Salut à tous !

Bon, j'ai un peu trainé avec celui-là, mais un poil trop occupé dans la vie réelle – trois mois et demi de dégât des eaux, j'en peups – et en plus, le chapitre 12 me fait vraiment, vraiment galérer, j'aime pas du tout ce que j'ai écrit… Bon, il reste encore une partie du chapitre 9 et trois pour le 10 (mais j'ai un soucis avec le 10 parce qu'il manque un morceau, je sais pas où il est parti…) le chapitre 11 est en une seule partie, il est pas du tout dans la même vibe que le reste de la fanfic mais je l'adore donc bon, voilà, la vie.

Bref, bonne lecture !


Si vous faisiez, à l'instant, quelques tours avec votre retourneur de temps, trois devraient suffire, vous pourriez repartir en catimini vers notre point de départ, là où, en suivant Neville, nous avions laissé tous les autres enfants.

« Vous avez vu sa tête, à ce mollasson ? » Drago Malefoy avait sûrement haussé la voix plus que nécessaire. Mais il était tellement plus simple de rabaisser celui qui venait de rater, que de prendre le risque d'être celui qui rate. Toujours prouver, toujours rappeler, qu'on est meilleur que les autres, n'est-ce pas ?

« Tais-toi, Malefoy. » Parvati Patil s'était dangereusement approché de Drago Malefoy, et Lavande Brown eu bien peur qu'elle lui offre son poing dans la figure – et pourtant, elle savait que Parvati n'était pas violente.

Drago Malefoy entendit les ricanements de Vincent Crabbe et Gregory Goyle, derrière lui, les ricanements sur lui, n'est-ce pas ? Les ricanements discrets, pas de ceux que les deux loustics utilisaient quand il s'agissait de énième Gryffondor, et Drago Malefoy ressentit la panique remonter. Il détestait quand la panique remontait, il s'agissait de toujours garder les émotions embouteillées au plus profond de son estomac, de ne surtout pas les laisser sortir, et qu'allait penser son père, s'il apprenait que son fils s'était laissé ridiculiser à son premier cours de balai ? Il était Drago Malefoy, il savait monter sur un balai depuis aussi petit qu'il pouvait se souvenir, et il avait essayé de supporter les remarques injustes de la Professeure – il n'était pas idiot, son balai était cassé, et il faisait au mieux pour corriger le problème, il n'était pas idiot ! – et la remarque, à laquelle il était trop tard pour répondre désormais, et les ricanements, tout était trop. Il aurait voulu fuir, fondre en larmes et recommencer sa vie à zéro, mais il ne pouvait pas.

Il n'entendit pas Pansy, il ne se rendit pas compte qu'il lui coupa presque la parole quand il aperçut le Rapeltout de Neville, dans un coin de son œil :

« Regardez ! » Qu'allait-il en faire ? Il n'en savait rien, mais l'objet était toujours aussi beau, et il aurait bien voulu le garder. Il méritait bien plus un tel objet que l'idiot qui l'avait reçu : « C'est ce truc idiot que sa grand-mère lui a envoyé.

- Donne-moi ça, Malefoy. » La voix forte, sûre de lui, de Harry Potter, encore toujours Harry Potter qui avait besoin de passer pour le héros de la situation, qui avait besoin de croire qu'il était meilleur que tous les autres, parce qu'il était vu comme le héros. Sur l'instant, Drago ne pouvait pas penser à ses magnifiques yeux verts, ou à ses cheveux qui s'emmêlaient toujours de façon si énervante, non, il voulait juste le réduire à néant, prouver ultimement qu'il valait tellement mieux que tous les autres, lui, pas Harry. Lui, sang pur, lui, Malefoy, lui, éduqué et déterminé, et surtout, lui, qui respectait les traditions et ne se mêlait pas aux traitres et sang-de-bourbes.

« Je vais le laisser quelque part pour que ce pauvre Neville puisse le retrouver. Au sommet d'un arbre par exemple. » Bien sûr que c'était un défi. A onze ans, tous les enfants passent leur vie à défier leurs amis, et sûrement avez-vous déjà fait de même, dans une course à qui sera le premier hors de la salle de classe, hors de la cours, hors de la ville, de l'espace et du temps, qui sera le premier à atteindre, enfin, l'exo-univers, l'extérieur ultime… Dans tous les cas, concernant notre jeune Drago Malefoy, il était désormais sur son balai, celui-là même qui était cassé, et il était prêt à faire sa petite démonstration. Même à onze ans, il savait évaluer les risques, et il savait bien que le célèbre Harry Potter n'avait aucune raison d'être capable de monter un balai il était censé n'avoir aucune connaissance.

« Donne ça ! avait-il crié.

- Si tu y tiens tellement, viens le chercher, Potter. » Drago Malefoy avait mis toute la haine qu'il contenait contre le monde en cet instant, dans ce nom. Il avait terriblement besoin d'être meilleur que les autres, de rendre son père fier, et il ne voulait plus, ne pouvait plus, déjà, supporter toute la pression de l'instant. Voler était reposant, voler était un terrain sûr, même quand c'était un terrain de défi. Voler avait été une alternative à pleurer depuis quelques années maintenant, et finalement, même si Drago ne vous l'avouerait jamais, surement était-ce pour ça qu'il était si bon en vol, alors qu'il n'avait, à priori, aucun talent particulier pour cela.

Drago Malefoy était donc, désormais, dans les airs, en bas, il y avait une agitation des autres élèves, mais il était là, sur son balai à lancer le Rapeltout d'une main, le rattrapant toujours de justesse. Bien sûr, c'était une invitation au défi, et sûrement que si Professeur Bibine était revenue en cet instant, Drago l'aurait regretté. Mais il ne pensait pas à tout cela : pour une rare fois, il se sentait bien et réellement sûr de lui. Si Vincent s'amusait à conter l'histoire, son père aurait plus à être fier que de raison pour une gifle, et, de plus, la panique était repartie s'enfermer dans sa bouteille. En bonus, le Rapeltout dans sa main, plein d'une harmonieuse fumée blanche, produisait une douce chaleur typique des magies anciennes. C'était agréable d'être là, dans les airs, avec un objet de magie ancienne pour lui-même et Drago avait finalement oublié le monde alentour. Il était seul, désormais, n'est-ce pas ? Il était seul, et il pouvait enfin relâcher tous les fils qui tenaient ses masques, ses milles et un masque, parce qu'un seul ne suffisait plus depuis déjà longtemps, depuis… il ne voulait pas y penser.

L'apparition d'Harry Potter face à lui n'était pas prévu. Absolument pas prévu. C'était une claque de l'univers, un rappel qu'au moindre relâchement, il devenait misérable et indigne du monde… L'apparition était, peut-être même, terrifiante pour notre jeune Drago : il avait eu toutes les raisons de croire que jamais, au grand jamais, Harry Potter ne pourrait l'atteindre, ici, dans les airs, dans son monde à lui. Il avait espéré, que sur ce terrain au moins, tous puissent reconnaitre sa supériorité, parce qu'il était un Malefoy, et qu'il aurait dû être LE numéro un de Poudlard, et pas un quelconque Potter, sang-mêlé, et sortant d'une famille depuis longtemps quelconque, sans même parler de ses héritages moldues, de la propension de sa famille à accepter une magie volée de la propension de sa famille à accepter la destruction d'une âme, d'une véritable âme.

« Donne-moi ça, ou je te fais tomber de ton balai !

- Vraiment ? » Drago avait récupéré ses masques comme il le pouvait, il avait replacé l'une après l'autre toutes les ficelles qui le maintenait droit et fier, et il avait mis tout le mépris qu'il pouvait trouver dans sa voix : vraiment ? cette vermine pensait pouvoir le faire tomber, lui, de son balai ? S'il y avait une chose dont Drago était sûr, c'est que personne ne le ferait jamais tomber – il ne le permettrait jamais, il ne pouvait pas le permettre. Tomber était impossible.

Harry Potter fondait déjà sur Drago Malefoy – il n'avait pas perdu de temps mais d'un astucieux mouvement de balai, Drago esquiva. Son balai émit un léger craquement, juste assez pour ne pas être rassurant, et Drago tenta à son tour d'attaquer son adversaire. En bas, il était difficile de savoir qui applaudissaient et pour qui. Au premier abord, vous seriez peut-être tenté de croire que tous applaudissaient le célèbre et célébré Harry Potter, mais ne soyez pas stupides. Bien sûr, c'est ce que l'on vous a appris, ou du moins, ce que l'on vous a appris à croire, que seul le célèbre Harry Potter méritait des applaudissements, mais il aurait été stupide de croire qu'une dizaine de Serpentards, qui ne connaissaient de Poudlard que les insultes et les crachats – que des rouges et or, en priorité sur tous les autres leur avaient offerts – en dehors d'eux-mêmes, iraient applaudir leurs bourreaux. Théodore Nott, n'applaudissaient d'ailleurs pas. Il avait mieux à faire, et sûrement que si les rôles avaient été échangés, Drago n'aurait pas applaudit non plus. Mais Vincent Crabbe et Gregory Goyle applaudissaient, bien sûr, ce qui ne pouvait de toutes façons pas compter comme des encouragements du point de vue de Drago. Pansy Parkinson, Millicent Bulstrode étaient de meilleures supportères.

« Alors, Malefoy ! Crabbe et Goyle ne sont plus là pour te sauver la mise ? » Sûrement que Harry Potter avait parlé sur un ton de défi, mais Drago Malefoy aurait adoré que Vincent Crabbe et Gregory Goyle ne soient plus là. Il avait prié, certaines nuits, prié l'Aube, prié la Terre, et même, parfois, en désespoir, prié le Ciel, qu'ils ne soient plus là à son levé, et qu'il n'ait plus à subir les lettres de son père qui lui reprochaient de ne pas avoir conter tel ou tel événement, de ne pas avoir suffisamment fait honneur au nom Malefoy et cela faisait péniblement un mois qu'il était au loin de sa famille, et cela faisait déjà trop de jours et de remarques de son père.

Le balai craqua une nouvelle fois – sortant Drago de ses pensées. Il devait redescendre avant de rejoindre l'idiot de Neville Londubat dans son sort. Jamais son père ne lui pardonnerai de salir ainsi le nom des Malefoy, et il n'arrivait pas à imaginer que quelqu'un est permis à l'héritier Londubat de salir ainsi celui de sa famille : c'était à croire qu'il ne faisait aucun effort ! Il n'était pourtant pas bien difficile de manger chaque émotion remontant à la surface, d'embouteiller chaque sentiment, de retourner six fois chaque pensée et de ne rien laisser passer au-delà d'un masque bien réalisé, n'est-ce pas ?

« Attrape, si tu en es capable ! »

Il avait crié avec dédain, essayant encore un peu de sauver la face, lancé avec tout la force que son petit bras d'enfant de onze ans permettait, avant de redescendre dans un élégant piqué vers le sol. Le balai fini de craquer quand il posa le pied à terre, lui offrant deux morceaux de bois inutilisable, et un cœur abimé et définitivement incapable de permettre un nouveau vol. Drago s'attendait à des acclamations, des bravos de la foule. Il aurait voulu être le héros du moment : il avait prouvé qu'il savait voler, et ce même avec un balai dans un état indigne de son fessier… Son piqué avait été extraordinairement bien géré, de son propre avis, et pourtant, tous semblaient subjugués par Potter, là-haut – Harry Potter, qui aux yeux de Drago ne méritait pas même qu'on lui offre plus de deux syllabes pleines de dédain : pourquoi fallait-il toujours que Potter soit meilleur partout ? Pourquoi fallait-il qu'un sang mêlé, avec une sang-de -bourbe comme mère, et une éducation moldue soit plus acclamé que lui ? A qui donc sa mère avait-elle volé sa magie ? Cela le dégoutait, de penser qu'une âme prometteuse avait été détruite, séparée de sa magie, condamnée au Royaume des Jumeaux, pour permettre à un sang-mêlé irrespectueux d'exister.

Drago Malefoy refusait de regarder en direction du célèbre Harry Potter. Il était revenu à sa place, se tenant droit et fier, et lançant le balai cassé dans les herbes hautes qui entouraient sa zone d'atterrissage. Il se dirigeait vers Théodore Nott, même s'il n'attendait pas grande reconnaissant de sa part – Théodore Nott ayant même parfois tendance à se comporter comme supérieur, il ne l'était pas : d'un point de vue strictement généalogique, les deux enfants étaient des sangs purs sacrés. Dans tous les cas, Drago n'eut pas le temps de rejoindre son camarade Serpentard qu'il vu apparaitre, quelques secondes avant ses hurlements, la responsable des Gryffondors. Et quand elle hurla, il eût soudainement espoir que le prétentieux célèbre Harry Potter ne soit plus jamais une épine dans son pied à lui :

« HARRY POTTER ! Jamais depuis que je suis à Poudlard… »

Professeure McGonagall hurlait, s'époumonait, en courant dans l'espace de vol, rejoignant le célèbre Harry Potter, et Drago ne pouvait s'empêcher de sourire : au moins, lui, il avait eu le bon goût de ne pas se faire prendre, et ce ne serait pas lui qui serait renvoyé de Poudlard, d'ici quelques heures. Il avait le sentiment, que pour une fois, s'il se débrouillait bien dans sa lettre, son père serait fier de lui. Il n'y avait aucune raison pour que les deux loustics aient remarqué le balai cassé, et dans tous les cas, même cela pouvait être une bonne chose à raconter à son père : bien sûr, celui-ci serait énervé contre l'école, et finalement, peut-être même qu'il aurait la capacité d'obliger l'établissement à racheter des balais convenables ? Après tout, Drago n'avait pas envie de prendre le risque de chuter à chaque cours à cause du mauvais état du matériel fourni par l'école.

« Comment avez-vous pu oser… ? Vous auriez pu vous rompre le cou…

- Ce n'est pas sa faute, professeure, c'est Malefoy qui…

- Taisez-vous Weasley. Venez avec moi, Potter. »

Pendant quelques secondes, Drago avait retenu son souffle, sentant la panique sur le point de toquer à l'entrée de son masque, voyant tout son plan faiblir : qu'aurait-il dû attendre de plus d'un traitre à son sang ? Mais la Professeure McGonagall avait finalement coupé cours aux blablatations du rouquin, et Drago n'avait pu s'empêcher de sourire à la victoire – après tout, ce genre de réaction faisait partie du panel de son père.

Il était difficile de croire que la Professeure Bibine n'avait pas croisé la Professeure McGonagall et Harry Potter tant elle arriva à peine quelques secondes après leur disparition de la vue des élèves. Le calme n'était pas revenu – tout le monde allait de son pronostic quand ce qui allait arriver au célèbre Harry Potter et Drago n'était pas en reste, il faut dire qu'il était plutôt fier de lui – mais il ne fallut que quelques secondes pour l'obtenir à la Professeure Bibine.

« Reprenez vos places, le cours n'est pas encore terminé. Récupérez vos balais, enfourchez-les et préparez-vous à frapper du pied à mon silence – et pas avant cette fois-ci ! »

La Professeure se comporta comme si aucun élève n'était absent, comme si en rien le cours n'avait été interrompue et la suite de l'après-midi se déroula sans incident. Drago Malefoy avait réussi à discrètement récupérer le balai de Potter – et il fallait reconnaitre que ce balai était en bien meilleur état. Drago le trouva même terriblement simple à utiliser, et il tenta d'outre-passer un peu les règles pour monter un petit mètre plus haut que ses camarades, sans se faire voir de la Professeure.

La suite du cours, en réalité, est une liste très ennuyeuse d'exercices consistants à s'envoler de quelques mètres avant de revenir au sol, de réaliser un petit vol stationnaire de quelques secondes, ou encore, pour les plus téméraires et les plus à l'aise sur un balai – ce qui, finalement, constituait la grande majorité des élèves ce jour – de faire un demi-tour avant de revenir au sol. La Professeure Bibine leur fit réaliser les exercices plusieurs dizaines de fois, et je pourrais, bien sûr, prendre ici la peine de vous les raconter en détails pour vous faire fuir et vous inciter à laisser cet ouvrage se perdre dans les tréfonds de vos listes de lectures, mais pour ma propre sanité, je préfère aujourd'hui vous conjurer seulement d'arrêter votre lecture ici et de retourner à des ouvrages plus éducatifs et plus joyeux. Faites donc attention à votre propre bien-être, aujourd'hui.

Si vous insistez pour continuer, nous voici revenu au même point. Au même point où Neville Londubat courrait dans les couloirs, son poignet guéri, pendant que vous tourniez de quelques tours votre retourneur de temps. Nous voici revenu au même point, au point où Drago Malefoy parcourait des couloirs différents, mais dans le même but, l'air sûr et fier. Lavande Brown, si vous vous posez des questions quant à où elle en était, marchait d'un pas énergique avec Parvati Patil, dans les mêmes couloirs qu'empruntaient Drago, mais en étant bien moins silencieuse : finalement, elle était drôlement fière de sa meilleure amie qui aurait peut-être dû lui mettre un poing, à ce petit prétentieux ! Bien sûr, Parvati niait en bloc avoir voulu frapper un camarade.

Dans tous les cas, tous nos jeunes premières années se dirigeaient vers la Grande Salle pour leur diner. Il était dans les environs de dix-huit heures, et les estomacs criaient presque famine, surtout après plusieurs heures de cours de vol sur balai.

Drago Malefoy fut le premier de notre petite troupe de protagoniste à entrer la salle du dîner. Celui-ci était déjà servi, plus frugal que tous les grands festins si souvent décrits, même si le mot frugal, dans le cas précis, ne désignait absolument pas un repas sobre, avec des plats simples et un environnement austère, tout au contraire en réalité. Les élèves disposaient d'une dizaine de plats différents qui se reremplissaient au fur et à mesure que certains se servaient, et Drago avait beau arrivé bien après la plupart des plus grands Serpentards, il restait largement de quoi se sustenter.

Drago s'installa à table, passant ses jambes au-dessus du banc, et obligeant Pansy Parkinson et Millicent Bulstrode à lui faire une place. Il avait conscience que les deux filles n'étaient pas les meilleures fréquentations que son père aurait voulu – Théodore Nott serait sûrement parfait, mais malgré un mois d'efforts, les deux garçons échangeaient à peine un bonjour chaque matin – mais cela permettait de reléguer les deux loustics Vincent Crabbe et Gregory Goyle un peu plus loin. Les deux s'installèrent surtout en face de Drago, Gemma ayant laissé sa place en souhaitant un bon repas au petit groupe de premières années, et Drago n'aurait pu rêver meilleur panorama – ne lésinez pas, ici, sur l'ironie dégoulinante dans votre voix, s'il vous plait.

« Toujours pas au régime !? »

Trois garçons habillés de rouge et or venaient de pousser Millicent dans son assiette. Et Pansy s'était jetée debout, comme si elle s'apprêtait à les dévorer à mains nues, sans même laisser à quiconque le temps de réagir :

« C'est ta connerie qu'il faudrait mettre au régime.

- Et tu es ? »

Ricanements, des ricanements toujours, toujours. Drago s'était levé aussi, parce qu'il ne pouvait laisser sa maison se faire insulter :

« Malfoy, Drago Malefoy.

- Il croit que son nom fait peur, le petit. »

L'un des garçons avait lancé une pichenette sur le nez de Drago pendant que les deux autres s'éloignaient déjà en riant, et Drago aurait pu mourir sur place. Il était immobile en plein centre de la Grande Salle, lui semblait-il. Immobile avec un immense panneau annonçant « idiot du jour » au-dessus de son visage, et il ne savait plus comment se rassoir, et il ne savait plus comment respirer, et il ne savait plus comment exister. Il sentait les deux joues qui pulsent, qui pulsent plus forts encore, et les larmes qui frappent le masque pour sortir et il aurait voulu tomber au sol et se rouler en boule et hurler et pleurer jusqu'à ce que le monde se termine mais il savait mieux. Il savait mieux, et il savait surtout qu'il ne pouvait pas faire tout ça, qu'il ne pouvait pas salir le nom Malefoy encore plus qu'il venait de le faire ce soir, qu'il ne pouvait plus…

Pansy Parkinson avait parlé, mais qu'avait-elle dit ? Rien ne remontait plus la cochlée de Drago, mais rien ne remontait plus aucun organe des sens en réalité, se couper du monde était la seule solution que Drago connaissait pour ne pas complètement détruire son nom quand la panique refusait de tenir dans sa bouteille, refusait de se laisser tranquillement digérer par les sucs gastriques de son estomac. Pansy avait aussi attrapé le bras de son ami, et le tirer gentiment de nouveau vers le banc. Millicent Bulstrode semblait s'inquiéter, pas que Drago puisse s'en rendre compte en l'instant, à vrai dire. Assis, il fallut encore plusieurs grandes inspirations et grandes expirations à Drago avant qu'il puisse en revenir au contenu de son assiette. Face à lui, les deux loustics étaient en train de grassement rire, et Drago ne pouvait s'empêcher de penser que c'était de lui – il avait fait honte à sa famille, il en avait bien conscience, et il avait déjà mis l'événement dans le compte des réprimandes qu'il se prendrait de son père aux prochaines vacances : parfois, il se demandait si les vacances seraient suffisamment longues pour que ses joues ne pulsent plus à son retour à Poudlard ? Il se détestait d'être incapable de faire honneur à son nom, à son héritage, à l'héritage Malefoy.

« Potter est de retour. » Théodore Nott avait annoncé la nouvelle comme un fait divers, sans la moindre émotion, en même temps qu'il prenait place à côté de Vincent Crabbe et Drago se retourna pour vérifier l'information. On aurait dit que le célèbre Potter se vantait à la table des Gryffondors, entourait d'une armée de traitres à leur sang rouquins.

Drago repoussa son assiette et se releva : il n'avait rien manger. Il se dirigea d'un pas déterminé et d'un port de tête aussi fier et arrogant qu'il le pouvait vers la table des rouges et ors – parfois, on a vraiment l'impression que les pâtes alla puttanesca n'auront plus jamais besoin d'être passées au micro-onde.

« Alors, c'est ton dernier repas, Potter ? » pouvait-il mettre plus de dédain dans ses mots ? Il essayait d'imiter son père au mieux, rattraper un peu les minutes plus tôt : « Quand est-ce que tu retournes chez les Moldus ?

- Tu faisais moins le fier quand tu n'avais pas tes petits copains avec toi. »

Drago se rendit soudainement compte que les deux loustics l'avaient suivi. Tant mieux, ils pourraient raconter à quel point il avait brillé en cet instant :

« Je te défis quand tu veux. Cette nuit si ça te convient. Duel de sorciers. Baguettes magiques uniquement, pas de contact physique. » Drago vu le visage du célèbre Harry Potter se défaire – il avait gagné, pensait-il : « qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne sais pas ce que c'est un duel de sorciers ?

- Bien sûr que si, » c'était le traitre de Weasmoche qui avait répondu, le célèbre Harry Potter semblait toujours défait, pour le plus grand plaisir de Drago. « Et je veux bien être son second. Et toi, qui tu prends comme second ? »

Drago se retourna vers les deux loustics derrières lui : qu'avait-il d'autre comme choix ?

« Crabbe. A minuit, d'accord ? On se retrouve dans la salle des trophées, elle n'est jamais fermée. »

Et il reparti, fier de sa victoire : vu le visage du célèbre Harry Potter, jamais il ne viendrait cette nuit.

Neville Londubat avait entendu l'affrontement depuis son coin de table. Face à lui, Lavande Brown et Parvati Patil étaient pleine discussion sur le dernier numéro de Mini-Witch Magazine, et de comment elles allaient faire pour entre la tour des Serdaigles – visiblement, les plans avaient changé depuis ce matin, et Neville se demandait comment diantre il avait même pu retenir les plans des deux filles qui tentaient si dur depuis la rentrée d'être ses amies.

Lavande avait profité du repas pour commencer à vernir l'une des mains de Neville avec le petit pot de vernis « extrait de Lumos » qu'elle avait reçu en cadeau avec son magazine. Il était désormais en train de secouer sa main en suivant les conseils des deux filles pour faire sécher au plus vite la sorte de peinture. D'ailleurs, secouer ainsi sa main, lui fit se rendre compte à quel point le traitement de Madame Pomfresh avait été efficace : il n'avait absolument plus mal au poignet ! De son autre main, il essayait de finir au plus vite son dessert. En face, les deux filles avaient rangé le magazine et l'attendaient pour quitter la Grande Salle.

Drago Malefoy n'avait quitté la Grande Salle que depuis quelques minutes quand les trois amis se levèrent. Neville avait toujours le vernis pas complètement sec sur une main, mais les trois doigts de Lavande sur lesquels elle avait testé la couleur avant, semblaient indiquer qu'il pourrait bientôt récupérer l'usage de son organe préhenseur, désormais d'un rose lumineux.

Neville, Lavande et Parvati quittèrent donc la Grande Salle presque à la suite du Serpentard (et ses deux loustics comme il les appelaient désormais) et se dirigèrent vers les étages. En montant les marches, les deux filles discutaient encore des prévisions pour la soirée, et Neville se fit la remarque qu'il aurait bien voulu participer. Pas tant qu'il avait envie de savoir « Quelle amie es-tu ? » exactement, mais, il n'avait pas vraiment hâte de rejoindre son dortoir où il allait encore se retrouver seul face à ses devoirs. Et ici, vous vous dites peut-être que je viens de faire une erreur en écrivant ses mots : ai-je donc oublié quelques paragraphes plus tôt, la proposition de cet autre élève ? Moi non, mais Neville oui, malheureusement. Et dans tous les cas, dix-huit heures trente était bien passé désormais.

Les trois enfants, donc, montaient les marches en direction du premier étage où se séparaient les accès à la tour nord et celle ouest, et arrivée en haut de l'escalier, Lavande s'arrêta pour prendre le temps de souhaiter bonne nuit à Neville. Les deux filles n'avaient pas prévu de revenir à leur dortoir cette nuit, elles n'avaient pas envie d'être vu dans les couloirs après le couvre-feu et faire perdre des points à Gryffondor. Lavande prit Neville dans ses bras, qui ne s'y attendait pas vraiment : il était surpris de recevoir un câlin, ce n'était pas quelque chose dont il avait l'habitude. En ce moment, ce qui retenait le plus Neville de demander s'il pouvait s'ajouter à la soirée filles de ses amies – en plus, bien sûr, de sa peur de déranger, car il savait bien qu'il dérangeait toujours, qu'il était une épine dans un pied, incapable de plus – était de savoir que, dans tous les cas, le dortoir ne le laisserait pas entrer. Et il se voyait mal imposer une soirée dans une salle commune qui n'était même pas la sienne. Même, il ne se voyait pas imposer sa présence, tout court : elles seraient plus heureuses sans lui sa grand-mère lui avait déjà dit, qu'on était plus heureux sans lui.

Ainsi, Neville Londubat se retrouva seul à mettre le pied sur les premières marches d'un escalier en direction des étages supérieurs et de son dortoir à lui. L'escalier était stable depuis plusieurs minutes, et Neville en parcourut plus de la moitié avant de s'autoriser espérer pour une fois ne pas avoir à faire mille détours et se perdre mille fois sur son chemin. Mais quand il posa le pied sur la pénultième marche, l'escalier s'ébroua soudainement, et sans même lui laisser le temps de sauter sur la plateforme – comme s'il aurait pu avoir le courage de le faire, pensa-t-il pour lui-même, défaitiste – parti brusquement vers la direction la plus opposé que le château permettait. Neville se tient fermement à la rambarde, il était seul sur l'escalier, mais deux élèves en cravates jaunes et noires attendaient au coin d'un arrêt dans l'espoir peut-être de pouvoir redescendre l'escalier. Celui-ci s'arrêta juste devant eux, et Neville s'assit sur une marche, déterminé à attendre le prochain mouvement d'escalier qui le ramènerait vers son dortoir : il n'avait aucune idée d'où menait le couloir auquel il faisait face actuellement, et il n'avait pas osé déranger les deux autres étudiants en plein discussion sur l'utilisation des boules de cristal.

Neville finit par sortir ses parchemins et commencer ses devoirs sur les marches d'escalier. Le bas de l'escalier avait bougé depuis, ne lui permettant pas de revenir à son point de départ, et le haut restait immuablement immobile. Il s'était bien passé une bonne heure désormais, et Neville avait l'impression que jamais il ne retrouverait son dortoir : il s'était perdu, une fois de plus, parce que c'était la seule chose à laquelle il était bon, et il n'avait même plus son Rapeltout puisque, lui aussi, il l'avait perdu. En une heure, il avait eu le temps de chercher toutes ses poches, et de renverser l'entièreté de son sac, et de n'en vouloir qu'à lui-même : pourquoi était-il incapable d'utiliser sa mémoire pour une fois !

« Je reviendrais. » C'était tout ce que sa mémoire voulait bien faire résonner sur le moment, et Neville en avait marre. Non, elle ne reviendrait pas, n'est-ce pas ? Elle ne reviendrait pas, et désormais, il était dans les couloirs à errer en pleurant. Elle ne reviendrait pas, et même si elle revenait, qu'est-ce qu'il aurait fait, lui, pour la rendre fière : rien. Sa mère aurait honte de lui, tout comme sa grand-mère, n'est-ce pas ?

C'est dans la rage d'un gamin de onze ans, qui se déteste d'être incapable de rendre ses parents fiers, d'être incapable de rendre la vie de sa grand-mère supportable, qu'il croisa le Moine Gras. Le fantôme des Poufsouffles semblait errer sans véritable but dans le château, et il s'arrêta auprès de Neville Londubat. Il ne dit rien pendant plusieurs minutes, apportant seulement une présence réconfortante :

« Votre dortoir est au bout du couloir, jeune homme, voulez-vous de la compagnie ? »

Neville hocha la tête en acquiescement, tout en essayant de sécher ses larmes. Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, mais on devait désormais approcher de l'heure de couvre-feu car il ne croisa aucune autre âme malgré la longueur du couloir jusqu'au portrait de la Grosse Dame. Il n'osa pas parler de tout le trajet, il ne savait pas quoi dire au fantôme et il le dérangeait sûrement déjà suffisamment ainsi.

Quand ils arrivèrent en vue de la Grosse Dame, Neville voulu remercier le fantôme, mais il se rendit soudainement compte que celui-ci disparaissait déjà au travers d'un mur avec un dernier signe de main qu'il rendit. Mais face au portrait qui cachait l'entrée de sa salle commune, Neville se rendit soudainement compte qu'il n'avait aucune idée du mot de passe du moment. Il regarda la Grosse Dame avec cet air perdu qu'il lui avait si souvent déjà donné :

« Encore un oubli de mot de passe, Neville ? » La Grosse Dame avait le même ton doux et bienveillant qu'elle prenait toujours avec Neville. Elle n'avait jamais appris à connaitre un élève de Gryffondor aussi rapidement que celui-ci, mais il avait passé tant de temps à attendre face à elle…

« Oui. » Neville était un peu honteux, de son côté : « il a était changé cette semaine…

- D'autres élèves ne sont pas encore rentrés, tu n'as qu'à attendre quelques minutes.

- Lavande et Parvati ne vont pas rentrer. » Il savait que la Grosse Dame ne répétait jamais les secrets des élèves. A vrai dire, peu savait à quel point la Grosse Dame était bonne confidente, mais Neville avait déjà trop de conversations avec elle pour l'ignorer.

« Les jumeaux Weasley sont des farceurs, mais ils reviennent toujours dormir ici. Il faut que je m'absente quelques minutes. »

Neville, désormais seul, s'installa contre le mur dans l'attente du retour de Fred et George. Les deux garçons avaient toujours été sympathiques avec lui, et puis, de toutes façons, désormais, toute la tour savait qu'il était incapable de retenir les mots de passe. Mais la journée avait été fatigante, et les jumeaux tardaient, et Neville finit par s'endormir sur ses affaires, sous l'œil affectueux de la Grosse Dame qui était venu vérifier que personne ne l'attendait. L'œil du Baron Sanglant fut beaucoup moins affectueux quand il réveilla à deux reprises le pauvre Neville Londubat.