MANGEMORT

C'était le début d'une ère nouvelle. Voldemort était revenu, et Megan était à ses côtés, aussi puissante que soit sa haine et sa révulsion pour le sorcier. Celui-ci était absorbé par la contemplation de son nouveau corps. Il observa ses mains, semblables à de grandes araignées blafardes, puis caressa de ses longs doigts blanchâtres sa poitrine, ses bras, son visage. Ses yeux rouges, aux pupilles verticales comme celles d'un chat, paraissaient encore plus brillants dans l'obscurité. Il tendit les mains devant lui, plia et déplia les doigts avec une expression de ravissement. Il n'accorda pas le moindre regard à Pettigrew qui se tortillait sur le sol, le bras ruisselant de sang, au serpent qui était revenu et sifflait en décrivant des cercles autour de Potter, ni aux deux adolescents qui l'observaient avec crainte. Voldemort glissa dans une poche de sa robe une de ses mains aux doigts d'une longueur surnaturelle et en sortit une baguette magique. Il la caressa doucement, la leva et la pointa sur Pettigrew, qui fut soulevé du sol et projeté contre la pierre tombale à laquelle Potter était attaché. Il s'effondra par terre et resta là, recroquevillé, gémissant. Voldemort tourna alors ses yeux écarlates vers Potter et éclata d'un rire aigu, glacial, sans joie. Du sang luisait sur la cape de Pettigrew. Il avait enveloppé son moignon dans un pan d'étoffe, ce qui ne suffisait pas à enrayer l'hémorragie. Il ne vivrait pas plus d'une heure.

- Maître..., sanglota-t-il. Maître... vous aviez promis... vous aviez promis...

- Meganna, donnes-moi ton bras, dit Voldemort d'un ton nonchalant en se détournant de lui.

Il fallut quelques secondes à la jeune fille pour réagir à son appel. Tâchant de dissimuler la crainte qu'il lui inspirait, elle s'approcha. Une fois à sa hauteur, elle remonta sa manche et lui présenta sa Marque des Ténèbres, cuisante et rougeoyante. En la découvrant sur la peau blême de sa camarade de classe, Potter écarquilla les yeux – peu importait ce qu'il voyait ce soir, pensa Megan, il serait bientôt mort. Indifférent à l'ascenseur émotionnel de son captif et aux sanglots incontrôlables de Pettigrew, Voldemort examina attentivement la marque,

- Elle est de retour, dit-il à voix basse. Ils l'auront tous remarquée... Maintenant, nous allons voir... Nous allons savoir...

Il appuya son long index blanchâtre sur la marque, qui se mit à brûler Megan comme si les doigts de Voldemort étaient en fer blanc, et fit étrangement crier Potter de douleur. Lorsque le sorcier retira son doigt, Megan constata que son tatouage cuisant était désormais d'un noir de jais. Avec une expression cruelle et satisfaite, Voldemort se redressa, rejeta la tête en arrière et scruta l'obscurité du cimetière.

- Combien auront le courage de revenir lorsqu'ils la sentiront ? murmura-t-il, ses yeux rouges flamboyant vers les étoiles. Et combien seront assez sots pour rester à l'écart ?

Il se mit à faire les cent pas devant Megan, Potter et Pettigrew, son regard balayant l'étendue du cimetière. Au bout d'un long moment, il se tourna à nouveau vers le garçon et un sourire féroce déforma son visage de serpent.

- Harry Potter, tu te tiens sur les restes de mon père, dit-il d'une voix sifflante. C'était un Moldu et un imbécile... très semblable à ta chère mère. Mais tous deux ont eu leur utilité, n'est-ce pas ? Ta mère est morte pour te protéger quand tu étais enfant... et moi, j'ai tué mon père. Mais regarde comme il m'a été utile dans la mort...

Une nouvelle fois, Voldemort éclata de rire. Il recommença à faire les cent pas en jetant des regards tout autour du cimetière et le serpent continua de décrire des cercles dans l'herbe. Megan n'avait pas remarqué qu'il s'agissait de la tombe de Tom Riddle Senior, mais elle aurait pu le deviner.

- Tu vois cette maison sur la colline ? Mon père y habitait. Ma mère, une sorcière qui vivait ici, dans ce village, est tombée amoureuse de lui. Mais il l'a abandonnée quand elle lui a révélé ce qu'elle était... Mon père n'aimait pas la magie... Il l'a donc quittée avant même ma naissance pour retourner chez ses parents moldus. Ma mère est morte en me donnant le jour et j'ai été élevé dans un orphelinat moldu... mais j'avais juré de retrouver mon père... et je me suis vengé de lui, de cet idiot qui m'avait donné son nom... Tom Riddle...

Il continuait inlassablement de faire les cent pas, ses yeux rouges allant d'une tombe à l'autre. Megan connaissait des bribes de l'histoire de Voldemort, celles qu'il avait évoquées deux ans plus tôt dans la Chambre des secrets, au sujet d'un père moldu et d'une mère descendante de Salazar Serpentard. Bien qu'elle ait vécu plusieurs semaines dans le manoir Riddle, elle n'avait même pas cherché à en savoir plus, car elle n'aurait pas cru Voldemort enclin à bavarder au sujet de ses ancêtres.

- Écoute-moi ça, voilà que je suis en train de revivre l'histoire de ma famille..., dit-il à voix basse. Je deviens sentimental... mais regardez ! Ma véritable famille revient...

S'élevant de partout, Megan entendit soudain des bruissements d'étoffe. Entre les tombes, derrière l'if, dans chaque coin d'ombre, des sorciers vêtus de capes arrivaient en transplanant. Tous avaient le visage masqué par des cagoules. Et un par un, ils s'avançaient... lentement, précautionneusement, comme s'ils avaient du mal à en croire leurs yeux. Debout au milieu du cimetière, Voldemort les regardait venir vers lui. Puis l'un des Mangemorts tomba à genoux, rampa vers Voldemort et embrassa l'ourlet de sa robe.

- Maître... Maître..., murmura-t-il.

Avec consternation et dégoût, Megan vit le Mangemort qui se trouvait derrière lui faire de même. Chacun d'eux s'avança ainsi à genoux vers Voldemort, embrassa le bas de sa robe puis rejoignit les autres qui formaient à présent un cercle autour de la tombe de Tom Riddle, de Megan, de Potter et de Pettigrew qui n'était plus qu'un petit tas de chiffon secoué de sanglots. Les Mangemorts avaient laissé des espaces libres dans leur cercle comme s'ils attendaient de nouveaux arrivants. Voldemort, lui, ne semblait attendre personne d'autre. Il regarda les visages masqués de ses fidèles et, bien qu'il n'y eût pas de vent, un frémissement parcourut le cercle, comme s'il avait été saisi de frissons. Megan était indécise, mal à l'aise au milieu de ce sombre cercle.

- Soyez les bienvenus, Mangemorts, dit Voldemort à voix basse. Treize ans... Treize ans ont passé depuis la dernière fois que nous nous sommes vus. Pourtant, vous avez répondu à mon appel comme si nous nous étions quittés hier... Cela signifie que nous sommes toujours unis sous la Marque des Ténèbres ! Mais est-ce bien sûr ?

Il rejeta en arrière son horrible tête et renifla, élargissant ses narines en forme de fentes.

- Je sens les effluves de la culpabilité, annonça-t-il. Une terrible culpabilité qui empeste l'atmosphère.

Un nouveau frisson parcourut le cercle, comme si chacun d'eux avait voulu, sans l'oser, faire un pas en arrière.

- Je vous vois tous en parfaite santé, avec des pouvoirs intacts – vous avez été si prompts à transplaner ! – et je me demande... comment se fait-il que tous ces sorciers ne soient jamais venus au secours de leur maître à qui ils avaient juré une fidélité éternelle ?

Personne ne répondit, personne ne fit un geste, à part Pettigrew qui continuait de sangloter sur le sol en serrant contre lui son moignon sanglant.

- Je peux donner la réponse moi-même, murmura Voldemort. C'est sans doute qu'ils m'ont cru brisé, parti, disparu. Ils sont donc retournés parmi mes ennemis, ils ont plaidé l'innocence, l'ignorance, ils ont prétendu avoir été ensorcelés... Je me demande alors... Comment ont-ils pu penser que je ne reviendrais pas ? Eux qui savaient tout ce que j'ai fait, il y a déjà longtemps, pour me garantir contre la mort ? Eux qui avaient eu la preuve de l'immensité de mes pouvoirs, au temps où j'étais le plus puissant des sorciers ? Cette fois encore, je peux avancer une réponse. Peut-être ont-ils cru qu'un pouvoir plus grand encore pouvait exister, un pouvoir qui aurait pu vaincre Lord Voldemort lui‑même... Peut-être ont-ils juré fidélité à un autre ? Peut-être à ce défenseur des gens du commun, des Sang-de-Bourbe et des Moldus, Albus Dumbledore ?

À la mention du nom de Dumbledore, le cercle frémit et certains murmurèrent en hochant la tête. Mais Voldemort ne leur prêta aucune attention.

- C'est pour moi une déception... Je m'avoue déçu...

L'un des sorciers masqués se jeta alors en avant, brisant le cercle. Le corps parcouru de tremblements, il se laissa tomber aux pieds de Voldemort.

- Maître ! s'exclama-t-il d'une voix perçante. Maître, pardonnez-moi ! Pardonnez-nous !

Voldemort se mit à rire et leva sa baguette.

- Endoloris ! dit-il.

Le Mangemort se tordit sur le sol en poussant des hurlements stridents. Megan serra les dents mais ne réagit pas. Elle savait quelles tortures l'homme vivait sous ses yeux, mais Voldemort avait tout pouvoir sur eux. Il leva à nouveau sa baguette et le Mangemort endolori resta étendu à plat ventre, la respiration saccadée.

- Lève-toi, Avery, lui intima Voldemort d'une voix douce. Lève-toi. Tu demandes mon pardon ? Sache que je ne pardonne pas. Et que je n'oublie pas. Treize longues années... Je veux que tu me rendes treize ans avant de te pardonner. Wormtail, ici présent, a déjà payé une partie de sa dette, n'est-ce pas, Wormtail ?

Il baissa les yeux vers le petit être prostré qui continuait de sangloter.

- Tu es revenu vers moi non par loyauté, mais par crainte de tes anciens amis. Tu as mérité cette souffrance, Wormtail. Tu le sais, n'est-ce pas ?

- Oui, Maître, gémit Wormtail. S'il vous plaît, Maître... s'il vous plaît...

- Mais tu m'as aidé à retrouver mon corps, poursuivit Voldemort de sa voix glacée en regardant Wormtail sangloter par terre. Bien que tu sois une canaille et un traître, tu m'as aidé... et Lord Voldemort récompense ceux qui l'aident...

Une nouvelle fois, le mage noir leva sa baguette et la fit tournoyer au-dessus de sa tête. Une volute qui semblait faite d'argent fondu apparut dans les airs, jaillissant dans le sillage de la baguette magique. La volute tournoya sur elle-même en prenant peu à peu la forme d'une main humaine qui brillait sous la lune. La main fondit alors sur Pettigrew et se fixa à son moignon sanglant, mettant un terme à l'hémorragie. Le traître cessa brusquement de sangloter. La respiration rauque et précipitée, il releva la tête et contempla d'un air incrédule la main d'argent attachée à son bras sans qu'on puisse distinguer la moindre cicatrice, comme s'il portait un gant étincelant. Il plia et déplia ses doigts scintillants puis, d'un geste tremblant, il ramassa une brindille sur le sol et la réduisit en poussière.

- Maître, murmura-t-il. Maître... Elle est si belle... Merci... Oh, merci...

Il se précipita à genoux et embrassa la robe de Voldemort.

- Que ta loyauté ne vacille plus jamais, Wormtail, ordonna le Seigneur des Ténèbres.

- Oh non, Maître... Plus jamais, Maître...

Le visage encore luisant de larmes, Pettigrew se releva et alla prendre sa place dans le cercle, sans quitter des yeux sa nouvelle main à la poigne puissante. Voldemort s'approcha alors de l'homme qui se trouvait à la droite de Pettigrew.

- Lucius, mon cher ami si fuyant, murmura-t-il en s'arrêtant devant lui – Megan sentit son cœur se serrer. On m'a dit que tu n'as pas renoncé aux anciennes pratiques, bien que tu présentes aux yeux du monde un visage respectable. Tu es toujours prêt à prendre l'initiative quand il s'agit de persécuter des Moldus, semble-t-il ? Pourtant, tu n'as jamais essayé de me retrouver, Lucius... Tes exploits à la Coupe du Monde de Quidditch étaient amusants, je n'en disconviens pas... Mais ton énergie n'aurait-elle pas été mieux employée à tenter de retrouver et d'aider ton maître ?

- Maître, je me tenais prêt à tout moment, répondit précipitamment la voix de Lucius sous sa cagoule. Au moindre signe de vous, au moindre murmure qui aurait pu me renseigner sur le lieu de votre refuge, je serais immédiatement accouru, rien n'aurait pu m'empêcher de...

- Et pourtant, tu as pris la fuite devant ma Marque lorsqu'un fidèle Mangemort l'a fait apparaître dans le ciel, l'été dernier ? répliqua Voldemort d'une voix nonchalante qui fit taire son fidèle. Oui, je sais tout cela, Lucius... Tu m'as déçu... J'attends de toi une plus grande fidélité à l'avenir. Je sais cependant que tu as veillé sur Meganna pendant de longues années, et je n'oublierai pas cela.

- Certainement, Maître, certainement... Je vous remercie de votre clémence...

Sous la cagoule, Megan voyait les yeux brillants de Lucius rivés sur elle. Était-il si surpris de la trouver parmi eux ce soir Narcissa ne lui avait-elle pas dit que Megan se mettait en quête de Voldemort ? Ce dernier avait raison de pointer du doigt le peu de foi de Lucius, car jamais il n'avait offert à la jeune fille son aide dans sa périlleuse quête, attendant paisiblement dans son manoir qu'elle lui offre Lord Voldemort sur un plateau.

- Meganna, répéta Voldemort avec une joie non dissimulée. Personne ici n'a oublié les Buckley. Malgré leur douloureuse trahison il y a quinze ans, malgré les efforts désespérés d'Albus Dumbledore pour la garder loin de moi, voici que Meganna est aujourd'hui parmi nous, revenue à moi. Cette enfant a démontré plus de loyauté que chacun d'entre vous, cette année, me présentant son aide pour retrouver mes pouvoirs, m'offrant une fidélité indicible. Elle mérite plus que quiconque d'autre sa place parmi vous.

Comme un seul homme, les Mangemorts reculèrent d'un pas, créant un nouvel espace vide dans leur cercle. Sur un signe de tête de Voldemort, Megan prit sa place dans le cercle. Potter l'observait en secouant la tête, refusant de croire ce qui se passait sous ses yeux. Voldemort avança d'un pas et s'arrêta, regardant l'espace vide – suffisamment grand pour deux personnes – qui séparait Lucius de son voisin.

- Ce sont les Lestrange qui devraient se trouver ici, indiqua-t-il. Mais ils sont enfermés à Azkaban. Ils ont été fidèles. Ils ont préféré renoncer à la liberté plutôt que de me renier... Lorsque la prison d'Azkaban aura été ouverte, les Lestrange seront honorés au-delà de toutes leurs espérances. Les Détraqueurs se joindront à nous... Ce sont nos alliés naturels... nous ferons revenir les géants exilés... Tous mes serviteurs dévoués retourneront vers moi, ainsi qu'une armée de créatures redoutées de tous...

Megan eut une pensée pour Neville. Elle allait bientôt côtoyer Bellatrix Lestrange et son mari, pourtant responsables de la torture de ses parents. Il n'était pas sur sa liste. Même s'il était un Sang-Pur, survivrait‑il au règne de Voldemort ? Ce dernier continuait d'avancer le long du cercle. Il passait devant certains sans rien dire, mais s'arrêtait devant d'autres et leur parlait.

- Macnair... Alors, d'après ce que m'a dit Wormtail, tu exécutes des créatures dangereuses pour le compte du ministère ? Tu auras bientôt de meilleures victimes, crois-moi. Lord Voldemort te les fournira...

- Merci, Maître... Merci, murmura Macnair.

Voldemort s'approcha ensuite des deux silhouettes les plus massives que comptait le cercle des Mangemorts.

- Ah, voici Crabbe, dit-il. Tu feras mieux, cette fois-ci, n'est-ce pas, Crabbe ? Et toi aussi, Goyle ?

Tous deux s'inclinèrent maladroitement et répondirent dans un murmure à peine audible :

- Oui, Maître...

- Certainement, Maître...

- Même remarque pour toi, Nott, commenta Voldemort d'une voix égale en passant devant une silhouette voûtée, dans l'ombre de Goyle.

- Maître, je me prosterne devant vous, je suis votre plus fidèle...

- Ça ira comme ça, coupa Voldemort.

Il atteignit le plus large des espaces qui brisaient le cercle et le contempla de ses yeux rouges, sans expression, comme s'il y voyait quelqu'un.

- Ici, dit-il, il manque six Mangemorts... Trois sont morts à mon service. Un autre a été trop lâche pour revenir... Il le paiera. Un autre m'a quitté définitivement... Il sera tué, bien entendu... Quant au dernier, il reste mon plus fidèle serviteur et travaille déjà pour moi.

Barty Crouch Junior. Il y eut un mouvement dans le cercle des Mangemorts, qui échangeaient des regards sous leurs cagoules.

- Ce fidèle serviteur se trouve à Poudlard et c'est grâce à ses efforts que notre jeune ami est arrivé ce soir…

Un sourire retroussa sa bouche sans lèvres tandis que Megan et les Mangemorts tournaient les yeux vers Potter.

- Oui, reprit Voldemort, Harry Potter a eu l'amabilité de se joindre à nous pour fêter ma renaissance. On pourrait même aller jusqu'à le considérer comme mon invité d'honneur.

Il y eut un grand silence. Puis le Mangemort qui se trouvait à la droite de Wormtail fit un pas en avant et la voix de Lucius s'éleva sous sa cagoule :

-Maître, nous avons hâte de savoir... Nous vous supplions de bien vouloir nous dire... comment vous avez accompli ce... ce miracle... Comment avez-vous réussi à revenir parmi nous... ?

Megan elle-même avait cherché toute l'année à obtenir la réponse à cette question. Les choses auraient été différentes si elle avait pu la découvrir plus tôt.

- Ah, c'est toute une histoire, Lucius, répondit Voldemort. Tout commence – et finit – avec mon jeune ami ici présent.

Il s'avança vers Potter d'un pas nonchalant et s'arrêta à côté de lui de sorte que tout le monde puisse les voir en même temps. Le serpent continuait de tourner autour de la tombe.

- Bien entendu, vous savez qu'on attribue ma chute à ce garçon, poursuivit Voldemort, ses yeux rouges fixés sur Potter dont les yeux étaient brillants de larmes. Vous savez tous que, la nuit où j'ai perdu mes pouvoirs et mon corps, j'avais essayé de le tuer. Sa mère est morte en voulant le sauver et, sans le savoir, elle lui a ainsi assuré une protection que je n'avais pas prévue, je le reconnais... Il m'était impossible de toucher ce garçon.

Voldemort leva un de ses longs doigts et l'approcha tout près de la joue de Potter.

- Sa mère a laissé en lui des traces de son sacrifice... C'est de la vieille magie, j'aurais dû m'en souvenir, j'ai été stupide de ne pas y penser... Mais ça ne fait rien, maintenant, je peux le toucher.

Du bout de son long doigt blanchâtre, Voldemort toucha la peau de la joue de Potter, qui gémit de douleur. Voldemort eut un petit rire puis il enleva son doigt et s'adressa à nouveau aux Mangemorts :

- J'avais mal évalué la situation, mes amis, je le reconnais. Le sort que j'ai jeté a été dévié par le sacrifice insensé de cette femme et a rebondi sur moi. Aaaah... Douleur des douleurs, mes amis, rien n'aurait pu m'y préparer. Je me suis senti arraché de mon corps, réduit à moins qu'un esprit, moins que le plus infime des fantômes... mais j'étais quand même vivant. Ce que j'étais devenu, moi-même je l'ignore... Moi qui suis pourtant allé plus loin que quiconque sur le chemin qui mène à l'immortalité. Vous connaissez mon but : vaincre la mort. Et maintenant que j'étais mis à l'épreuve, il apparaissait qu'une ou plusieurs de mes expériences avaient porté leurs fruits... car je n'avais pas été tué, alors que le sort qui m'avait frappé était mortel. J'étais cependant aussi dépourvu de force que la plus faible des créatures, et sans aucun moyen d'agir seul... puisque je n'avais plus de corps et que les sortilèges qui auraient pu m'aider nécessitaient l'usage d'une baguette magique... Je me souviens seulement d'avoir lutté, sans repos, sans relâche, instant après instant, pour exister... Je me suis installé dans une forêt lointaine et j'ai attendu... Sans aucun doute, l'un de mes fidèles Mangemorts allait essayer de me retrouver... L'un d'eux viendrait et accomplirait le travail magique que j'étais incapable de faire moi-même pour me rendre un corps... Mais j'ai attendu en vain.

Un frisson agita à nouveau le cercle des Mangemorts. Voldemort laissa un horrible silence s'installer avant de poursuivre :

- Il ne me restait qu'un seul pouvoir, celui de prendre possession du corps des autres. Mais je n'osais aller dans les endroits trop fréquentés, car je savais que les Aurors étaient toujours à ma recherche. Parfois, je m'installais à l'intérieur d'un animal – les serpents étant, bien sûr, mes préférés – mais je ne m'y trouvais guère mieux que sous la forme de pur esprit car leurs corps n'étaient pas adaptés à l'usage de la magie... et ma présence en eux abrégeait leur vie. Aucun de mes hôtes n'a duré bien longtemps... Puis, il y a quatre ans... j'ai cru avoir trouvé le moyen de revenir. Un sorcier – jeune, stupide, naïf – a croisé mon chemin dans la forêt où je m'étais réfugié. Il semblait représenter enfin la chance dont j'avais rêvé... car il était professeur à l'école de Dumbledore... Il n'a pas été très difficile de le soumettre à ma volonté... Il m'a alors ramené ici, dans ce pays et, au bout d'un moment, j'ai pris possession de son corps pour m'assurer qu'il exécutait correctement mes instructions. Mais mon plan a échoué, je n'ai pas réussi à m'emparer de la Pierre philosophale. La vie éternelle m'échappait. J'avais été mis en échec... et cet échec, une fois de plus, c'était Harry Potter qui me l'infligeait... Pire encore, il était aidé dans cette tâche par Meganna Buckley.

Le silence tomba à nouveau. Rien ne bougeait, pas même les feuilles de l'if. Les Mangemorts restaient parfaitement immobiles, leurs regards brillants fixés sur Voldemort et Potter, n'osant jeter des coups d'œil dérobés à Megan – qui savait que Voldemort lui avait pardonné ses exploits des années passées.

- Mon serviteur est mort lorsque j'ai quitté son corps et je me suis retrouvé aussi faible qu'avant, reprit Voldemort. Je suis retourné dans mon refuge, très loin d'ici, et je ne vous cacherai pas que j'ai éprouvé alors la crainte de ne jamais retrouver mes pouvoirs... Cette période a sans doute été la plus sombre de toutes ces années. Je ne pouvais espérer qu'un autre sorcier croise à nouveau mon chemin... et j'avais abandonné tout espoir qu'un de mes Mangemorts se soucie de ce que j'étais devenu...

Dans le cercle des sorciers masqués, quelques mouvements trahirent un certain malaise, mais Voldemort n'y prêta aucune attention.

- Et puis, il y a de cela moins d'un an, alors que j'avais presque abandonné tout espoir, cela s'est enfin produit... un serviteur est revenu à moi : Wormtail, qui avait fait croire à sa mort pour échapper à la justice, a été arraché de sa cachette par ceux qu'il avait autrefois comptés parmi ses amis et a décidé de retourner auprès de son maître. Il m'a cherché dans le pays où la rumeur disait que je m'étais réfugié... aidé bien sûr par les rats rencontrés sur sa route. Wormtail a d'étranges affinités avec les rats, n'est-ce pas, Wormtail ? Ses répugnants amis lui ont révélé l'existence, au fond d'une forêt d'Albanie, d'un endroit qu'ils évitaient soigneusement car, souvent, de petits animaux comme eux y mouraient prématurément après qu'une ombre noire eut pris possession de leur corps... Mais ce voyage qui devait le ramener vers moi ne s'est pas déroulé sans anicroche, n'est-ce pas, Wormtail ? Imaginez-vous qu'un soir, à la lisière de la forêt où il espérait me trouver, il s'est bêtement arrêté dans une auberge, tout simplement parce qu'il avait faim... Et qui croyez-vous qu'il a rencontré dans cette auberge ? Bertha Jorkins, une sorcière du ministère de la Magie ! Or, voyez comment le destin favorise Lord Voldemort. Cette rencontre aurait pu marquer la fin de Wormtail et de mon dernier espoir de régénération. Mais Wormtail – faisant preuve d'une présence d'esprit que je n'aurais jamais attendue de lui – a réussi à convaincre Bertha Jorkins de l'accompagner dans une promenade au clair de lune. Il l'a alors neutralisée... puis me l'a amenée. Et la rencontre avec Bertha Jorkins, qui aurait pu tout gâcher, s'est en fait révélée une aubaine qui dépassait mes rêves les plus insensés... car il a suffi d'un peu de persuasion pour qu'elle devienne une véritable mine d'information. Elle m'a ainsi appris que le Tournoi des Trois Sorciers allait à nouveau avoir lieu cette année et qu'il se déroulerait à Poudlard. Elle m'a révélé également qu'elle connaissait un fidèle Mangemort qui ne serait que trop heureux de m'aider si je parvenais à le contacter. Elle m'a dit aussi bien d'autres choses... Mais les sortilèges que j'avais employés pour pénétrer dans sa mémoire étaient très puissants et, après lui avoir soutiré toutes les informations qui pouvaient m'être utiles, son corps et son esprit avaient subi des dommages irréparables. Elle avait rempli son office et, comme je ne pouvais la garder auprès de moi, je m'en suis débarrassé.

Voldemort sourit de son horrible sourire de serpent, ses yeux rouges flamboyant d'un regard impitoyable. Megan se rappela le cadavre pourrissant qu'elle avait retrouvé la grotte où s'était terré Voldemort à cette époque.

- Bien entendu, le corps de Wormtail était mal adapté à la possession, puisque tout le monde croyait qu'il était mort. Il aurait donc beaucoup trop attiré l'attention si on l'avait vu. Il était cependant le serviteur dont j'avais besoin et, bien que très médiocre sorcier, Wormtail a été capable de suivre les instructions que je lui donnais pour me rendre un corps faible, rudimentaire, mais un corps que je pourrais habiter en attendant de réunir les éléments qui permettraient ma véritable renaissance... il a suffi d'un ou deux sortilèges de mon invention... et d'un peu d'aide de mon fidèle Nagini – les yeux de Voldemort se posèrent sur le serpent qui continuait de tourner autour de la tombe. Une potion à base de sang de licorne et du venin que me fournissait Nagini... J'ai pu ainsi retrouver une forme presque humaine, suffisamment robuste pour me permettre de voyager. Je n'avais plus aucun espoir de dérober la Pierre philosophale, puisque je savais que Dumbledore avait veillé à ce qu'elle soit détruite. Mais j'avais la volonté de revenir à une vie mortelle avant de rechercher à nouveau l'immortalité. J'avais revu mes ambitions à la baisse... Je voulais d'abord retrouver mon ancien corps et mon ancienne force. Je savais que pour atteindre cet objectif – la potion qui m'a rendu la vie ce soir appartient à la magie noire traditionnelle –, j'avais besoin de trois puissants ingrédients. L'un d'eux était déjà à portée de main, n'est-ce pas, Wormtail ? La chair d'un serviteur... Les ossements de mon père signifiaient qu'il nous faudrait revenir ici, où il est enterré. Mais le sang d'un ennemi... Wormtail aurait voulu que je prenne celui de n'importe quel sorcier, n'est-ce pas, Wormtail ? N'importe quel sorcier, pourvu qu'il m'ait haï... et il y en avait beaucoup. Mais moi, je savais que, si je voulais renaître aussi puissant que je l'avais été, il me fallait le sang de Harry Potter. Je voulais le sang de celui qui m'avait privé de mes pouvoirs treize ans plus tôt car, alors, la protection que sa mère lui avait léguée coulerait également dans mes veines... Mais comment m'emparer de Harry Potter ? Il était mieux protégé qu'il ne s'en doutait lui-même, protégé par des moyens que Dumbledore avait lui-même mis en œuvre lorsque la charge lui était revenue d'assurer l'avenir de ce garçon. Dumbledore a eu recours à des méthodes d'ancienne magie qui assurent la sécurité de Harry Potter tant qu'il se trouve auprès de lui. Même moi, je ne peux pas le toucher tant qu'il est là‑bas... Bien sûr, il y avait la Coupe du Monde de Quidditch... Je pensais que sa protection y serait plus faible, loin de Dumbledore, mais je n'étais pas encore assez fort pour tenter un enlèvement en plein milieu d'une horde de sorciers du ministère. Ensuite, il allait retourner à Poudlard où, du matin au soir, il resterait sous le nez crochu de cet imbécile amoureux des Moldus. Bien sûr, Meganna ici présente était à ses côtés, à l'école, mais sa loyauté ne m'était pas encore acquise, empoisonnée par les manipulations de Dumbledore. Alors, comment faire pour m'emparer de lui ? Eh bien... en me servant des informations révélées par Bertha, bien entendu. Grâce à mon fidèle Mangemort qui se trouvait à Poudlard, le nom de Harry Potter a été déposé dans la Coupe de Feu. Grâce à ce même Mangemort, tout a été fait pour qu'il remporte le tournoi – et qu'il soit le premier à toucher le trophée –, ce trophée que le Mangemort avait transformé en Portoloin, ce qui me permettait de faire venir Harry Potter ici même, où il ne pourrait plus bénéficier de l'aide et de la protection de Dumbledore. Je n'avais plus qu'à l'attendre à bras ouverts. Et le voici... ce garçon dont vous pensiez tous qu'il avait eu raison de moi...

Voldemort s'avança lentement et se tourna pour faire face à Potter. Puis il leva sa baguette.

- Endoloris ! dit-il.

Le garçon se mit à hurler à s'en déchirer les cordes vocales, ses yeux devenus fous roulant dans leurs orbites. Megan serra à nouveau les dents. Voldemort devait tuer Potter, c'était ce qu'il avait prévu de faire ce soir et elle l'acceptait, mais elle ne voyait pas l'utilité de le torturer. Lorsque le sorcier abaissa sa baguette, le corps de Potter s'affaissa, seulement retenu par les cordes qui le liaient à la pierre tombale. Les Mangemorts se mirent à rire, mais Megan ne put les imiter, le cœur au bord des lèvres.

- Vous comprenez maintenant à quel point il était insensé d'imaginer que ce garçon puisse jamais l'emporter sur moi, reprit Voldemort. Que personne ne s'y trompe : seule la chance a permis à Harry Potter de m'échapper. Et je vais faire la démonstration de mon pouvoir sur lui en le tuant ici même, sous vos yeux. Cette fois, Dumbledore ne pourra pas l'aider, et sa mère ne sera pas là pour mourir à sa place. Mais je vais quand même lui donner sa chance. Il aura le droit de combattre et vous saurez alors lequel de nous deux est le plus fort. Il te faudra attendre encore quelques instants, Nagini, murmura-t-il.

Le serpent s'éloigna en ondulant dans l'herbe et rejoignit le cercle des Mangemorts avides d'assister au spectacle.

- À présent, détache-le, Wormtail, et rends-lui sa baguette magique.