LE SCOOP DE RITA SKEETER

Le lendemain de Noël, tout le monde se leva très tard. La salle commune de Gryffondor était beaucoup plus calme que ces derniers jours. Les conversations traînaient paresseusement, ponctuées de bâillements. Megan avait mal à la tête à cause de son débit de boisson de la veille, et les cheveux de Hermione étaient de nouveau broussailleux et emmêlés.

Tandis que Megan profitait d'une grasse matinée nécessaire, Hermione et Ron semblaient s'être mis tacitement d'accord pour ne pas reparler de leur dispute. Leurs relations étaient redevenues très amicales, quoique teintées d'un étrange formalisme. Alors qu'ils arpentaient les couloirs du château, Ron mit de côté sa colère pour raconter aux filles avec Potter une conversation gênante qu'ils avaient surprise entre Hagrid et Madame Maxime.

- Ils étaient dans le parc, hier soir, expliqua Potter, sur un banc. Hagrid parlait de ses parents, et il a surtout parlé de sa mère – qui était une géante ! –, il racontait que c'était d'elle qu'il tenait. Et ensuite il a demandé à Madame Maxime de qui elle, elle tenait.

- Et là ils se sont disputés, poursuivit Ron. Elle était outrée qu'il dise qu'elle était une demi-géante, elle disait qu'elle avait seulement une forte ossature. Un demi-géant ! répéta Ron avec ahurissement. Vous vous rendez compte ?

Le garçon avait l'air choqué, mais ce n'était pas le cas des filles.

- On s'en doutait, dit Megan avec un haussement d'épaules.

- On savait qu'il ne pouvait pas être un pur géant parce qu'ils mesurent tous dans les six mètres, précisa Hermione. Mais franchement, je ne comprends pas toutes ces histoires qu'on raconte au sujet des géants. Ils ne peuvent quand même pas être tous épouvantables... C'est le même genre de préjugé qu'on a envers les loups-garous... C'est de l'intolérance, voilà tout.

Apparemment, Ron aurait bien aimé lui lancer une réplique cinglante, mais il ne voulait sans doute pas déclencher une nouvelle dispute et il se contenta de hocher la tête d'un air incrédule pendant qu'Hermione ne le regardait pas.

L'ambiance joyeuse qui avait accompagné le jour de Noël se dissipa rapidement : la plupart des élèves avaient largement négligé leurs devoirs pour la rentrée et se mirent à travailleur fiévreusement à la bibliothèque et dans les salles communes. Megan profita de cette atmosphère studieuse pour mettre de côté sa quête et se plonger dans les cours qu'elle avait manqués, généreusement fournis par Hermione. Celle-ci semblait trouver inconcevable que son amie ait manqué autant de classes et s'inquiétait qu'elle échoue aux examens. Mais Megan ne se souciait pas des examens : même en ne commençant à réviser que la veille, elle n'aurait aucune difficulté à passer. Non, ce qui l'inquiétait réellement, c'était de déterminer la date de son prochain départ. En effet, maintenant qu'elle était revenue à Poudlard et qu'elle pouvait passer du temps avec Kevan, rire avec les jumeaux, plaisanter avec Ron et Hermione, dormir au chaud dans un lit confortable et manger de vrais plats, elle s'imaginait difficilement repartir à travers la Grande-Bretagne sans savoir ce qu'elle y trouverait. Pourtant, elle était si satisfaite par sa nouvelle piste qu'elle mourrait d'envie de la suivre.

Au premier jour du nouveau trimestre, elle ne s'était toujours pas décidée, aussi elle prit ses livres, ses plumes et ses parchemins et suivit le chemin habituel entre les salles de classe, retrouvant avec une certaine satisfaction son quotidien de collégienne. La neige était encore épaisse dans le parc et les vitres des serres étaient recouvertes d'une buée si dense qu'il fut impossible de voir au travers pendant la classe de Botanique. Par ce temps, personne n'avait très envie d'aller au cours de Soins aux créatures magiques. Pourtant, comme le fit remarquer Ron, les Scroutts allaient sans doute les réchauffer agréablement, soit parce qu'il faudrait courir après pour les rattraper, soit parce qu'ils finiraient par mettre le feu à la cabane de Hagrid à force d'exploser de plus en plus fort. Mais lorsqu'ils arrivèrent sur place, ils virent devant la porte une vieille sorcière aux cheveux gris coupés court, avec un long menton recourbé.

- Dépêchez-vous, ça fait cinq minutes que la cloche a sonné, aboya-t-elle, tandis qu'ils s'approchaient d'elle en pataugeant dans la neige.

- Qui êtes-vous ? demanda Ron en la regardant d'un air surpris. Où est Hagrid ?

- Je suis le professeur Grubbly-Plank, répondit-elle sèchement. C'est moi qui vous ferai provisoirement les cours de soins aux créatures magiques.

- Où est Hagrid ? répéta Megan d'une voix forte.

- Il est indisposé, répliqua le professeur d'un ton brusque.

Un petit rire retentit derrière eux : Draco et les autres élèves de Serpentard venaient d'arriver. Ils avaient l'air enchanté et aucun d'eux ne manifesta la moindre surprise en voyant le professeur Grubbly-Plank. Megan fronça les sourcils : s'était-il passé quelque chose avec Hagrid en son absence, dont ses amis ne lui auraient pas parlé ? Au bal de Noël, il semblait pourtant en pleine forme !

- Par ici, s'il vous plaît, dit le professeur en contournant l'enclos où les immenses chevaux de Beauxbâtons tremblaient de froid, serrés les uns contre les autres.

Megan, Ron, Hermione et Potter la suivirent et jetèrent au passage un coup d'œil vers la cabane de Hagrid. Tous les rideaux étaient tirés. Était-il chez lui, seul et malade ? L'hypothèse était peu vraisemblable : il fallait plus qu'un simple rhume pour obliger le demi-géant à sécher ses propres cours.

- Qu'est-ce qu'il a, Hagrid ? demanda Potter au professeur Grubbly-Plank.

- Ne vous occupez pas de ça, répondit-elle, comme si elle trouvait sa curiosité déplacée.

- Si, justement, je m'en occupe, répliqua le garçon avec ardeur. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Le professeur Grubbly-Plank fit mine de ne pas l'avoir entendu et les emmena plus loin, à la lisière de la forêt. Elle s'arrêta alors devant un arbre auquel était attaché une grande et majestueuse licorne. À sa vue, la plupart des filles poussèrent un « Oooooooohhhh ! » admiratif – pas Megan.

- Qu'est-ce qu'elle est belle ! murmura Lavender Brown. Comment ont-ils fait pour l'attraper ? Il paraît qu'elles sont très difficiles à approcher !

La licorne était d'un blanc si éclatant que la neige autour d'elle paraissait grise. L'air inquiet, elle frappait le sol de ses sabots d'or, rejetant en arrière sa tête dotée d'une unique corne au milieu du front.

- Les garçons, vous restez en arrière ! aboya le professeur Grubbly-Plank.

Elle étendit le bras, heurtant Potter en pleine poitrine. Megan, elle, fit un pas en avant, sa curiosité piquée.

- Les licornes préfèrent la délicatesse féminine. Les filles, mettez-vous au premier rang et faites attention en l'approchant. Allons-y, tout en douceur...

Accompagnée des filles de la classe, le professeur s'avança lentement vers la licorne. Les garçons restèrent en arrière, près de l'enclos des chevaux, et se contentèrent de regarder. Megan n'avait jamais été fascinée par les créatures présentées en cours par Hagrid, sauf à la rigueur les hippogriffes (ils pouvaient voler !), et elle devait reconnaître que le professeur Grubbly-Plank marquait un point en leur faisant découvrir des créatures aussi rares et majestueuses que les licornes.

- Le ministère de la magie classe les licornes dans la catégorie des XXXX, non pas en raison d'une quelconque agressivité, mais parce que les licornes doivent être traitées avec un très grand respect, énonça le professeur tandis que les filles les plus courageuses, comme Megan, allaient caresser l'animal. Ce sont des créatures très timides qui évitent généralement tout contact avec les humains. Les petits sont plus confiants que les adultes, donc plus faciles à approcher, mais celle-ci est adulte.

Désormais, toutes les filles étaient rassemblées autour de l'animal, qui dardait sur elles un regard méfiant.

- On trouve généralement les licornes dans les forêts d'Europe du Nord, donc il n'est pas rare d'en croiser en Écosse, poursuivit le professeur. Cependant, le galop de ces créatures est si rapide et si léger qu'elles sont très difficiles à capturer. Vous écoutez un peu, là-bas ? ajouta-t-elle d'une voix forte à l'adresse des garçons, restés en arrière. Donc, je disais, difficiles à capturer. Les licornes sont recherchées pour leur corne, qui entre dans la composition de nombreuses potions, telle que l'antidote aux poisons courants, mais aussi pour leurs crins, qui sont utilisés comme cœurs de baguettes magiques ou encore comme ingrédients de potions, comme dans la potion de beauté. Dans les baguettes, le crin de licorne produit généralement la puissance magique la plus constante. Ces baguettes sont les plus fidèles et elles restent habituellement très attachées à leur propriétaire d'origine, qu'il s'agisse ou non d'un sorcier accompli. L'inconvénient majeur de ces baguettes est que le crin de licorne ne donne pas une très grande puissance, bien que les fabricants tâchent souvent de compenser ce défaut grâce au bois de la baguette. De plus, elles sont portées à la mélancolie si on les malmène gravement, ce qui signifie que le crin peut « mourir » et qu'il faut alors le remplacer. Enfin, les licornes sont aussi recherchées pour leur sang, qui a de grandes propriétés curatives, mais dont la commercialisation est interdite en raison de sa dangerosité.

Megan se rappelât Quirrell, qui avait été surpris à boire du sang de licorne quatre ans plus tôt, pour redonner des forces à Voldemort. D'après le centaure Firenze, celui qui s'en abreuvait devenait maudit, n'avait plus qu'une « demi-vie ». Mais Grubbly-Plank devait ignorer cette partie de l'histoire, ce n'était pas le genre de choses dont on parlait à un professeur qu'on venait d'embaucher.

- J'espère qu'elle va rester comme prof, celle-là ! dit Parvati Patil à la fin du cours. Ça ressemble beaucoup plus à ce que devrait être un cours de Soins aux créatures magiques... avec des vraies créatures, comme les licornes, pas des monstres...

- Et Hagrid ? dit Potter avec colère, tandis qu'ils montaient les marches du château.

- Eh bien, quoi ? répondit Patil d'une voix dure. Il peut toujours être Garde-chasse, non ?

- Je suis sûre que Hagrid en sait tout aussi long sur les licornes, lança Megan, soucieuse de défendre son ami demi-géant.

- En tout cas, c'était un excellent cours, dit Hermione lorsqu'ils arrivèrent dans le hall d'entrée. J'ignorais la moitié de tout ce que nous a dit le professeur Grubbly-Plank sur les lic...

- Regardez ça ! gronda Potter en lui mettant sous le nez la Gazette du Sorcier.

Megan se pencha par-dessus l'épaule de son amie. C'était un article accompagné d'une photo de Hagrid, qui avait le regard extrêmement fuyant.

L'ERREUR GÉANTE DE DUMBLEDORE

Albus Dumbledore, l'excentrique directeur de l'école de sorcellerie de Poudlard, n'a jamais hésité à confier des postes d'enseignant à des personnages très controversés, écrit notre envoyée spéciale Rita Skeeter. Au mois de septembre dernier, il a ainsi engagé, comme professeur de défense contre les forces du Mal, Alastor Maugrey, dit « Fol Œil », l'ex-Auror dont la réputation de maniaque de la baguette magique n'est plus à faire. Une décision qui a fait lever plus d'un sourcil au ministère de la Magie, compte tenu de la tendance bien connue de Maugrey à attaquer férocement quiconque a le malheur de faire un mouvement un peu brusque en sa présence. Pourtant, Maugrey Fol Œil nous paraît fort aimable et doué d'un grand sens des responsabilités, comparé au personnage à demi humain qui a été chargé par Dumbledore d'assurer les cours de soins aux créatures magiques. Rubeus Hagrid, qui avoue avoir été expulsé de Poudlard au cours de sa troisième année d'études, occupe depuis cette date les fonctions de Garde-chasse de l'école, un poste — ou plutôt une sinécure — créé spécialement pour lui par Dumbledore. L'année dernière, cependant, Hagrid a usé de sa mystérieuse influence sur le directeur de Poudlard pour se faire attribuer une fonction supplémentaire, celle de professeur de soins aux créatures magiques, en dépit des nombreux candidats mieux qualifiés qui auraient pu assurer cette charge.

La silhouette massive et peu rassurante, le regard cruel, Hagrid a profité de cette autorité nouvellement acquise pour plonger dans la terreur les jeunes gens qui lui sont confiés, en les obligeant notamment à subir les attaques d'une succession de créatures particulièrement horrifiantes. Pendant que Dumbledore fermait les yeux, plusieurs élèves de Hagrid ont été blessés, parfois même mutilés, en suivant ces cours qui, de l'aveu de certains, sont « proprement effrayants ».

« J'ai été attaqué par un hippogriffe et mon ami Vincent Crabbe a été mordu par un Veracrasse, nous a déclaré Draco Malfoy, un élève de quatrième année. Tout le monde déteste Hagrid, mais nous avons trop peur pour dire quoi que ce soit. »

Hagrid n'a cependant aucune intention de mettre un terme à sa campagne d'intimidation. Au cours d'une conversation avec un reporter de la Gazette du Sorcier, le mois dernier, il a reconnu qu'il élevait des créatures auxquelles il a donné le nom de « Scroutts à pétard », un très dangereux croisement entre des Manticores et des crabes de feu. La création de nouvelles espèces de créatures magiques est, bien entendu, une activité que le Département de contrôle et de régulation des créatures magiques surveille habituellement de très près. Mais il semble que Hagrid ne se sente nullement concerné par de telles restrictions.

« Je voulais simplement m'amuser un peu », a-t-il déclaré avant de changer précipitamment de sujet. Comme si ce n'était pas suffisant, la Gazette du Sorcier a désormais la preuve que Hagrid n'est pas – comme il l'a toujours prétendu – un sorcier de pure souche. Il n'est d'ailleurs même pas un humain de pure souche. Sa mère, nous pouvons aujourd'hui le révéler en exclusivité, n'est autre que la géante Fridwulfa, dont on ignore où elle se trouve actuellement.

Brutaux, assoiffés de sang, les géants se sont tellement entre-tués au cours du siècle dernier que leur espèce a fini par s'éteindre. Les quelques individus qui subsistaient ont rejoint les rangs de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-le-Nom et ont été responsables des plus effroyables tueries de Moldus qui ont eu lieu sous son règne de terreur. Alors que la plupart des géants qui s'étaient mis au service de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-le-Nom étaient tués par les Aurors en lutte contre les forces du Mal, Fridwulfa, elle, parvenait à s'échapper. Il est possible qu'elle se soit réfugiée dans l'une des communautés de géants qui existent encore dans les montagnes de certains pays étrangers. Quoi qu'il en soit, si l'on en juge par les extravagances de ses cours de soins aux créatures magiques, il semblerait que le fils de Fridwulfa ait hérité du tempérament brutal de sa mère. Curieusement, on dit que Hagrid aurait noué d'étroits liens d'amitié avec le garçon qui a mis fin au pouvoir de Vous-Savez-Qui – obligeant ainsi la propre mère de Hagrid, ainsi que tous les autres partisans de Vous-Savez-Qui, à s'enfuir ou à se cacher. Harry Potter ignore peut-être la vérité sur son « grand » ami – mais Albus Dumbledore a sans nul doute le devoir de veiller à ce que Harry Potter, tout comme ses condisciples, soit averti des dangers que présente la fréquentation des demi-géants.

Megan fronça les sourcils.

- Comment cette horrible bonne femme a-t-elle fait pour savoir ça ? s'exclama Hermione, interdite. Tu ne crois quand même pas que c'est Hagrid qui le lui aurait dit ?

- Non, répondit Potter.

Il les précéda dans la Grande Salle et se laissa tomber sur une chaise à la table des Gryffondor, l'air furieux.

- Même à nous, il n'en a jamais parlé. Elle devait être tellement folle de rage qu'il ne lui dise pas des tonnes d'horreurs sur moi quand elle l'a « interviewé » qu'elle a dû se venger en fouinant partout pour trouver quelque chose sur lui.

- Peut-être qu'elle l'a entendu parler à Madame Maxime pendant le bal, suggéra Hermione à voix basse.

- On l'aurait vue dans le jardin ! fit remarquer Ron. De toute façon, elle n'a plus le droit de revenir à l'école. Hagrid a dit que Dumbledore lui avait interdit de remettre les pieds ici...

- Elle a peut-être une cape d'invisibilité, dit Potter.

Il tremblait tellement de colère qu'il répandit de la sauce partout en se servant de la fricassée de poulet.

- Exactement le genre de choses qu'elle pourrait faire, se cacher derrière des buissons et écouter ce que racontent les gens.

- Comme toi et Ron, par exemple ? suggéra Megan.

- Nous, on n'essayait pas d'entendre ce qu'il disait ! protesta Ron indigné. On n'avait pas le choix ! L'imbécile ! Parler de sa mère géante alors que n'importe qui pouvait l'entendre !

- Il faut aller le voir, décréta Potter. Ce soir, après la classe de Divination. Lui dire qu'on veut qu'il reprenne ses cours... Tu veux qu'il reprenne ses cours, non ? lança-t-il à Hermione.

- Je... oh, bien sûr, je n'irai pas jusqu'à affirmer que ce n'était pas une bonne chose d'avoir un vrai cours de Soins aux créatures magiques, pour une fois – mais... oui, oui, bien entendu, je veux que Hagrid revienne, sans aucun doute ! s'empressa d'ajouter Hermione, cédant au regard furieux de Potter.

Ce soir-là, après dîner, tous les quatre sortirent donc du château une fois de plus et traversèrent la pelouse gelée pour aller voir Hagrid dans sa cabane. Ils frappèrent à la porte, déclenchant les aboiements tonitruants de Fang.

- Hagrid, c'est nous ! cria Potter en cognant à grands coups. Ouvrez !

Il n'y eut pas de réponse. Ils entendaient Fang gémir et gratter derrière la porte, mais elle ne s'ouvrit pas. Ils continuèrent à frapper pendant une bonne dizaine de minutes et Ron alla même taper au carreau d'une des fenêtres, mais sans plus de succès.

- Pourquoi est-ce qu'il refuse de nous voir ? se lamenta Hermione lorsque, après avoir fini par abandonner, ils reprirent le chemin du château. Il n'irait quand même pas penser qu'on attache de l'importance à cette histoire de géant ?

Mais Hagrid, lui, y attachait de l'importance. Pendant toute une semaine, il ne donna pas signe de vie. Il n'apparaissait pas à la table des professeurs au moment des repas, ils ne le voyaient pas dans le parc, occupé à ses besognes de Garde-chasse, et le professeur Grubbly-Plank continuait d'assurer les cours de Soins aux créatures magiques. Chaque fois qu'il en avait l'occasion, Draco ne manquait pas de lancer quelques-unes de ses plaisanteries :

- Alors, il vous manque votre copain métis ? murmurait-il sans cesse, après s'être assuré qu'il y avait un professeur à proximité pour ne pas risquer de représailles. Il vous manque, l'homme éléphant ?

Megan n'accordait aucun crédit à ces piques lancées par le garçon, elle gardait le souvenir de leur conversation le soir de Noël, de sa jalousie envers Kevan, et rien ne pourrait obscurcir le bonheur que ces moments lui avaient procuré. Draco non plus n'avait pas oublié, puisqu'il revint vers la jeune fille en fin de semaine, alors qu'elle faisait ses devoirs dans une salle de classe vide.

- Comment tu préférerais qu'on t'appelle ? lança-t-il en entrant dans la pièce. La princesse des Ténèbres ? L'Héritière des Ténèbres ?

Il faisait de toute évidence référence au projet que Megan avait de rejoindre Voldemort. Draco était la seule personne à qui elle pouvait en parler, et ce fut avec plaisir qu'elle se détourna de ses devoirs.

- L'Héritière, plutôt.

Elle ne se voyait absolument pas comme une princesse. Voldemort avait voulu faire d'elle son bras droit, mais finalement s'il ne revenait pas au pouvoir, elle serait la seule à détenir sa puissance, le surnom serait alors justifié – bien que personne ne l'appellerait jamais ainsi, elle en était consciente.

- Tu es sûre qu'il va revenir ? demanda Draco en s'asseyant sur une table, en face d'elle.

- Je suis sûre qu'il va essayer.

- S'il réussit, tout va changer.

- Ton père y perdrait, non ?

Lucius avait renié son allégeance au Seigneur des Ténèbres après la défaite de celui-ci, et il ne serait pas fier face à son ancien maître.

- Mon père saurait retrouver grâce aux yeux de Tu-Sais-Qui, affirma fièrement Draco.

- Ça ne te fait pas peur ? Que tout change ? De devenir ouvertement Mangemort ?

Draco haussa les épaules d'un air tranquille, mais Megan le connaissait suffisamment pour lire l'incertitude et la crainte dans ses gestes. Il était plus facile de se pavaner dans le souvenir de la terreur qui régnait lors de l'apogée de Voldemort que d'imaginer vivre à une telle époque. Draco n'était pas un assassin, la jeune fille le savait, et le monde deviendrait trop noir pour lui. Il n'était pas prêt.

- Ce serait une autre époque, affirma-t-il. Tu n'aurais plus à être à Gryffondor. Potter serait mort. Dumbledore ne ferait plus sa loi ici.

- Vu comme ça, c'est très tentant, admit-elle. Mais tu sais que je ne vais pas l'aider. Je veux juste assurer mes arrières et celles de mes amis.

Cette allégation sembla rassurer quelque peu le garçon : son monde n'allait pas changer immédiatement.

- Tu repars quand ?

- La semaine prochaine, je pense. Je profite juste encore un peu du confort du château. J'ai dû faire à manger !

Draco sembla impressionné lui non plus n'avait jamais eu de tâche d'intérieur à accomplir, trop habitué à être servi par un elfe.

- Vous avez trouvé quelqu'un pour remplacer Dobby, au fait ?

- Ouais, un autre, plus vieux, « Harry ». Mon père l'a trouvé dans un marché aux elfes sur l'allée des Embrumes, il a dû dépenser une vraie fortune ! Potter nous le paiera un jour pour l'avoir fait délivrer !

Draco devait sûrement ignorer que Dobby travaillait désormais aux cuisines de Poudlard, et Megan préféra taire cette information – elle n'avait aucune affection pour la créature, mais elle ne voulait pas faire de peine à Hermione.

- Quelle importance ? préféra-t-elle répondre. Vous avez un nouvel elfe, donc vous vous en fichez. Dobby n'était même pas vraiment doué pour le ménage. Et puis... Harry ?

Megan et Draco échangèrent un rire mesquin, et cette complicité remplit la jeune fille de joie. Puis cet instant s'évanouit. La sonnerie retentit dans le couloir le dernier cours de l'après-midi était terminé, les élèves allaient se diriger vers la Grande Salle pour le dîner. Draco sauta au bas de sa chaise, ne souhaitant certainement pas être vu en compagnie d'une Gryffondor. Megan le regarda s'éloigner en silence, ne pouvant s'empêcher de penser qu'elle serait capable de finalement aider Voldemort à reprendre le pouvoir si cela lui permettait de retrouver sa complicité avec le garçon.

Après le dîner, Megan monta seule rejoindre le dortoir. Hermione était à la bibliothèque, et Patil et Brown dans la salle commune. La jeune fille n'eut donc pas à répondre à une foule de questions lorsqu'un hibou se percha au bord de la fenêtre pour lui apporter une lettre de Sirius.

Megan,

Explique-moi comment Peter pourrait t'aider ? Et t'aider à quoi exactement ? Evidemment que nous espionnons toujours l'un pour l'autre, mais je n'ai aucune nouvelle de lui depuis qu'il s'est enfui l'an dernier. En revanche, Harry m'a fait savoir que tu as disparu. Alors je m'inquiète ! Où est-ce que tu es ? Est-ce que tu vas bien ? Est-ce que tout ça a un rapport avec Peter ? Est-ce que je vais vraiment devoir le tuer, cette fois ?

Réponds-moi vite,

Sirius.

Megan fut touchée de l'attention du parrain de Potter : il s'inquiétait pour elle ! Pourtant ils n'étaient rien l'un pour l'autre, si on excluait le fait qu'elle avait concouru à lui sauver la vie l'année précédente. Plus encore, elle fut surprise que Potter ait parlé de sa disparition à Sirius. Ce serait-il inquiété, lui aussi ? C'était ridicule, ils ne s'aimaient pas ! Si le garçon avait disparu du jour au lendemain, elle et Malfoy auraient organisé une fête dans la tour d'astronomie.

Sirius,

Comme précisé dans ma dernière lettre, je ne peux pas te dire pourquoi j'avais besoin de l'aide de Pettigrew, mais malgré lui il m'a fourni de précieuses informations. Sinon, je vais bien, je suis rentrée à Poudlard, j'ai juste eu une urgence familiale. Ne va pas chercher Wormtail, il n'a encore rien fait. Mais crois-moi si je te dis qu'il doit sûrement être avec Voldemort en ce moment-même, à chercher un moyen de le faire revenir au pouvoir pour être dans ses bonnes grâces.

Garde l'œil ouvert,

Megan.

Le hibou, qui était allé grignoter les friandises d'Eleyna dans la cage en l'absence de la chouette, revint vers la jeune fille. Elle ficela la lettre à sa patte et le porta jusqu'à la fenêtre. Elle ne savait pas où se cachait Sirius en ce moment, mais elle était certaine qu'il n'était pas loin, prêt à surgir à Poudlard pour défendre son filleul d'une quelconque menace.

Une sortie à Pré-au-lard était prévue vers le milieu du mois de janvier. Hermione se montra surprise lorsque Potter leur annonça qu'il avait l'intention d'y aller.

- Je pensais que tu voudrais profiter du calme de la salle commune, dit-elle. Il faut absolument que tu réfléchisses à ce que signifie cet œuf.

- Oh, je crois que j'ai une idée sur la question, affirma le garçon.

- Vraiment ? dit Hermione, impressionnée. Bravo !

Avec sa quête et la disparition de Hagrid, Megan avait oublié le Tournoi des Trois Sorciers et l'énigme que posait l'œuf d'or. Il restait cinq semaines à Potter avant la deuxième tâche, et elle ignorait où il en était.

- Merci, marmonna Potter en fuyant le regard de sa meilleure amie. Je veux aller à Pré-au-lard parce qu'on pourrait y croiser Hagrid et le convaincre de revenir.

Megan hocha la tête, c'était une idée de Potter, mais c'était une bonne idée.

Le samedi, les quatre camarades quittèrent le château et traversèrent le parc humide et froid en direction du grand portail. Lorsqu'ils passèrent devant le vaisseau de Durmstrang amarré sur le lac, ils virent Viktor Krum apparaître sur le pont, vêtu d'un simple maillot de bain. Sans ses fourrures, il était très maigre, mais apparemment beaucoup moins fragile qu'il ne le paraissait car il monta sur le bastingage du navire, tendit les bras au-dessus de sa tête et plongea dans l'eau.

- Il est fou ! s'exclama Potter en voyant la tête de Krum émerger au milieu du lac. Il doit faire un froid glacial, on est en janvier !

- Il fait beaucoup plus froid chez lui, fit remarquer Hermione. L'eau d'ici doit lui paraître tiède.

- Oui, mais il y a quand même le calmar géant, dit Ron.

Ce n'était pas l'inquiétude qui perçait dans sa voix, mais plutôt l'espoir. Hermione s'en rendit compte et fronça les sourcils.

- Il est très sympathique, tu sais, dit-elle. Pour quelqu'un qui vient de Durmstrang, il est très différent de ce qu'on pourrait penser. Il m'a dit qu'il se trouvait beaucoup mieux ici.

Ron ne répondit rien. Il n'avait plus parlé de Viktor Krum depuis le soir du bal, mais il était évident que le garçon avait depuis une dent contre le champion de Quidditch.

Les quatre élèves parcoururent la grand-rue du village, recouverte de gadoue, mais il n'y avait nulle part trace de Hagrid. Potter suggéra d'aller faire un tour aux Trois balais, et Megan s'empressa de suivre cette idée, frigorifiée. Le pub était aussi bondé que d'habitude, mais Hagrid ne s'y trouvait pas. Le petit groupe se fraya un chemin jusqu'au bar et commanda quatre Bièraubeurres à Madame Rosmerta.

- Il n'est donc jamais à son bureau, celui-là ? murmura soudain Megan, les dents serrées. Regardez !

Elle montra le miroir derrière le bar où se reflétait Ludo Bagman, assis dans un coin sombre de la salle en compagnie d'une bande de gobelins. Le directeur parlait très vite et à voix basse aux créatures qui l'écoutaient les bras croisés, l'air plutôt menaçant. Sa présence aux Trois Balais en ce week-end était difficile à justifier : il n'avait aucune épreuve à juger dans le Tournoi, pourquoi n'était-il pas au ministère, ou même chez lui ? Il avait l'air tendu, comme lorsque les jumeaux venaient lui parler de sa dette envers eux. Brusquement, Bagman tourna les yeux vers le bar, aperçut Potter, et se leva aussitôt pour le rejoindre, son visage juvénile à nouveau souriant.

- Harry ! s'exclama-t-il. Comment vas-tu ? J'espérais justement te voir ! Alors, tout va bien ?

- Très bien, merci, répondit le garçon.

- J'aurais voulu te dire un mot en particulier, reprit Bagman d'un air impatient. Je peux vous demander de nous laisser un instant, tous les trois ?

Megan n'avait pas l'intention de le laisser faire quoi que ce soit, même avec Potter – elle préférerait lui parler de ses problèmes d'argent –, mais Hermione acquiesça et l'entraîna avec Ron à la recherche d'une table. Bagman traîna Potter tout au bout du bar, le plus loin possible de Madame Rosmerta.

- Qu'est-ce qu'il peut bien lui vouloir ? s'interrogea Ron, curieux.

Bagman ne cessait de jeter des coups d'œil vers le miroir pour regarder les gobelins qui fixaient sur eux leurs petits yeux en amande. Avait-il des comptes à régler avec eux aussi ? L'homme éclata d'un rire bref et sonore, mais Potter ne semblait pas amusé.

- Cette table est vide, leur indiqua Hermione en désignant le fond de la salle.

- Pourquoi est-ce qu'il ne voulait pas lui parler devant nous ? insista Ron.

Bagman était à présent penché vers Potter, comme s'il lui murmurait quelque chose. Quel secret l'homme pouvait-il bien être en train de confier au garçon ? Soudain, les jumeaux Weasley arrivèrent à la hauteur du directeur.

- Bonjour, Mr Bagman, lança Fred d'une voix claironnante. Nous permettrez-vous de vous offrir un verre ?

Il dut refuser car les jumeaux eurent soudain l'air déçu. Rapidement, Bagman quitta le pub, aussitôt suivi par les gobelins tandis que Potter allait rejoindre les trois autres.

- Qu'est-ce qu'il voulait ? demanda Ron dès qu'il se fut assis.

- Il a proposé de m'aider pour l'œuf d'or.

- Il n'a pas le droit de faire ça ! s'indigna Hermione tandis que Megan levait les yeux au ciel. C'est un des juges ! Et de toute façon, tu as déjà trouvé, non ?

- Heu... presque, répondit Potter.

Megan fronça les sourcils le garçon n'avait pas l'air très convaincant.

- Je ne pense pas que Dumbledore serait très content s'il savait que Bagman a voulu t'inciter à tricher ! dit Hermione d'un air réprobateur. J'espère qu'il essaye aussi d'aider Cedric !

- Non, je lui ai déjà posé la question.

- En quoi ça nous intéresse que Cedric se fasse aider ? dit Ron.

Potter approuva silencieusement, mais Megan ne put s'empêcher de répliquer :

- Pourquoi tu t'acharnes comme ça sur lui ? Il est aussi Champion de Poudlard et il ne t'a rien fait !

Préférant ne pas relancer le débat sur le but du Tournoi, Ron se contenta de hausser les épaules et de vider son verre sous les regards agacés de ses deux meilleures amies.

- Ces gobelins n'avaient pas l'air très amicaux, fit remarquer Hermione après avoir bu une gorgée de sa Bièraubeurre. Qu'est-ce qu'ils faisaient là ?

- D'après Bagman, ils cherchaient Crouch, répondit Potter. Il est toujours malade. Il n'est pas retourné travailler.

- Peut-être que Percy essaye de l'empoisonner, suggéra Ron. Il doit penser que si Crouch se retrouve six pieds sous terre, il pourra prendre sa place comme directeur du Département de la coopération magique internationale.

Hermione lança à Ron un regard du genre « On-ne-plai-sante-pas-avec-ces-choses-là » et dit :

- C'est drôle que des gobelins cherchent Mr Crouch... Normalement, ils devraient plutôt avoir affaire au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques.

- Crouch parle toutes sortes de langues, se rappela Potter. Ils ont peut-être besoin d'un interprète.

Megan hocha lentement la tête, elle aurait été surprise que ce soit réellement le motif de leur présence, Bagman avait l'air bien trop tendu.

- Alors, on se fait du souci pour ces pauvres petits gobelins, maintenant ? demanda Ron à Hermione. Tu pourrais peut-être fonder le R.A.G.E. ou quelque chose comme ça ? Rassemblement pour l'Assistance aux Gobelins Exploités ?

- Ha, ha, ha ! Très drôle, répliqua Hermione d'un ton sarcastique. Figure-toi que les gobelins n'ont pas besoin de protection. Tu n'as donc pas écouté ce que le professeur Binns nous a dit sur les révoltes de gobelins ?

- Non, répondirent Ron et Potter d'une même voix.

- Eh bien, ils sont tout à fait capables de faire face aux sorciers, affirma Hermione.

Elle but une nouvelle gorgée de Bièraubeurre.

- Ils sont très intelligents, poursuivit-elle. Pas comme les elfes de maison qui sont incapables de défendre leurs propres intérêts.

- Tiens, tiens, dit Ron en regardant vers la porte.

Rita Skeeter venait de faire son entrée dans la salle, accompagnée de son photographe bedonnant. Ce jour‑là, elle portait une robe jaune banane et ses ongles très longs étaient recouverts d'un vernis rose vif. Elle alla chercher des consommations au bar et tous deux se frayèrent un chemin parmi la foule pour aller s'asseoir à une table proche, sous le regard noir de Megan, Ron, Hermione et Potter. Elle parlait vite et semblait très satisfaite de quelque chose.

- ... n'avait pas l'air très content de nous rencontrer, tu ne trouves pas, Bozo ? Pour quelle raison, à ton avis ? Et qu'est-ce qu'il fabrique avec une bande de gobelins accrochés à ses basques ? Il dit qu'il leur fait visiter le village... Quelle idiotie... Il a toujours été incapable de mentir convenablement. Tu crois qu'il mijote quelque chose ? On devrait peut-être faire notre petite enquête ? Imagine un peu : Déshonneur pour l'ex-directeur des sports magiques, Ludo Bagman... Pas mal comme accroche, tu ne trouves pas ? Il suffit de dénicher une histoire qui aille avec...

- Vous essayez encore de briser la vie de quelqu'un ? lança Potter d'une voix forte.

Quelques personnes tournèrent la tête vers lui. Lorsque Rita Skeeter le reconnut, ses yeux s'écarquillèrent derrière ses lunettes incrustées de pierres précieuses.

- Harry ! s'exclama-t-elle avec un grand sourire. C'est merveilleux ! Pourquoi ne viens-tu pas te joindre à...

- Je ne m'approcherais pas de vous-même avec un balai de trois mètres, répliqua le garçon, furieux. Pourquoi est-ce que vous avez fait ça à Hagrid ?

Rita Skeeter haussa ses sourcils soulignés d'un épais trait de crayon.

- Nos lecteurs ont le droit de connaître la vérité, Harry, je ne fais que mon...

- Qui s'occupe qu'il soit un demi-géant ? S'exclama Megan en dardant sur Rita Skeeter un regard assassin. Il n'y a que vous que ça intéresse !

Le pub était devenu soudain silencieux. Derrière le bar, Madame Rosmerta les observait sans se rendre compte que la cruche qu'elle était en train de remplir d'hydromel débordait. Le sourire de Rita Skeeter sembla s'effacer légèrement puis s'élargit à nouveau, comme si elle l'avait raccroché à ses lèvres. Elle ouvrit d'un coup sec son sac en peau de crocodile et en sortit sa Plume à Papote.

- Et si tu me parlais un peu du Hagrid que tu connais, Harry ? dit-elle d'un air affable. De l'homme qui se cache derrière les muscles ? Des raisons de votre amitié si improbable ? Est-ce que c'est un substitut du père, pour toi ?

Hermione se leva d'un bond, la main crispée sur son verre de Bièraubeurre comme s'il s'agissait d'une grenade.

- Vous êtes horrible ! jura-t-elle entre ses dents serrées. Vous n'avez aucune considération pour personne, tout ce qui compte pour vous, c'est de trouver quelque chose à écrire sur n'importe qui. même sur Ludo Bagman...

- Assieds-toi donc, espèce de petite sotte et ne parle pas sans savoir, répliqua froidement Rita Skeeter, avec un regard féroce. Je pourrais te raconter sur Ludo Bagman des choses à te faire dresser les cheveux sur la tête... Ce qui leur ferait peut-être du bien, ajouta-t-elle en regardant la tignasse d'Hermione.

- Avisez-vous encore une seule fois de l'insulter et ce sera la dernière chose que vous ferez ! lança Megan en adressant à Rita Skeeter un regard effrayant, ses yeux virant au noir.

La journaliste regarda Megan d'un air inquiet, puis Hermione les entraîna à l'extérieur du bar, tous quatre suivis du regard par les autres clients.

- Maintenant, c'est à toi qu'elle va s'en prendre, Hermione, dit Ron d'un air inquiet tandis qu'ils remontaient la rue d'un pas vif. Toi au moins, Megan, tu lui as fait peur...

- Qu'elle essaye ! s'écria Hermione d'une voix perçante, en tremblant de rage. Je vais lui montrer, moi ! Il paraît que je suis une petite sotte ? Très bien, elle va me le payer ! D'abord Harry, puis Hagrid...

- Il ne faut pas mettre Rita Skeeter en colère, insista Ron, mal à l'aise. Je parle sérieusement, Hermione, elle va dénicher quelque chose sur toi...

- Mes parents ne lisent pas la Gazette du Sorcier, elle ne me fait pas peur et je n'irai pas me cacher ! assura Hermione en marchant avec Megan à si grandes enjambées que Ron et Potter avaient du mal à les suivre.

La dernière fois que Hermione avait été dans une rage semblable, elle avait giflé Draco.

- Et Hagrid ne va pas se cacher non plus ! Il n'aurait jamais dû se laisser impressionner par cette pâle imitation d'être humain ! Allez, dépêchez-vous !

Elle les entraîna au pas de course le long de la route, franchit le portail encadré de sangliers ailés et ne s'arrêta que lorsqu'ils furent arrivés devant la cabane de Hagrid. Les rideaux étaient toujours tirés, mais ils entendirent Fang aboyer.

- Hagrid ! Cria Hermione, en martelant la porte à coups de poing. Hagrid, ça suffit ! Nous savons que vous êtes là ! Vous n'allez quand même pas vous laisser faire par cette horrible Rita Skeeter ! Hagrid, sortez de là, vous êtes en train de...

La porte s'ouvrit.

- Il était t..., dit Hermione qui s'interrompit aussitôt en se retrouvant face à face avec Albus Dumbledore.

- Bonjour, dit-il avec un grand sourire.

- Nous... heu... nous voulions voir Hagrid, dit Hermione d'une voix devenue soudain timide.

- Oui, c'est ce que j'avais cru comprendre, répondit Dumbledore, le regard pétillant. Mais pourquoi restez-vous dehors ? Entrez donc.

- Ah... heu... oui, d'accord, balbutia Hermione.

Elle entra dans la cabane, suivie des trois autres. Lorsqu'il vit Potter, Fang se jeta sur lui en aboyant comme un fou et essaya de lui lécher les oreilles, mais le regard de Megan fut attiré par la masse sombre assise – ou plutôt affalée – à la table de la cabane. Hagrid paraissait anéanti. Il avait le visage marbré, les yeux gonflés et ses cheveux n'avaient jamais été aussi hirsutes. On aurait dit un enchevêtrement de fils de fer.

- Bonjour, Hagrid, dit Potter.

Hagrid leva les yeux vers lui.

- 'jour, répondit-il d'une voix très rauque.

- Je crois qu'il va falloir refaire un peu de thé, commenta Dumbledore en refermant la porte.

Il sortit sa baguette magique et la remua d'un geste négligent. Aussitôt, un plateau à thé apparut dans les airs ainsi qu'une assiette de gâteaux. Le plateau se posa de lui-même sur la table et tout le monde s'assit.

- Est-ce que par hasard vous avez entendu ce que Miss Granger a crié tout à l'heure, Hagrid ? demanda Dumbledore après un instant de silence.

Hermione rosit légèrement, mais Dumbledore lui adressa un sourire et poursuivit :

- À en juger par la façon dont ils ont essayé de défoncer la porte, Hermione, Harry, Ronald et Meganna ont toujours envie de vous voir.

- Parce que vous pensiez qu'on accordait la moindre importance au torchon qu'a écrit cette vieille goule ? lança Megan, sans se sentir gênée par la présence du directeur.

- Enfin, Hagrid, renchérit Hermione, comment pouvez-vous penser que nous attachons la moindre importance à ce que ce vautour a écrit sur vous ?

Deux grosses larmes jaillirent des yeux noirs de Hagrid et coulèrent lentement dans sa barbe en broussaille.

- Voilà la preuve vivante de ce que je vous disais, Hagrid, commenta Dumbledore, qui fixait attentivement le plafond. Je vous ai montré les innombrables lettres de parents qui se souviennent de leurs années d'école et me font savoir en des termes dénués de toute ambiguïté que, si jamais l'idée me venait de vous renvoyer, ils auraient deux mots à me dire...

- Il y en a d'autres, dit Hagrid d'une voix rauque, d'autres qui ne veulent pas que je reste...

- Écoutez, Hagrid, si vous tenez absolument à susciter une approbation universelle, j'ai bien peur que vous soyez contraint de rester très longtemps enfermé dans cette cabane, répliqua Dumbledore qui le regardait à présent d'un air très sérieux par-dessus ses lunettes en demi-lune. Depuis que je suis devenu directeur de cette école, il ne s'est pas passé une seule semaine sans que je reçoive au moins un hibou pour protester contre la façon dont j'assure cette fonction. Alors, que faudrait-il que je fasse ? Que je me barricade dans mon bureau et que je refuse de parler à quiconque ?

- Vous... vous n'êtes pas un demi-géant ! dit Hagrid d'une voix éraillée.

- Hagrid, regardez qui j'ai comme famille ! s'exclama Potter avec fougue. Regardez un peu les Dursley !

- Judicieuse remarque, fit observer le professeur Dumbledore. Mon propre frère, Alberforth, a fait l'objet de poursuites pour avoir pratiqué des sortilèges interdits sur une chèvre. C'était dans tous les journaux, mais est-ce qu'Alberforth est allé se cacher ? Non, pas du tout ! Il a gardé la tête droite et a vaqué à ses occupations habituelles comme si de rien n'était ! Oh bien sûr, je ne suis pas absolument certain qu'il sache lire, sa bravoure n'avait donc peut-être rien à voir là-dedans...

- Revenez faire vos cours, Hagrid, dit Hermione à voix basse. Revenez, s'il vous plaît, vous nous manquez.

Hagrid avala avec difficulté. Des larmes coulèrent à nouveau dans sa barbe et Dumbledore se leva.

- Je refuse votre démission, Hagrid, et je veux que vous repreniez votre travail lundi prochain, déclara‑t-il. Je vous donne rendez-vous à huit heures et demie dans la Grande Salle pour prendre le petit déjeuner avec moi. Soyez-y sans faute. Je vous salue tous les cinq.

Dumbledore quitta la cabane en s'arrêtant simplement un instant pour caresser Fang. Elle répugnait à l'admettre, mais Megan avait trouvé les paroles du directeur pleines de bon sens. Hagrid enfouit son visage dans ses mains de la taille d'un couvercle de chaudron et se mit à sangloter. Hermione lui tapota le bras et Hagrid finit par relever la tête, les yeux rougis.

- Un grand homme, Dumbledore..., dit-il, un grand homme...

- Ça, c'est vrai, approuva Ron. Est-ce que je pourrais avoir un de ces gâteaux ?

- Sers-toi, dit Hagrid en s'essuyant les yeux d'un revers de main. Il a raison, bien sûr... Vous avez tous raison... J'ai été stupide... Mon vieux père aurait eu honte de ma conduite...

D'autres larmes coulèrent mais il les essuya avec plus de détermination.

- Je ne vous ai jamais montré de photo de mon vieux père, je crois ?

Hagrid se leva et alla ouvrir un tiroir de sa commode d'où il sortit la photo d'un petit sorcier qui avait les mêmes yeux noirs que lui, avec les mêmes petites rides au coin des paupières. Un grand sourire aux lèvres, il était assis sur l'épaule de son fils. Hagrid devait déjà faire près de deux mètres cinquante, à en juger par le pommier qui se trouvait derrière lui, mais son visage était jeune, rond, lisse, imberbe — il ne semblait pas avoir plus de onze ans. Megan ne put s'empêcher de penser au fait que l'homme avait fait un enfant à une géante, ce qui lui amena en tête des images fort déplaisantes.

- Elle a été prise juste après mon entrée à Poudlard, dit Hagrid d'une voix caverneuse. Papa était fou de joie... Il avait peur que je ne sois jamais sorcier, parce que ma mère... enfin bon... Oh, bien sûr, je n'ai jamais été très doué pour la magie... Mais au moins, il n'a pas vécu assez vieux pour me voir renvoyé. Il est mort quand j'étais en deuxième année... C'est Dumbledore qui s'est occupé de moi quand mon père n'était plus là. Il m'a trouvé ce travail de Garde-chasse...

Dumbledore avait donc embauché un enfant, aussi haut soit-il, nota Megan. Enfant qui était à l'époque soupçonné du meurtre d'une de ses camarades de classe.

- Il fait confiance aux gens, Dumbledore..., poursuivait Hagrid avec admiration. Il leur donne une deuxième chance... C'est pour ça qu'il est différent des autres directeurs. Il est prêt à accepter n'importe qui à Poudlard, du moment qu'on est capable de faire quelque chose. Il sait qu'on peut être quelqu'un de bien, même si on vient d'une famille qui n'est pas... disons... très respectable.

En écoutant cet hymne à la gloire d'Albus Dumbledore, Megan avait envie de vomir. Le directeur de Poudlard était loin d'être aussi parfait que le décrivait Hagrid. Oui, il était prêt à accepter n'importe qui à l'école – y compris des Mangemorts et des imposteurs –, mais il forçait la main aux gens, pour en faire ce que lui appelait « quelqu'un de bien ». La jeune fille savait que si elle était entrée à Poudlard, c'était avant tout parce que le vieux fou voulait l'avoir près de lui, pour la surveiller, la manipuler.

- Mais il y en a qui ne comprennent pas ça, poursuivait Hagrid, imperturbable. Ceux qui vous en veulent toujours... Et puis il y a aussi ceux qui essayent de faire croire qu'ils ont simplement de gros os au lieu d'avoir le courage de dire : « Je suis ce que je suis et je n'en ai pas honte. ». « Ne jamais avoir honte, voilà ce qu'il disait, mon vieux père. Il y en a toujours qui te reprocheront quelque chose, mais ils ne valent pas la peine qu'on y fasse attention. » Et il avait raison, je me suis conduit comme un idiot. Je ne ferai plus jamais attention à elle, vous pouvez me croire... Une « forte ossature » ... Eh bien, qu'elle la garde, son ossature...

Ron, Hermione et Potter échangèrent des regards gênés de toute évidence, ils préféreraient emmener en promenade une cinquantaine de Scroutts à pétard plutôt que d'avouer à Hagrid qu'ils avaient surpris sa conversation avec Madame Maxime, mais le professeur continua à parler sans se rendre compte de l'étrangeté des paroles qu'il venait de prononcer :

- Tu sais quoi, Harry ? poursuivit-il en levant les yeux de la photo de son père, le regard brillant. Quand je t'ai vu pour la première fois, tu m'as fait un peu penser à moi. Plus de mère, plus de père et l'impression que tu n'arriverais pas à t'adapter à Poudlard, tu te souviens ? Tu n'étais pas sûr d'être à la hauteur... Et maintenant, regarde-toi, Harry ! Tu es champion de l'école !

Il fixa Potter un long moment, puis reprit d'un ton très sérieux :

- Tu sais ce qui me ferait plaisir, Harry ? Que tu gagnes. C'est vraiment ce que je souhaite. Ça leur montrerait un peu, à tous... qu'on n'a pas besoin d'avoir le sang pur pour y arriver. Et qu'on n'a pas à avoir honte de ce qu'on est. Ça leur montrerait que c'est Dumbledore qui a raison en acceptant tous ceux qui ont des dons pour la magie, d'où qu'ils viennent. Au fait, comment tu t'en sors, avec cet œuf ?

- Bien, assura Potter. Très bien.

Le visage triste de Hagrid s'éclaira d'un grand sourire, coupant à Megan l'envie de lui rappeler que Potter, lui, était le fils de deux sorciers, bien que sa mère soit une mutmag.

- Ça, c'est une bonne nouvelle... Montre-leur un peu, Harry, montre-leur. Sois plus fort que tous les autres.