À BAS POTTER

Megan constata avec une certaine satisfaction que toute l'école n'acclamait pas Potter en sa nouvelle qualité de champion de Poudlard. Si les Gryffondor lui témoignaient la plus grande admiration et l'acclamaient avec enthousiasme, ce n'était pas le cas des trois autres maisons.

Les Poufsouffle, qui étaient d'ordinaire en excellents termes avec les Gryffondor, manifestaient à présent la plus grande froideur à leur égard. Il ne faisait aucun doute que, à leurs yeux, Potter avait volé la gloire de leur propre champion. Ce sentiment était exacerbé par le fait que les Poufsouffle s'étaient peu souvent démarqués et que Cedric était l'un des rares qui leur eût apporté un certain prestige en battant un jour l'équipe de Gryffondor au Quidditch. Le cours de Botanique du lundi qui suivit suffit à en apporter la preuve : Ernie Macmillan et Justin Finch-Fletchey, avec qui Potter s'entendait très bien d'habitude, refusèrent de lui parler alors qu'ils rempotaient des Bulbes sauteurs à la même table – ce qui ne les empêcha pas d'éclater de rire lorsque l'un des Bulbes sauteurs s'échappa de la main de Potter et lui bondit à la figure. Ron, lui aussi, refusait de parler à Potter, et Megan n'était pas plus prolixe à son égard que d'ordinaire. Hermione, assise entre ses meilleurs amis, se forçaient à faire la conversation et Ron et Potter lui répondaient comme si de rien n'était mais en évitant soigneusement de se regarder. Même le professeur Sprout se montrait distante avec Potter – rien d'étonnant à cela, puisqu'elle était la directrice des Poufsouffle. Megan tira de ce comportement une certaine satisfaction : elle n'était pas la seule à avoir dans la bouche ce goût amer laissé par la sélection de Potter.

Le cours de Soin aux créatures magiques apporta son lot de réjouissances lui aussi puisqu'il était commun avec les Serpentard : ce serait la première fois que Potter se retrouverait en leur présence depuis qu'il était devenu champion. Comme il fallait s'y attendre, Draco arborait son habituel sourire narquois lorsqu'il arriva devant la cabane de Hagrid.

- Regardez, c'est le champion, lança-t-il à Crabbe et à Goyle dès qu'il fut suffisamment près de Potter et des autres pour être sûr d'être entendu. Vous avez vos carnets d'autographes ? Il vaut mieux lui demander sa signature maintenant, parce que ça m'étonnerait qu'il soit encore là très longtemps... La moitié des champions du Tournoi des Trois Sorciers sont morts pendant les épreuves... Combien de temps croyez-vous que Potter va tenir ? Je suis prêt à parier qu'il ne dépassera pas les dix premières minutes de la première tâche.

Crabbe et Goyle éclatèrent d'un rire servile, mais Draco dut s'arrêter là, car Hagrid venait de sortir de sa cabane par la porte de derrière, tenant dans ses bras une pile de boîtes qui oscillait dangereusement. Chacune d'elles abritait un très grand Scroutt à pétard. Sous le regard horrifié de ses élèves, Hagrid expliqua que les malheureuses créatures ne se dépensaient pas assez et que leur excès d'énergie inemployée les avait conduites à s'entre-tuer. La solution, c'était que chaque élève promène un Scroutt au bout d'une laisse pour lui faire faire un peu d'exercice. Draco cessa alors complètement de s'intéresser à Potter.

- Emmener promener une de ces choses ? lança-t-il d'un air dégoûté en regardant une des boîtes. Et où est-ce qu'on est censé attacher la laisse ? Autour du dard, du pétard ou de la ventouse ?

Megan trouva sa remarque aussi drôle que justifiée.

- Au milieu, répondit Hagrid qui fit une démonstration. Heu... vous feriez peut-être bien de mettre vos gants en peau de dragon, c'est plus sûr. Harry, viens m'aider à attacher celui-là...

Megan et les autres élèves regardèrent Hagrid faire, puis elle s'attela à la désagréable tâche de ficeler elle‑même son propre Scroutt, qui mesurait près d'un mètre de longueur et était passé de mou et incolore à recouvert d'une carapace grise, aussi épaisse qu'une armure. À peine se fut-elle redressée que la créature se mit à avancer, tirant sur son bras avec une force surprenante, l'entraînant contre sa volonté. Autour d'elle, tous les élèves semblaient avoir les mêmes difficultés à retenir leur compagnon d'infortune. De temps en temps, avec une détonation surprenante, l'un des Scroutts à pétard explosait et faisait un bond de plusieurs mètres en avant, traînant à plat ventre au bout de sa laisse l'élève qui essayait vainement de le retenir. Dans ces moments-là, Megan avait envie de se dresser avec Draco contre ces cours : elle avait beau être douée en magie, elle n'avait vraiment pas d'affinités ou de capacités particulières avec les créatures magiques, et elle n'avait pas le sentiment de progresser grâce à Hagrid.

À la fin du cours, Megan avait les membres endoloris et les pans de sa robe étaient élimés à force d'avoir été traînée dans l'herbe à travers tout l'espace qui s'étalait devant la cabane du professeur. D'une terrible humeur, elle n'attendit ni Ron, ni Hermione et Potter pour remonter vers le château. Les Serpentard marchaient devant elle, pestant après Hagrid et ses cours inutiles et dangereux, après les Gryffondor et après Potter. Draco semblait trouver beaucoup de réconfort dans l'idée que son rival serait probablement tué au cours du Tournoi. Megan le comprenait : lui qui avait toujours été jaloux du succès de Potter, sa sélection pour le célèbre Tournoi n'était qu'une nouvelle raison de le détester.

- Diggory n'est qu'un crétin de Poufsouffle, mais au moins lui n'a pas triché pour participer au Tournoi, assénait Draco. Potter n'est pas un champion de Poudlard, ce n'est qu'un écornifleur.

Et il n'avait pas tort.

Megan n'avait pas envie de rejoindre la table des Gryffondor, là où tous ses camarades acclameraient Potter dès son arrivée. Elle n'avait même pas faim, et quand bien même, elle préférerait aller chercher à manger à la cuisine plutôt que se rendre dans la Grande Salle. Évitant consciencieusement le hall d'entrée, elle préféra gravir les escaliers et errer dans l'école en broyant du noir, fusillant du regard quiconque la croiserait. Personne d'autre qu'elle n'aurait été capable d'utiliser le sortilège de l'Imperium en quatrième année, ni n'aurait osé y avoir recours pour s'inscrire au Tournoi. Elle méritait cette place, elle aurait dû être choisie à la place de Cedric, et Potter n'aurait jamais dû pouvoir participer. Elle pensa aux deux autres champions – à Fleur Delacour et à Viktor Krum. La française lui avait laissé une désagréable impression à son arrivée à Poudlard, se moquant ouvertement de l'école et de l'accueil qui leur avait été réservé, mais si la Coupe de Feu l'avait choisie elle, c'est qu'elle devait être douée, et elle aurait sûrement d'intéressantes choses à apprendre à Megan à condition que Kevan cesse de baver en la regardant. Quant à Krum, elle avait été surprise par sa nomination, contrairement à Ron : être un bon joueur de Quidditch ne garantissait aucunement un grand talent en matière de magie – Potter en était un excellent exemple. Il n'avait pas non plus l'air d'être quelqu'un de très instruit, elle l'imaginait mal passer plusieurs heures dans une bibliothèque. Ces élèves étrangers étaient surprenants, intéressants. Cedric était intéressant, lui aussi, un garçon tout ce qu'il y avait de plus exemplaire. Mais pourquoi Potter ?

Lorsque Megan leva les yeux, se tirant enfin de ses sombres pensées, elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle se trouvait. Ses pas l'avaient menée dans une aile du château qu'elle ne connaissait pas. Il n'y avait aucun portrait ou armure dans le couloir austère. Dans la faible luminosité que projetait une unique fenêtre creusée dans la pierre, la jeune fille distingua une porte. D'un coup d'œil au-dehors, elle constata qu'elle se trouvait dans une petite tour, au sud du château, dont elle n'avait jamais soupçonné l'existence. Cette partie de l'école était très peu fréquentée par les élèves, et Megan avait l'intime conviction que ceux-ci n'étaient pas supposés se trouver à cet endroit précis. Bien trop curieuse pour jamais envisager de faire demi-tour, Megan n'hésita pas un instant avant de pousser la porte. Elle découvrit une pièce circulaire étroite, baignée de lumière, dans laquelle se dressait un fin autel de pierre, sur lequel trônaient un livre et une plume trempée dans un pot à encre vide. Un peu plus loin, dans un coin plus obscur de la salle, une vieille chaise au cuir fatigué faisait face à l'autel.

Megan s'approcha, sans se rendre compte que la porte s'était silencieusement refermée derrière elle. Immense, le livre posé sur l'autel était sûrement l'ouvrage le plus ancien qu'elle n'ait jamais eu l'occasion de voir il semblait aussi ancien que le château lui-même, comme s'il datait de l'époque des fondateurs. Sa couverture, qui de toute évidence était faite de peau de dragon, tombait en miettes par endroits. Mais ce qui attira notamment l'attention de Megan, c'étaient les mots figurant sur les pages jaunies : il ne s'agissait que de noms, écrits les uns après les autres, dans une encre argentée étonnamment aussi scintillante que s'ils venaient d'être inscrits : Magsy Waffling, Harpy Burke, Manny Fawley, Sirine Shafiq, Maddison Fauconnette, Viktor Egg, Maria Baddock, Adrian Chorley… Megan ne connaissait pas ces noms, seuls certains patronymes lui rappelaient quelques personnalités du monde magique, mais il ne devait s'agir ici que de leurs descendants… ou de leurs ancêtres.

À côté du livre, dans un petit pot à encre en argent, vide de toute encre cependant, se trouvait une longue plume aux couleurs délavées. Megan ignorait depuis combien de temps les deux objets étaient là, ou quelle était leur utilité. Elle n'osa pas les toucher, non pas par peur, mais par respect. Le vieux livre et la majestueuse plume dégageaient une aura d'importance, de mystère, comme si Megan était privilégiée de se trouver dans cette pièce, et ne devait pas briser l'équilibre qui y régnait. Ne voulant pas quitter cette pièce à la fois étrange et apaisante, Megan alla prendre place dans la vieille chaise, et se contenta de regarder l'autel, comme si elle s'attendait à ce que quelque chose se passe. En observant la plume, celle-ci lui fit à penser à celle d'un Augurey, malgré son apparente ancienneté qui la rendait plus difficile à reconnaître. Également connu sous le nom de phénix irlandais, l'Augurey était une créature magique à la sinistre réputation. D'une couleur vert très froncé, presque noir, c'était un oiseau maigre, d'apparence lugubre, semblable à un petit vautour sous‑alimenté. Très timide, il nichait souvent dans les buissons épineux, s'y nourrissant de gros insectes et de fées, et ne volait que sous pluie battante. Son cri fut jadis considéré comme un présage de mort, provoquant parfois la crise cardiaque d'un sorcier qui, passant près d'un nid, entendait sa triste lamentation. Puis il fut révélé que l'Augurey chantait simplement à l'approche de la pluie, faisant de lui un animal très prisé par les météorologistes amateurs, bien que beaucoup soient rebutés par ses continuels gémissements pendant les mois d'hiver. Mais ce qui intéressait le plus Megan chez cet animal, c'étaient les propriétés de ses plumes : elles repoussaient l'encre. Ce fait rendait donc assez peu probable la possibilité que la plume posée dans l'encrier soit celle d'un Augurey.

Le temps semblait ne pas s'écouler dans la petite tour. Megan n'aurait pas su dire s'il s'était écoulé des heures ou des minutes lorsque la plume jaillit soudain de son encrier, faisant sursauter la jeune fille. Guidée par une magie dont personne ne semblait être l'auteur, la plume flotta jusqu'au livre et se mit à écrire en bas de la page. Megan, surprise, se leva pour voir de plus près ce qui se passait. Bien qu'il n'y ait aucune encre dans le pot, un liquide argenté s'écoulait de la plume, laissant cette encre brillante sur le vieux papier. En s'approchant, Megan put lire un nouveau nom sur la page : Gorg Tutley. Dès qu'elle eut rédigé le nom, la plume retourna dans son encrier et retrouva son immobilité. Megan recula pour observer l'ensemble de l'autel, les sourcils froncés. Elle n'avait aucune idée de ce qui avait bien pu pousser la plume à agir, ce qui la contrôlait, ni à qui appartenaient tous ces noms. Sa curiosité plus que jamais piquée, elle retourna s'asseoir sur la vieille chaise, sans se soucier de son cours de divination qui avait déjà commencé dans une autre tour. Il s'écoula encore un long moment sans que la plume ne bouge. Le regard de Megan passait de l'objet au livre, puis inspectait la salle pour tenter de découvrir ce qui pouvait bien être à l'origine de cet étrange comportement. Mais il n'y avait rien d'autre dans la pièce, et aucun des sortilèges de révélation qu'elle put lancer ne l'aida à résoudre ce mystère.

Les barreaux de bois de la chaise lui meurtrissaient le dos et ses yeux commençaient à la brûler. Mais la plume ne bougeait plus. Finalement trop curieuse pour être raisonnable, Megan se leva une nouvelle fois, se dirigea vers le livre et, précautionneusement, en tourna les pages fragiles. Malgré la tiédeur de la pièce, les feuilles étaient étonnamment chaudes, mais aussi très fines. À chaque mouvement, la jeune fille aurait pu les déchirer. Avec toute la délicatesse dont elle était capable, elle parcouru du regard des pages au hasard, jusqu'à ce qu'un nom accroche son regard : Meganna Buckley.

Son propre nom figurait dans le livre, dans la même encre scintillante que les autres, entre celui de Gabriel Truman et celui de son vieil ami, Oliver Wood. Ahurie, elle prêta une plus grande attention aux noms qui défilaient sous ses yeux. Elle retrouva très rapidement énormément de patronymes familiers : tous les Weasley, Angelina Johnson, Katie Bell, Cedric Diggory, Cho Chang, Penelope Deauclaire… et plus elle remontait les pages du livre, plus les noms étaient familiers. Elle retrouva ceux de Potter, d'Hermione, de Kevan, des jumelles Patil, de Draco… tous élèves de Poudlard qu'elle connaissait avaient leur nom inscrit dans le vénérable ouvrage. Y compris des sorciers qui avaient depuis longtemps terminé leur scolarité : Anita, Molly, Arthur, Sirius, James et Lily Potter, Snape, ainsi que ses parents ou Lucius Malfoy. Et encore un peu plus loin figuraient les noms de Fudge, McGonagall ou de Dumbledore, mais aussi celui de Tom Riddle.

Ahurie, Megan comprenait petit à petit que tous les élèves ayant un jour été admis à Poudlard avaient vu leur nom inscrit dans le livre, qui datait de toute évidence de l'époque des fondateurs. Les noms étaient listés selon une certaine chronologie, cependant ce ne pouvait pas être selon la date de naissance : Megan était née bien après Oliver Wood. Alors qu'elle se creusait la tête pour comprendre ce que cela signifiait, la plume jaillit de nouveau de son encrier. Megan retira sa main juste à temps : le livre s'était refermé brusquement, laissant échapper un fin nuage de poussière. Surprise, Megan recula d'un pas. La plume se mit à voleter au-dessus du grimoire, comme si elle essayait de le convaincre de se rouvrir, mais celui-ci demeura obstinément fermé. Comment était-il possible que le livre refuse que soit inscrit le nom d'un jeune sorcier ? Et s'ils n'étaient pas inscrits à leur naissance, quand l'étaient-ils ?

Un tapotement contre une vitre fit sursauter Megan. Elle se retourna et trouva Eleyna perchée devant une des fenêtres de la tour. Aussitôt distraite, elle alla faire entrer sa chouette et déplia la lettre qu'elle portait.

Megan,

Je conçois que Harry ne soit pas ton ami, mais je te prierai de rester correcte quand tu parles de lui. Je suis son parrain, ne l'oublie pas.

Alors comme ça Fol Œil vous lance des sortilèges impardonnables ? C'est un peu osé, mais c'est une bonne idée – s'il ne s'agit que de l'Imperium, bien sûr, et puis Fol Œil est quelqu'un d'intègre. Je pense que vous en allez en apprendre beaucoup cette année, grâce à lui, c'est une excellente chose. Comment t'en sors-tu, dans ces cours ? Et Harry ? Sois objective, s'il te plaît.

Personne ne sait ce que Tu-Sais-Qui peut bien préparer. Il faut toujours s'attendre à tout. Être prêt à tout affronter. Si tu ressens le besoin de parler à Dumbledore, ou si tu as des questions, n'hésites pas à aller le voir, peu importe qu'il soit occupé à préparer le Tournoi, il sera toujours à ton écoute. Ce qui est important pour lui, c'est la sécurité de ses élèves. Fais-lui confiance, c'est un grand sorcier, et il vous protégera de Tu-Sais-Qui.

Tu dis que Harry a été choisi pour le Tournoi… comme deuxième champion de Poudlard… Dis m'en plus ! Que s'est-il passé ? Pourquoi trouves-tu cela aussi bizarre ?

Le Tournoi est très dangereux, il y a eu des morts dans le passé, je me demande bien pourquoi Harry a voulu y participer, c'est réellement irresponsable, surtout en ce moment ! Vous avez d'autres choses dont vous préoccuper qu'un concours de magie !

« S'il faut se battre pour empêcher Voldemort de revenir, je me battrai ». D'accord, et si Tu-Sais-Qui revient ? Tu as dit toi-même que tes parents avaient choisi de se détourner de lui, et ce avant sa chute. Tu es du même avis qu'eux, n'est-ce pas ? Je remarque déjà ton courage – ou ton inconscience ? – de prononcer son nom.

Encore une chose, Igor Karkaroff EST un Mangemort, il a passé du temps à Azkaban avec moi. Du moins ÉTAIT : après que Fol Œil a eu passé six mois à le pourchasser pour enfin l'arrêter, il a passé un marché avec Barty Crouch pour être libéré d'Azkaban, en livrant des noms d'autres partisans de Tu‑Sais-Qui. Tu m'étonnes que Fol Œil le regarde mal ! Tiens-toi loin de cet homme, un Mangemort ne cesse jamais d'être un Mangemort, une fois que les ténèbres ont pourri ton esprit, tu ne peux plus faire de retour en arrière. J'imagine que Fol Œil ne va pas le lâcher d'une semelle, et Dumbledore l'aura sûrement à l'œil lui aussi. Tâche de ne pas te retrouver seule avec lui, ou de ne pas te le mettre à dos. Et veilles, s'il te plaît, à ce que Harry reste lui aussi loin de lui.

Prends soin de toi,

Sirius

Comme chaque fois, la lettre de Black laissa Megan dans un état de profonde incertitude. Abandonnant le mystère du livre et de la plume, elle fourra le parchemin dans sa poche et, Eleyna perchée sur son épaule, quitta la petite tour. Malgré quelques difficultés à se réorienter dans le château, elle se retrouva bientôt dans une zone plus familière. Alors qu'elle allait rejoindre la salle commune de Gryffondor, ayant manqué l'entièreté de son cours de Divination, elle trouva sur son chemin quelqu'un qu'elle ne s'attendait pas à revoir dans l'immédiat : le pas bondissant, le sourire large et la bedaine épaisse, Ludo Bagman passait à quelques pas d'elle. Sans hésiter, elle accéléra jusqu'à se retrouver à sa hauteur.

- Bonjour, Mr Bagman ! lança-t-elle aussi poliment qu'elle put malgré son antipathie à son égard.

- Miss, sourit l'homme, surpris.

- Miss Buckley, précisa Megan. On s'est vus le soir de la Coupe du Monde, je suis une amie des Weasley.

Le sourire de Bagman tressaillit mais il tâcha de demeurer impassible.

- Oh, je me souviens ! Vous étiez en vacances avec Arthur ! Le match vous a plu ? Belle victoire des Irlandais, hein ?

- Une victoire aussi belle qu'inattendue, n'est-ce pas ? Qui aurait pu deviner que ce serait l'attrapeur Bulgare qui attraperait le vif d'or, mais que ce serait l'équipe irlandaise qui remporterait le match ? Je veux dire, à part Fred et George Weasley.

Cette fois-ci, le sourire de Bagman glissa sur son visage.

- Oui, en effet, inattendu, marmonna-t-il.

Il tenta de contourner Megan, mais celle-ci fit un pas sur le côté, les yeux froids et le visage fermé.

- Tellement inattendu qu'on pourrait croire que ça vous a poussé à confondre de l'or de farfadet avec de véritables pièces, poursuivit-elle d'un ton implacable. Mais moi, je n'y crois pas, après avoir reçu deux lettres sans réagir, une simple erreur doit être écartée, c'est donc de la mauvaise foi et une véritable fraude.

- Je ne pense pas, Miss, que vous sachiez –

- De quoi je parle ? l'interrompit sèchement Megan. Ou à qui je parle ? Parce que je sais parfaitement les deux, Bagman, et je sais aussi très bien me servir de certains sorts dont vous ne voudriez même pas entendre parler, alors croyez-moi, il serait préférable pour vous que les jumeaux Weasley récupèrent leur or d'ici peu, et que vous ayez l'amabilité d'y ajouter la somme que vous leur devez, espèce de gobelin !

Bagman écarquilla les yeux, choqué et surpris. Il ne souriait plus, à présent, il avait même pâli.

- Vous feriez bien de vous mêler de ce qui vous regarde, Miss Buckley, cracha-t-il. Ces histoires d'adultes ne vous concernent absolument pas et il est très mal vu de menacer et d'insulter un membre du ministère, alors estimez-vous heureuse que je n'aille pas de ce pas parler de vous à Dumbledore. Maintenant écartez-vous de mon chemin.

Les yeux de Megan devinrent aussitôt noirs.

- Je vous ai prévenu, dit-elle en baissant la voix. Remboursez les jumeaux, ou il ne vous servira plus à rien d'aller pleurer dans les jupes de Dumbledore.

Et sur un dernier regard assassin, Megan reprit sa route.

Ron se précipita sur elle en la voyant arriver dans la salle commune, ahuri de ne pas l'avoir vue lors du cours de Divination. Esquivant ses questions, elle monta dans son dortoir – Hermione ne s'y trouvait pas, elle devait être à la bibliothèque. Ravie de se retrouver seule, elle entreprit de répondre à la lettre qu'elle avait reçue :

Sirius,

Je ne sais pas si Fol Œil est quelqu'un d'intègre, mais au moins ses cours sont utiles. Personnellement, je n'ai aucun mal à résister à l'Imperium, il ne m'a pas soumise une seule fois. Et Potter, lui, a réussi à combattre les effets du sort, au bout d'un certain nombre de tentatives. Ce n'est pas trop mal. Les autres, par contre, c'est catastrophique. D'ailleurs on croirait entendre Fol Œil quand tu parles : vigilance constante !

Je n'irai pas voir Dumbledore, il ne pourrait pas nous aider. D'ailleurs, ce qui a l'air d'être le plus important pour lui, c'est d'avoir absolument tout et tout le monde sous contrôle. Hors de question que je l'aide à y arriver. Dumbledore est peut-être un grand sorcier, mais Voldemort est plus puissant que lui, inutile de le nier.

Trois champions ont été choisis pour le Tournoi : Diggory pour Poudlard, Delacour pour Beauxbâtons et Krum pour Durmstrang. Et puis ensuite le nom de Potter est sorti de la Coupe de Feu, comme si c'était normal. Ça fait QUATRE champions pour le tournoi des TROIS sorciers. Evidemment, ce n'est pas Potter qui a mis son nom dans la Coupe, tous les professeurs se sont accordés à dire qu'il n'en était pas capable. Alors ça signifie que quelqu'un l'a fait pour lui, sans le lui dire, et que cette personne espère sûrement qu'il se fera tuer pendant l'une des épreuves. Ce qui arrivera certainement, comme tu dis, le Tournoi est très dangereux. Potter n'est qu'un petit sorcier de tout juste quatorze ans, il n'a aucune chance.

Si Voldemort revient, il n'y aura plus grand monde pour décider de quel côté se placer, il aura tué tout le monde avant qu'on ait eu le temps de se décider. Tu as vécu à l'époque de son apogée, tu sais bien qu'on ne peut pas lutter contre lui. Il n'y aura pas de deuxième miracle du genre de Lily Potter bondissant devant le Seigneur des Ténèbres pour sauver son fils s'il revient, le match est terminé.

Je me doutais bien que Karkaroff était louche, mais je ne me doutais pas que Fol Œil l'avait attrapé lui-même. Mais s'il a balancé le nom d'autres Mangemorts, alors il ne doit plus pouvoir faire partie de leurs rangs, c'est un traître, il n'a pas d'autre choix que de se ranger du côté des « gentils ».

Tu dis qu'il n'existe pas de retour en arrière, tu n'as pas écouté l'histoire de mes parents ? Tu es comme Dumbledore, trop bouché et trop aveuglé par de belles paroles, tu crois que tout est noir ou blanc ! Comment peux-tu juger ainsi les autres sans même les connaître ?

Je n'ai pas besoin qu'on me dise de prendre soin de moi, et Dumbledore a déjà réussi à me faire promettre de protéger Potter.

Megan BUCKLEY.

- Je vais confier la lettre à un hibou de l'école, dit la jeune fille à sa chouette. Je veux que toi tu te reposes. Tu as suffisamment travaillé pour le reste de la semaine !

La semaine, cependant, ne fut pas de tout repos, ce qui ne fut pas pour déplaire à Megan. Tout d'abord, elle se retrouva dès le lendemain nez à nez avec Draco. Le jeune homme sortait des cachots, des objets scintillants à la main, et Megan avait le nez dans un manuel de métamorphose lorsque tous deux se percutèrent de plein fouet, envoyant valser tout ce qu'ils avaient dans les mains.

- Regarde où tu vas, sale gnome de jard –

Megan et Draco, qui avaient parlé d'une même voix, s'interrompirent net en se reconnaissant. Mal à l'aise, Megan se pencha pour ramasser son livre, et ramassa par la même occasion un des objets que tenait Draco. Il s'agissait d'un gros badge qui arborait, en lettre rouges et lumineuses, un message :

Vive CEDRIC DIGGORY

le VRAI champion de Poudlard !

- Intéressant, commenta Megan en se relevant.

- Il y a encore plus intéressant, affirma Draco, qui venait de finir de ramasser les autres badges éparpillés par terre.

Prenant garde à ne pas effleurer la main de la jeune fille, il appuya sur l'accessoire. Le message s'effaça, remplacé par un autre qui scintillait en lettres vertes :

A BAS POTTER

Megan ne put s'empêcher de sourire. Draco était un sorcier plutôt doué, et il savait se donner du mal quand il s'agissait de nuire à Potter.

- Il te plaît ?

Megan ne perçut pas la nuance d'espoir dans la voix de son ancien ami, elle était trop occupée à admirer le badge.

- J'adore, sourit-elle.

- Garde-le, alors. Tiens.

Il en fourra un second dans la main de Megan, et cette fois ses doigts touchèrent sa peau, les faisant sursauter.

- Tu pourras en distribuer aussi, marmonna Draco, le regard fuyant, avant de poursuivre son chemin, sans un regard en arrière.

Megan, serrant les badges dans sa main, les deux messages scintillant à travers ses doigts, suivit des yeux le garçon jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'angle d'un couloir. Résignée, Megan glissa les badges dans son sac, et rangea sa brève entrevue avec Draco dans un coin de sa tête. Elle passa par la suite beaucoup de temps avec Cedric à imaginer ce que pourrait bien être la première tâche, pariant sur les atouts de chacun des champions, ou rêvant de ce que le jeune homme pourrait faire avec la somme promise au gagnant du Tournoi. Mais ce ne fut pas le seul champion à qui Megan consacra du temps : alors qu'elle prenait son petit-déjeuner avec Kevan à la table des Serdaigle, non loin d'un groupe de filles de Beauxbâtons, l'adolescente fit usage des quelques mots de français qu'elle connaissait pour répondre à l'une d'elles lorsqu'elle lui demanda le pot de marmelade. Surprises, celles-ci s'empressèrent de harceler Megan de questions, comme s'il était inconcevable qu'un étranger connaisse leur langue. Cette conversation eut pour effet d'attirer l'attention de Fleur Delacour, laquelle discuta longuement avec Megan de ses origines de Vélane (comme l'avait deviné Ron) et de sa vie en France. Fleur Delacour était un personnage intéressant. Hautaine et facilement moqueuse, rien à Poudlard ne semblait à la hauteur de ses attentes. Mais c'était une fille qui savait ce qu'elle voulait et ce qu'elle valait. Les deux élèves se trouvèrent finalement un certain nombre de points communs.

Cedric et Fleur avaient tellement plus l'étoffe d'un champion que Potter : tous deux admirés et respectés, encouragés. Viktor Krum n'était pas en reste, mais son fan-club semblait se laisser distraire par le nez droit, les cheveux bruns et les yeux gris de Cedric Diggory. Potter était loin derrière : montré du doigt, critiqué, même son meilleur ami et sa chouette ne voulaient plus lui parler. Quant à ses capacités magiques, c'était absolument désastreux. Megan eut l'occasion de constater l'étendue des dégâts lors d'un cours du professeur Flitwick sur le sortilège d'Attraction. Potter avait été si mauvais qu'il fut le seul, avec Longbottom, à écoper de devoirs supplémentaires.

- Ce n'est pas si difficile, Harry, le rassura Hermione à la sortie du cours.

Pendant toute la classe, Megan et elle avaient fait voler divers objets vers elles, comme si elles avaient été une sorte d'aimants bizarres qui attiraient irrésistiblement les chiffons à essuyer le tableau, les corbeilles à papiers et les Lunascopes.

- Tu ne t'es pas assez concentré, voilà tout.

- Je me demande bien pourquoi ! grogna sombrement Potter, tandis que Cedric passait devant eux, entouré d'un groupe de filles minaudantes qui regardèrent Potter comme s'il appartenait à une variété particulièrement répugnante de Scroutts à pétard.

Megan alla déjeuner en compagnie de Ron, Finnigan et Thomas. Après le repas, tous les quatre rejoignirent les cachots en discutant avec enthousiasme de la perspective du premier week-end à Pré-au-lard qui aurait bientôt lieu. Les visites au village que surplombait Poudlard était encadrées par les professeurs et les dates fixées à l'avance, et chaque annonce provoquait un certain engouement parmi les élèves : c'était l'occasion de refaire le plein de boules puantes, de frisbees à dents de serpent et de friandises, ou d'aller boire une Bièraubeurre dans l'accueillante auberge des Trois Balais tenue par Madame Rosmerta.

Arrivés aux cachots, ils s'adossèrent au mur pour attendre le début du cours. Les Serpentard étaient tous déjà là, chacun exhibant, à la plus grande joie de Megan, un badge identique à ceux que Draco lui avait donné. Les lettres rouges et lumineuses brillaient dans la pénombre du sous-sol, dans un élan de soutien muet mais éloquent à Cedric.

- Ça te plaît, Potter ? lança Draco d'une voix sonore en voyant le garçon approcher en compagnie de Hermione. Et ce n'est pas tout, regarde !

Il appuya sur son badge et le deuxième message s'afficha. Hurlant de rire, les Serpentard appuyèrent tous sur leurs badges jusqu'à ce que le slogan A BAS POTTER étincelle tout autour du garçon.

- Oh, mais c'est très drôle, ça, lança Hermione d'un ton sarcastique à Pansy Parkinson et ses amies de Serpentard qui riaient plus fort encore que les autres. Vraiment très spirituel.

À côté de Megan, qui trouvait la situation très amusante, Ron ne riait pas, mais il ne faisait rien non plus pour défendre Potter.

- Tu en veux un, Granger ? demanda Draco en tendant un badge à Hermione. J'en ai plein. Mais ne me touche pas la main, je viens de la laver et je ne voudrais pas me salir au contact d'une Sang de bourbe.

Megan serra les dents pour ne pas réagir, mais Potter n'avait pas son sang-froid. Il brandit sa baguette comme une épée, et tous les élèves qui l'entouraient reculèrent en désordre vers le fond du couloir.

- Harry ! s'écria Hermione en essayant de le retenir.

- Vas-y, Potter, dit tranquillement Draco qui avait saisi sa propre baguette. Maugrey n'est pas là pour te protéger, cette fois-ci. Alors, fais-le si tu as quelque chose dans le ventre...

- Fais pas l'idiot, Potter, gronda Megan.

Pendant une fraction de seconde, les deux garçons se regardèrent dans les yeux, puis tous deux attaquèrent exactement au même instant.

- Furunculus ! s'exclama Potter.

- Dentesaugmento ! s'écria Draco.

Des traits de lumière jaillirent des deux baguettes, se heurtèrent en plein vol et ricochèrent en déviant de leur trajectoire. Celui lancé par Potter toucha Goyle au visage et celui de Draco atteignit Hermione. Goyle poussa un hurlement en plaquant ses mains sur son nez qui se couvrait d'horribles furoncles. Hermione se tenait la bouche en laissant échapper des gémissements terrifiés.

- Hermione !

Ron s'était précipité à son secours et Megan avait volte-face dans sa direction, le regard alarmé. Ron écarta la main qu'Hermione serrait sur sa bouche, révélant un spectacle désolant. Les dents de la jeune fille – d'une taille déjà supérieure à la moyenne – grandissaient à une vitesse alarmante. Elle ressemblait de plus en plus à un castor à mesure que ses incisives s'allongeaient vers son menton. Lorsqu'elle prit conscience de ce qui lui arrivait, elle poussa un cri de panique. Megan écarquilla les yeux.

- Qu'est-ce que c'est que tout ce bruit ? dit alors une voix doucereuse et menaçante.

Snape venait d'arriver. Les Serpentard se mirent à parler tous en même temps pour donner leur version de l'incident. Snape pointa vers Draco un long doigt jaunâtre.

- Expliquez-moi, ordonna-t-il.

- Potter m'a attaqué, monsieur...

- Nous nous sommes attaqués en même temps ! s'écria l'intéressé.

- Et il a atteint Goyle... Regardez...

Snape examina Goyle dont le visage ressemblait aux illustrations d'un livre sur les champignons vénéneux.

- À l'infirmerie, Goyle, dit Snape d'un ton très calme.

- Malfoy a frappé Hermione, s'écria Ron. Regardez !

Il força Hermione à montrer ses dents à Snape – elle faisait de son mieux pour les cacher avec ses mains, mais sans grand succès, car elles atteignaient à présent le col de sa robe. Pansy Parkinson et les autres filles de Serpentard, secouées d'un fou rire silencieux, montraient Hermione du doigt derrière le dos de Snape.

- Je ne vois pas grande différence, dit Snape en jetant un regard glacial à Hermione.

Les larmes aux yeux, la jeune fille laissa échapper un gémissement puis tourna les talons et courut à toutes jambes dans le couloir, disparaissant au loin.

- Dumbledore en entendra parler ! rugit Megan en jetant à Snape et à Draco un regard assassin avant de s'élancer derrière son amie.

Dans son dos retentit un vacarme assourdissant tandis que les voix de Ron et de Potter se mêlaient, dans une avalanche d'insultes hurlées à l'adresse de Snape, les parois de pierre du couloir répercutant leurs voix. N'accordant aucune importance au traitement que leur réserverait Snape, Megan arriva dans l'escalier à la hauteur de sa meilleure amie.

- Ça va aller, affirma-t-elle. Madame Pomfrey va arranger ça, ce n'est rien. Et Snape va payer, je te le promets.

Voir sa meilleure amie ainsi humiliée révoltait Megan, elle aurait aimé faire demi-tour et faire subir à Snape le pire des châtiments que la magie puisse infliger, mais elle ne pouvait quitter Hermione pour le moment. D'un mouvement de baguette, l'adolescente fit s'ouvrir à la volée les portes de l'infirmerie, faisant sursauter Madame Pomfrey.

- Qu'est-ce que c'est ? s'exclama-t-elle.

Les dents de Hermione avaient à présent atteint sa poitrine, et rien ne les arrêtait.

- « Dentesaugmento », se contenta d'expliquer Megan. Draco Malfoy le lui a lancé devant les cachots.

Sans un mot, l'infirmière sortit sa baguette et, avec l'aide de Megan, écarta les mains de Hermione de sa bouche. Et d'un seul sortilège informulé, la vieille femme mit fin à la croissance démesurée des dents, au grand soulagement de Hermione. Celle-ci ne pouvait cependant pas parler, et son visage était baigné de larmes de honte et de colère.

- Vous allez arranger ça, hein ?

Megan avait beau avoir formulé une question, son ton était affirmatif.

- Bien évidemment, affirma sèchement l'infirmière en menant Hermione vers un lit. Pourquoi a-t-elle reçu ce sort ?

- Une dispute déclenchée par Potter, gronda Megan.

Hermione voulu protester, mais elle était handicapée par ses crochets, ce qui sembla accentuer sa détresse.

- Vos baguettes devraient vous être confisquées dans les couloirs, marmonna l'infirmière. Heureusement, il est très facile de régler ce problème.

Elle se dirigea vers son bureau tandis que Megan s'asseyait à côté de Hermione sur le lit.

- Tu vois ? Ce n'est rien, facile à arranger. Je vais aller voir Dumbledore, je vais régler tout ça.

Madame Pomfrey revint vers elles, un miroir à la main, qu'elle demanda à Megan de tenir devant la bouche de son amie.

- Je vais les faire raccourcir, et vous me direz quand elles auront retrouvé leur taille normale.

Légèrement tremblante, Hermione acquiesça. Madame Pomfrey pointa alors sa baguette sur sa bouche, et les dents se mirent petit à petit à remontrer vers la gencive. Patiente, Megan assista au processus en silence. La remontée était particulièrement lente, l'infirmière voulant laisser le temps à Hermione de lui indiquer quand elle aurait retrouvé son apparence initiale. Mais Hermione ne dit rien lorsque Madame Pomfrey eut ramené ses dents à leur taille normale, la laissant poursuivre la remontée légèrement plus haut avant de l'interrompre enfin.

- Parfait ! s'exclama Madame Pomfrey, sans savoir que Hermione venait de s'offrir des soins esthétiques. Tes dents seront peut-être un peu trop fragiles ce soir pour pouvoir manger, tu peux rester ici pour le dîner.

Alors qu'elle finissait de parler, la porte de l'infirmerie s'ouvrit à nouveau, et Goyle entra, le visage couvert de repoussants furoncles. Il lui avait fallu beaucoup plus de temps qu'aux filles pour arriver jusque-là.

- Qu'est-ce que c'est, cette fois ? s'exclama Madame Pomfrey.

- Potter m'a lancé un sort, croassa Goyle.

Avec l'air de quelqu'un qui ne s'habituerait jamais aux drames des couloirs de l'école, l'infirmière délaissa les deux filles pour installer Goyle sur un autre lit et s'occuper de son abominable visage.

- Tu l'as laissée raccourcir tes dents, hein ? fit remarquer Megan à Hermione.

- C'est mieux comme ça, non ? se réjouit timidement Hermione.

Au moins ce désastreux épisode aura eu un effet bénéfique.

Hermione étant désormais entre de bonnes mains et se sentant mieux, elle n'avait plus besoin de la présence de Megan à ses côtés. Cette dernière était donc libre de quitter l'infirmerie, d'emprunter le grand escalier, et d'aller exprimer sa façon de penser au vieil ahuri qui dirigeait cette école.