SNIFFLE
Megan et Cal surgirent dans l'appartement où Anita avait vécu à Stourbridge. Le garçon, plus impatient que jamais, avait attendu dès huit heures dans son salon, entouré de ses bagages. Il avait découvert le Portoloin avec beaucoup d'enthousiasme, fasciné à l'idée de se « téléporter ». L'atterrissage lui parut cependant moins confortable qu'il ne se l'était pas imaginé : n'échappant pas à la règle du débutant, il perdit l'équilibre et heurta durement le sol.
- Bienvenue chez toi, commenta la jeune fille, imperturbable. Ce n'est pas grand luxe, mais t'auras toute la place que tu veux.
- Je vais vraiment vivre ici ? s'enquit-il en se relevant.
Cal observait ce qui l'entourait d'un air ahuri. L'appartement n'avait pourtant rien de particulier, Megan ne comprenait pas combien la situation était extraordinaire aux yeux du jeune homme : du jour au lendemain, une inconnue avait surgi de sa cheminée et lui avait offert une nouvelle vie, dans le monde de la magie. C'était digne d'un roman, il n'arrivait pas encore à croire qu'il s'agissait de sa propre histoire.
- Il y a encore les affaires de Serena, mais t'en fais pas, elle sera partie dans la semaine. Elle va juste t'aider au début avec la paperasse et tout, mais ensuite elle va rentrer en Irlande. Tu ne la verras plus.
Cal adressa un regard inquiet à Megan.
- Tu ne l'aimes pas, hein ? Pourquoi ? Est-ce que je dois me méfier d'elle ?
- Non, tu ne risques rien avec elle. Elle n'est vraiment pas dégourdie. Ne fais pas trop attention à elle. Va mettre tes affaires dans la chambre, tu t'installeras plus tard. Je vais t'emmener à la librairie, pour que tu comprennes le fonctionnement, et il faudra que je sois rentrée pour le déjeuner.
- Tu ne restes pas avec moi ? s'affola soudain Cal.
- Tu déjeuneras avec Serena. Moi je ne suis pas supposée être en dehors de l'école, il ne faut pas qu'on s'aperçoive de mon absence.
- Le directeur t'a laissée sortir juste pour moi ? Cathy m'a dit qu'on ne pouvait pas quitter l'école en dehors des vacances.
- Je l'ai convaincu, oui. Disons qu'il me doit pas mal de choses – que je ne t'expliquerai pas, ajouta‑t‑elle en voyant Cal ouvrir la bouche pour l'interroger. Va poser tes affaires, on n'a pas beaucoup de temps.
Le garçon finit par obéir, laissant quelques instants la jeune fille seule, qui savoura ces maigres minutes supplémentaires dans la dernière demeure de sa nourrice.
Megan n'avait jamais vécu avec de véritables Moldus. Les Boyd avaient beau ne pas pouvoir pratiquer la magie, ils étaient tous deux nés dans des familles de sorciers et avaient grandi entourés de magie. Cal, lui, ne connaissait de ce monde que ce que sa sœur Cathy lui racontait de Poudlard. Pour lui, le simple fait que les livres se rangeaient d'eux-mêmes dans les rayons une fois consultés était extraordinaire. Megan et Serena eurent le plus grand mal à lui expliquer le fonctionnement du commerce, le garçon ne cessant de s'extasier devant le moindre artefact ou sortilège. Il resta notamment coi devant la cage où des exemplaires du fameux Monstrueux livre des monstres se livraient une bataille féroce, entre-déchiquetant leurs pages Serena n'avait pas eu le courage de les approcher pour s'en débarrasser, et tous les clients évitaient soigneusement cette partie de la librairie. Pour Megan, cependant, le seul véritable choc fut de constater qu'Anita avait été une grande admiratrice de Gilderoy Lockhart : de hautes piles de ses ouvrages encadraient un poster à taille réelle de l'escroc, qui lissait sa chevelure blonde en souriant de toutes ses dents. La jeune fille s'empressa de déchirer l'affiche, sous les yeux surpris des deux autres.
- Pourquoi tu déchires Gilderoy Lockhart ? S'insurgea Serena.
- C'est un sale type, affirma Megan.
- Je sais que c'était un menteur, qu'il a tout inventé, mais –
- C'était pire que ça. Je l'ai eu comme professeur il y a deux ans, et j'étais là quand il a perdu la mémoire, d'accord ? Ce n'est pas arrivé pour rien. Je ne veux pas de lui ici.
- Qui c'est ? S'enquit Cal.
- Un escroc sournois et mauvais. Et sûrement un violeur.
- Un violeur ? S'étrangla Serena.
Megan serra les dents, elle se rappelait la colère qu'elle avait ressenti envers Dumbledore lorsque l'idée lui avait traversé l'esprit : Lockhart rendait folles la plupart des filles, il était un expert en falsification de mémoire, et on lui avait donné un poste dans une école. Elle n'était forcément pas la seule à avoir envisagé la pire des hypothèses.
- Bon, pour le moment, fais ce que tu peux, affirma Megan en fin de matinée, une fois qu'elle eut terminé ses explications. Serena va rester à Stourbridge encore un peu pour t'aider à te lancer. Plus tard, si tu gagnes suffisamment d'argent, tu pourras embaucher un sorcier ou une sorcière pour t'aider avec la magie. D'ici-là, envoies-moi un hibou chaque fois que tu as une question.
- Pardon ? sursauta Cal. Un e-boo ? C'est comme les e-mails mais en plus magique ?
Avec un soupir désespéré, la jeune fille se retourna vers Serena.
- Demain, emmènes-le sur le Chemin de Traverse et achètes-lui un hibou. Ensuite allez à Gringotts lui ouvrir un compte et échanger une partie de son argent moldu contre des Gallions. Tu lui apprendras les équivalences.
La femme hocha la tête. Depuis son altercation avec l'adolescente lors de leur rencontre, elle n'osait plus contester la moindre de ses demandes.
- Elle va te montrer comment aller sur le Chemin de Traverse en passant par l'entrée des Moldus, reprit Megan, par le Chaudron Baveur. Après, tu pourras y aller tout seul pour acheter ce dont tu auras besoin. Tu demanderas à Tom, le patron, de t'ouvrir le passage à chaque fois. Il fait un peu peur à voir, mais il est inoffensif, tu verras.
Cal n'avait pas la moindre idée de ce dont parlait Megan, mais il hocha la tête.
- Maintenant, il faut que je rentre. Je passerai te voir quand j'aurai le temps. Surtout, envoies-moi un hibou si tu as besoin de quelque chose, d'accord ?
La jeune fille serait volontiers restée plus longtemps avec le garçon, mais son absence ne devait surtout pas être remarquée, elle ne pouvait pas éternellement inventer des excuses, et en aucun cas elle ne voulait qu'on découvre son projet. Comme Dumbledore le lui avait demandé dans un bref message, Serena transforma une corbeille en Portoloin et renvoya Megan à Poudlard, sous le regard envieux mais ravi de Cal.
Personne ne s'était aperçu de son absence. Loin d'en être vexée, Megan se réjouissait de cette solitude, elle aimait pouvoir agir sans être sans cesse questionnée sur le contenu de ses journées. Ce fut dans cette même indifférence qu'elle se glissa le mercredi après-midi, après son cours de potion, dans les cuisines de Poudlard, pour demander à Dobby, Winky et aux autres elfes de maison de réunir pour elle des victuailles qu'elle glissa dans sa besace. Toujours sans attirer l'attention, elle attendit six heures du soir pour se rendre au deuxième étage et rejoindre la statue de la sorcière borgne qui trônait dans l'un des couloirs. Dès que celui-ci fut vide, elle donna un coup de baguette à la statue en murmurant « Dissendium », faisant ainsi glisser latéralement la bosse de la sorcière, dégageant un espace suffisant pour permettre le passage d'une personne de sa corpulence. Megan serra son sac contre elle puis sauta dans l'ouverture, les pieds devant. Elle glissa longuement dans une sorte de toboggan de pierre qui lui rappela sa sinistre descente dans la Chambre des Secrets deux ans plus tôt, puis atterrit sur un sol de terre froid et humide dans une obscurité totale. Tandis qu'elle allumait sa baguette, elle ne put s'empêcher de se souvenir de sa dernière escapade à Pré-au-lard par ce chemin, lorsqu'elle et Fred avaient été attaqués par un Détraqueur fouillant le village à la recherche de Sirius Black. Et c'était justement pour retrouver ce fugitif qu'elle y descendait de nouveau ce soir-là.
Les rais de lumière que sa baguette projetait éclairaient un passage étroit et bas de plafond creusé dans la terre, dans lequel elle s'engouffra sans hésitation. Le passage décrivait des courbes incessantes. Elle avançait d'un pas rapide, trébuchant de temps à autre sur le sol inégal. De longues dizaines de minutes s'écoulèrent dans un silence total, uniquement rompu par le bruit sourd de ses bas sur le sol meuble. Il commençait à faire froid, et son lourd sac de victuailles lui meurtrissait l'épaule depuis de longues minutes lorsque le passage remonta en pente douce jusqu'à la mener au pied d'un vieil escalier de pierre aux marches usées, qui s'élevait dans l'obscurité. En silence, elle les gravit. Comme la dernière fois, l'escalier lui sembla interminable, il devait compter plusieurs centaines de marches. Soudain, le plafond se rapprocha du sol, et Megan dut se baisser pour ne pas le heurter. Soulagée, elle leva les bras pour pousser le pan de bois situé au-dessus d'elle, émergeant enfin dans la cave de Honeydukes. La confiserie, fermée à cette heure, était silencieuse. Avec toutes les précautions dont elle était capable, Megan referma la trappe derrière elle puis gravit l'escalier en bois qui menait au rez-de-chaussée. En haut des marches, elle ouvrit une porte et déboucha derrière le comptoir, dans la salle principale de la boutique, plongée dans le noir. D'un coup de baguette magique, la jeune fille déverrouilla la porte et sortit dans l'air froid de Pré-au-lard, obscur désert. Elle se rappelait encore sa rencontre avec le gardien d'Azkaban dans cette même grand-rue, sa fuite désespérée à travers le bois, la chute de Fred, et son incapacité à produire un Patronus. Ce soir-là, elle avait failli mourir pour quelques bouteilles de Bièraubeurre et de jus de citrouille afin de fêter la victoire de Gryffondor face à Serdaigle, et seule la présence de Fred l'avait sauvée. Elle en frissonnait encore – ou bien était-ce le froid glacial qui balayait le village. Megan dépassa Derviche et Bang et poursuivit son chemin vers la sortie de Pré-au-lard. Elle ne connaissait pas cette partie du village, mais suivait les instructions que lui avait envoyé Sirius. Une allée sinueuse la mena dans la campagne luxuriante qui s'étendait alentour. Ici, les maisons étaient moins nombreuses et leurs jardins plus grands. Elle marcha vers la montagne qui dominait le village, puis, au détour d'un virage, elle aperçut une clôture au bout de l'allée. Les pattes posées sur la plus haute barre de la barrière, un gros chien noir aux longs poils l'attendait, et sa silhouette lui était familière.
- Sirius, lança-t-elle en guise de salutations, une fois arrivée à sa hauteur.
Le chien noir flaira son sac avec avidité, remua la queue puis fit volte-face et traversa d'un bon pas l'étendue broussailleuse qui montait en pente douce vers la montagne. Megan passa souplement par-dessus la clôture et le suivit. Sirius la conduisit au pied de la montagne, sur un terrain couvert de pierres et de rochers. Avec ses quatre pattes, il n'avait aucun mal à avancer, mais la jeune fille, peu sportive lorsqu'il ne s'agissait pas de balais volants, fut bientôt hors d'haleine. Il l'emmena plus haut, à flanc de montagne. Pendant près d'une demi-heure, elle escalada un sentier tortueux et escarpé, suivant la queue touffue de l'Animagus. L'ascension eut beau la réchauffer, la courroie de son lourd sac lui meurtrissait l'épaule, et elle commença à se sentir fatiguée et agacée d'avoir accepté cette rencontre. Soudain, Sirius disparut. Elle aperçut alors une étroite fissure par laquelle il s'était glissé. Elle parvint à s'y faufiler à son tour et se retrouva dans une caverne fraîche et sombre. Buck, l'hippogriffe de Hagrid qu'elle avait sauvé d'une décapitation l'année passée, était attaché à une corde nouée à un gros rocher. Ses yeux orange au regard féroce se mirent à étinceler lorsqu'il la vit entrer. Ravalant sa fierté et se rappelant les cours de Soin aux créatures magiques dispensés par Hagrid, Megan s'inclina devant lui et, après l'avoir regardée pendant un bon moment d'un air impérieux, Buck fléchit ses genoux couverts d'écailles. S'en détournant, la jeune fille regarda le gros chien noir se métamorphoser en l'homme le plus recherché de Grande-Bretagne. Sirius était vêtu d'une robe grise en lambeaux, celle-là même qu'il portait lorsqu'il s'était évadé d'Azkaban plus d'un an plus tôt. Ses cheveux noirs, sales et hirsutes, étaient longs et il était d'une maigreur terrifiante.
- Manger, lâcha-t-il d'une voix rauque.
Les sourcils froncés, Megan sortit de son sac ce que les elfes avaient préparé. L'homme se jeta littéralement dessus. Quelque peu dégoûtée par son attitude rétrograde, la jeune fille s'assit un peu plus loin, à même le sol, et attrapa un quignon de pain dans lequel elle mordit distraitement.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Demanda-t-elle.
- Mon devoir de parrain, répondit Sirius en rongeant l'os de poulet à la manière d'un molosse affamé. Harry est en danger, je dois être là pour lui.
- C'est vrai que dans cette grotte, au fin fond de la montagne, tu es d'une efficacité redoutable.
L'homme lui adressa un regard noir.
- Je vais lui donner rendez-vous au prochain week-end à Pré-au-lard. Il faut qu'on parle.
- Tu pourrais te faire arrêter et tuer, lui reprocha cependant Megan. On n'a pas risqué nos vies l'année dernière pour que tu te fasses serrer en voulant jouer les gentils parrains.
- Ne t'inquiète pas pour moi, je fais semblant d'être un gentil chien errant. J'en profite pour ramasser les journaux dont personne ne veut, pour rester informé, ajouta-t-il en désignant d'un signe de tête des numéros jaunis de la Gazette du sorcier, abandonnés sur le sol.
Megan saisit l'un d'entre eux, dont la une affichait « La sorcière du ministère reste introuvable — Le ministre de la Magie personnellement impliqué ».
- Bertha Jorkins, hein ? Le ministère ne la retrouvera jamais, affirma Megan. Elle est morte.
- Ils n'ont aucun moyen de le savoir, lui rappela Sirius, qui attaquait désormais une tarte à la mélasse.
- Tu n'as pas mangé depuis que tu as fui Poudlard, ou… ?
- Je suis ici depuis quelques jours, et la nourriture ne pousse pas franchement bien dans les cavernes, répliqua l'homme. Je mange des rats, précisa-t-il en montrant les ossements miniatures qui jonchaient un coin de la cave.
Megan eut une grimace de dégoût. Même lorsqu'elle avait rencontré des difficultés culinaires au cours de ses voyages, jamais elle n'avait envisagé d'en arriver à un tel recours. Elle avait déjà trouvé trop difficile de devoir préparer elle-même ses propres repas.
- Qui c'est, Sniffle ? s'enquit-elle pour détourner la conversation des animaux morts.
- Un surnom comme un autre. Je préfère que vous m'appeliez comme ça, quand vous parlez de moi. Ça évitera d'attirer les soupçons. C'est déjà suffisamment risqué de communiquer par hiboux, même si le ministère n'a aucune raison de se douter que je corresponds avec des élèves de Poudlard.
Megan acquiesça et termina son morceau de pain en silence, laissant Sirius profiter de son premier vrai repas depuis ce qui semblait avoir été une très longue période. Megan n'avait jamais vu un être humain avaler une si grande quantité de nourriture en un si court laps de temps, et pourtant elle connaissait Ron. Sirius avait peut-être passé tellement de temps sous sa forme canine que l'animal avait fini par prendre le pas sur l'Homme.
- De quoi est-ce que tu voulais me parler ? s'enquit-elle une fois qu'il eut fini d'aspirer la moindre miette de ses vivres, lui laissant tout juste de quoi apaiser sa propre faim.
- Il y a quelques mois, tu disais que nous n'aurions aucune chance si Tu-Sais-Qui revenait au pouvoir, parce que les Mangemorts sont un réseau organisé.
- Et tu m'as répondu qu'il y avait des choses que je ne savais pas sur la résistance ! se rappela Megan.
- Oui. Je ne suis pas supposé t'en parler, mais j'ai l'impression qu'il vaut mieux que tu le saches. Depuis la première montée au pouvoir de Tu-Sais-Qui, un réseau de résistance s'est créé. Il est dissolu aujourd'hui, puisque la menace a disparu il y a treize ans, et beaucoup de membres sont morts, mais il se reconstituera s'il devait revenir au pouvoir. J'en faisais partie, les parents de Harry aussi. C'est Dumbledore qui l'a créé, pour réunir tous ceux qui voulaient combattre Tu-Sais-Qui.
- Et qu'est-ce que faisait ce réseau ? C'était efficace ?
- On a sauvé plusieurs centaines de vie, en protégeant de potentielles victimes, en éliminant des Mangemorts, en démantelant des projets… Mais c'était très dangereux. Comme je te l'ai dit, beaucoup sont morts, ou ont été torturés… Les Longbottom, notamment.
- Je connais leur fils, il est à Gryffondor, dans mon année. Ses parents ont été torturés par Bellatrix Lestrange jusqu'à devenir fous. Je ne savais pas qu'ils faisaient partie de la résistance…
Depuis qu'elle connaissait Neville, Megan avait toujours oscillé entre le mépris et la pitié envers le garçon. Mais plus elle en apprenait à son sujet, plus elle penchait vers la pitié, voire la compassion.
- Ils étaient des membres très importants de l'Ordre, et –
- De l'Ordre ? L'interrompit Megan.
- L'Ordre du Phénix, c'est le nom du réseau. Tu comprends maintenant que, si Tu-Sais-Qui devait revenir, nous nous réunirions de nouveau. Nous sommes organisés, et nous avons nos chances.
- Il est beaucoup trop puissant, répliqua la jeune fille, se rappelant pourquoi elle parcourait la Grande‑Bretagne depuis plusieurs mois à la recherche du mage noir.
- On a gagné une première fois il y a treize ans, lui rappela Sirius.
- Parce que Lily Potter a voulu protéger son fils !
- On ne sait pas exactement ce qu'il s'est passé ce soir-là.
- C'est assez évident : Voldemort voulait tuer les Potter, Pettigrew les a trahis, et quand il est arrivé chez eux, ses parents se sont interposés entre lui et Potter. Et parce qu'il a donné à sa mère la possibilité de s'écarter, mais qu'elle a refusé et est morte, Potter s'est retrouvé protégé par une très ancienne forme de magie qui le dépasse complètement. Et pour une raison étrange, ça n'a pas tué Voldemort. Sauf que ce genre d'événement ne se produit qu'une seule fois, et Lily Potter est morte.
- Harry est toujours protégé par cette magie, et il vit encore, nous avons toujours nos chances.
- Comme si Potter était capable de le tuer ! Voldemort est toujours vivant, quelque part, sous une forme incertaine, mais vivant.
Sirius poussa un soupir exaspéré, il semblait frustré que Megan refuse de voir les choses de la même façon que lui. La jeune fille remarqua cependant que, bien qu'il ne prononçât pas le nom de Voldemort, il ne réagissait pas avec effroi lorsque Megan le faisait.
- Tu m'as dit que Tu-Sais-Qui te trouvait « intéressante » et qu'il aimerait te recruter « à tout prix », reprit le fugitif, citant les lignes d'une de ses lettres. Qu'est-ce que ça veut dire ? Qui est-ce que tu es, pour lui ?
Megan ne répondit pas immédiatement, les yeux plantés dans ceux de l'homme. Au fil des mois, elle avait senti une forme de complicité naître en eux, dissipant peu à peu la méfiance qu'ils ressentaient l'un envers l'autre. Sirius avait montré qu'il se souciait d'elle, voire qu'il l'appréciait. Mais serait-ce suffisant pour entendre et supporter la réalité ? Pour qu'il ne se retourne pas contre elle sitôt qu'il apprendrait qui elle était vraiment ?
- Sur une échelle de 1 à 10, à quel point est-ce que je peux te faire confiance ? demanda-t-elle posément.
- 9 ¾.
Megan ne put s'empêcher de sourire. Ce n'était pas une réponse à laquelle elle s'attendait, mais elle lui plaisait.
- Je sais que tu t'es beaucoup méfié de moi. À cause de mes parents. Et que tu as eu du mal à croire leur histoire. Si tu veux que je t'explique quel est mon lien avec Voldemort, il va falloir que tu fasses de nouveau des efforts, le prévint-elle.
- Dis-moi, aboya l'homme.
- Tu ne me verras plus jamais comme avant.
- Dis-moi !
Une lueur folle s'était mise à danser dans les yeux du fugitif. Il allait probablement essayer de la tuer. Elle choisit de prendre le risque.
- Il m'a désignée comme son futur bras droit et a partagé un peu de ses pouvoirs avec moi, avoua‑t‑elle d'une seule traite.
Il y eut un long silence dans la grotte, uniquement rompu par les bruits de mastication de Buck, qui rongeait la carcasse d'un rat.
- Quoi ? finit par lâcher Sirius.
La lueur dans ses yeux s'était éteinte aussi subitement qu'elle était apparue. Ce n'était pas à cela qu'il s'attendait. Megan ignorait quelle nouvelle il avait pensé apprendre, elle était trop concentrée sur les gestes de l'homme, prête à bondir s'il tentait de s'en prendre à elle. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle venait de lui avouer son plus grand secret.
- Je n'étais même pas née quand Voldemort a fait ce choix, reprit-elle pour justifier de son innocence. Personne ne m'a jamais demandé mon avis sur la question. C'est pour m'éviter de suivre cette voie que mes parents se sont détournés de lui, et c'est pour ça qu'ils ont été tués, parce que Voldemort voulait se venger de leur trahison, et parce qu'il voulait me récupérer. Sauf qu'il est tombé, les Mangemorts l'ont suivi dans sa chute, et c'est les Malfoy qui m'ont récupérée, puis Dumbledore, qui a fait en sorte que je sois envoyée à Gryffondor et que je sympathise avec les Weasley, pour s'assurer que je sois « du bon côté », c'est-à-dire du vôtre.
Elle parlait si vite qu'elle respirait à peine, mais elle voulait en dire un maximum avant que Sirius ne l'interrompe.
- Aujourd'hui, il va revenir et il me veut à ses côtés, c'est ce qu'il a toujours voulu, il ne veut pas que les pouvoirs qu'il m'a donnés soient utilisés contre lui, il sait de quoi je suis capable, et il pense que je suis son dû, que je lui appartiens. Il fera tout pour me récupérer, c'est pour ça que mon « amie » Anita a été tuée, et je sais qu'il tuera d'autres personnes.
Sirius la dévisageait en écarquillant un peu plus les yeux à chaque seconde. Il semblait avoir du mal à assimiler toutes les informations que la jeune fille venait de lui donner, à accepter le fait que l'adolescente assise en face de lui dans cette caverne soit l'arme secrète du plus grand mage noir de l'Histoire. Il la voyait comme une source de grand danger, Megan en était certaine, elle n'aurait jamais dû lui raconter tout cela, il allait l'attaquer ou retourner tous ses proches contre elle, il fallait qu'elle l'en empêche, et peu importait alors l'amitié qu'elle avait pu ressentir pour le fugitif.
- Il faut te mettre à l'abri, alors, souffla-t-il alors qu'elle s'apprêtait à lui sauter à la gorge. Tu ne devrais pas être dehors ce soir, sans protection, Dumbledore ne sait même pas que tu es là ! Tu te rends compte du danger que tu coures en étant hors de Poudlard ?
Il avait l'air en colère, maintenant. Megan, décontenancée, ne comprenait rien à ce qui se passait. Sirius se leva et l'empoigna par le bras.
- Je te ramène à l'école, et tu vas me promettre d'y rester ! Famille malade ou pas, tu n'es en sécurité nulle part tant que la menace n'a pas été éliminée. Ne t'avise plus de te balader dans Pré-au-Lard le soir !
- C'est toi qui m'as demandé de venir ! protesta la jeune fille en se dégageant de l'emprise de Sirius. Et je ne pense pas que Voldemort se cache entre les Trois Balais et la Tête de Sanglier, alors lâches‑moi !
- Je ne savais pas qui tu étais, répliqua l'homme en la poussant malgré tout hors de la caverne. Je ne savais pas qu'il te cherchait ! Il est hors de question qu'il mette la main sur toi, tu m'entends ? Il ne se servirait pas seulement de toi pour faire du mal, mais il t'en ferait à toi aussi, tu comprends ?
Malgré son apparence frêle, il avait suffisamment de force pour contraindre l'adolescente à le suivre jusqu'au bas de la montagne, risquant d'être aperçu sous sa forme humaine.
- Tu ne me déteste pas ? ne put-elle s'empêcher de demander.
- Question stupide ! grogna l'homme.
- Je suis l'Héritière des Ténèbres ! s'exclama Megan, réutilisant le surnom stupide que lui avait donné Draco. Je suis née pour servir Voldemort !
- Tu as choisi de l'être ? Non ! Tu as affronté Tu-Sais-Qui ces quatre dernières années ? Oui ! Alors peu importe ce que des adultes ont fait comme choix pour toi avant ta naissance, d'accord ?
En quatorze ans, c'était la première fois que Megan entendait quelqu'un lui tenir ce discours. Personne d'autre qu'elle n'avait jamais sembler prendre en compte le fait que toutes les misères de son existence lui avaient été imposées, qu'elle n'avait pas choisi de naître avec une partie des pouvoirs de Voldemort. En un instant, Sirius Black se retrouva propulsé tout en haut de la liste des personnes que Megan allait protéger à travers son marché avec le mage noir. Car peu importait l'impact que le discours de l'homme avait eu sur elle, elle ne renonçait pas à son projet.
- Sirius, reprit-elle alors qu'ils continuaient à descendre au pas de course vers le village. Personne n'est au courant. Personne sauf Dumbledore, ou Snape et les autres Mangemorts. Je veux dire, même pas Hermione ou les Weasley, et encore moins Potter. Ils ne savent même pas qui étaient mes parents !
- Les Weasley ne savent rien ? Tu m'as dit que –
- Les Weasley ne savent pas qui je suis pour Voldemort, mais ils savent pour mes parents. Sauf Ron. Il est trop jeune pour savoir qui ils étaient. Alors gardes tout pour toi, d'accord ?
- Évidemment, grogna l'homme.
Il était si prompt à accepter qui elle était et à garder son secret que Megan en fut déstabilisée. Elle se laissa entrainer le long du sentier abrupt, trébuchant parfois sur une pierre, tâchant de rester digne.
- À partir de maintenant tu fais attention à toi, c'est compris ? aboya Sirius lorsqu'ils approchèrent de la barrière au village. On se verra bientôt avec les trois autres. Bien sûr, on ne s'est pas vus et je ne t'ai rien dit sur l'Ordre, tu ne sais pas ce que c'est.
- Bien sûr.
Sous ses yeux, Sirius reprit sa forme canine et l'accompagna jusqu'à Honeydukes, en bon chien égaré et affectueux. Megan le trouvait exagérément prudent à son égard, certaine que Voldemort ne se cachait pas à Pré-au-Lard – elle ne parcourait pas l'Europe pour rien ! – mais apprécia néanmoins sa compagnie. Debout sur ses pattes arrière, le gros chien noir poussa la porte de la confiserie, laissée ouverte par la jeune fille. Padfoot connaissait bien ce passage secret jusqu'à Poudlard, c'était grâce à la carte du Maraudeur qu'il avait cocréée que Megan l'avait découvert. Sous son regard insistant, la jeune fille retourna dans le tunnel et remonta vers le château, rejoindre son lit, avec le sentiment d'être libérée d'un poids.
Il ne restait plus que deux semaines avant la seconde tâche, et le temps filait. Megan rattrapait le retard accumulé en classe pendant son absence, apprenait l'albanais à une vitesse impressionnante, et s'amusait de voir Potter devenir chaque jour un peu plus pâle. Elle ne savait pas où il en était dans ses recherches relatives aux plongées sous-marines magiques, mais d'après les informations qu'elle était allée recueillir, Cedric, Fleur et Krum étaient fins prêts. Elle ignorait cependant quelles méthodes ils adopteraient pour plonger au fond du lac.
Cal lui envoyait des hiboux tous les deux ou trois jours pour la tenir informée de ses progrès avec la librairie. Serena s'apprêtait à rentrer en Irlande car il avait beaucoup gagné en autonomie, mais la perspective de gérer seul la boutique l'angoissait. Megan lui promit de passer lui rendre visite dès qu'elle en aurait l'occasion. Elle n'avait pas oublié que le garçon avait tenté de l'agresser avec ses amis à Stourbridge, mais maintenant qu'elle connaissait de lui d'autres facettes que le caïd en carton du fond de l'Irlande, elle l'appréciait réellement.
Deux jours avant la seconde tâche du tournoi, Potter s'avéra incapable de manger. Megan en déduisit qu'il n'avait toujours pas trouvé de solution. Mais tous furent distraits par l'arrivée d'un hibou au cours du petit déjeuner, porteur d'un message de Sirius :
Fais-moi savoir la date du prochain week-end à Pré-au-lard par retour de hibou.
Potter retourna le parchemin mais rien d'autre n'était écrit au verso.
- C'est le week-end après celui qui vient, murmura Hermione, qui avait lu par-dessus son épaule. Tiens, prends ma plume et renvoie-lui immédiatement ce hibou.
Le garçon griffonna la date au dos du parchemin. Il l'attacha à nouveau à la patte du hibou et le regarda s'envoler, l'air déçu par la taille du message. Megan savait que le fugitif comptait leur donner rendez-vous à Pré-au-lard, pour un nouveau face à face.
- Venez, dit soudain Potter en secouant la tête, on a un cours de Soins aux créatures magiques.
Hagrid voulait-il se faire pardonner la dernière séance avec les Scroutts à pétard – qui, d'ailleurs, n'étaient plus que deux – ou bien essayait-il de prouver qu'il pouvait faire aussi bien que le professeur Grubbly-Plank, les élèves n'en savaient rien mais, en tout cas, depuis qu'il avait recommencé à travailler, il avait poursuivi le cours sur les licornes. Il apparut très vite que le professeur en savait autant à leur sujet que sur les monstres, même s'il semblait regretter qu'elles soient dépourvues de crochets venimeux. Ce jour-là, il avait réussi à capturer deux poulains de licorne. À la différence des licornes adultes, ils avaient une couleur d'or pur. Parvati Patil et Lavender Brown éprouvèrent un véritable ravissement en les voyant et même Pansy Parkinson dut faire de sérieux efforts pour ne pas montrer à quel point elle les trouvait adorables.
- Les petits sont plus faciles à repérer que les adultes, expliqua Hagrid. Les licornes prennent une couleur argentée vers l'âge de deux ans et il leur pousse une corne vers quatre ans. Elles ne deviennent complètement blanches qu'à l'âge adulte, c'est-à-dire aux environs de sept ans. Elles sont un peu plus confiantes quand elles sont toutes petites-mais elles n'aiment pas beaucoup les garçons... Venez, approchez-vous, vous pouvez les caresser si vous voulez... Donnez-leur ces morceaux de sucre...
La plupart des élèves se rassemblèrent autour des bébés licornes, et Megan et Draco profitèrent de leur distraction pour se rapprocher l'un de l'autre tout en restant à une distance suffisante pour qu'on ne s'aperçoive pas qu'ils se parlaient.
- Alors, l'Albanie ? dit le garçon d'un ton nonchalant.
- Je partirai après la deuxième tâche, je ne sais pas exactement quand. Bientôt.
- Il y avait suffisamment d'argent ?
- Oui, c'est parfait.
Draco hocha la tête, puis s'éloigna pour rejoindre son groupe d'amis Serpentard. Megan les observa, jalouse elle aurait tellement aimé passer son temps avec Malfoy plutôt qu'avec Potter ! Heureusement, Ron et Hermione étaient de bien meilleurs amis que Crabbe, Goyle ou Pansy Parkinson.
