L'ESPION DE VOLDEMORT

Potter ne revint qu'au bout de deux heures dans la salle commune, où Megan, Ron et Hermione terminaient leurs devoirs.

- Harry ! s'exclama Hermione, inquiète depuis que Ron lui avait raconté la crise du garçon en classe de Divination.

- Tu n'as plus mal à la tête ? s'enquit Ron.

- Non, mais j'ai parlé à Dumbledore.

- C'est une excellente idée ! se réjouit Hermione.

- Parlé de quoi, exactement ? lança Megan, méfiante.

- Si ma cicatrice m'a à nouveau fait mal, tout à l'heure, c'est parce que j'ai encore rêvé de Voldemort.

Ron et Hermione déglutirent, toujours effrayés par ce nom, mais Megan était beaucoup plus inquiète quant au contenu de ce rêve. L'avait-il vue aux côtés du Seigneur des Ténèbres ?

- Je ne l'ai pas vu, précisa Potter, mais j'ai reconnu sa voix. Il parlait à Wormtail – on avait raison de penser qu'il était allé le rejoindre. Il disait que Wormtail avait commis une erreur, mais qu'elle avait été réparée, qu'un homme était mort.

Megan fronça les sourcils. Quelle erreur pouvait avoir commis Pettigrew ? Qui était mort ? Voldemort et son serviteur n'avaient rien évoqué de semblable lorsqu'elle se trouvait encore à Little Hangleton. Quels secrets lui cachaient-ils encore ?

- Ensuite, il a torturé Wormtail, avec le sortilège Endoloris. C'est ça qui m'a fait mal à la cicatrice…

Ron et Hermione grimacèrent, se rappelant certainement la démonstration de Fol Œil sur l'araignée en classe. Megan avait d'autres références autrement plus douloureuses, mais elle tira une certaine satisfaction de cette information : Pettigrew avait torturé Anita, et l'avait regardée souffrir aux mains de Voldemort sans réagir à son tour de ressentir les effets de l'abominable sortilège.

- Et qu'est-ce qu'a dit Dumbledore ? s'enquit Hermione.

- Il y avait Cornelius Fudge et Maugrey dans son bureau, précisa Potter. Fudge qui a même dit qu'il soupçonnait Madame Maxime d'avoir agressé Crouch. Ils se disputaient au sujet des disparitions de Bertha Jorkins et de Crouch, Fudge disaient qu'elles n'étaient pas liées, mais ce n'est pas l'avis de Dumbledore, il dit qu'elles ont un lien, et avec celle de Frank Bryce, aussi, un Moldu qui habitait dans le village où le père de Voldemort a grandi.

Megan haussa un sourcil. Cela, c'était elle qui l'avait fait remarquer à Dumbledore.

- Et vous ne savez pas ce que j'ai découvert dans le bureau de Dumbledore ! poursuivit Potter, les yeux écarquillés. Il a une espèce de bassine de pierre, la Pensine, où il peut ranger ses pensées, et s'y plonger. Grâce à ça, il m'a montré un souvenir de Bertha Jorkins, et aussi Snape qui disait que quelque chose revenait et devenait plus net que jamais pour lui et Karkaroff.

La marque des ténèbres. Machinalement, Megan porta la main à son bras.

- Je suis tombé dedans sans faire exprès –

- Pardon ? l'interrompit Megan, sceptique.

- Il avait mal refermé l'armoire où elle était rangée, je l'ai vue et j'ai voulu la regarder de près, c'est comme ça que je suis tombé dedans. Et j'ai assisté à trois de ses souvenirs, trois procès, dirigés par Crouch ! D'abord celui de Karkaroff. Comme nous l'avait dit Sirius, c'était un Mangemort, mais il a été libéré après en avoir dénoncé d'autres. Il a dit que Snape en était un, et Dumbledore a confirmé, mais a dit qu'il s'était détourné avant sa chute et était devenu un espion.

C'était une information intéressante : Megan savait effectivement que Snape avait été un Mangemort, et elle savait qu'il avait conservé ses liens avec les Malfoy et d'autres serviteurs de Voldemort après sa chute. Jouait‑il le même rôle qu'elle pour Dumbledore ? Combien de personnes risquaient-elles ainsi leurs vies pendant que le vieux directeur se terrait dans son bureau ? Ron et Hermione, quant à eux, étaient abasourdis d'avoir enfin la confirmation que leur professeur de Potions avait compté parmi les rangs du Seigneur des Ténèbres.

- Ce n'est pas tout ! s'exclama Potter en les voyant ouvrir la bouche pour réagir. J'ai vu aussi le procès de Bagman !

- Bagman ? sursautèrent les trois élèves d'une même voix.

Ludo Bagman était bien la dernière personne que Megan imaginait compter parmi les rangs des Mangemorts. Pouvait-il être l'espion de Voldemort ? Il aurait été véritablement insoupçonnable, mais avait‑il l'esprit et les épaules pour servir le Seigneur des ténèbres ?

- Oui, il a été poursuivi pour avoir communiqué des informations à Augustus Rookwood, en échange d'un poste au ministère. Mais il a été innocenté : il ne savait pas que Rookwood était un Mangemort. D'après Dumbledore, Bagman n'a plus jamais été suspecté ensuite.

- Ça ne m'étonne pas, lança Ron, il n'a rien d'un Mangemort !

- On ne le connaît pas si bien que ça, objecta Megan avec morgue.

Mais elle devait reconnaître qu'il y avait peu de chances que ses vices aillent au-delà de la simple escroquerie.

- Non, mais Bagman n'a rien à voir avec Voldemort, balaya Potter. En revanche, le troisième procès –

- Tu as passé toute ta soirée dans cette Pensine ? s'agaça Megan.

- Attends ! Le troisième procès, c'était celui du fils de Mr Crouch.

Cette fois, Potter avait l'attention de Megan, ainsi que celle de Ron et Hermione.

- Il était poursuivi pour avoir torturé un Auror et sa femme. Sa mère était présente, elle n'arrêtait pas de pleurer, elle s'est même évanouie à la fin ! Et vous auriez dû l'entendre supplier son père… Mais Crouch a ignoré toutes ses suppliques, et lui et ses complices ont été condamnés à la prison à perpétuité.

Megan serra les dents. Elle était toujours révulsée qu'un père puisse ainsi abandonner son fils aux Détraqueurs.

- Dumbledore était présent ? s'enquit Hermione.

- Oui, mais il n'y avait rien à faire, regretta Potter. Vous auriez dû voir les gens les huer, lui et ses complices. Ils les haïssaient. C'était vraiment horrible… Après ça, Dumbledore m'a ramené dans le bureau, hors de la Pensine. C'est là que je lui ai raconté mon rêve. D'après lui, c'était probablement plus qu'un rêve, il pense que j'ai vraiment vu Voldemort et Wormtail. Ce serait à cause de ma cicatrice, elle me ferait mal lorsque Voldemort serait proche ou aurait des accès de haine particulièrement violente, et maintenant qu'il essaye à nouveau de revenir, ça pourrait se reproduire plus souvent…

Ron et Hermione le dévisagèrent avec horreur.

- Il faut que je prévienne Sirius, conclut le garçon.

Tandis que Potter s'empressait de mettre par écrit la majeure partie des informations qu'il venait de leur relater, Megan, Ron et Hermione s'observèrent avec appréhension. Cette dernière avait grandi dans le monde moldu, ses parents ne se souvenaient pas de la terreur que Voldemort avait fait régner à l'époque de son apogée, mais Ron avait toujours entendu ses parents l'évoquer avec émotion, et depuis quatre ans tous deux avaient été confrontés de près ou de loin aux dangers que représentait son retour. Ils avaient peur, c'était évident, et c'était précisément la raison pour laquelle Megan prenait les risques qu'elle prenait. Pour qu'ils n'aient aucune raison d'avoir peur.

Ils descendirent dîner avec les autres, mais aucun d'eux n'avait faim.

- Alors, Dumbledore pense que Tu-Sais-Qui est en train de reprendre des forces ? murmura Ron.

Alors que tous les autres élèves étaient déjà montés se coucher, il contemplait le feu qui brûlait dans la cheminée, et Megan le vit frissonner malgré la chaleur ambiante. Elle avait envie de lui promettre que tout allait bien se passer, le rassurer comme elle avait rassuré Ginny, mais elle ne pouvait lui expliquer pourquoi elle était si sûre qu'il ne courrait aucun risque même si Voldemort devait revenir.

- Il fait confiance à Snape ? ajouta-t-il. Même en sachant que c'était un Mangemort ?

- Oui.

Debout, adossée au manteau de la cheminée, les bras croisés, Megan s'astreignait au silence. Elle aurait aimé partager tout ce qu'elle savait avec ses amis, mais elle ne dirait rien devant Potter, et n'était pas prête à voir le regard que Ron et Hermione posaient sur elle changer une fois qu'ils sauraient qui elle était vraiment. Hermione, assise le front dans les mains et le regard fixé sur les genoux, était silencieuse depuis une dizaine de minutes.

- Rita Skeeter, murmura-t-elle enfin.

- Comment peux-tu te soucier d'elle en ce moment ? dit Ron, incrédule.

- Je ne m'en soucie pas, répondit Hermione en s'adressant à ses genoux. Je réfléchis... Tu te souviens de ce qu'elle m'a dit aux Trois Balais ? « Je pourrais te raconter sur Ludo Bagman des choses à te faire dresser les cheveux sur la tête... » C'était de ça qu'elle voulait parler, non ? Elle a assisté au procès, elle savait qu'il avait communiqué des informations aux Mangemorts. Et Winky ? Tu te souviens ? « Mr Bagman est un mauvais sorcier ». Mr Crouch devait être furieux qu'il ait été acquitté et il en a sûrement parlé quand il est rentré chez lui.

- D'accord, mais Bagman n'a pas communiqué d'informations volontairement.

Hermione haussa les épaules.

- Et Fudge pense que c'est Madame Maxime qui a attaqué Crouch ? reprit Ron en se tournant vers Potter.

- Oui, mais il a dit ça simplement parce que Crouch n'était pas très loin du carrosse de Beauxbâtons quand il a disparu.

- On n'avait jamais pensé à elle, dit Ron avec lenteur. Il est certain qu'elle a du sang de géant dans les veines, mais elle ne veut pas l'admettre...

- Bien sûr que non, lança Hermione d'un ton brusque en levant enfin les yeux. Regarde ce qui est arrivé à Hagrid quand Rita a découvert qui était sa mère. Regarde Fudge, qui la considère immédiatement comme suspecte sous prétexte qu'elle est à demi géante. Qui aurait envie de prêter le flanc à de tels préjugés ? À sa place, moi aussi, je dirais que j'ai une forte ossature en sachant ce qui m'attendrait si j'avouais la vérité.

Hermione jeta un coup d'œil à sa montre.

- On n'a pas fait la moindre séance d'entraînement ! dit-elle avec effarement. On devait travailler le maléfice d'Entrave ! Il faut absolument s'y mettre demain ! Va te coucher, Harry, tu as besoin de sommeil.

Megan n'avait toujours pas pris la peine d'aider Potter à se préparer au labyrinthe et elle ne comptait pas changer d'avis. Elle se consacra ainsi assidûment à la révision de ses propres examens, dont les dernières épreuves se dérouleraient le jour de la troisième tâche, se promettant de laisser Ron copier sur elle puisque lui-même n'avait pas le loisir d'en faire autant, consacrant avec Hermione tout son temps libre à préparer Potter pour le Tournoi. Elle continuait également de recevoir des lettres de Cal, s'extasiant régulièrement au sujet des créatures magiques dont il découvrait l'existence petit à petit, ainsi que de Sirius. Ce dernier, qui s'avérait être en correspondance régulière avec Dumbledore également, avait fait connaître au directeur son mécontentement quant au rôle qu'il donnait à Megan dans la lutte contre le retour de Voldemort, sans effet. Toujours inquiet à l'idée qu'elle ou Potter se fasse attaquer au détour d'un couloir, ses angoisses avaient pris une ampleur nouvelle lorsqu'il avait appris que son filleul avait des visions du Seigneur des Ténèbres dans son sommeil, et ses lettres étaient devenues presque quotidiennes. Il ne comprenait pas non plus pourquoi Voldemort souhaitait voir Potter gagner le Tournoi, et Megan pouvait sentir à chacune des lignes de ses lettres qu'il tremblait de peur pour eux deux et ne supporterait plus très longtemps d'être contraint de se cacher dans une grotte sans pouvoir rien faire d'autre qu'énoncer des consignes de sécurité que Megan s'évertuait à ne pas respecter.


Avec le mois de juin, une atmosphère de tension et d'excitation se diffusa dans le château : tout le monde attendait avec impatience la troisième tâche, qui aurait lieu une semaine avant la fin du trimestre. Megan, qui s'étonnait de n'avoir toujours aucune nouvelle de Voldemort – ce n'était désormais plus elle ni Dumbledore qui décidait quand elle devait quitter Poudlard pour le rejoindre – eut la désagréable surprise de trouver, à la mi-juin, une lettre de la main tremblante de Pettigrew qui lui ordonnait d'être de retour au manoir le 22 au soir.

- Les examens ne seront pas terminés, lui fit observer Dumbledore lorsqu'elle se présenta dans son bureau, lettre en main.

- C'est ce que je dois lui dire ? railla Megan. Renvoyer une lettre pour lui dire que, désolée, je dois passer mes examens, je me présenterai deux jours plus tard ?

- Exactement. Je t'ai demandée d'être présente pour la troisième tâche. Tu pourras quitter l'école le 24 au soir.

- On parle de Voldemort. Je ne peux pas décliner lorsqu'il m'appelle.

- Ce n'est pas discutable, Meganna. Le sujet est clos.

Furieuse, la jeune fille quitta le bureau en claquant la porte. Elle ne comprenait pas comment Dumbledore pouvait être aussi obtus. Obsédée par cette convocation à laquelle on lui refusait de répondre, elle eut le plus grand mal à se concentrer sur ses examens, d'autant que l'école ne parlait plus que de la troisième tâche. Voldemort avait connaissance de la date de celle-ci, grâce aux informations que lui avait fourni Bertha Jorkins, et avait volontairement rappelé Megan avant qu'elle ait lieu, il devait y avoir une raison à cela, il serait intransigeant. Or, Megan avait à cœur d'être dans les bonnes grâces du mage noir, au cas où il reviendrait effectivement au pouvoir, sans quoi elle ne pourrait le contraindre à tenir sa part du marché. De plus, elle était terrifiée à l'idée qu'il la torture à nouveau pour la punir si elle lui désobéissait. Aussi, le 22 juin, alors qu'elle avait terminé ses épreuves de la journée, avalé un copieux dîner et attendu que tous ses camarades soient endormis, elle se glissa hors de son dortoir. Aussi silencieusement que possible, elle se dirigea vers les portes du château.

- Le directeur vous a interdit de quitter le château.

Megan sursauta et brandit sa baguette en faisant volte-face, mais il ne s'agissait que d'Elizabeth Beurk, ancienne directrice de l'école, qui la toisait depuis son tableau. Optant pour l'indifférence, Megan reprit son chemin, mais entendit d'autres voix la héler. Elle pressa le pas, maudissant la salle commune de Gryffondor d'être située au septième étage du château, et se rua dans le Grand escalier, qui entreprit de se déplacer dès qu'elle eut atteint la moitié de la volée de marches.

- C'est une blague ! protesta la jeune fille, alors que l'escalier la redirigeait vers un autre étage.

- Retourne dans ton dortoir, siffla Giffard Abbott, un sorcier moyenâgeux, depuis son tableau.

Sans leur prêter attention, Megan se rua dans une nouvelle volée de marches, qui lui joua le même tour que la précédente.

- Tu veux jouer, Dumbledore ? s'écria furieusement la jeune fille en levant les yeux vers l'immense plafond du château.

Elle plongea le bras dans sa sacoche agrandie magiquement pour en tirer son Éclair de feu. Sans attendre, elle l'enfourcha et sauta par-dessus la rambarde de l'escalier. Il fallut une seconde et demie au balai pour prendre son envol, pendant laquelle Megan chuta entre les escaliers. Lorsque son précieux compagnon eut enfin fait fi de la gravité, elle dût entreprendre d'esquiver les escaliers fous qui s'étaient mis à bouger en tous sens pour lui barrer le passage vers la sortie du château. Tous les portraits s'étaient réveillés et hurlaient maintenant son nom, menaçant de réveiller toute l'école. Furieuse que le directeur ait choisi de s'interposer ainsi entre elle et Voldemort, dont elle redoutait bien plus la colère, Megan fila aussi vite que le lui permettait son balai et les obstacles vers les grandes portes.

- Alohomora !

Alors qu'elle approchait de celles-ci à la pleine vitesse de son balai, les grands pans de bois demeurèrent fermés. Elle était désormais à une distance dangereuse de ceux-ci et risquait de s'y écraser.

- Bombarda Maxima !

Dans une détonation épouvantable, les portes du château explosèrent devant elle.

- MEGANNA BUCKLEY !

La voix magiquement amplifiée de Dumbledore résonna à ses oreilles tandis qu'elle filait dans le parc désert. Une lumière venait de s'allumer derrière la fenêtre de la cabane de Hagrid, bientôt imitée par le carrosse de Beauxbâtons et le bateau de Durmstrang. Des éclairs de lumière jaillirent dans l'obscurité du parc, mais Megan était redoutablement à son aise dans les airs et parvint à les esquiver et en arrêter plusieurs à l'aide du sortilège du Bouclier, que Dumbledore lui avait enseigné. Ce dernier était cependant un redoutable sorcier, et elle craignit ne pas pouvoir le repousser suffisamment longtemps pour quitter l'enceinte de l'école. Poussant son balai aux limites de ses capacités, elle parvint à atteindre les frontières du parc et à transplaner juste à temps pour éviter un trait de lumière rouge brûlant.

Elle se matérialisa, toujours à califourchon sur son balai, dans le ciel du village de Little Hangleton, haletante, les yeux embués par sa course à travers le parc, et profita de l'obscurité pour atterrir en douceur devant le manoir des Riddle, soulagée que le simple fait d'utiliser son balai ne suffise pas à alerter le ministère par le biais de la Trace. Une fois qu'elle eut repris son souffle, elle poussa la porte de la vieille maison et se présenta devant Voldemort.

- Je commençais à croire que tu avais décidé de désobéir, Meganna, siffla la voix mauvaise depuis le fauteuil.

- Dumbledore a tenté de m'empêcher de partir, j'ai eu du mal à lui échapper, expliqua-t-elle.

La chose recouverte d'écailles tourna vers Megan ses yeux rouges flamboyants.

- Il voulait que j'attende la fin des examens et de la troisième tâche pour revenir, précisa-t-elle. Même si je ne pouvais pas le lui dire, je lui ai fait comprendre qu'on ne faisait pas attendre le Seigneur des Ténèbres.

Sa propre dévotion feinte surprit Megan. Mais elle avait vu la peur dans les yeux de Ron et d'Hermione et était maintenant plus déterminée que jamais à accomplir la mission qu'elle s'était confiée. Voldemort acquiesça lentement.

- Va te coucher, Meganna. Des jours importants arrivent…

Avec l'espoir que le sorcier allait enfin lui révéler le contenu de son plan – n'avait-elle pas démontré sa fidélité en échappant à Dumbledore ? –, Megan rejoignit le lit qui était le sien depuis qu'elle avait pris sa place auprès de Voldemort. Au petit matin, Megan prit son petit déjeuner sur la grande table du salon. Dans son dos, le mur était encore fissuré là où elle l'avait heurté lorsqu'elle avait tenté d'attaquer Voldemort. Pettigrew, qui se chargeait de la servir, lui apporta également comme chaque fois le dernier numéro de la Gazette du Sorcier. Celle-ci n'eut pas à le parcourir longtemps pour tomber sur un article de Rita Skeeter au titre horriblement accrocheur :

LES INQUIÉTANTES DISPARITIONS DE MEGANNA BUCKLEY

Quiconque n'a pas vécu dans une grotte ces vingt dernières années sait d'ores et déjà qu'Albus Dumbledore est probablement le pire directeur que Poudlard ait connu, écrit Rita Skeeter, notre envoyée spéciale. Après n'avoir eu aucun scrupule à embaucher comme professeurs un loup‑garou et un demi-géant, et avoir attendu une année entière pour mettre un terme aux attaques des élèves nés-Moldus au sein de son établissement, voilà désormais qu'il ferme les yeux sur les disparitions régulières de l'une de ses étudiantes, Meganna Buckley, révélées par d'alarmants témoignages. Âgée de seulement quatorze ans, l'élève de Gryffondor a en effet quitté l'école à de nombreuses reprises au cours de l'année, pour des raisons que le directeur de Poudlard ne semble pas enclin à révéler, laissant libre cours aux théories les plus effrayantes.

Car nul ne saurait ignorer la sinistre réputation que charrie le nom de Buckley. Cette simple évocation replonge tout un chacun à la sombre époque du règne de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-le-Nom, au cours de laquelle Sylvius et Meredith Buckley accomplissaient les pires méfaits au nom de leur maître. On leur attribue notamment le massacre des sept membres de la famille Williams après que leur fils aîné, Jacob, Auror, ait tenté de les traduire en justice. Si ces deux éminents Mangemorts ont trouvé une mort violente six ans après la chute de Vous-Savez-Qui, laissant la petite Meganna sans famille, qui sait quelles formes de magie noire leur fille unique a connu dans son enfance ? Il semble plus qu'urgent qu'Albus Dumbledore se penche sur ces inexplicables disparitions afin de s'assurer notamment, de la sécurité des autres élèves de l'école.

Megan était horrifiée. Sans même se demander comment l'abominable reporter avait eu connaissance de ses absences, elle prenait conscience que tous les lecteurs de la Gazette du Sorcier, dont ses amis de Poudlard et Kevan, allaient désormais découvrir la réalité sur ses parents. L'article ne faisait même pas mention du fait que des Mangemorts étaient responsables de leur mort, ne laissant au lecteur peu aguerri que peu de chances de découvrir qu'ils s'étaient détournés de Voldemort, et laissant entendre haut et fort qu'elle-même était liée à la magie noire. Personne à Poudlard ne croirait plus qu'elle prenait soin d'un parent malade, et tous ses proches découvriraient qu'elle leur avait menti. Pétrifiée, elle n'osait plus imaginer revenir à Poudlard et affronter les regards de ceux qu'elle aimait. En quelques lignes, Rita Skeeter venait de faire voler en éclats le monde aimant et rassurant que Megan s'était péniblement construit au collège les choses ne seraient plus jamais comme avant. Elle leva ses yeux écarquillés vers Voldemort : était-il désormais sa seule option ?

La créature hideuse avait ses yeux rouges rivés sur elle.

- Qu'y a-t-il, Meganna ? siffla-t-il.

La jeune fille déglutit.

- Un article vient de paraître… à mon sujet.

- Vraiment ?

- Il dit… Il dit que je disparais souvent de l'école sans explications. Et il parle de mes parents.

- Rien qui nous concerne, donc.

Voldemort ne comprenait pas.

- Toute l'école lit la Gazette du Sorcier, insista-t-elle. J'ai dit à mes amis que je partais m'occuper d'un parent malade. Personne ne savait pour mes parents ! Il n'est pas précisé qu'ils vous ont trahi…

- Eh bien, je ne vois pas le problème. Tu peux être fière de tes parents à l'époque où ils étaient encore à mes côtés. Meredith, Sylvius… Je les aimais, Meganna. Ils étaient de formidables sorciers. Inutile d'insulter leur mémoire en revenant sur leur erreur, puisque celle-ci est corrigée désormais, tu es de nouveau auprès de moi. Quant à tes camarades de Poudlard, quelle importance ? La prochaine fois que tu y retourneras, le monde aura changé. Souhaites-tu revenir sur ta liste ? Celle-ci peut être raccourcie.

- Non, répondit Megan avec fermeté. Ma liste est toujours la même, je ne reviendrai jamais dessus. Si… Lorsque vous aurez retrouvé votre puissance, ils seront épargnés, tous. Ils pourront continuer à étudier à Poudlard, n'est-ce pas ?

- Bien entendu, Lord Voldemort n'a qu'une parole. Mais Poudlard aura bien changé, sois-en assurée. Ton amie Hermione Granger sera probablement la seule Sang-de-Bourbe à avoir toujours la possibilité d'en franchir le seuil.

Megan hocha lentement la tête. Elle imaginait difficilement le monde que promettait Voldemort, mais elle était consciente que l'école connaîtrait de profonds changements. Il lui serait probablement plus facile d'y retourner ainsi, les élèves auraient d'autres choses en tête que cet article. Et Hermione et les autres seraient protégés. C'était la meilleure chose à faire, elle en était convaincue.

Le journal ne contenait aucune information satisfaisante, aussi Megan préféra s'en débarrasser dans les flammes de la cheminée pour ne plus penser à article. Elle n'osait imaginer la réaction de ceux qu'elle avait laissés derrière elle.

- Quitter Poudlard contre l'avis de Dumbledore n'a pas dû être facile, commenta Voldemort. Je ne doutais pas que tu serais de taille, mais il est satisfaisant de constater que tu as su te montrer à la hauteur. Qu'en est-il de Harry Potter, est-il prêt pour la troisième tâche ?

- Bien plus qu'il ne l'était pour les deux précédentes, acquiesça Megan.

- Tu l'as aidé, comme je te l'avais demandé ?

- Bien sûr, mentit-elle. Avec Ron et Hermione, nous lui avons appris plein de sortilèges pour qu'il soit armé pour affronter le labyrinthe.

- Excellent, se réjouit la créature. Oh, bien sûr, il recevra encore de l'aide. Demain… Car mon espion sera là pour le guider et lui faciliter la tâche.

Bien qu'elle soit révulsée par son apparence, Megan fixa intensément la créature, jusqu'à ce qu'un geste de la grosse tête chauve lui ordonne de baisser les yeux, ce qu'elle exécuta de peur d'être châtiée de nouveau.

- Tu meurs d'envie de connaître son identité, n'est-ce pas ? se délecta-t-il. Tu as montré ta dévotion au Seigneur des Ténèbres, Meganna. Et je sais récompenser ceux qui le méritent.

La jeune fille sentit son cœur battre un peu plus vite. Enfin, elle allait connaître les projets de Voldemort.

- Barty Crouch Junior, siffla la créature avec un horrible sourire. Mon plus fidèle Mangemort.

Megan leva les yeux, ahurie.

- Le fils de Crouch ? Il est mort à Azkaban !

- Oui, il a admirablement réussi à se faire passer pour mort, mieux encore que le fidèle Wormtail. Il est le plus loyal, probablement car il voit en moi le père que Barty Crouch Senior n'a jamais été, s'amusa Voldemort. La seule personne que le vertueux Crouch ait jamais véritablement aimé était sa femme, et celle-ci a réussi à le convaincre de sauver la vie de son fils. Ah, le pouvoir de l'amour ! Il l'a accompagnée à Azkaban, prétextant une dernière visite sur le lit de mort de leur enfant unique, mais c'était en réalité une manigance pour permettre à la mère et au fils d'échanger leurs apparences grâce au Polynectar. Mrs Crouch, déjà anéantie par l'emprisonnement du garçon par son propre mari, est décédée peu de temps après, tandis que son fils, sous l'emprise du sortilège de l'Imperium de son père, reprenait petit à petit des forces, dans le secret de la demeure des Crouch, sous l'étroite surveillance de leur elfe de maison.

- Winky.

- Heureusement pour nous, Meganna, la charmante Bertha Jorkins l'a découvert lors d'une visite à son collègue du ministère. Oh, Crouch espérait que cela ne changerait rien : il lui a lancé un puissant sortilège d'Amnésie, si puissant que sa mémoire a subi des dommages irréversibles, si puissant que j'ai eu du mal à retrouver ces fragments de souvenirs. Mais bien entendu, mes pouvoirs, même aujourd'hui, sont bien supérieurs à ceux de Barty Crouch, et j'ai eu ainsi connaissance de l'existence de ce loyal serviteur. Sais-tu que c'est lui qui a fait apparaître la Marque des Ténèbres, le soir de la Coupe du Monde ? Il voulait rappeler à ses camarades Mangemorts, si fiers, que leur maître n'était pas disparu. Quelle n'a pas été sa joie et sa fierté de nous trouver, moi et Wormtail, sur le pas de sa porte, après que nous ayons tiré de Bertha Jorkins toutes les précieuses informations qu'elle avait à livrer. Nous avons alors rétabli l'ordre des choses, en soumettant à son tour Barty Crouch Senior au sortilège de l'Imperium, et libéré son fils de son emprise. Les choses ont failli mal tourner, cependant.

Pettigrew, qui était terré dans un coin de la pièce depuis le début du récit de Voldemort, se recroquevilla un peu plus.

- Wormtail, qui était chargé de surveiller Crouch, a failli à sa mission, et l'a récemment laissé s'échapper.

- C'est le soir où Potter l'a vu dans le parc, souffla Megan, qui commençait à voir le puzzle s'assembler lentement.

- Exactement. Depuis quelques temps, il luttait pour se libérer du sortilège.

- Il était sous votre contrôle depuis tout ce temps, et vous ne m'avez rien dit ?

- Seul Lord Voldemort peut estimer quand vient le moment de révéler ses secrets, siffla sèchement la créature. Heureusement, l'erreur de Wormtail a été corrigée : Barty Crouch Junior a retrouvé son père avant que Harry Potter ne prévienne Dumbledore et que le pot-aux-roses soit découvert. Il l'a tué, et enterré dans le potager du Garde-chasse, cet imbécile de Rubeus Hagrid.

Megan écarquilla les yeux. Crouch était enterré dans le parc de Poudlard ?

- Comment Crouch Junior a-t-il pu rentrer dans l'école sans être repéré ? s'enquit-elle, les sourcils froncés. Fol Œil l'aurait forcément vu –

- C'est là toute la beauté de notre machination, se réjouit Voldemort, Barty Crouch Junior est Maugrey « Fol Œil ». Ou du moins, il a son apparence. Toujours grâce à la très chère Bertha Jorkins – je ne la remercierai jamais assez – nous avions appris le projet de Dumbledore de faire du vieil Auror le nouveau professeur de Défense contre les forces du mal, cette matière absurde. Wormtail et mon fidèle serviteur ont donc été trouver le vieux fou avant la rentrée, l'ont attaqué et enfermé dans sa propre malle, et pris sa place au sein de Poudlard. C'est lui qui a mis le nom de Harry Potter dans la Coupe de feu : à l'aide d'un puissant sort de Confusion, il a su faire oublier à la Coupe que seules trois écoles concourraient, et a inscrit le garçon au nom d'une quatrième école. Seul à se présenter, il était certain d'être désigné.

Malgré le choc que représentaient toutes ces révélations, Megan s'avoua soulagée : la Coupe n'avait pas préféré la candidature de Potter à la sienne.

- Il fait depuis tout son possible pour permettre à Harry Potter de remporter le Tournoi, l'aiguillant subtilement à travers les tâches. Il ne lui reste désormais qu'à affronter le labyrinthe, ce qui ne devrait pas être trop ardu : mon espion sera là pour abattre les obstacles sur son passage. Harry Potter sera alors le premier à atteindre le Trophée des trois sorciers au centre du labyrinthe. Trophée que le faux Maugrey aura préalablement transformé en Portoloin. Dès que sa main se posera dessus, il sera immédiatement amené à moi.

Megan hocha lentement la tête, le plan était ingénieux, elle n'avait pas su le percer alors même qu'elle avait côtoyé tous ses contributeurs.

- Tout cela pour soustraire Potter à la surveillance de Dumbledore, devina Megan. N'aurait-il pas été plus facile de me demander de vous l'amener ?

- Dumbledore ne doit pas savoir que je suis sur le point de revenir, sous aucun prétexte. De plus, il y a plusieurs mois, tu étais encore aussi inaccessible que Harry Potter, fit remarquer Voldemort. Je suis d'ailleurs toujours surpris que le vieux Dumbledore ait consenti à te laisser quitter la sécurité de Poudlard. Le vieillard doit être désespéré. De plus, je ne pouvais pas encore être certain de ta loyauté, ni de ta capacité à réaliser cette tâche. T'enfuir de Poudlard était déjà un travail remarquable, mais Dumbledore est autrement plus protecteur lorsqu'il s'agit de Harry Potter.

- Mais il a échoué, commenta Megan. Potter va se livrer de lui-même, demain, et alors vous pourrez le tuer. Est-ce que c'est cela qu'il faut, pour que vous retrouviez vos pouvoirs ? Il suffit de le tuer.

- Oh, non, Meganna, c'est autrement plus difficile. Mais tu en sais suffisamment pour le moment. Demain, tu auras les réponses à toutes tes questions.

Demain. Depuis quatorze ans, Voldemort cherchait à revenir au pouvoir ; depuis trois ans, Megan luttait de toutes ses forces pour l'empêcher d'y parvenir, et tout allait s'arrêter demain, le monde allait basculer demain. La jeune fille hésitait à faire une dernière tentative pour se mettre sur son passage, aussi discrètement que possible, mais l'article de Skeeter avait mis en péril ses chances de revenir à sa vie d'avant. De plus, comment pourrait-elle agir ? Elle ne connaissait toujours pas le projet de Voldemort pour retrouver ses pouvoirs, et elle ne pouvait prévenir Dumbledore, Sirius ou ses amis de la réelle identité de Fol Œil : depuis qu'il lui avait fait ces révélations, Voldemort avait veillé à ce que Megan ne soit jamais seule quand ce n'était pas Pettigrew qui la surveillait, Nagini était sur ses talons. Elle ne pouvait pas envoyer de lettre, et ne connaissait pas d'autre moyen de prévenir les autres. Elle eut cependant le déplaisir de recevoir rapidement des nouvelles de l'Écosse : une première lettre de Sirius, suintante de colère, lui reprochant son départ fracassant de l'école contre le gré de Dumbledore, et celle, horrifiée, de Hermione, qui la suppliait de démentir les propos qu'avait tenu Rita Skeeter dans son article. Sans l'autorisation de Voldemort de leur rédiger une réponse, elle ne put que jeter leurs lettres au feu, le cœur serré.