CONFESSIONS

À cette heure, il n'y avait plus d'élèves dans les couloirs, ce qui fut un soulagement : Megan ne voulait pas avoir à affronter les regards de ses camarades. Elle ne croisa personne sur son chemin vers Dumbledore. Le vieux sorcier l'attendait effectivement, assis derrière son bureau, les doigts croisés. Pour la première fois depuis longtemps, Megan n'entrait pas dans la pièce comme une furie. Malgré son long sommeil, elle se sentait trop épuisée pour une joute avec le directeur.

- Meganna, l'accueillit-il. Je suis heureux de te voir rétablie.

Elle hocha la tête en silence. Dumbledore ne l'avait probablement jamais vue aussi calme.

- Je te remercie de m'avoir signalé la présence de Barty Crouch Junior, hier soir. J'avais effectivement trouvé inquiétant qu'Alastor éloigne Harry de moi, le véritable Alastor Maugrey ne se serait pas comporté ainsi.

- Alors vous connaissez la vérité à son sujet ? s'enquit Megan. Et sur son père ?

- Oui, un puissant Veritaserum fourni par le professeur Snape nous a permis d'obtenir les aveux complets de l'imposteur, confirmés par son elfe, Winky. Nous sommes arrivés juste à temps pour éviter qu'il ne s'en prenne à Harry. Fort heureusement, toi et Harry allez bien.

Megan hocha de nouveau la tête. Elle n'avait pas l'impression d'aller bien.

- Voldemort est revenu, murmura-t-elle.

- Oui, Harry m'a raconté tout ce qui s'est passé dans le cimetière. Et le fait que tu n'es pas intervenue dans la préparation de la potion.

- Je ne pouvais pas me trahir.

Machinalement, elle frotta son bras gauche, où la Marque des Ténèbres était encore douloureuse. Dumbledore suivit son geste du regard.

- Harry n'a pas compris ce qui s'est passé, comme tu t'en doutes. Je lui ai cependant expliqué que tu n'étais pas toi-même, puisque Voldemort t'avait soumise au sortilège de l'Imperium.

Megan leva brusquement les yeux vers Dumbledore, certaine de l'avoir mal compris.

- Car c'est cela que nous devrons annoncer à tes camarades et au ministère de la magie, ajouta le sorcier sans ciller. Il ne faudrait pas que quiconque se fourvoie et pense que tu as réellement rejoint les rangs des Mangemorts, ne serait-ce que l'espace de quelques semaines.

La mâchoire de Megan se contracta. Le directeur avait-il compris qu'elle n'avait pas été honnête avec lui ? Si c'était le cas, il ne semblait pas avoir l'intention de le lui faire payer.

- Cela expliquera notamment tes nombreuses absences hors de l'école et ton départ fracassant mardi dernier, alors que je te l'avais formellement interdit.

- Voldemort ne me laissait pas le choix, se défendit Megan. Si je l'avais rejoint plus tard, il m'aurait torturée.

Il y eut un court silence.

- Harry a mentionné le fait que Voldemort avait eu recours au sortilège Endoloris, hier soir. Tant envers lui que toi. Était-ce la première fois, Meganna ?

Des images rapides et floues passèrent devant les yeux de la jeune fille. Elle hurlait dans le manoir des Riddle, se contorsionnait, espérait mourir.

- Non, souffla-t-elle.

Dumbledore poussa un long soupir maîtrisé.

- Je ne peux affirmer avoir ignoré l'existence d'un tel risque, avoua-t-il. La mission que je t'ai confiée était hautement périlleuse, Meganna, et je suis navré que tu aies eu à en souffrir ainsi.

- Comment vous allez faire avaler au ministère que Voldemort m'a soumise à l'Imperium ? préféra‑t‑elle répondre. Quand est-ce qu'il en aurait eu l'occasion ?

- Lors de la Coupe du monde de Quidditch, répondit posément Dumbledore. Oh, bien sûr, Cornelius Fudge refuse de croire au retour de Voldemort – il est aveuglé par l'amour de sa profession et ne veut pas accepter que son monde soit bouleversé. Il pourra cependant accepter l'idée que Barty Crouch Junior, qui était présent le soir de la Coupe, ait tenté de te manipuler pour servir son projet. Heureusement, tu as fini par trouver la force de combattre le sort, ce qui t'a permis de ramener Harry et le corps de Cedric à Poudlard, et de me prévenir de la véritable identité de notre professeur de Défense contre les forces du mal. Cette version des faits te lavera de tout soupçon, et t'aidera également à porter la Marque, même si je comprendrais que tu préfères la dissimuler à l'avenir.

L'invention de Dumbledore se tenait Megan le soupçonna d'avoir réfléchi depuis longtemps à cette excuse. Il lui offrait cependant une porte de sortie intéressante.

- Et Crouch ? Il n'a pas dû avouer tout ça, sous l'influence du Veritaserum, si ?

- Non, effectivement, mais seuls les professeurs Snape et McGonagall, Winky, Harry et moi étions présents. Si tes professeurs connaissent d'ores et déjà la vérité à ton sujet, je doute que Harry garde souvenir de ce détail manquant compte tenu de la soirée mouvementée qu'il a vécue hier, et il y a fort à parier à Winky ne prenne jamais l'initiative de démentir ces faits.

- Mais Crouch, lui, peut encore témoigner du contraire.

- Malheureusement, non. Notre premier ministre, craignant pour sa sécurité au moment d'interroger l'imposteur, s'est fait escorter par un Détraqueur, lequel n'a pas résisté à prendre l'âme de Barty Crouch Junior.

Megan battit des paupières. Alors l'espion de Voldemort était mort.

- Et Fol Œil, vous l'avez retrouvé ? Voldemort m'a dit qu'il avait été enfermé dans une malle.

- Oui, ne t'en fais pas, le professeur Maugrey est en ce moment-même confié aux bons soins de Madame Pomfrey.

Il y eut un silence dans le bureau, pendant lequel Megan entreprit d'intégrer toutes les informations que lui délivrait Dumbledore. Elle avait l'impression que son cerveau allait exploser.

- Dans le cimetière, il s'est passé quelque chose d'étrange, dit-elle enfin. Voldemort avait provoqué Potter en duel, et quand ils ont jeté un sort en même temps, il y a eu une réaction que je n'avais jamais vue.

- Oui, Harry m'en a parlé également. Ce phénomène est appelé Priori Incantatum, ou la remontée des sortilèges.

- Oui, je le connais, j'ai vu Amos Diggory – sa voix dérailla sur le nom de famille – s'en servir le soir de la Coupe. Mais pourquoi est-ce arrivé, ça n'a pas de sens ?

- Il s'avère qu'il y a dans les baguettes de Harry et de Voldemort une plume de phénix, du même phénix.

Megan tourna les yeux vers Fawkes, le magnifique oiseau de Dumbledore, qui lui avait sauvé la vie deux ans plus tôt dans la Chambre des secrets.

- Oui, lui-même, acquiesça Dumbledore. C'est une coïncidence intéressante que la deuxième baguette ait choisi Harry, Mr Ollivander s'est empressé de me contacter lorsqu'il l'a lui a vendue. Or, ces baguettes jumelles ne peuvent agir l'une contre l'autre sans en obliger une à régurgiter ses derniers sortilèges.

- C'est tout ? Potter a une baguette sœur de celle de Voldemort, c'est tout ce qu'il y a entre eux ?

Megan était soudain furieuse. Elle avait choisi de se retourner contre Voldemort car elle croyait que Potter était la clef pour le vaincre, et avait déduit cela du phénomène extraordinaire qui s'était produit lors de leur affrontement.

- Non, ce n'est pas tout. Il existe entre Harry et Voldemort une connexion magique très complexe.

- Peu importe qu'elle soit complexe, je pensais que Potter était capable de le vaincre !

Elle retrouvait enfin sa furie ordinaire.

- Il y a effectivement en Harry le moyen de vaincre Voldemort, répondit posément Dumbledore. Je ne peux cependant t'en dire plus pour le moment.

- Pourquoi ? s'écria furieusement Megan. Je n'ai pas suffisamment prouvé que j'étais capable de lutter contre lui ?

- Cela n'a rien à voir avec toi, Meganna. Il y a en effet encore certaines zones d'ombre que je dois éclaircir, mais je saurai t'informer de tout ce que tu auras besoin de savoir le temps venu. Tu as en effet prouvé que tu étais une alliée de taille dans la lutte contre Voldemort.

Megan croisa les bras sur sa poitrine, revêche. Elle méritait plus que cela.

- Saches d'ailleurs que tu as obtenu tes examens, malgré ton absence aux dernières épreuves. Survivre à Voldemort me semble avoir été une épreuve suffisante.

Voilà enfin une décision sage.

- Qu'est-ce qu'il va se passer, maintenant qu'il est revenu ? s'enquit-elle.

- Nous allons devoir nous organiser, tout comme lui. Il ne frappera pas immédiatement, mais des temps obscurs s'annoncent, je le crains. Je crois que Sirius t'a parlé de l'Ordre du Phénix ?

- Seulement dans les grandes lignes.

- Il s'agit d'un réseau de résistance que j'ai fondé au temps du règne de Voldemort. Celui-ci va devoir renaître pour faire face à la nouvelle menace. Arthur Weasley va se charger d'être nos yeux et oreilles au sein du ministère et de réunir les membres qui le voudront bien. Le temps de l'unité est venu. J'ai notamment expliqué à Molly Weasley que Sirius Black était en réalité innocent, et obtenu que lui et le professeur Snape mettent de côté leur rivalité (Megan haussa un sourcil, dubitative) afin de coopérer.

- Snape fait partie de l'Ordre ?

- Le professeur Snape en est effectivement un membre très important. Il était donc bon que lui et son vieil ennemi acceptent de travailler ensemble. Sirius est pour le moment parti se cacher chez Remus Lupin, lui aussi membre incontournable.

- Et moi ?

- L'année est bientôt terminée. J'ai, ce matin, invité tes camarades de classe à vous laisser, toi et Harry, tranquilles pour le moment. Je leur expliquerai, au cours du banquet de fin d'année, ce qu'il s'est « réellement » passé, mais pour le moment chacun doit affronter comme il le choisit les récents événements. La mort de Cedric Diggory a été un véritable choc pour toute l'école.

Megan hocha lentement la tête. Elle avait encore du mal à accepter cette réalité.


Elle se rendit directement dans la tour de Gryffondor en sortant du bureau de Dumbledore. Malgré le fait qu'elle n'ait pas sommeil, elle aurait aimé se rouler en boule dans son lit jusqu'à ce que le temps ait pansé toutes ses blessures, mais elle n'en aurait jamais le loisir. Lorsque le portrait de la Grosse Dame pivota pour la laisser entrer, elle trouva Fred, George, Lee, Ron, Hermione, Neville et Ginny qui l'y attendaient visiblement.

- Par les valseuses de Merlin.

Fred la prit dans ses bras avant qu'elle ait pu esquisser un geste, bientôt rejoint par George. Les cinq autres les observèrent avec inquiétude.

- Tu vas bien ? s'enquit timidement Hermione lorsque les jumeaux l'eurent libérée de leur étreinte.

Elle hocha la tête en pinçant les lèvres.

- Est-ce que tu as tué Cedric Diggory ?

- Ginny ! s'étrangla George.

- C'est ce que tout le monde pense, que j'ai tué Cedric ? lança Megan, le cœur battant de colère.

- Megan… Entre l'article dans la Gazette du sorcier, tes disparitions et… ce qu'il s'est passé hier…, hasarda Ron. Il y a eu beaucoup de rumeurs…

- Et tu y crois toi ?

- Bien sûr que non ! Je veux dire, je pense que tu es capable de tuer, tu me fais peur des fois, Megan. Mais Cedric, c'était ton ami.

- Oui, c'était mon ami.

Sous les regards anxieux de ses amis, elle alla s'asseoir devant la cheminée, leur tournant le dos. Pour une raison inconnue, elle avait froid.

- Mes parents étaient des Mangemorts, c'est vrai, avoua-t-elle en fixant des yeux les flammes qui dansaient à quelques centimètres de ses doigts tendus. Mais ils ont trahi Voldemort avant qu'il ne tombe, et ils ont été tués par d'autres Mangemorts, pour se venger. J'ai été adoptée. Voilà les détails que Rita Skeeter a oublié de mentionner dans son article. Alors oui, c'est vrai, ce n'était pas pour aller m'occuper d'un parent malade que j'ai quitté Poudlard aussi souvent cette année. Non, la raison c'est que Barty Crouch Junior, qui n'est pas mort à Azkaban, mais qui était un fidèle serviteur de Voldemort, m'a jeté le sortilège de l'Imperium et s'est servi de moi toute l'année pour que je l'aide à ramener son maître au pouvoir.

Derrière elle, il y eut plusieurs exclamations étouffées, mais aucun n'osa l'interrompre.

- C'était lui, notre professeur de Défense contre les forces du mal. Il a attaqué le vrai Fol Œil avant la rentrée et a pris son apparence grâce à du Polynectar. Comme ça, il a pu me manipuler toute l'année, et il a aussi mis le nom de Potter dans la Coupe. Le but était de l'amener à Voldemort, parce qu'il avait besoin de son sang pour retrouver ses pouvoirs. Et c'est ce qu'il a fait, hier soir. Crouch Junior avait transformé le Trophée en Portoloin, c'est comme ça que Cedric et Potter nous ont rejoint. C'est comme ça que Cedric a été tué – pas par moi – et que Voldemort a retrouvé ses pouvoirs. Il est revenu, hier soir.

Ginny laissa échapper un gémissement plaintif.

- J'ai réussi à vaincre l'emprise du sortilège et à revenir à Poudlard avec Potter. On a raconté toute l'histoire à Dumbledore, et Crouch Junior est mort – comme son père, d'ailleurs. Et si vous ne me croyez pas, voilà.

Elle se retourna enfin et remonta sa manche d'un coup sec pour exposer à leurs yeux horrifiés la Marque des Ténèbres, le noir de jais tranchant sur sa peau blême. Il y eut un long silence, uniquement rompu par les craquements du feu de cheminée.

- On te croit, dit enfin Lee. Bien sûr qu'on te croit, Megan.

Un murmure approbateur parcourut ses autres amis, qui s'amplifia jusqu'à devenir un acquiescement unanime et sincère. Megan serra les dents, luttant contre les larmes. Elle avait cru ne jamais plus pouvoir être auprès d'eux, mais ils l'acceptaient finalement telle qu'elle se présentait à eux. Ils ne se préoccupaient plus que ses parents aient été des Mangemorts où qu'elle porte dans sa chair la Marque des Ténèbres, trop occupés à la féliciter pour son courage et à s'inquiéter du fait qu'elle ait dû traverses de véritables épreuves aux côtés de Voldemort. Ils discutèrent ainsi jusque tard dans la nuit de leurs craintes pour l'avenir, de leur peine pour la mort de Cedric, et de leur consternation quant au fait d'avoir eu pour professeur un Mangemort tout au long de l'année. Ils ne montèrent se coucher que lorsque Ginny s'endormit et manqua de tomber du fauteuil sur lequel elle était juchée.


Aussi inconcevable que cela pouvait paraître, les cours continuaient – aux yeux de Megan, il semblait impossible de se concentrer sur l'entretien des plants de Bubobulbs et les traités du XVIe siècle. Elle avait l'autorisation de Dumbledore de ne pas se rendre en classe, mais elle ne souhaitait pas se terrer dans son dortoir : elle n'allait pas donner aux rumeurs de bonnes raisons de faire d'elle une coupable. Entourée de Ron et Hermione, elle affronta ainsi les cours de Métamorphose et de Potion, et les regards accusateurs et effrayés de ses camarades de classe. Hormis ceux à qui elle avait raconté « la vérité » la veille, aucun n'osait l'approcher, ce qui était somme toute une très bonne chose : il n'était pas question pour elle de se lancer à nouveau dans ses explications pour des élèves qu'elle ne connaissait que de noms et dont elle ne se préoccupait pas. Certains parvinrent cependant à la heurter : Kevan l'observa avec une méfiance empreinte de dégoût, et Draco évitait consciencieusement son regard. Restait encore également à affronter Potter, qui quitta l'infirmerie le samedi soir. Dès qu'il eut franchi le portrait qui gardait l'entrée de la salle commune de Gryffondor, Megan monta dans son dortoir, laissant à Ron et à Hermione le soin de lui livrer les explications qu'elle leur avait données – elle n'avait aucune envie de se justifier devant le garçon de son comportement dans le cimetière. Bien qu'elle ait été choquée par les tortures que lui avait infligées Voldemort, qu'elle ait choisi de placer ses espoirs en lui et lui ait sauvé la vie, il demeurait le garçon vers qui elle avait dirigé toute son animosité toutes ces années, et elle n'avait pas le cœur à changer d'avis. Ils ne seraient jamais deux bons amis évoquant avec émotion le calvaire qu'ils avaient traversé ensemble le soir du retour de Voldemort.

D'après ce qu'elle observa le lendemain, Potter croyait difficilement à la théorie de l'Imperium, mais Ron et Hermione n'étaient pas enclins à discuter avec lui de toute autre hypothèse, aussi s'instaura entre eux un statu quo, les ramenant à la relation distante et formelle qui avait été la leur depuis quatre ans. Le garçon non plus n'avait pas envie de parler ce qu'il s'était passé, et elle apprécia finalement qu'il soit possible de discuter d'autres sujets à quatre, ou de se taire et jouer aux échecs en silence.

Le jeudi suivant, profitant de leur temps libre en l'absence de cours de Défense contre les forces du mal, ils prirent le chemin de la cabane de Hagrid. Aussi sombres qu'étaient les pensées de Megan, c'était une belle journée ensoleillée. Lorsqu'il les vit approcher, Fang bondit sur eux par la porte ouverte en aboyant et en remuant la queue avec frénésie.

- Qui est là ? demanda Hagrid. Harry !

Il se précipita sur eux, étreignit Potter et lui ébouriffa les cheveux.

- Ça fait vraiment plaisir de te voir ! s'exclama-t-il. Vraiment plaisir. Toi aussi, Megan, par Merlin !

À l'intérieur de la cabane, deux tasses de la taille d'un seau avec des soucoupes assorties étaient posées sur la table de bois, devant la cheminée.

- J'ai pris une tasse de thé avec Olympe, expliqua Hagrid. Elle vient de partir.

- Qui ? demanda Ron, intrigué.

- Madame Maxime, bien sûr !

- Vous vous êtes réconciliés, tous les deux ? dit Ron.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit Hagrid d'un ton dégagé en allant chercher d'autres tasses dans le buffet.

Lorsqu'il eut préparé le thé et offert quelques biscuits pâteux, il s'adossa contre sa chaise et observa Megan et Potter de ses petits yeux noirs.

- Ça va ? demanda-t-il d'un ton bourru.

- Oui, assurèrent-ils d'une même voix blanche.

- Non, ça ne va pas, devina Hagrid. Bien sûr que ça ne va pas. Mais ça ira mieux.

Il y eut un silence autour de la table.

- Je savais qu'il reviendrait, reprit Hagrid.

Ron, Hermione et Potter le regardèrent d'un air interloqué. Megan baissa les yeux elle savait que la conversation allait s'orienter dans ce sens, mais elle n'était toujours pas encline à discuter de la dure réalité.

- Je le savais depuis des années, Harry. Je savais qu'il était là, caché quelque part et qu'il attendait son heure. Il fallait que ça arrive. Eh bien maintenant, c'est arrivé et il faudra s'y faire. On se battra. Il est possible qu'on arrive à l'arrêter avant qu'il ait le temps de reprendre les choses en main. En tout cas, c'est le plan de Dumbledore. Tant qu'il est là, je ne me fais pas trop de soucis.

En voyant leur expression incrédule, Hagrid haussa ses sourcils broussailleux.

- Ça ne sert à rien de rester là à s'inquiéter, affirma-t-il. Il arrivera ce qui arrivera et il faudra se préparer à l'affronter. Dumbledore m'a raconté ce que tu as fait, Harry.

Hagrid bomba la poitrine en le regardant.

- Tu as fait aussi bien que ce que ton père aurait fait. Je ne peux pas t'adresser de plus beau compliment.

Potter lui sourit.

- Et j'ai entendu ce qui t'est arrivé, Megan, poursuivit Hagrid. C'est affreux, vraiment affreux. Mais je ne suis pas étonné que tu aies réussi à reprendre le dessus. Tu es une fille forte, Megan, je n'en ai jamais douté !

La jeune fille lui adressa un sourire poli, incapable de se réjouir effectivement. Hagrid n'avait aucune idée de ce qu'il s'était vraiment passé. Savait-il que Crouch était enterré dans son potager ?

- C'était quoi, ce que voulait vous demander Dumbledore, Hagrid ? interrogea Potter. Il a envoyé le professeur McGonagall vous chercher, vous et Madame Maxime... Il voulait vous voir... cette nuit-là.

- Il avait un petit travail à me confier, cet été, répondit Hagrid. Mais c'est un secret, je n'ai pas le droit d'en parler, même pas à vous quatre. Olympe – enfin, Madame Maxime – va peut-être venir avec moi. J'en suis même presque sûr. Je pense avoir réussi à la convaincre.

- Ça concerne Voldemort ?

Hagrid tressaillit en entendant prononcer le nom.

- Peut-être bien, répondit-il d'un ton évasif. Et maintenant, est-ce que ça vous dirait de venir voir le dernier Scroutt qui reste ? Non, non, rassurez-vous, je plaisantais ! Une simple plaisanterie ! ajouta‑t‑il précipitamment en voyant l'expression de leurs visages.

En rentrant de la cabane, vint le moment de préparer les bagages : l'année était terminée. Megan ne retournerait cependant pas chez les Boyd. Maintenant que Voldemort connaissait leur existence, il était devenu trop risqué pour eux de demeurer en Angleterre. Dumbledore les avait envoyés se cacher en France, où ils auraient pour tâche de le tenir informé de la situation dans l'Hexagone. Megan avait été estomaquée d'apprendre qu'Emily et Roger appartenaient à l'Ordre du Phénix. Emily et Roger, les Cracmols qu'elle connaissait depuis toujours, si ancrés dans le monde moldu, si éloignés des réalités de son combat contre Voldemort – du moins le croyait-elle – étaient en réalité d'importants membres d'un réseau de résistance ! Elle avait alors ressenti une forme de fierté envers eux, puis une nouvelle douleur était venue se loger dans son cœur. Ses parents adoptifs, qu'elle avait toujours refusé d'aimer, qu'elle avait toujours rejetés malgré leur amour inconditionnel pour elle, qu'elle avait trahis en les ôtant de sa liste au profit des Weasley, qui avaient œuvré en silence pour la protéger, elle ne les verrait plus. Dumbledore avait en effet été dans l'incapacité de lui dire quand il serait devenu sûr pour eux de revenir en Angleterre, et elle ne pourrait prendre le risque de leur rendre visite. Pour la première fois, elle découvrit qu'elle les aimait.

La situation avait cependant au moins fait un heureux : Megan avait écrit à Cal pour lui annoncer qu'elle allait rester avec lui à Stourbridge pour l'été. Il y avait donc une infime raison de se réjouir des jours à venir. Megan appréhendait cependant pour le moment le banquet de fin d'année. C'était d'ordinaire une occasion de fête puisqu'on y annonçait le vainqueur de la Coupe des Quatre Maisons. Mais elle savait que, cette année, ce serait notamment le moment que choisirait Dumbledore pour officialiser la version selon laquelle Crouch Junior l'avait soumise à l'Imperium pour l'obliger à contribuer au retour de Voldemort.

Lorsque Megan, Ron Hermione et Potter entrèrent dans la Grande Salle ce soir-là, ils remarquèrent aussitôt que les décorations habituelles n'avaient pas été installées. En temps normal, les couleurs de la maison gagnante étaient déployées dans toute la salle pour le banquet de fin d'année. Ce soir, cependant, des draperies noires étaient accrochées au mur, derrière la table des professeurs. Le regard de Megan s'assombrit aussitôt qu'elle comprit que ce soir serait également un dernier hommage à Cedric. Le véritable Maugrey Fol Œil était assis à la table des professeurs. Il avait récupéré sa jambe de bois et son œil magique et paraissait extrêmement nerveux, sursautant chaque fois que quelqu'un lui adressait la parole. Après avoir passé dix mois enfermé dans sa propre malle, il devait craindre plus que jamais d'être attaqué. La chaise de Karkaroff était vide. Megan avait appris qu'il avait fui dès qu'il avait senti la Marque le rappeler auprès de Voldemort, et ignorait où il se trouvait actuellement. Voldemort avait peut-être réussi à le rattraper. Madame Maxime, en revanche, était toujours là, assise à côté de Hagrid. Tous deux parlaient à voix basse. Plus loin, Snape avait pris place à côté de McGonagall. D'après Potter, le maître des potions avait reçu des instructions de Dumbledore la nuit du retour de Voldemort, mais nul n'en connaissait la teneur. Avait-il repris son rôle d'espion auprès de Voldemort, remplaçant Megan ? Dumbledore se leva. La Grande Salle, jusqu'ici moins bruyant que lors des autres banquets de fin d'année, devint totalement silencieuse.

- Voici donc venue la fin d'une autre année, dit le directeur.

Il s'interrompit et son regard s'arrêta sur la table des Poufsouffle. C'était la table qui avait été la plus discrète de toute la soirée, la table autour de laquelle on voyait les visages les plus tristes, les plus blafards.

- Il y a beaucoup de choses que je voudrais vous dire, ce soir, poursuivit Dumbledore. Mais je dois d'abord rendre hommage à un garçon de grande qualité qui aurait dû être ici – il fit un geste vers la table des Poufsouffle – pour partager ce banquet avec nous. Je vous demande de vous lever et de porter un toast en l'honneur de Cedric Diggory.

Dans un raclement de chaises et de bancs, tous les élèves se mirent debout et levèrent leurs gobelets. D'une même voix, comme un grondement qui se répercuta en écho dans la salle, tout le monde prononça le nom de Cedric Diggory. Megan luttait à nouveau contre les larmes.

- Cedric incarnait de nombreuses qualités qui s'attachent à la maison Poufsouffle, poursuivit Dumbledore. C'était un ami loyal et généreux, il travaillait sans relâche et se montrait toujours fair‑play. Sa mort vous a tous affectés, que vous l'ayez bien connu ou pas. Je pense donc que vous avez le droit de savoir ce qui s'est exactement passé. Cedric Diggory a été assassiné par Lord Voldemort.

Un murmure de panique parcourut la Grande Salle. Les élèves fixaient Dumbledore d'un air incrédule et terrifié. Parfaitement calme, Dumbledore attendit que le silence revienne. Megan avait envie de fuir la Grande Salle, mais elle allait devoir affronter les réactions de ses camarades lorsque viendrait son tour dans le discours du directeur.

- Le ministère de la Magie, reprit ce dernier, ne souhaite pas que je vous donne cette information. Les parents de certains d'entre vous seront peut-être horrifiés d'apprendre que je l'ai fait – soit parce qu'ils ne croiront pas au retour de Lord Voldemort, soit parce qu'ils penseront que vous êtes trop jeunes pour que je vous dise une chose pareille. J'ai cependant la conviction que la vérité est généralement préférable au mensonge et que toute tentative de faire croire que Cedric est mort des suites d'un accident, ou à cause d'une erreur qu'il aurait commise, serait une insulte à sa mémoire.

Pétrifiés, épouvantés, tous les visages étaient tournés vers Dumbledore.

- Je ne peux évoquer la mort de Cedric Diggory sans citer les noms de deux autres personnes, poursuivit Dumbledore. Je veux parler, bien sûr, de Harry Potter et Meganna Buckley.

Il y eut comme un frémissement dans la Grande Salle lorsque quelques élèves tournèrent la tête vers eux avant de reporter leur attention sur Dumbledore.

- Harry Potter et Meganna Buckley ont réussi à échapper à Lord Voldemort. Ils ont risqué leurs propres vies pour ramener à Poudlard le corps de Cedric. Meganna a notamment dû lutter contre le sortilège de l'Imperium auquel un Mangemort l'avait soumise au début de l'année, la contraignant à rejoindre malgré elle les rangs de ceux qui tentaient de redonner à Lord Voldemort ses pouvoirs afin de faire d'elle un espion et une monnaie d'échange au sein de Poudlard.

Des murmures épouvantés parcoururent la Grande Salle. Megan prit une profonde inspiration et évita à tout prix de croiser les regards de Draco et Kevan.

- Ils ont tous deux fait preuve, à tous égards, d'une bravoure que peu de sorciers ont su montrer face à Lord Voldemort, poursuivit Dumbledore, et c'est pourquoi je veux à présent leur rendre hommage.

Dumbledore regarda Megan et Potter avec gravité et leva à nouveau son gobelet. Presque tout le monde l'imita dans la Grande Salle. Les élèves murmurèrent leurs noms comme ils avaient murmuré celui de Cedric et burent en leur honneur. Megan avait un goût amer dans la bouche, ils ne pouvaient pas recevoir le même traitement que Cedric, qui était mort injustement. Lorsque chacun se fut rassis, Dumbledore poursuivit :

- Le Tournoi des Trois Sorciers avait pour ambition de favoriser le rapprochement et la compréhension entre les sorciers du monde entier. À la lumière de ce qui s'est passé – le retour de Voldemort –, de tels liens deviennent plus importants que jamais.

Dumbledore regarda Madame Maxime et Hagrid, Fleur Delacour et ses camarades de Beauxbâtons, puis Viktor Krum et les élèves de Durmstrang assis à la table des Serpentard. Krum paraissait méfiant, presque effrayé, comme s'il s'attendait à ce que Dumbledore prononce des paroles sévères.

- Tous les invités présents dans cette salle, reprit Dumbledore en fixant les élèves de Durmstrang, seront toujours les bienvenus chaque fois qu'ils voudront revenir ici. Une fois de plus, je vous le répète à tous, maintenant que Lord Voldemort est de retour, l'union fera notre force, la division notre faiblesse. L'aptitude de Lord Voldemort à semer la discorde et la haine est considérable. Nous ne pourrons le combattre qu'en montrant une détermination tout aussi puissante, fondée sur l'amitié et la confiance. Les différences de langage et de culture ne sont rien si nous partageons les mêmes objectifs et si nous restons ouverts les uns aux autres. Je suis convaincu – et jamais je n'ai tant souhaité me tromper – que nous allons connaître une période sombre et difficile. Certains, dans cette salle, ont déjà eu à souffrir directement des agissements de Lord Voldemort. Les familles de nombre d'entre vous ont été déchirées à cause de lui. Il y a une semaine, un élève nous a été arraché. Souvenez-vous de Cedric. Si, un jour, vous avez à choisir entre le bien et la facilité, souvenez-vous de ce qui est arrivé à un garçon qui était bon, fraternel et courageux, simplement parce qu'il a croisé le chemin de Lord Voldemort. Souvenez-vous de Cedric Diggory.

Megan baissa la tête pour dissimuler derrière ses longs cheveux noirs les larmes qui se mirent à couler sur ses joues.