Bonjour !

Je reviens après un long moment d'absence et une période de blocage d'écriture. Je dédie ce chapitre à la merveilleuse House of the Lion (voici donc ton cadeau de Noël trèèèèès en retard), je t'aime fort et j'espère que ça te plaira !


Dynastie

Chapitre 8

oOo

Après le premier baiser que Tyrion partagea avec Cersei, tout se passa très vite. Bien sûr, elle ne le pressa pas de lui donner une réponse à la question qu'elle lui avait posée plusieurs mois plus tôt, ce dont Tyrion lui fut reconnaissant : pendant quelques jours, il réfléchit sérieusement à ce qu'épouser sa sœur signifierait, pour lui comme pour Jaime.

Cersei et lui l'avaient bien évidemment informé qu'ils s'étaient embrassés. En apprenant cette nouvelle, il s'était contenté d'acquiescer.

« Tu n'as pas l'air surpris, » avait fait remarquer Tyrion.

Jaime s'était esclaffé.

« J'ai bien vu comment tu la regardes. Ce n'était qu'une question de temps. »

Puis, comme pour le rassurer, il avait posé la main sur son épaule.

« Je ne peux pas te reprocher d'être tombé amoureux d'elle... ce serait hypocrite. »

Quand ils s'étaient embrassés devant lui pour la première fois, Jaime n'avait pas frémi, mais Tyrion ignorait si cela lui était indifférent ou si, intérieurement, il bouillonnait. Cersei s'était empressée de capturer ses lèvres d'un baiser pour le rassurer. Depuis, elle essayait de partager ses attentions entre eux. Il leur faudrait du temps pour trouver un équilibre mais cela ne semblait pas la décourager.

Quelques jours à peine après qu'ils aient découvert la sensation des lèvres de l'autre sur les leurs, Cersei vint visiter Tyrion dans sa chambre à la nuit tombée.

Il savait ce qu'elle allait lui demander. Il savait aussi quelle réponse il allait lui donner.

Il était amoureux d'elle et, à ses côtés, il se sentait revivre, lui qui avait songé à se jeter de la plus haute tour du Donjon Rouge plus de fois qu'il ne pouvait les compter.

Cersei s'assit sur le bord du lit à ses côtés, l'embrassa et alla droit au but :

« Veux-tu m'épouser ? »

Il posa la main sur sa joue et lui rendit son sourire.

« Oui. »

Avec ce simple mot qui avait la saveur d'une sentence de vie, il scellait son destin avec une joie non dissimulée.

Il ne manqua pas la lueur de victoire qui s'alluma dans les yeux de Cersei. Celle-ci ne perdit pas une seconde et captura de nouveau ses lèvres. Ses baisers, d'abord tendres, se firent de plus en plus langoureux au fil des secondes. Ce fut lorsqu'elle enfouit les mains dans ses cheveux que Tyrion comprit ce qu'elle avait en tête. Paniqué, il se tendit aussitôt.

Sa sœur s'en aperçut et s'écarta aussitôt.

« Tout va bien ? »

Il se mordit la lèvre, peinant à trouver les mots. Une petit part de lui était bien évidemment euphorique à l'idée que Cersei, une des plus belles femmes des Sept Couronnes, le trouve désirable malgré son apparence physique. Cependant, Tyrion ne parvint pas à la percevoir, et sortit donc la première excuse qui lui traversa l'esprit.

« Je... préférerais attendre le mariage, » bredouilla t-il.

Ce n'était pas entièrement faux, mais ce n'était bien sûr pas l'entière vérité.

« J'aimerais que ce soit un moment spécial. »

Il craignit un instant qu'elle ne se moque de lui et fut donc soulagé de la voir acquiescer doucement.

« Bien sûr. »

Après un dernier baiser, elle se leva, lui souhaita bonne nuit et quitta la pièce. Le cœur battant, Tyrion se laissa retomber en arrière.

Il souhaitait en effet que la première fois qu'il ferait l'amour avec Cersei soit un moment spécial.

Ce qu'il n'avait pas pu lui avouer, c'était que cette première fois le terrifiait plus que tout. La dernière femme à avoir partagé son lit était Shae, et la façon dont leur histoire s'était terminée le hantait toujours.

Shae, qui disait l'aimer, et qui l'avait trahi de la plus ignoble des façons.

Après sa fuite à Essos, il n'avait pas pu se résoudre à avoir recours à des prostituées – c'était trop douloureux et bien trop effrayant. Les bordels et les filles de joie n'étaient désormais pour lui plus qu'un triste rappel de la trahison de son ancienne amante.

Cersei n'était pas une prostituée, elle était sa future femme et pourtant, il ne savait pas s'il aurait la force de surmonter ce traumatisme avec elle.

Tout ce qu'il pouvait espérer, c'était qu'elle se montre compréhensive.

A condition qu'il trouve la force de lui en parler.

.

Jaime savait que Cersei souhaitait que le mariage se tienne le plus rapidement possible. En revanche, il ne s'attendait certainement pas au délai qu'elle lui annonça.

« Deux mois ? »

Tous deux se baladaient dans les jardins en attendant l'arrivée du nouveau mestre envoyé par la Citadelle de Vieilleville. Qyburn s'était éteint pendant qu'ils étaient à Winterfell. Sentant sa fin approcher, il avait envoyé une lettre d'adieu à Cersei. Celle-ci en avait été très affectée – Jaime se souvenait l'avoir consolée pendant une soirée entière. A leur retour à Port-Réal, elle n'avait pas voulu nommer un nouveau mestre, mais il lui était finalement apparu qu'ils ne pourraient pas s'en passer éternellement.

« Eh bien ? » s'amusa t-elle.

« C'est bien trop court pour organiser un mariage royal. »

« Pas du tout. Tout sera prêt à temps, tu verras. »

« Pourquoi autant d'empressement ? Tu as peur que l'un de nous change d'avis ? » s'amusa t-il.

Elle roula des yeux.

« Peut-être que j'ai simplement envie d'être ta femme le plus rapidement possible. Cela fait trente ans que j'attends ce moment. C'est bien assez. »

Touché, Jaime lui prit la main, la porta à ses lèvres et y déposa un baiser. Il voulut ajouter quelque chose mais fut interrompu par Tyrion, qui s'avançait vers eux suivi d'un homme qu'ils n'avaient jamais vu.

« Cersei, Jaime... voici Mestre Arton. Il arrive tout juste de la Citadelle. »

Le mestre s'inclina respectueusement. Sa jeunesse frappa aussitôt Jaime – il ne devait pas avoir plus de trente ans. Cersei plissa les yeux, songeuse.

« Eh bien, ne perdons pas de temps. Mestre Arton... j'aimerais que vous envoyiez des corbeaux aux grands seigneurs de Westeros afin de les avertir du mariage de leur reine avec Jaime et Tyrion Lannister. »

Interdit, Arton la dévisagea pendant quelques secondes, et Jaime comprit que c'était un test. S'il montrait le moindre signe de dégoût, il risquait fortement de ne pas passer plus de quelques jours à Port-Réal.

Le jeune mestre s'inclina de nouveau.

« Ce sera fait, Votre Majesté. »

Et il repartit vers le château.

« Tu penses qu'il fera l'affaire ? » demanda Jaime.

« Nous verrons. Il ne m'a pas regardée comme si je venais de commettre un crime... c'est déjà ça. »

« Il ne peut pas être pire que Pycelle, » s'esclaffa Tyrion. « Moi, je pense qu'il fera du bon travail. »

Cersei et Jaime échangèrent un regard. Le jugement de leur petit frère n'avait pas toujours été infaillible par le passé mais ils jugèrent préférable de ne pas lui rappeler ce petit détail.

« Est-ce que vous êtes sûrs ? » fit Cersei.

Jaime et Tyrion la regardèrent sans comprendre.

« Est-ce que vous êtes sûrs de vouloir m'épouser ? Il est encore temps de rattraper Arton avant qu'il n'envoie ces corbeaux. »

Des doutes, Jaime en avait encore. Il ne savait pas s'il parviendrait un jour à étouffer la moindre trace de jalousie au fond de son cœur, et voir Cersei et Tyrion s'embrasser devant lui n'avait rien fait pour apaiser ses craintes.

Pourtant, il était sûr de lui. Il voulait épouser celle qu'il aimait depuis son plus jeune âge, et il voulait également que son petit frère soit heureux.

« Je suis sûr, » affirma t-il avec conviction.

« Je suis sûr, » répéta Tyrion.

Cersei ferma les yeux quelques secondes et hocha la tête.

Quelques minutes plus tard, tous les trois observèrent les premiers corbeaux voler dans le ciel.

« Ne perdons pas de temps, » conclut Cersei. « Nous avons un mariage à organiser. »

.

Cersei avait bien vu que Jaime ne l'avait pas crue lorsqu'elle lui avait annoncé que le mariage se tiendrait dans deux mois. Au bout d'une semaine, il fut forcé d'admettre qu'il s'était trompé.

Ils passaient en effet leurs journées assis à la table du conseil restreint à tout planifier dans les moindres détails. Cersei ne leur laissait pas une minute de répit, à tel point que, le soir, Jaime s'écroulait sur le lit et s'endormait aussitôt.

Fort heureusement, les résultats attendus étaient là : les préparatifs avançaient, et ils avançaient rapidement. Un après-midi, elle régla le point le plus délicat de cette histoire assise sur le Trône de Fer devant une dizaine de septons venus spécialement de Vieilleville.

« Vous n'êtes pas sans ignorer que mon mariage se tiendra ici dans moins de deux mois. »

La plupart avaient clairement l'air mal à l'aise. Certains ne prenaient même pas la peine de cacher leur dégoût. Loin de s'en formaliser, Cersei reprit :

« J'ai besoin que l'un d'entre vous se charge de la cérémonie. »

Un homme plus courageux que les autres s'avança :

« Les Sept n'approuveraient jamais un mariage polygame, et encore moins un mariage incestueux. »

« Ah oui ? Ceci est très curieux... il me semble pourtant que le mariage d'Aegon le Conquérant a été plus que toléré. »

« Aegon était déjà marié lorsqu'il est arrivé à Westeros. »

« Et alors ? Pour moi, ça ne fait aucune différence. »

« C'est une union contre-nature, Votre Majesté. Je refuse de m'occuper de ce mariage. »

Cersei fut tentée d'ordonner aux gardes de se saisir de lui et de l'exécuter sur le champ mais, pensant à ce que dirait Tyrion si elle en venait à de telles extrémités, elle garda le silence et ne l'empêcha pas de quitter la pièce.

D'autres suivirent son exemple et partirent aussi. Ceux qui restaient se jetaient des regards hésitants. Cersei choisit ce moment pour mettre son plan en action.

« Celui qui acceptera de se charger de la cérémonie sera nommé Grand Septon dès que le Septuaire de Baelor sera reconstruit. »

Cette annonce ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd. Deux septons ne jugèrent pas cela suffisant puisqu'ils partirent à leur tour.

Parmi les trois qui restaient, l'un d'entre eux s'avança, la flamme de l'ambition brûlant dans ses yeux.

« C'est d'accord. Je vous marierai à vos frères sous la lumière des Sept. »

« Parfait. »

L'opération lui avait pris moins d'une heure. Satisfaite, elle décida qu'elle avait bien mérité une petite pause et rejoignit Jaime et Tyrion dans les jardins pour leur annoncer la nouvelle.

« Tu es de bonne humeur, » remarqua ce dernier. « J'en déduis que tout s'est passé comme tu l'espérais. »

Pour toute réponse, elle s'empara de ses lèvres pendant quelques secondes.

« Je rectifie ce que j'ai dit, » dit-il. « Tout s'est passé mieux que tu l'espérais. »

Elle embrassa Jaime puis s'esclaffa.

« Tu en doutais ? »

« Eh bien, connaissant ta détermination, il aurait été difficile de douter de l'issue de cette entrevue. »

Jaime, en revanche, avait l'air soulagé.

« Toi, tu en doutais. »

« Eh bien... pas vraiment. C'est juste qu'après toutes ces années à rêver de t'épouser, je crains toujours qu'un obstacle ne se dresse sur notre chemin. »

Elle se pressa contre lui, passa les bras autour de son cou et captura ses lèvres d'un baiser passionné.

« Peu importe les obstacles qui se dressent sur notre chemin... nous les vaincrons, » lui murmura t-elle à l'oreille.

Un feu brûlant illuminait ses émeraudes tandis qu'il enfouissait les mains dans ses cheveux. Cersei était certaine que s'ils s'étaient trouvés dans leur chambre, leurs vêtements seraient rapidement tombés sur le sol. Cependant, un raclement de gorge leur rappela qu'ils n'étaient pas seuls.

« Attendez un peu... la nuit de noces, ce n'est pas pour tout de suite... »

Cersei s'écarta de Jaime et adressa un sourire goguenard à Tyrion.

« A ton grand désespoir, bien sûr, » tenta t-elle de plaisanter.

Un petit sourire vint étirer les lèvres de Tyrion mais son regard, lui, se fit soudainement fuyant. Bredouillant qu'il devait s'entretenir avec Arton sur un sujet quelconque, il s'éclipsa en vitesse. Perplexe, Cersei jeta un regard interrogateur à Jaime, qui haussa les épaules, tout aussi perdu qu'elle.

C'était la deuxième fois que Tyrion semblait mal à l'aise face à la perspective de devenir intime avec elle. Lorsqu'il avait doucement repoussé ses avances quelque temps plus tôt, elle avait accepté sans sourciller l'explication qu'il lui avait fournie, à savoir qu'il préférait attendre le mariage. En fait, elle avait même trouvé cela plutôt touchant, et c'était bien la preuve qu'il ne souhaitait pas l'épouser uniquement pour obtenir une place dans son lit.

Cependant, à présent, elle ne pouvait s'empêcher de douter. L'idée de s'unir charnellement à elle lui paraissait-elle repoussante ? Et si c'était le cas, était-ce parce qu'il ne la trouvait pas attirante, parce que son corps n'était plus celui d'une jeune fille depuis bien longtemps ?

Elle fit part de ses doutes à Jaime, qui s'empressa de la rassurer :

« Tyrion ne cesse t-il pas de te répéter à quel point il te trouve magnifique ? »

« Si... »

« Il est simplement nerveux. Ne t'en fais pas. »

« Tu as sûrement raison, » admit Cersei.

Pourtant, au fond d'elle-même, elle n'était pas convaincue par les paroles de son jumeau. Une certitude demeurait au fond de son cœur : le comportement de leur petit frère était un mystère qu'ils devaient encore résoudre.

.

Les semaines passèrent à une vitesse folle. Bien souvent, Tyrion se demandait s'il était véritablement heureux que la date du mariage se rapproche de plus en plus alors qu'il n'avait toujours pas trouvé le courage de discuter avec Cersei de cette vieille blessure jamais refermée que Shae avait laissé sur son cœur et qui le rendait incapable d'envisager l'acte de chair depuis plusieurs années. Heureusement, elle n'avait plus fait d'allusion à ce sujet depuis qu'elle avait mentionné leur future nuit de noces. Tyrion savait qu'elle n'avait cherché qu'à détendre l'atmosphère, mais ça avait été plus fort que lui : il s'était immédiatement braqué. Il espérait juste qu'elle n'avait pas interprété son étrange attitude comme un signe de désintérêt à son égard.

A environ une semaine du mariage, certains invités étaient déjà arrivés au Donjon Rouge, ce qui eut le mérite de lui faire penser à autre chose qu'à ce maudit traumatisme qui lui empoisonnait l'esprit. A présent, une autre source d'inquiétude s'était immiscée en lui : Sansa Stark allait débarquer d'un jour à l'autre et il devait bien admettre qu'il redoutait sa réaction. Il s'était d'ailleurs attendu à ce qu'elle refuse purement et simplement l'invitation qui lui avait été envoyée, et lorsqu'un corbeau leur avait apporté une réponse positive en provenance du Nord, il avait songé que, peut-être, elle essayerait de le faire changer d'avis.

Il comprit qu'il allait être très bientôt fixé quand, un matin, Arton vint le retrouver dans la bibliothèque, où il s'était réfugié pour tenter d'échapper à l'agitation constante qui régnait dans le château, et lui annonça que les délégations venues du Nord et des Îles de Fer venaient d'arriver à Port-Réal.

« Votre frère et votre sœur vous attendent dans la salle du trône pour les accueillir, » précisa t-il.

Tyrion réprima un petit soupir et jeta un regard plein de regret à son livre, qu'il se résolut à refermer.

« Merci, Arton. »

Il appréciait beaucoup leur nouveau mestre, qui savait se faire aussi discret qu'une ombre tout en répondant présent lorsque la situation l'exigeait – en l'occurence, lorsque Cersei avait besoin de lui toutes les deux heures pour régler un détail ou un autre du mariage. Par ailleurs, ledit mariage ne le dégoûtait pas – ou alors, il cachait vraiment bien son jeu – ce qui était un bonus non négligeable.

Cersei était déjà assise sur le Trône de Fer lorsqu'il entra dans la salle, Jaime à sa droite. Il s'empressa de se glisser à sa gauche. Il n'eut même pas le temps de répondre à sa sœur, qui lui demandait où il était passé : les portes s'ouvrirent et deux silhouettes familières s'approchèrent d'eux, le regard fier.

Revoir Sansa ne provoqua pas chez lui un douloureux pincement au cœur, comme il l'avait un temps craint : oui, il l'avait un temps aimée et oui, il avait souhaité l'épouser de nouveau, mais tout cela appartenait au passé. C'était de Cersei dont il était amoureux, désormais, et voir les doigts de la louve entrelacés à ceux de Yara Greyjoy ne fit que lui apporter la satisfaction de la voir heureuse après toutes les épreuves qu'elle avait traversées.

« Sansa, » l'accueillit Cersei. « Bienvenue. Nous sommes heureux que toi et Lady Greyjoy ayez pu faire le déplacement »

« Cersei, » répondit-elle d'un ton égal. « Nous sommes ravies d'être ici. »

Son ton était légèrement ironique, ce que, Tyrion en fut certain, elle ne manqua pas de remarquer. Sansa ne s'était pas inclinée, pas plus qu'elle ne l'avait appelée Votre Majesté. Leurs rapports s'étant améliorés à Winterfell pendant la guerre, elles étaient parvenues à un accord lorsque Daenerys avait été vaincue : sur le papier, Cersei restait la reine des Sept Couronnes, mais dans les faits, le Nord était désormais entièrement contrôlé par Sansa. D'une reine elle avait désormais les pouvoirs, à défaut du titre, et s'adressait à Cersei comme à une égale.

« Tyrion va vous accompagner jusqu'à vos appartements. »

Il aurait bien voulu échapper à la discussion qui allait suivre encore quelques jours mais, puisqu'il ne voyait aucune raison valable de refuser, il se contenta d'acquiescer.

« Si vous voulez bien me suivre... »

Ils arrivèrent rapidement à destination, et Tyrion comprit que Sansa attendait ce moment depuis des semaines quand Yara, prétextant devoir parler aux Fer-Nés qui l'avaient accompagnée, les laissa seuls.

« Souhaitez-vous quelque chose à boire, Sansa ? Nous avons également des gâteaux au citron qui devraient être à votre goût. »

« Peut-être plus tard, merci. »

Elle s'assit face à la petite table au centre de la pièce et planta son regard dans le sien.

« Quand j'ai reçu cette lettre, j'ai cru à une mauvaise plaisanterie. »

Il ne baissa pas les yeux : il n'avait aucune raison d'avoir honte, après tout.

« Cependant, au bout d'une heure ou deux, il m'est apparu que Cersei Lannister n'était pas le genre de femme à plaisanter ainsi. »

« En effet, ce n'est pas son genre, » approuva t-il.

Plus que de la colère, c'était de l'incompréhension qu'il lisait dans le bleu de ses yeux.

« Pourquoi ? »

Il lui offrit un petit sourire triste.

« J'étais... j'étais malheureux. Je crevais de ne pas avoir d'amour, je me sentais plus seul que jamais... et elle m'a tendu la main. »

Sansa ne semblait pas en croire ses oreilles. Les questions qu'il s'était attendu à entendre se bousculèrent dans sa bouche : comment pouvait-il l'épouser alors que quelques mois plus tôt, ils se livraient une guerre sans merci ? Comment pouvait-il ne pas douter de sa sincérité ? Comment pouvait-il croire qu'elle l'aimerait autant que Jaime ? Comment pouvait-il ne pas se douter qu'il passerait le restant de sa vie à tenir la chandelle ?

« Sansa, » l'interrompit-il doucement alors qu'une nouvelle protestation allait faire vibrer l'air. « Je sais à quel point cela peut paraître... improbable, mais Cersei et moi avons beaucoup discuté, ces derniers mois. Nous nous sommes beaucoup rapprochés et... je suis tombé amoureux d'elle. »

« Et elle ? Est-ce qu'elle est tombée amoureuse de vous ? »

Il n'avait pas de réponse à cette question, pas encore, aussi n'eut-il qu'une prière à lui offrir.

« Je l'espère. »

« Et Jaime ? Il ne semble pas du genre à partager... »

« Il ne l'est pas. Ne croyez pas que la situation est facile ou évidente pour nous... nous essayons encore de trouver un équilibre. »

« Ce mariage me semble se baser sur des fondations très fragiles... »

Tyrion savait qu'elle ne disait pas cela pour être cruelle : au contraire, elle s'inquiétait sincèrement pour lui, et il ne put s'empêcher d'en être touché. Il lui prit la main et la pressa doucement.

« Je vous assure que tout ira bien pour moi. J'aime Cersei, et il n'y a rien que je souhaite davantage que de l'épouser. Je... je suis sincèrement heureux que vous ayez trouvé le bonheur aux côtés de Yara. Pensez-vous que vous pourrez également être heureuse pour moi ? »

Yara choisit ce moment pour revenir dans la pièce. Sans faire très attention à lui, elle s'approcha de Sansa et captura ses lèvres d'un tendre baiser. Leurs yeux pétillaient et elles demeurèrent un long moment enlacées. Tyrion, qui se sentait de trop, les salua et se dirigea vers la porte.

« Tyrion ? » l'appela Sansa.

Il se retourna, interloqué.

« J'essayerai, » dit-elle en guise réponse à la question qu'il lui avait posée.

Soulagé, il acquiesça, plein de reconnaissance, et referma la porte.

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Cersei n'était pas dupe.

Il lui avait suffi de croiser le regard de Sansa pour savoir qu'elle n'approuvait pas ce mariage et d'échanger avec Tyrion pendant le dîner pour apprendre qu'elle n'avait pas tardé à le lui faire savoir. Puisqu'elle ne doutait pas une seule seconde que la louve ne manquerait pas de lui dire sa façon de penser, elle prit l'initiative de lui proposer une petite promenade dans les jardins quand les dernières bouchées de dessert eurent été avalées.

« Le coucher de soleil est magnifique, » précisa t-elle avec un petit sourire.

Sansa ne se fit pas prier : après avoir déposé un léger baiser sur les lèvres de Yara, elle la suivit à l'extérieur. Aucune ne prit la peine d'échanger des banalités avant d'en venir au fait.

« Je tiens beaucoup à Tyrion, » attaqua Sansa, les yeux brillants. « Peut-être pas de la manière dont il l'aurait souhaité à une époque mais... je tiens beaucoup à lui. »

« Nous avons donc un point en commun que je ne soupçonnais pas, » railla Cersei.

Sansa se figea sans prévenir, les poings sur les hanches.

« Ce n'est pas drôle. Je tiens à lui et je ne veux pas qu'il souffre de nouveau. Pas après ce qu'il a traversé. »

« C'est justement pour qu'il ne souffre plus que je lui ai fait cette proposition qui, j'en ai bien conscience, peut paraître pour le moins... inhabituelle. »

Guère convaincue, Sansa croisa les bras sur sa poitrine et haussa les sourcils.

« Qui me dit que ce n'est pas une autre de vos manigances ? »

« Je croyais que nous avions dépassé ce stade, » rétorqua t-elle sans chaleur.

Cette fois, Sansa eut le mérite de paraître quelque peu honteuse.

« C'est le cas. Simplement... j'ai du mal à croire comment vous pouvez envisager de l'épouser après tant d'années de guerre et de rancœur. »

Cersei ne pouvait pas vraiment lui en vouloir d'avoir de telles pensées, pas alors que la présence de ces doutes habitait encore son esprit.

« C'est une route semée d'embûches, » se contenta t-elle de répondre. « Mais nous les franchissons à notre rythme. Ensemble. »

Elles se remirent en marche et le silence les enveloppa pendant quelques minutes.

« Je vais être honnête avec toi. L'idée d'une dynastie Lannister est loin de me déplaire, mais disons que ce n'est qu'une... conséquence heureuse, si je puis dire, de ma proposition. Je souhaitais simplement aider Tyrion à retrouver le bonheur, tout comme il m'avait aidée à Winterfell après... après ma fausse-couche. »

Le regard de Sansa s'adoucit à la mention de cet événement tragique. Leur échange muet dura un long moment, au bout duquel elle poussa un long soupir.

« Je ne crois toujours pas que ce mariage soit une bonne idée... mais je vais croire en votre sincérité. Pour l'instant. »

Sans prévenir, elle fit un pas en avant, et leurs visages étaient si proches que leurs nez se frôlaient.

« En revanche, si vous vous avisez de lui faire du mal d'une façon ou d'une autre... je saurai vous le faire regretter. »

Pas le moins du monde effrayée, Cersei lui offrit un sourire amusé.

« Je n'en attends pas moins de toi. »

Sansa hocha sèchement la tête, lui souhaita une bonne soirée et retourna à l'intérieur. Cersei la regarda s'éloigner sans se départir de son sourire. La jeune femme ne manquait pas de panache, et ça lui plaisait. Qui sait, peut-être lui proposerait-elle une place à la table de son conseil restreint...