Salut à tous ! Désolé pour le retard pour poster ce chapitre, grosse journée hier, j'ai pas eu le temps… Mais c'est un long chapitre en échange !


POV : Drago Malefoy

Les étés ont cela de magique, qu'on ne se rend rarement compte que la moitié en est déjà passé. Drago Malefoy avait une assez mauvaise notion de la durée d'un été – cela faisait des années qu'il n'avait plus quitté le manoir Malefoy que pour rendre visite à quelques membres de la famille plus ou moins proche et, dans de très rare cas, accompagner son père ou sa mère à un rendez-vous ou une course. L'elfe de maison s'occupait le plus souvent de garder un œil sur lui, quand ce n'était pas directement son précepteur. Il détestait cet homme, d'ailleurs : il avait toujours refusé de parler le moindre mot qui ne soit pas du bulgare – bien qu'il parlât couramment anglais avec ses deux parents – obligeant Drago à apprendre la langue de la manière forte. Quand ses parents l'avaient retiré de l'école religieuse où il était allé jusqu'à ses six ans, il s'était soudain retrouvé avec un sorcier strict et rude au lieu de tous ses amis, alors qu'il commençait tout juste à accepter l'absence de son frère dans le manoir, et Drago n'avait pu que le haïr.

Ainsi, Drago Malefoy connaissait Vincent Crabbe, même s'il ne l'avait pas vu depuis plusieurs années maintenant. Il n'avait pas vu grand enfant de son âge depuis plusieurs années, n'ayant pas réellement de cousins ou cousines – son père était fils uniquement, et du côté de sa mère, on ne pouvait pas vraiment dire que le devoir de descendance avait été respecté avec empressement. D'après son père, il était dangereux pour la famille que le ministère les voit encore en compagnie d'anciens. D'anciens, quoi, c'était un certain mystère. Drago Malefoy avait conscience que son père avait fait partie d'une organisation, avant sa naissance, un groupe politique en faveur des sorciers, et il savait aussi que la guerre avait failli faire tout perdre à la famille. Il savait que son âme, et les âmes qui courraient le long des branches de sa famille même, étaient de vieilles âmes qu'il fallait protéger. Il savait que la magie était un cadeau qu'il avait gagné bien des vies avant celle-ci, et qu'à moins de tuer son âme, ce cadeau lui appartenait, à lui et à ses descendants.

Ce n'était jamais le précepteur qui lui expliquait cela, toujours son père : son père qui s'était battu pour la garantie que leurs âmes passeraient et que la magie continuerait à grandir, et qui continuait tous les jours à la faire, même si désormais il devait jouer avec le ministère qui n'était pas du même point de vue. Drago Malefoy n'avait jamais vraiment compris comment on pouvait ne pas vouloir se battre pour la protection de leurs âmes, de la magie. Il y avait eu une augmentation des naissances de cracmol, il y a une vingtaine d'années, lui avait-on dit des sorciers et sorcières sans âmes, où la magie ne pouvait plus s'accrocher. Il avait bien écouté, il avait compris pensait-il. Il y avait dans le royaume d'en bas, des moldus qui refusaient de mourir et qui tuaient une âme pour récupérer sa magie – seule la magie est immortelle. Et ses âmes neuves, salies de la destruction étaient accueillies en ce monde – comme si un sang-de-bourbe pouvait avoir le moindre talent magique, pensa Drago, répétant ainsi les idées de son père.

Drago Malefoy était donc de retour dans un temple désormais illégal pour la première fois depuis des années. Si vous vous êtes déjà retrouvé, dans un lieu de votre enfance, après qu'on vous l'ait brutalement – sûrement même, cruellement – arraché en l'instant où vous l'aimiez tant, peut-être pouvez comprendre que Drago ait été excité à l'idée d'y revenir. Néanmoins, le temple n'était plus que l'ombre de lui-même, ruines parmi la lande brûlée. Sa mère lui avait expliqué que tous les temples de la religion primaire avaient été détruit par le ministère à la suite de la guerre, il connaissait l'histoire : la religion primaire avait été déclarée dangereuse et meurtrière, interdite alors qu'elle était déjà en déclin. Beaucoup de sorciers s'étaient perdus au fil des générations, oubliant de remercier la magie, et pour certains, remerciant des dieux moldus… Drago était fier de la vieillesse de son âme, et du haut de ses petits onze ans, il ne comprenait pas vraiment qu'on puisse ne pas l'être… Mais il ne s'attendait pas à trouver ses souvenirs ainsi piétinés : il n'arrivait pas même à superposer l'image qu'il avait eu en tête quelques minutes plus tôt encore, à celle qui se déroulait désormais devant ses yeux. Il s'était toujours promis de tout faire pour lui permettre de revenir et de retrouver son frère – même s'il savait que ce ne serait plus eux, qu'ils seraient des personnes différentes – mais sur l'instant, son orgueil flancha. Il trouvait néanmoins du réconfort à savoir qu'une part de son frère était encore là, quelque part. Souvent, il suppliait la magie de protéger l'âme qui avait habité son frère et parfois, il faisait des cauchemars horribles où l'âme en question était détruite, séparé de son immortalité magique par un esprit qui ne voulait plus être relégué au rang de conscience. Il pleurait toujours, à son réveil, dans ses moments-là. Même si, mille fois, on lui avait dit qu'un Malefoy ne pleure.

Drago Malefoy tenait en main sa lettre de Poudlard, trois autres enfants autour de lui tenant la même lettre. Il s'approcha de Vincent qui discutait avec l'un des deux enfants, restant dans leur coin. Ils avaient l'air d'argumenter sur le meilleur des Serpentard – même si Drago s'avait intimement que ce serait lui. Le deuxième garçon semblait être un Goyle – il avait les mêmes cheveux bruns, et grands yeux très ouverts, réhaussés d'un sourcil fort et dur tout aussi brun que les cheveux, le même nez ni fin, ni large, que son père : Goyle Senior venait parfois à la maison, accompagnant M Crabbe qui avait toujours à discuter avec Lucius Malefoy. Goyle Junior n'avait aucune chance, même si son âme était vieille, elle n'était pas parfaite : sa famille avait plus d'une fois failli dans leur foi, et il y avait quelques moldus dans leur rang, même s'ils étaient assez loin pour ne plus vraiment interférer. Vincent Crabbe, quant à lui, était connu pour avoir terrifié ses parents en imitant un cracmol pendant sept années à l'époque où Drago venait encore aux cours du temple, il n'avait jamais vu Vincent exprimer la moindre once de magie, et il était même surpris que celui-ci ait la lettre de Poudlard entre les mains. Drago ne l'avait jamais beaucoup aimé. Il n'y avait d'ailleurs pas grand signe des anciens amis de Drago, et il décida de paraitre poli en s'approchant de la seule fille de leur petit groupe de quatre : Lisa Turpin souffla dans son coin. Elle ne se mélangeait jamais aux vielles familles pures qui venaient, Drago l'avait vite compris en se présentant. Il ne l'avait jamais vu auparavant, mais il n'était pas venu bien longtemps. Il ne savait pas vraiment, d'ailleurs, pourquoi ses parents avaient décidé qu'il revienne pour les séances préparatoires à Poudlard, quoi que cela puisse bien être.

Un vieux sorcier entra dans la salle, il ne ressemblait en rien à l'ancien sorcier que Drago avait connu quand il avait appris à gérer ses sottes de magie, ainsi que la lecture et les fondements de la religion primaire :

« Vous êtes donc quatre à entrer Poudlard cette année. C'est bien peu par rapport à mon enfance… Mais c'est plus que l'an dernier… » Il posa son regard son Drago Malefoy « Je vois que la fille Malefoy est revenue, aurait-elle peur ?

- Le fils. » Drago avait parlé sans même réfléchir, et le vieux sorcier le fusilla du regard :

« Ici, on ne parle pas s'en y être invité, gamin, tes parents ont fui pour une position au Ministère, et jamais tu ne serais dans ses rangs s'il n'en tenait qu'à moi. Mais Misapinoa Greengrass a argumenté en votre faveur, disant que Lucius avait protégé le lieu depuis. » Il fit une pause, semblant mentalement cracher sur la certaine Misapinoa Greengrass comme il avait semblé le faire en prononçant le nom de son père. « Bien, asseyez-vous donc, est-ce que certains ont des demandes particulières ? Des difficultés que vos parents ou professeurs vous ont conseillé de renforcer une dernière fois ? »

Il parla pendant une bonne heure des différentes maisons de Poudlard, des bases de l'Histoire de la Magie ou des sortilèges qu'ils allaient commencer par apprendre. L'ambiance était décontractée et il était déjà onze heures bien passées quand le vieux sorcier les laissa enfin sortir. Ils avaient fini la session en récitant le mythe originel, et Drago Malefoy savait ce qu'il signifiait : le Ciel avait donné existence à tout ce qu'il y avait de vivant en ce monde et il en tirait le droit d'être un juge sévère et injuste. Mais pour les sorciers, tant qu'ils protégeraient la Magie, la Terre et l'Aube les protégeraient eux, en retour.

Drago Malefoy avait récité avec encore plus dévouement que tous les autres : il ne pouvait pas laisser croire qu'il valait moins qu'eux. Il n'était pas venu car il devait protéger sa famille, et protéger sa famille était la chose la plus importante que la religion lui avait apprise : il n'y avait pas meilleur moyen de protéger la Magie.

Personne ne reste jamais très longtemps dans un temple illégal – il y a toujours les risques de se faire découvrir ou que le bâtiment s'effondre. Et puis, l'année scolaire approchait désormais dangereusement. Et, sûrement avez-vous connu cela aussi, cela signifiait qu'il allait falloir se procurer certaines fournitures scolaires pour notre jeune Drago Malefoy. Ainsi donc, il se trouvait désormais sur le chemin de Traverse, en compagnie de ses deux parents, presque comme cinq ans auparavant : il y avait un grand trou à leur côté, pensa Drago, comme si on avait arraché un pan entier d'air. Il détestait se trouver dans des lieux où il sentait si fortement le manque de son frère – il n'était pas revenu ici depuis août 1986. Comment était-il sensé se tenir droit et fier, quand il sentait qu'il manquait tout un pan de sa vie. Il détestait la Terre, d'avoir rappelé son frère si tôt.

Lucius Malefoy était pressé, c'est qu'il avait à faire au ministère, et après avoir quitté la banque Gringotts, il laissa une dizaine de galions dans la main de son fils. Narcissa Malefoy se trouvait peu loin, achetant le réassort d'ingrédients qu'il lui fallait mais Drago se retrouva là, seul, la tête haute et le regard arrogant comme on lui avait appris. Il savait que son père avait parlé, mais il n'avait pas écouté. Il finit par se mettre en mouvement, et entra dans la boutique la plus proche « Madame Guipure, prêt-à-porter pour mages et sorciers ».

En cinq années, les choses peuvent bien changer. Parfois, vous vous réveillez un matin et vous découvrez que la boulangerie où vous aviez vos habitudes enfants, et désormais un garage automobile, impossible d'y acheter votre petit-déjeuner, à moins que l'huile de moteur vous paraissez appétissante. Bien sûr, il vous faudrait décider d'arrêter votre lecture ici, et vous intéressez au bâtiment qui vous fait face pour vous en rendre compte. Faites donc attention à cette tasse en papier, êtes-vous bien sûr que c'est un cappuccino que vous avez commandé ? Les garagistes automobiles vendent rarement des cappuccinos à moins, bien sûr, que la façade ne soit qu'un leurre qui cache en réalité une boulangerie illégale dont l'accès est réservé à la société secrète dont vous faites partis. Drago n'était pas exactement dans ce cas. Bien évidemment, on pourrait être tenté de comparer, mais en réalité l'enseigne était bien réelle et bien la même qu'il y a cinq ans. Mais le coup de frais qu'elle avait reçu, la rendait suffisamment méconnaissable à notre jeune protagoniste.

Drago Malefoy entra donc seul dans la boutique, un peu intimidé, mais n'en laissant rien paraitre.

« C'est pour Poudlard, mon petit ? » demanda celle qui semblait être Madame Guipure, habillée tout de mauve et d'un grand sourire. Drago n'eut pas le temps de répondre, que déjà il se sentait pousser vers le fond du magasin, où elle le fit gripper sur un tabouret puis appela une collègue qui avait l'air bien moins commode. Drago ne dit rien, se tint droit, et se laissa passer une robe de sorcier noir. Quand la porte se rouvrit, il se pencha légèrement, pensant que sa mère, Narcissa Malefoy, l'avait rejoint mais c'était un jeune garçon aux cheveux noirs très mal coiffés qui semblait avoir son âge. Drago le jugea de loin : il laissait bien plus paraître que lui-même son appréhension mais il semblait tout de même respectable. Et puis, ses cheveux avaient des reflets plutôt agréables, en réalité… Un sort de coiffage leur ferrait sûrement du bien, pourquoi donc ses parents l'avait-il laissé sortir ainsi ? Aucun adulte ne l'accompagnait, et Drago eu soudain l'impression que c'était une chance que sa mère ne soit pas encore arrivée : si les autres sorciers faisaient seuls leurs courses de rentrée, sûrement se devait-il de le faire aussi ?

Quand le garçon en question s'installa sur un deuxième tabouret, Drago décida d'entamer la discussion – peut-être pourrait-il se faire un ami avant Poudlard.

« Salut. Toi aussi tu vas à Poudlard ? » Drago laissait trainer légèrement sa voix, essayant d'imiter son père au mieux.

« Oui.

- Mon père est en train de m'acheter mes livres dans le magasin d'à côté, » mentit Drago – il ne voulait pas paraitre abandonner non plus, « et ma mère est allée me chercher une baguette magique à l'autre bout de la rue. » Drago n'avait, d'ailleurs, vraiment pas hâte de devoir entrer dans la boutique d'Ollivander, c'était l'un des souvenirs les plus vivides qu'il avait gardé de son frère, et en disant cela, il espérait réellement que sa mère voudrait bien y aller pour lui. « Ensuite, je compte les emmener faire un tour du côté des balais de course. Je ne vois pas pourquoi les élèves de première année n'auraient pas le droit d'avoir leur propre balai. » C'était un sujet assez consensuel pensa-t-il. Consensuel, signifiant qui met tout le monde d'accord et dans notre cas présent, Drago pensait surtout que le jeune garçon à ses côtés qu'il n'avait pas encore reconnu comme le grand Harry Potter, pourrait relancer la conversation sur le Quidditch. L'équipe de Bulgarie avait eu une saison assez moyenne et celle d'Angleterre encore plus, alors Drago ne s'attendais pas forcément à des cris d'enthousiasme mais sûrement pourraient-ils discuter des derniers résultats de l'équipe d'Irlande. Drago, comme vous le savez sûrement déjà, avait tort. Et alors qu'il mettait tout en place pour donner une bonne première impression, il était en réalité en train de cimenter une haine. Il est souvent plus simple de rater de premier coup que de réussir tout court.

« J'arriverais bien à convaincre mon père de m'en acheter un et je m'arrangerai pour le faire passer en douce au collège. Et toi, tu as un balai ?

- Non.

- Tu joues au Quidditch ?

- Non. » Le garçon aux cheveux mal coiffés n'était franchement pas bavard, commença à penser Drago. Pourtant, la politesse voulait qu'on tienne la conversation. Mais d'un autre côté, il avait des yeux verts comme Drago n'en avait jamais vu. Il reconnaissait aisément qu'il n'avait jamais réellement eu l'occasion de regarder en détail les yeux de beaucoup d'autres personnes – et il ne connaissait globalement la couleur que de ceux de ses parents, ce qui, en soit, est déjà un petit exploit. Posez-vous donc la question, mais connaissez-vous vraiment la couleur des yeux de vos parents ? Que se passerait-il s'ils oubliaient un matin de mettre les lentilles colorées qu'ils portent chaque jour pour vous faire croire que vous êtes bien leur enfant, et qu'ils ne vous ont pas kidnappés quelques mois après votre naissance, lors du schisme de cette fameuse société secrète qui vous fournit en cappuccinos ? Vous devriez être plus prudent…

En tout cas, Drago pensa qu'il fallait donner encore une chance au deuxième garçon, et décida de tenter une question ouverte, qui l'obligerait peut-être à répondre par un peu plus de mots… Drago espérait encore vraiment s'en faire un ami – il avait sûrement dû faire bonne impression jusque-là, pensait-il, et la peau tannée du garçon mettait vraiment en valeur ses yeux…

« Moi, oui. » Ce n'était qu'une omission : il jouait seul, dans son jardin, mais il jouait tout de même, non ? « Mon père dit que ce serait un scandale si je n'étais pas sélectionné dans l'équipe. Tu sais dans quelle maison tu seras ?

- Aucune idée.

- En fait, on ne peut pas vraiment savoir avant d'être sûr place. Mais moi, je suis sûr d'aller à Serpentard, toute ma famille y a toujours été. Tu t'imagines, se retrouver à Poufsouffle ? Je préférerais m'en aller tout de suite. »

L'autre garçon marmonna. Et Drago commençait à sentir qu'il allait le perdre – mais il ne voulait pas le perdre ! Il voulait rester avec lui, peut-être le présenter à sa mère, elle serait fier qu'il se soit fait un ami, et puis, ils iraient faire la suite de leurs courses ensemble, et il pourrait encore un peu regarder ses yeux… Il cherchait à faire encore discussion, considérant un peu toute la boutique, et son regard tomba sur un homme immense qui se tenait dans la vitrine, deux glaces à la main. Il le désigna du menton :

« Oh, dis donc, regarde un peu ce bonhomme !

- C'est Hagrid. Il travaille à Poudlard

- Ah oui, j'en ai entendu parler. C'est une sorte de domestique, non ? » Drago avait voulu paraitre gentil, mais il s'avait que ses parents détestaient Hagrid. Le nom était presque tabou au manoir : Drago savait aussi, qu'il était responsable de la mort de son frère, et il ne pouvait que le détester. Il n'avait pas voulu savoir que c'était cet homme, il ne voulait pas le savoir. Il ne voulait pas le croiser – il avait espéré qu'il pourrait ne jamais apprendre qui était Hagrid, et voilà que désormais il était devant la devanture. Drago commença à se sentir mal, il essaya de se concentrer sur sa respiration, de la ralentir, et d'ignorer les émotions qui remontaient, manger ses émotions, arrêter de ressentir… Soudainement, il n'avait plus envie d'être ami avec l'autre garçon, il voulait juste retrouver ses parents, savoir qu'il était en sécurité. Il ne voulait plus aller à Poudlard, il voulait juste rentrer au manoir, savoir qu'il était en sécurité.

« Il est garde-chasse.

- C'est ça. On m'a dit que c'était une espèce de sauvage. Il habite dans une cabane, dans le parc de Poudlard, et il se soûle de temps en temps. Quand il est ivre, il essaye de faire des tours de magie et finit toujours par mettre le feu à son lit. » Les mots étaient sortis tout seul, comme un bouclier et une épée pour se défendre face à la panique.

- Moi, je le trouve très intelligent. »

Drago comprit qu'il avait blesser l'autre garçon. Il le voyait dans ses yeux verts – il ne maitrisait vraiment pas aussi bien ses émotions que lui-même, visiblement… Mais Drago s'avait qu'il ne pouvait plus faire marche arrière, et il ne savait plus vraiment comment gérer les vagues de panique qui toquaient pour sortir. Alors, il mordit. Enfin, pas littéralement, Drago ne se jeta pas sur le célèbre Harry Potter pour le mordre à sang et le défigurer encore plus qu'on ne le connait déjà. Non, figurativement : il répondit ce qui allait blesser, tout en restant parfaitement politiquement correct. Passif agressif, il savait y faire :

« Vraiment ? ricana-t-il. Qu'est-ce qu'il fait avec toi ? Où sont tes parents ? » Sur le moment, bien sûr que Drago ne savait pas que c'était la dernière question qui était le plus à risque de faire mal… Il avait voulu mordre avec la première, jamais avec les suivantes.

- Ils sont morts.

- Oh, désolé. » Drago était réellement désolé, il ne pouvait pas imaginer perdre ses parents… Mais il était aussi incapable de faire franchir son masque à quelconque émotion, il savait que s'il ouvrait une porte, il s'effondrerait. Et ce n'était pas digne d'un Malefoy. Alors, il releva encore un peu la tête : « Mais, ils étaient de notre monde, non ? » S'ils étaient sorciers, le garçon pourrait retrouver leurs âmes un jour, comme lui retrouverai celle de son frère. Il voulait le réconforter en lui rappelant qu'ils n'étaient plus là mais quand même encore quelque part…

- Ils étaient sorciers, si c'est ça que tu veux dire. »

Drago essaya de lui sourire timidement, mais il y avait bien peu de chance que l'autre garçon puisse s'en rendre compte. Il était bien trop tard désormais, vous le savez sûrement déjà, le grand Harry Potter haïssait déjà notre jeune Drago Malefoy. Mais Drago avait encore un peu espoir :

« A mon avis, Poudlard devrait leur être exclusivement réservé. Ceux qui viennent d'autres familles ne sont pas comme nous, ils n'ont pas eu la même éducation. Certains d'entre eux n'avaient même jamais entendu parler de Poudlard avant de recevoir leur lettre, tu te rends compte ? Je pense que l'école ne devrait accepter que les enfants de vieilles familles de sorciers. » C'étaient les idées de son père, Drago en avait conscience, mais sa mère lui avait expliqué pourquoi son père disaient toujours sa : si on aide les sangs-de-bourbe à se renforcer, alors, à leur retour au Royaume des Jumeaux, elles aideront plus facilement d'autres consciences à détruire des âmes. En disant cela, ce que Drago voulait réellement dire, était plus de l'acabit d'un espoir qu'il puisse revoir les âmes de ses parents, et une promesse de ne pas aider des consciences à les détruire avant. « Au fait, comment tu t'appelles ? »

Mais le garçon ne répondit pas. Il descendit du tabouret et allait sûrement abandonner Drago. Dans une ultime tentative de prouver qu'il était un ami, il lui lança :

« Nous nous reverrons à Poudlard. »

L'ourlet de Drago était lui aussi terminé. Il fallut un petit coup de baguette supplémentaire pour le sécuriser, et le rapporter sur les deux autres robes qu'il avait pris, puis Drago sauta de son tabouret à son tour. Il sorti de sa poche quatre gallions et récupéra les cinq mornilles de change avant de quitter la boutique – vous noterez que contrairement au célèbre Harry Potter, Drago Malefoy avait réglé ses robes, comme tout citoyen modèle, et pourtant, c'est encore Harry Potter, le voleur de robe, que la société entière considère comme le héros et sauveur de l'humanité… Qu'il commence par payer ses robes, s'il vous plaît ! Narcissa Malefoy récupéra le sac de son fils, vérifiant d'un coup d'œil les robes, avant de l'emmener vers la boutique suivante : elle lui avait déjà pris les ingrédients de base pour potions en même temps que son réassort, il restait donc à se fournir les livres, une baguette, et racheter un peu de parchemin et d'encre. Concernant le chaudron et le matériel à potion, Drago avait reçu un kit tout neuf pour son anniversaire quelques mois plus tôt.

Malefoy mère et fils entrèrent donc dans la librairie, et Drago eu le réflexe de tout de même chercher du regard le garçon de la boutique de robe, mais ses cheveux mal coiffés n'étaient nulle part en vue. Il demanda tout de même confirmation à sa mère, qu'elle ne le voyait pas elle non plus. Elle eut un petit sourire doux pour son fils, il n'avait pas arrêté de parler de ce garçon depuis qu'elle l'avait retrouvé, et elle savait que c'était une bonne chose que son fils se rapproche d'enfants qui n'avaient aucun lien avec les Mangemorts. Après toutes ses années de mariage, elle ne se remettait toujours pas que Lucius est pris la marque pour demander sa main à ses parents, même si, après la fuite de sa sœur et son mariage à un Sang-de-bourbe, il n'y avait aucune autre chance pour elle d'éviter le mariage arrangé. Elle savait qu'il l'avait fait pour elle, et même si, au premier abord le mage noir semblait partager leurs idées, Narcissa Malefoy était suffisamment futé pour savoir qu'il n'en était rien. Le Seigneur des Ténèbres voulait le pouvoir, et la vengeance elle voulait la protection des âmes de sa famille et la survie de la Magie. Elle n'était pas en faveur de l'assassinat de moldus – au mieux c'était inutile, au pire, cela augmentait le nombre de conscience dans le Royaume des Jumeaux – et elle ne voulait pas particulièrement que son fils grandisse pour devenir un assassin. Elle aurait voulu voir ses deux enfants grandir et devenir des sorciers respectés, peut-être travaillant au ministère comme leur père, ou se passionnant pour les potions, comme elle. Bien sûr, Narcissa Malefoy ne laissait rien paraitre de tout cela sur son visage, alors qu'elle récupérait la pile de livres que son fils devait emmener à Poudlard.

Il était désormais temps, pour Drago Malefoy, de prendre la direction de la boutique de Garrick Ollivander. Mais il semblait impossible à Drago Malefoy de s'en approchait plus : ils étaient à moins d'une dizaine de mètres de l'entrée de la boutique, et Drago Malefoy était figé, ne pouvant se sortir de l'esprit son frère. Il voyait, en boucle, ce dernier entrer en riant, pendant que lui essayait d'obtenir l'attention de sa mère pour lui montrer à quel point il avait bien retenu les ingrédients de potions. Il voyait, en boucle, ce dernier balancer négligemment la main pour mettre à sac la boutique avec sa peut-être future baguette, pendant que lui le regardait jalousement. Drago Malefoy ne pouvait pas avancer. Aussi fort essayait-il de se forcer, de manger ses émotions, il ne pouvait pas : il avait envie de tomber là, d'hurler, de pleurer toutes les larmes qu'on lui avait interdit de verser. Mais du haut de ses onze ans, le petit Drago Malefoy savait qu'il n'avait pas le droit – jamais il ne serait pardonné de mettre le nom Malefoy en pâture ainsi en public. Il savait que son père ne se contenterait pas de le gifler à la seconde où la Gazette des sorciers en ferait son gros titre – ou même juste une légère allusion entre deux articles sur l'évolution du cours des chaudrons d'or de Nouvelle-Zélande. Alors Drago Malefoy restait là, incapable de s'approcher plus, incapable de faire le moindre geste, terrifié.

Il essayait tant bien que mal de maîtriser sa respiration – il savait, là aussi, qu'il n'avait pas le droit de la laisser s'accélérait, pas en public, pas ici. Il savait qu'il était en train de se donner en spectacle, il sentait les regards moqueurs qui remettaient en doute sa capacité à être l'héritier Malefoy, il sentait l'ombre de son père qui hurlait déjà qu'il allait devoir passer des semaines à réparer l'image que son fils avait abîmé avec tant de plaisir, n'est-ce pas ? Drago Malefoy ne prenait aucun plaisir à abimer ainsi l'image de sa famille, il savait à quel point il était important de toujours paraître parfaitement sûr de soi, et à quel point le monde sorcier ne leur ferait jamais de cadeau. A onze à peine, il savait déjà qu'il n'était pas le sauveur du monde sorcier, qu'il ne serait jamais aimé comme lui, mais qu'il serait au contraire toujours détesté par plus d'un pour ce qu'il représentait. Il savait que ses parents n'avaient pas été du côté des vainqueurs de la guerre, et que même si la justice avait prouvé qu'ils n'étaient pas du côté des mauvais, il n'en restait pas moins qu'il fallait renouveler toutes les mois un sort protectif sur le manoir pour éviter les dégradations. Et il savait très bien que son image devait être parfaite, pour faire croire que tout cela ne l'atteignait pas, ne l'atteindrait jamais. Il savait à quel point cette image était tout pour son père, et pourtant, il était là, incapable d'avancer plus, incapable d'entendre ce que Narcissa Malefoy tentait de lui dire – car il venait de se rendre compte qu'elle parlait :

« Drago. Drago. Drago !

- Je… »

Même répondre était devenu trop. Drago avait en boucle ses larmes et la claque de son père, et il avait beau essayer de toutes ses forces d'envoyer ses souvenirs loin, il avait l'impression de ne plus rien contrôler. Il essayait à tout prix de se concentrer sur sa respiration – 1 2 3 Inspire Expirer – mais il sentait que même cela lui échapper et il s'enfonça les ongles de son poing droit aussi profondément que possible dans le bras gauche pour se rappeler à la réalité, arrêter de penser.

« Drago, arrête ! » Narcissa Malefoy ne pouvait qu'être inquiète, elle attrapa la main de son fils et s'agenouilla pour le regarder dans les yeux – ou plutôt, dans les paupières closes. « Drago, mon chéri, on va rentrer, ça va aller, on reviendra plus tard pour la baguette, ce n'est pas grave, il reste encore un mois dans le pire des cas. »

Mais Drago Malefoy hochait la tête de gauche à droite, exprimant son non. Il ne voulait pas revenir, là, tout de suite, il ne voulait plus de baguette, il ne voulait pas aller à Poudlard. Il voulait que tout s'arrête et continuer à vivre enfermer dans le manoir Malefoy comme il l'avait fait pour les cinq années passées. Il ne voulait pas affronter le monde extérieur sans son frère, et encore moins quand le monde extérieur lui rappelait bruyamment que son frère n'était plus là. Il voulait rentrer et enfin pleurer son frère, avec ses parents, et non en cachette. Il voulait que sa mère le prenne dans les bras et lui promette que tout aller bien se passer. Il ne voulait plus avoir à s'inquiéter pour le nom Malefoy. Là, tout de suite, il n'était pas fier d'être un sang pur et il aurait tout donner pour être quelqu'un d'autre, quelqu'un qui aurait eu le droit de tomber, de hurler, de pleurer même un moldu.

Pourtant, quand Narcissa Malefoy se releva, lui lâcha une main et commença à marcher dans la direction opposée à la petite boutique de baguette, Drago la suivit. Il mâcha lentement et avec difficulté ses émotions, les avalant une à une. Il les enferma dans une boîte, au fond de son estomac, espérant que le suc gastrique ne la rouvrirait plus jamais. Il suivi sa mère jusqu'au bureau de correspondance, où ils prirent une cheminette pour rentrer.

Drago Malefoy n'avait pas hâte que son père rentre ce soir. Il avait fini ses bagages seul, sa mère avait à faire et l'elfe de maison, Dobby, appartenait à son père et était réservé aux tâches que son père avait à lui donner. Néanmoins, Dobby était venu le voir pendant un court instant, et Drago avait considéré sa présence comme rassurante : il savait que l'elfe était la seule personne qui ne le jugerait pas pour ne pas avoir de baguette.

Il était désormais assis à table dans le bureau de sa mère, avec Narcissa Malefoy qui lui mesurait le bras et la tête en même temps qu'elle ne surveillait son chaudron. Drago Malefoy avait un prospectus en bulgare de la boutique de Mykew Gregorovitch, et il sentait la déception que sa mère cachait derrière son masque à elle :

« Aux vues de tes mesures, il faudrait partir sur vingt-quatre ou vingt-cinq centimètres, Drago. Mais sincèrement, tu ne préfèrerais pas aller en essayer une chez Ollivander ? Il te faudrait de l'aubépine, mais je ne suis même pas sûre que Gregorovitch en face… Et puis, c'est la baguette qui doit choisir le sorcier, tu le sais bien Drago… »

Drago Malefoy n'osait répondre. Il laissait sa mère lui faire la morale, tout en regardant le prospectus. Il s'était arrêtait sur une baguette en aubépine de vingt-cinq centimètres avec un cœur en crin de licorne. Cette baguette lui parlait, alors que toutes les autres n'avaient paru que de pâles photos, celle-ci l'appeler, il le savait. Il découpa prudemment la bon de commande, et sorti les six gallions et cinq mornilles qu'il lui restait de ses courses. Il manquait deux gallions et sept mornilles, plus les cinq noises de frais de transport.

« Mère, » Drago n'osait pas parler trop fort de peur de la déranger – Narcissa était repartie vers son chaudron. « Je crois que j'ai trouvé : corps d'aubépine, cœur en crin de licorne, vingt-cinq centimètres, relativement souple. Pour huit gallions et douze mornilles. Elle… elle me parle, je crois.

- Prend l'argent dans l'entrée et utilise le Grand-Duc, il est plus adapté pour les longues distances. » Son ton était froid. Drago n'aimait pas quand le ton de sa mère était froid : cela voulait dire qu'il l'avait soit blesser, soit énervée, soit déçue, souvent les trois à la fois, et qu'elle tenait à ce qu'il le sache.

Drago Malefoy se leva tout de même de son tabouret, et quitta le plus discrètement possible le bureau de sa mère. Il attacha le bon de commande et la bourse contenant l'argent au hibou et lui caressa un peu les plumes avant de le regarder partir. Il aimait bien ce hibou, il avait une certaine majesté mais il se laissait toujours caresser facilement. Drago Malefoy aurait bien aimé l'emmener à Poudlard avec lui, mais après ce qui c'était passé cette après-midi, il savait bien que son père n'accepterait jamais. Peut-être pourrait-il emmener le hibou Petit-Duc, mais celui-ci n'avait jamais eu l'air d'apprécier beaucoup Drago et ce dernier ne comptait plus le nombre de foi qu'il s'était fait mordre en essayant d'accrocher du courrier. Drago resta dans la volière même après que le hibou Grand-Duc ne soit plus observable. Il ne savait pas vraiment quoi faire maintenant, et il se surpris à prier l'Aube que sa rentrée se passe bien. Il avait désormais conscience que le garçon qu'il avait rencontré plus tôt le détestait – il n'aurait su dire ce qui l'avait fait prendre conscience de ce fait – et qu'il avait beau avoir de magnifiques yeux, il ne serait sûrement jamais son ami. Drago Malefoy s'assit dans la volière et se laissa pleurer – se promettant tout de même de sécher tout ça et de changer de robe avant que son père n'arrivât.


J'espère que vous avez tout de même apprécier la lecture, même si on est jeudi au lieu de mercredi, et la semaine prochaine, direction Poudlard !