LE BAL DE NOËL
Maintenant qu'elle avait les informations qu'elle recherchait, Megan allait pouvoir quitter l'Irlande, elle n'avait que quelques affaires à régler avant cela, notamment les cas de la sorcière du ministère – toujours assommée et ligotée dans le salon – et de Cal, qui venait de faire irruption dans la maison d'un air inquiet.
- Elle est morte ? s'étrangla-t-il en trouvant De Castro inanimée sur le sol.
- Pas encore, non, répondit Megan en rangeant toutes ses affaires dans sa besace. Je t'ai dit de partir, qu'est-ce que tu fiches ici ?
- Il fallait que je sache ce que tu allais faire. Qu'est-ce que tu vas faire ?
- Retourner à Poudlard. Remarque, ce n'est pas plus mal que tu sois là, finalement.
Cal fronça les sourcils et recula d'un pas en voyant Megan pointer sa baguette vers lui.
- Tu vas me tuer ? s'enquit-il, étonnamment calme.
- Je vais effacer tes souvenirs, corrigea Megan, agacée.
- Pourquoi tu ferais ça ?
Megan plissa les yeux avait-elle envie de le protéger ? Il n'était personne pour elle.
- Parce que je ne veux pas qu'on sache que je suis venue ici. C'est compliqué.
- Je ne le dirai à personne !
- Soit je te tue, soit j'efface tes souvenirs, c'est toi qui vois, asséna Megan. Je précise juste que te tuer me ferait perdre un temps précieux, puisqu'il faudrait faire disparaître ton corps, et je voudrais être à Poudlard d'ici demain soir.
- Alors tues-moi.
Megan haussa un sourcil : c'était une réponse absurde.
- Très bien…, soupira-t-elle.
Elle leva sa baguette, et Cal écarquilla les yeux d'un air horrifié.
- Arrête ! s'écria-t-il.
Megan croisa les bras en toisant Cal avec agacement – elle se doutait bien qu'il n'avait pas vraiment l'intention de mourir.
- C'est indolore, crut-elle bon de préciser. Tu auras juste oublié qui je suis.
- Je ne veux pas oublier.
Megan était de plus en plus surprise, ce garçon la faisait tourner en bourrique.
- Tu ne peux pas comprendre, toi, soupira Cal. Toi, tu es une sorcière, tu ne sais pas ce que c'est de grandir dans une famille où on croit fermement que la magie n'existe pas, et où finalement, quand la magie arrive, c'est dans la vie de ta sœur. Tu ne sais pas ce que c'est d'être laissé de côté, de ne pas connaître tout ce qu'elle connaît, de ne rien vivre de tout ça. Accepter de vivre sans magie, c'est deux fois plus difficile une fois qu'elle est toute proche. Cathy est partie à Poudlard cette année, elle dit qu'il y a un grand tournoi international, qu'elle a vu des dragons, elle nous parle du fait qu'il y aurait eu un professeur loup-garou l'année dernière, qu'elle apprend à fabriquer des potions et que l'un de ses professeurs a un œil magique qui voit à travers les matières. Et moi je suis là, à KH, au fin fond de l'Irlande, toujours dans le même lycée, avec les mêmes professeurs banals et toujours la même vie. Alors je n'ai pas envie d'oublier que, pendant quelques jours, il y a eu un peu de magie dans ma vie à moi aussi, que j'ai parlé à une ministre du monde magique et que j'ai aidé une sorcière. Je n'ai pas envie d'oublier le peu que j'ai pu voir du monde magique, un monde qui ne veut pas de moi parce que je ne suis pas né comme j'aurais aimé l'être.
- Elle n'est pas ministre, répondit Megan, insensible au discours torturé du garçon. Le ministre de la Magie est un homme avec un chapeau melon vissé sur la tête, ne t'emballe pas.
Cal poussa un soupir agacé face à la résistance de la jeune fille.
- Demi, n'efface pas mes souvenirs, et je te jure que je ne dirai jamais rien à personne. Je ferai comme si tu n'étais jamais venue, même si Milan ou Jack essaient de me parler de toi, ou si votre ministère m'interroge… Mais ne m'enlève pas ça.
- Oubliettes.
Le regard de Cal devint flou. Megan entra dans sa tête et retrouva chaque instant où elle était apparue : la première fois à l'épicerie, puis quand Milan l'avait attirée dans la ruelle. Elle effaça son existence de ces souvenirs, mais en découvrit d'autres : Cal avait tenté de la retrouver pendant les jours qui avaient suivi, interrogeant des commerçants et d'autres jeunes de la ville, errant dans les rues… Lorsque sa petite sœur, Cathy, était arrivée à la maison pour les vacances, samedi dernier, il s'était empressé de la questionner à son sujet mais elle n'avait pas su lui dire qui elle était. Troublée par cette obsession, Megan effaça ces souvenirs aussi, ainsi que ceux où il la retrouvait chez les Pettigrew et l'aidait à kidnapper De Castro. Lorsqu'elle eut terminé, Cal fixait le vide d'un air absent. Profitant de son inattention, elle le conduisit dehors et lui ordonna de rentrer chez lui, ce qu'il fit sans discuter. D'après ce qu'elle avait lu sur le sortilège d'Amnésie, Cal ne se rendrait compte de rien et personne ne pourrait renverser le mauvais sort.
Avant la fin de la journée, Megan eut discrètement fait le tour de la ville pour effacer les souvenirs de tous ceux qui avaient croisé sa route, ainsi que ceux que Cal avait interrogés à son sujet un travail fastidieux qui épuisa la jeune fille et dut rendre le ministère de la magie fou furieux. Leur envoyée n'était cependant pas en état d'intervenir ou de leur faire un quelconque rapport : Megan était rentrée trois fois dans la maison pour l'assommer de nouveau, le temps qu'elle termine sa tournée d'amnésie. Au cours de celle-ci, elle se rendit en douce chez Cal, dans la maison coquette qu'il occupait avec sa famille en centre-ville, et effaça de la mémoire de ses parents et de sa sœur les questions qu'il leur avait posées. Cathy était une jeune fille de première année aux cheveux brun clair et au visage angélique que Megan ne se souvenait pas avoir déjà vu à Poudlard. L'enfant eut sur le visage une expression de terreur lorsqu'elle vit la sorcière surgir dans sa chambre et pointer sa baguette sur elle, mais elle n'eut pas le réflexe de se saisir de sa propre arme, et ses souvenirs furent effacés à leur tour.
- On se verra à Poudlard, marmonna Megan en guise d'adieu lorsqu'elle quitta la chambre par la fenêtre, laissant l'enfant étourdie sur son lit.
La nuit était tombée et De Castro avait le visage couvert de contusions à force d'avoir reçu des coups de poêle toute la journée, et du sang séchait au coin de ses lèvres. Elle ne disait plus rien, observant Megan en silence d'un air inquiet. Privée de sa baguette et dans l'impossibilité de transplaner, elle était coincée comme une vulgaire Moldue – elle n'était pas capable de pratiquer la magie sans artefact. Megan allait cependant devoir s'occuper de son cas.
- Je m'en vais demain matin, annonça-t-elle en préparant le dîner. Je rentre à Poudlard, vous devez être contente.
- Tu sais que le ministre et le directeur en entendront parler, n'est-ce pas ? lança De Castro d'un ton faible. Tu ne vas pas t'en tirer comme ça.
- Oh, si, soupira Megan. Ne vous en faîtes pas pour moi, surtout.
- Mais qu'est-ce que tu veux, exactement ? s'enquit la femme d'un air désespéré.
- Sauver mes amis.
De Castro s'était endormie à même le sol, là où Megan l'avait laissée toute la journée de la veille, toujours ligotée avec la corde à linge. L'état de son visage avait empiré au cours de la nuit et il était devenu bleu et violet, ce qui lui donnait un air plutôt repoussant. Megan, elle, avait rassemblé ses affaires et remit son uniforme de Poudlard aux couleurs de Gryffondor, prête à retourner au collège en ce jour de Noël. Alors qu'elle finissait ses préparatifs, une nouvelle lettre de Hermione était arrivée.
Megan,
Je sais que tu m'as dit de ne pas te répondre… J'étais tellement soulagée de lire ta lettre ! J'ai hésité à t'envoyer celle-ci, mais je me suis dit que, où que tu sois, ce n'était pas une seule lettre qui allait faire la différence.
Et puis il s'est passé tellement de choses pendant ces derniers jours ! Ron a voulu inviter Fleur Delacour au bal ! A priori, elle se servait de ses charmes de Vélane pour plaire à Cedric Diggory pour l'inviter au bal, et Ron passait par là alors il a été influencé et s'est précipité pour lui faire sa demande… Elle n'a pas accepté, évidemment. C'est bête, parce que Cedric Diggory avait déjà invité Cho Chang au bal, à la grande déception de Harry…
C'est vraiment n'importe quoi cette histoire de bal… Ni Ron ni Harry n'ont pensé à m'inviter, Ron n'a réalisé que ce soir-là, quand il s'est retrouvé être l'un des derniers élèves sans cavalière, que j'étais une fille ! Et Ginny qui espérait tellement que Harry l'inviterait… Finalement, elle y va avec Neville, et Harry et Ron avec les jumelles Patil, puisque j'y vais déjà avec quelqu'un… Neville a voulu m'inviter mais quelqu'un d'autre l'avait en fait déjà fait… Viktor Krum ! Oui, le champion de Durmstrang ! Il est venu me le demander un soir, à la bibliothèque… Il m'a dit que, en fait, il venait là tous les jours pour essayer de me parler, mais qu'avant il n'avait jamais osé ! Et j'ai accepté… Il est très gentil, en fait, tu sais ? Il a un fort accent et il est un peu brute comme ça, au premier abord, mais il est très agréable… Pas comme Ron ! Je n'en reviens pas qu'il ne se soit pas rendu compte tout de suite que j'étais une fille… Est-ce que tu te rends compte ? C'est vraiment un crétin… S'il m'avait demandé avant Viktor, j'aurais accepté, évidemment ! Mais Viktor, lui, il s'est aperçu tout de suite que j'étais une fille, et j'avais bien compris que Ron n'allait pas ouvrir les yeux alors…
Megan, je n'arrive pas à croire que tu ne seras pas là pour le bal. Tu me manques.
Où que tu sois, en tout cas… je te souhaite un Joyeux Noël.
Hermione.
Encore une fois, Megan ressentit un pincement au cœur en lisant la lettre de sa meilleure amie. Pas seulement parce que Ron était un crétin, mais surtout parce qu'elle semblait se sentir terriblement seule. Heureusement que la jeune fille allait finalement revenir très rapidement au château. Ce serait probablement un beau cadeau de Noël pour Hermione.
- Bon ! lança-t-elle d'une voix forte, tirant De Castro de son sommeil dans un sursaut. C'est le grand jour, on va devoir se séparer.
Elle s'approcha de la sorcière et s'accroupit pour se mettre à son niveau, tout en rangeant la lettre dans une de ses poches.
- Dîtes adieu à vos souvenirs, annonça-t-elle avec un large sourire.
Ce séjour à Killiney Hill s'avérait bénéfique pour l'entraînement de Megan aux sortilèges d'Amnésie. Pour la énième fois en deux jours, elle falsifia les souvenirs de sa victime, qui ne se souviendrait même pas pourquoi elle était venue en Irlande lorsqu'elle aurait émergé de l'état végétatif dans lequel ce sortilège laissait ses sujets, et encore moins ce qu'elle faisait dans une maison inconnue ligotée au pied d'un canapé. Megan, laissant De Castro fixer le vide, sortit de sa besace sa bourse de poudre de Cheminette et alluma un feu magique dans lequel elle jeta les grains blancs – elle avait constaté qu'un récipient vide arborant la marque Poudchem (seul producteur de poudre de Cheminette autorisé en Grande-Bretagne) trônait sur le manteau de la cheminée et en avait déduit que la maison était raccordée au réseau. Au moment où, debout au milieu des flammes magiques, elle prononça le nom de sa destination, elle s'aperçut qu'elle avait laissé la baguette de De Castro dans un vase et que celle-ci ne se libérerait donc pas de sitôt.
Le bureau de Dumbledore était aussi calme et tranquille que d'ordinaire. Comme souvent, elle trouva le vieux directeur assis derrière son imposant bureau, signant de nombreux documents, parcourant de ses yeux bleus perçants les parchemins éparpillés sous ses yeux.
- Meganna, lâcha-t-il en levant la tête, légèrement surpris. Tu es rentrée.
La jeune fille s'approcha de son bureau en répandant négligemment de la cendre sur son passage.
- Apparemment, répondit-elle.
- Je commençais à m'inquiéter, avoua-t-il. Je veux que la prochaine fois que tu pars, tu m'envoies régulièrement des lettres pour me tenir informé.
- Je n'ai pas eu grand-chose à dire, expliqua Megan en haussant les épaules.
- En un mois complet, tu as pourtant sûrement dû faire de nombreuses choses. Raconte-moi.
Megan poussa un soupir. En effet, elle était partie un mois, mais jusqu'à la veille, elle n'avait rien découvert d'intéressant.
- Tout ce que je sais, c'est que les disparitions de Bertha Jorkins, d'Anita et de Frank Bryce sont liées, et que Voldemort est le point commun, expliqua Megan.
- Qui est Frank Bryce ? s'enquit Dumbledore.
- C'était le jardinier moldu des Riddle. Il a été suspecté de leur assassinat, mais ça n'a jamais pu être prouvé, puisque c'est un sorcier qui les a tués. Probablement Voldemort lui-même. Il a été tué cet été, et je suis sûre qu'il y a quelque chose là-dessous. J'irai chez lui dès que je repartirai.
- Et quand comptes-tu repartir ?
- Je ne sais pas encore. Je voulais juste revenir pour le bal, et pour Noël.
- N'oublie pas de revenir pour la deuxième tâche, le vingt-quatre février.
- Je serai là, soupira Megan. Et aux examens fin juin aussi !
Il y eut un moment de silence pendant lequel Dumbledore observa attentivement Megan de son regard inquisiteur. La jeune fille, stoïque, attendit qu'il reprenne la parole.
- Bien, dit-il enfin. Je pense que tes camarades seront soulagés de te revoir – Miss Granger et Mr Weasley n'ont cessé de venir me harceler pour savoir ce qu'il advenait de toi. Bien sûr, en dehors de l'école, nul ne sait que tu as manqué un mois de classe, mais tes amis risquent de te demander où tu étais passée ces dernières semaines. Il n'est évidemment pas envisageable que tu leur révèles la réelle nature de ta mission. Officiellement, tu as dû retourner chez toi pour des raisons familiales. Si le ministère devait entendre parler de cela, Mr et Mrs Boyd confirmeraient bien entendu cette version.
- Parfait, grogna Megan.
Comme si elle aurait pu quitter Poudlard tout un mois en cours d'année pour retourner volontairement s'enterrer dans le Wiltshire. Elle se leva et se dirigea vers la sortie.
- Joyeux Noël, lança Dumbledore avec ravissement.
- C'est ça.
Lorsqu'elle fut de retour dans les couloirs de Poudlard, Megan fut surprise par le nombre d'élèves qu'elle y vit : elle n'avait jamais vu autant de monde rester à l'école pour les vacances de Noël. Mais, de toute évidence, le bal avait fait son petit effet auprès de tous les élèves en âge de s'y rendre. L'école elle-même s'était mise sur son trente-et-un pour l'occasion : des stalactites de glace éternelle avaient été fixées au rampes de l'escalier de marbre, les traditionnels douze sapins de Noël de la Grande Salle étaient ornés de tout ce qu'on pouvait imaginer de plus spectaculaire (des branches de houx à baies lumineuses ou des hiboux d'or qui poussaient de vrais ululements) et les armures avaient été ensorcelées pour chanter des cantiques de Noël chaque fois que quelqu'un passait devant elles. Les heaumes vides ne connaissaient que la moitié des paroles et Peeves ne ratait pas une occasion de se glisser dans les armures pour remplacer les paroles manquantes par des couplets de sa propre invention, lesquels offraient un échantillon assez éloquent de sa grossièreté, ce qui ravit Megan. Poudlard lui avait manqué.
À chaque pas que faisait la jeune fille vers la salle commune de Gryffondor, des chuchotements surpris et des commérages l'accompagnaient, on la montrait du doigt et on murmurait avec une main sur sa bouche et le regard en coin. D'après ce qu'elle entendit dans les couloirs, deux principales rumeurs avaient circulé au sujet de son absence : elle aurait été internée à Ste Mangouste ou aurait passé tout le mois dans la Chambre des secrets. Presque amusée par ces idées que l'on avait pu se faire à son sujet, Megan ne vit pas venir la bourrasque de cheveux bruns qui fonça sur elle dès qu'elle eut traversé le portrait de la Grosse Dame.
- Megan ! s'écria la voix perçante de Hermione. Tu es revenue !
La jeune fille serrait son amie à lui casser une côte. Derrière elle, Ron et Potter avaient les yeux écarquillés de surprise, et tous les regards s'étaient tournés vers elle.
- Tu vas bien ? s'enquit Hermione lorsqu'elle la relâcha enfin. Où est-ce que tu étais passée ?
- Une longue histoire, affirma Megan.
- On s'est fait un sang d'encre, avoua Ron en s'approchant, les sourcils froncés. Dumbledore ne voulait rien nous dire, et tu n'as répondu qu'à une seule lettre !
- C'est compliqué, se contenta de répondre la jeune fille. Joyeux Noël, au fait. Je vais aller voir mes cadeaux.
Megan contourna ses amis, suivie du regard par toute la salle commune, et monta dans son dortoir. Bien entendu, Hermione s'empressa de la suivre. Heureusement, ni Brown ni Patil n'étaient dans le dortoir pour la harceler de questions.
- Megan, tu as disparu pendant un mois ! s'exclama Hermione. Mais où est-ce que tu étais ?
- Je ne peux pas te le dire, affirma Megan en s'asseyant sur son lit et en attrapant le premier cadeau de la pile.
- Comment ça ?
- Écoute, je n'ai pas envie d'en parler d'accord ?
Elle déchira l'emballage : Emily et Roger lui avaient offert un plaid avec l'inscription « SORCIERE SOUS COUVERTURE ». Le jeu de mot la fit sourire, puis elle passa au cadeau suivant. Hermione la contemplait avec des yeux ronds, atterrée que sa meilleure amie ne veuille lui raconter ses péripéties du mois écoulé.
- Est-ce que tu réalises au moins à quel point on était inquiets ? s'offusqua la jeune fille. Tu as disparu au beau milieu de la nuit ! Tu ne donnais pas de nouvelles ! Les professeurs ne nous disaient rien ! Tu aurais pu être morte ! Avoir été enlevée !
- Je vais bien, Hermione, s'agaça Megan. Merci pour le kit d'entretien de baguette, c'est sympa.
Une fois que la jeune fille eut déballé tous ses paquets, elles redescendirent toutes deux dans la salle commune, où Ron et Potter s'émerveillaient de leurs propres cadeaux avec Longbottom, Thomas et Finnigan. Un silence se fit dans le petit groupe quand Megan vint s'asseoir avec eux.
- Ça fait du bien d'être de retour dans la salle commune, dit-elle d'un ton mondain en désignant du menton le feu qui brûlait dans la cheminée. C'était plutôt froid et humide dans la Chambre.
Les garçons écarquillèrent les yeux d'horreur et s'empressèrent de reprendre leur conversation sur la nouvelle montre de Dean Thomas tandis que les chuchotements repartaient de plus belle autour d'eux. Megan n'écouta que d'une oreille distraite les conversations des autres Gryffondor, trop occupée à repenser à ce qu'elle avait vécu depuis son départ de Poudlard : la froideur de Narcissa, l'inquiétude des Boyd, la déception chez les Pettigrew, le kidnapping de la sorcière du ministère et les beaux yeux bleus de Cal. Le jeune Moldu lui avait finalement été d'une grande aide et, une fois débarrassé de ses deux crétins d'amis, il était plutôt sympathique. Mais il se portait sûrement mieux depuis le départ de Megan.
La matinée écoulée, Megan, Ron, Hermione et Potter se rendirent dans la Grande Salle pour un somptueux déjeuner où furent servis une centaine de dindes et des puddings de Noël, dans les détonations incessantes des pétards surprises. Megan, qui n'avait rien mangé de bon depuis son arrivée à Killiney Hill, parla peu et mangea beaucoup, repoussant les limites de son estomac maltraité. Tandis qu'elle engouffrait tout ce qui se trouvait à sa portée sous l'œil inquiet de ses meilleurs amis, elle écoutait les discussions enthousiastes relatives au bal du soir : les filles qui gloussaient à l'idée de passer la soirée au bras de tel garçon, les conseils beauté, les suppositions sur l'animation prévue… Des rumeurs courraient selon lesquelles Dumbledore aurait acheté huit cents tonneaux d'hydromel à Madame Rosmerta, ou qu'il avait engagé les Bizarr' Sisters (un groupe célèbre sur la Radio Indépendante à Transmission Magique).
Étonnamment, Megan ne croisa pas les jumeaux de la journée : ils n'étaient pas au banquet et elle ne les vit pas non plus dans le parc où elle alla se balader sous la neige avec Ron, Hermione et Potter, ni dans la salle commune lorsqu'elle remonta avec Hermione à cinq heures pour se préparer pour la soirée.
- Tu n'as dit à personne avec qui tu allais au bal ? s'étonna Megan après avoir écouté Ron tenter de soutirer des informations à sa meilleure amie toute l'après-midi.
- Comment veux-tu que je le leur annonce ? soupira Hermione. Et puis tout le monde va en faire toute une histoire, j'en suis sûre… Mais toi, d'ailleurs avec qui tu vas y aller, du coup ?
- Oh ! s'exclama Megan, soudain horrifiée. J'ai oublié Kevan ! Je reviens !
Elle quitta le dortoir au pas de course, s'attirant tous les regards sur son passage. Trop absorbée par le fait de ne pas avoir vu les jumeaux, elle avait complètement oublié d'aller rassurer son petit ami. Elle se rattraperait en passant la soirée à son bras.
Après avoir parcouru le château en long, en large et en travers d'un pas rapide, furetant dans chaque recoin, Megan finit par trouver le garçon à la bibliothèque, plongé dans un manuel de métamorphose. Elle prit place en face de lui, et lorsqu'il leva la tête, elle le vit écarquiller les yeux.
- Megan ? hoqueta-t-il.
- C'est moi, acquiesça-t-elle. Je suis rentrée, et je vais bien.
- Mais où est-ce que tu étais passée ?
Autour d'eux, plusieurs élèves de septième année plongés dans leurs révisions des ASPIC leur firent signe de se taire. Megan les fusilla du regard.
- C'est une longue histoire, éluda la jeune fille à voix basse.
- Tu n'as répondu à aucune de mes lettres ! persifla Kevan. Et personne ne voulait me dire où tu étais passée ! Ils parlaient de raisons familiales…
- L'important, c'est que je sois revenue, non ?
- Non ! L'important, c'est que j'étais super inquiet !
Il avait de nouveau haussé le ton. Les septième année lui adressèrent un regard de reproche.
- Oublie ça, s'agaça Megan. Je suis revenue exprès pour le bal, on va passer une bonne soirée, d'accord ? J'ai une robe vert émeraude, tu penses qu'elle ira bien avec ton costume ?
- Megan, lâcha Kevan. Je ne vais pas au bal avec toi.
La jeune fille fronça les sourcils, elle avait dû mal comprendre.
- Quoi ? C'est ridicule, pourquoi tu ferais ça ?
- Parce que tu viens de disparaître pendant un mois, que tu n'as donné aucune nouvelle, et que maintenant tu ne veux toujours rien me dire ! Tu ne veux pas me faire confiance, tu me traites comme un incapable, alors ça suffit !
- Mais c'est ridicule, répéta Megan, estomaquée. Tu ne vas pas aller au bal tout seul juste parce que tu es vexé.
- Pour commencer, je ne suis pas vexé, je suis simplement énervé après toi. Et non, je n'irai pas au bal tout seul, puisque tu as finalement l'air de t'en soucier. J'y vais avec Ally.
Cette fois Megan se mit à cligner des yeux, ne croyant pas ses oreilles.
- Ally Collins ? répéta-t-elle. Mais pourquoi tu irais avec elle ? Tu as… Tu as invité une autre fille ?
- Évidemment ! Tu avais disparu, tu te souviens ?
- Alors je disparais pendant quelques semaines et ça y est, tu passes à autre chose ?
- Qu'est-ce que j'étais supposé faire d'autre ? Attendre sagement que tu daignes m'accorder à nouveau un peu de ta précieuse attention ? Si je ne suis pas assez important pour toi pour que tu penses à me faire savoir que tu n'es pas morte ou que tu m'expliques ce que diable tu as foutu pendant un mois, alors tu peux parfaitement aller au bal sans moi. Maintenant tu m'excuseras, j'ai des examens à réviser.
Megan déglutit, choquée. Elle n'aurait jamais ne serait-ce qu'imaginé que Kevan s'intéresserait vraiment à une autre fille, elle était persuadée d'être la seule qui existait à ses yeux. Hébétée, elle se leva et quitta la bibliothèque, sans vraiment avoir conscience de ce qui l'entourait. Ses yeux la brûlaient et une douleur lui tordait les entrailles. Imaginer Kevan avec une autre était devenu affreusement douloureux, elle était en colère et immensément triste, s'apercevant à l'instant qu'elle ne voulait pas perdre le jeune homme.
- Meggie ?
La voix de Fred Weasley la ramena lentement à la réalité. Les jumeaux et Lee Jordan arrivaient vers elle, avec les mêmes yeux exorbités que tous les autres élèves qu'elle avait croisés depuis son retour.
- Tu es revenue ? hoqueta George. Quand ça ? Et où est-ce que tu étais passée ?
- Si quelqu'un me pose encore cette question, je jure de le tuer, asséna Megan d'une voix dure. Je ne veux pas en parler et je n'en parlerai pas, d'accord ? Je vais bien, maintenant lâchez-moi.
Les jumeaux échangèrent un regard interloqué : Megan ne leur avait jamais parlé sur ce ton.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? s'enquit Lee, choqué.
- Avec qui vous allez au bal ? répliqua-t-elle.
- Avec Angelina…, répondit prudemment Fred. Et Lee y va avec Alicia.
- Et toi George ?
- Je pensais demander à Katie, il faut que j'y pense, d'ailleurs.
- Vas-y avec moi.
Les trois garçons haussèrent les sourcils et Lee eut aussitôt l'air de regretter d'avoir invité Alicia.
- Avec plaisir, répondit George, étonné. Mais tu n'y vas pas avec Kevan ?
- Non, je n'y vais pas avec Kevan. On se voit ce soir.
Elle tourna les talons et s'empressa de retourner dans la tour de Gryffondor. Lorsqu'elle poussa la porte du dortoir, un « waouh » lui échappa : Hermione portait une magnifique robe vaporeuse d'un bleu pervenche et avait chaussé des escarpins à talons que Megan ne l'aurait jamais imaginée porter.
- Je vais avoir besoin de ton aide pour ça, annonça la jeune fille en désignant sa tignasse de cheveux.
- Hermione, cette robe te va vraiment super bien, affirma Megan, impressionnée.
- Merci…
De toute évidence, la jeune fille était aux anges : sa meilleure amie était finalement présente pour le bal de Noël, et elle allait ouvrir celui-ci au bras d'un célèbre joueur de Quidditch. Devant la joie incommensurable de son amie, Megan choisit de mettre son chagrin et sa colère de côté et releva ses manches pour aider la Hermione à dompter sa tignasse à grand renfort de potion capillaire Lissenplis. Au bout d'une demi-heure d'acharnement, les deux amies parvinrent à démêler les cheveux de cette dernière, à les lisser et à les rendre soyeux. Pour finir le tout, Megan fit usage d'un sortilège pour relever élégamment les cheveux sur la nuque de son amie. Le résultat était saisissant.
- Tu es magnifique, affirma Megan, très satisfaite du travail fourni. Il y a du maquillage dans ma valise, sers-toi.
- Merci !
À en juger par la façon dont Hermione fouilla joyeusement dans la trousse, et observa d'un œil suspicieux tout ce qu'elle y trouva, elle ne s'était jamais maquillée. Patiemment, Megan lui expliqua donc l'usage de chacun des produits et l'aida à choisir ce qui irait le mieux pour la soirée. Tandis que Hermione appliquait le fond de teint, le fard à paupières, le mascara et le rouge à lèvres selon les instructions de sa meilleure amie, cette dernière enfila sa propre tenue de soirée : une robe vert émeraude moulante qui soulignait ses courbes avantageuses.
- Pourquoi le vert ? s'étonna Hermione en admirant la robe.
Parce que Megan aurait tellement souhaité être répartie dans la maison du serpent.
- Je te demande pourquoi tu portes une robe bleue, toi ? répondit-elle plutôt. Tu as un message à faire passer aux Serdaigle ?
- Tu sais que le Choixpeau a hésité avec Serdaigle ? expliqua fièrement Hermione. Mais finalement il a choisi Gryffondor.
Pour Megan, l'artefact magique n'avait pas le moins du monde hésité.
La jeune fille brossa méthodiquement ses longs cheveux noirs qui tombèrent sur ses épaules en une souple cascade bouclée, puis se maquilla de manière à faire ressortir ses yeux verts, se promettant d'être la plus belle possible pour le bal : elle allait montrer à Kevan ce à quoi il avait renoncé pour l'insupportable Ally Collins.
- C'est toi qui es magnifique, murmura Hermione, impressionnée.
Ainsi préparée, Megan semblait avoir presque quatre ans de plus. Elle lui adressa un sourire.
- On est parfaites toutes les deux, affirma-t-elle.
- Tu y vas avec Kevan, alors ? hasarda la jeune fille.
- Non, répondit Megan avec aplomb, j'y vais avec George – et ne me demande pas pourquoi.
Hermione se pinça les lèvres et préféra vérifier son maquillage dans le miroir plutôt que croiser le regard de sa meilleure amie – elle devait deviner ce qu'il s'était passé.
Il n'y eut pas de thé de Noël cette année-là car le bal comportait également un réveillon. À sept heures, fin prêtes, les deux amies quittèrent le dortoir pour retrouver leurs cavaliers. George, qui attendait dans la salle commune – vide à cette heure, tout le monde étant déjà descendu avec impatience –, vêtu d'une robe violette beaucoup plus seyante que celle de Ron, pâlit en voyant Megan arriver vers lui.
- Ça te va très bien, bégaya-t-il.
- Merci, répondit-elle avec un sourire éclatant. On y va ?
Clignant des yeux en regardant les deux magnifiques jeunes filles passer devant lui, George les suivit jusque dans le hall d'entrée, bondé, où les élèves piétinaient en attendant que les portes de la Grande Salle s'ouvrent – à huit heures précises. Ceux qui venaient de maisons différentes et qui s'étaient donné rendez-vous là se faufilaient parmi la foule, essayant de retrouver leur partenaire.
- Je dois aller retrouver Viktor au bateau, annonça Hermione d'un air tendu. On se retrouve tout de suite après, d'accord ?
- Compte sur moi, acquiesça Megan. Souris et lève la tête, tu es magnifique et tu vas l'impressionner, tu vas impressionner tout le monde, d'accord ?
Hermione secoua la tête puis s'empressa de quitter le château pour rejoindre le parc. À travers la porte ouverte, Megan vit qu'une partie de la pelouse avait été transformée en une espèce de grotte qu'éclairaient des guirlandes lumineuses formées par des centaines de fées vivantes, assises dans des massifs de roses ou voletant au-dessus de statues qui représentaient le père Noël et ses rennes – Poudlard était magnifique ce soir.
Regardant autour d'elle, la jeune fille vit passer Fleur Delacour, resplendissante dans une robe de satin argenté, au bras de Roger Davies, le capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle (il paraissait si émerveillé d'avoir été choisi comme cavalier par la française qu'il ne cessait de la contempler d'un air admiratif), mais aussi Draco, vêtu d'une robe de soirée en velours noir à col dur à qui Pansy Parkinson, boudinée dans une robe rose pâle surchargée de dentelles, tenait étroitement le bras. Grabbe et Goyle, eux, n'avaient pas réussi à se trouver de partenaire dans leurs robes de soirée vertes, on aurait dit deux rochers recouverts de mousse. Un peu plus loin encore, Kevan, outrageusement séduisant dans sa robe noire et blanche, arrivait au bras de Collins, qui était bien trop jolie dans sa robe bleu roi qui mettait en valeur sa chevelure blonde et ses magnifiques yeux bleus. Megan eut l'envie de prendre Pansy Parkinson pour taper sur Ally Collins, mais se retint en détournant le regard, cherchant plutôt à retrouver Ron dans la foule. Le hall d'entrée était cependant bien trop bondé, animé des couleurs vives des diverses robes, ce qui changeait des éternels uniformes noirs de Poudlard. Elle remarqua du coin de l'œil que Dean Thomas était, lui, venu au bras de Seamus Finnigan, mais n'eut pas le temps de les observer plus car les grandes portes de chêne de l'entrée s'ouvrirent et tout le monde se retourna pour voir arriver les élèves de Durmstrang menés par le professeur Karkaroff. Krum était en tête du groupe, accompagné de Hermione qui souriait d'un air tendu, mais semblait ravie de se trouver au bras du champion.
- Attends, Hermione est la cavalière de Krum ? hoqueta George.
- Surprise ! sourit Megan.
La voix du professeur McGonagall s'éleva alors dans le hall.
- Les champions, par ici, s'il vous plaît.
Fleur, Cedric, Viktor, Potter et leurs partenaires s'avancèrent parmi la foule, qui s'écarta pour les laisser passer. Megan leva le pouce en direction de Hermione pour l'encourager, et répondit au signe de la main de Cedric lorsqu'il passa devant elle. Potter était accompagné de Parvati Patil, dont le visage rayonnait. Le professeur McGonagall, qui portait une robe écossaise à dominante rouge et avait accroché une affreuse couronne de chardons, symbole de l'Écosse, autour de son chapeau, demanda aux champions d'attendre à côté de la porte pendant que les autres élèves entraient dans la Grande Salle. Les murs avaient été recouverts d'un givre argenté étincelant, et des centaines de guirlandes de gui et de lierre s'entrecroisaient sous le plafond parsemé d'étoiles. Les tables des différentes maisons avaient disparu, remplacées par une centaine de tables plus petites, éclairées par des lanternes, autour desquelles pouvaient s'asseoir une douzaine de convives. George prit Megan par la main et ils rejoignirent la table où étaient déjà installés Fred, Angelina, Lee et Alicia. Lorsqu'ils virent Megan arriver, les deux garçons eurent l'air ébahi, et leurs cavalières eurent soudain un sourire crispé malgré leur amitié pour la jeune fille. Pourtant, Megan n'avait d'yeux que pour Kevan, qui s'était installé quelques tables plus loin avec ses amis de Serdaigle et l'abominable Ally Collins qui lui tenait la main d'un air ravi.
Megan vit Hermione saluer Parvati, mais celle-ci la fixait avec un air d'incrédulité qui n'était guère flatteur, et elle n'était pas la seule : lorsque les filles du fan-club qui épiait Krum dans la bibliothèque passèrent devant le duo, elles jetèrent à Hermione des regards dégoûtés – Megan eut envie de leur jeter un sort – et Pansy Parkinson sembla frappée de stupeur en la reconnaissant. Ron, en revanche, passa devant Hermione sans la voir et alla s'asseoir avec sa cavalière, Padma Patil. Il avait de toute évidence tenté d'améliorer son abominable robe de soirée en en découpant les dentelles, mais il avait manqué de précision et des fils pendaient lamentablement par endroits.
Lorsque tout le monde fut installé dans la Grande Salle, McGonagall entra à son tour, suivie des champions qui arrivèrent en rang, sous les applaudissements des élèves, se dirigeant vers une grande table ronde au bout de la salle, à laquelle les juges étaient déjà assis. Potter avait l'air d'un enfant limité à qui on demandait d'accomplir un exercice difficile, tandis que sa cavalière, ravie, adressait à tout le monde des sourires rayonnants. Lorsque Hermione et Krum passèrent devant la table où était assis Ron, celui-ci regarda sa meilleure amie en plissant les yeux, l'air furieux – il l'avait enfin reconnue. Dumbledore adressa aux champions un sourire joyeux mais Karkaroff eut une expression très proche de celle de Ron lorsqu'il vit arriver Krum et Hermione. Ludo Bagman, qui portait ce soir-là une robe violette parsemée de grandes étoiles orangées, applaudissait avec le même enthousiasme que les élèves. Madame Maxime avait abandonné son habituel uniforme de satin noir au profit d'une longue robe de soie couleur lavande et se contenta d'applaudir poliment. La cinquième place n'était pas occupée par Mr Crouch, mais par Percy, qui applaudit lui aussi avec dignité et réserve, puis fit signe à Potter de venir s'asseoir à côté de lui.
- Il nous a envoyé une lettre, avant-hier, expliqua George d'un air désespéré : il a été promu au poste d'assistant personnel de Mr Crouch. Il n'a jamais été aussi insupportable.
- Attends qu'il devienne premier ministre, soupira Megan. Tu auras sûrement envie de le jeter dans une arène avec un dragon.
Les assiettes d'or posées devant les convives étaient encore vides, mais un menu était posé devant chacune d'elles, bien qu'il n'y ait pas l'ombre d'un serveur dans la salle. Dumbledore examina attentivement le menu puis, s'adressant à son assiette, dit à haute voix :
- Côtes de porc !
Des côtes de porc apparurent aussitôt. Suivant son exemple, les autres convives passèrent également commande à leurs assiettes.
- J'adore ce système, se réjouit Fred en s'exécutant. Mais les elfes de maison doivent avoir beaucoup de travail supplémentaire.
- Ce qui doit leur faire le plus grand plaisir, fit remarquer Megan après avoir commandé de la dinde farcie.
- Où en est Hermione avec ses histoires de protection des elfes ? demanda Angelina, qui avait trouvé l'idée touchante.
- Toujours au même point, je suppose…, marmonna Megan, qui ne s'était pas tenue informée de l'évolution de la S.A.L.E pendant son séjour hors de l'école.
Elle tourna la tête vers la table du jury et des champions. Hermione était absorbée dans une grande conversation avec Krum, ignorant son assiette vide. Le jeune homme, pourtant jusque-là peu loquace, paraissait intarissable et enthousiaste, bien que Megan ne puisse entendre de quoi ils parlaient. Au moins, tous deux avaient l'air ravi.
Megan était soulagée que les jumeaux et Lee aient demandé à leurs cavalières de ne pas l'interroger sur son absence, et les six autres personnes assises à leur table n'osèrent pas lui adresser la parole, ce qui permit à la jeune fille de profiter de son dîner. Les rires et les conversations résonnaient dans la Grande Salle, et les jumeaux rivalisaient d'humour et de bonne humeur, ce qui avait tant manqué à Megan alors qu'elle était coincée à Corsham puis à Killiney Hill. Elle remarqua tout de même que Fred semblait anormalement réjoui chaque fois qu'il faisait rire Angelina : aurait-il enfin trouvé quelqu'un d'autre que George avec qui partager un peu de sa vie ? Lui et son frère étaient très populaires et avaient leur petit succès auprès des filles, mais jusque-là aucun n'avait manifesté d'intérêt particulier pour l'une d'elles. Megan sourit, sincèrement heureuse pour la première fois depuis longtemps. C'était cela qu'elle voulait préserver : leur insouciance, les voir heureux.
Lorsque tout le monde eut fini de dîner, Dumbledore se leva et demanda aux élèves d'en faire autant. Puis, répondant à un geste de sa main, les tables allèrent d'elles-mêmes s'aligner le long des murs, dégageant un vaste espace au milieu de la salle. Dumbledore fit alors apparaître contre le mur de droite une estrade sur laquelle étaient disposés une batterie, plusieurs guitares, un luth, un violoncelle et quelques cornemuses. Les Bizarr' Sisters se précipitèrent sur la scène, accueillies par une salve d'applaudissements frénétiques. Elles avaient toutes des cheveux très longs et étaient vêtues de robes noires qui avaient été savamment déchirées en divers endroits. Elles prirent leurs instruments et les lanternes s'éteignirent. Les champions, accompagnés de leurs partenaires, se levèrent. Seul Potter resta assis, l'air ébahi. Parvati lui murmura quelque chose à l'oreille d'un air pressé, il sursauta et se prit les pieds dans sa robe en voulant se mettre debout. Megan leva les yeux au ciel. Les Bizarr' Sisters commencèrent à jouer un air lent et mélancolique, et les champions s'avancèrent vers la piste de danse brillamment éclairée. Assis non loin, Finnigan et Thomas ricanaient en faisant de grands signes à Potter, qui regardait ses pieds. Parvati, en parfaite cavalière, lui prit les mains, en glissa une autour de sa taille et serra l'autre entre ses doigts – c'était de toute évidence elle qui menait la danse. Ils se mirent alors à tournoyer lentement sur place. Hormis Potter, tous avaient l'air ravi et contemplaient avec joie leurs partenaires, notamment Hermione. Bientôt, d'autres élèves vinrent les rejoindre sur la piste de danse et les champions cessèrent d'être le centre de l'attention générale. Ginny et Longbottom dansaient un peu plus loin — la jeune fille faisait la grimace chaque fois que son cavalier lui marchait sur les pieds — et Dumbledore valsait avec Madame Maxime. Il était si petit à côté d'elle que la pointe de son chapeau lui atteignait à peine le menton. Elle se mouvait cependant avec grâce pour une femme aussi corpulente. Maugrey Fol Œil dansait très maladroitement un pas de polka avec le professeur Sinistra qui se préoccupait surtout d'éviter de se faire écraser le pied par sa jambe de bois.
- Miss Buckley, m'accorderez-vous cette danse ? demanda poliment George en tendant la main à Megan avec un large sourire.
- Volontiers, répondit la jeune fille.
Mais à peine eut-elle mis les pieds sur la piste et commencé à danser que son regard se remit à fouiller la salle pour trouver Kevan. Lorsqu'elle le trouva, elle constata avec colère que la jolie Ally était serrée dans ses bras et n'avait d'yeux que pour lui. Malheureusement, Megan avait laissé sa baguette dans son dortoir car elle n'avait pas su où la ranger dans sa robe. Au moins, danser avec George était agréable, la jeune fille constata avec surprise qu'il savait ce qu'il faisait : il la menait avec fermeté et douceur, sûr de ses pas, content de lui. Pourtant, elle aurait mille fois préféré accompagner Kevan sur la piste. Finalement, la cornemuse lança une dernière note avec un savant trémolo, puis les Bizarr' Sisters s'arrêtèrent de jouer sous les applaudissements.
- Je vais chercher à boire, annonça Megan pour s'éloigner au plus vite de Kevan et Ally.
Les Bizarr' Sisters jouaient à présent l'introduction d'un nouveau morceau sur un rythme beaucoup plus rapide, et Fred et Angelina s'étaient mis à danser avec une telle frénésie que tout le monde s'écartait d'eux pour éviter les coups. À une table au bord de la piste, Ron, Padma, Parvati et Potter étaient assis et regardaient les autres danser, notamment Hermione et Krum, que Ron observait d'un œil noir. Les cavalières des garçons ne paraissaient absolument pas ravies d'être coincées sur le bord de la piste, et un garçon de Beauxbâtons finit par inviter Parvati à danser. Megan attrapa une bouteille de Bièraubeurre et en but une longue gorgée pour digérer son étrange soirée : entre Hermione au bras de Krum, Potter qui avait ouvert le bal, Kevan avec une autre fille et tous les regards qui l'épiaient, elle avait du mal à s'amuser.
À la table de Ron et Potter, Hermione vint prendre la place laissée par Parvati. La danse lui avait donné le teint un peu rose et elle souriait plus que d'ordinaire. Megan ne pouvait pas entendre ce qu'ils disaient, mais Ron semblait tenir des propos agressifs qui surprirent sa meilleure amie. Rapidement, le ton monta, et Megan comprit que Ron reprochait à Hermione d'avoir accepté d'accompagner Krum, qui était l'adversaire de Potter dans le Tournoi. Soudain, Hermione se leva d'un bond et se précipita vers la piste de danse en se perdant dans la foule. La seconde d'après, Padma se levait à son tour pour aller trouver un autre garçon de Beauxbâtons qui l'inviterait à danser. Cette table était un véritable moulin, car Krum y arriva presque aussitôt avec deux Bièraubeurres, sûrement à la recherche de sa cavalière, et fut renvoyé sèchement par Ron, puis Percy vint prendre place à côté de Potter. Megan termina sa bouteille de Bièraubeurre.
- Sacrée descente, commenta une voix familière.
Megan se retourna et trouva Kevan à quelques mètres d'elle, de toute évidence venu chercher à boire pour sa table. Se détournant, elle alla chercher une autre bouteille.
- Parce que ça te concerne, maintenant ? grogna-t-elle.
- J'imagine que ça devrait plutôt concerner George, n'est-ce pas ?
Megan jeta un coup d'œil à son cavalier : assis avec un groupe de filles de Poufsouffle, il semblait raconter une histoire désopilante qui faisait rire tous ceux qui l'entouraient, et elle ne se sentit pas le moins du monde jalouse, George n'était que son meilleur ami.
- Laisse-le en dehors de ça, répliqua-t-elle sèchement. Il n'y est pour rien si t'es un crétin.
- Alors c'est moi le crétin ? s'agaça Kevan. Tu n'as pas l'impression d'inverser les rôles, là ?
Megan n'avait pas l'habitude que le garçon s'adresse à elle ainsi et elle ne savait plus si elle devait s'attrister ou s'énerver.
- Si tu es venu juste pour te plaindre, j'ai autre chose à faire, asséna-t-elle, optant pour l'agressivité. Je n'ai pas besoin de toi.
Elle termina sa deuxième bouteille et retourna vers la piste. Le professeur Dumbledore dansait avec le professeur Sprout, Ludo Bagman avec le professeur McGonagall et Madame Maxime et Hagrid tournoyaient dans une valse effrénée, traçant un large chemin parmi la foule des autres danseurs qui s'écartaient prudemment sur leur passage. Lorsque le morceau se termina, la salle éclata en applaudissements. Après avoir fait un baisemain au professeur McGonagall, Bagman s'éloigna de la piste de danse, mais se retrouva aussitôt accosté par les jumeaux Weasley qu'il n'avait visiblement toujours pas remboursés. Le directeur de département se débarrassa cependant rapidement des garçons, et se dirigea plutôt vers Ron, Percy et Potter, toujours en grande discussion, et les élèves y virent une occasion de se débarrasser du nouvel assistant de Mr Crouch : Megan les vit quitter la Grande Salle d'un pas vif. Souhaitant à tout prix s'éloigner de Kevan, Megan partit à la recherche de Hermione. Serpentant entre les danseurs endiablés et les couples énamourés, elle finit par constater tristement que sa meilleure amie était trop occupée à virevolter autour de son enthousiaste cavalier pour lui prêter attention – il y en avait au moins une qui passait une bonne soirée.
La Bièraubeurre commençait à agir dans son organisme et les idées de Megan manquaient de cohérence elle était en colère contre Kevan, agacée que Hermione ne soit pas disponible alors qu'elle était rentrée avant tout pour elle, agacée par l'attitude de Ron, agacée par l'existence de Potter, et pour couronner le tout, les chuchotements et les regards en coin dans sa direction ne s'étaient toujours pas évanouis. Ayant soudain très chaud et sentant la tête lui tourner, Megan tourna les talons et s'empressa de quitter la Grande Salle pour aller prendre l'air dans le parc. Elle se retrouva aussitôt entourée de massifs et de buissons parmi lesquels serpentaient des chemins bordés de fleurs et de grandes statues de pierre l'eau d'une fontaine ruisselait quelque part et, par endroits, des couples étaient assis sur des bancs sculptés et se regardaient dans le blanc des yeux. Elle suivit un des chemins qui s'enfonçaient parmi les roses et dénicha un petit kiosque déserté, à l'abri des regards. Profitant de cet instant de répit dans le parc méconnaissable, elle alla s'asseoir sur les marches en poussant un long soupir épuisé. Elle avait tellement attendu de revenir enfin à Poudlard, de retrouver enfin ses amis, mais elle ne parvenait pas à se réjouir d'être finalement de retour : trop d'émotions écrasaient son cœur. En cet instant, elle aurait préféré repartir à la recherche de Voldemort et s'éloigner de toutes les querelles adolescentes qui bourdonnaient au château, bien que sa robe et ses chaussures à talons ne s'y prêtaient absolument pas. Elle se surprit à se demander ce que faisait Cal en cet instant, s'il fêtait joyeusement Noël en compagnie de sa famille aimante de Moldus, oublieux des événements des jours passés, ou s'il se creusait la tête pour comprendre pourquoi il ne pouvait se rappeler exactement de ce qu'il avait fait au cours des deux dernières semaines. Au moins, le garçon n'avait pas à porter le poids des actes de Megan, ni à s'inquiéter du retour de Voldemort il n'était qu'un Moldu, en marge des drames du monde magique, qui n'avait à se soucier que de ses résultats scolaires et d'amourettes innocentes, tout en ne pouvant s'empêcher de nourrir une jalousie inavouable envers sa sœur cadette. S'il savait ! La petite Cathy avait bien plus de soucis à se faire, elle était élève de Poudlard, l'école de magie dont le directeur assurait la sécurité d'une manière bien discutable, où trolls, basilics, Détraqueurs et Mangemorts se baladaient en toute liberté.
- Des « raisons familiales » ? Comme si tu avais pu quitter l'école pour aller t'occuper de tes Cracmols, lança une voix familière.
Megan leva les yeux et vit Draco arriver vers elle d'un pas tranquille, élégant dans sa robe faite sur-mesure. Cette simple phrase suffit à lui remonter le moral : Draco avait remarqué son absence et s'était même renseigné à ce sujet !
- Où est-ce que t'étais passée ? ajouta-t-il aussitôt.
La joie de Megan retomba aussitôt pour laisser place à l'agacement : pourquoi ne pouvait-on pas arrêter de lui poser cette question ?
- Dans la Chambre des secrets, tu n'es pas au courant ? répondit-elle sombrement. Pourtant absolument tout le monde en parle.
- Sauf que moi je ne suis pas stupide, répliqua le garçon. Et je ne crois pas non plus que tu étais à Sainte Mangouste.
- J'étais partie chercher Voldemort.
La réponse était sortie toute seule de la bouche de Megan, qui ne s'expliqua pas elle-même pourquoi elle avouait la vérité à Draco, le garçon qui l'avait abandonnée quatre ans auparavant, celui sur lequel elle n'avait plus pu compter du jour au lendemain. Mais lorsqu'elle vit son regard, elle comprit : Draco n'était pas effrayé, il n'était pas en colère, il était seulement surpris. Draco était le seul qui ne l'abandonnerait pas si elle choisissait de changer de camp, il était, au fond, son seul véritable allié au quotidien, malgré un soutien beaucoup trop discret ces quatre dernières années.
- Pourquoi tu as fait ça ? demanda-t-il en se rapprochant.
- Il est en train d'essayer de revenir, expliqua-t-elle le plus naturellement du monde. Je voulais passer un marché avec lui.
- Quel genre de marché ?
- Protéger ceux qui comptent pour moi, en échange de ma loyauté.
Draco hocha lentement la tête il semblait comprendre la démarche, et même trouver l'idée plutôt bonne. Megan ressentit pour lui un élan d'affection tout particulier. Si elle avait fait cet aveu à quiconque d'autre, même aux jumeaux ou à Hermione, ils auraient eu l'air horrifié et ne l'auraient plus jamais regardée dans les yeux, mais Draco était différent.
- Et Dumbledore dans tout ça ? s'interrogea le garçon. Comment tu as fait pour partir sans te faire arrêter, sans qu'il prévienne le ministère ?
- C'est lui qui m'a demandé de partir, je lui ai fait croire que je voulais espionner Voldemort pour lui, alors que c'est pour moi que je suis partie. Comme il sait qui je suis, je m'en suis servie pour lui faire comprendre que personne d'autre que moi ne pourrait espionner Voldemort.
- Ce n'est pas con, admit Draco. Alors tu vas l'aider à revenir ?
- Non, je ne suis pas stupide, et j'ai des comptes à régler avec lui : il a fait tuer mes parents et a essayé de tuer Ginny et Hermione. Mais s'il devait revenir, je saurais me trouver du bon côté.
- Ce sont des Aurors qui ont tués tes parents, rectifia Draco en fronçant les sourcils.
- Non, Lucius et Narcissa mentaient. Je te l'ai déjà dit, il y a deux ans : mes parents se sont détournés avant ma naissance. Pour me récupérer, Voldemort a demandé à des Mangemorts de les tuer. Je ne voulais pas le croire quand Dumbledore me l'a dit, mais ensuite je me suis souvenue de la Marque des Ténèbres au-dessus de la maison.
Draco semblait perturbé. Il avait vécu dans le même mensonge que Megan pendant de longues années, et comprendre pour de bon que ses parents avaient entretenu cette fausse croyance avait de quoi le choquer. Il vint s'asseoir sur l'escalier, à côté de Megan, et fixa le vide, les sourcils froncés. Elle lui avait raconté la vérité au sujet de ses parents au cours de leur deuxième année, mais ils s'étaient disputés et n'avaient pas vraiment eu l'occasion d'en parler.
- Tes parents étaient les meilleurs Mangemorts, se rappela-t-il, on le sait tous. Pourquoi ils auraient changé d'avis ?
- Parce qu'ils ne voulaient pas de cette vie pour moi. Ils ont réussi à me cacher, mais ça leur a coûté la vie, et aujourd'hui je vais peut-être finalement rejoindre Voldemort de moi-même, alors ils seront morts pour rien. Ils ont eu tort de se détourner avant qu'il ne perde ses pouvoirs, il pouvait les protéger, à l'époque. Mes parents n'avaient pas compris qu'il faut toujours être dans le camp des plus puissants.
- Est-ce que tu sais qui les a tués, du coup ?
Megan secoua tristement la tête elle ne le saurait sûrement jamais.
- Et tu as réussi à le retrouver, finalement ? reprit Draco.
- Non, pas encore, soupira Megan. Mais j'ai plusieurs pistes, je vais repartir bientôt, et Dumbledore n'aura qu'à inventer une nouvelle excuse.
Un bruit dans les buissons fit soudain taire la jeune fille. C'était en fait Pansy Parkinson qui arrivait, de toute évidence à la recherche de son précieux cavalier. Lorsqu'elle le vit assis près de Megan, à l'abri des regards, la jalousie traversa aussitôt ses yeux.
- Draco, lança-t-elle. Tu es là.
Apparemment, acquiesça le garçon avec un certain agacement. Je t'avais dit d'aller chercher à boire.
- Il n'y a plus de bouteilles, répliqua Parkinson. Et puis je m'ennuyais.
Megan leva les yeux au ciel : Pansy Parkinson était ce genre de fille qui ne pouvait survivre plus de quelques minutes seule, qui avait constamment besoin de la présence des autres, de l'attention des autres, et tout particulièrement de Draco pour qui elle craquait complètement. Ce dernier se leva, au grand désarroi de Megan. Son regard froid était revenu, et il attendit de s'être éloigné du kiosque pour se retourner et lancer :
- Au fait, Garrow a l'air d'un chien abandonné, c'est assez pitoyable.
Avant qu'il ne se retourne pour repartir vers la Grande Salle avec Parkinson, Megan eut le temps de voir une lueur d'agressivité dans les yeux du garçon, qui réjouit la jeune fille au-delà de toute raison : non seulement Draco s'était renseigné sur Kevan au point de connaître son nom, mais au-delà de ça, il avait l'air jaloux ! Ravie, Megan se releva et emprunta un autre chemin pour retourner dans le château. Parvati et Padma étaient à présent assises à une table éloignée, en compagnie d'un groupe de garçons de Beauxbâtons, Hermione dansait à nouveau avec Krum, et Ron et Potter avaient pris place à une table à l'écart de la piste de danse. Kevan, lui, était attablé en compagnie de Fred et George, et leurs regards se tournèrent vers Megan dès qu'elle passa les portes de la Grande Salle. Kevan se leva aussitôt et se dirigea vers elle.
- Si c'est Collins que tu cherches, elle doit être dans les toilettes avec une horde de filles qui gloussent, lança Megan avec réserve en voyant son petit ami approcher.
- C'est toi que je cherchais, répliqua le garçon. Où est-ce que tu étais encore passée ?
- Tu vas te remettre à bouder si je ne te le dis pas, hein ? s'agaça la jeune fille.
- Les jumeaux m'ont dit que tu ne leur avais pas expliqué non plus où tu étais.
- En effet.
- Alors tu n'en as parlé à personne ?
Comment lui expliquer que seul Draco Malfoy, considéré comme l'un des pires Serpentard, était au courant ? Megan se contenta d'acquiescer d'un bref mouvement de la tête.
- Donc ça n'a rien à voir avec moi, soupira Kevan, les jumeaux avaient raison…
- Évidemment ! s'agaça Megan.
Avant même que la jeune fille ait eu le temps de comprendre ce qu'il se passait, Kevan l'embrassait – intensément, passionnément. Soulagée de voir la soirée se terminer sur une note joyeuse, Megan rendit son baiser à son petit ami, sous les regards ravis des jumeaux Weasley. Mieux encore : un peu plus loin, seule au milieu de la piste de danse, Ally Collins les toisait avec un air furieux et blessé, essayant visiblement de tuer Megan avec son simple regard.
À minuit, enfin, les Bizarr' Sisters cessèrent de jouer. Elles furent saluées par une nouvelle salve d'applaudissements enthousiastes, puis les danseurs commencèrent à quitter la salle. Nombre d'entre eux auraient souhaité que le bal se prolonge, mais Megan n'était pas triste de voir arriver la fin de cette soirée, qui n'avait pas été aussi enchanteresse que le promettait Hermione dans ses lettres. Dans le hall d'entrée, Megan dit à Kevan un au revoir qui se passait de mots tandis que Hermione saluait Krum avant qu'il ne retourne à bord du vaisseau de Durmstrang. Cette dernière lança à Ron un regard glacial puis monta l'escalier de marbre en passant devant lui sans dire un mot, et Megan lui emboîta le pas. Arrivées devant le portrait de la Grosse Dame, les filles trouvèrent cette dernière, accompagnée de son amie Violette, profondément endormie. Hermione, dont les nerfs étaient à vifs, hurla plusieurs fois le mot de passe, et défit violemment ses cheveux lorsqu'elle put enfin entrer dans la salle commune.
- Tu as passé une bonne soirée ? demanda-t-elle à Megan d'un ton sec.
- J'ai connu pire, répondit la jeune fille en se laissant tomber dans un des fauteuils près du feu. Et toi ?
Mais à cet instant, Ron entra dans la salle commune à son tour. En apercevant Hermione, il se figea sur place.
- La ferme, Ronald, lança Megan, sentant venir la tempête.
Mais le garçon ne tint pas compte de son précieux conseil.
- Vicky a passé une bonne soirée ? lança-t-il d'un ton acide.
- Une très bonne soirée, oui ! acquiesça vivement Hermione. Et ne t'avise pas de dire encore un mot.
- Sur ta traîtrise ? compléta Ron avec ardeur.
- Tu n'es vraiment qu'un idiot ! hurla Hermione, emportée par la fureur.
- Ce n'est pas moi qui suis allé au bal avec le champion de Durmstrang ! répliqua Ron en haussant le ton. Je n'arrive vraiment pas à croire que tu y sois allée avec lui ! Et sans rien nous dire !
- Tu réagis tellement stupidement, évidemment que je ne pouvais rien te dire ! Je ne peux pas te faire confiance !
- Quoi ? C'est à moi qu'on ne peut pas faire confiance ? Alors que c'est toi qui fraternises avec Durmstrang ?
À cet instant, Potter entra à son tour dans la salle commune, mais seule Megan le remarqua.
- Si ça ne te plaît pas, tu sais ce qu'il faudra faire, à l'avenir ! cria Hermione.
- Ah ouais ? Et qu'est-ce qu'il faudra faire ?
- La prochaine fois qu'il y aura un bal, tu n'auras qu'à me demander d'y aller avec toi avant que quelqu'un d'autre le fasse à ta place et non pas au dernier moment parce que tu n'auras trouvé personne d'autre.
Ron ouvrit silencieusement la bouche, comme un poisson hors de l'eau, tandis qu'Hermione tournait les talons et montait quatre à quatre l'escalier qui menait au dortoir des filles, suivie par Megan qui poussa un soupir. Ron s'était vraiment comporté comme un idiot, il ne réalisait absolument pas que Hermione aurait mille fois préféré aller au bal avec lui et qu'elle n'avait choisi le célèbre Krum que par dépit, et il réalisait encore moins l'importance que la jeune fille avait donné à cette soirée, et qu'il lui avait fait beaucoup de mal en lui faisant regretter de ne pas avoir plutôt passé Noël auprès de ses parents.
