REBELLION
Dumbledore lui avait appris à contrôler ses émotions, mais elle n'excellait toujours pas dans ce domaine. Elle gravit quatre à quatre les marches dorées qui menaient au bureau, fit s'ouvrir magiquement la porte sans frapper, et trouva le vieux sorcier devant une des étagères de son bureau, dont le contenu projetait un reflet bleuté sur les lunettes en demi-lune du directeur de Poudlard.
- Snape ne peut plus se comporter comme ça ! tonna-t-elle. Il a humilié Hermione, il a laissé ces crétins l'attaquer sans dire un mot ! Remettez-le à sa place ou je le ferai moi-même !
- Il semblerait que le professeur Snape ne soit pas le seul à devoir être remis à sa place, lui fit placidement remarquer Dumbledore.
Il referma l'armoire et se dirigea vers son bureau à pas mesurés. La colère de l'enfant ne l'impressionnait pas.
- Il a humilié Hermione, répéta Megan entre ses dents serrées.
- J'ai cru entendre que c'était ta version des faits, en effet, acquiesça l'homme. Cependant, les méthodes d'enseignement du professeur Snape n'ont pas à être jugées, que ce soit par toi ou par moi, tant qu'elles respectent l'intégrité physique des élèves. Et à ce que je sache, personne n'est jamais venu se plaindre de ses cours avant ce jour ?
Le visage de Longbottom flotta devant les yeux de la jeune femme.
- Parce qu'ils sont bien trop effrayés !
- Ou bien est-ce toi qui accordes trop d'importance à tes émotions ?
Megan était ahurie. Le vieux fou pensait que le problème venait d'elle, de son impulsivité, et non du sinistre et intouchable maître des potions.
- Je te prie de te rappeler, Meganna, que tu dois le respect à tes professeurs, reprit Dumbledore. Si un incident devait m'amener à remettre en cause les facultés d'enseignement de l'un de mes professeurs, je ne doute pas que j'en serais informé.
- Comme Fol Œil qui change les élèves en animaux ? gronda Megan. Vous lui avez dit quelque chose ? Vous lui avez servi un de vos plus beaux sermons ? Vous laissez tout faire, et ça a beau nous forger le caractère, il y a des élèves plus fragiles que d'autres !
Elle revoyait encore Hermione s'enfuir en gémissant, mortifiée et affolée. À cette simple pensée, elle se remit à trembler de colère, et de nouveau une vitre éclata. Comme chaque fois, Dumbledore ne cilla pas.
- Je suis sensible à cette attention particulière que tu portes à tes camarades de classe, Meganna, c'est admirable –
- Vous ne comprenez vraiment rien ! Vous ne pouvez pas manipuler les gens ! Vous ne pouvez pas les laisser souffrir parce que c'est plus facile de ne rien voir ! Je ne vous laisserai pas faire !
Tremblante de rage, les larmes aux yeux, Megan quitta le bureau aussi vite qu'elle y était entrée. Bien sûr que Dumbledore ne ferait rien. Pourquoi lèverait-il le petit doigt ? En quatre ans dans cette école, elle ne l'avait jamais vu se dresser devant rien ni personne. Lorsqu'un de « ses professeurs », Voldemort collé à l'arrière du crâne, avait tenté de rendre son pouvoir à son maître, c'étaient quatre enfants de onze ans qui l'en avaient empêché pendant qu'il se trouvait à Londres, et il n'était arrivé qu'une fois l'affrontement terminé quand un serpent tueur avait été lâché dans l'école, il avait accepté son renvoi sans lutter et c'était encore une fois trois élèves qui avaient anéanti la menace, avec pour boulet le professeur incompétent que le vieil homme avait cru drôle d'embaucher enfin, l'an dernier, quand deux innocents avaient dû échapper de peu à la mort, c'était une fois de plus eux qui avaient dû risquer leur vie et leur liberté pour empêcher cela. Pourquoi aurait-ce dû changer cette année ?
Maugréant son mépris et sa haine envers le directeur de Poudlard, Megan retourna dans la salle commune de Gryffondor, avec l'intention d'aller se coucher bien que ce soit tout juste l'heure de dîner. Elle n'en eut cependant pas le loisir : Ron s'approcha d'elle dès qu'elle eut franchi le portrait.
- Où est Hermione ? s'enquit-il. Elle va bien ?
- Très bien, soupira sombrement la jeune fille. Elle va passer la soirée à l'infirmerie, le temps de mieux se remettre.
Ron acquiesça.
- Snape m'a dit qu'il voulait te voir dans son bureau, avoua-t-il, l'air mal à l'aise. Harry et moi on a eu une retenue, et cinquante points en moins.
- Quelle veine.
Elle tourna les talons.
- Tu y vas maintenant ? sursauta Ron. C'est l'heure de dîner.
- Je n'ai pas faim.
Elle était bien trop furieuse pour avaler quoi que ce soit, et l'idée que Ron allait se retrouver coincé toute une soirée avec Potter ne suffit pas à la détendre. Plus elle descendait les étages vers les cachots, plus sa colère grandissait, de plus en plus froide et saisissante. Son cœur battait la chamade, et elle avait la vague impression de flotter. Elle ouvrit la porte de la salle de classe d'un mouvement de baguette magique. Le lourd pan de bois claqua contre le mur de pierre, et le son se répercuta en écho dans le couloir derrière elle.
- Buckley, grinça la voix de Snape. Asseyez-vous.
- Allez-vous faire voir, répondit Megan avec toute l'insolence dont on peut faire preuve à quatorze ans. Dumbledore ferme peut-être les yeux sur votre façon de faire, mais moi je ne le tolère pas, cracha‑t‑elle. Si vous vous en prenez encore une seule fois à Hermione, je m'occuperai de vous personnellement. Et vous savez qui je suis.
- Je vous ai dit de vous asseoir, petite sotte, répliqua sèchement Snape. Vous n'êtes qu'une enfant.
- Mais pas n'importe laquelle !
- J'ai dit : assis.
Snape ne lui cédait pas un centimètre de terrain, il n'avait pas peur d'elle et ne respectait pas sa volonté. Megan explosa. Le trait de lumière brûlant jaillit de sa baguette, dirigé vers la poitrine du professeur, sans qu'elle ait eu à prononcer de formule. Snape, d'un geste de sa propre baguette, fit dévier le sort. Elle ne l'avait même pas vu jaillir. Mais cette esquive ne fit que renforcer la colère de la jeune fille, et elle se remit à lancer des sorts sans même réfléchir. Le combat était silencieux et rapide, les visages des deux protagonistes illuminés par les lueurs que projetaient leurs baguettes. Chaque fois que Snape déviait les sorts de Megan, des bocaux, des fioles et des vitrines d'armoire explosaient, répandant leurs contenus visqueux et dangereux sur le sol. Ce n'était pas la première fois que la jeune fille agressait un professeur, mais c'était la première fois qu'elle le faisait sans avoir été d'abord menacée par celui-ci – elle encourait une grave sanction. Elle en était cependant totalement inconsciente, aveuglée par sa colère. La magie vibrait en elle et lui brûlait le corps, elle ne réfléchissait plus, elle n'était qu'un sombre bouillonnement d'une puissance sinistre, et, face à elle, le professeur commençait à chanceler, comme si elle prenait enfin le dessus.
Il y eut un claquement, soudain et sonore, et la baguette de Megan s'envola de sa main, tandis que la jeune fille se retrouvait projetée en arrière et heurtait douloureusement le mur de pierre. Snape, déboussolé, regarda autour de lui.
- Ça suffit ! tonna la voix de Dumbledore.
Sans que ni Megan ni Snape ne s'en soient aperçus, le vieux directeur était entré dans la salle de classe. Il brandissait sa baguette, et ses yeux lançaient des éclairs à travers ses lunettes en demi-lune. La jeune fille ne se souvenait pas l'avoir déjà vu aussi furieux, et pourtant elle l'avait souvent provoqué. L'air hagard, sonnée par sa chute, Megan ne sut comment réagir.
- Severus, laissez-nous, aboya Dumbledore avant qu'aucun des deux n'ait pu dire un mot.
En silence, et le regard noir, le maître des potions obéit.
- Je vous avais dit que je réglerai –
- Silence ! tonna le directeur. Ce que tu as fait est absolument intolérable, Meganna, tu ne peux pas te comporter ainsi ! Tu n'as plus onze ans, tu n'as plus le droit à l'erreur ! Maintenant, tu dois apprendre à te contrôler !
- Vous croyez que c'est facile ! hurla-t-elle.
Tout son corps la brûlait encore après l'explosion de magie qui s'était produite en elle sous le coup de ses puissantes émotions.
- Je t'ai appris à te maîtriser, à contrôler tes émotions, tu ne peux plus te cacher derrière ça, répliqua sèchement Dumbledore. Tu es responsable de tes actes, ce que tu es n'y change rien. Il est temps de grandir, maintenant !
Megan tremblait de tout son corps tant elle était furieuse. Son sentiment de n'être comprise par personne enflait en elle comme un volcan sur le point d'entrer en éruption.
- Tu vas retourner dans ton dortoir, ordonna Dumbledore. Que je ne te surprenne plus jamais à te comporter ainsi. Et tu passeras toutes tes soirées de la semaine en retenue avec le professeur Snape. Silence ! ajouta-t-il en voyant Megan ouvrir la bouche pour protester. Plus un mot. Va.
Toujours tremblante, la jeune fille ramassa sa baguette puis quitta le cachot pour remonter dans la tour de Gryffondor. Elle ne trouva personne sur son chemin – tout le monde devait être dans la Grande Salle pour dîner – ce qui sembla préférable. Pour couronner la soirée, une lettre l'attendait, posée sur son oreiller. Sirius.
Megan,
Je connais un peu Fol Œil, ou du moins je l'ai connu je lui fais confiance. C'est admirable que tu parviennes à résister au sortilège de l'Imperium, et je suis fier qu'il en aille de même pour Harry. Je vois que vous avez des cours efficaces, c'est une bonne chose, surtout dans le cas de Harry. Il m'a informé de ce qui lui est arrivé le soir de Halloween. As-tu la moindre idée de la personne qui a pu mettre son nom dans la Coupe ? Je suis d'accord avec toi sur le fait que cette personne doit vouloir sa mort. Mais détrompes-toi sur Harry, il sait se défendre, et Dumbledore ne le laissera pas mourir. D'ailleurs, pourquoi crois-tu qu'il ne pourrait pas t'aider ? Il veille sur ses élèves et sur cette école comme personne, et ce n'est pas un fou du contrôle, c'est tout simplement son rôle d'être au fait de tout ce qu'il se passe pour mieux vous protéger. Et tu dis qu'il t'a fait promettre de protéger Harry ? Qu'est‑ce que cela signifie ?
Tu-Sais-Qui est en effet très puissant, mais ce n'est pas dit qu'il le soit plus que Dumbledore. Tu m'as l'air de beaucoup idéaliser le « Seigneur des Ténèbres ». Oui, j'ai vécu la première guerre des Sorciers, et on l'a gagnée, on a vaincu Tu-Sais-Qui une première fois : grâce à Harry ! Et même si Lily ne sera plus là, s'il revient on saura tout de même faire face. Tu devrais croire un peu plus en la valeur de ton camp, Megan. Nous ne sommes pas des enfants effrayés, nous savons faire face, nous ALLONS faire face si c'est nécessaire. Mais de toute manière, rien ne dit qu'il va réussir à revenir. Certes, il se passe quelque chose, mais il ne faut pas forcément envisager le pire.
Quant à Karkaroff et à tes parents, leur histoire est différente. Je n'imagine pas une seule seconde ce sac à gargouilles oser se retourner contre son ancien maître. Il a peur. De toute évidence, tes parents étaient des exceptions, des gens courageux – même s'il me coûte de les décrire ainsi quand je pense à toutes les horreurs qu'ils ont commises. Mais les Mangemorts ne sont pas tous comme eux. On ne devient pas partisan de Tu-Sais-Qui sur un coup de tête, on ne tue pas des innocents sans perdre un peu de son âme. Je sais pertinemment que tout n'est pas noir ou blanc, et je comprends ta colère. Mais essayes de te mettre à la place des Mangemorts : ils sont foncièrement mauvais, et ils ont peur de leur maître – et la peur est quelque chose de puissant, qui peut pousser les gens à changer, et à les empêcher de redevenir ce qu'ils étaient auparavant.
Sirius.
Megan se sentait de bien trop mauvaise humeur pour pouvoir dormir, aussi elle s'attela aussitôt à la rédaction d'une réponse, bien que cela ne lui permettrait sûrement pas de se détendre.
Black,
Non, je ne sais pas qui a mis le nom de Potter dans la Coupe, mais je le découvrirai. Dumbledore avait fait en sorte que les élèves de moins de dix-sept ans ne puissent pas participer, Potter n'aurait jamais dû pouvoir devenir champion de Poudlard. C'est déjà inadmissible qu'ils l'aient tout de même laissé participer. Et je ne me trompe pas sur Potter, tu ne le connais pas aussi bien que moi. Tu es peut-être son parrain, mais tu as passé toute sa vie dans une prison, moi je le vois en cours tous les jours, et ce n'est pas un grand sorcier, il entre plutôt dans la catégorie des bras cassés. S'il ne se plante pas sa propre baguette dans l'œil avant la fin du tournoi, ce sera un miracle. Ou alors ça signifiera qu'il sera déjà mort. Parce que Dumbledore ne pourra pas intervenir, Potter ne pourra pas éternellement se cacher dans ses jupes, et il va devoir se débrouiller tout seul.
Je ne « crois » pas que Dumbledore ne pourrait pas m'aider, je le sais ! Je n'ai aucune confiance en ce vieux fou, je me débrouille beaucoup sans mieux lui. D'ailleurs, à ce que je sache, ce n'est pas lui qui a volé un hippogriffe au nez et à la barbe du ministre de la Magie et qui a fait évader un prisonnier condamné à mort l'an dernier, si ? Dumbledore ne sait que donner des ordres et mettre les autres en danger. Ces trois dernières années, il a failli faire tuer ses élèves plus d'une fois ! Alors ravale tes déclarations d'amour, il n'en vaut pas la peine.
J'ai passé un marché avec cette gargouille, il m'a donné des cours particuliers en échange de quoi je devais protéger Potter. Encore un exemple des talents de manipulateur de ton idole ! Maintenant je suis coincée à sauver le derrière de ton filleul à la moindre occasion ! Et avec sa participation au Tournoi, je vais avoir du pain sur la planche ! Merci Dumbledore.
Voldemort EST plus puissant que Dumbledore ! Si notre cher directeur cassait sa pipe, il serait définitivement mort, ce qui n'est ÉVIDEMMENT pas le cas du Seigneur du Ténèbres. Ouvre les yeux, il n'est pas aussi fantastique que tout le monde veut le croire. De mon côté, je veux bien envisager que « les gentils » aient leurs chances si une deuxième guerre éclate, mais j'attends de voir. Les Mangemorts sont organisés, ils sont ralliés à une cause. Et vous ? Si tous les sorciers de Grande‑Bretagne sortaient de chez eux en brandissant leurs baguettes et en jetant des sorts à tort et à travers, ils auraient plus de chance de s'entre-tuer que de gagner quoi que ce soit. Une guerre, ça se prépare, une résistance, ça s'organise. Et quand on voit Poudlard ou le ministère de la Magie, on sait que ce n'est pas gagné d'avance !
Je sais à quoi ressemble un Mangemort, merci. Mais je maintiens que tu juges sans connaître. Tu as l'esprit étroit.
Megan
À peine éveillée, Megan se rappela qu'une semaine de retenue en compagnie de Snape l'attendait. Il n'en fallait pas plus pour la mettre de mauvaise humeur de bon matin, pourtant c'était sans compter sur Potter qui, dès le petit déjeuner, se pencha vers elle et Hermione pour leur souffler à l'oreille que Sirius lui avait donné rendez-vous dans la salle commune dans deux semaines.
- Sirius ? répéta Hermione. Mais comment pourrait-il être dans la salle commune ? Il ne peut pas pénétrer dans Poudlard !
- La Poudre de Cheminette, répondit Megan en haussant les épaules.
Si Voldemort revenait au pouvoir, il n'aurait qu'à entrer dans la salle commune de cette manière au beau milieu de la nuit et tuer Potter dans son sommeil. Poudlard n'était pas aussi sécurisé que Dumbledore voulait le faire croire.
- Alors il faudra qu'il n'y ait plus personne dans la salle…, murmura Hermione avec des airs conspiratrices. Il faut faire un plan, au cas où il y aurait quelques traînards…
Megan n'avait pas envie d'élaborer un plan avec Potter à quelque sujet que ce soit. Elle sortit de son sac son exemplaire de la biographie d'Ulric le Follingue, et se plongea dans sa lecture. L'Histoire de la magie ne présentait pas beaucoup d'intérêt, mais les propos de Randolphus Pittiman sur la méduse que le sorcier portait comme couvre-chef suffirent à la distraire.
La semaine fut longue et navrante aux yeux de la jeune fille : Snape se fit un plaisir de l'obliger tous les soirs à nettoyer les chaudrons abîmés en classe par toutes sortes de produits toxiques aux effets cauchemardesques – sans lui autoriser l'usage de la magie, bien entendu –, Hermione ne lui parla que de ses projets pour la S.A.L.E pendant trois jours, et Ron la battit deux fois aux échecs version sorcier. Heureusement, Megan parvint à trouver du réconfort au détriment d'autres personnes : elle croisait de temps à autre Ludo Bagman et prenait un certain plaisir à le terrifier d'un regard ou à le suivre comme une ombre maléfique à travers le château, et elle avait constaté que la simple évocation de la première tâche du tournoi suffisait à faire perdre toutes ses couleurs à Potter, comme s'il redoutait plus que tout l'inévitable échéance.
Cependant, ce qui réjouit le plus Megan au cours de la semaine qui suivit l'incident en classe de potions, ce fut la parution, au bout de trois jours, d'un numéro de la Gazette du Sorcier au sein duquel figurait un long article supposément consacré au Tournoi des Trois Sorciers. Il s'agissait en réalité d'une biographie de Potter, bien longue pour un être aussi jeune et inaccompli. Les noms des Fleur et Krum ne figuraient qu'à la dernière ligne de l'article, mal orthographiés, et Cédric n'était cité nulle part. Une photo de Potter s'étalait en première page du journal, et des citations abracadabrantes l'accompagnaient : « Je sens que ma force me vient de mes parents. Je sais qu'ils seraient très fiers de moi s'ils pouvaient me voir maintenant. » « Oui, parfois, la nuit, il m'arrive encore de pleurer en pensant à eux, je n'ai aucune honte à l'avouer. » « Je sais que je ne risque rien au cours de ce tournoi, car ils veillent sur moi. » Aucune de ces phrases n'était véritablement de Potter bien entendu : Megan connaissait la réputation de l'auteur, Rita Skeeter. Cependant, la plupart des élèves de l'école semblaient croire chaque mot de l'article. Il s'en suivit une joyeuse farandole de commentaires désobligeants à l'adresse du faux champion de Poudlard. Les Serpentard, en particulier, s'en donnaient à cœur joie. Megan manqua de défaillir lorsque Draco, qui passait dans un couloir, lui jeta un paquet de mouchoirs – qu'elle attrapa habilement au vol – avec un sourire narquois :
- C'est pour Potter, au cas où il serait pris d'une soudaine crise de larmes.
Megan garda précieusement le paquet dans son sac, bêtement.
L'article ne s'arrêtait pas à quelques élucubrations sur les émotions de l'orphelin. En effet, Skeeter ne s'était pas privée d'interroger d'autres élèves de l'école au sujet de son héros. C'est ainsi que, sur les dires du naïf Colin Creevey, la journaliste élabora une sulfureuse théorie selon laquelle Potter aurait une passion romantique pour Hermione, « une jeune fille d'une beauté éblouissante, d'origine moldue, qui, tout comme Harry, est une des meilleures élèves de l'école ». Une théorie qui ne manqua pas de faire glousser les élèves de l'école et valut à Hermione une ribambelle de remarques désagréables. Celle-ci, cependant, ne s'offusquait en rien de la situation, ne se laissant pas atteindre par les divers commentaires.
- D'une beauté éblouissante ? Elle ? s'était écriée Pansy Parkinson la première fois qu'elle s'était trouvée face à Hermione après la publication de l'article. Par rapport à qui ? À un castor ?
- Ne fais pas attention, avait dit Hermione avec dignité, en passant la tête haute devant les filles de Serpentard, comme si elle n'entendait pas leurs ricanements. Ne fais pas attention, Harry.
Un autre effet de l'article fut de rendre Ron encore un peu plus furieux après Potter. En effet, il était convaincu que son meilleur ami prenait plaisir à toute cette publicité, ce qui rendait Hermione furieuse. Megan, elle, préférait profiter de la bonne humeur et de la légèreté de Fred, George, Kevan et Lee Jordan, parfois rejoints par Ron.
- Pour la première tâche, je parie sur un parcours d'obstacle, du genre que Lupin nous avait fait comme examen de fin d'année, affirma Megan alors qu'elle s'entraînait au sortilège d'Attraction avec ses amis dans le parc.
Ron, qui avait mal dirigé son projectile, reçut son propre sac au creux du ventre.
- Ce n'est que la première épreuve, lui rappela Kevan, fraîchement réconcilié avec les jumeaux, ils feront peut-être d'abord quelque chose de plus simple. Comme affronter un jardin rempli de plantes vindicatives.
Kevan adorait la botanique.
- Ce serait un vrai défi d'essayer de faire un shampoing à Snape, non ? proposa plutôt Fred.
Cette fois, ce fut en raison de son fou rire que Ron rata de nouveau son sortilège et envoya son sac dans le lac.
