LA VÉRITÉ SUR ANITA DAY

Au terme de sa dernière entrevue avec Dumbledore, Megan maîtrisait le Transplanage. Afin de la préparer à de longs trajets, le directeur l'avait emmenée dans le parc après la tombée de la nuit, où il avait momentanément levé l'interdiction de transplaner et l'avait observée le parcourir de bout en bout en une série de craquements sonores. L'exercice était désagréable, mais elle se sentait libre de ses mouvements, libre de traverser les frontières et de ne plus avoir à écouter le contrôleur du Magicobus lui réclamer trois Mornilles pour un chocolat chaud.

- Tu repartiras demain pour l'Albanie, donc ? s'enquit-il devant les portes du château, alors que leur leçon privée s'achevait.

- Pas le choix, marmonna-t-elle. Je ne sais pas si je rentrerai à nouveau avant la troisième tâche. J'aviserai.

- Si tu sens que ta couverture est menacée, reviens immédiatement au château. Ne prends pas de risques inutiles, Meganna, ne prends pas le danger que représente Voldemort à la légère, même dans son état actuel.

La jeune fille était bien placée pour savoir que le mage noir était encore doté de puissants pouvoirs, malheureusement. Elle s'empressa de quitter Dumbledore et les douloureux souvenirs du sortilège Endoloris pour rejoindre Kevan, pour une dernière nuit à Poudlard.

Le dimanche matin avant l'aurore, elle s'éclipsa sans un bruit du dortoir du garçon. Ses affaires étaient déjà prêtes, elle n'eut qu'à quitter le château encore dormi, traverser le parc, franchir le portail, et transplaner. Il n'y avait pas de risque à se prêter à cet exercice aux abords de l'école : les élèves de sixième année qui préparaient leur permis transplanaient fréquemment, et le ministère ne prêtait pas attention aux signalements dans cette zone. Mais à présent qu'elle se trouvait à Little Hangleton, elle n'aurait plus le loisir de se prêter à cette activité. Voldemort n'avait pas quitté sa place dans le fauteuil devant le feu, l'imposant serpent enroulé à ses pieds. Ses yeux jaunes s'ouvrirent dès l'entrée de la jeune fille dans la pièce.

- C'est un plaisir de te retrouver, Meganna, siffla l'horrible voix du mage noir. Je ne t'attendais pas si tôt.

La peur, ce sentiment qu'elle connaissait pourtant si peu, la saisit de nouveau. Sa semaine à Poudlard lui avait permis d'oublier pour un temps la sombre réalité, mais de retour dans le manoir des Riddle, elle ne pouvait y échapper.

- Dumbledore m'a appris à transplaner, répondit-elle, fière de ne pas entendre sa voix trembler.

- Vraiment ? Intéressant.

- J'ai encore la Trace sur moi, je ne pourrai pas le faire ici. Il ne faudrait pas attirer l'attention du ministère dans le coin…

Elle n'osait imaginer la réaction d'un Auror s'il se trouvait subitement en présence de Peter Pettigrew, supposé mort depuis une dizaine d'années, et de l'immonde créature qu'était aujourd'hui le mage noir prétendument disparu. Machinalement, Megan frotta son avant-bras, où la Marque des Ténèbres était réapparue : hors des murs de l'école, elle n'avait pas à se soucier de renouveler le sortilège de Désillusion.

- Parle-moi plutôt d'Albus Dumbledore, siffla Voldemort. Que lui as-tu dit ?

- Ce que vous m'aviez demandé de lui dire, mentit Megan avec assurance. Que j'avais retrouvé le cadavre de Bertha Jorkins dans une forêt d'Albanie, et que j'avais senti votre présence là-bas et que j'allais continuer de fouiller le parc national. Je lui ai parlé de Pettigrew aussi, du fait qu'il avait été vu avec Jorkins.

Au même moment, le traître entrait dans le salon. Il laissa échapper un glapissement en trouvant Megan devant son maître.

- Ne reste pas planté là, l'alpagua Voldemort. Amène à Meganna de quoi manger !

Pettigrew s'empressa d'obéir.

- Dumbledore t'a crue ? reprit le mage noir.

- Oui. Il me fait confiance. Il est persuadé que je vous hais de tout mon corps, qu'il a réussi à me retourner contre vous. Il ne comprend pas que, même si je suis en colère pour mes parents, je sais que vous êtes le bon choix.

- Oui, Dumbledore fait souvent ça… Faire confiance, s'amusa Voldemort. Tant mieux… Il n'a pas essayé d'entrer dans ta tête ?

- Dumbledore est un Legilimens ?

- Bien sûr ! railla Voldemort.

Megan l'ignorait jusqu'alors, mais c'était finalement cohérent : lui et Voldemort étaient de très puissants sorciers, et les sorciers les plus puissants maîtrisaient les formes de magie les plus avancées. Bien sûr, Dumbledore n'avait pas fait usage de ce pouvoir sur elle : cela aurait été une remise en question ouverte de son allégeance et le vieux sorcier ne pouvait pas prendre le risque de faire vaciller l'influence qu'il pensait avoir sur la collégienne. De plus, il savait que cela aurait été inutile compte tenu des capacités de la jeune Occlumens. Mais cela, Voldemort l'ignorait.

- Il ne l'a pas fait, non, confirma-t-elle. Je vous l'ai dit, il me fait confiance.

Mais ce n'était pas le cas de Voldemort : il leva sa baguette et entra de force dans son esprit. Réunissant toute ses forces, la jeune fille parvint de nouveau à contrôler le flux d'images et de sons qui se mit à défiler comme un film mal monté. L'Albanie… Le cadavre de Bertha Jorkins… Pettigrew… L'insistance de Dumbledore dans ses questions… Les cours de Transplanage… La colère qui écrasait le cœur de Megan chaque fois qu'elle était en présence du directeur… Lorsque Voldemort mit un terme à ce visionnage éprouvant, il n'en était ressorti aucune information qui remette en cause le récit que venait de lui livrer l'espionne. Megan ne protesta pas, reprenant son souffle après cette pénible intrusion, soucieuse de ne rien dire qui puisse dévoiler son double‑jeu. Elle espérait que Voldemort lui accorderait enfin sa pleine confiance et lui confierait enfin ses secrets les plus importants. Elle avait besoin de connaître son plan pour pouvoir, discrètement, le contre‑carrer.

- Ils ont retrouvé les corps des Barish, dit Voldemort quelques dizaines de minutes plus tard, alors que la jeune fille prenait un petit-déjeuner sur la grande table du salon, servi par Pettigrew.

- J'ai vu ça, oui.

- Leur fils est à Poudlard, Wormtail ne m'en avait pas parlé.

La jeune fille jeta un regard en biais au serviteur, retranché dans un coin de la pièce, se tordant les mains.

- Je ne le savais pas non plus.

Ses entrailles étaient plus nouées que jamais. Elle ne voulait pas discuter de l'orphelin. Voldemort ne semblait cependant pas enclin à la conversation. Quand bien même Megan avait consenti à tuer les Barish, le sorcier ne lui accordait toujours pas sa confiance : pendant les jours qui suivirent, la routine reprit. Megan coupait du bois pour le feu, alors que les sorciers auraient pu préférer un feu magique, elle faisait des courses en ville, et répondait parfois aux questions que lui posait subitement Voldemort. Son sommeil était de nouveau chaotique, et elle perdit rapidement l'appétit.

- Vous avez du nouveau, pour votre plan ? s'enquit-elle après trois jours. Je sais qu'il y a un lien avec le Tournoi des trois sorciers. Potter doit se faire tuer, c'est ça ? Jusqu'ici, tout le monde l'a aidé, il ne joue pas à la loyale.

Pettigrew était parti réunir des ingrédients pour une potion dont on ne voulait pas parler à Megan. La jeune fille revenait de l'extérieur, les mains douloureuses d'avoir manié la hache qui leur servait pour le bois.

- Le plan progresse, comme il se doit, répondit Voldemort sans la regarder. Il faut désormais faire preuve de patience.

De la patience, Megan n'en avait pas beaucoup.

- Et une fois qu'il sera mort ? Et pourquoi attendre qu'il se fasse tuer ? Je pourrais le faire, je pourrais le tuer à l'école. Et ensuite ?

- Patience, Megan. Nous avons déjà un allié fidèle au sein de l'école, qui accomplit son devoir.

- Je suis un allié fidèle.

- Bien entendu.

- Qui est-ce ? s'agaça-t-elle. Je pourrais l'aider ! Si je savais quel est exactement son devoir.

- Oh, il n'a pas besoin d'aide, ne t'en fais pas.

Et pendant les trois jours qui suivirent encore, Megan n'eut pas plus d'informations, ce qui contribua à l'empêcher de dormir. Elle avait fait tout ce que Voldemort lui avait demandé, elle se comportait pour lui comme un serviteur, elle avait tué les Barish, il était persuadé qu'elle avait menti à Dumbledore, mais cela ne semblait pas suffire au mage noir. Si elle n'avait pas su gagner sa confiance ainsi, comment était-elle supposée y parvenir ? Chaque jour qui passait l'épuisait un peu plus et lui semblait l'éloigner de sa mission. Allait-elle se contenter de demeurer ici, inutile, jusqu'à ce que Voldemort retrouve subitement ses pouvoirs sans qu'elle ait pu l'en empêcher ? Sa concentration faiblissait également, à mesure que s'écoulaient les nuits sans sommeil et les journées sans appétit, et elle craignait qu'à tout moment le sorcier n'en tire profit et découvre qu'elle ne cherchait pas réellement à lui permettre de revenir au pouvoir.

- N'est-ce pas un plaisir d'être ainsi réunis, en famille ? se réjouit Voldemort une semaine après l'arrivée de Megan, alors qu'ils étaient tous trois autour de la table. J'ai attendu si longtemps de t'avoir près de moi, Meganna.

La jeune fille esquissa difficilement un sourire. Ce n'était pas ainsi qu'elle avait imaginées leurs retrouvailles. Ils étaient en train de dresser la liste des Mangemorts qu'ils s'attendaient à voir les rejoindre, une fois le mystérieux plan de Voldemort réalisé.

- Cela n'a pas été facile, poursuivit-il, ignorant le manque d'enthousiasme de ses voisins de table. Dumbledore t'a gardée sous son aile toutes ces années. Te dissimuler auprès de Cracmols… Je n'y aurais pas pensé, je dois l'admettre. Il ne m'était pas vraiment nécessaire de t'avoir auprès de moi, jusqu'ici, cependant… Tant que j'étais faible, mon seul intérêt était de te détourner de la voie que Dumbledore avait tracée pour toi, mais tu auras finalement choisi toi-même de revenir sur le droit chemin. Mais depuis que Wormtail m'a rejoint, que nous avons élaboré ce plan… Ta présence est devenue une nécessité évidente.

Megan acquiesça. Elle ne voyait cependant pas pourquoi Voldemort la désirait à ses côtés à ce point si c'était pour lui demander de couper du bois pendant des semaines.

- Je ne sais pas vraiment par quel moyen Dumbledore t'a dissimulée, chez ces Cracmols, mais je ne parvenais pas à mettre la main sur toi. Je voulais profiter de l'été pour te retrouver, mais impossible de déterminer où tu te cachais. J'ai pourtant réussi à retrouver Miss Day, la jeune amie de tes parents.

La jeune fille se raidit.

- Je me souvenais d'elle, une adolescente que tes parents avaient rencontrée lorsqu'ils étaient encore à mes côtés. Si mes souvenirs sont exacts, elle avait assisté à l'un de leurs exploits.

« Exploits », c'était ainsi que Voldemort désignait les massacres que les parents de Megan avaient commis.

- Ils l'ont épargnée. Oh, c'était une Sang-pur, bien sûr, mais de la même engeance que les Weasley. J'aurais dû être plus attentif, à l'époque, je le reconnais. Je me serais aperçu que leur décision de lui laisser la vie sauve était un signe de leur trahison à venir… Hélas ! Ils ont fait appel à elle après leur trahison, bien sûr, quand ils t'ont enlevée à moi. Quelle ingratitude… Et bien sûr, lorsque mes fidèles les ont enfin retrouvés, six ans plus tard, vous n'étiez pas là. Puis Dumbledore t'a dissimulée, et Anita Day a fui à l'étranger. Quand Wormtail a retrouvé sa trace, il y a plusieurs mois, je comptais sur elle pour nous donner des indications, des indices… Mais rien, Meganna, rien ! Pourtant, je sais que Wormtail a fait de son mieux. Je ne pouvais prendre le risque de me rendre moi-même dans Londres, mais qui se serait soucié d'un rat, quand bien même il lui manquerait des doigts ? J'ai pris le temps de revenir sur chaque seconde de leur entrevue, à travers ses souvenirs. C'était du bon travail, pour une fois, Wormtail. Mais Miss Day, malgré une journée entière entre ses mains, n'a rien voulu dire. Au moins, il n'a pas eu à la tuer elle-même, son corps n'a finalement plus pu supporter –

Les vitres du salon éclatèrent et le feu dans la cheminée se mit à brûler haut et fort. Wormtail glapit et se recula de plusieurs mètres avec sa chaise lorsqu'il vit que les yeux de Megan avaient viré au noir. Nagini, lovée près de la table, se dressa en crachant en direction de la jeune fille, dont le regard était braqué sur Voldemort. Sans réfléchir, elle plongea la main dans sa poche pour y trouver sa baguette, mais la créature frêle avait déjà saisi la sienne. En un éclair lumineux, Megan fut projetée de sa chaise contre le mur du salon, qui se fissura autour d'elle sous l'impact. La jeune fille perçut à peine la douleur intense qui secoua son corps, trop occupée à lutter contre la force invisible qui la maintenait à quelques centimètres du sol, désirant de tout son corps bondir sur la chose qu'était devenue Voldemort pour l'étrangler, la frapper, la brûler, et ne plus jamais l'entendre parler de torturer ceux qu'elle aimait.

- Ça suffit, Meganna, dit cette dernière posément, comme un enfant rabroue son enfant trop bruyant.

Il fallut cependant à la jeune fille de longues minutes pour retrouver son calme. Lorsque Voldemort estima qu'elle avait compris la leçon, et que ses yeux eurent repris leur couleur verte, il la libéra de son emprise magique.

- Aussi agréablement spectaculaire que soit ta puissance, Meganna, il est inadmissible que tu te comportes ainsi.

Il pointa de nouveau sur elle sa baguette et la vague effroyable de douleur balaya de nouveau Megan. Son corps se contorsionna pour tenter d'y échapper, un cri étranglé se fraya un chemin dans ses cordes vocales enflammées, puis se fut terminé.

- Wormtail, répare les dégâts. C'est fâcheux, le ministère va probablement être alerté par la Trace, il faudra également s'en occuper.

Voldemort parlait comme s'il évoquait une liste de courses, insensible à Megan qui haletait et crachait à ses pieds, encore tremblante. Évitant consciencieusement de s'approcher d'elle, Pettigrew sortit sa baguette et répara les vitres. Nagini commença à tracer des cercles autour de la jeune fille, son corps immense laissant échapper un inquiétant bruit de frottement sur le sol. Lentement, Megan se redressa sur ses genoux.

- Un employé du ministère ne va pas tarder, j'imagine. Quelle solution préconises-tu, Meganna ?

Nagini continuait de tourner autour d'elle. Elle leva les yeux vers Voldemort, toujours juché sur son fauteuil.

- Le tuer, souffla-t-elle.

- Et faire encore des victimes parmi le bureau des Aurors ? Ce ne serait pas prudent, Meganna, réfléchis.

Mais la jeune fille peinait à recouvrer ses esprits, épuisée, et encore tétanisée par le sortilège Doloris.

- Quitter le manoir ?

- Non, c'est un lieu confortable et stratégique. Tu peux mieux faire, Meganna !

Elle se recroquevilla malgré elle, de peur de subir une nouvelle vague de torture.

- Faire accuser quelqu'un d'autre, suggéra-t-elle après quelques secondes de pénible réflexion.

- Voilà qui est plus intéressant. Mais qui ? Il n'y a plus de sorciers qui vivent ici.

Voldemort confia ainsi à Megan la tâche « d'assumer ses erreurs » et de les débarrasser de l'Auror qui lui serait envoyé. C'était la première marque de confiance du mage noir, mais aussi une tâche ardue : du haut de ses quatorze ans, serait-elle de taille à affronter un chasseur de mage noir ?

Deux chasseurs de mage noir, en réalité. Le ministère de la magie devait commencer à prendre très au sérieux ces débordements magiques, car il avait cette fois choisi d'envoyer un duo pour sécuriser leur mission. Ils arrivèrent à Little Hangleton dans les deux heures qui suivirent l'explosion de rage de Megan, mais par chance ils avaient transplané à bonne distance du manoir et la jeune fille avait une longueur d'avance sur eux. Elle était immédiatement descendue en ville, sa baguette à portée de main – maintenant que les Aurors étaient alertés, elle ne prenait plus vraiment de risque à pratiquer la magie à nouveau. À l'approche du centre-ville, elle tâcha de ne pas être vue tandis qu'elle parcourait rapidement les maisons en glissant des coups d'œil par les fenêtres. Les vacances d'avril n'étaient pas terminées, ce qui jouait en sa faveur. Il lui fallut une demi-heure pour trouver ce qu'elle cherchait. Elle déverrouilla la fenêtre d'un coup de baguette, puis se glissa dans la chambre. L'adolescente qui s'y trouvait, à peine plus âgée qu'elle, sursauta violemment en la voyant faire.

- Petrificus totalus.

D'un coup de baguette, Megan s'assura qu'elle ne lui opposerait aucune résistance. Elle lui appliqua ensuite un sortilège de Désillusion, puis de Locomotion, afin de la déplacer sans effort hors de chez elle, le tout étant de ne pas se déconcentrer : du fait du sortilège de Désillusion, elle-même ne pouvait plus voir sa victime. Il lui fallut un quart d'heure pour emmener l'adolescente suffisamment profondément dans le bois qui bordait la ville. Elle leva le sortilège afin de ne pas perdre sa victime de vue, choisit précautionneusement un morceau de bois qu'elle métamorphosa de son mieux en une baguette acceptable – Hermione aurait fait un bien meilleur travail – et la fixa dans la main de l'adolescente. Les yeux de cette dernière s'agitaient en tous sens, horrifiée.

- Je vais te détacher, l'informa Megan. Mais si tu cries, je te tue. Est-ce que c'est clair ? Cligne une fois des yeux pour dire oui.

L'adolescente obtempéra, terrifiée. D'un nouveau coup de baguette, elle retrouva l'usage de son corps. Elle se recroquevilla aussitôt, les doigts crispés sur le morceau de bois.

- Comment est-ce que tu t'appelles ?

- Madison, chuchota-t-elle.

- Tu peux parler, s'agaça Megan. Je t'ai demandé de ne pas crier.

- Madison Taylor, répéta-t-elle plus fort.

- Bien. J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle, Madison. La bonne, c'est que la magie existe. La mauvaise, c'est que j'ai besoin de toi pour me sortir d'un mauvais pas. Je vais te jeter un sort, pour me permettre de contrôler.

Madison parut aussitôt plus affolée que jamais.

- Il s'agit seulement de faire en sorte que deux personnes qui me cherchent pensent que c'est toi qu'ils cherchent. C'est une longue histoire, que je ne vais pas t'expliquer. Normalement, tout devrait bien se passer, mais il y a toujours un risque que quelque chose ne marche pas dans ton plan, que je doive me battre, et que tu sois blessée ou tuée, mais tâchons de faire en sorte que ça n'arrive pas, d'accord ?

Le discours de Megan n'avait absolument pas rassurée la jeune fille. Sans état d'âme, la sorcière point de nouveau sa baguette vers elle.

- Impero.

Comme Penelope Deauclaire, le regard de Madison se fit flou et elle se mit à fixer le vide. Satisfaite de sa capacité à lancer des sortilèges impardonnables, Megan sortit de son sac un manuel de sortilèges, l'ouvrit au hasard et ordonna à sa marionnette de se plonger dans sa lecture, la fausse baguette à la main. Elle tâcha ensuite de se dissimuler sous le couvert des arbres et buissons voisins, puis lança du bout de sa propre baguette des étincelles rouges en direction du ciel. Le résultat ne se fit pas attendre longtemps : dans les quelques minutes qui suivirent, les deux Aurors se précipitèrent dans le bois dans la direction indiquée. Restait maintenant à Megan de finement diriger sa marionnette.

Lorsque les chasseurs de mage noir surgirent devant Madison, celle-ci bondit sur ses pieds en brandissant sa baguette factice. Sans prononcer un mot, l'un des Auror fit sauter la baguette de ses mains, tandis que l'autre la mettait en joue.

- Ne bouge plus ! s'exclama ce dernier, un sorcier à la mine patibulaire et aux cheveux courts, drus et gris. Tu as fait assez de dégâts comme ça.

Son collègue, un homme fin aux cheveux bruns mi-longs, ramassa le manuel et la baguette aux pieds de Madison, qui imitait la frayeur à la perfection.

- C'est toi, qui lance des sorts, depuis tout à l'heure ?

- Je suis désolée, je n'ai pas fait exprès ! balbutia Madison. Je suis désolée, j'essaie de m'en empêcher mais… C'est depuis qu'on m'a donné ça…

L'adolescente posa les yeux sur le livre et la baguette que tenait l'Auror.

- On te les a donnés ? Qui ? aboya le sorcier aux cheveux gris.

- Je ne sais pas, il y a une semaine, on m'a envoyé ça par la poste. Je n'ai pas le nom de l'expéditeur. Je pensais que c'était une blague, je pensais que la magie n'existait pas, mais quand j'ai voulu lancer un des sorts du livre pour rigoler, il s'est vraiment passé quelque chose… Alors, j'ai recommencé…

- Tu pensais que la magie n'existait pas ? répéta le second Auror.

Il échangea un regard lourd de sens avec son collègue.

- Tes parents, qu'est-ce qu'ils t'ont dit ? reprit le premier.

- Mes parents, je ne leur ai rien dit, ils ne me croiraient pas !

- Ce sont des Moldus… Liam, c'est une Mutmag.

- Quoi ? hoqueta Madison avec une conviction qui fit frémir Megan de satisfaction.

- Tu n'avais jamais utilisé de magie, avant ? s'enquit doucement celui qui s'appelait Liam.

- Non… Non, ça n'existe pas.

- Une Mutmag qui n'a jamais montré de signes de magie avant de recevoir une baguette, résuma l'Auror brun. John, il suffit de détruire la baguette et le manuel, et d'effacer sa mémoire. Ce n'est qu'un cas isolé, ses pouvoirs ne se manifesteront probablement plus jamais. Vu son âge, il est trop tard pour l'envoyer à Poudlard.

L'autre Auror, John, réfléchit longuement, sa baguette toujours braquée sur Madison, qui tremblait de peur.

- Tu es sûr que c'est un cas isolé ? insista-t-il, méfiant. Après ce qui est arrivé à Carmen…

- Ce qui est arrivé à Carmen n'a rien à voir, et cette affaire a été réglée par Ailla, paix à son âme. Écoute, on a beaucoup trop de travail depuis la Coupe du monde pour perdre du temps avec ce genre de broutilles. On a l'autorisation du service des usages abusifs de la magie pour régler ça ici et maintenant.

John réfléchit encore un instant, puis hocha la tête. Son collègue, visiblement soulagé, pointa sa baguette sur les deux objets litigieux.

- Evanesco.

Megan n'avait pas envisagé qu'ils détruiraient également son manuel de sortilège – elle allait devoir emprunter celui de Hermione pour le reste de l'année. Cependant, elle fut soulagée qu'aucun des deux Aurors n'ait remarqué les défauts de sa grossière imitation de baguette magique. Puis elle se figea : pour effacer convenablement les souvenirs de Madison, les Aurors allaient devoir fouiller dans sa mémoire, où ils trouveraient un souvenir récent de Megan qui la kidnappait et lui lançait un sortilège impardonnable.

- Oubliettes.

Le regard de Madison devint à nouveau vitreux. Sur un signe de tête, les deux Aurors transplanèrent dans un craquement sonore. Il fallut quelques secondes à Megan pour comprendre que John avait été pressé de régler cette situation sans intérêt pour son service et n'avait pas pris le temps de fouiller la mémoire de la jeune fille, probablement convaincu que supprimer d'office la dernière semaine suffirait à clore ce dossier, bien que cela laissa Madison dans un état de profonde confusion. Fière d'être parvenue à résoudre cette situation sans avoir à prendre le risque d'affronter deux sorciers accomplis, Megan évita consciencieusement de revenir vers l'adolescente qui, libérée de l'emprise de l'Imperium, s'était assise par terre et avait commencé à se balancer d'avant en arrière dans un étrange silence. La jeune fille reprit le chemin du manoir avec la satisfaction d'un travail bien accompli.

Voldemort n'avait pas la patience d'écouter Megan lui relater le déroulement de sa mission, il préféra entrer dans sa tête sans avertissement. De justesse, la jeune fille parvint à réunir la concentration suffisante pour ne pas laisser échapper par mégarde des souvenirs susceptibles de trahir son rôle d'agent double.

- C'était une stratégie intéressante, conclut le mage noir au terme de son examen. Pas de combat, pas de blessés, pas de morts, l'affaire est close. C'est ainsi que tu m'es utile, Meganna. Pas en faisant des caprices d'enfant.

Le poing de Megan se sera imperceptiblement. Voldemort avait torturée et tuée Anita, par l'intermédiaire de Pettigrew, sa réaction était parfaitement proportionnée.

Le lendemain, la jeune fille eut pour la première fois l'occasion d'entrevoir des bribes du plan de Voldemort.

- Tu vas retourner à Poudlard, Meganna, lui ordonna Voldemort alors qu'elle remettait du bois dans le feu sous le regard oblique de Nagini. D'une, il est important que tu continues à suivre tes cours, je n'ai ni le temps ni l'envie de m'occuper de ton éducation, je me chargerai seulement de la parfaire le moment venu. Mais plus important encore, la troisième tâche du Tournoi des trois sorciers doit avoir lieu dans moins de trois mois, et il est important que Harry Potter en sorte vainqueur.

Megan posa la dernière bûche dans les flammes et se retourna vers l'horrible créature en fronçant les sourcils.

- Vainqueur ? Pourquoi ? Je croyais qu'il fallait le tuer ?

- Chaque chose en son temps, Meganna, se délecta Voldemort. Pour le moment, j'ai besoin que tu t'assures de sa protection et que tu l'aides de ton mieux à remporter le Tournoi. Tu en sauras plus bientôt, je te le promets. Je te le ferai savoir lorsqu'il sera nécessaire que tu reviennes vers moi. Pour le moment, tu me seras plus utile entre les murs du château, maintenant que je sais pouvoir compter sur toi.