LE NOUVEAU LIBRAIRE
- J'ai retrouvé sa trace.
Fidèle à ses habitudes, Megan n'avait pas frappé avant d'entrer dans le bureau du directeur de Poudlard. Fidèle aux siennes, Dumbledore observa la jeune fille par-dessus ses lunettes en demi-lune tandis qu'elle prenait confortement place dans le siège qui lui faisait face, et attendit patiemment qu'elle s'explique. Elle se lança alors dans un récit concis de sa semaine, passant directement de Little Hangleton à l'appartement de Bertha Jorkins, prenant le soin de lui exposer sa théorie.
- Vous savez quelle langue on parle en Albanie ? s'enquit-elle en guise de conclusion. L'Albanais. Je ne parle pas un seul mot d'Albanais. Ça va être intéressant comme voyage.
- Tu dis que Voldemort aurait enlevé et torturé Miss Jorkins ? reprit posément Dumbledore. Cela me paraît cohérent.
- Les documents que j'ai trouvés dans le manoir en sont la preuve, acquiesça la jeune fille. Alors ? Vous comptez dénoncer Karkaroff ?
- Le professeur Karkaroff ne pourrait faire face à la justice magique sans de solides preuves, Meganna. Et je me permets d'émettre quelques réserves quant à sa culpabilité.
- Parce qu'il est lâche ? Parce que Voldemort ne pourrait pas se fier à lui ? Certes ! Mais il n'a pas grand monde sous la main, en ce moment, fit observer l'adolescente. Et si ce n'est pas lui, alors qui ? Snape ?
- Le débat quant à l'éventuelle appartenance du professeur Snape aux rangs des Mangemorts est clos. Je lui accorde mon entière confiance.
- Ne jouez pas à ça avec moi, vous savez très bien qu'il a la Marque sur son avant-bras. Je vous rappelle que j'ai quelques contacts chez les Mangemorts. Snape en est un.
- Le professeur Snape en a été un, corrigea le directeur.
- Si ce n'est ni Karkaroff ni Snape, j'aimerais bien savoir qui c'est, répliqua la jeune fille en croisant les bras d'un air buté. Il n'y a pas tant de professeurs ici en qui on ne peut pas avoir confiance. J'imagine mal Flitwick ou Trelawney –
- Rien ne nous prouve qu'un professeur soit impliqué, Meganna. Il se peut par ailleurs que la participation de Harry au Tournoi ne soit qu'une coïncidence, n'est-ce pas ?
- Une coïncidence ? répéta Megan. Vous savez comme moi que ce n'est pas Potter qui a mis son nom dans la Coupe et qu'il fallait être suffisamment dégourdi pour contourner la Limite d'Âge. Et le fait qu'il soit un quatrième champion n'a aucun sens ! Sérieusement, qui avalerait la théorie de la coïncidence ?
Dumbledore hocha lentement la tête en la fixant. Il n'avait pas l'intention de lui dévoiler la moindre information qu'il aurait en sa possession. Il n'était d'aucune aide dans cette enquête.
- L'Albanie, donc, reprit-il après un moment de silence. Quand comptes-tu t'y rendre ?
- Après la deuxième tâche, comme vous me l'avez demandé. Ça me donne un mois pour apprendre l'Albanais.
- Tu devras être rentrée –
- Avant la troisième tâche, je sais, s'agaça Megan. Elle aura lieu en juin, je serais rentrée depuis longtemps !
- Tu ne peux être certaine du temps qu'il te faudra pour retrouver Voldemort. Tu sais cependant qu'une fois hors du Royaume-Uni, tu pourras librement faire usage de la magie, à condition de respecter le Code International du Secret Magique, bien sûr. Il te faudra cependant trouver de quoi manger, et un endroit où dormir.
- J'ai déjà ma petite idée sur la question, balaya Megan en prenant soudain un air furieux. J'en ai une autre plus intéressante : vous saviez qu'Anita était revenue en Angleterre depuis beaucoup plus longtemps qu'on ne me l'a dit, n'est-ce pas ?
- Meganna, voilà encore un sujet clos. J'ai cherché à vous protéger en vous gardant éloignées l'une de l'autre.
- Sauf qu'elle est morte ! s'écria la jeune fille en bondissant de son siège.
- Parce qu'elle a choisi de revenir en Angleterre plutôt que de rester cachée en Irlande comme je le lui avais conseillé, répondit calmement Dumbledore, qui n'avait pas cillé.
- Elle était tout près, et je n'ai pas pu la voir, ou lui parler ! Elle serait morte de toute façon, non ? Voldemort est le sorcier le plus puissant de l'Histoire, rien ne l'aurait empêché de la tuer, en Irlande ou au Groenland ! Mais vous, vous m'avez privée du peu de temps qu'il nous restait, vous nous avez manipulées pour être certain que nous jouions exactement les rôles que vous attendiez de nous ! Maintenant félicitations, je n'aurais plus jamais la possibilité de parler à ma famille.
Le visage rougi de colère et les yeux noirs, Megan recula sans cesser de fixer le directeur, puis fit volte-face et se rua hors du bureau. Dumbledore ne cessait de lui rappeler qu'elle était responsable de la mort d'Anita, de la mort de ses parents. Pourtant Megan n'avait rien demandé : elle n'avait jamais voulu que Voldemort fasse d'elle son héritière, que ses parents choisissent de s'en détourner, ou qu'Anita revienne en Angleterre. Pourtant c'était elle qui, chaque jour, en subissait les conséquences ! Megan ne s'arrêta de courir qu'une fois arrivée au pied de l'escalier qui menait au troisième étage. C'était sa seule consolation. Malgré l'inquiétude qu'il ressentait vis-à-vis de ses parents ou de ses camarades de Serpentard à l'idée qu'on le voit en compagnie d'une Gryffondor, Draco ne l'avait pas laissée tomber. Sous la septième marche, escamotable, celle dans laquelle Neville Longbottom s'était si souvent pris le pied en première année, étaient cachés deux liasses de billets. Deux cents livres et trois cents euros. Le jeune homme avait même pensé aux devises différentes. Il ne restait désormais plus à Megan qu'à se renseigner sur la monnaie d'usage en Albanie.
Les recherches de Ron, Hermione et Potter n'étaient pas fructueuses. Ils eurent beau consacrer leurs heures de déjeuner, leurs soirées et des week-ends entiers à chercher, ils ne trouvèrent rien qui permette au champion de rester une heure sous l'eau et d'en sortir vivant – même dans la Réserve de la bibliothèque, à laquelle ils avaient eu accès grâce à un mot du professeur McGonagall, même après avoir demandé conseil à Madame Pince, l'irritable bibliothécaire à tête de vautour. Potter semblait un peu plus paniqué à chaque jour qui passait. Megan tirait une certaine satisfaction de l'échec cuisant que le garçon allait essuyer. De son côté, elle avait réuni toutes les informations nécessaires à son expédition en Albanie, et s'intéressait désormais à la recherche active d'un nouveau gérant pour la librairie d'Anita, peu désireuse de laisser trop longtemps cette entreprise entre les mains de la sœur indigne de la défunte. Elle avait posté une annonce dans la Gazette du Sorcier, sous le faux nom de Demi Day, prétendue nièce de la propriétaire. De nombreux candidats lui avaient adressé des réponses par hibou, détaillant leurs expériences dans le domaine de la littérature, leur excellent contact avec la clientèle et leur motivation, mais aucun ne paraissait qualifié aux yeux de la jeune fille. La librairie était tout ce qu'il restait d'Anita à Megan, et elle ne la laisserait pas à n'importe qui.
Ce fut le deuxième samedi suivant son retour à Poudlard que Megan trouva enfin la personne qu'elle cherchait. Son propre choix la surprit, mais elle était certaine d'avoir fait le bon. Il aurait à cœur de préserver l'âme du lieu, il déborderait d'enthousiasme, et elle s'imaginait qu'il ferait preuve de loyauté envers elle. Mais pour cela, elle allait devoir lui rendre la mémoire. Avant l'heure du déjeuner, Megan surgit dans le bureau de Dumbledore.
- Il faut que vous m'envoyiez à Killiney Hill, annonça-t-elle.
Le directeur posa sur son élève un regard interrogateur, mais Megan était trop ravie pour prendre le temps de s'expliquer :
- De préférence ce soir, par poudre de Cheminette. Je suis déjà allée dans leur maison. Ce sont des Moldus, mais leur fille est une mutmag, d'ailleurs elle est élève ici. Ils ne devraient pas trop s'alarmer de me voir arriver, enfin ils seront seulement surpris que j'entre par leur cheminée. Au pire ça peut attendre demain mais ça ne m'arrange pas trop, il faudra que j'aille à Stourbridge ensuite, pour que tout se mette en place. Je vais confier le plus gros du boulot à Serena, mais je préfère mettre les choses en route moi-même, après tout c'était moi sa plus proche parente. Elle, elle se chargera de la paperasse, je pense qu'elle n'est bonne qu'à –
- Meganna, la coupa Dumbledore d'une voix calme mais ferme. Puis-je savoir de quoi tu parles ?
Agacée, mais forcée de s'expliquer, la jeune fille se lança dans le récit de la découverte de la librairie et de la nécessité de trouver un remplaçant à Anita. Lorsqu'elle se mit à lui parler de Cal, elle vit les sourcils du vieil homme se froncer.
- Si je comprends bien... Tu veux donner à un mineur Moldu la responsabilité d'une librairie magique dans un pays où il n'habite pas ?
- C'est la version courte, mais c'est bien ça.
- Je ne peux accéder à ta demande, Meganna. Je ne t'aiderai pas à entraîner ce garçon dans un monde dangereux qu'il ne connaît pas. De plus, il te faudrait l'accord de ses parents.
- Je l'aurai, ce n'est pas un souci.
- Je n'en doute pas. Tu as effacé la mémoire de ce garçon, n'est-ce pas ? Ainsi que celle de sa sœur, afin qu'ils oublient t'avoir rencontrée ?
- Oui ! Mais je vais lui expliquer, et –
- Pourquoi l'avoir effacée ?
- Parce que je ne veux pas qu'on sache que je cherche Voldemort, que l'on suive ma piste !
- Il n'y avait aucune autre raison ?
Megan s'accorda quelques secondes de réflexion. Elle avait effectivement modifié les souvenirs des habitants du village pour se protéger du ministère, mais pas seulement. Lorsqu'elle avait modifié les souvenirs de Cal, lorsqu'elle lui avait donné son deuxième prénom, ce n'était pas uniquement pour se couvrir.
- Je lui ai menti sur mon nom (je lui ai dit que je m'appelais Demi) et j'ai effacé ses souvenirs de moi parce que je ne voulais pas qu'il se fasse torturer, comme on a torturé Anita pour me retrouver, avoua-t-elle à contrecœur. Sauf qu'on parle de Voldemort, le plus grand sorcier de tous les temps. S'il me cherche vraiment, il me trouvera, mes sortilèges ne sont pas aussi puissants que les siens, il peut trouver les failles. Alors Cal ne sera pas plus en danger, il l'est déjà. Il est en danger depuis l'instant où lui et ses deux babouins m'ont coincée dans une ruelle de son village. Et si Voldemort le retrouve à Stourbridge, dans l'hypothèse incohérente où il choisirait de revenir là où Anita ne lui a rien appris, au moins il aura vécu quelque chose d'intéressant avant de mourir. Et c'est ça qu'il veut.
Le discours de la jeune était relativement poignant, pourtant Dumbledore ne cilla pas, il n'était pas atteint par ses mots.
- Écoutez !
Cette fois, Megan laissait sa colère reprendre le dessus.
- À cause de vous et de vos manipulations, je n'ai pas pu être là pour elle ! Là, j'ai l'occasion de faire quelque chose de bien pour deux personnes, et c'est un peu l'occasion pour vous de vous rattraper ! Cal veut faire partie du monde de la magie, et Anita voudrait que sa boutique soit tenue par quelqu'un comme lui ! Alors vous allez m'envoyer à Killiney Hill.
Elle n'avait encore jamais fait preuve d'autant d'insolence face au directeur de l'école. Le regard qu'il posait sur elle était froid et calculateur, il n'y avait plus la lueur pétillante et chaleureuse qui l'animait d'ordinaire. Megan se demanda un instant si elle n'était pas allée trop loin, mais elle ne craignait pas les conséquences.
- Vous savez que je trouverai le moyen d'y aller, de toute manière, ajouta-t-elle en croisant les bras.
- Je le sais, oui, répondit Dumbledore. C'est pourquoi je vais t'accompagner en Irlande. C'est bien là que se trouve ce village, n'est-ce pas ?
La jeune fille ne s'était absolument pas attendue à cette réponse. Déstabilisée, elle acquiesça.
- Je n'ai besoin de personne, ajouta-t-elle une fois la surprise surmontée.
- Ce n'est pas pour toi mais pour ce garçon. Ses parents préféreront voir un adulte. Ils ont rencontré le professeur McGonagall lors de l'entrée de Catherina à Poudlard, mais il n'est jamais trop tard pour rencontrer le directeur.
La perspective de voyager en compagnie de ce dernier ne réjouissait pas Megan, mais elle avait compris qu'elle n'avait pas d'autre choix que d'accepter ce qu'il lui proposait.
- Il ne fait pas chaud en Irlande au début du mois de février, crut bon de signaler Dumbledore. Je te laisse aller chercher un vêtement chaud, je t'attends ici.
Sans un mot, la jeune fille retourna dans son dortoir troquer la jupe de son uniforme contre un pantalon noir, enfila une veste moldue, noua son écharpe autour de son cou et enfonça un bonnet bordeaux sur ses cheveux. Elle n'aimait pas arborer les couleurs de Gryffondor en dehors de son uniforme obligatoire, mais ce n'était pas le moment de provoquer le directeur. Ainsi chaudement vêtue, elle retourna au deuxième étage. Dumbledore avait passé par-dessus sa robe bleu clair une cape plus foncée, et Megan reconnut la forme de sa baguette dans l'une des poches. Il passerait beaucoup moins inaperçu qu'elle, mais ils n'avaient pas prévu d'arpenter les rues du village. Devançant le vieil homme, la jeune fille prit, dans le vieux pot en terre cuite sur le manteau de la cheminée, une poignée de poudre qu'elle jeta dans le foyer. Elle esquissa un geste pour s'avancer dans les flammes, mais Dumbledore la retint par l'épaule. Son contact était étonnamment fort pour un homme de son âge bien qu'elle en ignorât le chiffre exact.
- J'irai le premier.
Megan fronça les sourcils, cela lui déplaisait.
- Vous allez ensuite bloquer l'accès et m'empêcher de vous rejoindre ? lança-t-elle d'un air méfiant.
- Si j'avais voulu m'y rendre sans toi, Meganna, je n'aurais pas attendu que tu reviennes du dortoir, j'aurais emmené la poudre de Cheminette avec moi, et j'aurais fait en sorte que tu ne puisses pas quitter le château, répondit tranquillement le directeur.
La jeune fille n'arrivait pas à croire qu'elle n'avait pas envisagé cette option. Il aurait réellement pu lui jouer ce tour, elle n'aurait rien vu venir. Il étalait cependant devant elle l'étendue de la perfidie dont il était capable, et elle eut l'impression qu'il sous-entendait qu'elle devrait se réjouir qu'il ait choisi de ne pas l'évincer. Il la mettait hors d'elle. Pourtant, elle contint sa colère, elle ne voulait pas qu'il lui interdise au dernier moment de faire son offre à Cal.
- Il n'est pas trop tard pour changer d'avis, Meganna, ajouta l'homme.
- Je suis décidée. Allez-y.
S'avouant vaincu cette fois, Dumbledore s'avança parmi les flammes vertes, annonça sa destination, et disparu dans un tourbillon émeraude. Megan attendit que la tempête de cendres s'apaise avant de le rejoindre en Irlande, au milieu d'un salon soudain un peu moins propre, face à un couple de Moldus aux yeux ronds, visiblement interrompus au beau milieu d'un thé.
- Est-ce que Cal est là ? demanda Megan sans plus de cérémonie, époussetant nonchalamment son pantalon.
- Comme je vous le disais, dit Dumbledore qu'elle avait vraisemblablement interrompu au milieu d'explications en bonne et due forme, je suis le directeur de Poudlard, où étudie votre fille Catherina. Demi ici présente est une autre de mes élèves, en quatrième année, et elle a une proposition à faire à votre fils.
- Du coup, est-ce que Cal est là ? Répéta l'adolescente.
Il y eut un silence pesant dans la pièce pendant de longues secondes, puis le père se racla la gorge.
- Callaghan ! appela-t-il d'une voix forte. Descends, tu as – tu as de la visite !
Le silence retomba, puis le raclement d'une chaise contre le sol précéda celui d'une porte ouverte sans ménagement et enfin des pas lourds et rapides dans un escalier. Cal entra dans la pièce à vivre, ses cheveux noirs en bataille, les sourcils froncés. Ses yeux bleus perçants s'écarquillèrent légèrement lorsqu'il vit les deux inconnus, dont l'un accoutré d'une manière ridicule, debout au milieu d'un petit cercle de cendres devant la cheminée.
- Ce sont des sorciers, lâcha-t-il, comme pour informer ses parents.
- Oui, acquiesça sa mère, qui avait retrouvé sa langue. Ce monsieur est le directeur de Poudlard, et cette jeune fille, Demi, est une camarade de Cathy.
- Tu ne le sais pas, mais on s'est déjà rencontrés, lança Megan. Viens, on va discuter un peu.
Cal jeta un regard interrogateur à ses parents, et un hochement de tête de son père suffit à le convaincre d'entraîner la jeune fille vers sa chambre. La pièce n'avait rien de singulier au premier abord : un lit simple aux draps unis, gris, un bureau mal rangé où trônait un ordinateur portable bon marché, une chaise où s'entassaient des vêtements, une armoire rafistolée au scotch de déménagement, deux guitares contre un mur, une ancienne chaine hi-fi sur une petite étagère... c'était une chambre ordinaire pour un garçon ordinaire, un Moldu dont la famille ne roulait pas sur l'or. Mais lorsque l'on prêtait un petit peu plus attention aux décorations murales, on s'apercevait que tout n'était pas si ordinaire. Les personnages bougeaient sur chaque photo et chaque coupure d'article, et des manuels de magie s'entassaient contre un mur.
- Cathy t'a montré comment développer des photos pour qu'elles bougent ? demanda Megan en allant observer les figurants de chaque image, retraçant mentalement une partie de l'histoire du garçon. Elle a fait la potion ici, où elle l'a ramenée de Poudlard ? C'est un mélange assez stable que l'on peut facilement emmener avec soi.
- Elle l'a ramenée de l'école, oui, répondit Cal d'un ton bourru. Elle a peur de faire des trucs magiques ici, parce qu'elle a peur que quelqu'un découvre qui elle est et s'en prenne à elle.
- Les sorciers sont beaucoup plus puissants que les Moldus, répliqua Megan. Ce sont les autres qui devraient avoir peur d'elle. Elle est capable de leur infliger les pires souffrances sans même ouvrir la bouche – ou du moins elle en sera capable un jour, après tout elle est à Serdaigle.
- Tu en es capable, toi ?
Cal avait posé la question avec une certaine inquiétude.
- Oh, oui, acquiesça tranquillement la jeune fille. Mais je ne suis pas venue pour te torturer. En fait, toi et moi on se connaît déjà. Tu ne t'en souviens pas, bien sûr, ajouta-t-elle avant qu'il ne l'interrompe. Parce que j'ai effacé tes souvenirs.
Cal la regarda d'un air effaré. Ce devait être quelque chose de difficile à entendre : se dire qu'on avait vécu des choses dont on ne gardait aucun souvenir.
- C'était il y a un peu plus d'un mois, à Noël. Tu ne te souviens plus très bien de ces jours-là, n'est-ce pas ? C'est un peu flou ? C'est à cause de moi. Je ne te parlerai pas de ce qu'on a fait, parce que –
En voyant le garçon devenir écarlate, Megan s'aperçut qu'il devait se faire des idées très éloignées de la réalité.
- Ne va pas t'imaginer des choses ! s'exclama-t-elle, outrée. On a kidnappé quelqu'un, c'est tout !
- C'est tout ? s'étouffa Cal. J'ai kidnappé quelqu'un ? Qui ? Comment il va ? Qu'est-ce qu'on lui a fait ?
- Toi tu l'as juste – Oh et puis non, je ne vais pas t'en parler, si j'ai effacé tout ça c'est bien parce que je ne veux pas que quelqu'un apprenne ce qu'il s'est passé. Ce n'est pas pour ça que je suis là. Tu aimes bien les livres ?
Cal avait du mal à suivre. Avoir une fille dans sa chambre, une sorcière de surplus, avec qui il avait fait des choses dont il n'avait aucun souvenir, semblait déjà beaucoup le perturber. Maintenant, il ne comprenait pas pourquoi elle venait lui parler de bouquins.
- Ça te dirait de devenir libraire ?
Le voilà encore plus perdu.
- Ok..., soupira Megan. Un membre de ma famille, qui a été assassinée, tenait une librairie en Angleterre, à Stourbridge. Et maintenant qu'elle est morte, il n'y a plus personne pour s'en occuper. Alors je voudrais que tu prennes sa relève.
- Assassinée ? Et puis pourquoi moi ? Je n'ai aucune compétence de libraire !
- Il y a des compétences requises, pour être libraire ? Tu veux dire que tu ne sais pas lire ?
- Si !
- Tu parles mal anglais ?
- Bien sûr que non –
- Tu es agoraphobe ?
- Non mais –
- Tu es donc très qualifié pour ce poste.
- Mais pourquoi moi ?
- Quand je t'ai effacé la mémoire, à Noël, tu m'as suppliée de ne pas le faire. Tu disais que tu ne voulais pas oublier qu'il y avait eu un peu magie dans ta vie, parce que tu te sentais tellement hors du coup à côté de Cathy qui voit des dragons et qui va dans une école où un des professeurs était un loup‑garou. Tu ne voulais pas oublier que, pendant quelques jours, tu avais un peu fait partie de notre monde.
Cal rougit de nouveau de toute évidence il se reconnaissait dans ce discours.
- Alors je te propose d'en faire un peu plus partie. Quitte ce village du fin fond de l'Irlande et ton lycée banal, ta vie ordinaire, et viens tenir une librairie magique. On ne pourra pas t'apprendre la magie – on naît avec, on ne l'acquiert pas – mais tu fréquenteras des sorciers et tu découvriras le fonctionnement de notre monde, notre monnaie, nos vêtements, nos objets magiques… Tu pourras même en utiliser quelques-uns.
Cette fois les yeux du garçon brillaient d'excitation et d'envie. Mais la réalité eut tôt fait de le rattraper.
- Attends... c'est en Angleterre, je ne peux pas partir comme ça. Mes parents, et puis où est-ce que j'habiterai ? Et le lycée ? Je n'aime pas vraiment ça, mais je ne vais pas être libraire toute ma vie, si ? Il faut que je fasse des études…
- Pour l'appartement, je te le fournis. Tu seras ton propre patron, tu pourras choisir de fermer certains jours pour retourner voir tes parents, on va te montrer comment fonctionne la poudre de Cheminette. Normalement les Moldus ne l'utilisent pas, mais dans la pratique rien ne l'empêche, ce n'est pas comme transplaner, qui nécessite d'avoir une baguette – et un permis. Et puis rien ne t'empêche de suivre des cours. Aller au lycée tous les jours t'empêcherait d'ouvrir très souvent, mais tu peux suivre des cours par correspondance. Tu serais indépendant. Tu serais libre.
Cette perspective semblait enthousiasmer Cal au plus haut point. Non pas que ses parents soient des tyrans, ils semblaient au contraire très chaleureux et ouverts – autant qu'ils pouvaient l'être face à deux inconnus surgissant de leur cheminée – mais quel adolescent ne rêvait pas d'une telle autonomie ?
Megan ne sut jamais quels arguments Dumbledore avait employés pour convaincre les parents de Cal de laisser leur fils de dix-sept ans partir vivre seul en Angleterre pour tenir une librairie magique, mais lorsque les deux adolescents redescendirent dans le salon, le père et la mère avaient accepté l'offre, et Dumbledore était installé dans un de leurs fauteuils, sirotant une tasse de thé.
- Les revoilà ! se réjouit-il en voyant arriver Megan et Cal. Très bien ! J'imagine que l'offre vous intéresse, Mr Davison ?
Cal hocha la tête, puis adressa un sourire timide à ses parents.
- Très bien ! répéta Dumbledore en se levant. Je vais maintenant ramener Demi à l'école. Soyez prêt, avec vos affaires, demain à neuf heures. Elle viendra vous chercher, et vous partirez pour Stourbridge à neuf heures dix. Soyez ponctuel.
- Comment s'y rendront-ils ? s'enquit Mrs Davison, qui semblait soudain s'inquiéter que Dumbledore ne les accompagne pas.
Megan leva les yeux vers le directeur, intéressée elle aussi par la réponse : tous les bagages de Cal ne rentreraient certainement pas dans la cheminée.
- Par Portoloin, répondit le vieil homme. Vous constaterez que cela est très simple d'usage. Merci beaucoup pour le thé, ajouta-t-il en posant sa tasse sur la table basse.
D'un coup de baguette, il la rendit plus propre qu'elle ne l'avait jamais été. Puis il sortit de sa poche un petit sac de cuir dont il versa le contenu dans les flammes de la cheminée. En l'espace de quelques secondes, les deux sorciers eurent rejoint Poudlard.
Quand Megan rejoignit son dortoir après le déjeuner, qu'elle avait pris en compagnie de Kevan, elle le trouva vide. Hermione devait être en compagnie de Ron et de Potter à la bibliothèque, à se creuser la tête et s'user les yeux sur de vieux livres. La jeune fille était surprise que sa meilleure amie n'ait toujours pas pensé au sortilège de Têtenbulle, c'était pourtant la solution la plus évidente. Mais la perspective que son ami Potter se noie dans le lac ou soit avalé par le calmar géant devait l'inquiéter au point qu'elle n'avait plus les idées claires. Ce fut donc dans le calme de la grande pièce que la jeune fille prépara un petit sac pour le lendemain, tout en espérant que ses amis seraient trop occupés pour remarquer sa courte absence. Elle se sentait particulièrement réjouie à l'idée d'installer Cal à Stourbridge, comme si c'était elle qui allait prendre ce nouveau départ. Elle avait le sentiment de faire quelque chose de bien, quelque chose qui aurait plu à Anita. Et puis, il l'avait aidée à piéger la sorcière du ministère, c'était sa façon à elle de le remercier.
Ses réflexions furent interrompues par un léger tambourinement contre la fenêtre. Elle se retourna et eut le plaisir de trouver sa chouette derrière le carreau. Eleyna ramenait la réponse de Sirius.
Megan,
Même si Peter cherche à retrouver ou aider Tu-Sais-Qui, je ne vois pas comment il y arriverait, et encore moins ce que Tu-Sais-Qui ferait de lui. Ce n'est pas un allié véritablement précieux, ni un fidèle bras droit. Mais j'essaierai de me tenir au courant à son sujet.
Ta théorie peut se tenir… Mais j'ai tout de même du mal à croire que Karkaroff serait le serviteur loyal sur qui Tu-Sais-Qui compterait. Je ne sais plus si je te l'ai dit, mais il était à Azkaban avec moi, et il en est sorti en concluant un marché avec le ministère : en échange de sa liberté, il a donné beaucoup de noms. C'est un traitre. Il doit y avoir quelqu'un d'autre derrière tout ça. J'ai dit à Harry que Karkaroff pouvait être derrière son inscription au Tournoi, mais j'ai de plus en plus de doutes… Est-ce que tu as eu des nouvelles ?
Es-tu rentrée à Poudlard ? Si oui, sois devant la clôture, au bout de la route de Pré-au-lard (après Derviche et Bang), mercredi soir à sept heures, en amenant à manger. Je sais que tu n'as pas le droit de quitter l'école hors des week-ends prévus, et surtout pas à cette heure, mais je sais aussi que tu n'auras pas de mal à contourner la règle, et il y a des choses dont nous parlerons mieux face à face.
Sniffle
Megan fut surprise de la signature, c'était pourtant bien l'écriture de Sirius, il répondait à sa précédente lettre… Elle n'imaginait pas qu'il puisse s'agir d'un imposteur. Elle choisit de passer outre et de rédiger un message court lui confirmant qu'elle le retrouverait le mercredi suivant, enthousiaste à l'idée qu'elle obtiendrait enfin les réponses à certaines de ses questions.
