D'AUTRES ÉCOLES DE MAGIE
Potter ne fut pas le seul à recevoir des nouvelles de Sirius. Eleyna avait dû faire vite, car le lendemain matin, de bonne heure, la chouette vint frapper du bec à la fenêtre qui jouxtait le lit de Megan. Aussitôt parfaitement réveillée, la jeune fille fit entrer son animal de compagnie, la nourrit – contrairement à Potter qui s'était montré aussi reconnaissant envers Hedwig après son long voyage que les Malfoy l'avaient toujours été envers Dobby – et déplia la lettre.
Megan,
Ce que tu dis me donne toutes les raisons du monde de revenir vers vous. Ce qui s'est passé à la Coupe du monde est en effet inquiétant. La Marque des ténèbres n'était plus apparue depuis une dizaine d'années, et ça en dit long. J'ai été soulagé d'apprendre que Maugrey Fol Œil serait à Poudlard cette année, avec lui vous êtes en sécurité, et ce n'est pas demain que les Mangemorts oseront s'en prendre à Dumbledore, l'école est donc un lieu très sûr. Alors sors-en le moins possible et sois sur tes gardes.
Harry m'a écrit au sujet de sa cicatrice, c'est un des signes dont je parlais. Et, oui, ça signifie qu'il se passe quelque chose du côté de Tu-Sais-Qui. Dis-le-moi s'il devait à nouveau avoir mal, je sais qu'il ne me le dira pas nécessairement.
Pour le moment, je n'ai toujours rien à te donner en échange. Là où je suis – et je ne peux pas te dire où c'est, au cas où ce courrier serait intercepté –, les gens ne sont pas très concernés par ce qui se passe au Royaume-Uni, mais je me tiens informé de toutes les manières qui soient des nouvelles de chez nous. N'hésite pas à faire confiance à Fol Œil, c'est un allié précieux.
On se verra sûrement bientôt, d'ici-là ouvres l'œil, jeune fille.
Sirius.
Megan relut deux fois la lettre : le sorcier venait de confirmer ses soupçons, c'était bien Voldemort qui faisait s'agiter, en ce moment, subrepticement, le monde des sorciers. Elle prit aussitôt sa plume.
Sirius,
Potter va sûrement essayer de te dissuader de revenir, il a peur de te mettre en danger avec ses douleurs, ça l'a mis de mauvaise humeur hier ses humeurs sont fragiles, en ce moment. Mais tu seras plus au fait de ce qui se passe en rentrant ici.
Fol Œil est un drôle de personnage, mais il a l'air compétent. Il nous forme sur les sortilèges impardonnables, c'est un peu brutal pour certains, mais au moins ils découvrent la réalité. Et si Voldemort revient, ils pourront au moins essayer de se battre. Parce que c'est ce qui se passe, n'est-ce pas ? Voldemort est en train d'essayer de revenir ? J'en suis certaine, même si je n'ai aucune idée de la façon dont il compte s'y prendre. Et si Voldemort revient, alors tout changera.
Essaye de ne pas te faire attraper, Potter ne s'en remettrait pas et je le trouve déjà bien assez agaçant comme il est.
Megan
- Désolée, mais il faut encore que tu repartes, murmura la jeune fille en se dirigeant vers sa chouette, qui s'abreuvait goulument dans sa cage. Il ne doit plus être aussi loin, cette fois, tu seras bientôt rentrée.
Eleyna ulula courageusement, termina de boire, puis tendit la patte pour que sa maîtresse y accroche la lettre.
- Je te promets qu'à ton retour je te laisserais te reposer. Reviens vite.
Megan porta sa chouette jusqu'à la fenêtre ouverte, la regarda s'éloigner, puis retourna se coucher et se rendormit rapidement.
Plusieurs heures plus tard, Megan et Hermione descendirent prendre leur petit déjeuner dans la Grande Salle. Ron et Potter étaient déjà là. À peine les filles se furent-elles assises que Potter s'empressa de leur raconter qu'il venait de confier à Hedwig une lettre pour Sirius dans laquelle il affirmait que sa douleur n'avait probablement été qu'un effet de son imagination, qu'il allait bien et que son parrain n'avait aucune raison de revenir.
- C'est un mensonge, Harry, asséna Hermione d'un ton abrupt. La douleur de ta cicatrice n'était pas du tout un effet de ton imagination, tu le sais très bien.
- Et alors ? répondit Potter. Je ne veux pas qu'il retourne à Azkaban à cause de moi.
- Laisse tomber, dit sèchement Ron à Hermione lorsqu'elle ouvrit la bouche pour répliquer.
Pour une fois, Hermione obéit et se tut. Megan, elle, se félicita intérieurement d'avoir mis en garde Sirius sur une probable tentative de Potter de le dissuader de rentrer en Écosse. Le sorcier avait conçu la carte du Maraudeur, avait appris seul à devenir Animagus, s'était enfui d'Azkaban et échappait aux autorités britanniques depuis un an, il était trop malin pour se faire attraper.
Alors que Potter, l'air absent et les sourcils froncés, remontait dans la salle commune avec Ron, et que Hermione se rendait à la bibliothèque pour faire quelques recherches en Arithmancie, Megan alla s'asseoir un peu plus loin à la table des Gryffondor, à côté des jumeaux.
- Des nouvelles de Bagman ? demanda-t-elle à voix basse pour ne pas attirer l'attention de Chad Kosomow ou d'Alicia Spinnet, assis près d'eux.
- Aucune, répondit George, l'air embêté.
- On lui a renvoyé une deuxième lettre, ajouta Fred. Il est peut-être débordé à cause du Tournoi, ou du bazar à la Coupe du monde.
- Hm.
Megan avait du mal à croire que l'homme enthousiaste et bon vivant qu'elle avait vu lors de la Coupe du monde puisse préférer se consacrer à son travail plutôt que de s'occuper de ses paris. À son humble avis, il n'avait surtout pas envie de payer les jumeaux.
Il s'écoula deux semaines pendant lesquelles ni Sirius ni Ludo Bagman ne montrèrent signe de vie, et Megan tâcha d'accorder un tant soit peu de temps à Kevan. Les moments les plus marquants furent les cours de Défense contre les forces du mal : Fol Œil leur annonça qu'il allait leur faire subir à tour de rôle le sortilège de l'Imperium, afin de montrer la puissance de ses effets et de voir s'ils parvenaient à y résister.
- Mais... vous nous avez expliqué que c'était interdit, professeur, dit Hermione d'une voix mal assurée, tandis que le professeur repoussait les tables d'un coup de baguette magique pour aménager un espace libre au milieu de la classe. Vous avez dit que... l'utiliser contre un autre être humain...
- Dumbledore veut que vous sachiez quel effet ça fait, répliqua Fol Œil, son œil magique se tournant vers Hermione et la fixant sans ciller. Si vous préférez l'apprendre d'une manière plus brutale – le jour où quelqu'un vous le jettera pour de bon et vous imposera totalement sa volonté –, je n'y vois aucun inconvénient. Vous pouvez même sortir immédiatement, je vous dispense de cours.
Il montra la porte de son doigt noueux. Le teint d'Hermione vira au rosé vif et elle s'empressa de balbutier qu'elle n'avait jamais eu l'intention de partir. Megan, Ron et Potter échangèrent un sourire. Ils savaient qu'Hermione préférerait avaler du pus de Bubobulb plutôt que de manquer un cours d'une telle importance. Fol Œil appela les élèves à tour de rôle et leur jeta le sortilège de l'Imperium. Les uns après les autres, les élèves se mirent à faire des choses inattendues sous l'influence du sortilège : Dean Thomas fit trois fois le tour de la classe en sautant et en chantant l'hymne national, Lavender Brown imita un écureuil, Longbottom enchaîna d'incroyables mouvements de gymnastique qu'il aurait été certainement incapable d'exécuter dans son état normal. Aucun d'entre eux n'eut la force de combattre les effets du sortilège, ce qui n'étonna pas Megan. Ils ne retrouvaient leur liberté de mouvement que lorsque Fol Œil annulait le mauvais sort.
- Potter, grogna le professeur. À toi, maintenant.
Megan darda son regard sur le garçon lorsqu'il s'avança au centre de la classe, face à Fol Œil. Le-bébé-qui-avait-survécu saurait-il lutter une nouvelle fois contre un sortilège impardonnable, alors même que sa maman n'était pas là pour lui sauver la vie ? Fol Œil leva sa baguette magique, la pointa sur lui et prononça la formule :
- Impero !
Les yeux soudains vitreux et l'air plus bête que jamais, Potter fléchit les genoux, comme pour se préparer à sauter. Il s'écoula une seconde sans qu'il ne bouge, et Fol Œil fronça les sourcils. Puis Potter, avec un bruit de chiot qu'on étrangle, tomba à plat ventre sur le bureau, qui se renversa sur le choc.
- Voilà, c'est mieux comme ça ! grogna la voix de Fol Œil.
Le regard de Potter se fit moins stupide : le professeur avait levé le sortilège.
- Regardez bien, vous autres... Potter s'est battu ! lança-t-il. Il a résisté au sortilège et il a presque réussi à le repousser ! On va encore essayer, Potter, et vous, faites bien attention, regardez attentivement ses yeux, c'est là qu'on voit ce qui se passe. Très bien, Potter, vraiment très bien ! Ils vont avoir du mal à te contrôler, toi !
Megan, furieuse, fut contrainte de regarder Fol Œil lancer le sortilège quatre fois à Potter jusqu'à ce que le garçon parvienne à en neutraliser complètement les effets. Ainsi donc le garçon avait quelques compétences en matière de magie, finalement.
Le tour de Megan arriva, et ce fut plus déterminée que jamais qu'elle s'avança à son tour au milieu de la salle, face au professeur, et le regarda pointer sa baguette sur elle. Elle l'entendit prononcer la formule, puis ce fut dans sa tête qu'elle entendit la voix du professeur, tout en ayant soudain la sensation que tous ses soucis s'envolaient, qu'elle devenait légère et heureuse : « Imite une danseuse classique ».
« Hors de question ». Sa propre voix résonna dans la tête de Megan. Elle avait déjà vu des ballets à la télévision chez les Boyd, et elle ne se ridiculiserait pas ainsi devant toute la classe.
« Imite une danseuse classique », insista la voix de Fol Œil. Mais Megan, qui avait la vague impression de planer à quelques centimètres du sol, croisa les bras, tâchant de rester fermement plantée sur ses deux jambes, avec la ferme intention de ne pas bouger.
« DANSE ! » tonna la voix de Fol Œil, vibrant douloureusement dans sa tête. Le cœur battant la chamade, Megan secoua la tête.
- Non, répondit-elle à voix haute.
L'effet du sortilège se dissipa aussitôt et l'impression de vide, ainsi que la douleur dans sa tête, disparurent.
- Remarquable, Buckley, lança le professeur. Elle n'a eu aucune difficulté à combattre le sortilège. Excellent.
Il ne semblait cependant pas surpris, pas autant que pour Potter. Tandis qu'elle retournait prendre sa place, Megan ne put s'empêcher de se demander une nouvelle fois si Fol Œil ne savait pas qui elle était pour Voldemort.
- Il a une façon de présenter les choses, commenta Potter à la fin du cours, en sortant de la classe d'un pas chancelant. On dirait qu'on va tous se faire attaquer d'une minute à l'autre.
- Ouais, c'est vrai, acquiesça Ron qui marchait à moitié à cloche-pied.
Il avait eu beaucoup plus de mal que Megan ou Potter à résister au sortilège mais Fol Œil lui avait assuré que ses effets se seraient dissipés à l'heure du déjeuner.
- En parlant de paranoïa...
Il jeta des regards inquiets autour de lui pour être certain que Fol Œil ne pouvait les entendre et reprit :
- Pas étonnant qu'ils aient été contents de s'en débarrasser, au ministère. Tu l'as entendu raconter à Seamus ce qu'il a fait à cette sorcière qui avait crié : « Bouh ! » dans son dos le 1er avril ? Mais quand est-ce qu'on va avoir le temps de s'entraîner à combattre l'Imperium avec tous les autres devoirs qu'on a à faire ?
Les élèves de quatrième année avaient été frappés par l'augmentation sensible de la quantité de travail qu'on leur imposait. Le professeur McGonagall leur en expliqua la raison après que toute la classe eut accueilli d'un grognement particulièrement sonore l'annonce des devoirs de métamorphose qu'elle avait décidé de leur donner.
- Vous entrez désormais dans une phase très importante de votre apprentissage de la magie ! leur dit‑elle, le regard dangereusement étincelant derrière ses lunettes rectangulaires. Vos Brevets Universels de Sorcellerie approchent...
- On n'a pas de BUSE à passer avant la cinquième année ! s'indigna Dean Thomas.
- C'est possible, Thomas, mais croyez-moi, vous avez grand besoin de vous y préparer ! Miss Buckley et Miss Granger sont les seules élèves de cette classe qui aient réussi à transformer un hérisson en une pelote d'épingles acceptable. Je vous rappellerai, Thomas, que votre pelote à vous se recroqueville de terreur dès qu'on l'approche avec une épingle !
Hermione, dont le teint avait de nouveau viré au rosé, s'efforça de ne pas avoir l'air trop satisfaite d'elle‑même. Megan, elle, ne montra aucune émotion, comme à son habitude. Elle ne se sentait pas particulièrement accablée par les devoirs, abattant en général une grande quantité de travail en peu de temps.
Elle eut l'occasion de rire lors du cours de divination lorsque Trelawney accorda la note maximum à Ron et à Potter pour leurs devoirs : sans même se soucier d'utiliser les méthodes du manuel pour faire leurs prédictions du mois, ils avaient inventé divers incidents dramatiques plus tirés par les cheveux les uns que les autres. Le professeur lut à haute voix de longs extraits de leurs prédictions en les félicitant d'accepter ainsi sans sourciller les souffrances qui les attendaient. Mais lorsqu'elle demanda à la classe de faire le même devoir pour le mois suivant, les deux garçons semblèrent cependant beaucoup moins ravis.
- On commence à manquer d'idées de catastrophes, murmura Ron à Megan.
- Moi j'en ai plein, répondit la jeune fille avec un sourire. On le fera ensemble.
Dans le même temps, le professeur Binns, le fantôme qui enseignait l'Histoire de la magie, leur faisait faire chaque semaine une dissertation sur la révolte des Gobelins au XVIIIe siècle. Le professeur Snape, quant à lui, les forçait à rechercher des antidotes, une obligation qu'ils prenaient très au sérieux car il avait laissé entendre qu'il pourrait empoisonner l'un d'eux avant Noël pour en tester l'efficacité. Enfin, le professeur Flitwick leur avait demandé de lire trois livres supplémentaires afin de mieux se préparer au cours sur les sortilèges d'Attraction. Même Hagrid leur imposait un surcroît de travail : les Scroutts à pétard grandissaient à une vitesse étonnante, compte tenu du fait que personne n'avait encore découvert en quoi consistait leur régime alimentaire. Hagrid était enchanté et suggéra, dans le cadre de leur « projet », qu'ils viennent le soir à tour de rôle jusqu'à sa cabane pour observer les Scroutts et prendre des notes sur leur extraordinaire comportement.
- Il n'en est pas question, affirma Draco d'un ton catégorique lorsque Hagrid eut proposé l'idée avec l'expression du père Noël sortant de sa hotte un jouet inattendu. Je vois suffisamment ces bestioles répugnantes pendant les cours, merci bien.
Le sourire de Hagrid s'évanouit.
- Tu vas faire ce qu'on te dit, grogna-t-il, sinon, je pourrais bien suivre l'exemple du professeur Maugrey... Il paraît que tu fais très bien la fouine, Malfoy.
Les élèves de Gryffondor éclatèrent d'un grand rire. Sauf Megan. Draco rougit de colère mais le souvenir du châtiment de Fol Œil restait suffisamment cuisant pour le retenir de répondre, ce qui mit Ron, Hermione et Potter d'excellente humeur et mena Megan à s'enfermer dans un sombre mutisme dont personne ne se risqua à tenter de la tirer.
À leur arrivée dans le hall d'entrée, il y avait un tel monde qu'ils eurent du mal à avancer. Les élèves étaient agglutinés autour d'une grande pancarte installée au pied de l'escalier de marbre. Ron, qui était le plus grand des quatre, se dressa sur la pointe des pieds pour essayer de lire pardessus les têtes ce qui était écrit sur la pancarte :
TOURNOI DES TROIS SORCIERS
Les délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang arriveront le vendredi 30 octobre à 18 heures.
En conséquence, les cours prendront fin une demi-heure plus tôt que d'habitude.
- Magnifique ! s'exclama Potter. Le dernier cours qu'on a, vendredi, c'est potions ! Snape n'aura pas le temps de nous empoisonner !
Les élèves rapporteront leurs affaires dans les dortoirs et se rassembleront devant le château pour accueillir nos invités avant le banquet de bienvenue.
- Plus qu'une semaine ! s'exclama Ernie Macmillan, un élève de Poufsouffle, le regard brillant. Je me demande si Cedric est au courant ? Je ferais bien d'aller le lui dire...
Et il partit en courant.
- Cedric ? répéta Ron d'un air étonné.
- Diggory, répondit Potter. Il doit être candidat au tournoi.
- Cet idiot, champion de Poudlard ? s'indigna Ron tandis qu'ils se frayaient un chemin parmi la foule en direction de l'escalier.
- Ce n'est pas un idiot, protesta Megan qui ouvrait enfin la bouche. Tu ne l'aimes pas, simplement parce qu'il a battu Gryffondor au Quidditch. C'est un très bon élève, il est sympa...
- Et en plus, il est préfet, ajouta Hermione comme si ce simple fait mettait fin à toute discussion.
- Vous l'aimez bien parce qu'il est beau, c'est tout, dit Ron d'un ton cinglant.
- Cedric est mon ami, répondit sombrement Megan.
Elle venait de s'apercevoir que Kevan était tout près d'eux, et elle ne souhaitait pas entretenir ses soupçons quant au fait qu'elle fréquenterait quelqu'un d'autre dans son dos.
- Je te demande pardon, mais je ne suis pas du genre à aimer quelqu'un parce qu'il est « beau » ! s'emporta Hermione.
Ron fit semblant de tousser, d'une toux étrange qui laissa deviner le nom de « Lockhart », un ancien professeur de Poudlard beaucoup plus soucieux de son apparence physique que de la qualité de ses cours.
L'apparition de la pancarte dans le hall d'entrée eut un effet spectaculaire. Au cours de la semaine qui suivit, il semblait n'y avoir plus qu'un seul sujet de conversation, quel que fût l'endroit où l'on se trouvait dans le château : le Tournoi des Trois Sorciers. Les rumeurs circulaient parmi les élèves à la vitesse d'une épidémie : qui allait se porter candidat au titre de champion de Poudlard, quelles seraient les épreuves imposées aux concurrents, à quoi ressemblaient les élèves de Beauxbâtons et de Durmstrang, étaient-ils très différents d'eux ?
Megan constata avec lassitude que nombre de ses camarades ignoraient jusqu'alors la réputation des autres écoles de sorcellerie dans le monde, ou même tout simplement leur existence. À table le lendemain, elle se lança dans un exposé de ses connaissances en la matière, tous les élèves assis autour d'elle buvant ses paroles d'un air impressionné :
- Il n'y a pas beaucoup de pays qui aient leur école de magie puisque les sorciers ont en général un apprentissage magique chez eux, parce que ça coûte moins cher, expliquait-elle, avec une pensée pour les Weasley qu'il aurait été bien moins cher de scolariser par correspondance au vu de leur nombre. Il n'y a dans le monde que onze écoles qui existent depuis longtemps et qui soient réputées, il suffit de lire les rapports de la Commission de l'Education de la Confédération Internationale des Sorciers.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? glapit Dean Thomas.
À sa décharge, il avait été élevé dans le monde des Moldus. Megan poussa un soupir et Hermione lui fit la grâce de répondre à sa place :
- La Confédération Internationale des Mages et Sorciers est l'équivalent des Nations Unies pour les Moldus, elle a été créée par Pierre Bonaccord pour unifier la communauté magique mondiale. Elle est dirigée par un Manitou Suprême, et aujourd'hui c'est Dumbledore le Manitou Suprême de la Confédération !
Un air d'admiration passa sur les visages de tous les élèves. Megan leva les yeux au ciel, elle n'aimait pas l'idée que ce vieil homme manipulateur occupe un poste aussi important dans le monde magique.
- Bref, il existe plusieurs grandes écoles de magie, reprit Megan, pour avancer. Poudlard, évidemment, mais il y a aussi Beauxbâtons, Durmstrang, Ilvermorny, Castelobruxo, Mahoutokoro, Uagadou…
- Je n'en ai jamais entendu parler ! s'exclama Katie Bell, une élève de cinquième année qui jouait comme poursuiveuse dans l'équipe de Quidditch de Gryffondor et avec laquelle Megan s'entendait bien.
- Il faut se renseigner, répondit cette dernière en haussant les épaules. Poudlard, Durmstrang et Beauxbâtons sont des écoles européennes, les autres sont sur d'autres continents, mais ce sont de grandes écoles.
- Qu'est-ce que tu sais sur Beauxbâtons ? demanda avidement Mandy Brocklehurst, une élève de Serdaigle qui s'était approchée pour écouter.
Megan n'appréciait pas du tout d'être ainsi au centre d'une attention grandissante, mais elle se fit violence pour contribuer à inculquer un tant soit peu de culture aux élèves de cette école.
- C'est une école française, on pense qu'elle est située quelque part dans les Pyrénées. Il y a surtout des étudiants français, évidemment, mais aussi des Espagnols, des Portugais, des Danois, des Luxembourgeois (certaines élèves autour d'elle semblaient n'avoir encore jamais entendu parler du Luxembourg), des Belges… On raconte que l'alchimiste Nicolas Flamel aurait contribué financièrement à l'administration de l'école et à l'aménagement de ses jardins à la française parce qu'il y aurait rencontré sa femme Pernelle dans leur jeunesse, et il y aurait une fontaine à leur nom dans le parc, qui aurait des propriétés curatives.
Megan avait eu l'occasion d'en savoir assez long sur l'alchimiste en question puisqu'elle avait contribué à la protection de sa plus grande création : la pierre philosophale. En effet, Voldemort avait tenté de s'en emparer au cours de sa première année à l'école. Elle avait ensuite été détruite par Dumbledore et entraîné la mort de l'alchimiste et de sa femme qui avaient joui d'une longue jeunesse grâce à cet artefact.
- Ils ont eu d'autres élèves célèbres, comme Vincent Duc de Trefle-Picques, qui a échappé à la Terreur en rendant sa tête invisible pour se faire croire décapité, ou Luc Millefeuille, un boulanger qui empoisonnait des Moldus.
Cette description des anciens élèves sembla effrayer certains première année qui reculèrent sur leur banc. Megan esquissa un sourire.
- Et… sur Durmstrang ? hasarda Brocklehurst, semblant espérer que l'école avait engendré de meilleurs sorciers.
- Cette école à la réputation d'enseigner la magie noire, répondit aussitôt Megan avec tout le naturel du monde. Le nom vient des mots allemands « Sturm » et « Drang », ça veut dire « tempête » et « exhortation ». Ils ont aussi des anciens élèves célèbres : Harfang Munter est devenu directeur après la mort suspecte de la fondatrice, Nerida Vulchanova. C'est lui qui a établi la réputation de l'école pour les duels et les formes martiales de magie. Sinon, il y avait aussi Gellert Grindelwald, un des sorciers les plus dangereux du siècle.
Ces informations ne semblèrent pas rassurer les élèves, ce qui réjouit Megan.
- Et les autres écoles ? s'enquit Hermione qui, sur ce point, n'en savait pas aussi long que son amie. Celles sur les autres continents ?
- Il y a Ilvermorny, une école Nord-Américaine, mais je ne sais pas grand-chose dessus, je crois qu'elle est assez récente comparée aux autres… Il y a aussi Koldovstoretz, en Russie, je connais quelqu'un là-bas. Ils jouent au Quidditch sur des troncs d'arbre entièrement déracinés et pas sur des balais, ils en sont assez fiers… Sinon il y a Castelobruxo, au Brésil, dans la forêt Amazonienne, qui ressemble à un temple précolombien en pierre dorée. Elle apparaît comme un tas de ruines aux Moldus, comme Poudlard. D'ailleurs, les deux écoles se disputent pour déterminer de qui vient cette idée. Les bâtiments et ses environs sont protégés par des Caipora. D'ailleurs –
- Des Caipora ? l'interrompit Potter, les yeux ronds.
- Des petits esprits machiavéliques anthropomorphes qui sortent la nuit pour veiller sur l'école et sur les créatures de la forêt, résuma Megan, agacée. Donc, je disais, que la directrice, Benedita Dourado, se serait une fois moquée ouvertement de l'ancien directeur de Poudlard, Armando Dippet, pendant un échange entre les écoles, quand il s'était plaint de Peeves. Elle avait proposé de lui envoyer quelques Caipora pour la Forêt Interdite, pour lui « montrer ce que c'est d'avoir un vrai problème », mais, étrangement, il n'a pas accepté.
Comme s'il n'y avait pas suffisamment de créatures machiavéliques dans la Forêt Interdite, entre les professeurs qui se transformaient en loup-garous, les licornes tuées par des professeurs possédés, les araignées géantes ou les centaures.
- C'est une école qui enseigne surtout la Botanique et le Soin aux créatures magiques, et elle fait beaucoup d'échanges avec des étudiants européens qui voudraient étudier la faune et la flore Sud‑américaine. C'est de cette école que venait le correspondant de Bill, ajouta-t-elle à l'adresse de Ron, celui qui lui a envoyé un chapeau qui a transformé ses oreilles en vieux pruneaux quand il a annoncé qu'il ne pourrait pas venir au Brésil.
Il y eut un éclat de rire autour de la table. Megan n'avait pas l'habitude de provoquer cet effet-là, et se demanda ce qu'elle était en train de fabriquer, à livrer toutes ces connaissances à ces ignorants plutôt que d'aller finir sa rédaction d'Histoire de la magie.
- Ils ont des supers anciens élèves, eux aussi ? demanda Dean Thomas, l'air méfiant.
- Libatius Borage, l'auteur du Manuel avancé de potions, des Antivenins asiatiques ou de La fête dans un flacon, ou aussi Jaoa Coelho, le capitaine de l'équipe de Quidditch de Tarapoto. Personne d'horrible.
- Et les autres écoles ? la pressa Hermione, passionnée. Il y en a encore d'autres, non ?
- Mahoutokoro, une école japonaise, la plus petite des écoles de magie. Ils n'ont pas beaucoup d'élèves, mais ils y entrent dès l'âge de sept ans, même s'ils ne sont en internat qu'à partir de onze ans. L'école est située sur le plus haut pic de l'île volcanique de Minami Iwo Jima, que les Moldus croient inhabitée.
Megan fronça les sourcils, tâchant de se rappeler ce qu'elle avait lu sur les études dans cette école.
- Les élèves ont des robes magiques, qui grandissent avec eux, et qui changent de couleur selon leur niveau de connaissance, de rose à doré. Et si leur robe devient blanche, c'est qu'ils ont trahi le code des sorciers japonais et se sont tournés vers la magie noire, ou bien qu'ils ont violé le secret magique. C'est une terrible disgrâce dans leur pays, les élèves qui voient leur robe devenir blanche sont expulsés de l'école et jugés par le ministère de la magie japonais. Sinon, c'est une excellente école, et ils ont de très bons joueurs de Quidditch. C'est d'ailleurs des étudiants de Poudlard qui ont appris à ceux de Mahoutokoro à y jouer, mais aujourd'hui ils prétendent que ce n'est dû qu'à leur entraînement qu'ils sont devenus aussi bons. Les équipes de Quidditch japonaises qui perdent un match ont pour coutume de brûler leur balais – d'ailleurs, la Confédération Internationale des Sorciers n'aime pas du tout cette coutume. Sinon, il y a l'école de Uagadou, en Ouganda, la plus grande école de magie du monde, qui accueille des étudiants venant de tout le continent. C'est une école qui forme surtout à l'Astronomie, à l'Alchimie et à la l'auto-métamorphose ils ont d'ailleurs fait beaucoup de jaloux au Symposium International des Animagi, récemment.
Symposium dont beaucoup semblaient ignorer l'existence, à en juger par leurs regards interloqués. Mais Megan ne prit pas la peine d'en exposer l'objet, elle avait déjà tellement parlé qu'elle en avait mal à la gorge. Elle reprit :
- Ils n'utilisent pas tous des baguettes –
Cette révélation provoqua des hoquets de surprise autour de la table.
- La baguette est une invention européenne, leur fit savamment remarquer Hermione.
- Oui, les Africains, eux, utilisent leurs doigts ou leurs mains, acquiesça Megan. Sinon, les élèves apprennent qu'ils ont été acceptés dans l'école par des Messagers des Rêves, envoyés par le directeur ou la directrice, qui apparaissent à l'enfant dans son sommeil et lui laissent dans la main une pierre gravée qu'il trouve à son réveil.
Cette méthode sembla impressionner les autres élèves.
Au-delà des multiples conversations portant sur les écoles de magie qui proliféraient dans les couloirs, d'autres changements eurent lieu à Poudlard en prévision de l'arrivée des élèves de Beauxbâtons et de Durmstrang. Il fut entre autres notable que le château subit un nettoyage exceptionnel : plusieurs portraits un peu crasseux avaient subi un récurage que ne semblaient guère apprécier leurs sujets, réfugiés dans un coin de leur cadre, marmonnant des protestations d'un air sombre et faisant la grimace en effleurant du bout des doigts leurs joues rosé vif les armures avaient soudain retrouvé tout leur éclat et remuaient sans grincer quant à Argus Filch, le concierge, il se montrait si féroce envers les élèves qui oubliaient d'essuyer leurs pieds en entrant que deux filles de première année avaient été prises d'une véritable crise de terreur. Certains professeurs paraissaient étrangement tendus, eux aussi.
- Longbottom, vous serez bien aimable de ne révéler à aucun des élèves de Durmstrang que vous êtes incapable de réussir un simple sortilège de Transfert ! lança le professeur McGonagall au terme d'un cours particulièrement difficile pendant lequel Neville avait accidentellement transplanté ses propres oreilles sur un cactus.
Megan, elle aussi, s'attela à des préparatifs au cours de la semaine qui précéda l'arrivée des écoles : avec Fred, George et Lee Jordan, elle avait commencé la préparation de la potion de Vieillissement qui pourrait leur permettre de candidater au Tournoi des Trois Sorciers. Sous les directives de la jeune fille, les garçons avaient rassemblé les divers ingrédients, allant cueillir les plantes dans le parc ou subtilisant des feuilles dans les serres pendant les cours de botanique. Ils avaient même dû commander par Scouthibou le kilo de bananes rouges requis.
- Où on va la préparer ? s'enquit Lee Jordan une fois qu'ils eurent rassemblé tous les éléments, le mardi précédant l'arrivée des écoles. Ce ne serait pas très discret de s'en occuper pendant le cours de Snape.
- Non, on va faire ça au deuxième étage, affirma Megan. Vous connaissez Mimi Geignarde ?
Les trois garçons écarquillèrent les yeux, sans comprendre.
- Vous avez bien de la chance, soupira la jeune fille. Retrouvez-moi ce soir, après les cours, dans les toilettes des filles du deuxième étage. Et tâchez d'être discrets, bien sûr.
C'est ahuris d'avoir été convoqués dans les toilettes des filles que Megan retrouva ses trois amis le soir‑même, un chaudron et un sac d'ingrédients à la main, au deuxième étage.
- Ces toilettes sont désaffectées, expliqua-t-elle en en poussant la porte. Parce qu'elles sont hantées par le fantôme d'une fille qui a été tuée il y a cinquante ans, quand Voldemort avait ouvert la Chambre des secrets pour la première fois.
Les garçons eurent l'air encore un peu plus ahuris, et Lee Jordan réprima un grand frisson à l'évocation du nom maudit.
- Sérieusement, personne ne s'est renseigné sur ce qu'il s'est passé i ans ? déplora Megan. Elle s'appelle Mimi Geignarde, parce qu'elle passe tout son temps à pleurer. Si vous l'ignorez elle ne devrait pas trop nous gêner.
- Pourquoi tu veux qu'on prépare la potion ici ? s'enquit Fred.
- Personne ne vient jamais ici, à cause de Mimi. La dernière fois qu'on a préparé une potion interdite, on l'a faite ici, ajouta-t-elle.
- Qu'est-ce que vous avez préparé ? s'étonna George tandis que Megan poussait la porte des toilettes.
- Du Polynectar, pour interroger Draco sur l'héritier de Serpentard, il y a deux ans.
- Vous avez préparé du Polynectar en deuxième année ? hoqueta Lee Jordan. C'est incroyablement difficile et long à préparer !
- Ça nous a pris du temps, mais on a bien réussi. Hormis le fait que Hermione avait mis un poil de chat dans son verre, ça s'est plutôt bien passé.
Des débris de verre jonchaient le sol des toilettes depuis que Megan y avait laissé éclater sa colère. Un gémissement continu flottait dans l'air, s'élevant de la cabine dans laquelle Mimi Geignarde passait le plus clair de son temps.
- Qui est là ? s'exclama la voix du fantôme lorsque George écrasa par mégarde un morceau de verre.
- C'est nous, soupira Megan.
La fille passa la tête à travers le bois de la porte de sa cabine et écarquilla les yeux en voyant les jumeaux et Lee.
- Tu n'es pas avec Harry ? constata-t-elle avec un regret évident.
- Apparemment.
Megan poussa la porte d'une cabine au hasard et posa le chaudron encore vide sur la cuvette fissurée tandis que les garçons dévisageaient Mimi Geignarde qui s'était mise à flotter dans leur direction.
- Ce sont les toilettes des filles, signala le fantôme d'un air buté.
- Ça, ça ne te dérange pas quand c'est Potter qui m'accompagne, répliqua Megan.
Mimi s'empourpra et retourna se lamenter dans sa cabine.
- Quelqu'un pourrait aller ramasser du bois ?
- Où ça ? s'enquit Fred. On ne va pas retourner dans le parc maintenant, si ?
- Non, soupira Megan.
Elle dirigea machinalement sa baguette sur une autre porte de cabine qui explosa. Plusieurs copeaux de bois vinrent se mêler aux éclats de verre.
- Y a plus qu'à ramasser, commenta-t-elle sans émoi. Aguamenti.
Un jet d'eau jaillit de sa baguette et remplit en partie le chaudron.
- Lee, tu peux commencer à éplucher les bananes et à les écraser ? demanda-t-elle en sortant les quatre figues sèches qu'elle allait peler.
Chacun s'attela à sa tâche. Ils n'auraient pas fini la potion le soir-même : les bananes rouges devaient bouillir avec les figues sèches, puis il fallait saupoudrer avec la feuille d'alchémille et laisser reposer. Le lendemain, ils pourraient ajouter les cinq-cents grammes de racines de marguerite pillée et les trois-cents grammes de foie de rat découpés en lamelles. Ils laisseraient ensuite la potion reposer six heures avant de la verser dans les verres et d'attendre de pouvoir s'en servir. Megan avait cependant intérêt à être prudente et rigoureuse dans sa préparation, sans quoi elle risquait de fabriquer une potion qui produirait des effets semblables à ceux de la potion de Ratatinage. Elle était cependant confiante, et prête à contourner tous les obstacles que Dumbledore mettrait entre elle et le Tournoi des Trois Sorciers.
Lorsqu'ils descendirent prendre leur petit déjeuner au matin du 30 octobre, les élèves découvrirent que la Grande Salle avait été décorée au cours de la nuit. D'immenses banderoles de soie étaient accrochées aux murs, chacune représentant l'une des maisons de Poudlard – une rouge avec un lion d'or pour Gryffondor, une bleue avec un aigle de bronze pour Serdaigle, une jaune avec un blaireau noir pour Poufsouffle et une verte avec un serpent argenté pour Serpentard. Derrière la table des professeurs, la plus grande des banderoles portait les armoiries de Poudlard : les quatre bêtes symboliques entourant un grand P.
Megan, Ron, Hermione et Potter aperçurent Fred et George à la table des Gryffondor. Cette fois encore, contrairement à leur habitude, ils étaient assis à l'écart et parlaient à voix basse. Megan savait qu'ils parlaient de Bagman, qui ne leur avait toujours pas répondu et semblait réellement les ignorer. Ron, curieux, s'approcha d'eux, et Megan, Hermione et Potter lui emboîtèrent le pas.
- C'est pénible, d'accord, disait George à Fred d'un air grave. Mais s'il ne veut pas nous parler en personne, il faudra bien lui envoyer la lettre. Ou alors on la lui donnera en main propre. Il ne peut quand même pas nous éviter sans arrêt.
- Qui est-ce qui vous évite ? s'enquit Ron en s'asseyant à côté d'eux.
- Pas toi, hélas ! répliqua Fred qui paraissait agacé par son interruption.
- Qu'est-ce qui est pénible ? demanda Ron à George.
- D'avoir un idiot de frère qui se mêle de tout.
- Vous avez eu des idées pour le Tournoi des Trois Sorciers ? demanda Potter. Vous avez trouvé un moyen d'être candidats ?
Les jumeaux jetèrent un coup d'œil furtif mais complice à Megan.
- J'ai demandé à McGonagall comment les champions devaient être choisis, mais elle n'a rien voulu dire, répondit George d'un ton amer. Elle m'a simplement conseillé de me taire et de continuer à métamorphoser mon raton laveur en silence.
- Je me demande quelles tâches les champions auront à accomplir, dit Ron d'un air songeur. Vous savez, je suis sûr qu'on arriverait à s'en sortir, on a déjà fait des trucs dangereux...
- Pas devant une assemblée de juges, répliqua Megan, qui doutait que Ron ou Hermione, qui supportaient mal la pression, soient capable d'affronter des dangers sous le regard de sorciers plus âgés et des élèves de trois écoles de magie internationales.
- McGonagall dit qu'on attribue des points aux champions en fonction de la façon dont ils ont réalisé les tâches imposées, leur apprit Fred.
- Et qui sont les juges ? demanda Potter, débordant d'ignorance comme à son habitude.
- Les directeurs des écoles participantes font toujours partie du jury, dit Hermione.
Tout le monde, exceptée Megan, se tourna vers elle avec une certaine surprise.
- Les trois directeurs ont été blessés au cours du tournoi de 1792 lorsqu'un Cocatris que les champions devaient attraper a réussi à s'échapper, raconta Megan.
Voyant les regards fixés sur elles, Hermione ajouta, de son ton agacé, qu'avec tous les livres qu'elles avaient lus, il était normal qu'elles en sachent plus qu'eux.
- Tout ça figure dans L'Histoire de Poudlard, dit-elle. Oh, bien sûr, ce n'est pas un livre auquel on peut entièrement se fier. L'Histoire révisée de Poudlard serait un titre beaucoup plus approprié. Ou même « Une histoire très partiale et incomplète de Poudlard, qui laisse dans l'ombre les aspects les moins reluisants de l'école ».
- De quoi tu parles ? demanda Ron.
Megan leva les yeux au ciel, devinant ce qui allait suivre.
- Les elfes de maison ! répondit Hermione d'une voix forte, confirmant ce que Megan attendait. Pas une seule fois dans tout le livre, il n'est indiqué que nous contribuons tous à l'oppression d'une centaine d'esclaves !
Le peu d'enthousiasme que Ron et Potter avaient manifesté pour son association n'avait en rien ébranlé la détermination d'Hermione à réclamer justice pour les elfes. Certes, ils avaient tous deux payé deux Mornilles pour l'achat d'un badge S.A.L.E. mais c'était simplement pour avoir la paix. Leurs Mornilles n'avaient d'ailleurs servi à rien. Pire, elles avaient eu pour seul effet de rendre Hermione plus virulente que jamais. Depuis, elle ne cessait de harceler ses deux amis pour qu'ils portent leur badge et s'efforcent de convaincre d'autres élèves de les imiter. Chaque soir, elle faisait également le tour de la salle commune de Gryffondor dans un bruit de ferraille, en agitant sous le nez de ses camarades sa boîte en fer destinée à recueillir des fonds. Megan, elle, portait son badge seulement quand Hermione était dans les parages, pour avoir la paix.
- Est-ce que tu te rends compte que tes draps sont changés, ton feu allumé, tes salles de classe nettoyées et tes repas cuisinés par des créatures magiques qu'on ne paye pas et qu'on traite comme des esclaves ? répétait-elle d'un air féroce.
Certains, comme Longbottom, avaient payé simplement pour qu'Hermione cesse de leur lancer des regards furieux. Quelques-uns semblaient vaguement intéressés par ce qu'elle avait à dire mais répugnaient à jouer un rôle plus actif dans la diffusion de ses idées. Quant aux autres, ils ne voyaient là qu'une aimable plaisanterie.
Ron, exaspéré, leva les yeux vers le plafond qui répandait sur eux sa lumière d'automne et Fred s'intéressa de très près à son lard grillé (les jumeaux avaient tous deux refusé d'acheter un badge S.A.L.E.). George se pencha cependant vers Hermione.
- Dis-moi, Hermione, est-ce que tu as déjà mis les pieds dans les cuisines de Poudlard ?
- Bien sûr que non, répliqua-t-elle sèchement. Je ne crois pas que les élèves aient le droit d'y descendre...
- Eh bien, nous, on y est allés, dit George. Et même très souvent, pour y voler des choses à manger. On les a rencontrés, les elfes, et crois-moi, ils sont très heureux. Ils sont même convaincus qu'ils font le plus beau métier du monde...
- C'est parce qu'ils n'ont pas reçu d'éducation et qu'on leur a fait subir un lavage de cerveau ! s'emporta Hermione.
Mais ses paroles furent noyées dans un bruit soudain de battements d'ailes : les hiboux venaient d'entrer dans la Grande Salle pour apporter le courrier. Megan ne vit pas Eleyna, ce qui ne la surprit pas : elle préférait recevoir son courrier dans sa chambre. Mais Hedwig fondit sur Potter et alla se poser sur l'épaule du garçon sous les regards anxieux de ses deux meilleurs amis. La chouette replia ses ailes et tendit sa patte d'un geste las. Potter prit la lettre de Sirius et donna la couenne de son lard à Hedwig qui la mangea avec reconnaissance. Puis, après s'être assuré que Fred et George étaient absorbés dans leurs considérations sur le Tournoi des Trois Sorciers, il lut la lettre de son parrain dans un murmure tout juste audible par Megan, Ron et Hermione.
Bien essayé, Harry,
Je suis de retour au pays et bien caché. Je veux que tu me tiennes au courant de tout ce qui se passe à Poudlard. N'utilise plus Hedwig, change toujours de hibou et ne t'inquiète pas pour moi, fais plutôt attention à toi. Et n'oublie pas ce que je t'ai dit au sujet de ta cicatrice.
Sirius
- Pourquoi changer de hibou ? demanda Ron à voix basse.
- Hedwig finirait par attirer l'attention, répondit aussitôt Megan. Elle est trop visible. Une chouette blanche qui retournerait plusieurs fois à l'endroit où il se cache, ça finirait par éveiller les soupçons... Ce ne sont pas des oiseaux très courants, ici.
Potter roula la lettre et la glissa dans une poche de sa robe
- Merci, Hedwig, dit-il en la caressant.
Elle ulula d'un air ensommeillé, trempa brièvement son bec dans le gobelet de jus d'orange que lui tendait son maître, puis s'envola à nouveau, n'ayant manifestement plus d'autre désir que d'aller faire un bon somme dans la volière.
Profitant d'un temps libre avant les cours de l'après-midi, Megan monta dans sa chambre où, comme elle l'avait espéré, Eleyna l'attendait.
Megan,
Comme tu l'as dit, Harry m'a envoyé une lettre, mais je n'ai pas marché. Je suis donc de retour au pays, et qu'il ne s'inquiète pas pour moi, je suis bien caché. Comme je l'ai conseillé à Harry, change de hibou pour me répondre. Je ne veux pas trop attirer l'attention.
Tu dis que les humeurs de Harry « sont fragiles en ce moment », que veux-tu dire ? Il ne va pas bien ?
Fol Œil est plus qu'un drôle de personnage, oui ! Mais comme tu dis, il est compétent. Je lui fais entièrement confiance.
Tu dis qu'il vous « forme » aux sortilèges impardonnables, tu veux dire qu'il vous en parle ? Ne me dis pas qu'il vous les lance – quoi que je ne serais même pas étonné.
Je ne peux pas m'avancer au point de dire que Tu-Sais-Qui revient, mais c'est une éventualité qu'il faut envisager, et à laquelle il faut se préparer. Oui, tout changerait. Mais je ne me trompe pas si je dis que tu te battrais dans notre camp, n'est-ce pas ?
Sirius
Megan s'assit lentement sur son lit. Eleyna était repartie en direction de la volière, elle avait mérité de se reposer. Sa maîtresse prit une plume, légèrement hésitante sur les réponses qu'elle allait fournir.
Sirius,
Potter a toujours été un peu dérangé, il ne va pas plus mal que d'habitude.
Fol Œil nous lance le sortilège de l'Imperium pour nous apprendre à y résister, et on se contente de prendre des notes sur les autres sortilèges impardonnables ou de le regarder les jeter à des araignées. Ce sont des cours intéressants mais fatigants.
Moi je m'avancerais à dire qu'il est en train d'essayer. Il a trouvé un moyen, reste à savoir lequel, et s'il va réussir à s'en servir. On a réussi à l'empêcher de s'emparer de la pierre philosophale ou d'aspirer la vie de Ginny pour revenir, rien ne dit qu'on ne l'arrêterait pas encore cette fois-ci. Mais on a aucune indication, et Dumbledore ne doit pas être beaucoup plus renseigné, il est trop occupé par le Tournoi des Trois Sorciers.
S'il faut se battre pour empêcher Voldemort de revenir, je me battrai.
Megan
La jeune fille relut sa lettre plusieurs fois avant de la plier et de la mettre dans sa poche en vue de la confier à un hibou de l'école. Elle était parvenue à répondre à la question de Sirius sans vraiment y répondre : oui, elle se battrait pour empêcher Voldemort de revenir – il avait attaqué Hermione et Ginny, et commandité l'assassinat de ses parents, et parmi ses fidèles se cachaient ceux qui avaient commis le meurtre, elle ne voulait pas qu'il retrouve ses pouvoirs et que ses traîtres de Mangemorts retrouvent leur gloire d'antan. Mais si le Seigneur des Ténèbres devait parvenir malgré tout à retrouver ses pouvoirs et sa forme humaine, alors tout changerait. Il deviendrait un danger pour ses amis, pour ceux qu'elle aimait, et il la voudrait à ses côtés, là où les Malfoy se trouveraient assurément il deviendrait de nouveau le plus grand sorcier de tous les temps, devant Dumbledore et elle-même. Et si pour protéger ceux qu'elle aimait et retrouver les Malfoy, Megan devait changer de camp, elle le ferait, et tant pis pour tous ceux qui mourraient si elle faisait ce choix, on ne pouvait jamais sauver tout le monde.
Megan redescendit de la salle commune pour se rendre en classe. Depuis le début de la journée, il régnait à Poudlard une agréable atmosphère d'attente et personne ne prêtait grande attention à ce qui se passait pendant les cours : seule l'arrivée, le soir même, des délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang occupait les esprits. Même le cours de potions parut plus supportable qu'à l'ordinaire, surtout parce qu'il devait être abrégé d'une demi-heure.
Lorsque la cloche sonna, Megan, Ron, Hermione et Potter se précipitèrent dans la tour de Gryffondor, déposèrent sacs et livres dans leurs dortoirs, jetèrent leurs capes sur leurs épaules et redescendirent l'escalier quatre à quatre jusqu'au hall d'entrée. Les responsables des différentes maisons firent mettre leurs élèves en rangs.
- Weasley, redressez votre chapeau, ordonna sèchement à Ron le professeur McGonagall. Miss Patil, ôtez de vos cheveux cet accessoire ridicule.
Parvati fit la moue et enleva le papillon qui ornait sa natte.
- Suivez-moi, s'il vous plaît, poursuivit le professeur McGonagall. Les première année, passez devant... Ne poussez pas...
Ils descendirent les marches qui menaient au-dehors et s'alignèrent devant le château en rangées successives. La soirée était fraîche et lumineuse. Le jour tombait lentement et une lune si pâle qu'elle en semblait transparente brillait déjà au-dessus de la Forêt interdite. Dans la file des première année, Dennis Creevey, le frère de l'insupportable Colin, tremblait littéralement d'impatience. Megan elle-même sentait l'excitation monter en elle à l'idée de rencontre d'autres élèves d'autres écoles de magie – autres que Matgar Cuffe –, et d'en apprendre plus sur la sélection des candidats pour le tournoi.
- Il est presque six heures, commenta Ron en jetant un coup d'œil à sa montre, puis à l'allée qui menait au portail. Comment tu crois qu'ils vont venir ? En train ?
- Ça m'étonnerait, dit Hermione.
- Alors, comment ? Sur des balais ? suggéra Potter en levant les yeux vers le ciel où commençaient à briller des étoiles.
- Je ne crois pas... Pas de si loin..., murmura Megan.
- Avec un Portoloin, peut-être ? proposa Ron. Ou bien ils pourraient transplaner. Chez eux, on a peut‑être le droit avant dix-sept ans.
- On ne peut pas transplaner dans l'enceinte de Poudlard, combien de fois faudra-t-il que je te le répète ? répliqua Hermione, agacée.
Ils scrutèrent le parc qui commençait à s'obscurcir, mais rien ne bougeait. Tout était tranquille, silencieux et presque comme d'habitude. Il faisait un peu froid, et l'attente se faisait longue. Leurs hôtes préparaient peut‑être une arrivée spectaculaire, les rivalités entre les écoles étaient légendaires. Ne serait-ce que Beauxbâtons et Poudlard qui se disputaient le plus grand nombre de victoires au Tournoi (soixante-deux pour les deux écoles à ce jour), ou Durmstrang qui faisait tout pour être l'école dont la localisation était la plus secrète.
- Ah ! Si je ne m'abuse, la délégation de Beauxbâtons arrive ! lança joyeusement Dumbledore, qui était au dernier rang avec les autres professeurs.
- Où ? demandèrent avidement plusieurs élèves en regardant dans toutes les directions.
- Là-bas ! s'écria Danny Walker, le préfet, en montrant la Forêt interdite.
Quelque chose de très grand, beaucoup plus grand qu'un balai volant – ou même que cent balais volants – approchait du château, dans le ciel d'un bleu sombre. On voyait sa silhouette grandir sans cesse.
- C'est un dragon ! hurla Eleanor Branstone, une élève de première année, prise de panique.
- Ne dis pas de bêtises... C'est une maison volante ! répliqua Dennis Creevey.
Creevey était plus proche de la vérité. La gigantesque forme noire qui avançait au-dessus de la cime des arbres fut peu à peu éclairée par les lumières du château et ils distinguèrent alors un immense carrosse bleu pastel tiré par des chevaux géants. Le carrosse avait la taille d'une grande maison et volait vers eux, tiré dans les airs par une douzaine de chevaux ailés, tous des palominos, chacun de la taille d'un éléphant.
Les élèves des trois premiers rangs reculèrent en voyant le carrosse descendre du ciel à une vitesse terrifiante. Enfin, dans un fracas si impressionnant que Longbottom fit un bond en arrière et retomba sur les pieds d'un Serpentard de cinquième année, les sabots des chevaux, plus grands que des assiettes, se posèrent sur le sol dans un nuage de poussière. Un instant plus tard, le carrosse atterrit à son tour, rebondissant sur ses roues démesurées tandis que les chevaux couleur d'or agitaient leurs énormes têtes en roulant des yeux flamboyants. La portière du carrosse, sur laquelle étaient gravées les armoiries de l'académie de magie Beauxbâtons (deux baguettes d'or croisées qui lançaient chacune trois étoiles), s'ouvrit et un garçon vêtu d'une robe de sorcier bleu clair en sortit en sautant à terre. Sous les regards de tout Poudlard réuni, il se pencha en avant, tripota maladroitement quelque chose sur le plancher du carrosse puis déplia un marchepied d'or. Il fit respectueusement un pas en arrière et tous virent briller une chaussure noire à haut talon qui émergea du carrosse – une chaussure qui avait la taille d'une luge d'enfant. La chaussure fut presque immédiatement suivie par la plus immense femme que Megan eût jamais vue. La taille du carrosse et des chevaux s'expliquait mieux, à présent. Quelques élèves étouffèrent une exclamation de surprise. La femme géante descendit le marchepied et regarda la foule des élèves aux yeux écarquillés. Lorsqu'elle pénétra dans la clarté que répandait la lumière du hall d'entrée, tout le monde put voir son beau visage au teint olivâtre, ses grands yeux noirs et humides et son nez en forme de bec d'oiseau. Ses cheveux tirés en arrière étaient noués en un chignon serré qui brillait sur sa nuque. Elle était vêtue de satin noir de la tête aux pieds et de magnifiques opales scintillaient autour de son cou et à ses doigts épais. Dumbledore se mit à applaudir et les élèves l'imitèrent avec ardeur. Nombre d'entre eux s'étaient dressés sur la pointe des pieds, ce qui était sans nul doute la meilleure façon de regarder cette femme. Celle-ci eut un sourire gracieux et s'avança vers Dumbledore en tendant une main étincelante de bijoux. Bien qu'il fût lui-même très grand, Dumbledore n'eut presque pas besoin de se pencher pour lui faire un baisemain.
- Ma chère Madame Maxime, déclara-t-il, je vous souhaite la bienvenue à Poudlard.
- Mon cheur Dambleudore, répondit la directrice d'une voix grave, je suis ravie de constateu que vous aveu l'eur en parfeute santeu.
- Ma santé est parfaite, en euffeut... heu... en effet, assura Dumbledore.
- Je vous preusente meus euleuves, dit Madame Maxime en agitant d'un geste désinvolte l'une de ses énormes mains par-dessus son épaule.
Une douzaine de filles et de garçons – tous âgés de dix-sept ou dix-huit ans – étaient sortis du carrosse et se tenaient à présent derrière leur directrice. Ils frissonnaient, ce qui n'avait rien d'étonnant quand on voyait les robes de soie fine qu'ils portaient sans aucune cape pour les protéger. Quelques-uns d'entre eux s'étaient enveloppé la tête d'écharpes ou de châles et d'après ce que Megan pouvait voir de leurs visages (ils se tenaient dans l'ombre immense de Madame Maxime), ils contemplaient le château d'un air anxieux.
- À queul moment Karkaroff doit-il arriveu ? demanda Madame Maxime.
- Il ne devrait pas tardeu... heu... tarder, répondit Dumbledore. Souhaitez-vous l'attendre ici ou préférez-vous entrer à l'intérieur pour vous réchauffer quelque peu ?
- Meu reuchauffeu queulqueu peu, queulle bonne ideu, mon cheur Dambleudore, approuva Madame Maxime. Meus qui va s'occupeu de meus cheveux ?
- Vos cheveux sont coiffés à la perfection, assura galamment Dumbledore.
- Dambleudore, queul pleusantin vous feutes ! s'exclama Madame Maxime en pouffant de rire. Je vouleus parleu deus cheveux de mon carrosse...
- Ah, vos chevaux ! Oui, bien sûr, notre professeur de Soins aux créatures magiques sera ravi de veiller à leur bien-être, déclara Dumbledore. Dès qu'il aura réglé les petits problèmes que lui ont posés certains de ses... heu... protégés...
- Les Scroutts, murmura Ron avec un grand sourire.
- S'occupeu deus meus eutalons neuceussite, heu... une grande force musculeure..., avertit Madame Maxime qui semblait douter qu'un professeur de Soins aux créatures magiques de Poudlard soit à la hauteur de la tâche. Ils ont une vigueur peu ordineure...
- Je puis vous assurer que Hagrid saura s'y prendre, dit Dumbledore en souriant.
- Treus bien, répondit Madame Maxime en s'inclinant légèrement. Vous voudreuz bien preuciseu à ceut Agrid que meus cheveux ne boivent que du whisky pur malt.
- Nous ferons le nécessaire, assura Dumbledore qui s'inclina à son tour.
- Veuneuz, vous autres, dit Madame Maxime à ses élèves d'un ton impérieux et ceux de Poudlard s'écartèrent pour leur permettre de gravir les marches du château.
- À votre avis, ils vont être grands comment, les chevaux de Durmstrang ? demanda Seamus Finnigan en se penchant vers Ron et Potter, derrière le dos de Lavender et de Parvati.
- S'ils sont plus gros que ceux-là, même Hagrid n'arrivera pas à les tenir, répondit Potter. Mais d'abord, il faut qu'il arrive à se débarrasser de ses Scroutts. Je me demande où il en est avec eux.
- Ils se sont peut-être échappés, dit Ron avec espoir.
- Ne dis pas ça ! s'exclama Hermione, parcourue d'un frisson. Imagine qu'ils se promènent en liberté dans le parc...
Megan imagina qu'ils feraient un comité d'accueil original pour les élèves de Durmstrang.
Les élèves de Poudlard restèrent là, grelottant dans le froid qui s'installait, et attendirent l'arrivée de la délégation de la seconde école. La plupart regardaient le ciel, pleins d'espoir. Pendant quelques instants il régna un grand silence que seuls venaient troubler les bruits de sabots et les hennissements des immenses chevaux de Madame Maxime.
- Tu entends quelque chose ? demanda soudain Ron.
Megan écouta. Un bruit étrange, sonore et inquiétant, leur parvenait dans l'obscurité. C'était une sorte de grondement étouffé auquel se mêlait un bruit de succion, comme si on avait passé un gigantesque aspirateur au fond d'une rivière…
- Le lac ! s'écria Lee Jordan en le montrant du doigt. Regardez le lac !
De l'endroit où ils se trouvaient, au sommet de la pelouse en pente douce dominant le parc, ils voyaient nettement la surface lisse et noire de l'eau qui, soudain, ne fut plus lisse du tout. De grosses bulles se formèrent et des vagues vinrent lécher les rives boueuses du lac. Enfin, un tourbillon apparut en son centre, comme si on venait d'ôter une bonde géante, au fond de l'eau... La forme noire d'un long mât s'éleva lentement au milieu du tourbillon... et Megan distingua le gréement...
- C'est un bateau ! indiqua Potter à Megan, à Ron et à Hermione comme si le fait d'avoir grandi avec des Moldus l'avait rendu plus apte qu'eux à identifier un navire.
Lentement, majestueusement, un vaisseau émergea de l'eau, dans le scintillement argenté du clair de lune. Il avait quelque chose d'étrangement spectral, telle une épave sauvée d'un naufrage, et les faibles lueurs qui brillaient derrière ses hublots, comme enveloppées de brume, ressemblaient à des yeux de fantôme. Enfin, dans un bruit de cascade, le vaisseau apparut entièrement, tanguant sur les eaux tumultueuses du lac, et glissa vers la rive. Quelques instants plus tard, ils entendirent l'ancre tomber dans l'eau et le bruit mat d'une passerelle qu'on abaissait sur le rivage.
Les passagers débarquaient, défilant à la lueur des hublots. Tous semblaient avoir été bâtis sur le modèle de Crabbe et Goyle. Mais lorsqu'ils approchèrent de la lumière qui s'échappait du hall d'entrée, Megan vit que leurs silhouettes massives étaient dues aux capes de fourrure épaisse et compacte dont ils étaient vêtus. L'homme qui était à leur tête portait une fourrure différente, lisse et argentée, comme ses cheveux.
- Dumbledore ! s'écria-t-il avec chaleur en s'avançant sur la pelouse. Comment allez-vous, mon cher ami, comment allez-vous ?
Le mieux du monde, merci, professeur Karkaroff, répondit Dumbledore.
Karkaroff avait une voix suave et bien timbrée. Il était grand et mince, comme Dumbledore, mais ses cheveux blancs étaient coupés court et son bouc (qui se terminait par une petite boucle de poils) n'arrivait pas à cacher entièrement un menton plutôt fuyant. Lorsqu'il fut devant Dumbledore, il serra ses deux mains dans les siennes.
- Ce cher vieux Poudlard, dit-il en regardant le château avec un sourire.
Il avait des dents jaunâtres et Megan remarqua que, en dépit de son sourire, ses yeux restaient froids et son regard perçant. Le nom de Karkaroff lui était familier, mais elle n'arrivait pas à se rappeler pourquoi.
- Quelle joie d'être ici, quelle joie, vraiment... Viktor, venez donc vous réchauffer... Ça ne vous ennuie pas, Dumbledore ? Viktor est légèrement enrhumé...
Karkaroff fit signe à l'un de ses élèves de le rejoindre. Lorsque le garçon passa devant eux, Megan aperçut un nez arrondi et d'épais sourcils noirs. Elle n'eut pas besoin du halètement de Ron pour reconnaître ce profil :
- ... C'est Krum !
