Bonjour !
Même si cette fic lui est déjà dédiée, je dédie également ce chapitre à House of the Lion qui passe un examen demain, je suis sûre que tu vas tout déchirer !
Dynastie
Chapitre 2
oOo
Une semaine était passée depuis que Cersei et Jaime étaient venus lui faire cette proposition pour le moins surprenante et Tyrion ne parvenait pas à penser à autre chose depuis. Les doutes l'assaillaient, et pour plusieurs raisons. Tout d'abord, son expérience lui soufflait que l'amour, ce n'était pas pour lui : ses deux mariages n'avaient été rien de plus qu'une farce, bien que pour des raisons différentes, et les seules femmes dont il avait partagé le lit ou qu'il avait tout simplement embrassées étaient des prostituées, et quand bien même il tombait véritablement amoureux, ses sentiments n'étaient pas réciproques ou sa bien-aimée finissait par lui tourner le dos.
Par ailleurs, il pensait sincèrement ce qu'il avait dit aux jumeaux, à savoir qu'il était un nain, c'est-à-dire quelqu'un d'on ne peut moins attractif. Ils pouvaient bien dire ce qu'ils voulaient, il était indéniable que la grande majorité des femmes s'arrêtaient à son apparence et ne cherchaient même pas à le connaître, elles ne voyaient pas qu'il pouvait posséder d'autres qualités que la beauté.
Il s'attendait ainsi à ce qu'aucune famille noble ne réponde à l'invitation de Cersei, et pourtant il ne pouvait s'empêcher d'espérer, de croire à un miracle, comme si toutes les désillusions qu'il avait vécues jusqu'à présent ne lui avaient pas suffi.
Comme s'il était possible que quelqu'un puisse l'aimer.
Tyrion crut donc rêver lorsqu'un soir, pendant le dîner, Cersei et Jaime lui apprirent qu'une vingtaine de familles nobles avec une jeune fille ou une veuve à marier avait répondu positivement à son invitation. Devant son air sonné, Jaime lui donna un coup de coude accompagné d'un petit sourire entendu.
« Plus de vingt femmes rien que pour toi... je serais presque jaloux. »
Son sourire disparut lorsqu'il croisa le regard pour le moins glacial de Cersei. Il haussa les épaules d'un air innocent.
« J'ai dit presque. »
Tyrion pouffa et échangea un regard amusé avec Jaime. Son cœur un peu trop vide se réchauffa aussitôt – il appréciait ces instants de complicité avec son grand frère plus que tout au monde. Leur sœur, qui avait l'air d'être agacée par ce qu'elle qualifierait sans nul doute d'enfantillages, choisit de ne pas relever.
Tyrion s'efforça toutefois de ne pas être trop enthousiaste, même si cela lui fut bien difficile. Une vingtaine de femmes allaient venir pour lui, allaient le regarder avec des étoiles dans les yeux, priant la Jouvencelle pour être l'heureuse élue.
C'était presque trop beau pour être vrai, et pourtant...
« Dans deux semaines, tu vas rencontrer la femme de ta vie, » reprit Jaime en souriant.
Cersei fronça les sourcils, comme si quelque chose dans les paroles de son jumeau la gênait, mais là encore elle fit le choix de ne pas répondre.
Lorsqu'il leur souhaita bonne nuit et rejoignit sa chambre, Tyrion avait un large sourire sur les lèvres.
C'est avec le cœur plein d'espoir qu'il s'endormit.
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Dès que Tyrion eut quitté leur chambre, Cersei braqua son regard sur Jaime.
« Je croyais que tu avais de sérieux doutes quant au... succès de cette rencontre. »
Jaime prit le temps de boire une gorgée de vin avant de lui répondre.
« C'est le cas. »
Cersei haussa un sourcil.
« Ce n'est pas ce que j'ai cru entendre il y a quelques minutes... »
« Tyrion a besoin d'être rassuré, » rétorqua t-il.
Elle eut l'impression de percevoir une note d'agacement dans sa voix, mais peut-être que son imagination lui jouait des tours. Jaime soupira.
« Je le connais par cœur, et contrairement à l'image qu'il veut renvoyer, il est très fragile. Son estime de lui-même est tout simplement désastreuse. »
Il ne l'accusait de rien et pourtant Cersei entendit le reproche qu'il n'osait sans doute pas formuler pour ne pas déclencher une dispute. Après tout, elle avait joué un grand rôle dans la construction de la mauvaise opinion que Tyrion se faisait de lui-même.
Elle se demandait encore pourquoi Tyrion avait fait un pas vers elle, à Winterfell – et même plusieurs –, pourquoi il avait recherché sa compagnie, pourquoi il avait insisté pour qu'ils mettent toutes leurs rancœurs sur la table pour, peut-être, apaiser leurs cicatrices encore à vif.
En revanche, elle ne se demandait pas pourquoi Tyrion lui avait tenu la main alors qu'elle continuait de perdre du sang après sa fausse couche. C'était un homme bon et empathique, c'était dans sa nature, et rien de ce qu'elle avait pu lui faire n'y avait changé quelque chose.
« Tu as raison, » admit-elle.
Un homme bon, empathique et complètement bousillé.
Elle aussi était bousillée, d'une certaine manière, mais il l'avait aidée à aller mieux. Elle devait payer sa dette coûte que coûte.
« Nous continuerons donc à le rassurer. »
L'enthousiasme dont elle avait fait preuve lorsqu'elle avait imaginé son plan s'était quelque peu émoussé face à la retenue de Jaime mais cela ne voulait pas dire qu'elle imaginait qu'il puisse se solder avec autre chose qu'un succès éclatant.
« Nous ? » répéta Jaime.
Mal à l'aise, Cersei tapota la table du bout des doigts. Elle n'aimait pas quand Jaime soulignait la récente et encore fragile entente qui l'unissait à Tyrion – elle avait l'impression d'être faible et de reconnaître qu'elle avait fait une erreur en se comportant comme elle l'avait fait avec lui.
Et s'il y avait une chose que Cersei détestait faire, c'était reconnaître ses erreurs.
Mais elle avait une dette à payer, et si elle devait mettre sa fierté de côté pour parvenir à son objectif, alors elle le ferait.
« Oui, » confirma t-elle d'un ton qu'elle se voulait aussi assuré que possible. « Nous allons lui faire réaliser qu'il a énormément de qualités. Nous allons lui prouver que toutes ces femmes seraient stupides de ne voir que son apparence. Nous allons tout faire pour qu'il connaisse un mariage heureux. »
Jaime, s'il était sentimental et romantique, était tout aussi prompt qu'elle à dissimuler ses émotions. Pourtant, alors qu'elle prononçait sa tirade avec toute la conviction dont une reine devait faire preuve, elle s'aperçut que les larmes lui montaient aux yeux. Lorsqu'elle eut terminé, il se leva et s'agenouilla devant elle avant de lui prendre les mains et d'y déposer mille petit baisers.
« Merci, » murmura t-il, la voix tremblante d'émotion. « Merci de faire ça pour lui... il le mérite, Cersei. Il mérite d'être heureux. »
Tous deux se levèrent et Cersei accepta volontiers l'étreinte que Jaime lui donna.
« Je sais, » soupira t-elle. « Je sais. »
Et si rendre Tyrion heureux rendait également Jaime heureux alors Cersei allait mettre du cœur à l'ouvrage.
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La veille de l'arrivée des premières familles nobles, Jaime se sentait encore plus nerveux que Tyrion – à moins que son petit frère ne cache particulièrement bien son jeu.
Il voulait que le plan de Cersei soit couronné de succès comme il avait rarement voulu quelque chose – à part l'amour de sa jumelle, bien sûr. Son petit frère avait tant souffert dans sa vie... il méritait de connaître le bonheur que lui et Cersei vivaient chaque jour.
Il ne cessait de faire l'inventaire de ce qui pourrait mal tourner dans son esprit mais étonnamment, la première de ses inquiétudes ne concernait pas directement Tyrion ou les femmes à qui il allait faire la cour.
Jaime attendit que Cersei eut terminé d'écouter les requêtes de quelques seigneurs dans la salle du trône avant de la prendre par le bras et de l'entraîner vers les jardins pour une promenade.
« Tu as quelque chose en tête, » devina t-elle.
« Oui, » admit-il.
Il attendit quelques secondes avant de se jeter à l'eau.
« Ces femmes qui vont envahir le Donjon Rouge pour plusieurs semaines... tu seras aimable avec elles ? »
« Pourquoi ne le serais-je pas ? »
Malgré le ton sérieux de leur conversation, Jaime ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire.
« Cersei, toi et moi savons très bien ce qui se passera si par malheur la fille sur laquelle Tyrion aura jeté son dévolu ne te plaît pas. »
Elle se mordit la lèvre, ce qui lui indiqua qu'il avait visé juste.
« Je n'interviendrai pas, » lâcha t-elle au bout de quelques minutes de silence. « Tyrion sera libre de choisir la jeune femme qui lui conviendra le mieux. »
« Vraiment ? »
Le fantôme de Margaery Tyrell semblait voler autour d'eux.
« Vraiment. »
Comme pour appuyer ses paroles, elle déposa un baiser sur ses lèvres.
« Je te promets de me montrer courtoise et de ne pas tenter d'influencer le cours des événements, d'une façon ou d'une autre. Et s'il s'avère que l'épouse de Tyrion ne m'inspire que peu de sympathie... »
Une légère grimace déforma ses lèvres.
« Je ferai avec. »
Jaime s'arrêta, la regarda quelques secondes dans les yeux, puis acquiesça.
« Je te crois. »
Certains clameraient qu'il était fou de faire confiance à Cersei Lannister mais Jaime s'en moquait. Elle était sa jumelle, son autre moitié, son âme sœur – bien sûr qu'il lui faisait confiance.
Cersei passa les bras autour de son cou et lui donna un langoureux baiser, que Jaime lui rendit bien volontiers. Alors qu'elle se pressait contre lui, un raclement de gorge les interrompit.
Tyrion, qu'ils n'avaient pas entendu approcher, les fixait à présent d'un air goguenard.
« Vous avez une chambre, vous savez... »
Jaime roula des yeux.
« Nous verrons si tu tiendras toujours le même discours lorsque tu seras marié... »
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Cersei accueillait les premières familles nobles assise sur le Trône de Fer, sa couronne sur la tête, mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir vulnérable.
Parce que le temps du deuil et de la guerre était terminé et que le printemps était revenu, elle avait laissé tomber les robes noires qu'elle avait commencé à porter après la mort de Tommen pour renouer avec les robes colorées qui, lui semblait-il, appartenaient à une autre époque – aujourd'hui, elle avait jeté son dévolu sur une robe bleu ciel. De plus, elle s'était laissée convaincre par Jaime de laisser repousser ses cheveux, mais sa nouvelle crinière atteignait à peine ses épaules.
Tout ceci lui donnait l'impression d'être bien moins impressionnante qu'une reine devait l'être – d'être vulnérable.
Parce qu'elle avait promis à Jaime d'être aimable, elle renonça à compenser cette apparente faiblesse par des regards noirs adressés aux prétendantes qui s'inclinaient devant elle. Ses frères étaient bien évidemment présents et elle pouvait dire que Tyrion était très mal à l'aise – rien de plus normal puisqu'il se faisait détailler de la tête aux pieds avec plus ou moins de discrétion par chaque nouvelle jeune femme qui s'approchait du trône.
Ce petit manège dura près d'une heure, au bout de laquelle Cersei ordonna à quelques domestiques de les conduire jusqu'à leurs appartements. Tyrion aurait l'occasion de faire la connaissance de chacune lors du banquet qui était prévu pour le soir même.
« Combien de familles doivent encore arriver ? » lui glissa son petit frère alors que Cersei et Jaime se dirigeaient vers leur chambre.
« Cinq ou six, » répondit-elle. « Celles que l'on vient d'accueillir sont toutes vassales des Lannister. »
Aucune famille du Nord ne serait présente, ce qui ne l'étonnait pas. Elle était parfaitement consciente que son règne était encore loin de faire l'unanimité, mais elle s'en moquait. C'était sur sa tête que reposait la couronne, et c'était tout ce qui comptait.
« Alors, qu'est-ce que tu en penses ? » demanda Jaime alors qu'ils s'asseyaient devant un verre de vin.
« Elles sont jolies, » admit-il.
« Mais... »
« Mais elles sont jeunes. »
« Ce n'est pas très surprenant, » lui fit remarquer Cersei. « Il y a toujours plus de jeunes filles à marier que de veuves. »
La plupart de celles qui étaient présentes avaient une vingtaine d'années, voire encore moins pour certaines.
« Tu regrettes qu'elles ne soient pas assez... expérimentées ? » demanda t-elle de but en blanc.
« Je... non ! » rétorqua Tyrion. « Je me moque de leur virginité. Si c'était du sexe que je recherchais, de l'expérience comme tu dis, je serais retourné dans un bordel depuis bien longtemps ! »
La douleur qu'elle perçut dans sa voix lui fit regretter sa remarque.
« Tu as raison, » admit-elle. « Je n'aurais pas dû dire ça. »
Il haussa les épaules.
« J'ai peur qu'elles ne soient pas là de leur plein gré. »
Cersei échangea un regard avec Jaime. Aucun d'eux n'était naïf : épouser un Lannister et faire ainsi partie de la famille royale était une opportunité en or qu'aucun seigneur avec un peu de bon sens ne laisserait passer sans même y réfléchir.
« C'est une possibilité, » admit Cersei. « Mais ça n'empêche rien. Sois confiant. »
Tyrion acquiesça mais Cersei ne savait pas si elle l'avait vraiment convaincu.
Elle supposait qu'elle n'allait pas tarder à le savoir.
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Jaime et Cersei restèrent assis pendant que Tyrion marchait à travers toute la pièce, échangeant quelques mots avec les jeunes femmes et s'inclinant devant leurs parents. Jaime savait que sa jumelle, si elle feignait le désintérêt, ne perdait pas une miette de ce qui se passait.
« Je n'aime pas la façon dont celle-ci le regarde, » grimaça t-elle en lui indiquant une fille brune qui, en effet, fixait Tyrion avec une certaine répulsion.
Jaime jugea qu'il était sage de ne pas lui rappeler que ce regard, c'était celui qu'elle lui avait jeté pendant presque toute sa vie.
Cersei passa les minutes suivantes à faire l'inventaire de toutes les jeunes femmes qui avaient regardé Tyrion d'une manière qui lui déplaisait.
« Nous avons convenu de ne pas intervenir, » remarqua t-il.
« Je n'interviens pas. Je prends simplement note de quelques informations utiles que je transmettrai à Tyrion. »
Jaime haussa les sourcils.
« Ce qui équivaut à intervenir. »
« Veux-tu que notre frère épouse une femme qui n'aura que du mépris pour lui ? »
Il fut bien obligé de lui donner raison.
« Très bien. »
Deux ou trois seigneurs vinrent leur faire la conversation au cours de la soirée. Celle-ci s'éternisa à chaque fois, si bien que Cersei crut utile de leur préciser que c'était Tyrion qu'il fallait séduire, et non pas eux. Refroidis, tous s'inclinèrent avant de s'éloigner.
« Tu es injuste, » plaisanta Jaime, plus amusé qu'autre chose.
« Tu sais parfaitement que ces seigneurs essaient de s'attirer nos bonnes grâces. »
« Je sais. Mais tu es injuste. »
« Et tu adores ça. »
« J'adore ça. »
Ils éclatèrent de rire avant de s'enlacer et d'échanger un baiser. Lorsqu'ils étaient revenus du Nord, ils avaient décidé de ne plus se cacher – de toute façon, le royaume entier était au courant de leur relation. Ils se moquaient bien de ce que pouvait penser le reste du monde, seuls eux comptaient – eux et Tyrion.
Celui-ci discuta longuement avec une jeune femme un peu plus âgée que les autres – elle devait avoir entre vingt-cinq et trente ans.
« Alarina Crakehall, » dit Cersei lorsqu'elle l'eut reconnue. « La veuve de Desmond Crakehall. »
Celui-ci avait fait partie des troupes qui s'étaient rendues à Winterfell pour lutter contre l'armée des morts et y avait laissé la vie.
« Elle est jolie, » commenta Jaime.
Cersei fit mine de ne pas avoir entendu.
« Les Crakehall nous ont toujours été loyaux. C'est un bon parti. »
« Oui, » approuva Jaime. « Mais cela n'importe pas, n'est-ce pas ? »
Elle rejeta la tête en arrière.
« Excuse-moi de m'intéresser à des choses plus importantes que sa beauté. »
« Je croyais que seul le bonheur de Tyrion avait de l'importance. »
« Ce que tu peux être agaçant ! »
Pour se faire pardonner, Jaime l'embrassa sur la tempe, mais Cersei ne lui en voulait pas. Tous deux savouraient ces échanges légers après les noires conversations de guerre – ils étaient la preuve qu'ils étaient en vie et qu'ils étaient plus soudés que jamais.
Finalement, Tyrion vint les rejoindre – il avait l'air épuisé.
« J'ai perdu l'habitude de parler autant, » dit-il avant de se servir un grand verre de vin.
Jaime remarqua qu'il avait l'air satisfait.
« Alors ? » demanda t-il.
« Ces jeunes femmes sont charmantes, » répondit-il.
Il n'avait donc pas remarqué les regards peu amènes que certaines lui avaient lancés, ce qui n'était peut-être pas plus mal. Il semblait être sur un nuage et Jaime n'avait aucune envie de l'en faire redescendre.
« Et Alarina Crakehall ? » insista t-il.
Le sourire de Tyrion s'agrandit.
« Je pense que l'on pourrait bien s'entendre, » fut sa seule réponse.
Cersei échangea un regard triomphant avec Jaime.
Tout ceci s'annonçait bien.
Du moins, c'est ce qu'ils croyaient.
