LE DÉPART
Megan se désintéressa aussitôt de la première tâche et de la fourberie de Potter. Se détournant de Collins, elle gravit quatre à quatre les marches du grand escalier. Qu'est-ce que le vieux directeur pouvait bien avoir à lui dire ? Rien ne pourrait la convaincre de rester à Poudlard désormais, il perdait son temps s'il souhaitait la décourager.
- Tu as mon accord pour quitter Poudlard et partir à la recherche de Voldemort.
La jeune fille avait dû faire répéter Dumbledore pour être sûre d'avoir bien entendu.
- Vous êtes sûr ? s'enquit-elle, méfiante. Pourquoi vous changez d'avis, d'un seul coup ?
- Aujourd'hui, Harry aurait pu être tué par un dragon sous les yeux de toute son école, expliqua posément Dumbledore. Je ne sais pas qui a mis son nom dans la Coupe de feu, mais cette personne veut sa mort, et elle se trouve à Poudlard. J'ai donc besoin que tu découvres de qui il s'agit. De plus, il s'agit d'une preuve de ma confiance en toi, Meganna.
L'intéressée haussa un sourcil, loin d'être convaincue par cette dernière affirmation : une fois de plus, le vieux directeur tentait de la manipuler.
- Revenons à nos hippogriffes, proposa-t-elle plutôt. J'imagine que vous avez des conditions.
Dumbledore hocha la tête.
- Tu peux partir dès demain matin, affirma-t-il. Mais tu dois revenir régulièrement à l'école – je ne veux pas que tu restes trop longtemps hors des murs de Poudlard, et je souhaite que tu me rendes compte de tes agissements aussi souvent que possible. Tu devras aussi être revenue pour passer tes examens de fin d'année si ta mission n'est pas terminée d'ici-là.
- Et ma « mission », qu'est-ce que c'est, exactement ?
- J'ai besoin que tu découvres où se trouve réellement Voldemort, qui est son espion à Poudlard, de quelle façon il escompte retrouver ses pouvoirs, et qui l'aide dans cette tâche.
- Rien que ça.
- Si tu découvres ce dont il va se servir pour revenir, je veux que tu essayes de l'en empêcher, par des moyens détournés.
Megan hocha la tête. Il s'agissait plus ou moins de ce qu'elle avait l'intention de faire, à ceci près qu'elle avait l'intention d'essayer de tuer Voldemort ou de le rejoindre, selon les circonstances qui se présenteraient à elle.
- Autre chose, reprit Dumbledore d'un air grave. Peu importe l'état de faiblesse dans lequel tu le trouveras, tu ne dois en aucun cas essayer de le tuer.
- Pardon ? hoqueta la jeune fille. J'aurais la possibilité d'anéantir le Seigneur des Ténèbres une bonne fois pour toute et vous ne voulez pas que ça arrive ?
- J'insiste, Meganna. Pour une raison dont je ne saurais t'informer dès à présent, Voldemort ne doit pas être tué. Si tu essayais, tu échouerais, ta couverture serait levée et tu serais tuée.
- Je suis capable de le tuer, asséna la jeune fille.
- Non. Tu découvriras pourquoi bien assez tôt. Pour le moment, contentes-toi de le retrouver et d'en apprendre aussi long que possible sur lui. Et essayes par tous les moyens de –
- L'empêcher de revenir, je sais. Et si ça arrive quand même ?
- Alors tu rentres aussitôt à Poudlard. Le monde magique devra se préparer à l'affronter une seconde fois, et tu devras être du bon côté à ce moment-là.
- « Du bon côté » …, marmonna Megan.
Elle acquiesçait aux ordres de Dumbledore, mais son plan différait légèrement : elle allait en effet tâcher de retrouver Voldemort, d'identifier son espion à Poudlard et de l'empêcher de revenir, mais si elle devait échouer, alors elle resterait auprès de lui – ses services contre la protection de ses amis, voilà le marché qu'elle passerait. Elle allait devoir jouer un double jeu dangereux.
- Tu partiras demain matin, donc, reprit Dumbledore. Par où comptes-tu commencer ?
- Vous n'avez pas besoin de le savoir, affirma Megan en haussant les épaules.
- J'attendrai de toi des comptes-rendus, Meganna, lui rappela le directeur. Et n'oublie pas que si tu te sers de la magie, le ministère le saura, et ils t'arrêteront. Tu sais que les mineurs ne peuvent pas utiliser leur baguette hors de Poudlard.
- La Trace, rumina Megan, ce sortilège placé sur les sorciers mineurs qui alertait le Service des usages abusifs de la magie lorsqu'un sorcier britannique de moins de dix-sept ans se servait de sa baguette en dehors de Poudlard, et notamment dans les zones moldues. Le coupable pouvait alors être expulsé de l'école et, dans le pire des cas, voir sa baguette détruite.
- Il est bien entendu exclu que quiconque autre que toi et moi ait connaissance de ta mission, poursuivait Dumbledore. Tu dois mener ta mission dans l'ombre. Si tu es surprise en dehors de l'école par les autorités, tu devras prétendre t'être enfuie de Poudlard ils te ramèneront à l'école, et ta mission sera terminée.
Game over.
- Voldemort est supposé se cacher en Albanie, non ? répliqua Megan, agacée. Là-bas, la législation du ministère britannique ne s'applique pas.
- Tu comptes te rendre directement en Albanie ? s'étonna Dumbledore.
Il semblait déjà soupçonner que Megan lui cache des informations.
- Non, admit la jeune fille. Mais je vais m'y rendre à un moment.
- Nous verrons tout cela à ton prochain retour.
Megan hocha la tête puis tourna les talons et quitta le bureau sous le regard perçant d'Albus Dumbledore. Cette fois-ci, l'aventure commençait, elle allait véritablement quitter Poudlard pour partir à la recherche du plus grand des mages noirs Megan en frissonna d'excitation.
Lorsqu'elle arriva dans la salle commune, elle y trouva une fête animée. Les moindres recoins de la pièce débordaient de gâteaux et de cruches de jus de citrouille ou de Bièraubeurre, des pétards mouillés du Dr Flibuste remplissaient la salle d'étincelles et d'étoiles, d'impressionnantes banderoles avaient été suspendues aux quatre coins de la pièce, la plupart représentant Potter tournoyant sur son Éclair de feu au‑dessus de la tête du Magyar à pointes, et d'autres représentant Cedric, la tête en feu – une illustration de bien mauvais goût compte tenu des blessures du champion.
Fouillant du regard la salle, Megan aperçut Ron et Potter qui discutaient allègrement avec les jumeaux, mais Hermione n'était nulle part. Ne souhaitant pas participer à la fête, Megan monta dans son dortoir, où elle eut la satisfaction de retrouver sa meilleure amie.
- Où est-ce que tu étais passée ? s'exclama celle-ci. Je t'ai cherchée partout !
- Je faisais un tour, mentit Megan. Pourquoi tu ne fais pas la fête en bas ?
Hermione fronça les sourcils, l'air inquiète.
- Si la première tâche, c'était affronter des dragons, alors je n'ose pas imaginer ce que la suite réserve à Harry, avoua-t-elle en se tordant les mains.
- Ne t'en fais pas, soupira Megan. Tu vas l'aider à survivre, de toute façon, non ?
- Je ne sais pas, ils sont supposés tout faire tous seuls…
- Tu l'as aidé pour la première tâche !
- Ce n'était pas pareil, c'était juste pour un seul sort ! Là il doit résoudre une énigme, et c'est seulement à lui de le faire !
- C'est quoi, l'énigme, au fait ?
- Aucune idée ! Harry a ouvert l'œuf, tout à l'heure : il est vide mais dès qu'on l'ouvre, il laisse échapper un horrible bruit ! Une sorte de plainte aiguë et assourdissante, qui me rappelle l'orchestre des scies musicales qui avait joué le jour de l'anniversaire de mort de Nick Quasi-sans-tête.
Megan grimaça, elle se rappelait le son affreux que produisait le groupe.
- Eh bien bon courage à lui, commenta-t-elle. Moi, j'ai besoin de toi.
Elle ouvrit sa valise et en sortit une besace de cuir qu'Emily lui avait offert pour Noël quelques années plus tôt. Elle ne la portait pas en présence de sa mère adoptive pour ne pas lui donner l'impression qu'elle était heureuse avec eux, mais Megan adorait ce sac. Elle le lança à Hermione.
- Il faudrait que tu lui jettes un sort d'Extension.
- Pourquoi ça ? C'est un sort avancé, il est difficile à lancer.
- Parce que tu es meilleure que moi en enchantements.
Megan n'aurait jamais avoué cela si elle n'avait pas vraiment besoin d'emmener son balai avec elle.
- Ça peut affronter des trolls mais ça ne peut pas jeter de sorts à un sac à main, la nargua Hermione pour dissimuler sa fierté.
- Ce n'est pas un sac à main, grogna Megan.
Elle n'était pas ce genre de fille.
- Tu sais que c'est illégal ? s'enquit Hermione. On ne peut pas utiliser ce sort à des fins privées, ce n'est autorisé que pour la conception d'objets validés par le ministère, comme nos malles, ou des tentes. Son usage est étroitement surveillé.
- C'est juste pour l'école, mentit Megan. Je ne vois pas pourquoi le département de la justice magique viendrait inspecter mon sac de cours.
Hermione poussa un soupir puis s'empara de l'objet et prit sa baguette.
- Il te le faudrait très profond ?
- Assez pour y mettre un Éclair de feu.
Cette fois, elle avait définitivement piqué la curiosité de son amie.
- Tu veux emmener ton balai en classe ? s'étonna Hermione. Au cas où un dragon t'attaquerait, c'est ça ?
Megan ne rit pas – elle était encore frustrée que Potter s'en soit si bien sorti face au Magyar à pointes.
- C'est ça, marmonna-t-elle.
Impossible de révéler à sa meilleure amie sa véritable intention, elle s'inquiéterait bien trop, et personne ne devait savoir où elle allait, pour sa protection comme pour celle de ceux qui en sauraient trop. Mais Hermione ne sembla pas douter de ce que disait Megan elle pointa sa baguette sur le sac :
- Capacious extremis, énonça-t-elle.
Il ne se passa strictement rien. Megan haussa un sourcil.
- Tu es sûre que ça a marché ? s'enquit-elle, sceptique.
- Évidemment, soupira Hermione.
Elle ouvrit la besace et y plongea la main, s'y enfonçant jusqu'à l'épaule.
- Je ne peux pas toucher le fond, annonça-t-elle. Ça ne va pas être pratique pour tes plumes et tes livres…
- J'utiliserai un sortilège d'Attraction, balaya Megan. Merci !
Elle récupéra son sac et s'assit sur son lit pour le remplir : quelques livres pour se distraire, des vêtements, son balai, des réserves de nourriture qu'elle avait empruntées aux cuisines de Poudlard, de l'essence de dictame, deux bézoards… Hermione ne la regardait pas, le nez plongé dans un manuel d'Histoire de la magie. Megan interrompit ses préparatifs pour l'observer en silence. Elle ne savait pas combien de temps elle serait partie, mais elle savait que ses amis lui manqueraient. Cependant, c'était pour eux qu'elle quittait Poudlard, et elle ne ferait pas d'états d'âme.
- Je suis tellement soulagée, soupira Hermione en levant les yeux de son livre. Harry a survécu, il s'est réconcilié avec Ron… Et il a été tellement admirable face à ce dragon ! … Megan, les autres tâches vont être très dures, mais je crois qu'il peut gagner.
- C'est ça, commenta la jeune fille, sceptique. Moi, je suis fatiguée. Bonne nuit.
- Bonne nuit, alors… À demain.
Mais Hermione ne verrait pas son amie le lendemain.
Une fois le jour levé, Megan fit semblant de dormir jusqu'à ce que Hermione, Brown et Patil aient quitté le dortoir. Sa nuit avait en réalité été courte : la perspective de se lancer à la poursuite de Voldemort la mettait dans tous ses états, et elle n'aurait su dire laquelle de ses émotions prédominait : l'excitation ? l'appréhension ? la curiosité ? Elle était au moins sûre ne de pas avoir peur, elle savait qu'elle avait pris la bonne décision.
Une fois le dortoir vide, la jeune fille s'habilla, libéra sa chouette, pris son sac et sa baguette, et descendit dans la salle commune sans un regard en arrière. Il lui fallut cependant attendre une longue vingtaine de minutes que la pièce se vide, refusant l'invitation des jumeaux de descendre déjeuner avec eux, prétextant attendre quelqu'un. Enfin, tous les élèves furent descendus à la Grande Salle, et elle se retrouva seule. Elle alluma alors un feu magique dans la cheminée et sortit de son sac une petite bourse de cuir remplie de poudre de Cheminette. Lorsqu'elle entra dans l'âtre, la chaleur des flammes qui lui léchait les chevilles la fit sourire.
- Manoir Malfoy, annonça-t-elle distinctement en lâchant une pleine poignée de poudre.
Il y eut un bruit de bourrasque et Megan disparut dans un tourbillon de flammes. Pendant quelques secondes, un kaléidoscope d'images défila devant ses yeux tandis qu'elle traversait magiquement la Grande‑Bretagne puis, brusquement, le tourbillon cessa et elle se tint dans la salle à manger de la maison où elle avait tant de beaux souvenirs, et où elle n'était plus revenue depuis trois ans. Elle sortit de la cheminée en secouant sa robe pour chasser les cendres et la poussière, tout en balayant la pièce du regard : la longue table en marbre noir, le magnifique tapis au sol, les quatre statues de serpents aux crochets menaçants qui encadraient la salle, les anciennes et somptueuses tapisseries aux murs… puis son regard se posa sur une petite créature, aux membres frêles qui dépassaient d'un grand t-shirt sale et troué, et aux grands yeux globuleux où se reflétaient les flammes des bougies qui illuminaient la pièce. Un elfe de maison. La créature fixait Megan avec l'air ahuri et apeuré.
- Va chercher tes maîtres, lui ordonna Megan d'un ton sec.
La seconde d'après, l'elfe avait transplané dans un craquement sonore. Megan n'était pas surprise que les Malfoy aient fait l'acquisition d'un nouveau serviteur après la libération forcée de Dobby : Narcissa ne cuisinait pas et n'avait pas de temps à consacrer au ménage.
Laissée seule dans la vaste pièce, la jeune fille tourna lentement sur elle-même pour savourer ce moment. Elle avait passé des nuits entières à rêver de son retour au manoir, et voilà qu'elle s'y retrouvait enfin. Ce n'était cependant pas dans les circonstances qu'elle avait souhaitées les propriétaires ne l'avaient pas invitée à revenir. Elle s'approcha de l'une des fenêtres. Le parc était encore plongé dans l'obscurité, mais elle distinguait le grand portail en fer forgé qui y donnait accès, la fontaine, ou encore les bosquets et les haies d'ifs amoureusement entretenues par Andros, le jardinier. Draco et elle avaient souvent fait tourner en rond le vieux sorcier, venant taillader sauvagement ses ouvrages à l'aide d'n sécateur subtilisé chez les Boyd. Tous deux avaient été punis pour cela : Lucius était furieux qu'ils se soient servis d'un objet moldu. Le parc avait aussi été leur terrain de Quidditch durant de longues heures, se lançant des balles-jouet, à l'abri des regards moldus derrière les hautes haies qui entouraient la propriété, chevauchant les petits balais que Lucius et Narcissa leur avaient offerts pour Noël. Megan, cependant, avait aussi trouvé très drôle de se servir des balais à l'intérieur du manoir, laissant Dobby ramasser, réparer et nettoyer derrière eux. La jeune fille n'avait pas été plus tendre que les Malfoy envers l'elfe mais elle se rachetait probablement en aidant Hermione avec la S.A.L.E. Elle n'avait cependant aucune affection particulière pour ces créatures qui semblaient n'exister que pour servir les sorciers.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
Megan se retourna, arrachée à la contemplation de ses souvenirs. Narcissa, dans une longue et élégante robe noire et violette, se tenait devant elle, l'air à la fois effarée et furieuse. La jeune fille sentit son cœur se serrer en la voyant ainsi réagir à sa présence, elle aurait tant aimé être de nouveau la bienvenue au manoir.
- J'ai des questions, annonça-t-elle avec assurance. Lucius n'est pas là ? Il doit être au ministère…
- Comment es-tu entrée ici ? Harry t'a laissée entrer ?
Surprise, Megan regarda autour d'elle pour déterminer de qui elle parlait. Elle vit alors le nouvel esclave de la famille qui passait dans le hall avec un chiffon à la main.
- Harry ? s'esclaffa-t-elle. Vous avez appelé votre elfe de maison Harry ? J'adore l'idée. J'imagine que c'est celle de Draco. Non, reprit-elle, l'elfe ne m'a pas aidée, je suis arrivée par la cheminée. Si vous ne voulez pas de visiteurs inattendus, vous devriez déconnecter le manoir du réseau.
- Tu n'as rien à faire ici, Meganna, affirma sèchement Narcissa. D'ailleurs, tu n'as rien à faire en dehors de l'école.
- Et pourtant ! Je suis venue vous poser des questions sur Voldemort.
Narcissa écarquilla imperceptiblement les yeux et un bruit de métal dans le couloir indiqua que Harry venait de lâcher l'objet qu'il astiquait en entendant prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres.
- Comment oses-tu ? s'offusqua Narcissa.
- Dire son nom ? Je n'ai pas peur de lui. D'ailleurs, c'est pour ça que je suis là. J'ai besoin que tu m'indiques où je pourrais le trouver.
- Qu'est-ce qui te fait croire que nous saurions une chose pareille ?
- Vous avez bien dû vous poser la question, non ? s'agaça Megan. Vous savez qu'il cherche à revenir, vous avez dû chercher à l'aider. Je sais que Lucius défilait avec sa cagoule de Mangemort à la Coupe du Monde – je le connais. Même s'il a eu peur de la Marque, puisque comme tous les autres il a tourné le dos à son maître quand il est tombé, il a bien l'intention de se retrouver rapidement dans ses bonnes grâces, non ? C'est bien pour ça que vous m'avez accueillie, n'est-ce pas ? Pour être ceux qui offriraient à Voldemort son héritière quand il serait revenu !
La jeune fille se sentait soudain envahie par la rancœur, qu'elle laissait déferler. Elle s'était crue aimée par les Malfoy, alors qu'elle n'avait été pour eux qu'un outil de pouvoir.
- Ou peut-être que vous espériez que je prendrai sa suite ? poursuivit-elle. Que je devienne le prochain plus grand mage noir de tous les temps, que je prenne le pouvoir ? Vous auriez été aux premières loges et ma gratitude vous aurait été acquise sans plus d'efforts, n'est-ce pas ?
- Meganna –
- NON !
Les fenêtres du salon et les vitres des armoires volèrent en éclats, et Narcissa se détourna pour se protéger le visage des bris de verre.
- VOUS VOUS ÊTES SERVIS DE MOI ! MAINTENANT, À MOI DE ME SERVIR DE VOUS ! JE VEUX SAVOIR OÙ SE CACHE VOLDEMORT, ET TU VAS ME LE DIRE !
Narcissa releva la tête, les yeux toujours imperceptiblement écarquillés, dissimulant fièrement la crainte que lui inspirait la puissance de l'enfant. Elle n'avait plus assisté à une des crises de Megan depuis longtemps.
- Je l'ignore, affirma la femme avec aplomb. C'est la vérité.
- Je veux une piste, répliqua Megan en persiflant entre ses dents serrées. Un indice. Une rumeur !
- Les rumeurs parlent de l'Albanie.
- Une rumeur que je n'aie pas déjà entendue !
- Je n'en connais pas d'autres.
Megan fronça les sourcils : Narcissa lui semblait sincère. Se pouvait-il que même les Malfoy ignorent ce qu'il advenait de Voldemort ? Si même cette illustre famille pro-Sang Pur et partisane du Seigneur des Ténèbres ne pouvait l'aider, qui le ferait ?
- Lucius n'en sait pas plus ?
- Non. Et même si nous savions quoi que ce soit, penses-tu vraiment que nous te le dirions ?
- Oui ! Tu sais comme moi qu'il prépare quelque chose !
- Que lui veux-tu ?
Megan dévisagea la femme, songeuse. Quelle version devait-elle lui donner ?
- Je veux lui rejoindre, annonça-t-elle finalement avec nonchalance. C'est le moment ou jamais, n'est‑ce pas ?
- … Toi ? lâcha Narcissa. Mais tu es…
- Un pion pour Dumbledore ? Oui, comme beaucoup d'autres avant moi. Mais il ne décide plus de rien en ce qui me concerne. Si je veux changer de camp, je change de camp.
Une lueur d'espoir se mit alors à briller dans les yeux de la mère de Draco.
- Tu vas quitter Poudlard ? demanda-t-elle sans perdre de sa prestance. Et tes Cracmols ? Où vas-tu aller ?
« Je pourrais revenir ici ». Megan espérait de tout cœur que c'était ce que Narcissa avait en tête. Si c'était le cas, alors la jeune fille n'aurait pas été qu'un simple objet pour les Malfoy, Narcissa l'aurait vraiment aimée…
- Je ne quitte pas Poudlard, expliqua-t-elle, je dois bien finir ma scolarité. Et pour ce qui est de l'été… je verrai.
Si elle parvenait à empêcher Voldemort de revenir, les Malfoy ne l'accueilleraient pas. Et si elle ne pouvait empêcher le retour du mage noir, alors elle resterait à ses côtés, selon les termes de l'accord qu'elle comptait passer avec lui. Il n'y avait pas d'hypothèse dans laquelle Megan pourrait retrouver sa vie d'avant, et elle ne pouvait se permettre d'espérer une telle chose, elle devait se concentrer sur son plan de sauvetage.
- Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ? s'enquit Narcissa.
Excellente question. Megan n'avait pas imaginé que rendre visite aux Malfoy ne lui apprendrait rien, et elle ne savait plus quoi faire… Elle pourrait interroger Snape, mais elle ne voulait pas rentrer à Poudlard aussi vite et les mains vides, elle aurait trop honte. Quant aux autres Mangemorts, aucun n'avait suffisamment confiance en elle pour lui parler, malgré son nom de famille.
- Je peux rester quelques temps ici ? demanda-t-elle, pleine d'espoir.
Mais la lueur dans les yeux de Narcissa s'était éteinte.
- Non. Lucius sera bientôt rentré. Tu ne peux pas être ici.
- Mais puisque je te dis que je suis revenue, que je ne suis plus un des jouets de Dumbledore !
- Il ne le croira pas si facilement.
- Je lui expliquerai !
- Meganna, j'ai dit non.
Le cœur de l'adolescente se serra douloureusement. Narcissa ne voulait pas d'elle, elle ne lui était pas utile pour le moment. Un jouet pour Dumbledore autant qu'un jouet pour les Malfoy. Elle aurait tellement aimé avoir ne serait-ce qu'une personne vers qui se tourner, quelqu'un qui lui ouvrirait les bras par amour et non pas par intérêt. Elle pensa aussitôt à Molly et Arthur, mais elle ne saurait leur expliquer pourquoi elle n'était pas à Poudlard. Megan et son cœur lourd quittèrent le manoir, suivirent l'allée qui traversait le parc, passèrent le portail de fer forgé, et retournèrent dans le monde moldu. Malgré sa honte, la jeune fille se constitua un masque de fierté et d'assurance, et poussa la porte d'Emily et Roger Boyd.
