugier à l'autre bout de l'étage, dans un endroit qu'elle n'avait que trop souvent fréquenté : les toilettes de Mimi Geignarde.
Heureusement pour elles deux, le fantôme larmoyant de la jeune fille tuée une cinquantaine d'années plus tôt par le Basilic n'était pas dans les toilettes ce soir-là – elle devait sûrement se balader dans la tuyauterie. Megan eut donc tout le loisir de pleurer toutes les larmes de son corps, laissant libre cours à son chagrin et à sa douleur d'avoir perdu tous ceux qu'elle avait aimé avant d'entrer à Poudlard, et ce grâce aux efforts combinés de Dumbledore et de quelques Mangemorts dont elle ignorait l'identité. Elle était tellement en colère après le vieux directeur de s'être servie d'elle comme d'un jouet, d'avoir voulu garder ses pouvoirs pour lui seul, et de ne pas lui avoir laissé la possibilité de faire ses propres choix !
Elle aurait certainement été envoyée à Serpentard si Dumbledore n'était pas intervenu. Alors certes, elle aurait martyrisé Potter et ses amis Sang-de-bourbe ou traitres à leur sang avec Draco, elle n'aurait pas noué de liens d'amitié, voire fraternels, avec les Weasley, et elle ne serait pas partie en Égypte. Les choses auraient été si différentes si elle avait suivi la voie qui lui était destinée : elle aurait aidé Quirrell à fournir la pierre philosophale à Voldemort au cours de sa première année, ou elle aurait lâché elle-même le Basilic sur les nés-Moldus de l'alcool et tué Potter l'année suivante, et le Seigneur des Ténèbres serait revenu à la vie. Elle aurait pris sa place à ses côtés, auprès des Malfoy, et il l'aurait menée sur le chemin de la grandeur, lui apprenant à se servir de sa puissance comme lui seul pouvait le faire. Les Boyd auraient sûrement été tués également au cours de son ascension vers le pouvoir, mais elle ne s'en serait pas souciée. Elle n'aurait jamais su que ses parents avaient été tués par des Mangemorts – ce qu'elle-même serait devenue – et n'en aurait donc jamais souffert.
Dumbledore lui avait offert des parcelles de vérité sur son passé, une nouvelle famille pour remplacer les Malfoy, deux meilleurs amis pour remplacer Draco… mais il lui avait trop pris pour qu'elle puisse lui en être reconnaissante.
Il fallut un long moment à la jeune fille pour calmer ses sanglots et retrouver une respiration normale. Lorsque sa colère fut passée et qu'elle sortit de la cabine dans laquelle elle s'était enfermée, elle trouva tous les miroirs des toilettes brisés – Dumbledore avait beau lui avoir appris à maîtriser sa magie lorsque ses émotions devenaient trop fortes, elle avait toujours du mal à faire usage de cette méthode par moments. Elle quitta les toilettes et reprit le chemin de la tour de Gryffondor. Le soleil déclinait derrière les vitres et elle savait qu'il ne lui serait bientôt plus autorisé de se trouver hors de son dortoir. Elle était presque arrivée au septième étage lorsqu'elle se retrouva nez-à-nez avec un garçon qu'elle avait beaucoup délaissé ces derniers temps : Kevan.
- Ton dortoir est dans l'aile ouest du château, qu'est-ce que tu fais ici ? sursauta-t-elle.
Les yeux de Kevan se voilèrent et Megan s'aperçut aussitôt qu'elle avait manqué de tact – elle était cependant réellement surprise de trouver le garçon là.
- Je me disais que j'avais des chances de te croiser ici, mais puisque ça n'a pas l'air de te réjouir…
- Euh, si, si si, enfin ce n'est pas déplaisant. Pourquoi tu voulais me croiser ?
- Pour te voir ? proposa Kevan. Tu m'évites depuis cet été.
La jeune fille écarquilla les yeux.
- Absolument pas !
- Tu n'as répondu à aucune de mes lettres cet été, ensuite tu es allée à la Coupe du monde, tu aurais pu te faire tuer et je n'ai eu le droit qu'à une ligne rapide et ce seulement parce que je t'avais demandé si tu allais bien. Et depuis que tu es arrivée, on ne s'est aperçus qu'une fois, dans la Grande Salle.
- J'ai été occupée ! J'ai des devoirs, d'autres amis, Hermione me traîne à la bibliothèque pour sauver les elfes de maison…
À en juger par le regard que lui adressa Kevan, Megan en déduisit qu'il croyait qu'elle venait d'inventer quelque chose pour justifier ses absences. De toute évidence, il ne concevait pas qu'on puisse vouloir « sauver les elfes de maison ».
- Écoute, si tu vois quelqu'un d'autre, tu n'as qu'à me le dire, je –
Megan écarquilla encore un peu plus les yeux si c'était possible.
- Je ne vois personne d'autre ! C'est ridicule ! Tu es ridicule. Je… je t'aime bien, d'accord ? Je ne vois personne d'autre, et même si je le faisais, je te le dirais, je ne suis pas… Mais ne me demande pas de passer mes journées à te suivre comme ton ombre, ça ne me ressemble pas. Il y a beaucoup de jolies filles qui adoreraient faire ça avec toi, j'en connais plusieurs, je peux te les présent –
- Je ne veux personne d'autre que toi.
Cette déclaration fit déglutir Megan, plus mal à l'aise que jamais. Elle préférait mille fois retourner dans les toilettes et pleurer sur l'épaule de Mimi Geignarde.
- Merci, marmonna-t-elle, c'est gentil. Je dois y aller, maintenant, il est tard, je devrais être dans ma salle commune. Tu es préfet, non ?
Kevan hocha la tête. Le tournant qu'avait pris leur discussion ne semblait pas lui plaire plus qu'à Megan, mais pour d'autres raisons. Se faisant violence pour ne pas blesser un peu plus son ami, la jeune fille se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser, puis repartit vers la tour de Gryffondor en silence. Lorsqu'elle arriva dans la salle commune à moitié vide, Potter se précipitait vers la fenêtre pour laisser entrer Hedwig qui vint se posa sur la table à laquelle Ron et Hermione était assis.
- Il était temps ! s'exclama Potter en rejoignant sa chouette.
- On dirait qu'elle apporte une réponse, fit remarquer Megan en désignant le morceau de parchemin chiffonné attaché à une patte de la chouette.
Ses amis sursautèrent en se retournant vers elle, ne l'ayant pas vue arriver.
- Où est-ce que tu étais passée ? Demanda Ron.
- Je discutais avec un professeur, mentit nonchalamment Megan.
Potter ne se préoccupait pas des vadrouilles de la jeune fille : il s'empressa de détacher le message et s'assit pour le lire. Hedwig se percha sur ses genoux en ululant doucement.
- Qu'est-ce qu'il dit ? demanda Hermione d'un ton haletant.
Potter lut la lettre à haute voix :
Harry,
Je m'envole immédiatement vers le nord. Ce que tu me dis sur ta cicatrice n'est que le dernier élément en date d'une série d'étranges rumeurs qui me sont parvenues jusqu'ici.
Megan ne put s'empêcher de penser que c'était elle qui lui avait fait parvenir certaines de ces rumeurs.
Si elle te fait à nouveau mal, va tout de suite voir Dumbledore. On me dit qu'il a sorti Maugrey Fol Œil de sa retraite, ce qui signifie qu'il a su lire les signes, même s'il est le seul.
Je te contacterai bientôt. Mes amitiés à Megan, à Ron et à Hermione. Et ouvre l'œil, Harry.
Sirius
Potter se tourna vers les trois autres. Megan réfléchissait. Sirius prenait très au sérieux la situation, elle était de plus en plus certaine que quelque chose se tramait. Elle n'avait pas pensé que la nomination de Fol Œil puisse avoir quoi que ce soit à voir avec les événements, mais la réflexion de Sirius lui paraissait soudain évidente : Dumbledore avait fait venir un grand Auror à Poudlard, comme s'il craignait que quelque chose ne se passe à l'école, quelque chose en rapport avec les Mangemorts. Cela signifiait aussi, comme le disait Sirius, que le vieux directeur avait lui aussi remarqué que des choses étranges se passaient, et si même Dumbledore était alerté, alors Megan avait toutes les raisons de l'être.
- Il s'envole vers le nord ? murmura Hermione. Il revient ici ?
- Qu'est-ce qu'il a lu, comme signes, Dumbledore ? dit Ron, l'air perplexe. Harry... Qu'est-ce qui te prend ?
Potter venait de se frapper le front avec le poing, faisant perdre l'équilibre à Hedwig.
- Je n'aurais jamais dû le lui dire ! s'exclama-t-il avec fureur.
- De quoi tu parles ? s'étonna Ron.
- C'est pour ça qu'il a voulu revenir ! ragea le garçon en tapant du poing sur la table.
Hedwig sursauta et alla se poser sur le dossier de la chaise de Ron avec un ululement indigné.
- Il revient parce qu'il croit que j'ai des ennuis ! Alors que tout va bien pour moi ! Et je n'ai rien du tout à te donner, ajouta Potter d'un ton sec à l'adresse d'Hedwig qui faisait claquer son bec avec espoir. Si tu veux manger quelque chose, va à la volière.
La chouette lui jeta un regard offensé et s'envola par la fenêtre en lui donnant au passage un coup d'aile sur la tête.
- Harry, dit Hermione d'un ton qui se voulait apaisant.
- Je vais me coucher, répliqua sèchement Potter. À demain.
Megan le regarda monter l'escalier, l'air pensif. Il était en effet dangereux pour Sirius de revenir en Écosse, où il était activement recherché, mais elle était certaine qu'il trouverait un endroit où se cacher. Elle était plutôt satisfaite pour sa part que le sorcier se rapproche de Poudlard, leur correspondance serait ainsi plus aisée et fréquente, et elle avait un véritable besoin de parler avec lui de ce qui pouvait se cacher derrière ces « signes ». Sans vraiment oser y penser, elle se demandait si Voldemort n'avait pas trouvé un nouveau moyen de revenir à la vie, et ce qu'elle devrait faire si cela arrivait.
