LA FOLIE DE BARTY CROUCH

Elle espérait que Kevan serait heureux de la voir revenir après une semaine d'absence seulement, mais Megan eut la désagréable surprise de constater qu'il n'avait pas apprécié du tout se réveiller seul le dimanche de son départ, sans même une lettre ou être averti à l'avance de son départ.

- Tu couches avec moi et après tu disparais comme une voleuse, c'est ça ? lui lança-t-il alors qu'elle venait de monter le rejoindre dans son dortoir, espérant pouvoir tirer profit de l'absence des autres occupants jusqu'à la fin des vacances. Et maintenant tu reviens comme une fleur d'asphodèle en espérant que je vais oublier que tu as encore disparu sans un mot ?

- Écoute, je ne voyais pas l'intérêt de t'écrire un roman à chaque fois ! Je suis obligée de m'en aller souvent, je pensais que c'était réglé entre nous, s'agaça Megan.

Épuisée par sa semaine auprès de Voldemort et par l'entrevue qu'elle avait eu avec Dumbledore où elle n'avait rien trouvé à lui raconter d'autre que le fait que le mage noir souhaitait soudainement qu'elle protège Potter, une dispute était la dernière chose dont elle avait besoin.

- Que tu n'ailles pas raconter à toute l'école ce qui t'arrive, c'est une chose, mais je pensais avoir un peu plus d'importance à tes yeux !

- Tu as de l'importance à mes yeux.

Il lui était déjà suffisamment pénible d'admettre ses sentiments pour Kevan, elle ne souhaitait pas devoir en sus les exprimer à voix haute.

- Mais pas assez pour que tu me dises la vérité sur ce que tu fais en dehors de Poudlard.

- Je ne peux en parler en personne. Personne, d'accord ? Ça n'a rien à voir avec toi. Je ne l'ai pas dit aux jumeaux non plus, ni à Ron ou Hermione !

- Mais moi j'en ai marre de tes secrets, Megan.


La fin des vacances parut être une éternité à la jeune fille. De retour dans son lit du dortoir de Gryffondor, elle eut à affronter les questions de Hermione, l'enthousiasme des Weasley de la voir de retour et les regards scrutateurs de Potter, et aucun ne lui permit d'arrêter de penser à Voldemort ou au fait que Kevan avait rompu avec elle. Elle n'allait pas pleurer, elle gardait ses larmes pour la mort de ses parents ou les tortures de Voldemort, mais elle n'était pas aussi indifférente à sa rupture qu'elle aurait espéré l'être. Elle n'avait qu'une hâte : que les cours reprennent pour pouvoir s'y plonger et cesser de penser aux drames qui se jouaient continuellement dans sa vie.

Alors que les vacances touchaient enfin à leur fin, Hedwig se présenta dans la salle commune de Gryffondor avec un colis d'œufs de Pâques envoyé par Molly. Si ceux de Megan, Ron et Potter étaient aussi gros que des œufs de dragons, remplis de caramel maison, celui de Hermione était plus petit qu'un œuf de poule. En le découvrant, la jeune fille fit la grimace.

- Ta mère ne lit pas Sorcière Hebdo, par hasard, Ron ? demanda-t-elle à voix basse.

- Si, répondit le garçon, la bouche pleine de caramels. Elle l'achète pour les recettes de cuisine.

Hermione regarda avec tristesse son œuf minuscule. Il fallut un certain temps à Megan pour se remémorer les tenants et les aboutissants de ce drame de Pâques : avec ses récentes péripéties dans le monde de la magie noire, elle avait oublié l'article ridicule de Rita Skeeter au sujet des prétendues manipulations amoureuses de Hermione. Comment Molly pouvait-elle croire en ce ramassis d'âneries ? L'espace d'un instant, Megan cessa de se préoccuper d'elle-même et ressentit un élan de compassion pour Hermione.

- Tu ne veux pas lire ce qu'a écrit Percy ? demanda précipitamment Potter.

- Percy nous a envoyé une lettre ? s'étonna Megan, qui n'aurait jamais envisagé entretenir une correspondance avec l'insupportable frère de Ron.

- Oui, c'est une réponse à celle qu'on lui a envoyé au sujet de Crouch, tu sais, comme nous l'avait suggéré Sirius ! répondit le garçon à voix basse. On l'a envoyée un peu après ton départ…

Megan reporta aussitôt son attention sur la lettre, courte, sèche et sans intérêt :

Comme je ne cesse de le répéter à La Gazette du sorcier, Mr Crouch prend un repos bien mérité et m'envoie régulièrement ses instructions par hibou. Non, je ne l'ai pas vu, mais je pense qu'on peut me faire confiance pour reconnaître l'écriture de mon propre supérieur. En tout cas, j'ai suffisamment à faire en ce moment pour ne pas perdre de temps à essayer de dissiper ces rumeurs ridicules. Je vous serais donc reconnaissant de ne plus me déranger, à moins que vous n'ayez quelque chose d'important à me dire. Joyeuses Pâques.


Il s'écoula de longues semaines sans aucun changement : les cours reprirent, Megan parvint à oublier son rôle d'agent double pour quelques temps, et Kevan entreprit de l'éviter – bien que la jeune fille n'ait pas particulièrement cherché à le retrouver. Voldemort lui avait donné pour rôle de faire en sorte que Potter remporte le Tournoi des trois sorciers, rôle que Megan n'avait pas l'intention de remplir : d'un point de vue parfaitement personnel, elle préférait voir Cedric gagner, et elle ne souhaitait pas faciliter la tâche du mage noir. De toute manière, elle n'eut pas l'occasion de participer d'une quelconque manière à la préparation de Potter, le garçon ne sachant pas encore lui-même ce qui l'attendait lors de la troisième tâche. Ce ne fut que dans la dernière semaine de mai que McGonagall retint Potter à la fin d'un cours de métamorphose pour lui signifier qu'il devrait se rendre le soir-même sur le terrain de Quidditch afin de prendre enfin connaissance de la nature de cette dernière épreuve. Il fallut un temps considérable à Potter pour retourner dans la salle commune de Gryffondor ce soir-là. Megan, qui connaissait déjà le contenu des explications de Bagman au sujet de la troisième tâche, ne comprenait pas ce qui prenait tant de temps au garçon. Celui-ci ne réapparut qu'après une longue heure et demie, l'air ahuri.

- Il faut absolument que je vous raconte ce qu'il vient de se passer, haleta-t-il en se penchant vers eux.

Après avoir vérifié d'un coup d'œil que personne d'autre ne pouvait les entendre, il se lança dans un récit surprenant :

- La troisième tâche sera un labyrinthe, avec le trophée au milieu. Le premier à l'atteindre remportera le Tournoi, mais il y aura des créatures magiques et des sorts à affronter, mais peu importe ! Après que Bagman nous a eu donné les explications, Krum a demandé à discuter avec moi.

Ron et Hermione haussèrent les sourcils, surpris.

- Il voulait, euh… Il voulait savoir s'il y avait quelque chose entre toi et moi, Hermione.

Cette dernière devint aussitôt écarlate, et Megan remarqua les oreilles de Ron rosir alors qu'elle-même étouffait un rire.

- C'est ça qu'il fallait absolument que tu nous racontes ? ricana-t-elle.

- Non, non ! J'étais en train de discuter avec lui, quand Crouch est sorti de la forêt !

- Crouch, Mr Crouch ? répéta Ron.

- Oui, mais il était dans un sale état : sa robe était tout abîmée, je crois même qu'il y avait du sang dessus, il n'était pas rasé, il avait l'air malade… Et il n'arrêtait pas de parler tout seul, je crois qu'il pensait discuter avec Percy, mais il parlait de choses qui remontaient à longtemps : l'organisation du Tournoi, les résultats des BUSE de son fils… Et puis soudainement, il se mettait à balbutier qu'il devait absolument voir Dumbledore, qu'il avait fait des choses stupides, que Bertha était morte, il a parlé de son fils et puis il a dit que le Seigneur des ténèbres était plus puissant.

Megan ouvrit des yeux ronds. Comment Crouch pouvait-il savoir que Bertha Jorkins avait été tuée ? Elle avait laissé son cadavre moisir dans une grotte au milieu d'une forêt d'Albanie. Quant à Voldemort, d'où tenait-il ces informations ? Quel rapport Crouch pouvait-il bien avoir avec tout cela ?

- Je l'ai laissé avec Krum quelques minutes, le temps d'aller chercher Dumbledore, poursuivit Potter, mais quand nous sommes revenus, Crouch avait disparu et Krum avait été stupéfixié. Dumbledore a prévenu Hagrid, qui a prévenu Karkaroff, qui a accusé Dumbledore d'avoir monté le Tournoi des trois sorciers contre lui dès le départ… Maugrey est parti le chercher dans la forêt, mais je ne suis pas sûr qu'il le retrouve…

Il y eut un silence, pendant lequel chacun d'entre eux tenta d'emboîter les pièces de cet inextricable puzzle.

- Il n'y a que deux possibilités, conclut Hermione en se frottant le front. Ou bien c'est Mr Crouch qui a attaqué Viktor ou bien c'est quelqu'un d'autre qui les a attaqués tous les deux pendant que Viktor regardait ailleurs.

- C'est sûrement Crouch, affirma Ron. C'est pour ça qu'il n'était plus là quand Harry et Dumbledore sont arrivés. Il avait déjà fichu le camp.

- Je ne crois pas, répondit Potter. Il avait l'air très faible. Je ne pense pas qu'il ait été en état de transplaner ou de faire quoi que ce soit.

- On ne peut pas transplaner dans l'enceinte de Poudlard, combien de fois faudra-t-il qu'on vous le répète ? soupira Megan, la tête dans les mains, agacée de ne pas comprendre quelle place occupait Crouch dans le plan de Voldemort.

- Attendez, j'ai une autre théorie ! s'exclama Ron d'un air enthousiaste. C'est Krum qui a attaqué Crouch – laissez-moi finir – et ensuite, il s'est stupéfixié lui-même !

- Et Mr Crouch s'est volatilisé, c'est ça ? répliqua froidement Hermione.

- Ouais, bon...

À l'aube, Megan, Ron, Hermione et Potter sortirent de leur dortoir et se hâtèrent de monter à la volière pour envoyer un mot à Sirius. Tous les quatre avaient passé une bonne partie de la nuit à parler de Mr Crouch, ce qui expliquait leurs yeux gonflés et leur teint pâle. Accoudés à une fenêtre, ils contemplaient le parc envahi de brume

- Répète-nous ça encore une fois, Harry, demanda Hermione. Qu'est-ce qu'a dit Crouch exactement ?

- Ça n'avait pas beaucoup de sens. Il disait qu'il voulait avertir Dumbledore de quelque chose. Il parlait de Bertha Jorkins comme si elle était morte. Il n'arrêtait pas de répéter que c'était sa faute... Il parlait aussi de son fils.

- Ça, c'était vraiment sa faute, dit Hermione avec colère.

- Il avait perdu l'esprit, poursuivit Potter. La moitié du temps, il semblait penser que sa femme et son fils étaient toujours vivants et il s'adressait à Percy pour lui parler travail et lui donner des instructions.

- Rappelle-moi ce qu'il a dit à propos de Tu-Sais-Qui ? demanda Ron d'une voix mal assurée.

- Je te l'ai déjà répété, répondit Potter avec lassitude, il a dit qu'il devenait plus puissant.

Il y eut un silence. Puis, d'un ton faussement assuré, Ron reprit :

- Il devait délirer, puisque tu nous dis qu'il avait perdu l'esprit...

Megan savait que ce n'était pas le cas. Crouch savait des choses mais quoi ?

- Il paraissait plus lucide quand il parlait de Voldemort, fit remarquer Potter sans prêter attention à la grimace de Ron. Il avait du mal à aligner deux mots, mais c'étaient les seuls moments où il avait l'air de savoir où il se trouvait et ce qu'il voulait faire. Il répétait sans cesse qu'il devait absolument voir Dumbledore.

Potter se détourna de la fenêtre et leva les yeux vers la charpente. La moitié des nombreux perchoirs étaient vides. De temps à autre, un hibou s'engouffrait dans la volière, revenant de sa nuit de chasse avec une souris dans le bec.

- Si Snape ne m'avait pas retenu, dit Potter d'un ton amer, on aurait peut-être pu arriver à temps. « Le directeur est occupé, Potter... Qu'est-ce que vous racontez encore comme bêtises, Potter ? » Si seulement il m'avait laissé passer !

- Peut-être qu'il ne voulait pas que tu voies Dumbledore, dit précipitamment Ron. Peut-être que – attends... À ton avis, combien de temps il lui aurait fallu pour aller jusqu'à la forêt ? Tu crois qu'il aurait pu arriver là-bas avant vous ?

- Non, à moins de se transformer en chauve-souris, répondit Potter.

- Ça ne m'étonnerait pas de lui, marmonna Ron.

- Nous devons voir le professeur Maugrey, affirma Hermione. Il faut savoir s'il a retrouvé Crouch.

- S'il avait la carte du Maraudeur sur lui, il n'a pas dû avoir trop de mal, fit remarquer Potter.

- Fol Œil a la carte du Maraudeur ? sursauta Megan.

- Oh, oui, on a dû oublier de te le dire, tu n'étais pas là… Le soir où j'ai découvert que Crouch fouillait le bureau de Snape, Maugrey m'a surpris dans les couloirs au milieu de la nuit, j'étais sous la cape d'invisibilité, mais il pouvait me voir. Il m'a évité de me faire attraper par Filch, mais il a demandé s'il pouvait m'emprunter la carte. Je n'étais pas vraiment en position de refuser.

- Fantastique, grogna la jeune fille.

Elle n'avait pas apprécié la démarche des jumeaux d'en faire cadeau à Potter, et n'était pas ravie que ce précieux item soit désormais entre les mains d'un professeur.

- Si Crouch n'était plus dans l'enceinte de Poudlard, la carte ne lui sera plus d'aucune utilité, fit-elle cependant remarquer, elle ne va pas plus loin que –

- Chut ! dit soudain Hermione.

Quelqu'un montait les marches de la volière. Megan perçut les voix des jumeaux qui se disputaient.

- Ça s'appelle du chantage et on pourrait s'attirer de sacrés ennuis avec ça...

- On a essayé d'être polis, maintenant, on va être beaucoup plus méchants, comme lui. Il n'aimerait sûrement pas que le ministère de la Magie soit au courant de ce qu'il a fait.

- Je te dis que si tu mets ça par écrit, c'est du chantage !

- Peut-être, mais tu ne te plaindras pas si on ramasse un joli petit paquet, non ?

La porte de la volière s'ouvrit avec un grand bruit. Fred et George franchirent le seuil et se figèrent sur place en voyant Megan, Ron, Hermione et Potter.

- Qu'est-ce que vous faites ici ? demandèrent Ron et Fred d'une même voix.

- On envoie une lettre, répondirent Potter et George à l'unisson.

- Quoi, à cette heure-ci ? s'exclamèrent ensemble Hermione et Fred.

Megan poussa un soupir et Fred eut un sourire.

- Très bien, on ne vous demandera pas ce que vous faites si vous non plus, vous ne nous posez pas de questions, dit-il.

Il avait à la main une enveloppe cachetée. En voyant Potter y jeter un coup d'œil, Fred en dissimula l'adresse. Megan savait cependant qu'il s'agissait d'un message pour Bagman. Constatant que même ses intimidations n'avaient pas fait plier l'escroc, les jumeaux avaient visiblement envisagé de passer eux-mêmes à la vitesse supérieure.

- On ne veut surtout pas vous retenir, dit Fred en s'inclinant avec une politesse feinte, le doigt pointé sur la porte.

Ron ne bougea pas.

- À qui vous faites du chantage ? demanda-t-il.

Le sourire de Fred s'effaça. George lui jeta un coup d'œil à peine perceptible, avant d'adresser un sourire à Ron.

- Ne sois pas idiot, c'était une blague, dit-il d'un air dégagé.

- Ça n'en avait pas l'air, répliqua Ron.

Fred et George échangèrent un regard et glissèrent un œil vers Megan. Elle leur fit signe de se taire. Hors de question que l'affaire s'ébruite.

- Je te l'ai déjà dit, Ron, reprit soudain Fred, arrête de mettre ton nez partout si tu veux qu'il reste entier. Remarque, ce ne serait pas plus mal d'en enlever un bout, mais...

- Ça me regarde si vous faites du chantage à quelqu'un, l'interrompit Ron. George a raison, vous pourriez avoir de sacrés ennuis.

- Je t'ai dit que c'était une blague, répéta George.

Il prit la lettre des mains de Fred et l'attacha à la patte de la chouette la plus proche.

- Ron, ajouta-t-il, tu commences à parler comme ton frère aîné. Continue comme ça et tu finiras préfet.

- Certainement pas ! s'indigna Ron.

George emmena la chouette près de la fenêtre et la lança au-dehors. Puis il se tourna vers Ron et lui sourit à nouveau.

- Alors, arrête de te mêler de ce que font les autres. À plus tard.

Suivi de Fred, il sortit de la volière. Ron, Hermione et Potter échangèrent un regard.

- Tu ne crois pas qu'ils sont au courant de quelque chose ? murmura Hermione. À propos de l'histoire Crouch ?

Sans qu'ils l'aperçoivent, Megan roula des yeux. Ils étaient si loin de la vérité !

- Non, répondit Potter. Si c'était aussi grave, ils en parleraient à Dumbledore.

Mais Ron paraissait mal à l'aise.

- Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Hermione.

- Je ne sais pas si... s'ils seraient capables de..., dit lentement Ron. Ils sont tellement obsédés par l'argent, ces temps-ci... Je l'ai remarqué, j'étais souvent avec eux au moment... au moment où...

- Où on ne se parlait plus, acheva Potter. D'accord, mais ils n'iraient quand même pas jusqu'au chantage...

- C'est à cause de leur projet de boutique de farces et attrapes, poursuivit Ron. Je croyais qu'ils disaient ça uniquement pour faire enrager ma mère, mais ils ont vraiment l'intention de le faire. Ils n'ont plus qu'un an à passer à Poudlard, ils n'arrêtent pas de dire qu'il est temps de penser à leur avenir et comme papa ne peut pas les aider, ils ont besoin d'or pour ouvrir leur boutique.

Ce fut au tour d'Hermione d'avoir l'air mal à l'aise.

- Ils ne feraient quand même pas quelque chose d'illégal pour avoir de l'or, non ?

- Tu crois ? dit Ron, sceptique. Je ne sais pas... Ils n'ont jamais beaucoup respecté les règlements...

- Oui, mais là, il s'agit de la loi, fit remarquer Hermione, l'air effaré. Ça n'a rien à voir avec les stupides petits règlements de l'école... Le chantage, ça leur coûterait beaucoup plus cher qu'une simple retenue ! Ron... tu ferais peut-être bien d'en parler à Percy...

- Tu es folle ? En parler à Percy ? Il serait bien capable de vouloir jouer les petits Crouch et d'aller immédiatement les dénoncer.

- Bon, ça suffit, intervint Megan. Ron ne va rien dire à Percy parce que je sais ce qu'ils font et qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter.

- Quoi ? s'exclama Ron. Tu sais ?

- De quoi il s'agit ? Demanda Hermione.

- Ça ne vous regarde pas, assura la jeune fille, alors je ne vous dirai rien.

Hermione ne semblait cependant pas rassurée : elle savait que Megan n'était pas plus respectueuse des lois et règlements que Fred et George et la savoir impliquée ne garantissait pas le moins du monde la légalité de leur affaire.

- Et maintenant, on va prendre un petit déjeuner parce que j'ai faim, ajouta Megan d'un ton sans réplique.

- Tu crois qu'il est trop tôt pour aller voir le professeur Maugrey ? s'enquit Hermione tandis qu'ils descendaient l'escalier en colimaçon.

- Oui, répondit Potter. Il nous jetterait sans doute un sort à travers la porte si on le réveillait à l'aube. Il penserait que quelqu'un essaye de l'attaquer dans son sommeil. Attendons la récréation.

Megan avait pu, au cours des dernières semaines, récupérer un peu de sommeil, mais la nuit précédente avait été très courte, aussi le cours d'Histoire de la magie lui parut plus long et ennuyeux que jamais auparavant, considérant pour la première fois la possibilité de s'endormir sur sa table. Hermione elle-même avait renoncé à prendre des notes et regardait le professeur Binns d'un œil vitreux. Mais lorsque la cloche retentit enfin, les quatre élèves se précipitèrent dans le couloir avec une énergie nouvelle, et trouvèrent Maugrey Fol Œil sur le pas de la porte de sa classe.

- Professeur Maugrey ! s'écria Potter tandis qu'ils se frayaient un chemin parmi la foule des élèves pour le rejoindre.

- Bonjour, Potter, grogna Fol Œil.

Il paraissait aussi fatigué qu'eux. La paupière de son œil normal tombait, donnant à son visage un aspect encore plus asymétrique qu'à l'ordinaire. Son œil magique suivit deux élèves de première année qui hâtèrent le pas en passant devant lui, l'air mal à l'aise. L'œil se retourna complètement et les regarda disparaître à l'angle du couloir, dans le dos du professeur, puis se braqua sur Megan. Comme chaque fois, son retour à Poudlard était remarqué.

- Venez, dit-il enfin.

Il s'écarta pour les laisser entrer dans la classe vide et les suivit à l'intérieur en refermant la porte derrière lui.

- Vous l'avez trouvé ? demanda Potter sans autre préambule. Mr Crouch ?

- Non.

Il alla s'asseoir derrière son bureau, étendit sa jambe de bois en poussant un léger grognement et tira sa flasque de sa poche.

- Vous avez utilisé la carte ? demanda Megan.

- Bien sûr, répondit Fol Œil après avoir bu une gorgée du contenu de sa flasque. J'ai adopté ta technique, Potter. Je l'ai fait venir de mon bureau jusqu'à la forêt avec un sortilège d'Attraction. Mais Crouch ne figurait pas dessus.

- Donc, il a vraiment transplané ? dit Ron.

- On ne peut pas transplaner dans l'enceinte de Poudlard ! répéta Hermione. Mais il aurait pu disparaître d'une autre manière, n'est-ce pas, professeur ?

L'œil magique de Fol Œil se posa sur Hermione en frémissant.

- Toi aussi, tu pourrais songer à te lancer dans la carrière d'Auror, lui dit-il. Tu sais faire fonctionner tes méninges, Granger.

Hermione rougit de plaisir.

- Il n'a pas pu se rendre invisible, affirma Megan. La carte montre les gens invisibles. Il a dû sortir du parc.

- La question est de savoir s'il en est sorti tout seul ou si c'est quelqu'un d'autre qui l'en a fait sortir, fit remarquer Hermione.

- Oui, c'est vrai, quelqu'un aurait pu... le mettre sur un balai et s'envoler avec lui, non ? suggéra Ron en regardant Maugrey avec espoir, comme si lui aussi avait envie de s'entendre dire qu'il pourrait faire un bon Auror.

- On ne peut pas exclure un enlèvement, en effet, grogna Fol Œil.

- Alors, vous croyez qu'il se trouve quelque part à Pré-au-lard ? dit Ron.

- Il pourrait être n'importe où, répondit Fol Œil en hochant la tête. La seule chose dont on soit sûrs, c'est qu'il n'est pas ici.

Il bâilla longuement. Ses cicatrices s'étirèrent et sa bouche largement ouverte révéla plusieurs dents manquantes. Les Aurors auxquels Megan avait été confrontée depuis le début de l'année avaient tous une apparence bien plus rassurante, comment Fol Œil avait-il pu souffrir autant physiquement de sa carrière ?

- D'après ce que m'a dit Dumbledore, reprit-il, il paraît que vous aimez bien jouer les détectives, tous les quatre, mais vous ne pourrez rien faire pour Crouch. C'est aux gens du ministère de le rechercher, Dumbledore les a prévenus. Potter, il vaut mieux que tu te concentres sur la troisième tâche.

- Quoi ? dit le garçon. Ah oui...

Le regard de Fol Œil se posa un instant sur Megan, qui n'avait pas oublié qu'elle était supposée aider le quatrième champion à remporter ladite tâche selon les désirs de Voldemort.

- Tu ne devrais pas avoir trop de mal avec celle-là, dit le professeur en grattant son menton couturé et mal rasé. Si j'en crois Dumbledore, tu as souvent réussi à te sortir de ce genre de choses. Il paraît que tu t'es débrouillé pour franchir tous les obstacles qui gardaient la Pierre philosophale, dès ta première année ici.

- On l'a aidé, dit aussitôt Ron. Hermione, Megan et moi, on l'a aidé.

Fol Œil eut un sourire.

- Eh bien, aidez-le encore à s'entraîner cette fois-ci et ça m'étonnerait qu'il ne sorte pas vainqueur. En attendant... vigilance constante, Potter. Vigilance constante.

Il but à nouveau une longue gorgée au goulot de sa flasque et son œil magique pivota vers la fenêtre. On apercevait une partie des voiles du vaisseau de Durmstrang.

- Vous trois – son œil normal s'était posé sur Megan, Ron et Hermione –, vous restez auprès de Potter, d'accord ? J'ouvre l'œil, mais on ne sait jamais... Des yeux, il n'y en a jamais assez pour tout surveiller.

Megan ne put s'empêcher de penser que, malgré lui, Maugrey Fol Œil donnait les mêmes conseils que Voldemort.


Sirius leur renvoya leur hibou le lendemain matin. En recevant elle-même une lettre, Megan comprit que sa propre réponse avait également été expédiée. Au même moment, une chouette hulotte atterrissait devant Hermione en tenant dans son bec un exemplaire de La Gazette du sorcier. Hermione prit le journal, parcourut les premières pages et dit :

- Ah ! Elle n'a pas entendu parler de Crouch ! Par contre il y a un nouvel article au sujet de cette Auror, qui est morte…

Megan sentit avec inquiétude ses entrailles se contracter à nouveau, tandis qu'elle baissait les yeux sur l'article.

LES BARISH ASSASSINÉS

Retrouvés morts sur une plage du nord de la France deux mois plus tôt, les corps d'Ailla et Darrel Barish ont été examinés successivement par les autorités moldues et magiques. Le constat est unanime : l'Auror de quarante-quatre ans et son mari étaient décédés avant que leurs corps ne soient jetés à la mer. Leur autopsie ayant été rendue difficile par leur séjour prolongé dans l'eau salée, il aura fallu plusieurs semaines pour établir qu'aucune cause de mort ne pouvait être relevée sur leurs corps. Si la police moldue cherche encore à éclaircir ce mystère, pour les autorités magiques, la conclusion est sans appel : ils ont tous deux été victimes du sortilège de la Mort. Compte tenu de la profession d'Ailla Barish, la piste d'un règlement de comptes est privilégiée.

- C'est vraiment affreux, soupira Hermione. Voilà bien pourquoi le professeur Maugrey est toujours aux aguets… « Vigilance constante », comme il dit ! Auror est une profession tellement dangereuse…

Megan était, elle, rassurée de constater que l'enquête ne saurait jamais remonter jusqu'à elle. Soucieuse de ne pas s'attarder trop longtemps sur cette douloureuse affaire, elle se pencha avec Ron, Hermione et Potter sur la réponse de Sirius au sujet des mystérieux événement de l'avant-veille.

Harry, Qu'est-ce que c'est que ces histoires de te promener dans la forêt avec Krum ? À quoi joues-tu ? Je veux que tu me promettes, par retour du hibou, que tu ne sortiras plus dans le parc avec qui que ce soit la nuit. Il y a quelqu'un d'extrêmement dangereux à Poudlard. Quelqu'un qui voulait empêcher Crouch de voir Dumbledore et tu n'étais sans doute qu'à quelques mètres de lui. Tu aurais pu te faire tuer.

Ton nom n'a pas été déposé dans la Coupe de Feu par hasard. Si quelqu'un a l'intention de te tuer, c'est maintenant ou jamais qu'il agira. Reste toujours près de Ron, de Megan et d'Hermione, ne quitte pas la tour de Gryffondor la nuit et prépare-toi très sérieusement à la troisième tâche. Entraîne-toi aux sortilèges de Stupéfixion et de Désarmement. Tu ferais bien d'apprendre également quelques maléfices supplémentaires. En ce qui concerne Crouch, tu ne peux rien faire pour lui. Adopte un profil bas, et prend bien soin de toi. J'attends la lettre dans laquelle tu me promettras de ne plus sortir dans le parc la nuit. Sirius.

- Il est bien placé pour me donner des leçons sur les promenades dans le parc ! commenta Potter, vaguement indigné, en glissant la lettre de Sirius dans sa poche. Après tout ce qu'il a fait quand il était élève ici !

- Il s'inquiète pour toi ! répondit Hermione d'un ton brusque. Tout comme Maugrey et Hagrid ! Alors, écoute-les !

- Personne n'a essayé de m'attaquer cette année, répliqua son ami. Personne ne m'a rien fait...

- À part mettre ton nom dans la Coupe de Feu ! s'indigna Hermione. Et ce n'était pas par hasard. Sniffle a raison. Celui qui a fait ça attend peut-être son heure. C'est peut-être pendant la prochaine tâche qu'il s'attaquera à toi.

Megan avait des informations qui allaient en sens inverse. Qui que soit l'espion de Voldemort à Poudlard – et elle n'était toujours pas certaine de son identité, ce qui tendait à lui donner des migraines – il semblait ne pas avoir pour mission de le tuer avant la troisième tâche. Megan ne comprenait cependant pas l'intérêt que Voldemort tirerait de la victoire de Potter au Tournoi.

- Écoute, dit Potter d'un ton impatient. Admettons que Sniffle ait raison et que quelqu'un ait stupéfixé Krum pour enlever Crouch. Ça signifie qu'il était caché dans les arbres, tout près de nous, non ? Mais il a attendu que je sois parti pour agir, donc, apparemment, ce n'était pas à moi qu'il en avait.

- Il aurait eu du mal à faire passer ça pour un accident s'il t'avait tué dans la forêt, fit remarquer Megan d'un air distrait.

Car elle ne comprenait pas mieux que ses amis et Potter pourquoi on s'en prenait désormais à Crouch, qui semblait n'avoir pourtant aucun lien avec les manipulations de Voldemort.

- Il n'a pas hésité à attaquer Krum, objecta Potter. Pourquoi ne m'aurait-il pas supprimé en même temps ? Il aurait pu faire croire que Krum et moi, on s'était battus en duel, par exemple...

- Harry, je ne comprends pas plus que toi, avoua Hermione d'un air désemparé. Tout ce que je sais, c'est qu'il se passe beaucoup de choses bizarres et je n'aime pas du tout ça... Maugrey a raison – Sniffle a raison – il faut que tu t'entraînes dès maintenant pour la troisième tâche. Et tu dois tout de suite écrire à Sniffle pour lui promettre que tu n'iras plus te promener dehors tout seul.

Quant à Megan, elle n'avait pas l'intention d'obéir à Voldemort en expliquant à Potter comment tenir une baguette pour lancer un sortilège de Stupéfixion. Prétextant devoir rejoindre les jumeaux Weasley, elle s'isola dans le parc de Poudlard pour y lire la lettre de Sirius tout en profitant du soleil. Elle aurait aimé remonter ses manches et tenter de rendre un peu moins blême sa peau sous l'effet des rayons, mais elle craignait à chaque instant que son sortilège de Désillusion lui fasse défaut et expose à la vue de tous la Marque des Ténèbres qui s'étalait sur son bras gauche. Un peu plus loin dans le parc, Pansy Parkinson était entourée d'autres élèves de Serpentard que Megan connaissait très peu : Daphne Greengrass, Wayne Hopkins et Miles Bletchley. L'insupportable pot-de-colle de Draco, qu'elle ne se souvenait pas avoir jamais vue à moins de cent mètres de ce dernier, était penchée vers quelque chose que Megan ne pouvait pas voir, et parlait rapidement d'un air extatique. Incapable de l'entendre à cette distance, la jeune fille préféra reporter son attention sur sa lettre.

Megan,

Je n'arrive pas à croire que Dumbledore te demande de quitter Poudlard pour travailler contre Tu‑Sais‑Qui. C'est insensé et terriblement dangereux. Et si tu tombais sur Tu-Sais-Qui ou un de ses espions ? Ta vie a trop de valeur, Megan, tu dois arrêter immédiatement ces allers-retours. D'autant plus que le parc de Poudlard lui-même est désormais le théâtre d'attaques ! Harry m'a raconté ce qu'il s'est passé jeudi soir avec Crouch et Krum. Il aurait pu se faire tuer, et qui que soit l'auteur de cette agression, il aurait pu s'en prendre à toi également. Tout comme Harry, je veux que tu me promettes de ne pas sortir dans le parc après la tombée de la nuit. La troisième tâche approche, tu devrais plutôt essayer d'aider Harry en lui apprenant des sorts utiles pour ce labyrinthe. L'espion de Tu-Sais-Qui pourrait tout mettre en œuvre pour qu'il se fasse tuer à l'intérieur, ce qui ne passerait que pour un nouvel incident comme il y en a eu tant dans l'histoire du Tournoi des trois sorciers.

Pour la énième fois, Megan Buckley, prends soin de toi je t'en prie.

Sniffle.

Et voilà que Sirius venait à son tour lui donner les mêmes ordres que Voldemort. Tout cela n'avait rigoureusement aucun sens et Megan commençait à être épuisée de ces incessants puzzles.

Sniffle,

Toi qui sembles tant admirer Dumbledore et ne jamais remettre en cause ses décisions, il va te falloir composer avec celle-ci. Je prends très à cœur la mission qu'il m'a confiée et ne t'en fais pas pour moi, ça se passe bien jusqu'ici.

Ce qui s'est passé jeudi n'a aucun lien avec moi, d'ailleurs on ne sait même pas quel lien Crouch a avec Voldemort, je n'y comprends rien.

Le contenu de mes missions me pousse à croire que Voldemort ne voudrait pas tuer Potter pendant le Tournoi mais espère peut-être le voir gagner. J'imagine ce que tu vas en penser : ça n'a aucun sens – je suis bien d'accord, mais nous avons promis de partager nos informations, voici les miennes. Megan.

Megan rangea dans sa poche les parchemins elle confierait à Eleyna le soin de porter sa lettre.

- On ne te voit plus avec Kevan.

Fred venait d'arriver devant elle, lui dissimulant soudain le soleil. Megan fronça les sourcils, frustrée d'être tirée de sa séance de bronzage par une discussion aussi désagréable que celle qui s'annonçait.

- Ravie que ça te fasse plaisir, grogna-t-elle.

- On commençait à peine à s'y faire, rectifia George en s'allongeant à côté d'elle dans l'herbe. Il s'est passé quelque chose ?

- Rien de spécial rien dont j'ai envie de discuter, d'ailleurs.

- Donc vous êtes toujours ensemble ? s'enquit Fred en prenant place de l'autre côté de Megan.

- Rien qui vous concerne, précisa Megan avec humeur. Des nouvelles de Bagman ?

- Ne change pas de sujet. Quand tu es revenue, la dernière fois, vous étiez inséparables, on a même entendu dire que tu dormais avec lui, affirma George, le regard brillant.

Megan croisa les bras et ferma les yeux, savourant la chaleur du soleil sur son visage. Ses nuits avec Kevan lui manquaient, Kevan lui manquait, mais elle n'avait pas envie d'en discuter ni même d'y penser. Il fallut cependant un certain temps aux jumeaux pour renoncer, ce qui l'agaça : alors que Ron et Hermione consacrèrent les jours qui suivirent à tenter d'enseigner des maléfices à Potter, celle-ci passait le plus clair de son temps avec les deux Weasley et Lee, et esquiver leurs nombreuses questions n'était pas un exercice agréable. D'autant plus que Voldemort n'était jamais loin, comme Potter le lui rappela durant le cours de Divination du lundi suivant. Dans la salle de classe faiblement éclairée, il régnait une chaleur suffocante : malgré l'été qui approchait, Trelawney n'éteignait jamais le feu dans la cheminée, qui dégageait des parfums entêtants. Megan prit place à une table près d'une fenêtre masquée par des rideaux, où Potter la rejoignit bientôt. Profitant de l'inattention du professeur, le garçon entrouvrit la fenêtre de quelques centimètres, une initiative que salua Megan en son for intérieur. Trelawney prit place dans un grand fauteuil et regarda longuement ses élèves, les yeux étrangement agrandis.

- Mes chéris, dit-elle, nous avons presque fini notre travail sur les prévisions astrologiques. Aujourd'hui, nous avons toutefois une excellente occasion d'examiner l'influence de Mars, étant donné sa position particulièrement intéressante en cette période. Si vous voulez bien regarder dans cette direction pendant que j'éteins les lampes...

Elle agita sa baguette magique et les lampes s'éteignirent. La seule source de lumière venait à présent du feu qui continuait de brûler dans la cheminée. Trelawney se pencha et tira de sous son fauteuil un modèle miniature du système solaire enfermé dans un dôme de verre. Suspendues dans les airs, les neuf planètes et leurs lunes scintillaient sous l'éclat d'un soleil flamboyant. Trelawney se lança dans un exposé passionné de l'angle extraordinaire que Mars formait avec Neptune, qui fut soudain interrompu par des hurlements. À sa table, Potter venait de plaquer ses mains sur son front et criait en se contorsionnant jusqu'à tomber de son fauteuil. Horrifiée, Megan eut l'impression d'assister à une démonstration du sortilège Endoloris, replongeant dans l'affreux souvenir des tortures que Voldemort lui avait infligées.

- Harry ! Harry ! s'écria Ron en se jetant à genoux à côté de lui.

Tous les autres élèves se levèrent et entourèrent Potter en criant et gémissant. Le garçon sembla enfin revenir à lui et observa, les larmes aux yeux, ses camarades de classe regroupés autour de lui et la terreur dans les yeux de Ron. Megan, paralysée par ses souvenirs, n'avait pas bougé.

- Tu te sens bien ? s'enquit Ron.

- Évidemment pas ! lança Trelawney, excitée comme un acarien au salon de la moquette.

Elle fixait le garçon de ses grands yeux globuleux.

-Que s'est-il passé, Potter ? Une prémonition ? Une apparition ? Qu'est-ce que vous avez vu ?

- Rien, mentit Potter.

Il se redressa, le corps parcouru de tremblements, et regarda autour de lui, comme s'il cherchait quelqu'un.

- Vous aviez les mains crispées sur votre cicatrice ! insista Trelawney. Vous vous rouliez par terre en vous tenant le front ! Nous allons examiner cela de près, Potter, j'ai beaucoup d'expérience dans ce domaine !

Potter leva les yeux vers elle.

- Je crois que je ferais bien d'aller à l'infirmerie, dit-il. J'ai mal à la tête.

- Mon cher, votre clairvoyance a très certainement été stimulée par les extraordinaires vibrations de cette pièce ! assura Trelawney. Si vous partez maintenant, vous risquez de perdre une occasion unique de voir plus loin que vous ne l'aurez jamais...

- Je ne veux rien voir d'autre qu'un remède contre le mal de tête, l'interrompit Potter.

Il se releva et ses camarades décontenancés s'écartèrent pour libérer le passage, sans un regard pour Trelawney qui paraissait frustrée, comme si on venait de lui refuser un plaisir rare.