LA COUPE DE FEU
- Je n'arrive pas à y croire ! bégaya Ron, abasourdi, tandis que les élèves de Poudlard remontaient les marches du château derrière la délégation de Durmstrang. Krum, Harry ! C'est Viktor Krum !
- Pour l'amour du ciel, Ron, c'est un simple joueur de Quidditch, répliqua Hermione.
- Un simple joueur de Quidditch ? s'exclama Ron en la regardant comme s'il n'en croyait pas ses oreilles. Hermione, c'est l'un des meilleurs attrapeurs du monde ! Je ne me serais jamais douté qu'il faisait encore ses études !
Ron n'avait pas tort, c'était une surprise à laquelle Megan ne s'attendait pas non plus. Ce tournoi promettait vraiment d'être intéressant.
Alors qu'ils traversaient le hall en direction de la Grande Salle, Megan vit Lee sauter sur place pour essayer de mieux voir la tête de Krum qui lui tournait le dos. Plusieurs filles de sixième année fouillaient frénétiquement dans leurs poches.
- Oh, non, ce n'est pas vrai ! Je n'ai pas la moindre plume sur moi !
- Tu crois qu'il accepterait de signer mon chapeau avec mon rouge à lèvres ?
- Non, mais vraiment..., lança Hermione d'un air hautain en passant devant les deux filles qui se disputaient à présent le tube de rouge à lèvres.
- Moi, je tiens à avoir son autographe, si je peux, affirma Ron. Tu n'aurais pas une plume, Harry ?
- Non, elles sont toutes là-haut, dans mon sac, répondit Potter.
Ils allèrent s'asseoir à la table des Gryffondor. Ron prit soin de s'installer du côté qui faisait face au hall, car Krum et ses condisciples de Durmstrang étaient toujours regroupés à côté de la porte, ne sachant pas très bien où s'asseoir. Les élèves de Beauxbâtons s'étaient installés à la table des Serdaigle et regardaient la Grande Salle d'un air maussade. Trois filles avaient gardé sur la tête des écharpes et des châles.
- Il ne fait quand même pas si froid, fit Hermione en leur jetant un regard irrité. Elles n'avaient qu'à emporter des capes.
- Ici ! Viens t'asseoir ici ! dit Ron d'une voix sifflante. Ici ! Hermione, pousse-toi un peu, fais de la place...
- Quoi ?
- Trop tard, dit Ron avec amertume.
Viktor Krum et ses camarades de Durmstrang s'étaient assis à la table des Serpentard. Megan vit Draco, Crabbe et Goyle afficher aussitôt un petit air supérieur. Draco se penchait déjà vers Krum pour lui parler. Les deux garçons pourraient sûrement parler Quidditch, entre attrapeurs…
- C'est ça, vas-y, Malfoy, essaye de te faire bien voir, lâcha Ron d'un ton acerbe. Je suis sûr que Krum a tout de suite vu à qui il avait affaire... Il doit être habitué aux flatteries... Où crois-tu qu'ils vont dormir ? On pourrait peut-être lui faire de la place dans notre dortoir, Harry... Moi, je veux bien lui donner mon lit, je dormirai sur un lit de camp.
Hermione haussa les épaules d'un air dédaigneux.
- Ils ont l'air beaucoup plus contents que ceux de Beauxbâtons, remarqua Potter.
Les élèves de Durmstrang avaient ôté leurs grosses fourrures et contemplaient d'un air intéressé le plafond étoilé. Deux d'entre eux, apparemment impressionnés, examinaient les assiettes et les gobelets d'or.
Filch était occupé à ajouter des chaises autour de la table des professeurs. Il avait revêtu pour l'occasion son habit râpé à queue de pie. Megan fut étonnée de le voir apporter quatre chaises supplémentaires, dont deux de chaque côté de celle de Dumbledore.
- Il n'y a pourtant que deux personnes en plus, murmura Megan. Pourquoi est-ce que Filch ajoute quatre chaises ? Qui d'autre doit venir ?
- Hein ? répondit Ron d'une voix distraite.
Il continuait de regarder Krum avec des yeux avides.
Lorsque tous les élèves se furent assis à leurs tables respectives, les professeurs firent leur entrée et allèrent s'installer autour de la grande table. Le professeur Dumbledore, le professeur Karkaroff et Madame Maxime fermaient la marche. Lorsque leur directrice apparut, les élèves de Beauxbâtons se levèrent d'un bond, déclenchant quelques éclats de rire dans les rangs de Poudlard. Ils n'en ressentirent apparemment aucune gêne et ne se rassirent que lorsque Madame Maxime eut pris place à la gauche de Dumbledore. Celui-ci resta debout, et le silence se fit dans la Grande Salle.
- Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, chers fantômes et, surtout, chers invités, bonsoir, dit Dumbledore en adressant aux élèves étrangers un sourire rayonnant. J'ai le très grand plaisir de vous souhaiter la bienvenue à Poudlard. J'espère et je suis même certain que votre séjour ici sera à la fois confortable et agréable.
L'une des filles de Beauxbâtons, qui avait toujours un cache-nez enroulé autour de la tête, éclata d'un rire ouvertement moqueur. Megan haussa un sourcil surpris et méprisant, elle se ferait un plaisir de montrer à cette fille comment son séjour à Poudlard pouvait devenir véritablement inconfortable et désagréable.
- Personne ne t'oblige à rester ! murmura Hermione, exaspérée.
- Le tournoi sera officiellement ouvert à la fin de ce banquet, annonça Dumbledore. Mais pour l'instant, je vous invite à manger, à boire et à considérer cette maison comme la vôtre !
Il s'assit et Karkaroff se pencha aussitôt vers lui pour engager la conversation. Megan les observa un instant, toujours frustrée de ne pas se rappeler ce qu'elle savait du directeur de Durmstrang. Pendant ce temps, comme d'habitude, les plats disposés devant eux se remplirent de mets divers. Les elfes de la cuisine s'étaient surpassés. Megan n'avait jamais vu une telle variété de plats, dont certains appartenaient de toute évidence à des cuisines d'autres pays.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Ron en montrant une grande soupière remplie d'un mélange de poissons, à côté d'un ragoût de bœuf et de rognons.
- Bouillabaisse, répondit Megan.
- À tes souhaits.
- C'est français, précisa la jeune fille.
- J'en ai mangé un jour en vacances, il y a deux ans, ajouta Hermione. C'est très bon.
- Je te crois sur parole, répondit Ron en se servant une bonne part de ragoût bien anglais.
Il semblait y avoir beaucoup plus de monde que d'habitude dans la Grande Salle, même si l'on ne comptait guère qu'une vingtaine d'élèves en plus. Peut-être était-ce en raison de leurs uniformes colorés qui se remarquaient davantage à côté des robes noires de Poudlard : sous les fourrures qu'ils avaient ôtées, les élèves de Durmstrang portaient des robes d'une intense couleur rouge sang.
Le banquet avait commencé depuis une vingtaine de minutes lorsque Hagrid se « faufila » à l'intérieur de la salle en passant par une porte située derrière la table des professeurs. Il se glissa à sa place et salua Megan, Ron, Hermione et Potter en agitant une main entourée de bandages.
- Les Scroutts vont bien, Hagrid ? lança Potter depuis la table des Gryffondor.
- En pleine forme, répondit son géant ami d'un air ravi.
- Rien d'étonnant, commenta Ron à voix basse. Apparemment, la nourriture qui leur convient le mieux, ce sont les doigts de Hagrid.
À cet instant, ils entendirent une voix demander :
- Excusez-moi, vous avez fini avec la bouillabaisse ?
C'était la fille de Beauxbâtons qui avait ri pendant le discours de bienvenue de Dumbledore. Elle s'était enfin décidée à retirer son cache-nez, libérant une cascade de cheveux d'un blond argenté qui lui tombaient presque jusqu'à la taille. Elle avait de grands yeux d'un bleu foncé et des dents très blanches, parfaitement régulières. Ron devint écarlate. Il la regarda, ouvrit la bouche et bredouilla :
- La bouba... la boubaliaisse... La bailloubaisse..
- Bouillabaisse, rectifia-t-elle.
- Bouba... boubia..., balbutia Ron.
- Tu n'as pas l'air très doué pour les langues étrangères... s'impatienta la fille aux cheveux blonds, comme si les Français n'étaient pas réputés pour être mauvais en la matière. Alors, vous avez fini, oui ou non, avec cette bouillabaisse ?
- Oui, dit Ron, le souffle coupé. Oui, c'était... c'était excellent.
Elle prit la soupière et l'emporta avec précaution à la table de Serdaigle. Ron continuait de la regarder les yeux exorbités, comme si c'était la première fois de sa vie qu'il voyait une fille. Potter éclata de rire et Ron sembla redescendre sur terre.
- C'est une Vélane, dit-il à son meilleur ami d'une voix rauque.
- Bien sûr que non ! coupa sèchement Hermione. Personne d'autre ne la regarde d'un air idiot !
Mais elle se trompait. Lorsque la fille aux cheveux blonds traversa la salle, de nombreux garçons tournèrent la tête vers elle et semblèrent eux aussi perdre momentanément l'usage de la parole. Megan remarqua que Kevan faisait partie de ceux-là, assis à quelques places de la Française, à côté d'une autre magnifique fille que Megan identifia comme étant Ally Collins, une élève de Serdaigle avec qui le jeune homme passait beaucoup de temps. Megan détourna le regard, les entrailles nouées.
- Je te dis que ce n'est pas une fille normale ! insista Ron en se penchant de côté pour continuer à la suivre des yeux. On n'en fait pas des comme ça, à Poudlard !
- On en fait des très bien, à Poudlard, répondit Potter d'un air absent.
- Quand vous aurez de nouveau les yeux en face des trous, tous les deux, lança Megan d'un ton brusque, vous verrez peut-être qui vient d'arriver.
Elle montrait du doigt la table des professeurs où les deux chaises restées vides étaient à présent occupées : Ludo Bagman était assis à côté du professeur Karkaroff tandis que Mr Crouch, le patron de Percy, avait pris place à côté de Madame Maxime.
- Qu'est-ce qu'ils font ici ? s'étonna Potter.
- Ce sont eux qui ont organisé le Tournoi des Trois Sorciers, non ? répondit Hermione. J'imagine qu'ils voulaient être là au moment où il s'ouvre officiellement.
Megan se pencha pour regarder les jumeaux Weasley, assis un peu plus loin à la table des Gryffondor. Lorsqu'elle eut attiré leurs regards, elle fit un signe de tête vers la table des professeurs pour que les garçons remarquent la présence de Bagman. Cette fois, ils allaient pouvoir lui demander des comptes en personne.
Lorsque les desserts furent servis, ils remarquèrent divers gâteaux qu'ils ne connaissaient pas. Ron examina de près une espèce de crème blanchâtre puis la glissa vers la droite pour qu'elle soit bien visible depuis la table des Serdaigle. Mais la fille qui ressemblait à une Vélane semblait avoir assez mangé et ne vint pas la prendre, absorbée dans une discussion avec Ally Collins et une autre élève de Beauxbâtons, sous le regard attentif de Kevan. Megan ne put s'empêcher de leur jeter des coups d'œil en se mordant les lèvres.
Dès que les assiettes d'or eurent été vidées et nettoyées, Dumbledore se leva à nouveau. Il régnait à présent dans la Grande Salle une atmosphère d'attente. Megan sentit un sentiment de sérieux et d'excitation à la fois l'envahir. Elle allait enfin en savoir plus sur la sélection. Un peu plus loin, Fred et George, penchés en avant, observaient Dumbledore avec la plus grande attention.
- Le moment est venu, annonça Dumbledore en souriant largement à tous les visages tournés vers lui. Le Tournoi des Trois Sorciers va commencer. Mais je voudrais donner quelques explications avant qu'on apporte le reliquaire afin de clarifier la procédure que nous suivrons cette année. Pour commencer, permettez-moi de présenter à ceux qui ne les connaissent pas encore Mr Bartemius Crouch, directeur du Département de la coopération magique internationale – il y eut quelques applaudissements polis – et Ludo Bagman, directeur du Département des jeux et sports magiques.
Cette fois, les applaudissements furent beaucoup plus nourris – sauf dans le cas de Megan et des jumeaux Weasley –, sans doute en raison de la réputation de Bagman comme batteur, ou simplement parce qu'il paraissait beaucoup plus sympathique. Il répondit avec un geste chaleureux de la main alors que Crouch n'avait ni souri ni adressé le moindre signe au public à l'annonce de son nom.
- Mr Bagman et Mr Crouch ont travaillé sans relâche au cours de ces derniers mois pour préparer le Tournoi des Trois Sorciers, poursuivit Dumbledore, et ils feront partie avec Madame Maxime, le professeur Karkaroff et moi-même du jury chargé d'apprécier les efforts des champions.
Dès que le mot « champions » fut prononcé, l'attention des élèves sembla s'intensifier. Il avait dû remarquer leur soudaine immobilité car il eut un sourire lorsqu'il demanda :
- Le reliquaire, s'il vous plaît, Mr Filch.
Le concierge, qui s'était tenu à l'écart dans un coin de la salle, s'avança vers Dumbledore en portant un grand coffre de bois incrusté de pierres précieuses. L'objet paraissait très ancien et son apparition déclencha un murmure enthousiaste parmi les élèves. Dennis Creevey était monté sur sa chaise pour mieux le voir mais il était si minuscule qu'il ne dépassait guère la tête de ses camarades restés assis.
- Les instructions concernant les tâches que les champions devront accomplir cette année ont été soigneusement établies par Mr Crouch et Mr Bagman, reprit Dumbledore pendant que Filch déposait délicatement le coffre sur la table, juste devant lui. Et ils ont pris toutes les dispositions nécessaires au bon déroulement de cette compétition. Trois tâches auront donc lieu à divers moments de l'année et mettront à l'épreuve les qualités des champions... Leurs capacités magiques, leur audace, leur pouvoir de déduction et, bien sûr, leur aptitude à réagir face au danger.
Ces derniers mots provoquèrent un silence absolu, comme si plus personne n'osait même respirer. Megan sentait l'envie de participer dans chacun de ses membres. Elle allait les leur montrer, son audace et son pouvoir de déduction.
- Comme vous le savez, trois champions s'affronteront au cours de ce tournoi, poursuivit Dumbledore d'un ton très calme, un pour chacune des écoles participantes. Ils seront notés en fonction de leurs performances dans l'accomplissement de chacune des tâches et le champion qui aura obtenu le plus grand nombre de points sera déclaré vainqueur. Les trois champions seront choisis par un juge impartial... La Coupe de Feu.
Megan fronça les sourcils. Dumbledore prit sa baguette magique et en tapota le coffre à trois reprises. Dans un grincement, le couvercle s'ouvrit avec lenteur et Dumbledore sortit du reliquaire une grande coupe de bois grossièrement taillé. La coupe en elle-même n'aurait rien eu de remarquable s'il n'en avait jailli une gerbe de flammes bleues qui dansaient comme dans l'âtre d'une cheminée. Dumbledore referma le reliquaire et, avec des gestes précautionneux, posa la Coupe dessus pour que chacun puisse la contempler tout à loisir.
- Quiconque voudra soumettre sa candidature pour être choisi comme champion devra écrire lisiblement son nom et celui de son école sur un morceau de parchemin et le laisser tomber dans cette Coupe de Feu, expliqua Dumbledore. Les aspirants champions disposeront de vingt‑quatre heures pour le faire. Demain soir, la Coupe donnera les noms des trois personnes qu'elle aura jugées les plus dignes de représenter leur école. Dès ce soir, la Coupe sera placée dans le hall d'entrée et sera libre d'accès à celles et ceux qui souhaiteront se présenter. Pour garantir qu'aucun élève qui n'aurait pas atteint l'âge requis succombe à la tentation, poursuivit Dumbledore, je me chargerai moi-même de tracer une Limite d'Age autour de la Coupe de Feu lorsqu'elle aura été placée dans le hall d'entrée. Il sera impossible à toute personne d'un âge inférieur à dix-sept ans de franchir cette limite. Enfin, pour terminer, je voudrais avertir les candidats qu'on ne saurait participer à ce tournoi à la légère. Une fois qu'un champion a été sélectionné par la Coupe, il – ou elle – a l'obligation de se soumettre aux épreuves du tournoi jusqu'à son terme. Déposer votre nom dans la Coupe constitue un engagement, une sorte de contrat magique. Une fois que quelqu'un a été nommé champion, il n'est plus question de changer d'avis. En conséquence, réfléchissez bien avant de proposer votre nom, il faut que vous ayez de tout votre cœur le désir de participer. Voilà. À présent, je crois que le moment est venu d'aller dormir. Bonne nuit à tous.
- Une Limite d'Age ! s'exclama Fred, les yeux étincelants, tandis que la foule des élèves se dirigeait vers le hall d'entrée. La potion de Vieillissement suffira à la franchir, non ? Et une fois que ton nom est dans la Coupe, comment savoir si tu as dix-sept ans ou pas ?
- Je ne crois pas que quelqu'un qui a moins de dix-sept ans puisse avoir la moindre chance de gagner, objecta Hermione. Nous n'en savons pas assez, tout simplement...
- Parle pour toi ! répliqua sèchement George, approuvé d'un hochement de tête de Megan. Harry, tu vas essayer, non ?
Potter se mit à réfléchir, la preuve qu'il n'avait pas la carrure pour se frotter aux épreuves imposées aux champions.
- Où est-il ? demanda Ron, qui n'écoutait pas un mot de la conversation, trop occupé à scruter la foule pour essayer de voir où se trouvait Krum. Dumbledore ne nous a pas dit où dormaient les élèves de Durmstrang. Vous avez une idée, vous ?
Il eut presque aussitôt la réponse à sa question. Au moment où ils passaient devant la table des Serpentard, Karkaroff se précipita vers ses élèves.
- On remonte tout de suite à bord du vaisseau, dit-il. Viktor, comment vous sentez-vous ? Vous avez assez mangé ? Vous voulez que je demande à la cuisine de vous préparer du vin chaud ?
Krum hocha la tête en remettant sa fourrure.
- Prrrofesseurrr, moi, je voudrrrais bien du vin chaud, dit d'un ton plein d'espoir l'un des autres élèves de Durmstrang.
- Ce n'est pas à vous que je l'ai proposé, Poliakoff, répondit sèchement Karkaroff, en perdant le ton chaleureux et paternel sur lequel il avait parlé à Krum. En plus, vous avez mangé si salement que votre robe est toute tachée. Vous êtes dégoûtant, mon garçon...
Karkaroff emmena ses élèves vers la sortie et atteignit les portes de la Grande Salle en même temps que Megan, Ron, Hermione et Potter. Ce dernier s'arrêta pour le laisser passer.
- Merci, dit Karkaroff d'un ton distrait en lui jetant un coup d'œil.
Soudain, il se figea sur place, tourna à nouveau la tête vers Potter et le regarda fixement comme s'il n'arrivait pas à en croire ses yeux. Derrière leur directeur, ses élèves s'immobilisèrent à leur tour. Les yeux de Karkaroff remontèrent lentement et s'arrêtèrent sur la cicatrice du garçon. Les élèves de Durmstrang, eux aussi, l'observaient avec curiosité. Certains d'entre eux avaient déjà compris qui il était. Le garçon à la robe tachée de sauce donna un coup de coude à la fille qui se trouvait à côté de lui et montra ouvertement du doigt le front de Potter. Megan, le regard froid, resta près de la porte de la Grande Salle pour voir ce qui allait suivre.
- Ouais, c'est Harry Potter, grogna une voix derrière les élèves de Durmstrang.
Karkaroff fit volte-face. Fol Œil se tenait devant lui, appuyé de tout son poids sur son bâton, son œil magique fixant sans ciller le directeur de Durmstrang. Karkaroff pâlit. Une terrible expression de fureur mêlée de crainte apparut sur son visage.
- Vous ! s'exclama-t-il en regardant Fol Œil comme s'il n'était pas certain que ce soit vraiment lui.
- Moi, répondit l'intéressé d'un air sinistre. Et à moins que vous ayez quelque chose de précis à dire à Potter, Karkaroff, il vaudrait mieux dégager le passage. Vous bloquez la sortie.
- C'était vrai. La moitié des élèves restés dans la Grande Salle attendaient derrière eux, se dressant sur la pointe des pieds pour essayer de voir ce qui les empêchait de passer. Sans ajouter un mot, Karkaroff fit signe à ses élèves de le suivre. Fol Œil le regarda s'éloigner, fixant son dos de son œil magique, avec une expression d'intense antipathie sur son visage mutilé. Megan eut alors la conviction que le directeur de Durmstrang avait été ou était un Mangemort.
Le lendemain étant un samedi, la plupart des élèves auraient dû descendre prendre leur petit déjeuner plus tard que d'habitude. Mais Megan, Lee et les jumeaux firent exception : levés parmi les premiers de l'école, ils se rendirent au deuxième étage pour aller remplir des flacons de la potion de Vieillissement désormais terminée, ayant chacun préparé un morceau de parchemin avec leur nom inscrit dessus. Fred, George et Lee avalèrent leur goutte de la potion et, accompagnés de Megan, ils dévalèrent l'escalier pour se rendre dans le hall. Une vingtaine de personnes s'y trouvaient déjà, certaines un toast à la main, rassemblées autour de la Coupe de Feu pour l'examiner de plus près. Elle avait été installée au milieu du hall, sur le tabouret qui servait habituellement de socle au Choixpeau magique. Une mince ligne dorée avait été tracée sur le sol, formant un cercle d'environ trois mètres de rayon tout autour de la Coupe, des runes anciennes gravées dans le sol le long du cercle.
Les trois amis de Megan étaient si heureux de tenter leur chance qu'ils ne pouvaient s'empêcher de rire, l'air surexcité. Ils arrivèrent près de Ron, Hermione et Potter qui étaient eux aussi déjà levés.
- Ça y est, murmura Fred d'un ton triomphant. On vient de la prendre.
- Quoi ? demanda Ron.
- La potion de Vieillissement, tête de nouille, répondit Megan en souriant.
- Une goutte chacun, tous les trois, dit George en se frottant les mains avec une expression réjouie. On n'a besoin que de quelques mois de plus.
- Tu n'en as pas pris, Megan ? S'étonna Ron. C'est toi qui l'as fabriquée, non ?
- On préfère tester avant, répondit Fred avec un peu plus de sérieux. Si ça marche, elle en prendra aussi.
- Ils avaient peur que j'aie mal fait la potion et qu'ils se retrouvent transformés en rat ratatinés, commenta Megan en souriant.
- Si l'un de nous gagne, on partagera les mille Gallions en quatre, lança Lee avec un large sourire.
- Je ne suis pas du tout sûre que ça marche, les avertit Hermione. Dumbledore y a certainement pensé avant vous.
Mais Megan, Lee et les jumeaux ne tinrent aucun compte de son intervention.
- Prêts ? demanda Fred aux deux autres garçons qui frémissaient d'excitation. Allons-y, je passe le premier.
Le cœur battant, Megan regarda Fred sortir de sa poche son morceau de parchemin. Il fallait que ça marche, il fallait que la potion leur permette de participer. Fred s'avança jusqu'à la ligne et s'arrêta devant, en se balançant sur la pointe des pieds comme un plongeur qui s'apprête à faire un saut de quinze mètres. Puis, sous les regards tournés vers lui, il prit une profonde inspiration et franchit la ligne.
Megan eut un large sourire, soulagée, et George poussa un cri de triomphe avant de sauter par-dessus la ligne à la suite de son frère. Mais un instant plus tard, il y eut une sorte de grésillement et les jumeaux furent rejetés hors du cercle comme s'ils avaient été catapultés par un invisible lanceur de poids. Ils atterrirent douloureusement trois mètres plus loin, sur le sol de pierre froide et, pour ajouter le ridicule au châtiment, deux longues barbes blanches, exactement semblables, poussèrent aussitôt sur leurs visages avec un bruit de pétard. Le hall résonna alors de grands éclats de rire. Fred et George eux-mêmes ne purent s'empêcher de participer à l'hilarité générale en voyant leurs barbes respectives. Le rire de Megan resta coincé quelque part dans sa gorge : ça n'avait pas fonctionné.
- Je vous avais pourtant prévenus, dit une voix grave et amusée.
Tout le monde se retourna et vit Dumbledore sortir de la Grande Salle.
- Je vous conseille d'aller faire un tour chez Madame Pomfrey, suggéra-t-il, en regardant les jumeaux d'un œil malicieux. Elle s'occupe déjà de Miss Fawcett, de Serdaigle, et de Mr Summers, de Poufsouffle. Eux aussi ont eu l'idée de se vieillir un peu. Mais je dois reconnaître que leurs barbes sont beaucoup moins belles que les vôtres.
Il se détourna après avoir adressé un clin d'œil à Megan. Fred et George se dirigèrent vers l'infirmerie, accompagnés par Lee Jordan qui était secoué d'un véritable fou rire. Ron, Hermione et Potter étaient également hilares en allant prendre leur petit déjeuner. Megan resta plantée quelques instants dans le hall d'entrée, le regard dans le vide. Si la potion n'avait pas fonctionné, elle n'allait pas renoncer pour autant. Elle avait jusqu'au soir-même pour mettre en application son plan B, plan dont elle ne pouvait pas parler aux jumeaux.
Elle emboîta le pas aux élèves qui allaient prendre leur petit déjeuner, perdue dans ses pensées. Les décorations de la Grande Salle pour Halloween étaient superbes : un nuage de chauves-souris volait sous le plafond magique tandis qu'aux quatre coins de la salle, des centaines de citrouilles évidées lançaient des regards démoniaques. Elle retrouva Ron et Hermione près de Dean Thomas et Seamus Finnigan qui essayaient d'établir la liste des élèves de Poudlard susceptibles de se porter candidats.
- D'après ce qu'on dit, Warrington s'est levé de bonne heure pour aller mettre son nom dans la Coupe, révéla Thomas. Tu sais, ce grand type de Serpentard qui a l'air d'un gros veau.
Potter hocha la tête d'un air dégoûté.
- Il ne faut surtout pas que le champion de Poudlard soit un Serpentard ! affirma-t-il.
- Et tous les Poufsouffle parlent de Diggory, ajouta Finnigan avec mépris. Mais je ne pensais pas qu'il était prêt à risquer sa belle petite tête dans quelque chose d'aussi dangereux.
- Écoutez ! s'exclama soudain Hermione, empêchant Megan de répliquer.
Des acclamations retentissaient dans le hall d'entrée. Ils se retournèrent et virent Angelina Johnson entrer dans la Grande Salle avec un sourire un peu gêné. C'était une grande fille noire qui jouait au poste de poursuiveur dans l'équipe de Quidditch de Gryffondor et avec laquelle Megan s'entendait bien. Angelina vint s'asseoir auprès d'eux.
- Voilà, c'est fait ! annonça-t-elle. Je viens de mettre mon nom dans la Coupe !
- Sans rire ? lâcha Ron, impressionné.
- Tu as déjà dix-sept ans ? demanda Potter.
- Évidemment. Tu vois bien qu'elle n'a pas de barbe, répondit Megan, passablement amère.
- C'était mon anniversaire la semaine dernière, précisa Angelina.
- Je suis contente que quelqu'un de Gryffondor soit candidat, affirma Hermione. J'espère que tu seras choisie.
- Merci, Hermione, répondit Angelina avec un sourire.
- Oui, il vaut mieux que ce soit toi plutôt que ce bellâtre de Diggory, lança Finnigan, s'attirant les regards noirs de Megan et de plusieurs élèves de Poufsouffle qui passaient devant leur table.
Quitte à ce qu'un autre élève qu'elle représente Poudlard, Megan apprécierait que ce soit Cedric. Elle se retourna et vit que le jeune homme était assis à la table de Poufsouffle, assez éloigné de tous les élèves de sa maison qui le désignaient et parlaient de lui avec enthousiasme.
- Alors comme ça tu te présentes pour le tournoi ? lança-t-elle en venant s'asseoir à côté de lui.
Elle attrapa un morceau de brioche sur la table et mordit dedans. Cedric lui sourit et hocha la tête.
- Tu t'en sortirais bien, supposa-t-elle.
- Pas aussi bien que toi si tu pouvais participer, répondit humblement le jeune homme. Je t'ai déjà aperçue pendant certains cours, tu es très douée.
- Je me débrouille, admit Megan. C'est dommage que ce soit réservé aux moins de dix-sept ans, hein ?
Cedric lui jeta un coup d'œil soupçonneux.
- Tu as essayé de participer, n'est-ce pas ?
- Tu es préfet, rit Megan, même si j'avais essayé, je ne te le dirais pas !
- Dumbledore serait furieux si tu candidatais, et encore plus si tu étais choisie, lui fit remarquer Cedric.
Megan haussa les épaules, rien ne lui ferait plus plaisir que de parvenir à aller à l'encontre de la volonté du vieux manipulateur.
- On verra bien ce soir, soupira-t-elle.
- Au fait, tout s'est bien passé pour vous, après le match de la Coupe du monde, cet été ? s'enquit-il. Avec les Mangemorts qui ont attaqué les tentes…
- Oui, on s'est cachés dans la forêt. On était aux premières loges pour voir l'un d'eux faire apparaître la Marque des Ténèbres. Enfin, il n'était pas loin de nous, même si on ne l'a pas vu.
- C'était une drôle de nuit, affirma le jeune homme en hochant la tête.
- D'ailleurs, je me demandais... À ton avis, c'est Voldemort qui s'est amusé à dessiner la Marque pendant son temps libre ?
Le garçon tressaillit en l'entendant prononcer le nom maudit, mais elle l'ignora.
- Je veux dire, tu penses qu'il griffonnait sur un parchemin pendant les cours, ou qu'il y a pensé plus tard, entre deux tentatives de coup d'Etat et d'attaques de Moldus… ? Ou alors il a peut-être confié cette précieuse tâche à l'un de ses Mangemorts, un qui serait doué en dessin… Tu penses qu'il aurait tué un de ses Mangemorts si le dessin ne lui plaisait pas ?
Cedric jeta à Megan un regard effaré.
- Moi non plus je n'en sais rien, admit-elle. Je lui poserai la question si on devait le revoir un de ces jours. Bon courage pour ce soir, en tout cas !
Elle se leva pour rejoindre Ron et Hermione et terminer de prendre son petit-déjeuner avec eux.
- Qu'est-ce qu'on va faire, aujourd'hui ? demanda Ron lorsqu'ils quittèrent la Grande Salle après avoir terminé de manger.
- On n'est pas encore allés voir Hagrid, fit remarquer Potter.
- Bonne idée, approuva Ron, à condition qu'on ne soit pas obligés de sacrifier quelques doigts aux Scroutts.
Le visage d'Hermione s'éclaira soudain.
- Je viens de m'apercevoir que je n'ai pas encore demandé à Hagrid d'adhérer à la S.A.L.E., dit-elle d'un ton enthousiaste. Attendez-moi, je file là-haut chercher des badges.
- Elle est vraiment pénible ! soupira Ron d'un air exaspéré tandis qu'Hermione montait l'escalier en courant.
- Hé, Ron, lança soudain Potter, n'oublie pas que c'est ton amie...
Venant du parc, la délégation de Beauxbâtons entra alors dans le hall. La Vélane était là avec ses camarades. Les élèves de Poudlard, toujours rassemblés autour de la Coupe de Feu, reculèrent pour les laisser passer, le regard avide. Megan ne se souciait pas de la magnifique Française, elle se demandait plutôt quels élèves âgés de dix-sept ans ou plus n'avaient pas déjà déposé leur nom dans la coupe.
Madame Maxime apparut à son tour et fit mettre ses élèves en rang. Puis, un par un, chacun d'eux enjamba la Limite d'Age pour aller déposer dans les flammes bleutées un morceau de parchemin portant son nom. Chaque fois, le parchemin devenait écarlate un bref instant et projetait une gerbe d'étincelles.
- À votre avis, qu'est-ce qui va arriver à ceux qui ne seront pas choisis ? murmura Ron à Megan et à Potter pendant que la Vélane laissait tomber son morceau de parchemin dans la Coupe de Feu. Vous croyez qu'ils vont retourner dans leur école ou rester pour assister au tournoi ?
- Je ne sais pas, répondit Potter, songeur. Ils vont rester, j'imagine... Madame Maxime fait partie du jury, non ?
- Ils sont en première ou en terminale, c'est comme ça que leurs classes s'appellent en France, commenta Megan. S'ils restent, ils vont quand même devoir réviser pour passer leur baccalauréat à la fin de l'année – c'est un peu la même chose que nos ASPIC.
Lorsque tous les élèves de Beauxbâtons eurent déposé leur nom dans la Coupe, Madame Maxime les mena à nouveau dans le parc.
- Où est-ce qu'ils dorment ? s'interrogea Ron en les regardant s'éloigner.
Un grand bruit de ferraille derrière eux annonça le retour d'Hermione avec sa boîte de badges.
- Ah, tu arrives bien, dépêche-toi, dit Ron.
Il dévala les marches de l'escalier de pierre, le regard fixé sur le dos de la Vélane qui se trouvait à présent au milieu de la grande pelouse, à côté de Madame Maxime. Lorsqu'ils approchèrent de la cabane de Hagrid, à la lisière de la Forêt interdite, le mystère du logement des Beauxbâtons se trouva résolu. Le gigantesque carrosse bleu pastel était stationné à deux cents mètres de chez Hagrid et les élèves de Beauxbâtons étaient en train de remonter à l'intérieur. Les chevaux volants éléphantesques qui avaient tiré le carrosse broutaient à présent dans un enclos de fortune aménagé à côté.
Potter frappa à la porte de Hagrid, déclenchant les aboiements tonitruants de Fang.
- Eh bien, il était temps ! lança Hagrid. Je me demandais si vous n'aviez pas oublié où j'habite !
- On a été très occupés, Hag..., commença Hermione.
Elle s'interrompit en le regardant d'un air stupéfait.
Hagrid portait son meilleur (et horrible) costume marron et pelucheux, agrémenté d'une cravate à carreaux jaunes et orange. Mais ce n'était pas le pire : il avait essayé de coiffer ses cheveux hirsutes à l'aide d'une substance visqueuse qui devait être de l'huile de moteur. Ils étaient à présent tirés en arrière et formaient deux grosses masses informes – peut-être avait-il essayé de se faire un catogan comme celui de Bill, mais il s'était sans doute aperçu qu'il avait trop de cheveux pour ça. Le résultat, en tout cas, était désastreux. Pendant un moment, Hermione le regarda avec des yeux ronds puis, préférant ne faire aucun commentaire, elle se contenta de demander :
- Heu... Où sont les Scroutts ?
- Dans le potager aux citrouilles, répondit Hagrid d'un ton ravi. Ils ont bien grandi, ils doivent faire pas loin d'un mètre, maintenant. Le seul ennui, c'est qu'ils ont commencé à s'entre-tuer.
- Non, vraiment ? déplora Hermione en lançant un regard réprobateur à Ron qui s'apprêtait visiblement à faire une remarque sur la nouvelle coiffure de Hagrid.
- Oui, soupira Hagrid avec tristesse. Mais ça va mieux, maintenant, je les ai mis dans des boîtes séparées. J'en ai encore une vingtaine.
- C'est une chance, affirma Ron.
Mais Hagrid ne sembla pas saisir l'ironie du propos.
Sa cabane ne comportait qu'une seule pièce. Dans un coin, un lit gigantesque était recouvert d'une courtepointe en patchwork. Une table tout aussi immense, entourée de chaises assorties, était installée devant le feu de la cheminée, sous une impressionnante quantité de jambons fumés et d'oiseaux morts qui pendaient du plafond. Megan, Ron, Hermione et Potter s'assirent à la table pendant que Hagrid préparait du thé et la conversation s'orienta une fois de plus sur le Tournoi des Trois Sorciers. Hagrid se montra aussi enthousiaste qu'eux.
- Attendez un peu, dit-il avec un sourire. Attendez un peu et vous allez voir quelque chose que vous n'aurez jamais vu. La première tâche... Ah, mais, je n'ai pas le droit de vous le dire...
- Allez-y, Hagrid ! l'encouragèrent les quatre élèves d'une seule voix.
Mais il se contenta de hocher la tête en continuant à sourire.
- Je ne veux pas gâcher la surprise, insista Hagrid. Tout ce que je peux vous garantir, c'est que ce sera spectaculaire. Ils vont avoir du fil à retordre, les champions ! Je ne pensais pas que je vivrais assez vieux pour voir renaître le Tournoi des Trois Sorciers !
Ce qui ne fit que renforcer la volonté de Megan de participer.
Ils finirent par rester déjeuner avec Hagrid, sans manger beaucoup, cependant. Hagrid avait cuisiné quelque chose qu'il présenta comme un ragoût de bœuf mais, après que Megan eut découvert dans son assiette une grosse serre d'oiseau de proie, ils perdirent quelque peu leur appétit. Megan, Ron, Hermione et Potter conjuguèrent leurs efforts pour essayer de lui faire dire en quoi allaient consister les trois tâches du tournoi, mais sans succès. Ils échangèrent ensuite quelques pronostics sur les noms des champions qui sortiraient de la Coupe de Feu et se demandèrent enfin si Fred et George avaient déjà perdu leur barbe tout en riant sur ce qui aurait pu avoir lieu si Megan avait elle aussi mis son nom dans la Coupe – seule l'intéressée ne rit pas.
Vers le milieu de l'après-midi, une légère pluie s'était mise à tomber. Confortablement installés auprès du feu, ils écoutaient le faible crépitement des gouttes contre les carreaux et regardaient Hagrid qui reprisait ses chaussettes tout en discutant avec Hermione du sort des elfes de maison – il avait catégoriquement refusé d'adhérer à la S.A.L.E. lorsqu'elle lui avait montré les badges.
- Ce ne serait pas une bonne chose pour eux, Hermione, expliqua-t-il avec gravité, en faisant passer un épais fil jaune dans le chas d'une aiguille en os. C'est dans leur nature de servir les humains. C'est ça qu'ils aiment, tu comprends ? Tu les rendrais malheureux si tu leur enlevais leur travail et ce serait insultant pour eux d'essayer de les payer.
- Mais Harry a réussi à faire libérer Dobby et il était fou de joie ! répondit Hermione. Maintenant, il paraît qu'il demande à être payé !
- Oh oui, bien sûr, il y a toujours des loufoques partout. Je sais bien qu'on en voit, parfois, des elfes qui ont envie de devenir libres mais la grande majorité d'entre eux ne veut surtout pas en entendre parler. Non, rien à faire, Hermione, ne compte pas sur moi.
Furieuse, elle fourra sa boîte de badges dans la poche de sa cape. Megan, qui s'inquiétait de voir le temps passer, finit par prendre congé des quatre autres, prétextant qu'elle devait aller voir Kevan, et retourna seule au château. Il y régnait une certaine excitation au fur et à mesure que l'heure de la sélection des champions se rapprochait. Il y avait toujours de nombreux élèves dans le hall, guettant les candidats de chaque école, examinant la Coupe de Feu… Megan, elle, cherchait du regard les élèves qu'elle avait repérés un peu plus tôt dans la journée. Son regard se posa finalement sur Penelope Deauclaire, l'élève de Serdaigle de septième année qui fréquentait Percy depuis l'année passée. Trop sage pour s'être portée candidate, elle était assise sur les marches du grand escalier et observait les autres élèves de temps à autre, baissant le reste du temps les yeux sur le livre qu'elle avait sur les genoux : les élèves de septième année passaient leurs ASPIC (Accumulation de Sorcellerie Particulièrement Intensive et Contraignante) à la fin de l'année, le plus haut diplôme délivré à Poudlard.
L'air de rien, Megan s'approcha de l'escalier, s'y accouda nonchalamment et sortit sa baguette de sa poche. Regardant dans la direction opposée, elle murmura la formule interdite :
- Impero.
Tournant la tête pour vérifier si le sortilège avait fonctionné, Megan remarqua que la jeune fille avait le regard flou et fixait le vide. Avec un sourire satisfait, la sorcière sortit de sa poche le morceau de parchemin sur lequel elle avait inscrit son nom et celui de son école, et le confia à Deauclaire.
- Traverse la Limite d'Âge et va déposer ce morceau de parchemin dans la Coupe de Feu, demanda‑t‑elle à la jeune fille à voix basse. Puis reviens me voir.
Hochant la tête lentement, la fille se leva, le livre tombant de ses genoux sans qu'elle ne semble le remarquer, et se dirigea vers le cercle doré qui entourait la Coupe. Les yeux des curieux se rivèrent sur elle, mais aucun ne la regardait aussi intensément que Megan, qui ne devait pas laisser le lien se rompre mais ne pouvait dissimuler sa tension. Il n'y eut aucun grésillement, Deauclaire ne fut pas expulsée loin de la Coupe en arborant une belle barbe blanche. Elle déposa le nom dans les flammes. Le parchemin devint écarlate un bref instant et projeta une gerbe d'étincelles, puis se fut terminé. Peinant à croire qu'elle avait finalement réussi, Megan regarda avec un large sourire Deauclaire revenir vers elle.
- C'est fait, dit-elle d'une voix blanche.
- Parfait. Oubliettes.
Le regard de l'élève se fit plus vide que jamais, puis Megan leva le sortilège de l'Imperium, et la jeune fille lui jeta un coup d'œil surpris.
- Tu disais ? s'enquit-elle, comme si elle avait été distraite au cours d'une conversation.
- Rien, bon courage pour les ASPIC.
Deauclaire ramassa son livre avec l'expression faciale de quelqu'un qui ne parvient pas à se souvenir de ce qu'il voulait faire un instant plus tôt. Megan, elle, se dirigea vers la Grande Salle en espérant vaguement qu'elle n'avait pas effacé une trop grande partie de la mémoire de l'élève, comme des notions de cours, l'existence de Percy ou le bout par lequel il fallait tenir une baguette magique. Elle ne sentait aucune culpabilité peser sur elle à l'idée d'avoir fait usage d'un sortilège impardonnable, et ce dans le but de violer les règles de candidature au Tournoi des Sorciers : elle n'aurait pas eu à employer de tels moyens si Dumbledore n'avait pas tracé cette Limite d'Âge, si les effets de la potion de Vieillissement avaient suffi. Maintenant, elle allait pouvoir participer au Tournoi, et rien ne lui ferait regretter la façon dont elle avait dû s'y prendre pour cela.
Tandis que la Grande Salle se remplissait peu à peu, et en attendant le retour de Ron et d'Hermione, Megan s'absorba dans la contemplation des flammes des chandelles qui y flottaient, réfléchissant à ce qu'elle ferait de l'or lorsqu'elle aurait remporté le Tournoi : elle pourrait acheter quelque chose aux Weasley, par exemple, offrir une compensation aux jumeaux qui n'auraient pas eu la chance de participer. Elle était perdue si loin dans ses pensées qu'elle ne remarqua pas que Kevan avait pris place à côté d'elle. Elle sursauta et manqua de lui jeter un sort lorsque sa voix la fit sursauter :
- Alors, tu as trouvé un moyen de participer quand même ?
- Par le caleçon de Merlin, Kevan ! s'exclama-t-elle en écarquillant les yeux.
- Je t'ai fait peur ? s'amusa-t-il.
- Non, mentit-elle. Et je ne parle pas aux préfets de la façon dont je m'y prends pour violer le règlement intérieur, vous devriez vous y faire.
- « Vous » ?
- Cedric m'a posé la même question. Cedric Diggory, le préfet de Poufsouffle.
- Il a mis son nom dans la coupe, lui, non ?
- Oui. Il ferait un bon champion.
- Mais tu préférerais que ce soit toi, supposa le jeune homme.
- Évidemment.
Ron, Hermione et Potter arrivèrent dans la Grande Salle et rejoignirent Megan. Peu désireux de devoir leur parler, Kevan retourna à la table des Serdaigle après avoir effleuré la main de sa petite amie. Presqu'aussitôt, les élèves de Durmstrang arrivèrent, Krum et Karkaroff en tête. Pendant que Megan se perdait dans le fil de ses pensées, la Coupe de Feu avait été déplacée, et se trouvait maintenant sur la table des professeurs, devant la chaise vide de Dumbledore. Fred et George – rasés de près – les rejoignirent à table. Ils semblaient avoir pris leur déconvenue avec bonne humeur et Fred se félicitait de ne pas avoir laissé Megan tenter sa chance.
- Tu imagines ta jolie tête avec cette barbe ? Renchérit George.
Megan secoua la tête, insensible au compliment.
- J'espère que ça va être Angelina, reprit Fred.
- Moi aussi, acquiesça Hermione, le souffle court. On va bientôt savoir, maintenant.
Le festin parut plus long que d'habitude. Megan n'accorda pas beaucoup d'intérêt aux plats raffinés qui s'offraient à elle, trop obnubilée par la perspective de connaître enfin le tirage de la Coupe de feu. Comme tous les autres élèves – à en juger par la façon dont ils tendaient le cou, s'agitaient avec impatience sur leurs chaises, ou se levaient par instants pour voir si Dumbledore avait fini de manger –, Megan n'avait qu'une hâte : que les assiettes se vident et qu'on annonce enfin les noms des champions.
Au bout d'un long moment, les derniers reliefs du festin disparurent de la vaisselle d'or qui retrouva instantanément son éclat. La rumeur des conversations s'intensifia, puis laissa place à un soudain silence lorsque Dumbledore se leva. À ses côtés, le professeur Karkaroff et Madame Maxime semblaient aussi tendus et impatients que les autres. Ludo Bagman, le visage rayonnant, lançait des clins d'œil complices à divers élèves. Seul Mr Crouch paraissait indifférent. Il avait presque l'air de s'ennuyer.
- Voilà, annonça Dumbledore, la Coupe de Feu ne va pas tarder à prendre sa décision. Je pense qu'il faudra attendre encore une minute. Lorsque le nom des champions sera annoncé, je demanderai aux heureux élus de venir jusqu'ici et d'aller se regrouper dans la pièce voisine – il indiqua d'un geste la porte située derrière la table des professeurs – où ils recevront leurs premières instructions.
Il prit alors sa baguette magique et fit un grand geste de la main. Aussitôt, toutes les chandelles s'éteignirent, sauf celles qui éclairaient l'intérieur des citrouilles évidées, et la Grande Salle fut plongée dans la pénombre. Les flammes bleues, étincelantes, qui jaillissaient de la Coupe, brillaient à présent avec un tel éclat qu'elles faisaient presque mal aux yeux. Tout le monde regardait, dans l'attente... Quelques élèves jetaient des coups d'œil à leur montre...
- Maintenant, murmura Megan.
Les flammes de la Coupe de Feu devinrent brusquement rouges, projetant une gerbe d'étincelles. Un instant plus tard, une langue de feu jaillit et un morceau de parchemin noirci voleta dans les airs. L'assemblée retint son souffle. Dumbledore attrapa le morceau de parchemin et le tint à bout de bras pour lire à la lumière des flammes, redevenues bleues, le nom qui y était inscrit.
- Le champion de Durmstrang, annonça-t-il d'une voix forte et claire, sera Viktor Krum.
- Pas de surprise ! s'écria Ron tandis qu'un tonnerre d'applaudissements et d'acclamations retentissait dans la salle.
Megan, un sourire crispé aux lèvres, regarda Viktor Krum se lever de la table des Serpentard et se diriger vers Dumbledore de sa démarche gauche. Il longea la table des professeurs et disparut derrière la porte qui donnait accès à la pièce voisine.
- Bravo, Viktor ! lança Karkaroff d'une voix si tonitruante que chacun put l'entendre distinctement malgré le tumulte des applaudissements. Je savais que vous en étiez capable !
Le silence revint et tout le monde reporta son attention sur la Coupe dont les flammes rougeoyèrent à nouveau. Un deuxième morceau de parchemin en jaillit, projeté par une langue de feu.
- Le champion de Beauxbâtons, annonça Dumbledore, sera une championne. Il s'agit de Fleur Delacour !
- C'est elle, Ron ! s'exclama Potter, alors que la jeune fille qui ressemblait à une Vélane se levait avec grâce, rejetait en arrière son voile de cheveux blond argenté et s'avançait d'une démarche élégante entre les tables des Serdaigle et des Poufsouffle, sous le regard ému de Kevan.
- Oh, regarde, il y en a qui sont déçus, observa Hermione dans le vacarme des acclamations, en montrant d'un signe de tête les autres élèves de Beauxbâtons.
« Déçus » était un euphémisme : deux filles avaient fondu en larmes, sanglotant la tête dans leurs bras.
Lorsque Fleur Delacour eut disparu à son tour dans la pièce voisine, le silence régna à nouveau mais, cette fois, la tension était telle qu'on avait presque l'impression de pouvoir la toucher du doigt. Le prochain champion désigné serait celui de Poudlard... Megan tremblait presque. Une fois de plus, les flammes de la Coupe rougeoyèrent, des étincelles jaillirent, une langue de feu se dressa dans les airs et Dumbledore attrapa du bout des doigts le troisième morceau de parchemin.
- Le champion de Poudlard, annonça-t-il, est Cedric Diggory !
Les acclamations qui s'élevaient de la table voisine furent assourdissantes. Tous les élèves de Poufsouffle s'étaient levés d'un bond, hurlant et tapant des pieds, tandis que Cedric, avec un grand sourire, se dirigeait vers la porte située derrière la table des professeurs. Megan avait la gorge et l'estomac noués, la bouche sèche, les yeux brûlants. Elle n'avait pas été choisie. La Coupe avait reçu son nom, elle était l'élève la plus puissante de cette école, la plus douée pour le combat, la plus apte à affronter le danger, et c'était Cedric qui avait été choisi, et pas elle.
Les applaudissements en l'honneur du champion de Poudlard se prolongèrent si longtemps que Dumbledore dut attendre un bon moment avant de pouvoir reprendre la parole.
- Excellent ! s'exclama Dumbledore d'un air joyeux, quand le vacarme eut pris fin. Nous avons à présent nos trois champions. Je suis sûr que je peux compter sur chacune et chacun d'entre vous, y compris les élèves de Durmstrang et de Beauxbâtons, pour apporter à nos champions tout le soutien possible. En encourageant vos champions, vous contribuerez à instaurer...
Mais Dumbledore s'arrêta soudain de parler et tout le monde vit ce qui l'avait interrompu. Le feu de la Coupe était redevenu rouge. Des étincelles volaient en tous sens et une longue flamme jaillit soudain, projetant un nouveau morceau de parchemin. Cette fois, l'espoir rejaillit en Megan. La Coupe avait finalement fait le bon choix ! Elle allait représenter Poudlard, affronter les épreuves du Tournoi !
D'un geste qui semblait presque machinal, Dumbledore tendit la main et attrapa le parchemin entre ses longs doigts. Il le tint à bout de bras et lut le nom qui y était inscrit. Un long silence s'installa, pendant lequel il continua de fixer le parchemin, tous les regards tournés vers lui. Enfin, Dumbledore s'éclaircit la gorge et lut à haute voix :
- Harry Potter.
