Salut à tous ! Le chapitre 3, en temps et en heure ! Neville et Drago vont recevoir leur lettre d'acceptation à Poudlard dans ce chapitre (comme Harry dans le chapitre 3 officiel) et je vous laisse lire.
Juste un petit mot pour katimini : merci pour les reviews et la réponse à la question est oui ! (un grand oui, même si le diplôme est pas encore là, mais il s'approche XD)
POV : Neville Londubat
Vous vous demandez peut-être ce qu'il a bien pu arriver à Neville Londubat après sa leçon sur la dangerosité des meringues. Malheureusement, il est bien difficile de trouver des annales concernant les plus jeunes années de nos sorciers. Il n'y avait pas particulièrement eu de feu qui aurait tout brûlé, mais il n'était pas dans la priorité de tous de conserver une trace des multiples ratés de Neville Londubat. Neville qui tombait, Neville qui se brûlait, Neville qui cassait un pot, Neville qui loupait une marche, Neville qui… Voyez-vous, il n'y avait pas eu de nouvelles étincelles de magie – enfin, plutôt, devrait-on dire de nouvelles étincelles notifiées de magie, car en réalité, Neville continuait de faire des merveilles : il aurait fallu voir le jardin de sa grand-mère, où certaines des plantes les plus dangereuses poussaient désormais, sans jamais approcher la maison. Mais on portera cela sur le coup de la chance, voulez-vous. Tout le monde pensait donc encore que Neville fût une fraude et que jamais donc Poudlard ne l'accepterait. Neville en était le premier convaincu : qu'avait-il donc pour arriver à la cheville de ses parents, eux qui s'étaient sacrifiés pour sa vie et celle du monde sorcier, eux qui avaient vaillamment vaincu face à un mage noir par trois fois, avant de faillir tout aussi courageusement face à ses scribes ? Tout laissait porter à croire que la chute de Neville n'avait été qu'une illusion, puisqu'aucune preuve n'était de nouveau parvenue.
Quand il est impossible de prouver une chose, la majorité des personnes décident de se reporter à leur croyance. Par exemple, il est impossible de prouver la non-existence d'une théière si petite qu'elle en est indétectable, faisant révolution autour du Soleil entre la Terre et Mars. Il y a donc une toute petite partie de la population qui croit en sa non-existence. Pourtant, une telle théière se marierait parfaitement bien avec un sucrier et un ensemble de tasse en porcelaine. La grand-mère de Neville avait d'ailleurs un sublime service à thé sorcier, où il ne manquait aucune pièce : on pourrait y voir là une preuve, une preuve de la non-existence de notre théière plus tôt citée. Cependant, il était à noter que plusieurs théières existaient en ce monde, et que rien ne disait que la grand-mère de Neville avait la seule théière capable de faire révolution. D'ailleurs, la théière en question ne cherchait pas, du moins au moment nous concernant, à renverser quoi que ce soit, et encore moins un gouvernement. Elle se contentait de servir le thé, sans en mettre une goutte hors des tasses. Si Augusta avait pris le temps de regarder au fond de la théière, peut-être aurait-elle été moins surprise de la tournure que la journée allait prendre.
Un grand hibou brisa soudainement une des fenêtres, entrainant un sursaut de la théière qui, finalement, mit une goutte et même un peu plus, en dehors de la dernière tasse. Il déposa une lettre sur la table, qui alla tremper un de ses coins dans la petite marre de thé qui s'était formée sur la nappe, et reparti dans le même coup d'aile, ne laissant pas même le temps à Augusta de commencer à hurler. Elle était arrivée en courant dans le salon, en attendant le bruit de verre brisé, et en même temps qu'elle donnait un rapide coup de baguette pour réparer la fenêtre :
« Neville ! » Elle avait hurlé si fort, que les murs du manoir Londubat tremblèrent. « Neville ! Combien de fois t'ai-je dit de ne pas jouer dehors ! Tu finis toujours par casser une fenêtre ou détruire une plantation et je n'en peux plus de tes idioties ! » Elle avait ouvert la fenêtre pour faire profiter les voisins – qui habitaient à plusieurs kilomètres de là – alors que Neville descendait piteusement l'escalier de sa chambre :
« J'étais dans ma chambre, grand-mère, ce n'est pas moi, je vous le jure.
- Et combien de fois t'ai-je dit de ne pas mentir ? Crois-tu vraiment que je n'ai que ça à faire que réparer tes bêtises ! » Augusta pouvait être terrifiante quand elle se mettait en colère, et croyez-moi, vous n'auriez pas voulu être à la place du petit Neville Londubat en cet instant. Il s'excusait, s'empêtrant entre ses multiples mots, n'arrivant plus à former des phrases. Il aurait voulu disparaître, ne plus jamais être un poids pour sa grand-mère – il savait qu'il était un poids bien trop lourd, pour elle qui faisait déjà tout pour lui, et il n'était même pas capable de faire attention à la maison : il était sûr et certain qu'il n'était pas dans le jardin quelques minutes plus tôt, mais il n'y avait qu'eux deux dans la maison, et pourquoi donc sa grand-mère se serait-elle amusée à faire exploser une fenêtre ? Sûrement qu'il ne se rappelait même plus qu'il avait jeté quelconque ballon ou cailloux sur la fenêtre ? Il savait que sa mémoire défaillait toujours, on le lui avait répété suffisamment de fois, et ce n'était qu'un élément de plus sur la liste qui faisait de lui un bon à rien.
« Assieds-toi, au lieu de rester immobile avec la bouche ouverte en merlan fris, c'est l'heure du thé de toutes façons. »
Neville osa enfin s'approcher de la table, craignant de faire renaître la colère de sa grand-mère encore à l'état de braise chaude, en tirant un peu trop fort la chaise ou en mettant un peu de thé de côté. Il attrapa l'une des quatre tasses – Neville n'avait jamais compris pourquoi sa grand-mère refusait toujours de faire servir moins de quatre tasses, même quand ils n'étaient que les deux – et se rendit vite compte qu'il avait versé le thé à côté, abimant ainsi le courrier de sa grand-mère. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il avait penché la tasse, mais il s'excusa instinctivement :
« Désolé, grand-mère, je… je n'ai pas fait exprès…
- Bien sûr que tu n'as pas fait exprès, si tu avais fait exprès, au moins on pourrait croire que tu es insolant et non incompétent ! » Elle attrapa l'enveloppe, la déchira et sortit la lettre qu'elle contenait en même temps qu'elle hurlait. « Neville ! »
Neville releva la tête, septique : le ton avait changé. Elle avait parlé tout aussi fort mais elle ne semblait plus en colère. Neville Londubat vu alors sa grand-mère commençait à pleurer, mais ce n'étaient pas les larmes de colère et d'acharnement qu'il lui connaissait :
« Grand-mère, tout va bien ?
- Oh, Neville ! Poudlard ! Tu… » ses mots étaient entrecoupés de sanglots « Poudlard, Neville, Poudlard ! » Et elle se leva pour embrasser son petit-fils. C'était à n'y rien comprendre, et Neville ni comprenait rien : quoi, Poudlard ? Il ne pouvait imaginer y être accepter, et même si les sanglots de sa grand-mère ne paraissaient pas réellement tristes, il finit par mettre les pièces de puzzle ensemble : l'école de sorcellerie avait au moins pris la peine d'envoyer une lettre pour prévenir qu'il ne serait pas pris. Il ne s'était jamais attendu à être accepté à Poudlard, il savait bien qu'il n'avait aucune once magique en lui et même dans ses rêves les plus dingues, il ne s'était jamais permis de mettre ne serait-ce qu'un pied dans le mythique château. Malgré tout, il commença lui aussi à pleurer :
« Oh, ne pleure pas mon chéri, ne pleure pas, » elle le serra un peu plus fort contre elle, tentant de se calmer elle aussi, « je suis tellement, tellement fière de toi, mon chéri. »
C'était pour Neville, trop d'informations improbables pour pouvoir les comprendre : comment diantre, sa grand-mère pouvait être fière de lui ? Et jamais, elle ne l'appelait « mon chéri », il était toujours Neville, et juste Neville. D'ailleurs, sa grand-mère ne l'avait jamais câliné aussi fort depuis la fameuse nuit qui avait tant coûté à ses parents. Bien sûr, pour Neville, cela voulait surtout dire qu'il n'avait aucun souvenir que sa grand-mère ne l'ait jamais câliné.
De son côté, la théière joua de son couvercle, comme un caquètement de joie : en son fond, les feuilles de thé restantes formaient un très joyeux présage le genre de présage que l'on trouve toujours à la page la plus éloignée possible de celle du Sinistros, dans les ouvrages de divination. Mais Augusta ne croyait pas en ses « inepties » comme elle disait. Alors, la théière n'était pas dédiée à avoir l'occasion de raconter « je vous avais prévenu ! »
« Il faut tout de suite prévenir toute la famille, réunir tout le monde ! Oh, Neville, Poudlard ! Poudlard, Neville ! Il faut absolument que l'on aille voir tes parents cette après-midi… » Sa grand-mère s'agitait en tous sens, lançant de droite et de gauche des sorts de ménage et de rangement, de cuisine, et disparut, toujours en larmes, vers les étages et la volière, laissant dans le salon un pauvre Neville, déconcerté et perdu, qui en retirant le couvercle de la théière pour la faire taire, se demandait bien en quoi sa non-acceptation à Poudlard était une nouvelle à annoncer à tous : ils le savaient déjà, dans tous les cas…
Ainsi donc, moins d'une heure plus tard, se trouvaient au domicile de notre cher Neville Londubat, ses grands-oncles et grands-tantes en compagnie de sa grand-mère, qui avaient pris soin de faire resservir des tasses à la théière. La lettre passait désormais de main en main, et Neville ne comprenait toujours rien, mais désormais, il avait un crapaud entre les mains. Quand son grand-oncle, Algie, était arrivé par cheminette – il avait arrêté de transplaner trois ans plus tôt, commençant à trouver le moyen de transport un peu trop violant pour ses vieux os – il avait hurlé de joie, tendant à Neville le crapaud autour duquel il avait tant bien que mal entouré un ruban, qui tombait déjà :
« Je suis tellement fier de toi Neville. Nous sommes tous tellement, tellement, fier de toi ! C'est vrai que personne n'y croyait, mais regarde-toi, tout grandi et magique ! Tu peux être fier, mon garçon ! » Et il avait fourré entre les mains de Neville le crapaud.
Neville ne savait pas vraiment que pensait de la situation, mais il devait reconnaitre qu'il était plutôt heureux de recevoir un crapaud. Bien sûr, ça ne remplaçait pas une admission à Poudlard, mais il savait qu'il n'aurait jamais été pris, et il câlina doucement le crapaud en essayant de digérer sa déception. Il n'avait pas vraiment le droit d'être déçu – surtout que tous les adultes autour de lui semblant exulter de joie à cette nouvelle, ce que Neville n'arrivait vraiment pas à comprendre : on lui avait reprocher toute sa vie d'être incompétent, incapable, inintelligent, ignare, imprudent et tout un tas d'autres adjectifs péjoratifs et dévalorisants en i, en plus, souvent d'antipathique, brusque, craintif, distrait, ennuyeux, fainéant, glouton, hésitant, insouciant, jetable, kystique, lâche, maladroit, naïf, oublieux, pusillanime, quelconque, renversant – au sens littéral – stérile, turbulent, ubuesque, vain, welter, xylophage, yttrique, zinzolin.
Bref, Neville n'avait pas l'habitude que l'on soit fier de lui, encore moins qu'on lui dise, et il savait pertinemment que la situation n'avait rien de normal : il aurait dû recevoir un énième sermon de sa grand-mère, lui rappelant à quel point il ne rendrait jamais ses parents fiers – il serra un peu plus fort le crapaud pour ne pas pleurer à cette idée, sa grand-mère serait bien capable de lui faire un sermon sur le fait qu'il n'était qu'un chouinard pleurnicheur et que ce n'était pas comme ça qu'il arriverait à la cheville de son père – et à la place, tous les adultes de la pièce semblaient près à organiser une fête comme ils n'en avaient plus vécu depuis des décennies.
L'une des grands-tantes de Neville Londubat prit enfin la lettre – elle était la dernière et pas celle qui avait le moins jacassé pour l'obtenir – et elle se racla la gorge pour la lire :
« Hum, Hum… » L'excitation se ressentait à travers tous ses ports. « Collège Poudlard, école de sorcellerie. Directeur : Albus Dumbledore, Commandeur du Grand-Ordre de Merlin
- En plus, le Professeur Dumbledore est encore là, un grand homme, je vois dit ! C'était mon professeur de métamorphose à l'époque, un grand homme ce professeur, un grand homme je vous dis…
- Ferme-là, je lis ! Hum, hum… » Elle se racla la gorge une nouvelle fois. « Je disais donc, hum… Grand-Ordre de Merlin… ah oui ! Docteur ès Sorcellerie, Enchanteur-en-chef, Manitou suprême de la Confédération internationale des Mages et Sorciers…
- Un grand hom…
- Cher Mr Londubat, » elle avait monté le volume de sa voix pour parler par-dessus tout ce qui aurait voulu l'interrompre – le crapaud c'était d'ailleurs mis à joyeusement croasser – et ne pas se laisser couper la parole : « Nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez d'ores et déjà d'une inscription au collège Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et équipements nécessaires au bon déroulement de votre scolarité. La rentrée étant fixée au 1er septembre, nous attendons votre hibou le 31 juillet au plus tard.
- J'ai déjà envoyé le hibou, bien sûr » Augusta avait infructueusement essayé de récupérer la parole, mais la grand-tante continua comme si de rien n'était, mélangeant les deux paroles ensemble :
« Veuillez croire, cher Mr Londubat, en l'expression de nos sentiments distingués. Minerva McGonagall, Directrice-adjointe. »
Neville ne croyait rien du tout. Il avait forcément mal compris, mal entendu, ce n'était pas possible : il était un cracmol, on lui avait brandi la menace tant de fois, et voilà que Poudlard aurait voulu de lui ? Son cœur bondit, mais en même temps, il n'arrivait pas à y croire. Et puis, comment pourrait-il mériter un tel miracle ? Il était minable.
Il avait enfin entre les mains la lettre, mais sous ses yeux, les mots dansaient et refusaient de former des phrases ou d'avoir du sens. Il tenait fermement son nouveau compagnon d'une main, et l'autre tremblotait, l'empêchant de prendre pleinement conscience de la réalité qui s'annonçait devant lui. Il relu, une deuxième fois, troisième et quatrième, il lui fallut encore une cinquième, une sixième et une septième fois, et enfin, à la huitième fois, il en vient à la conclusion que la lettre, en essence, disait cela : « Cher Mr Londubat, nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez d'ores et déjà d'une inscription au collège Poudlard. » Neville Londubat relu encore une fois, pour être sûr, revérifia son nom – c'était bien lui, il était Mr Londubat, même s'il paraissait bien étrange de l'appelait ainsi, personne ne l'appelait jamais ainsi… Et les mots avaient beau s'adresser à lui, et faire enfin sens, il n'arrivait pas à en prendre conscience : il aurait dû sauter de joie, danser de bonheur et fêter la bonne nouvelle avec la famille réunie-là, mais Neville Londubat n'arrivait pas à en prendre conscience : on lui avait tant répété, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, encore et encore, qu'il n'était qu'un incapable qui n'irait jamais à Poudlard, qu'il n'était qu'un incapable qui n'irait jamais à Poudlard et qu'il n'était qu'un incapable qui n'irait jamais à Poudlard, qu'il avait désormais bien du mal à croire cette lettre.
Cette après-midi-là, à l'hôpital Saint-Mangouste, face à ses deux parents toujours aussi incapables de la reconnaitre, Neville eu bien du mal à leur dire qu'il avait été accepté à Poudlard. Il avait l'impression de mentir, de participer à une grande farce, et il s'attendait à tout instant à ce que sa grand-mère lui arrache la lettre en riant : « Ah, ah ! Je t'ai bien eu ? Tu as vraiment cru que tu pouvais être accepté à Poudlard, Neville ? » Pourtant, lorsque sa mère lui arracha la lettre qu'il tenait toujours des mains, lui tendant à la place un papier de bonbon, Neville crut discerner un sourire sur son visage. Sa grand-mère mettait toujours fin à la visite quand le papier de bonbon arrivait, et elle arracha la lettre et le papier :
« Alice, ma chérie, ce n'est pas pour toi. C'est très gentil d'offrir un cadeau à ton fils. » Elle avait le ton doux et aimant, qui contrasta fortement avec la suite, quand elle se retourna vers Neville : « Jette donc ça, tu ne vas pas garder des déchets… »
Neville fourra le papier dans sa poche, sourit à sa mère et lança un regard vers son père. Frank ne quittait jamais son lit, il regardait toujours le plafond sans une émotion, semblait-il, mais pour une fois, il eut un très léger mouvement de main, et Neville Londubat attrapa la main de son père avant de partir. Il resta quelques secondes là, à espérer de tout son cœur que ses parents retrouveraient soudainement la mémoire, et l'accompagneraient sur le parvis de la gare, lui faisant de grand signe alors qu'il montait dans le train. Il sentait le sourire de sa mère dans son dos – même s'il n'était plus sûr qu'elle soit réellement en train de sourire – et il sentait la poigne de son père sur sa main – même s'il était le seul des deux à serrer la main, en réalité. Augusta s'impatienta et tira Neville vers l'extérieur.
Mais ce soir-là, dans son lit avec un crapaud désormais nommé Trevor sur le ventre, Neville se rendit soudainement compte, qu'il y croyait enfin : il irait à Poudlard, et un jour, ses parents pourraient être sur le quai, à lui faire au revoir de la main, et il leur sourirait et leur ferait au revoir en retour. Neville Londubat s'endormit heureux, et dans son rêve ses deux parents l'accompagnaient jusqu'au château, et c'était eux qui lui apprenaient à voler sur un balais, et à métamorphose un vase en corbeau, c'était eux qui lui apprenaient à faire voler une plume, et les différentes époques de l'Histoire du monde magique mais surtout, c'était eux qui étaient présents, et il pouvait les prendre dans ses bras, et les entendre lui parlait et sa mère souriait et son père lui tenait la main, et il était heureux.
POV : Drago Malefoy
Drago Malefoy se trouvait désormais dans le salon du manoir Malefoy, deux lettres à la main. Contrairement à ceux que vous pourriez attendre d'une telle situation, Drago ne revenait pas de l'avant du jardin où aurait pu se trouver une boîte en métal servant à récupérer les fameux bouts de papier à la place, il venait de redescendre de la volière où il était monté voir le hibou familial. Il ne s'attendait pas à se retrouver, là-haut, attaqué par deux hiboux qui souhaitaient à tout prix être, chacun, le premier à remettre la correspondance dont on les avait chargée. Finalement, les deux lettres se ressemblaient beaucoup – si on portait abstraction au fait que l'une était rédigée en anglais, et l'autre dans une encre magique qui choisissait automatiquement une langue slave comprise par le lecteur dans le cas de Drago, du bulgare, donc. Mais les deux lettres statuaient qu'il disposait d'une inscription dans leur école respective – Poudlard pour l'une et Durmstrang pour l'autre – et Drago Malefoy avait beau avoir déjà surpris son père débattant avec sa mère pour l'envoyer à Durmstrang et « non chez ce vieux schnouk de Dumbledore », il n'avait jamais pensé qu'il avait pu réellement le faire. Et le voilà désormais, avec une condamnation à l'exil dans une main – parce qu'il savait que son père voudrait absolument qu'il aille là-bas.
Une lettre dans chaque main, il s'était attendu à trouver ses deux parents dans le salon, mais il n'y avait personne. Drago Malefoy s'assit sur le canapé et attendit. S'il n'y avait pas la possibilité que son père arrive d'une minute à l'autre, peut-être se serait-il permis de pleurer : il n'avait aucune envie d'aller à Durmstrang. Il avait entendu les arguments de son père, comme quoi Directeur Karkaroff était un ancien ami à lui dans « la même situation » avait-il répété si souvent. Et même si Drago n'avait jamais eu le droit de savoir quelle était cette situation, il savait que cela rassurait son père – mais il avait fini par comprendre que cela terrifiait sa mère. Derrière son masque absolument parfait, Drago avait aperçu des fêlures à chaque fois que son père prononçait cet argument. Il s'était caché tant de fois derrière cette porte pour les entendre débattre. Ses parents avaient toujours mis un point d'honneur à le faire en toute discrétion, et sûrement pensaient-ils que Drago Malefoy n'était au courant de rien mais il ne pouvait se retirer de l'esprit la vision de sa mère suppliant Lucius Malefoy de ne pas envoyer son fils si loin, et si près des griffes du Lord – sans que Drago n'est jamais réussi à savoir qui était cet homme il avait tout de même une intuition que la situation y était peut-être liée, au vu de comment les deux mots étaient toujours prononcés.
Il y a bien des raisons, surtout quand on se place du point de vue d'un Malefoy, de préférer Durmstrang à Poudlard, sans même avoir à citer leur directeur respectif – d'ailleurs, si vous vous mon avis, l'un et l'autre sont tout autant incompétent à la protection des élèves et vous feriez bien mieux d'envoyer vos enfants à Beauxbâtons, mais cela, si vous êtes sensés, vous le savez sûrement déjà. Ainsi donc, il pourrait être fait une petite liste d'avantages pour Durmstrang, que Drago connaissait désormais bien : une véritable politique de protection contre les nés-moldus, un bien meilleur curriculum en magie de combat – notamment parce que le professeur ne changeant pas tous les ans, avait consenti Narcissa – des cours de langues étrangères et d'influence linguistique sur les sorts et incantation.
Durmstrang avait un assez mauvais niveau en potion – c'était sûrement le seul point du curriculum où Poudlard était meilleur – avançait toujours Narcissa et Lucius de répondre qu'elle avait bien assez appris à leur fils pour que ce ne soit pas un argument. Durmstrang était meilleur en tout point : pas d'étudiants blessés ou morts chaque année, pas de risque d'harcèlement pour leur fils – ce point-là était le plus obscur de tous pour Drago : qui donc oserait, ne serait-ce qu'essayer d'harceler l'héritier de, n'oubliez pas de prendre un ton snob, s'il vous plaît, la grande maison Malefoy ? – un respect de la religion primaire, alors que ce genre de chose se perdait en Grande-Bretagne… Et pourtant, pourtant, il était bien incapable de se retirer les suppliques de sa mère : « Ne l'envoie pas chez Karkaroff, n'envoie pas notre seul fils encore vivant là-bas, il reviendra et il ne lui pardonnera pas, et Drago n'y sera jamais en sécurité. »
Revenons-en donc à Drago Malefoy, qui était assis sur un canapé, immobile et droit, le dos à quelques centimètres du dossier, et les pieds de quelques centimètres dans le vide – il était encore trop petit pour toucher le sol dans cette position et il détestait cela. Il attendait pourtant, sans bouger le moins du monde, que Lucius et Narcissa Malefoy se présentent. Il n'avait pas hâte. Il voulait aller à Poudlard, poursuivre l'héritage de sa famille en mettant les pieds dans la salle commune des Serpentard et en gagnant la Coupe chaque année, même si cela voulait dire dormir dans des cachots – il méritait mieux que des cachots, très certainement, mais la tour Est qui si longtemps avait accueilli les dortoirs des Serpentards en son rez-de-chaussée avec brûlée il y a des années, et on pouvait être sûr que Albus Dumbledore, directeur de Poudlard, serait le dernier à bouger son petit doigt pour la faire reconstruire. Drago Malefoy avait déjà lu l'Histoire de Poudlard trois fois, la première fois avec l'édition appartenant à sa mère, et depuis, deux fois la Nouvelle Edition Augmentée, qu'il avait reçu pour le solstice d'hiver dernier. Il voulait faire partie de l'équipe de Quidditch et porter la coupe à bout de bras, il s'était tant entrainé à voler à la poursuite du vif d'or dans le jardin du Manoir… Mais sur son visage, il ne laissait rien paraitre de ses rêves éveillés il ne laissait rien paraitre de ses espoirs, et il ne laisserait rien paraitre quand il déchirerait la lettre de Poudlard pour plaire à son père. Il savait bien qu'on ne discutait pas les ordres de Lucius Malefoy, on acquiesçait et on les acceptait : son père savait ce qui était de mieux pour la famille – combien de fois lui avait-on répété cela ? – et il se devait de toujours faire ce qu'il y avait de mieux pour la famille. Toujours paraitre sûr, fier, et parfait, car les Malefoy sont sûrs, fiers, et parfaits, un Malefoy ne se trompent jamais.
Quand Lucius Malefoy entra dans la pièce, on aurait pu s'attendre à ce que notre cher Drago Malefoy se leva calmement pour tendre la lettre d'acceptance à Durmstrang à son père, en disant qu'il serait heureux d'y aller. A la place, il sauta sur ses pieds et hurla qu'il voulait aller à Poudlard avant même de s'en rendre compte. Le temps que l'information monte à son cerveau et qu'il se rende compte de la chose, il avait déjà une trace rouge et pulsante sur la joue. Il releva une main pour masser la joue en question, tout en baissant la tête :
« Je suis désolé, père.
- Je ne peux pas tolérer ce genre de comportements, Drago, et tu le sais très bien. »
Il le savait très bien, en effet : il n'était en rien bien vu d'ordonner au commun des mortels ainsi, et encore moins à son père. Et s'il voulait obtenir une chose, il se devait de demander poliment et d'amener son interlocuteur à ne pouvoir refuser. Il connaissait la leçon, et surtout il savait que ce genre de comportement était exactement le genre de comportement qui renvoyait une mauvaise image de la famille Malefoy, cette image que son père mettait tant d'efforts à réparer chaque jour, comme il disait si bien. Drago Malefoy n'avait pas le droit ne serait-ce que de fissurer cette image, il le savait, et il se devait de tout faire pour la montrer aussi parfaite qu'elle ne l'était :
« J'irais à Durmstrang si c'est votre choix, père.
- Il n'ira pas à Durmstrang, Lucius. Je t'ai déjà dit que je le refuserais et je t'avais interdit d'envoyer cette lettre d'inscription. » Sa mère était entrée dans la pièce à la suite et avait parlé d'une vois dure et sûre. Drago Malefoy aurait voulu s'accrocher à elle en cette instant, et ne plus jamais la lâcher pour être sûr que son père ne l'enverrait jamais si loin. Il n'aurait jamais voulu le reconnaitre – même à lui-même – mais il était effrayé.
Lucius Malfoy avait arraché des mains de son fils les deux lettres, les parcourant désormais des yeux, même s'il paraissait évident à Drago que son père en connaissait déjà le contenu, d'autant plus après la dispute qui venait d'avoir lieu, cachée, en parallèle de la réalité. Il se passa plusieurs minutes, sans que personne n'osa parler, et Drago attendait, car il savait que ce moment très précis déterminerait l'entièreté de son futur, il pouvait le sentir au travers du masque de son père, ce masque que même lui avait dû mal à déchiffrer…
« Albus Dumbledore est le pire directeur que Poudlard n'est jamais connu. » Lucius rompit le silence.
« Et la seule personne qu'il craint, Lucius, tu le sais bien.
- Tu parles comme si nous n'étions pas de son côté Narcissa…
- Le simple fait que nous soyons ici à avoir cette discussion est suffisant pour qu'il nous considère l'inverse. »
Drago ne pouvait pas vraiment dire qu'il comprenait la discussion. Il y a bien des choses qu'un enfant de onze ans ne peut connaitre : les sensations de courir dans les jardins de Poudlard après avoir terminé de passer ses ASPICS par exemple et même si Drago ne connaissait point cela, ce n'était pas le sujet qui inquiétait sa mère, en l'instant. Pensez plutôt guerre, dans le cas présent. Bien sûr, l'horreur du monde, fait que certains enfants de onze ans connaissent cela, mais dans le cas de Drago Malefoy, il avait tout juste un an quand la majeure partie de l'Histoire se refermait. Il n'ignorait pas que son père avait toujours été du côté de la défense de la pureté du sang, et qu'il le serait à jamais car tel était le Bien, lui avait-on déjà dit plus d'une fois, mais il y avait bien des sujets qui n'étaient jamais discutés en sa présence. De même que bien des parents décident de ne pas parler de leurs implications du côté perdant d'une guerre à leurs enfants quand en vient la leçon sur la fierté de leur sang, Lucius n'avait jamais réellement expliqué les tenants et aboutissants dans lesquels Drago vivait avec grand risque, en conséquence seule des choix de ses parents. Il est parfois compliqué de réellement aborder des sujets traumatiques, et il vaut parfois mieux pour les lecteurs restaient dans la même ignorance que Drago Malefoy en cet instant, et c'est pourquoi, je vous en conjure, abandonnez donc cette lecture.
« Père… » Drago tenta timidement. Il était bien peu sûr de lui en cet instant, mais qui avait-il d'autres comme solutions ? « Je vous promets de vous rendre fier. Je continuerais l'héritage de la famille en allant à Serpentard, à Durmstrang je serais obligé de le briser. Et je vous promets d'être toujours le meilleur. »
Son père le regardait fixement, et Drago sentait que l'amour qu'il lui portait gagnait : « Tu n'auras qu'une seule chance à Poudlard, Drago, toute la population britannique connait le nom Malefoy, et ils n'attendront que ta chute. Durmstrang serait plus sûr, avec moins de pression. » Il avait tout annoncé sur le ton neutre d'un fait, et Drago y acquiesça : il comprenait parfaitement que Poudlard serait rempli de traitres à leur sang qui n'attendraient que de le voir tomber, mais peut-être y trouverait-il l'héritage de son frère, et cela valait la peine de prendre le risque.
Chapitre 4 déjà tout près pour mercredi prochain, et enfin, on rencontre l'extraordinaire Lavande (oui, oui, ici on a pris la décision consciente de l'apprécier, parce que c'est un personnage sous-coté, pas détestable, y'a eu une erreur d'étiquetage dans le fandom...)
Du coup, à mercredi prochain ! Bonne semaine !
