Salut à tous ! Voici le chapitre 2, cette fois-ci, on a le point de vue de Drago Malefoy, comme promis par le titre. Y'a pas mal d'éléments qui ne sont pas dans le canon, mais qui ne sont pas non plus contraires au canon des livres selon moi, vous verrez.

Et surtout, un grand merci à katymyny pour ma toute première review si gentille ! Prends ton temps pour lire, et je vais suivre ton conseil et essayer de trouver aussi une image pour illustrer la fanfic (j'ai quand même ajouté un avatar pour mon profil, suite à ton conseil !)

Bonne lecture à tous !


POV : Drago Malefoy

Si vous savez désormais quels ont été les premiers malheurs de Neville Londubat, ou Celui-Qui-Aurait-Pu-Être-Le-Sauveur, vous en êtes déjà trop loin, et je ne peux que vous conseiller de ne pas continuer à explorer les ombres du héros. Les autres protagonistes n'ont pas eu plus de chances dans leur vie, et je ne peux que vous recommander de ne pas vous encombrez de la peine et de la douleur que leurs histoires portent. Vos vies sont déjà assez misérables ainsi, il n'est en aucun cas nécessaire de vous rajoutez un fardeau. Seul moi en est l'obligation. Allez donc vous coucher, chers lecteurs.

Scorpius Malefoy fêtait ses onze ans aujourd'hui. Il peut vous paraitre plaisant que de fêter ses onze ans, surtout si vous vous souvenez d'avoir eu un magnifique gâteau et un beau cadeau empaqueté dans un étrange papier à motif sapin, qui était en fait un recyclage du Noël précédant. Vos parents, ceux de Scorpius en tout cas l'était, fiers de vous voir assez grand pour enfin entrer au collège – ce qui signifiait dans votre cas, d'enfin leur laisser leurs mercredis matin de libres, sauf si vous aviez une petite sœur. Scorpius Malefoy croyait avoir une petite sœur. Il ne pensait donc pas laisser ses parents seuls, mais le deuil est une solitude bien particulière que je ne vous conseillerai pas d'expérimenter.

Scorpius Malefoy rêvait de Poudlard, l'école de sorcellerie la plus reconnue de Grande-Bretagne. La plus reconnue signifiant ici la seule. Il lui semblait donc un cadeau absolument idéal la lettre que venait de déposer le hibou grand-duc sur la table en chêne massif du salon du manoir Malefoy. Cette lettre, présentait une inscription au collège Poudlard, et une liste de fournitures scolaires. Et étant de connaissance populaire que les listes font un récit des plus fastidieux, insipides, soporifiques à lire, en voici donc la retranscription fidèle :

COLLEGE POUDLARD – ECOLE DE SORCELLERIE

Uniforme - Liste des vêtements dont les élèves de première année devront obligatoirement être équipés :

- Trois robes de travail (noires), modèle normal

- Un chapeau pointu (noir)

- Une paire de gants protecteurs (en cuir de dragon ou autre matière semblable)

- Une cape d'hiver (noire avec attaches d'argent)

- Chaque vêtement devra porter une étiquette indiquant le nom de l'élève.

Livres et manuels - Chaque élève devra se procurer un exemplaire des ouvrages suivants :

- Le livre des sorts et enchantements (niveau 1), de Miranda Fauconette

- Histoire de la magie, de Bathilda Tourdesac

- Magie théorique, de Adalbert Lasornette

- Manuel de métamorphose à l'usage des débutants, de Emeric G. Changé

- Mille herbes et champignons magiques, de Phyllida Augirolle

- Potions magiques, de Arsenius Beaulitron

- Vie et habitat des animaux fantastiques, de Norbert Dragonneau

- Combattre le mal et les forces obscures : bien débuter, de Lisa Tairibleu

Fournitures

- 1 baguette magique

- 1 chaudron (modèle standard en étain, taille 2)

- 1 boîtes de fioles en verre ou en cristal

- 1 télescope

- 1 balance en cuivre

Les élèves peuvent également emporter un hibou OU un chat OU un crapaud.

J'espère désormais que vous avez abandonné l'ambition de lire ces lignes jusqu'au bout et que personne d'autre que moi n'aura à subir les fardeaux de ses désastreuses aventures. Mais pour mettre fin à la bravoure des plus indomptables d'entre vous, voici la répétition exacte de cette liste :

Livres et manuels

Chaque élève devra se procurer un exemplaire des ouvrages suivants :

- Le livre des sorts et enchantements (niveau 1), de Miranda Fauconette

- Histoire de la magie, de Bathilda Tourdesac

- Magie théorique, de Adalbert Lasornette

- Mille herbes et champignons magiques, de Phyllida Augirolle

- Potions magiques, de Arsenius Beaulitron

- Vie et habitat des animaux fantastiques, de Norbert Dragonneau

- Combattre le mal et les forces obscures : bien débuter, de Lisa Tairibleu

Fournitures

- 1 baguette magique

- 1 chaudron (modèle standard en étain, taille 2)

- 1 boîtes de fioles en verre ou en cristal

- 1 télescope

- 1 balance en cuivre

Les élèves peuvent également emporter un hibou OU un chat OU un crapaud.

Si vous n'avez pas remarquer l'absence d'un premier paragraphe de cette liste, ou l'oubli de l'ouvrage Manuel de métamorphose à l'usage des débutants, de Emeric G. Changé, c'est que la fatigue vous a atteint et que vous feriez mieux d'aller vous coucher.

Scorpius Malefoy finissait donc de lire cette liste avec une joie qui n'était que rarement celle d'un enfant normalement constitué à l'idée de retourner à l'école – ou plutôt, dans son cas, d'aller à l'école pour la première fois – en septembre. L'excitation de notre jeune Scorpius n'était égalée que par son adelphe, mot signifiant ici frère.

Les deux adelphes étaient inséparables, et de quatre ans son ainé, Scorpius avait toujours mis un point d'honneur à être le parfait grand frère qui embarquait dans toutes les bêtises possibles : on ne comptait plus le nombre de fois où l'un des chaudrons de Narcissa, leur mère, avait explosé. Drago aimait d'ailleurs bien trop son grand frère pour se rendre compte que ce jour signalait surtout qu'il devrait bientôt se séparer de lui, et pour toujours qui plus est. Mais laissez donc les deux adelphes profiter d'un petit moment de bonheur avant d'arriver au terrible sort du premier fils Malefoy.

Nous voici donc à suivre les deux enfants Malefoy dans une rue singulière, étrange ou encore inquiétante pour les non-initiés. Mais Scorpius et Drago, habillés respectivement de sa nouvelle robe et d'une ancienne robe de son frère, au grand dam de ses parents, paraissaient tout à fait normaux dans la foule dense qui s'éparpillait entre chaque boutique en cette fin d'été. Il peut paraître agréable que de faire ses courses de rentrée, supervisé par ses deux parents aimés et aimant, surtout quand leur seul souci était leur deuxième enfant portant un vêtement de seconde main au lieu de la même robe neuve, achetée quelques jours plus tôt. Drago Malefoy n'aimait pas seulement son frère, il l'adorait, et avoir la même chose que lui ne signifiait pas seulement avoir un objet similaire, mais littéralement avoir LE même objet.

Le chemin de traverse était donc de ces lieux merveilleux et magiques – ce qui ne signifiait pas ici émerveillant mais bien magique, dans le sens « produisant de la magie ». En effet, les enfants Malfoy se situait dans le centre névralgique du Londres sorciers. La première boutique dans laquelle Scorpius et Drago s'engouffrèrent fut la célèbre enseigne Ollivander – Fabricants de baguette magique. Les yeux de Drago brillaient en découvrant les étalages et toutes les petites inscriptions gravées sur des plaques de bronze indiquant les différents constituants des baguettes. Drago reconnaissait certains ingrédients de potions, et il tira timidement sur la manche de sa mère pour lui faire remarquer ses connaissances : les crins de licorne, utilisés pour stabiliser les potions, l'aubépine, dont les fleurs servaient aux potions calmantes, ou encore les ventricules de dragon, avec lesquels il fallait toujours faire très attention car les potions avaient tendance à être bien plus explosives. Drago aurait encore pu citer des dizaines d'ingrédients de potions, malgré son jeune âge, mais il savait se tenir et ne dit rien. Un Malfoy est digne, fier, se tient droit et parait toujours calme et maitre de ses émotions, à sept ans, il connaissait déjà bien les règles.

« Mrs Malefoy, Mr Malefoy, que me vaut l'honneur d'une telle visite ? » Le gérant de la boutique était apparu derrière les deux plus jeunes Malfoy et sembla mettre quelques secondes à comprendre :

« Votre fils aîné rentre à Poudlard, c'est bien cela ?

Scorpius aurait besoin d'une baguette, oui.

Le vieil homme s'était déjà retourné pour attraper et proposait une première baguette à Scorpius. Il y avait là un certain rite de passage, à tenir pour la première fois une baguette entre ses mains. Un rite de passage est un événement qui marque, par le biais d'épreuves ou de cérémonies, le passage d'un statut à un autre comme par exemple, la réception de votre premier cartable d'écolier. Il pourrait être considérer que nous sommes loin d'un rite de passage, mais vous passez alors de statut d'enfant ignare et encombrant, à celui d'écolier curieux et dégourdi, ce qui vous permet d'enfin obtenir un peu de considération de la part des adultes qui vous entourent. Dans le cas de Scorpius, le léger mouvement de main qu'il exécuta, le fit passer du statut d'enfant à celui d'apprenti sorcier et en même temps, le statut de la boutique passa de parfaitement rangée à post-apocalyptique : l'ensemble des étagères s'étaient effondrées.

« Evitons le cornouiller… Essayons plutôt ceci, vingt-trois centimètres et demi, bois de houx, ventricule de dragon… »

La boutique déflagra un peu moins cette fois-ci, ce qui dans la situation actuelle, n'était pas compliquée à imaginer, mais signifiait tout de même que le grand vase en porcelaine explosa pour se faire remarquer de tous. Drago, dans son coin, sursauta avant de se reprendre. Lucius, quant à lui, ne lança qu'un coup d'œil dédaigneux au vase désormais détruit…

« Voyons… bois de houx, crin de licorne… » Il y eu un instant de silence et puis : « Parfait ! »

La baguette en question faisait deux douzaines de centimètres environ, ce qui la plaçait dans la moyenne. Comme Drago l'avait très justement rappelé plutôt, le crin de licorne lui conférait une certaine stabilité et constance, et le bois de houx était lui connu pour être un bon protecteur. Tout cela était bien ironique pour quiconque savait ce qui se profilait dans le futur proche du premier né Malfoy. Personne n'aurait dû crier « Parfait ! » : en effet, il est en général attendu après une telle exclamation que le résultat soit sublime et absolument en accord avec les objectifs et la réalité, mais dans le cas présent, même une double couche de houx n'aurait pas suffi à protéger Scorpius. Néanmoins, Lucius Malefoy n'était, lui, pas au courant de cette information et la situation lui paraissait bien parfaite, son fils avait été choisi par sa baguette, et il régla les cinq galions et douze mornilles sans plus y réfléchir. La famille Malefoy se retrouva donc à quitter la boutique pour rejoindre une échoppe de confection sur-mesure pour les robes et le chapeau de leur fils. L'échoppe en question était bien plus spacieuse et rangée que la boutique qu'ils venaient de quitter. Ce n'était, malheureusement, que l'une des très nombreuses boutiques que nos quatre protagonistes eurent encore à visiter ce jour et il est sûrement préférable pour vous, de ne pas raconter en détail chaque mesure prise par la couturière. Le mètre-ruban, voletant autour de Scorpius, pris les mesures les plus classiques qu'il existe, de celles que tout couturier amateur a déjà essayé de prendre sur lui. Et force est de constater, qu'il est bien plus simple de mesurer la longueur de son bras avec un mètre-ruban voletant que seul et abandonné face à son miroir en plein milieu d'une guerre contre un ennemi invisible qui s'attaque à votre système respiratoire par des mécanismes qu'une bien grande part de la population ignore. Il est, dans tous les cas, bien plus simple de faire bien des choses en dehors des temps de guerre, mais il n'est malheureusement pas toujours du choix des vivants de décider de la présence ou non d'un temps de guerre. Imaginez bien, que tout le monde ici, aurait préféré se passer de la guerre qui se profilait dans les dix ans à venir, même si pas tous n'auraient été d'accord sur l'issue que l'on aurait dû choisir.

Scorpius et Drago se trouvait face à face, engloutis dans la foule bariolée et bruyante d'élèves et de parents. Le quai 9 ¾ était bien trop vivant et joyeux pour Drago. Il se tenait droit, immobile et impassible, mais ses yeux étaient bien trop lisibles à son frère : il y avait toutes les larmes du monde et des suppliques si profondes que les dieux grecs se seraient senti offensés.

« Reste… », ses lèvres avaient à peine bougé mais Scorpius n'aurait pas mieux lu s'il avait tenu un panneau publicitaire adapté à une lecture sur autoroute.

- Je t'adore Drago, vraiment, mais je ne peux pas, je ne… Les mots avaient quelques difficultés à quitter la bouche de Scorpius : … je ne… veux pas… »

Si Drago ne savait pas mieux, il se serait effondré. Bien sûr qu'il aurait encore préféré aller avec son frère, mais le train l'aurait refusé d'un bon coup de pied au derrière. Ses parents ne l'auraient d'ailleurs pas laissé s'en approcher. Drago se sentait englouti par les vagues et le ressac, secoué sans fin sur le bord de la plage, le sable qui vous griffent et la mer qui refuse de vous laisser fuir. Vous connaissez sûrement la sensation de croire sauter en plein dans la liberté et de finalement se retrouver enfermer dans une machine à laver. Bien évidemment, en tant que sorcier de sang pur, jamais Drago n'aurait pu décrire ses sentiments comme un voyage en machine à laver, mais il rata une respiration et but la tasse : pour la première fois en sept ans, il se retrouvait abandonner par son frère, le seul enfant qu'il connaissait du grand monde, la seule personne qui comprenait vraiment qu'on puisse avoir peur des croquemitaines.

Narcissa embrassa tendrement son premier fils alors que Lucius lui posait la main sur l'épaule :

« Ne laisse jamais personne te rabaisser, Scorpius, ne laisse jamais personne douter de ton excellence. Tu feras la fierté Malefoy, nous avons confiance en toi, avec ta mère. Pense avec ta tête, ne laisse personne savoir ce que pense ton cœur, et tout ira bien. Tu vaux bien plus que tous ces sangs-de-bourbe et ses traites à leur sang qui voudraient rabaisser notre nom, ton nom. » La voix de Lucius se brisa pas assez pour que quiconque d'autres qu'un Malefoy puisse s'en rendre compte, néanmoins : « Mes erreurs, ne laisse personne t'atteindre avec. Tu n'es pas mes erreurs. »

Si vous demandiez à Lucius Malefoy, quelles étaient ses erreurs en ce jour-ci, vous auriez sûrement eu aucune réponse. Néanmoins, quelques recherches plus qu'approfondies, des années de prospection, d'observation, d'étude des archives qui jusqu'à ont trainé leur existence, vous apprendraient peut-être que son erreur avait, et pour toujours serait d'avoir été du côté des perdants, et surtout du côté de Voldemort, osons donc prononcer son nom pour une fois. Avoir été du côté des perdants avait tant coûté au nom des Malefoy, avait salie la réputation, et il fallait chaque jour se levait pour se battre et nettoyer le massacre : il y avait bien de l'argent et bien du temps qui y passaient.

Scorpius acquiesça et monta dans le train. Il savait de quelles erreurs parlaient son père, et maintenant vous le savait pour sûr aussi. Même à quatre ans, aucun enfant n'oublie le visage d'un père qui revient d'Azkaban, même après quelques jours uniquement. Aucun enfant n'oublie la chute et les larmes sur le pas de la porte, surtout quand la leçon primordiale de la maison était de ne jamais, jamais fléchir. Rester fort, rester digne. Il était de la seule fois où son père était tombé.

Le train disparut, Scorpius avec, et Drago aurait voulu courir après, mais la seule chose qu'il pouvait se permettre de faire était d'attendre un hibou. Il secoua légèrement la main trois fois et suivi ses parents. Et il attendit. Il attendit. Il attendit encore. Pendant le transplanage jusqu'au manoir Malefoy, il attendit. En passant le pas de la porte, il attendit. Au dîner, il attendit. La fenêtre grande ouverte, regardant le ciel, il attendit. Il attendit encore, et encore, et encore, et encore, et encore. Il attendit encore un peu. Un peu plus même. Il attendit un jour entier, puis un deuxième. Il fallut encore attendre un peu et un hibou apparut. Le cœur de Drago explosait, il sauta vers le hibou, lui arrachant presque des plumes et derrière lui, Narcissa le repris « Drago. » Son regard en disait bien plus, mais Drago tenait en main la première lettre de son frère, et si vous avez déjà attendu et attendu et encore attendu et attendu un peu plus encore des nouvelles d'un être cher, vous savez que les émotions sont trop fortes pour être mangé quand enfin le hibou, le pigeon, le postier, ou l'électricité en fonction de votre cas, vous dépose enfin les nouvelles que vous avez attendues, et attendues, et encore attendues et attendues un peu plus encore…

La première lettre allait ainsi :

Drago !

Il faudra faire lire cette lettre à papa et maman aussi, mais je voulais que tu sache ma répartition avant tous les autres ! Nous sommes tous arrivés à Poudlard en barque, enfin après le train où tu m'as laissé, et l'entrée est immense, et les bougies volant au plafond, j'ai hâte de te raconter ça en détail aux prochaines vacances. Et puis, il y a eu la cérémonie de répartition, tout comme papa nous l'avait raconté : l'une des professeures – la sous-directrice je crois – nous pose un grand chapeau sur la tête, et il a tout de suite crier « Serpentard » ! Tu peux dire à papa et maman que je suis un digne représentant de la famille, et j'ai tellement hâte d'applaudir quand ce sera toi ! Je te laisse, on m'appelle, mais je t'envoie cette lettre dès que possible.

Ton grand-frère, avec amour.

Et tout en bas, griffonné et rajouté en dernière minute, un certain post-scriptum ne décrivait que très partiellement la déconvenue qu'avait été la recherche de la volière pour pouvoir, enfin, envoyer cette lettre :

PS : j'ai mis deux jours à trouver la volière, elle est tout en haut d'une tour mais les escaliers ne faisaient que tourner. Elle est tellement sale ! Pouah !

La deuxième lettre avait suivi de peu. Elle allait ainsi :

Papa, Maman,

J'ai eu mon premier cours de potion aujourd'hui. Professeur Rogue m'a dit que ma potion était « acceptable », mais tout le monde dit qu'il est particulièrement sévère. Je crois qu'il te connait papa, en tout cas, il m'a dit que « peu de sorciers coupes leurs racines en triangle… » mais j'ai fait comme tu m'avais montré. Avec Melvin, on est bien déterminé à être les meilleurs en tout cas !

Scorpius, qui vous aime.

A première vue, bien sûr, ces lettres peuvent paraître une bonne chose, et sûrement vous rappellent-elles plus vos colonies de vacances en centre d'équitation que la chute qui vous value d'être écrasé et contusionné. Mais dans le cas de Scorpius Malefoy, nous étions dans la typique situation où l'inverse d'un proverbe était malheureusement bien plus vrai que son original : des nouvelles, mauvaises nouvelles.

Si vous avez déjà appris une terrible nouvelle, vous savez sûrement qu'il vaut mieux les recevoir à l'oral. Elles ont, à l'écrit, la fâcheuse tendance à paraitre d'autant plus implacables, que vous ne pouvez que les relire encore, et encore, et encore, et encore, à en déchirer les mots. Lucius et Narcissa Malefoy auraient préférés ne pas recevoir la nouvelle par hibou. Ils auraient préféré ne pas recevoir la nouvelle du tout, à vrai dire. Quand vous envoyez votre fils en internat, vous faites confiance à l'école pour le garder en vie. Il n'y a, en général, que peu de dangers terribles dans une école, et rare sont celles qui élèvent des crabes mangeurs de pied dans les dortoirs. Poudlard ne faisait d'ailleurs pas parti des écoles élevant des crabes mangeurs de pied dans les dortoirs malheureusement, elle ne faisait pas pour autant parti des lieux sûrs, et Scorpius Malefoy l'avait appris de la plus dure façon qu'il n'exista. Je vous épargnerais bien sûr les terribles détails de cet accident, d'autant que la plupart des lettres sont désormais illisibles, réduites à des brisures de papier humidifiées de larmes.

Mr Malfoy, Mrs Malfoy,

Nous s…mes au re…t de vous annoncer…

est actuelle…t laissé au bon soin de…

Cordialement,

Albus Dumbledore, directeur de Poudlard

la bles…e de votre fils, écrasé p… un sombral ce j…ur. Il

Dr Pompom Po…esh.

Les vi…es ne sont pas autorisées dura…

Cordialement,

Albus Dumbledore, …ecteur de P…

m…rt

Il y a bien des façons de mourir – dans son lit après de longues années de lutte contre les nargols, d'une chute de piano, confondu avec un crocodile par un dangereux pirate ou encore étouffé par une cacahuète. Dans le cas de Scorpius, l'élevage de sombrals d'un certain gardien des clés avait été sa porte de sortie – expression signifiant ici que l'élevage en question était à l'origine de sa mort. Il est difficile de savoir comment, exactement, on peut être compressé, broyé, aplati par la représentation vivante de la mort elle-même, néanmoins, si vous avez déjà expérimenté la douleur au cœur, la cage qui enserre votre poitrine, lorsque votre très cher ami quitte votre vie à la suite des insultes que vous n'auriez pas dû, colériquement, laisser sortir, vous pouvez essayer d'imaginer de l'appliquer à votre corps entier. En tout cas, il se trouvait désormais que Drago Malefoy était privé de frère, et que, jamais il n'aurait les détails de la répartition de son adelphe.

Scorpius n'était pas mort aussi absurdement qu'Albus Dumbledore, directeur de Poudlard, voulait le faire croire au monde. Il a été difficile de retrouver tous les éléments qui concernèrent cette funeste soirée, notamment car bien peu de personne y assistèrent. Voyez-vous, il était bien tard, et Scorpius Malefoy n'était pas un courageux Gryffondor, il n'aurait pas dû se trouver en orée de la forêt interdite avec Melvin Blishwick qui n'était pas non plus un brave Gryffondor. Mais Scorpius et Melvin se trouvait bel et bien en orée de forêt interdite, à une heure où même les plus téméraires d'entre vous dorment à point fermer. Ils avaient évité Miss Teigne en remontant des cachots sans vraiment savoir comment, la chatte étant toujours dans les pattes des élèves aventureux… Et enfin, ils avaient couru jusqu'à la forêt interdite, pensant se retrouver face à deux élèves de Gryffondor, deux élèves à qui Melvin, dont la légendaire loyauté associée à la maison Poufsouffle prouvait déjà ses dangers, avait lancé un duel après qu'ils avaient eu insultés Scorpius. Je ne préfère pas répéter leurs mots ici, ils pourraient tomber dans de jeunes oreilles qui méritent d'apprendre un vocabulaire plus approprié et moins fleuri. Sachez seulement, que Scorpius aurait voulu répondre d'un coup de poing bien placé, mais avait ravaler ses émotions, en mangeant une bonne partie au passage, pour rester fier et digne.

Ainsi donc, nos deux intrépides étaient à l'orée de la forêt interdite – qui portait son nom pour bien des raisons que je ne préfère pas aborder ici, vous évitant ainsi bien des cauchemars quand enfin, vous vous déciderez à suivre mes conseils, arrêter votre lecture et aller dormir. Ils étaient debout, immobiles, écoutant le vent souffler dans les feuilles en attendant deux jeunes Gryffondors qui, je suis au regret de vous le dire, ne viendraient jamais. Ce n'est pas que ces deux jeunes Gryffondors manquaient de courage, seulement, il faut dire ce qu'il est, ils étaient plus, comment dire… sensés, que nos deux acolytes Serpentard et Poufsouffle. Cependant, nos deux jeunes comparses ne restèrent pas seuls longtemps, et bientôt, une sorte d'énorme araignée à six pattes vient leur tenir compagnie. Si Scorpius ou Melvin avaient été répartis à Serdaigle, peut-être que l'un des deux aurait fait remarquer que la bestiole qui leur faisait face ne pouvait être une araignée, les araignées faisant partie de la classe Arachnida et de sous-embranchement Chelicerata qui se caractérise par un corps se divisant en deux morceaux ou tagmes et par huit pattes. Mais Scorpius et Melvin n'était pas à Serdaigle, et ils ne savaient pas encore que la bestiole en question était attirée par l'odeur de chaire juvénile en cette nuit de lune morte. Ils ne savaient pas non plus qu'un sortilège de lumière, Lumos dans leur cas précis, était une mauvaise idée. La baguette de Melvin avait été la première à éclairer brusquement la créature qui réagit d'un coup de langue. La langue était dure contre le front de Melvin et alors que celui-ci tombait, Scorpius – qui n'est ni un courageux Gryffondor, ni un loyale Poufsouffle, faudrait-il le rappeler – s'avançant pour se placer entre la bête et son ami. Il ne savait malheureusement toujours pas que la meilleure solution pour se débarrasser de la non-araignée était simplement de lui demander, et avec toute la bravoure et la loyauté que son cœur de serpentard pouvait avoir, il fit face. Il espérait que les deux Gryffondors l'aideraient plutôt que de le laisser mourir là, mais ils n'apparaissaient toujours nulle part. Le brave et loyal serpentard tenta le peu qu'il savait pour sauver son ami et sa vie, tentant de mettre en pratique le premier sort que leur avait appris le professeur Flitwick pour faire voler au loin le monstre. Scorpius recula.

A ce moment-là, la fin aurait pu être heureuse. Allez donc vous coucher en pensant que Scorpius fit somptueusement s'envoler la non-araignée, l'éloignant astucieusement de lui et Melvin et permettant aux deux jeunes élèves de fuir. Pensez donc à comment, quelques années plus tard, ils en rirent en faisant croire au jeune Drago tout juste réparti que ce serait son épreuve de bienvenue, rendant l'histoire encore plus terrifiante pour apeurer tous les autres élèves de premières années. Il serait bien plus plaisant d'aller vous coucher en pensant que Scorpius était désormais un héros, et que son amitié avec Melvin était désormais scellée avec une colle plus solide que la langue de notre non-araignée. Pensez donc que Drago ressortira joyeusement cette anecdote au mariage de Scorpius, fier de faire croire qu'il était le seul à ne pas avoir eu peur, parmi tous les nouveaux serpentards.

Scorpius recula et trébucha. Et là où la non-araignée aurait dû en profiter pour l'attaquer, elle fuit. Elle fuit, car Scorpius avait beau être incapable de voir sur quoi il avait trébuché, les deux savaient que Scorpius avait énervé la chose. Et Scorpius au sol, pensant encore à protéger Melvin, sentit un sabot lui écraser la poitrine. Il y a bien des choses, en cette instant, vivant dans la forêt interdite qui respecteraient la description : invisible dans la nuit noire et possédant un sabot à minima. Néanmoins, les recherches poussaient que j'ai réalisé depuis, me pousse à être formel : il s'agissait d'un des sombrals de la colonie que Poudlard élevait. Un de ces sombrals, qui se trouvait en lisière de forêt ce soir-là pour manger un cadavre de lapin qui trainait par là. Un de ces sombrals qui, se sentant attaquer, avait pris fuite en écrasant le pauvre Scorpius. La suite, vous la connaissez déjà, car Albus Dumbledore, directeur de Poudlard, l'avait écrite dans ses brides de lettres. La suite, la terrible suite, était la raison pourquoi Drago était considéré enfant unique par tant d'historiens.

A sept ans, on est trop jeune pour des funérailles, pourtant Drago se trouvait actuellement dans la robe noire brodée typique de ces moments où on dit adieu pour trop longtemps il avait le port de tête fier, comme son père et sa mère, mais les yeux trop pleins de larmes pour faire illusion. Les Malfoy sont toujours fiers et sûrs d'eux, ce dit-il, mais la vérité est qu'il est souvent plus facile de manger ses émotions que de les partager, et en cette instant, Lucius, Narcissa et Drago aurait tout donné pour manger un bon repas à quatre plutôt que de devoir faire face.

Je vous épargnerai la suite : les Malefoy méritaient, dans tous les cas, de la discrétion et du respect pour leur deuil. Sachez seulement, que le monde de Drago avait arrêté de tourner.


Le prochain chapitre devrait arriver mercredi prochain ! On aura les points de vue de Neville et Drago quant à la réception de leur lettre de Poudlard !

Bonne semaine à tous en attendant !