KILLINEY HILL

Blessée d'avoir été rejetée par Narcissa. Mortifiée d'avoir dû retourner chez les Boyd. Folle de ne plus savoir quoi faire. Megan ne mangeait presque plus et ne dormait pas. Le mois de décembre était arrivé, avec la neige et le vent, et la jeune fille regardait le froid recouvrir sa rue tandis qu'elle se morfondait. Elle ne pouvait pas échouer ainsi après un seul essai, elle devait reprendre sa route, trouver d'autres indices, interroger d'autres personnes… Mais la froideur de son accueil chez les Malfoy lui brûlait le cœur et noyait sa détermination.

Bien entendu, Emily et Roger avaient été plus que surpris de trouver leur fille adoptive sur le pas de leur porte alors qu'ils la croyaient entre les murs de Poudlard. Si elle avait refusé de leur dire pourquoi elle ne s'y trouvait pas, ni combien de temps elle comptait rester chez eux, elle leur avait cependant fait comprendre que Dumbledore n'était pas étranger à tout cela ainsi, ils n'essaieraient pas de la faire rentrer à l'école. Les Boyd avaient passé les deux premiers jours à la questionner, puis avaient renoncé. Mais les lettres que Megan recevait de l'école, elles, la harcelaient :

« Voilà trois jours que tu as disparu, je suis inquiète, donnes-moi des nouvelles ». « Megan, où est-ce que tu es passée ? Hermione devient folle et ça m'inquiète aussi, donnes des nouvelles ! ». « Megan, cette fois tu vas devoir me dire ce qu'il se passe, parce que sinon j'alerte la police du monde magique et du monde moldu ! ». « Meggie, par les valseuses de Merlin, où est-ce que tu es passée ? Fais-nous au moins savoir que tu es vivante ! ».

La jeune fille n'avait répondu à aucunes de ces lettres : elle ne pouvait rien dire à ses amis et à Kevan. De toute manière, « je cherche Voldemort pour le rejoindre » n'aurait rassuré personne.

Onze jours s'étaient écoulés lorsque Megan reçut enfin un message qui lui donna une bonne raison de se relancer dans sa quête. Alors qu'elle laissait Pigwidgeon repartir par la fenêtre sans apporter de réponse à Ron, un autre hibou vint prendre sa place. Avec un soupir d'agacement, elle décrocha le message de la patte de l'animal, et déroula la lettre.

Megan,

Je suis d'accord pour Karkaroff, mais si ce n'est pas lui qui essaye de tuer Harry… Alors qui est-ce ? La dernière personne qui ait tenté de le tuer, c'est Peter, mais, à ce que je sache, il est en fuite, maintenant, loin de Poudlard.

Megan jeta le parchemin par terre en levant les bras au ciel.

- Pettigrew ! s'exclama-t-elle en écarquillant les yeux.

On aurait dit Trelawney en pleine crise dramatique.

- Évidemment !

Elle s'assit en tailleur au milieu de sa chambre, le cœur battant elle était de retour dans la partie. Elle ramassa la lettre et finit de la lire.

Ne fais rien qui puisses te mettre en danger.

Pour ce qui est de la résistance, je ne peux bien sûr rien dire dans une lettre. Si nous avons l'occasion de nous revoir, je t'en reparlerai.

Moi, ce que je veux savoir, c'est pourquoi Tu-Sais-Qui s'intéresse à toi, surtout à ce point. Je crois que nous devrions nous rencontrer. Peux-tu venir prochainement à Pré-au-lard ?

Sirius

Peu importait la résistance, peu importaient les questions de Sirius ou Pré-au-lard, elle avait enfin la piste dont elle avait besoin. Megan s'empressa de sortir un parchemin et une plume des tiroirs de son bureau et de gribouiller une réponse.

Sirius, dis-moi tout ce que tu sais sur l'endroit où vivait Pettigrew avant qu'il ne trahisse les Potter. Est-ce que tu sais s'il y a pu y retourner depuis ? Avait-il un autre endroit où il se cachait ? Il a été ton meilleur ami pendant une dizaine d'années, tu dois bien savoir où il pourrait se trouver ? Ou être allé après nous avoir échappé ? C'est urgent.

Je ne peux pas aller à Pré-au-lard pour le moment, je te le dirai si j'ai une prochaine possibilité pour te voir, mais tu ne devrais pas venir si près du château, tu pourrais être reconnu, tout le monde connaît ton visage au village.

Réponds-moi vite. Megan.

Les mains tremblantes d'excitation, la jeune fille roula la lettre et la confia à sa chouette, ignorant le hibou qui avait porté le message jusqu'à elle – elle avait bien trop confiance en Eleyna pour livrer rapidement le courrier en toute sécurité pour laisser sa chance à un autre animal.

L'attente de la réponse de Sirius rendit la vie de Megan chez les Boyd plus tolérable. L'espoir et la confiance retrouvée, elle se remit à manger et à dormir, et accepta même de prendre un repas avec ses parents adoptifs. Elle avait en effet bien besoin de se nourrir de nouveau, après avoir passé presque deux semaines à décliner à vue d'œil, dans l'attente d'une piste à suivre.

À chaque heure qui passait, elle pensait à ses amis à l'école : à l'heure du cours de Soins aux créatures magiques, elle se demandait comment grandissaient les Scroutts à pétards et s'ils avaient déjà tué un des élèves, à l'heure du cours de Divination, elle pensait aux manières dont Trelawney devait être en train de prédire sa mort à Potter… Les professeurs ne devaient pas s'inquiéter de sa disparition, Dumbledore avait dû leur dire qu'elle avait une bonne raison de ne plus assister à leurs classes, même s'il ne leur avait sûrement pas révélé la nature exacte de cette raison.

Les lettres de ses amis continuaient d'affluer. Celles d'Hermione apportaient cependant des nouvelles du château en plus de dégouliner d'inquiétude : Rita Skeeter avait fixé une interview avec Hagrid pour parler des Scroutts à Pétards mais Hermione s'inquiétait qu'elle n'écrive plutôt un horrible article sur lui elle était descendue aux cuisines et y avait trouvé un joyeux Dobby et une Winky alcoolique… De toute évidence, la vie à Poudlard continuait sans Megan. Ses amis avaient-ils tenté d'en savoir plus sur ce qu'elle devenait ? Étaient-ils allés voir Dumbledore ? Harcelaient-ils leurs professeurs ? De toute évidence, personne ne leur avait rien dit sur les raisons de l'absence de Megan. À quel point s'inquiétaient-ils de sa disparition ? La jeune fille avait beau être fière de sa capacité à se débrouiller seule et à ne pas dépendre de ses amis et de ce qu'ils pensaient d'elle, elle ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'ils s'inquiétaient pour elle, qu'elle leur manquait, de croire qu'ils tenaient vraiment à elle. Potter ne devait pas se faire un sang d'encre – lui ne lui avait pas envoyé la moindre lettre. Et Draco ? Avait-il seulement remarqué qu'elle n'assistait plus aux cours ? Qu'elle n'était plus présente à la table des Gryffondor ? Qu'en pensait-il ? S'inquiétait-il ? Était-il soulagé ? Elle aurait tellement aimé se glisser à Poudlard et espionner ses camarades. Mais elle n'eut pas le loisir de planifier une visite cachée à l'école : il ne fallut que trois jours à Eleyna pour lui ramener la précieuse réponse de Sirius.

Megan,

Pourquoi ce soudain intérêt pour Peter ? Quand on vivait à Poudlard, il habitait avec ses parents, en Irlande, à Killiney Hill. Son père est mort pendant sa septième année et sa mère est partie en maison de retraite (c'est une Moldue, d'ailleurs elle a été très choquée par la « mort violente » de son fils), donc il occupait la maison seul après l'école. Je ne sais pas s'il y est retourné depuis le jour où il m'a fait passer pour un meurtrier, après tout il est rapidement devenu l'animal de compagnie des Weasley. Aujourd'hui, il doit se terrer au fond de je ne sais quels égouts…

Fais-moi confiance pour rester discret. Après tout j'ai pu me balader dans Poudlard l'an dernier sans me faire attraper…

Sirius.

- En Irlande, à Killiney Hill, répéta Megan à voix haute. Parfait.

Elle se dirigea vers la salle de bain et s'observa dans le miroir pendant quelques secondes : ses yeux verts humides, ses cheveux noirs mal coiffés, son air pâle… Fini le laisser-aller, elle repartait à la chasse. Elle se déshabilla pour se laver, enfila des vêtements propres et pratiques à la place de son vieux survêtement, et peigna ses cheveux. Lorsqu'elle se regarda de nouveau dans le miroir, ses yeux étaient redevenus brillants et son visage avait repris des couleurs. Dans sa chambre, elle rangea dans sa besace les affaires qu'elle en avait sorties, attrapa sa cape et l'enfila. Assise sur son lit, prête à partir, elle prit cependant le temps de rédiger une courte réponse à la lettre de Sirius.

Je ne peux pas t'expliquer pourquoi, mais Peter peut sûrement m'aider. Si tu apprends quoi que ce soit sur lui, fais-le moi savoir. On continue à espionner l'un pour l'autre, n'est-ce pas ?

- Tiens, dit-elle en attachant la réponse à la patte d'Eleyna. Apporte ça à Sirius. Je ne serai plus ici quand tu rentreras, et je ne sais pas où je serai, alors fais attention à toi, je ne sais pas quand on se retrouvera. Et il n'y a pas d'urgence, cette fois-ci, alors prends ton temps.

La chouette lui mordilla affectueusement le doigt, puis prit son envol par la fenêtre ouverte. Megan récupéra sa cage vide et la glissa elle aussi dans sa besace. Puis elle descendit les escaliers pour se retrouver devant Emily et Roger.

- Je repars, annonça-t-elle sans cérémonie. J'aurais besoin que vous me déposiez à l'aéroport.

- Quoi ? bégaya sa mère adoptive. Comment ça, à l'aéroport ? Où est-ce que tu vas ?

- Moins vous en savez, mieux c'est.

- C'est Dumbledore qui veut que tu partes ? s'enquit Roger.

- Oui.

Même s'il ne savait rien de ses déplacements, Dumbledore voulait qu'elle retrouve Voldemort, et c'était ce qu'elle faisait.

- On peut y aller, là ? reprit-elle. J'aimerais bien ne pas perdre de temps. Oh et j'aurais besoin d'argent moldu pour acheter un billet.

Roger fronça les sourcils puis se dirigea vers son bureau pour aller chercher du liquide.

- Megan…, commença Emily.

- Je ne te dirai pas où je vais, la coupa aussitôt la jeune fille. Ni quand je rentrerai.

- Je suis ta mère –

- Non !

Elle avait été beaucoup plus virulente qu'elle ne l'aurait voulu – mais ne le regretta pas. Emily ne devait pas se faire d'illusions, Megan était très claire à ce sujet depuis huit ans.

- Fais confiance à Dumbledore, reprit-elle plus posément. C'est pour lui que je suis là.

Officiellement.

- Alors ce n'est pas dangereux ?

Megan eut un rire sans joie.

- Depuis quand Dumbledore se préoccupe-t-il de la sécurité de ses élèves ? Empêcher Quirrell de s'emparer de la pierre philosophale, c'était dangereux, entrer dans la Chambre des secrets, c'était dangereux, libérer Sirius Black et Buck, c'était dangereux. Alors oui, ce que je fais là est dangereux. Comme d'habitude.

- Dumbledore ne t'a jamais demandé d'aller protéger la pierre, ni d'entrer dans la Chambre, lui fit remarquer Emily, qui avait pâli.

- Comme s'il ignorait ce qu'il se passait dans le château ! Pourquoi est-ce que tout le monde prend Dumbledore pour un saint ?

- Tu ne le connais pas comme nous le connaissons, répondit Roger en revenant vers elles. Voilà quatre‑vingt livres pour le vol.

- Je garderai la monnaie, dit Megan en fourrant les billets dans une des poches de sa cape. On y va ?

Roger et Emily avaient rarement eu l'air aussi inquiets. Ils ne dirent pas un mot sur le trajet en voiture jusqu'à l'aéroport de Heathrow.

- Tu n'as pas emmené beaucoup d'affaires avec toi…, commenta Emily d'un air soucieux lorsqu'ils arrivèrent sur le parking – elle avait toutefois remarqué que sa fille adoptive portait la besace qu'elle lui avait offerte.

- Une amie a jeté un sortilège d'Extension à mon sac, répondit Megan en regardant par la fenêtre plutôt qu'en direction de ses parents adoptifs.

- C'est illégal, lui rappela Roger.

- Je sais. Tu vas me dénoncer au ministère ? l'interrogea-t-elle en tournant la tête vers lui, attendant stoïquement sa réponse.

- Bien sûr que non.

- Tant mieux.

Elle sortit de la voiture.

- On se verra l'été prochain, dit-elle par la fenêtre ouverte. Et euh… Joyeux Noël en avance.

Elle tourna les talons et se dirigea vers les imposants bâtiments de l'aéroport. C'était la première fois qu'elle souhaitait un joyeux Noël aux Boyd elle ne savait pas que c'était aussi la dernière.

Il n'y avait qu'une heure quinze de vol jusqu'à l'aéroport de Dublin, et Megan en profita pour se reposer : elle allait désormais vers l'inconnu, sans la sécurité et le confort de la maison des Boyd. Elle ne connaissait pas l'Irlande, ne connaissait pas la ville dans laquelle elle se rendait, ne savait pas où elle passerait la prochaine nuit, ni quand elle mangerait pour la prochaine fois. Elle ne savait même pas si elle trouverait la maison qu'elle cherchait, ou s'il ne s'agissait pas d'une piste qui ne mènerait nulle part. Mais cette insécurité ne l'inquiétait pas vraiment, elle l'excitait plutôt.

D'après ses renseignements à l'aéroport une fois arrivée, il n'y avait qu'une vingtaine de minutes de trajet de Dublin à Killiney Hill. Elle les parcourut dans un taxi, qui lui coûta plus de la moitié de ce qui lui restait comme argent moldu. Elle aurait aimé pouvoir faire appel au Magicobus – elle était riche d'argent sorcier – mais elle aurait attiré l'attention : une jeune fille en âge d'être à Poudlard qui traînait en Irlande, seule. Le taxi la déposa aux portes de la petite ville. Celle-ci était sûrement charmante en plein été, mais en ce mois de décembre, en fin de journée, il y faisait gris et froid. Megan rabattit son capuchon et serra les pans de sa cape autour d'elle tandis qu'elle arpentait les rues. Il n'y avait pas grand-monde dehors à cette heure, tous les Moldus s'étant retranchés dans leurs maisons, regroupés autour de la chaleur d'un feu ou d'un radiateur, ignorant la silhouette sombre qui se déplaçait sous leurs fenêtres. Megan avait le sentiment d'être invisible, et ce sentiment lui plaisait. Une odeur de sel et d'algues planait sur tout la ville, apportée par le vent de mer. Des mouettes se faisaient entendre non loin de là. Le soleil déclinait et Megan y voyait de moins en moins. Elle allait de boîtes aux lettres en boîtes aux lettres, épiant l'intérieur des maisons à travers les haies et les fenêtres. Cette recherche méticuleuse devint cependant rapidement agaçante : elle avait froid aux pieds et ne trouvait pas la maison qu'elle cherchait. Elle aurait tellement aimé pouvoir se servir de la magie ! Il était insoutenable de sentir sa baguette dans sa poche et de ne pas pouvoir l'utiliser. Elle aurait pu se réchauffer, s'éclairer… Le Secret Magique lui tapait sérieusement sur le système : les sorciers devaient se plier aux Moldus, alors qu'ils étaient incontestablement plus puissants. Elle aurait préféré un monde où elle pouvait être une sorcière sans se cacher, où qu'elle aille – là-dessus, elle était d'accord avec Voldemort.

Pendant encore deux longues heures, Megan continua d'arpenter la petite ville, de plus en plus fatiguée et agacée. Aussi, lorsqu'elle trouva enfin la maison qu'elle cherchait, elle se laissa tomber par terre sans ménagement, épuisée.

- Enfin ! s'exclama-t-elle à voix haute.

Elle leva les yeux vers le bâtiment. La maison des Pettigrew était petite et étroite, coincée entre deux autres plus imposantes. De toute évidence, personne ne s'y était installé depuis le départ de Wormtail – la maison devait toujours appartenir à sa mère. La verdure abondait sauvagement autour de la porte d'entrée, s'enroulant autour du vieux portail et gravissant la façade de la maison, dont l'un des carreaux était brisé.

- Ce n'est pas encore ici que j'aurais chaud, en conclut Megan en se relevant et en époussetant sa cape.

Elle poussa la porte du portail et s'avança jusqu'à la porte d'entrée. Celle-ci était bien sûr verrouillée, et Megan ne pouvait bien sûr pas régler ce détail d'un coup de baguette. Heureusement, elle avait appris de nombreuses choses auprès de Fred et George. Elle tira de ses cheveux une épingle et entreprit de crocheter la serrure. Il lui fallut un peu plus de temps qu'il n'en aurait fallu pour les jumeaux, mais elle parvint à faire céder la porte de la maison : les sorciers ne prenaient jamais la peine de faire sécuriser correctement leurs serrures puisqu'ils savaient qu'un simple « Alohomora » suffirait à un intrus pour entrer s'il le voulait.

L'intérieur de la maison était poussiéreux et sombre, et une odeur de moisi flottait dans l'air. En fouillant dans quelques tiroirs, Megan trouva quelques bougies et – miracle ! – un briquet avec lesquels elle illumina le salon. Des draps avaient été disposés sur le canapé et les fauteuils, pour les protéger de la poussière des traces géométriques sur les meubles laissaient deviner que des cadres photos avaient longtemps séjourné là avant d'être emportés. La dernière personne à être entrée dans ce salon était vraisemblablement partie depuis plusieurs années : Peter Pettigrew n'était pas revenu ici récemment. Dépitée, Megan se laissa tomber sur le canapé, qui laissa échapper un nuage de fumée, comme un profond soupir. Elle était venue pour rien, sa piste ne menait nulle part. Elle n'était pas aussi maligne qu'elle le croyait, elle ne savait pas comment retrouver Voldemort.