LA LISTE

Cal était si content de recevoir la visite de Megan qu'il la laissa déjeuner sans poser la moindre question, alors même qu'elle lui avait écrit quelques jours plus tôt pour lui dire qu'elle ne pourrait pas venir le voir avant plusieurs semaines. Il lui raconta ses progrès à la librairie, l'augmentation de la clientèle, et lui parla de cette jeune sorcière, un peu plus âgée que lui mais tellement belle, qui venait tous les mercredis lui emprunter un nouveau livre – il attendait le lendemain avec impatience. Il ne se formalisa pas que Megan ne lui réponde que par quelques onomatopées ou hochements de tête, et elle lui en fut reconnaissante. Après le repas, il retourna travailler à la boutique et laissa Megan faire une longue sieste à l'appartement. Ici, elle se sentait plus légère, elle pouvait oublier quelques heures qu'elle devait conclure un marché avec le pire mage noir que le monde sorcier ait connu pour sauver la vie d'une poignée de gens qu'elle aimait, elle oubliait qu'elle devait trahir la confiance de ses amis et de Dumbledore, elle oubliait qu'elle était « l'Héritière des ténèbres ». Cal ne la connaissait que comme Demi, l'étrange sorcière qui lui avait effacé la mémoire et lui avait offert un appartement et une librairie magique, et c'était un immense soulagement d'être en sa compagnie. À quatre heures, lorsqu'elle se fut enfin reposée, elle alla retrouver le jeune homme à la boutique. Il conseillait deux femmes d'âge mûr sur les meilleurs manuels en matière de créatures magiques.

- Vous n'avez pas plutôt Le guide des créatures domestiques nuisibles ? insistait l'une d'elles, vivement approuvée par l'autre.

- Il n'y a aucun ouvrage de Gilderoy Lockhart ici, lança Megan d'un ton sans appel.

Elle tendit le bras et attrapa un exemplaire de Vie et habitat des animaux fantastiques, et le leur tendit.

- Tout ce que vous avez besoin de savoir se trouve là-dedans.

La première femme pinça les lèvres en se saisissant du manuel. Elle semblait avoir une nette préférence pour Lockhart, mais Megan était inflexible. La seconde leva les yeux vers Cal, qui hocha la tête.

- C'est ce que je peux vous proposer de mieux, affirma-t-il, Newt Scamander est un expert dans ce domaine.

Résignées, les deux femmes achetèrent chacune un exemplaire et repartirent.

- J'ai fait des recherches sur eux deux, dit Cal en retournant s'asseoir derrière sa caisse. Lockhart a vraiment voulu s'attribuer tous ces mérites ?

- Il a réussi pendant longtemps, soupira Megan. Mais il a fini par être démasqué. J'ai donné un coup de main dans ce sens... C'était une ordure.

- Est-ce que Cathy l'a eu comme professeur ? s'enquit-il soudain.

- Non, il n'a enseigné à Poudlard qu'une année, il y a deux ans.

- Tu as parlé d'un violeur...

- Je n'ai aucune preuve, reconnut la jeune fille. Mais il faut reconnaître que c'est une possibilité. L'important c'est qu'il a été mis hors d'état de nuire, maintenant.

Cal hocha la tête.

- Dis-moi, pourquoi tu n'es pas à Poudlard ?

Le temps des questions était venu, c'était inévitable.

- J'essaye de retrouver quelqu'un – sauf que je n'y arrive pas.

- Tu m'as parlé de quelqu'un de malade...

- C'est un mensonge, avoua-t-elle sans rougir. Je dis ça à tout le monde pour éviter qu'on me pose des questions.

- Qui est-ce que tu essayes de retrouver ?

- Oh, c'est une longue histoire. Mais j'étais sur une piste, sauf qu'elle ne m'a menée nulle part – encore.

- Tu veux en parler ?

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée.

Elle n'avait pas envie que Cal cesse de la voir comme juste Demi. Elle ne voulait pas lui raconter qui elle était et ce qu'elle faisait, elle voulait conserver ce havre de paix qu'il lui offrait. Mais un regard extérieur ne serait pas une si mauvaise idée – après tout elle n'était pas obligée de tout lui raconter.

- La personne que je cherche... J'essaye de la retrouver pour lui proposer mon aide, sauf qu'elle est en fuite, donc elle est dure à trouver. Je sais qu'elle s'est cachée longtemps en Albanie, dans une forêt, c'est là que j'étais. Je sais qu'un... ami l'a retrouvée là-bas, et je sais qu'ils ont tué quelqu'un.

Cal sourcilla à peine, il essayait de se montrer à la hauteur de sa confiance, elle le voyait, et elle appréciait ses efforts.

- J'ai retrouvé l'endroit où ils se sont cachés, mais ils n'y sont plus depuis cet été.

- Comment est-ce que tu le sais ?

- Parce qu'avant ça j'ai été dans un manoir en Angleterre où ils se sont cachés après ça.

- Comment tu sais qu'ils y sont allés ?

- Quelqu'un a été tué là-bas, et puis ce manoir appartenait à la famille de celui que je cherche, et j'ai trouvé un parchemin couvert d'annotations qui me prouvait qu'ils avaient été là.

- Ils sont en fuite et ils ont laissé une preuve qu'ils étaient là ? Ils ne sont pas très prudents, commenta Cal.

Megan réfléchit – le Moldu avait raison, ça ne ressemblait pas vraiment à Voldemort de laisser derrière lui des indices aussi gros, et il avait sûrement veillé à ce que la bêtise congénitale de Pettigrew ne suffise pas à les trahir.

- Où est-ce qu'ils ont été ensuite ? s'enquit Cal, qui semblait captivé par cette histoire, et ne semblait même pas s'étonner que la jeune fille cherche à retrouver et aider deux criminels en fuite.

- Aucune idée, admit la jeune fille. Ma piste s'arrête là-bas.

- Alors retournes-y ?

Encore une fois, Megan prit en considération l'idée du jeune homme. Elle était déjà allée à Little Hangleton et ne souhaitait pas particulièrement y remettre les pieds, mais elle n'avancerait pas plus à Stourbridge que là-bas. Peut-être avait-elle manqué d'autres indices, peut-être trouverait-elle cette fois quelque chose qui lui permettrait de savoir où Voldemort et Pettigrew s'étaient rendus ensuite, maintenant qu'elle avait retracé le fil de leurs déplacements.

- Je vais faire ça, finit-elle par décréter. J'irai demain. Et si je ne trouve rien...

- Tu pourras revenir ici, sourit Cal.


Passer une journée en compagnie de Cal fut bien plus agréable qu'une nuit seule sous la tente. Ils passèrent l'après-midi à la librairie à conseiller des clients sur les meilleurs biographies de gobelins et contes pour enfants, Cal harcela Megan de questions sur les dragons et les loups-garous, bien qu'il semblât avoir déjà lu tous les ouvrages portant sur la question, puis ils se rendirent dans un café que le jeune homme appréciait où il amena la jeune fille à lui raconter comment elle avait affronté un troll adulte à l'âge de onze ans, un serpent centenaire assassin à douze ans, et fait libérer un prisonnier condamné à mort à treize ans. Il la regardait avec admiration, elle était une héroïne à ses yeux. Mais hors de question de lui parler de celle qu'elle était vraiment – elle tenait trop à cette relation. Elle devait mentir à tout le monde pour ne pas perdre ceux qu'elle aimait à tout le monde sauf à Draco. Le soir, ils dînèrent en regardant la télévision, une habitude que Megan appréciait quand elle était chez les Boyd, même si elle avait constaté que les écrans fonctionnaient mal. Cal cuisinait bien mieux qu'elle et elle se délecta de ce qu'il lui prépara. Ils parlèrent encore de magie jusqu'à ce qu'elle tombe de fatigue après une heure du matin.

Cal était déjà parti à la librairie – impatient de voir arriver sa cliente préférée – lorsque Megan se réveilla. Il lui avait laissé un mot sur le réfrigérateur lui indiquant où trouver de quoi se préparer un petit déjeuner et lui souhaitant bonne chance dans ses recherches de criminels, une attention qui la toucha. Elle rassembla ses affaires, puis appela le Magicobus d'un geste de sa baguette. Stan Rocade lui paraissait de plus en plus suspicieux chaque fois qu'elle le voyait, et elle refusait toujours de lui donner son nom.

- Little Hangleton ? Répéta-t-il avec un reniflement méfiant. Il y a des sorciers qui vivent là-bas ?

- Ça m'arrangerait qu'il y en ait deux en particulier.

Il s'était écoulé deux mois depuis le dernier passage de Megan dans ce village, et rien n'avait changé, hormis qu'il faisait un peu moins froid. Ne souhaitant pas attirer l'attention une fois de plus, la jeune fille contourna le centre de la commune puis entreprit de gravir la colline boueuse au sommet de laquelle se dressait le manoir des Riddle. Essoufflée, les cheveux ébouriffés par le vent qui balayait la région ce matin-là, elle poussa la grille rouillée et traversa le jardin sauvage en prenant garde à ne pas déchirer ses vêtements dans les ronces et les roses – elle avait déjà suffisamment abîmé une tenue lors de sa traversée de la forêt en Albanie. Elle poussa la lourde porte et traversa le hall sous le regard mort des portraits accrochés là, puis pénétra dans le salon. Et se figea. Un petit homme chauve, avec des yeux larmoyants et un nez pointu se tenait face à elle, sa baguette pointée vers son visage. Sa main trembla lorsqu'il la reconnut.

- Baisses cette baguette, Wormtail, siffla-t-elle.

Elle parvenait difficilement à assimiler ce qu'elle voyait. Peter Pettigrew était là, l'air hagard, et derrière lui le fauteuil faisait face au feu ronflant – comment avait-elle pu ne pas s'apercevoir de la présence des deux individus dans le manoir en approchant ?

- Meganna Demi Buckley, dit une voix aiguë et glacée, s'élevant du fauteuil. Ou peut-être devrais-je t'appeler Demi Riddle ?

La jeune fille chercha mais ne trouva pas quoi répondre. C'était Voldemort, elle le sentait dans l'air, elle le sentait au fond d'elle-même. Elle l'avait retrouvé.

- Baisses ta baguette, Wormtail, répéta la voix. Ce n'est pas ainsi qu'on traite une invitée. Laisse-la entrer.

Pettigrew obéit et recula d'un pas, tremblant, ne quittant pas Megan des yeux. Il avait peur d'elle.

- Approches, intima la voix. Je veux te voir.

Megan aurait dû être terrifiée, elle aurait dû vouloir s'enfuir, appeler au secours, courir le plus loin possible de cette voix, mais elle ne ressentait rien de tout cela. Elle contourna le fauteuil et lui fit face. La chose qu'elle y vit la fit déglutir de dégoût. Enveloppée dans un tissu noir se trouvait une chose repoussante, de la taille d'un jeune enfant, entièrement chauve, recouverte d'écailles grossières, d'un noir rougeâtre. La chose avait des bras et des jambes frêles, graciles, et un visage plat, semblable à une tête de serpent, avec des yeux rouges et flamboyants. C'était tout ce qu'il restait de Lord Voldemort.

- Quatorze ans, siffla voix dans un chuintement qui ressemblait à s'y méprendre à du Fourchelang. Je t'ai attendue pendant quatorze ans.

Lové aux pieds du fauteuil, un gigantesque serpent fixait la jeune fille de ses yeux jaunes, mais elle ne ressentit aucune crainte. Elle était la bienvenue ici, on ne la voyait pas comme une ennemie.

- Je suis là, maintenant, dit Megan en se forçant à parler d'une voix égale et à dissimuler la révulsion que lui inspirait la créature. Je vous cherche depuis des mois.

- Ah oui ?

Un sourire tordit le visage de la chose, et Megan se sentit frissonner.

- Je sais que tu es déjà venue ici, sourit Voldemort. Il y a… deux mois. Tu n'as pas aimé le portrait de mon père, Meganna ?

La jeune fille tourna les yeux vers le feu. Noirci et en lambeaux gisait toujours le cadre qui avait abrité le portrait de Tom Riddle Senior, qu'elle avait brûlé de rage lors de sa dernière venue.

- Comment pouvez-vous savoir si c'était moi ? répliqua-t-elle.

- Une certaine Demi Riddle s'est fait remarquer au Pendu, s'amusa la créature. Probablement la même personne qui a utilisé un Révélateur pour lire le contenu des parchemins qu'elle a trouvés, qui a jeté le portrait de Tom au feu et qui a passé la nuit dans ces murs. Tu oublies que je fais partie de toi, Meganna. Je peux sentir ta présence.

La jeune fille réprima un nouveau frisson – elle n'aimait pas qu'il parle de faire partie d'elle, mais elle savait qu'il avait raison, elle aussi pouvait le sentir.

- Où étiez-vous ? s'enquit-elle, soucieuse d'obtenir enfin les réponses à ses questions. Je vous ai cherché, en Albanie, et ici. Vous étiez partis. Pourquoi être revenus ?

- Nous avions des affaires ailleurs, s'amusa Voldemort, nous nous sommes absentés quelques jours à peine... Quel dommage que nous ne nous soyons pas croisés alors...

Megan secoua la tête, agacée : elle avait touché au but, deux mois plus tôt, il lui aurait suffi d'arriver quelques jours avant, ou après. Elle avait perdu tant de temps !

- Alors dis-moi, Meganna... Pourquoi ces voyages hors de Poudlard, au nez crochu et à la longue barbe d'Albus Dumbledore ?

- Je vous cherchais, répéta-t-elle. J'ai dit à Dumbledore que je voulais vous espionner pour lui... Mais c'était un mensonge. Je vous cherchais pour vous rejoindre. Les signes –

- Me rejoindre ? rit Voldemort. Après toutes ces années ? Après avoir aidé Harry Potter et ses amis à empêcher Quirrell de me procurer la Pierre philosophale ?

- Vous avez ordonné à vos Mangemorts de tuer mes parents ! s'exclama Megan en serrant les poings, soudain incapable de retenir sa colère.

La créature sourit et inclina la tête sans quitter la jeune fille des yeux.

- Après avoir tué le Basilic, alors que tu étais la seule qu'il aurait épargnée ? Pour sauver Harry Potter ? insista-t-il.

- Vous avez fait tuer mes parents, répéta Megan qui se rappela la rage qui l'avait envahie ce soir-là dans la Chambre. Vous aviez fait attaquer Hermione et vous essayiez de tuer Ginny.

- Après avoir contribué à révéler le secret si bien gardé de mon fidèle serviteur ici présent ?

Voldemort s'amusait de toute évidence à forcer Megan à se justifier de toutes les actions qu'elle avait menées à son encontre.

- Pettigrew n'est qu'un lâche et un traître, cracha-t-elle. Sirius Black ne méritait pas de payer pour son manque de courage.

- Tu as raison, admit la créature.

Retranché dans un angle de la pièce, Wormtail laissa échapper un glapissement plaintif.

- Alors pourquoi ? Sourit le mage noir. Pourquoi me rejoindre maintenant ?

- Parce que maintenant je sais que Potter n'est qu'un gamin, qu'il n'a aucune chance de vous détruire un jour, parce que je sais que vous êtes le plus grand sorcier que ce monde ait connu, parce que rien ne vous empêchera de retrouver votre pouvoir perdu, et parce que je ne suis pas assez stupide pour vouloir me dresser contre vous. Dumbledore a voulu me manipuler, et il y est presque parvenu, mais je vois enfin la vérité, maintenant. Il y a quatorze ans, vous avez voulu faire de moi votre bras droit. Aujourd'hui, je viens vers vous pour vous offrir mon allégeance.

Voldemort laissa échapper un rire froid, qui transperça Megan en toutes parts. Elle n'avait plus le contrôle de la situation, elle avait oublié que Voldemort n'était pas qu'une légende qu'elle entendait depuis son enfance, qu'il était plus qu'un visage à l'arrière d'un crâne ou qu'un souvenir enfermé dans les pages d'un journal intime, elle avait oublié qu'il était véritablement le plus grand sorcier que ce monde ait connu, et elle était aujourd'hui seule face à lui, du haut de ses quatorze ans. Seul Cal le Moldu libraire et Stan Shunpike le contrôleur boutonneux savaient où elle se trouvait, personne ne lui viendrait en aide si les choses tournaient mal.

- Intéressante, cette nouvelle profession de foi, rit le mage noir. Et Dumbledore pense que tu viens m'espionner pour son compte ? C'est pour cela qu'il te laisse aller et venir hors de Poudlard à ta guise ?

- Il est naïf, il croit en la force de son pouvoir de manipulation. Mais forcer le Choixpeau à m'envoyer à Gryffondor, ou me faire adopter par des Cracmols, ce n'était pas suffisant pour me faire oublier qui je suis et pourquoi je suis née.

Elle mentait à Dumbledore depuis le début, et elle mentait maintenant à Voldemort. Elle n'était loyale ni à l'un ni à l'autre, elle ne prendrait jamais le parti du vieux manipulateur, ni n'aiderait le dangereux mage noir à retrouver son pouvoir, elle n'agissait que dans son propre intérêt, elle n'agissait que pour avoir la possibilité de se dresser aux côtés de ceux qui l'emporteraient, quels qu'ils soient, tout en ayant l'assurance que ceux qu'elle aimait seraient épargnés, dans la mesure du possible.

- Je ne vous demande qu'une seule chose en échange de mon allégeance, ajouta-t-elle.

La créature rit de nouveau, et Megan recula d'un pas malgré elle, s'approchant tant du feu qu'elle sentit les flammes danser près de sa peau.

- Quelle est ton offre, Meganna ? demanda Voldemort avec une politesse inattendue.

- Sirius Black, Hermione Granger, la famille Weasley, Kevan Garrow, la famille Malfoy, la famille Boyd et Callaghan Davison, récita la jeune fille. Je demande qu'ils soient épargnés. Vous pourrez compter sur moi tant qu'ils seront protégés.

Voldemort pencha de nouveau la tête, dévisageant Megan de ses yeux rouges flamboyants.

- Voilà un marché intéressant, admit-il. Mais ces noms le sont d'autant plus. Sirius Black, le prisonnier en fuite ?

La seule et unique personne à qui Megan ait confié le secret de son lien avec Voldemort. Celui qui l'avait acceptée telle qu'elle était et ne l'avait pas trahie. Il était devenu tellement important pour elle.

- Il a passé treize années à Azkaban pour un meurtre qu'il n'a pas commis, asséna Megan en fusillant Pettigrew du regard.

Celui-ci se recroquevilla, il savait la haine que lui vouait maintenant celui qui avait été son ami.

- Il faisait partie de l'Ordre du Phénix, objecta le mage noir.

Megan resta interdite, surprise de l'entendre parler du réseau de résistance de Dumbledore.

- Tu sais de quoi je veux parler, se réjouit le sorcier. Tu en as entendu parler, bien sûr...

- L'Ordre du Phénix n'existe plus. Tout le monde croit que vous avez été détruit il y a treize ans, tout le monde sauf quelques rares personnes comme Dumbledore. Cette liste n'est pas négociable, précisa-t-elle avec aplomb.

- Et si je refuse de te promettre leur protection ?

- Alors je ne serai jamais à vos côtés.

- Et tu crois que je te laisserais partir d'ici, et annoncer au monde que je n'ai pas disparu ? Tu crois que je te laisserais te servir contre moi des pouvoirs que je t'ai donnés ?

- Non, je crois que dans l'état où vous êtes je n'aurais aucun mal à vous attaquer et -

Voldemort n'avait prononcé aucun sort, mais à l'instant où la créature frêle leva sa baguette vers Megan, elle fut transpercée par une douleur immense, surpassant tout ce qu'elle avait jamais ressenti. On lui brûlait les entrailles, sa tête allait exploser, ses dents grincèrent, ses yeux se révulsèrent, elle n'entendit pas le hurlement qu'elle poussa son corps s'agita de soubresauts incontrôlables tandis qu'elle essayait de lutter contre la douleur, puis tout disparut. Allongée sur le sol près du feu, le cœur battant la chamade, des étoiles devant les yeux, Megan réalisa difficilement qu'elle venait d'expérimenter les horreurs du sortilège Endoloris pour la première fois. Un gémissement lui échappa. Jamais elle ne s'était sentie aussi faible et vulnérable, le corps brisé, gisant au pied du Seigneur des Ténèbres, à quelques centimètres de son immense serpent.

- Ne sous-estime jamais les pouvoirs de Lord Voldemort, siffla la créature depuis le fauteuil. Maintenant dis-moi, Meganna Buckley, as-tu véritablement l'intention de me rejoindre ?

Elle n'eut pas le temps de répondre que la douleur la transperça de nouveau. Elle releva ses genoux contre sa poitrine, cria de toutes ses forces, se tordit sur le sol, mais rien n'arrêtait le feu en elle, rien ne pouvait apaiser cette souffrance. Lorsque Voldemort rompit de nouveau le maléfice, elle sentit des larmes rouler sur ses joues. La colère et l'humiliation l'envahirent, mais elle n'avait pas la force de se relever.

- Réponds à la question, Meganna, ordonna Voldemort.

- Oui, dit-elle dans un murmure.

Elle ne l'avait pas convaincu. Il pointa de nouveau sa baguette sur elle, et Megan crut que la douleur allait la tuer – elle espéra que la douleur allait la tuer. Mais après des secondes qui lui semblèrent être des heures d'agonie, la douleur disparut de nouveau.

- Oui ? insista Voldemort.

- Oui... Torturez-moi... autant... que vous le voulez, haleta-t-elle. Je... Je dis la vérité... Je veux... vous...

Elle n'arrivait pas à aller au bout de sa phrase, la gorge brûlante d'avoir hurlé, la tête lourde, le corps endolori.

- Que vas-tu dire à Dumbledore lorsqu'il va te rappeler auprès de lui ?

- Que je vous ai... je vous ai retrouvé. Que vous êtes vivant.

Petit à petit, elle retrouvait l'usage de son corps. Elle se redressa lourdement sur le côté, puis rampa vers le manteau de la cheminée et s'y adossa péniblement pour faire face à Voldemort, encore trop faible pour envisager de se lever.

- Il va prévenir le ministère, supposa Voldemort. Et il te demandera où me trouver.

- Non... Non, il ne les préviendra pas. Il sait qu'il ne peut pas juste... leur dire que vous êtes vivant... Avec pour seule preuve mon témoignage, alors que je devrais être à Poudlard... Non, il veut juste... savoir sous quelle forme vous survivez. Et que je vous empêche de... revenir.

- Et que vas-tu faire, petite fille ?

Megan inspirait et exhalait profondément et prudemment, comme si elle craignait de réveiller la douleur. Elle ne releva même pas l'insulte.

- Lui dire que vous avez survécu, que vous avez une forme... matérielle. Et que je vais faire semblant de vous soutenir et vous empêcher de revenir. Mais c'est faux...

- Qu'as-tu à gagner à ne pas m'en empêcher ?

- Je n'y arriverais pas... Le sort de Mort ne vous a pas tué, je n'y arriverai pas. Vous êtes trop puissant. Et ensemble... à vos côtés, je serai plus puissante que jamais.

Cette fois elle était honnête : elle savait que Voldemort, s'il reprenait sa forme humaine et retrouvait tous ses pouvoirs, aurait beaucoup à lui apporter, et elle désirait cette puissance. Voldemort sourit de nouveau et leva sa baguette – pour la première fois de sa vie, Megan sentit la terreur s'emparer d'elle, elle ne voulait plus souffrir, plus jamais elle ne voulait endurer cette torture. Mais la douleur ne vint pas. Le décor se mit à flotter autour d'elle, jusqu'à disparaître, remplacé par un flot d'images. Megan avait six ans et elle trouvait les cadavres de ses parents dans la maison... Megan faisait exploser toutes les vitres de la maison des Boyd dans une crise de colère... Megan rencontrait Draco Malfoy et souriait pour la première fois depuis trois ans... Megan avait onze ans et le Choixpeau magique l'envoyait à Gryffondor... Elle comprit rapidement que Voldemort était entré dans sa tête et fouillait ses pensées et ses souvenirs à la recherche de la vérité, mais elle ne pouvait pas le laisser la découvrir, sans quoi il la tuerait et rien ne pourrait plus protéger ceux qu'elle aimait. Elle rassembla le peu de forces qui lui restait et les concentra sur la version qu'elle avait tenue au mage noir, tandis que les images continuaient à se succéder, comme un film grandeur nature. Elle était dans la Forêt Interdite et elle sentait la présence de Voldemort pour la première fois... Elle passait une soirée en compagnie des jumeaux Weasley et acceptait enfin sa répartition à Gryffondor... Hermione était étendue sur un des lits de l'infirmerie, pétrifiée... Ginny gisait inconsciente sur le sol de la Chambre des Secrets... Le crochet venimeux du Basilic transperçait sa chair... Elle était aux pieds des pyramides avec la famille Weasley et ne cessait de sourire... Kevan l'embrassait dans la salle de classe vide... Le Détraqueur se rapprochait inexorablement... Sirius lui disait qu'elle n'avait pas choisi d'être née l'héritière de Voldemort... Elle prenait la décision de rejoindre Voldemort pour sauver ses amis... Dumbledore lui confiait la tâche d'espionner Voldemort... Elle se promettait de retrouver Voldemort et de le servir pour sauver ses amis, trahissant Dumbledore... Elle se tordait de douleur dans le manoir Riddle...

- Fascinant, murmura la voix aiguë, la ramenant à la réalité. Tu as dit vrai... Il aura fallu quatorze ans... Mais tu m'es finalement revenue, tu prends enfin la place que tu aurais toujours dû occuper... Ces idiots de Buckley sont morts en vain.

Megan ferma les yeux, mais elle ne put retenir deux larmes. Aujourd'hui, elle reniait le sacrifice de ses parents.

- Relève-toi, et va chercher des bûches pour entretenir le feu, ordonna Voldemort. Nous avons beaucoup de choses à nous raconter.

La jeune fille rassembla ses forces et ordonna à ses muscles de la hisser sur ses jambes, puis de l'entraîner aussi vite que possible hors de la pièce. Dès qu'elle eut passé la porte du manoir et se retrouva dans le jardin, elle se laissa tomber à genoux dans les fougères et se mit à pleurer à grosses larmes, de honte et de peur. Jamais elle ne s'était sentie aussi faible, jamais elle n'avait laissé quelqu'un la rabaisser ainsi, et jamais elle n'avait autant manqué de respect à ses parents. Mais elle espérait qu'ils comprenaient, là où ils étaient, qu'elle devait prendre ce risque, qu'elle devait faire ce choix, pour sauver les autres.

Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre ses esprits et calmer ses sanglots. Lorsqu'elle se releva, elle était redevenue elle-même, elle s'était à nouveau enfermée dans la carapace dans laquelle elle vivait depuis huit ans. Elle traversa le jardin jusqu'au cabanon voisin où elle récupéra quelques bûches, qu'elle rapporta au salon.

- Je ne suis pas là pour jouer les elfes de maison, crut-elle bon de préciser.

- Je m'en doute, sourit Voldemort. Wormtail, va préparer à manger tu dois avoir faim, Meganna.

La jeune fille opina du chef, et elle n'était pas mécontente de ne pas avoir à cuisiner elle-même. Pettigrew faisait un esclave bien plus satisfaisant qu'elle. Elle s'adossa au mur, faisant face au fauteuil et à la chose immonde juchée dessus.

- Je ne pensais pas qu'il serait si facile de te ramener auprès des tiens, dit Voldemort.

- Dumbledore a tout fait pour que ça n'arrive pas : il m'a faite adopter par des Cracmols, il m'a envoyée à Gryffondor, il m'a...

- Rapprochée de Harry Potter ?

Megan hocha la tête avec une grimace.

- Ça n'a pas marché. Je sais qui je suis. Et je ne peux pas supporter Potter.

- Pourtant tu as risqué ta vie pour lui... Il y a deux ans, tu as affronté le Basilic, et tu as bien failli ne pas te relever – sans cet idiot d'oiseau, tu serais morte dans la Chambre.

- Ce n'était pas pour lui, répliqua la jeune fille d'un air farouche. C'était pour Ginny. Et pour Hermione.

- Et contre moi.

La créature dévisagea Megan avec une telle intensité qu'elle ressentit le besoin soudain de disparaître, d'échapper à ce regard rougeoyant et mauvais.

- Vous avez fait tuer mes parents.

- Ce n'est pas moi qui les ai tués, lui fit remarquer Voldemort. Je n'étais plus aussi fort qu'avant, comme tu le sais, lorsque ce drame est survenu...

- Vous avez ordonné leur assassinat, riposta Megan, qui ne put s'empêcher de trembler.

- Comprends-moi bien, Meganna. Tes parents étaient mes plus fidèles Mangemorts, j'avais une entière confiance en eux, je les respectais, je les aimais. Puis ils m'ont trahi, ils m'ont poignardé dans le dos en se détournant de moi et t'emmenant avec eux. Qu'aurais-tu fait à ma place ?

Megan lutta contre une envie irrépressible de se jeter sur cette minuscule créature, de l'étrangler à mains nues, de la faire souffrir.

- Il y a deux ans... j'étais en colère, se contenta-t-elle de répondre entre ses dents serrées.

- Et tu l'es encore.

- Ça passera, jura Megan. Je ne suis plus aussi stupide que lorsque j'étais plus jeune, je n'ai rien à gagner à m'opposer au plus grand sorcier de l'Histoire de la magie. Au contraire... Je peux encaisser. Beaucoup de gens sont morts, et beaucoup vont encore mourir... quand vous retrouverez tous vos pouvoirs.

Voldemort hocha sa grosse tête chauve, il aimait ce qu'il entendait. Megan savait toujours aussi bien mentir, elle parvenait petit à petit à dissimuler la haine qu'il lui inspirait, et l'envie de le tuer qui la tiraillait.

- Comment allez-vous faire, d'ailleurs ? ajouta-t-elle. Je sais que vous allez revenir au pouvoir, je suis là pour vous aider, mais comment faire sans la Pierre philosophale ? Et le journal a été détruit...

- Grâce aux bons soins de Mr Potter, acquiesça la chose. Il existe d'autres moyens, Meganna... Mais parles-moi plutôt de cette liste d'élus. Hermione Granger... C'est une des filles qui a été pétrifiée, n'est-ce pas ? Une Sang-de-Bourbe.

Megan serra si fort les poings que ses ongles s'enfoncèrent dans la paume de ses mains.

- C'est une des sorcières les plus brillantes de cette époque, répliqua-t-elle. Et c'est ma meilleure amie.

- Dumbledore a donc réussi à empoisonner ton esprit.

- Non ! Dumbledore n'a aucune influence sur moi, ce n'est pas lui qui guide mes choix, je choisis mes amis et je choisis mon allégeance !

La bouche de la chose se tordit de nouveau en sourire : il appréciait cette soudaine colère envers le directeur de Poudlard.

- Les Weasley, il s'agit également de ton choix, alors ?

Megan serra les dents. Elle savait que Dumbledore avait espéré qu'elle se rapprocherait de cette éminente famille, profondément ancrée de son côté, profondément bonne, et elle s'était conformée à cette attente.

- Je les méprisais, avant de les connaître. Mais ils sont... Je sais qu'ils adorent les Moldus, qu'ils les voient comme nos égaux, et ça je ne le comprends pas, et je ne suis pas en accord avec ça, mais ça ne m'empêche pas de les considérer comme...

Elle repensa aux vacances en Égypte, à la joie qu'elle ressentait lorsqu'elle était au Terrier, à tout le temps passé en compagnie des jumeaux, à la détresse qu'elle avait ressentie lorsque Ginny avait été emmenée dans la chambre.

- Comme une famille, avoua-t-elle.

- Ce ne sont pas plutôt les Malfoy, ta famille ?

Megan secoua la tête, soudain triste.

- Ils l'ont été, admit-elle. Pendant quelques années, avant que j'entre à Poudlard, ils étaient les seules personnes qui comptaient, avec eux je pouvais être une sorcière, pas comme chez mes parents adoptifs. Mais dès que j'ai été envoyée à Gryffondor, et quand j'ai commencé à fréquenter les Weasley... d'un seul coup, je n'existais plus ! Ils ont pensé que Dumbledore m'avait récupérée, que je leur avais échappé, parce que tout ce qu'ils voulaient, c'était me livrer à vous, ils voulaient s'attribuer toute la gloire.

- Alors pourquoi devrais-je les épargner ?

- Déjà, parce qu'ils ne s'opposeront pas à vous. Ils attendent votre retour, avec impatience.

- Mais ils ne me cherchent pas, objecta Voldemort. Et n'est-ce pas Lucius qui s'est débarrassé de mon journal en le glissant dans les affaires de la petite Weasley ? Une chance pour moi que j'aie pu me servir de cette erreur, et en tirer profit – jusqu'à ce que toi et Harry Potter ne veniez m'interrompre dans mon projet.

- Il ne comprenait pas la valeur de ce journal, il ne l'aurait jamais donné à Ginny s'il avait su ce qu'il était vraiment ! Lucius est un idiot, c'est vrai, mais il vous est loyal, ainsi que Narcissa. Et Draco, lui, il ne m'a pas complètement tourné le dos.

- Oh, sourit Voldemort. Pourquoi cette loyauté indéfectible ? Pourquoi un Serpentard, fidèle au Seigneur des Ténèbres, resterait-il lié à une Gryffondor, amie de Harry Potter et des Sang-de-bourbe ?

- Je ne suis pas une amie de Potter, gronda Megan, qui avait violemment rougi. Draco sait que je n'ai pas choisi d'être envoyée dans cette maison, il sait que Dumbledore essaie de me manipuler, mais que je suis de votre côté. D'ailleurs, il sait que je vous cherchais, il m'a même aidée. Les Malfoy ont fait des erreurs, ce ne sont pas des gens parfaits, ils vous sont certes moins fidèles que moi, ou que Pettigrew, mais ils seront à vos côtés quand vous retrouverez votre puissance, ils n'attendent que de faire leurs preuves auprès de vous.

- Cela n'a donc rien à voir avec des sentiments que tu pourrais avoir pour –

- J'ai quelqu'un dans ma vie, le coupa Megan. Il y a déjà un garçon... Kevan Garrow, il est sur la liste. C'est un élève de Serdaigle, il est préfet, et sa famille ne compte que des sorciers, autant que j'en sache.

- Alors il n'a rien à craindre... Qui d'autre ne dois-je pas tuer ? Cette liste est déjà bien longue.

- Seulement Emily et Roger Boyd, et Callaghan Davison.

- Qui est ce Mr Davison ?

- C'est un Moldu, avoua Megan sans hésiter. Le seul Moldu que je puisse supporter. Quand j'étais en Irlande, il m'a aidée à vous retrouver. Il admire les sorciers, il aimerait en être un, mais il est né sans pouvoir magique, alors que sa sœur est une sorcière. Les Moldus m'agacent autant que vous, mais lui il est différent.

Voldemort eut un rictus agacé et secoua la tête.

- Parle-moi des Boyd. En voilà un choix intéressant, ne s'agit-il pas des Moldus qui t'ont adoptée à la demande d'Albus Dumbledore ?

- Promettez-moi que Cal reste sur la liste, insista Megan.

- Réponds à ma question.

La jeune fille serra les dents, elle savait qu'elle ne pouvait pas donner d'ordre au mage, et qu'il ne plierait pas devant elle, et cela l'horripilait, elle n'avait pas l'habitude qu'on la traite ainsi.

- Ce sont des Cracmols, pas des Moldus, répondit-elle finalement, leurs familles sont composées de sorciers, et ce n'est pas leur faute si ce sont eux que Dumbledore a choisis pour m'élever.

- Je sais ce que c'est de ne pas être élevé par ses parents, d'être entouré de Moldus chaque jour, de devoir faire semblant de les aimer, de ne pas devoir les tuer chaque fois qu'ils oublient leur place... Tu es auprès de moi, maintenant, Meganna. Tu n'as plus à faire semblant, tu n'auras plus jamais à vivre avec eux, ils n'auront plus aucune influence sur toi.

- Je ne fais pas semblant, murmura la jeune fille en croisant les bras sur sa poitrine. Je ne veux pas qu'ils meurent.

- Tu ne peux pas me demander de sauver tout le monde, ce n'est pas aussi simple, affirma Voldemort d'un ton sans appel. Tu dois faire un choix : les Weasley ou les Boyd.

Megan se figea, puis déglutit difficilement. Elle n'avait pas prévu de devoir raccourcir cette liste. Elle fouilla la pièce du regard, comme si une troisième solution allait sortir d'un tiroir et s'offrir à elle. Les Boyd l'avaient accueillie sans hésiter, même en sachant qui elle était pour Voldemort et quels étaient ses pouvoirs, ils n'avaient jamais cessé de l'aimer malgré ce qu'elle leur avait fait endurer, ils n'avaient pas choisi de naître sans pouvoirs magiques dans des familles de sorciers. Mais les Weasley étaient les seuls auprès de qui elle se sentait parfaitement bien, aimée et acceptée, ils avaient changé sa vision du monde magique, ils lui avaient redonné foi en la famille, et elle ne pouvait supporter l'idée de voir l'un d'entre eux souffrir. Les Boyd n'étaient que deux, les Weasley étaient neuf. Les Boyd l'avaient choisie elle, elle choisissait les Weasley.