Salut à tous !

J'suis encore complètement crevée de ma soirée d'Halloween – c'est peut-être pas le bon moment de poster d'ailleurs… - mais je me suis quand même dit que j'allais relire et publier la dernière partie du chapitre 9 ! Le chapitre 10 risque de trainer un peu parce que j'ai toujours pas réussi à résoudre mon problème, mais je fais au mieux, sachant que le Nanowrimo commence aujourd'hui (ça fait MILLE ANS que j'ai pas réussi à écrire plus de 10 000 mots en un mois mais on y croit !) donc d'un certain côté va bien falloir que j'écrive… Surtout que je suis en train de HAIR le chapitre 12, j'y arrive pas du tout, donc on verra bien si écrire de la quantité aidera…

Bref, j'arrête de raconter ma vie et je vous laisse avec la partie 3 du chapitre 9. Bonne lecture !


Il était presque minuit, désormais, et aux deux opposés du château, des enfants s'agitaient. Bien sûr, sûrement que d'autres enfants s'agitaient ailleurs dans le château – Fred et George Weasley, notamment, qui n'étaient toujours pas de retour dans leur tour – mais ici, c'était surtout le célèbre Harry Potter, son acolyte Ron Weasley et sa future acolyte Hermione Granger qui s'agitaient du côté des Gryffondors, pendant qu'à l'autre bout de Poudlard, Drago Malefoy regardait fixement Vincent Crabbe et Gregory Goyle ronfler sans même avoir fermé leurs rideaux.

Du côté Gryffondor, l'agitation qui avait quitté la tour réveilla Neville :

« Ah ! Vous m'avez enfin retrouvé ! » Ce n'étaient pas les jumeaux Weasley face à lui, mais ces camarades de dortoir : il aurait pu se demander pourquoi sortaient-ils à une telle heure, mais en réalité, Neville était bien trop heureux à l'idée de pouvoir enfin rejoindre son lit pour se poser de telle question. « Ça fait des heures que je suis là. Je n'arrivais pas à me souvenir du mot de passe pour retourner au dortoir.

- Ne parle pas trop fort. Le mot de passe, c'est Groin de porc, mais ça ne te servira à rien, la grosse dame est allée se promener.

- Comment va ton poignet ?

- Très bien Madame Pomfresh m'a arrangé ça en deux minutes.

- Parfait. » Visiblement, le célèbre Harry Potter n'en avait en réalité, rien à faire. « A plus tard, Neville, on a quelque chose à faire. »

Neville était plutôt effrayé à l'idée de devoir rester de nouveau seul dans le couloir. Avec la nuit qui était tombé, les couloirs prenaient des ombres étranges et terrifiantes, et il avait tout sauf envie d'être une nouvelle fois réveillé par le Baron Sanglant. Surtout que celui-ci avait menacé de lancer Peeves sur lui, et Neville avait vécu assez d'aventures avec Peeves – même si le terme avec n'était pas tout à fait adapter pour exprimer les aventures au dépend de Neville – pour ne pas avoir envie de le croiser pendant sa nuit. Il se releva soudainement :

« Ne me laissez pas tout seul ! Le Baron Sanglant est déjà passé deux fois.

- Si on se fait attraper à cause de vous, je vous jure que j'apprendrai à vous jeter un sort dont vous ne vous remettrez pas. » Ron l'avait coupé, furieux.

Les trois Gryffondors tout juste sortis de leur salle commune se remirent en chemin, et Neville se retrouva à les suivre comme il le pouvait, sans être rassuré par les jeux de lumière que la lune lançait au sol, au travers des croisées des fenêtres. Il n'aurait pas pensé qu'ils allaient passer si proches des extérieurs, mais il n'osait ralentir le pas et prendre le risque de perdre ses compagnons. Il ne fallut finalement pas très longtemps pour arriver à destination et trouver la salle des trophées.

Neville ne s'attendait pas à arriver ici, il n'était même pas sûr d'être au courant de l'existence d'une telle salle, mais il se rappela soudainement que Drago Malefoy avait lancé un duel sorcier au célèbre Harry Potter, quelques heures plus tôt. Il avait l'impression que cela faisait des années, et pourtant, si peu de choses avait eu lieu dans ces quelques heures : la preuve, son vernis ne présentait aucune écaille. Il illuminait très légèrement sa main, d'ailleurs, et Neville la fourra dans sa poche pour ne pas attirer l'attention, alors qu'à côté de lui, les rayons de lune faisaient briller les différents trophées et médailles qui occupaient les vitrines.

« Il est en retard. Peut-être qu'il s'est dégonflé… » Ron avait à peine murmuré, mais Neville avait quand même attendu les mots, malgré les frappes de pas de courses sur un sol pavé qui se faisait attendre plus loin, avant de sursauter : Drago Malefoy était-il en train d'arriver ? Harry Potter sembla prendre peur : d'un coup, il faisait de grands signes en direction d'une des sorties, et Neville ainsi que les deux autres se retrouvèrent à courir aussi discrètement que possible dans cette direction, Harry fermant la marche.

Neville avait à peine commencé à reprendre son souffle qu'il entendit Argus Rusard, le concierge de Poudlard :

« Il y a quelqu'un qui doit se cacher quelque part. » Il marmonnait, mais dans le silence que les quatre enfants avaient fait, ses paroles paraissaient dérisoirement trop claires.

Neville patienta quelques secondes de trop, avant de s'élancer derrière les trois autres, et il avait beau essayer de courir à son plus vite, il entendait Argus Rusard, le concierge de Poudlard, le rattraper : quelle idée que d'aller se balader en pleine nuit ! Il aurait pu être tranquillement dans son lit, si seulement il n'avait pas oublié le mot de passe, et à la place, il parcourait un couloir où chaque armure se retournait sur son passage, grinçant de toutes ses possibilités. Une des armures grinça un peu plus fort et s'écroula vers Neville qui hurla avant d'accélérer, se prendre les pieds dans l'armure en question et s'effondrer sur Ron qui alla lui-même chuter dans une deuxième armure qui finit au sol dans un fracas retentissant. Neville avait bien conscience que c'était encore sa faute si tout ratait.

Dans la salle des trophées, Drago Malefoy entrait, suivi de Pansy Parkinson et Millicent Bulstrode. Malgré toutes les difficultés à arriver ici, ils n'avaient même pas cinq minutes de retard, notifia Drago sur sa montre. Il se pencha vers les vitrines en attendant que les rouges et ors viennent : il cherchait l'écusson de préfet de son père, il voulait le montrer à ses deux amies.

Drago était ainsi perdu dans ses pensées, à faire face à l'écusson portant le nom de son père. Il y avait quelque chose de calme et rassurant à être là, en pleine nuit, loin de toute l'agitation existante dans le château, loin du stress constant d'être parfait en tout moment. Il était immobile, là, à attendre que l'heure vienne de rendre à son nom ses lettres de noblesse qu'il avait lui-même détruit cette après-midi, et il se sentait serein, pour une fois : il rendrait son père fier, n'est-ce pas ?

« Il faut qu'on parte Drago, Potter s'est dégonflé visiblement, mais tu aurais dû t'en douter… »

Drago Malefoy n'avait pas vu la demi-heure s'écouler, et à vrai dire, il n'avait pas vraiment envie de partir : quitter l'instant précis, c'était retourner à la vie courante, celle où il fallait toujours tenir trop de cordes à la fois, celle où il prenait toujours le risque de faire exploser son masque au moindre faux-pas. Mais en même temps, l'horloge allait désormais commencer à s'approcher dangereusement d'une heure du matin, et ils feraient tous mieux d'être au lit avant de recroiser un préfet. Ils avaient eu de la chance une fois, mais Drago n'était pas idiot : la porte de sortie trouvée par Millicent ne fonctionnerait pas deux fois dans la même soirée.

Si vous vous demandez quelle est donc cette porte de sortie, qui n'était en réalité, pas une porte à proprement parler puisqu'elle était en soit, juste un échange de paroles et aucunement un objet, il faudrait utiliser une nouvelle fois ce retourneur de temps que vous aviez par le passé pour revenir à nos minuits approchants, dans les cachots des Serpentards.

Drago Malefoy fixait Vincent Crabbe et Gregory Goyle qui ronflaient sans avoir même fermer leurs rideaux. Les deux semblaient dormir à poings fermés, et pour rien au monde Drago ne les aurait réveillés, il préférait encore se présenter au duel seul, dans tous les cas, ça ne pourrait pas être bien compliqué de battre le pseudo-moldu que constituait le célèbre Harry Potter, n'est-ce pas ? Il ne pouvait pas prendre le risque de ne pas se présenter, et d'offrir à Potter, la possibilité de se vanter demain. Il avait renfilé sa robe d'uniforme par-dessus sa robe de nuit, vérifié rapidement ses cheveux avant de sortir du dortoir et traverser le couloir qui le menait vers la salle commune. La salle commune, d'ailleurs, lui renvoyait des rires, ce qui n'était pas bon signe : tout le monde aurait dû être couché, il était presque minuit ! En approchant, il aperçut Pansy Parkinson faisant des grands gestes face à un fauteuil d'où s'élever le rire de Millicent Bulstrode – sortir sans faire de bruits, en restant bien droit et fier, sans faire attention à elles, lui semblait la meilleure possibilité. Il avait prévu un peu de marge pour arriver à l'heure, mais il espérait ne pas avoir à l'utiliser dès la sortie du dortoir.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Pansy l'avait remarqué. Elle approchait et Millicent s'était levée pour venir se placer devant la porte, à ses côtés.

« J'ai lancé un duel sorcier à Potter, bouge.

- Pas question, personne ne quitte la salle commune tout seul, et encore moins à cette heure. »

Drago essaya de pousser les deux filles, alors que Millicent bougeait bras et mains face à elle. Pansy murmura un « Répète ? » et Drago était septique quant à la santé mentale des deux personnes qu'il considérait les plus proches de la définition d'amies dans cette école.

« On t'accompagne. » Millicent semblait un peu trop déterminée pour qu'il est le temps de lui faire changer d'avis avant minuit. Et puis, Pansy remonta un bon point :

« Je serais ta seconde. Il faut toujours un second, dans un duel sorcier, non ? »

Pansy avait fait faire un tour complet à sa baguette entre ses doigts, et à onze ans, elle affichait une confiance en elle que Drago aurait farouchement jalousé s'il ne pensait pas que tout le monde tenterait un jour de le mettre à terre, elle comprit.

Drago Malefoy se retrouva à fixer ses deux camarades, hésitant. En un mois, il avait appris à apprécier ses deux filles, qui avaient prouvé plus d'une fois qu'elles n'en avaient rien à faire de son nom – même si cela avait été très déstabilisant au départ, c'était assez reposant, finalement. Surtout que Pansy n'avait plus jamais refait allusion à cette première nuit, où il n'était même pas encore totalement un élève de Poudlard qu'il avait déjà dû pleurer dans les robes de son responsable de maison – il avait honte de ce soir-là, bien sûr, même si c'était entièrement la faute du château. Il n'avait rien fait pour mériter cette mise à l'épreuve, mais il était tout de même bien content que son père ne l'ait jamais apprise.

« Très bien, vous me servirez de témoins. »

Drago était reparti plus droit, plus déterminé encore, sur ces mots. Comme si, soudainement, avoir des témoins nécessitaient une perfection encore plus grande, une preuve immuable de sa supériorité sur le célèbre Harry Potter comme si, ces témoins, c'était son père en personne. Pourtant, il avait conscience que quel que soit l'insu, Pansy et Millicent dirait ce qui le mettrait en valeur – même si cette croyance s'éloignait bien de la plus plausible réalité qui consisterait en les deux filles ne parlant plus jamais de cet événement, elles n'avaient point Drago en centre de vie – mais Drago avait besoin de son masque ce soir, il avait besoin de son masque comme si sa vie en dépendait, car sinon, il allait s'effondrer : pourquoi, diantre, avait-il voulu lancer ce défi à Potter, pourquoi fallait-il qu'il se glisse hors des couvertures en pleine nuit, alors qu'ils avaient potion demain à la première heure, pour prouver dans le noir du château qu'il valait son nom ?

En tout cas, les trois enfants étaient désormais en direction de la salle des trophées. Drago surveillait le moindre bruit, et derrière lui, il avait l'impression qu'un concours du plus tonitruant avait lieu. Il se retourna pour darder un regard noir sur les deux filles. Pansy hocha les épaules, comme pour dire que le bruit était minime, que tous dormaient et que personne n'allait les surprendre. Mais dans le silence de la nuit, le moindre frôlement de chaussure semblait une explosion aux oreilles de Drago. Il continua en direction des escaliers permettant de remonter vers le Grand Halle. Ils avaient beau faire partis des très rares escaliers non escamotables de Poudlard, Drago les détestait : chaque matin, ils leur demandaient plusieurs minutes pour être gravi, les laissant essoufflés sur leurs dernières marches, tout en réservant toujours une ou deux désagréables surprises aux élèves de Serpentard : entre les marches cassées, celles qui ne faisaient aucunement la même hauteur que les précédentes, les soudain plateaux juste trop longs pour y mettre qu'un seul pied, mais juste trop courts pour en mettre deux… Le tout se déplaçant le long de l'escalier au rythme des humeurs du château. Et il ne fallait même pas commencer à parler de l'humidité stagnante des cachots qui rendait les marches glissantes deux matins sur trois.

Le haut de l'escalier n'est pas beaucoup plus rassurant, dans le noir, le Grand Halle paraissant encore plus immense, et les rayons de lune qui dansaient au sol illuminant les dallages cassés, et les accros du sol. On aurait pu croire que le château complotait pour les faire tomber. L'escalier nord n'était pas à sa place, et aucun autre escalier ne semblait vouloir rejoindre le deuxième étage ce soir. Sur sa montre, les aiguilles avançaient tranquillement vers le haut du cadran, ne laissant plus tant de temps pour rejoindre le lieu de rendez-vous :

« Par les cuisines ? »

Millicent avait parlé. Terriblement fort. Drago ne put s'empêcher de la fusiller du regard, avant de repartir dans la direction des cuisines, prendre un escalier de secours montant au deuxième. Le vieil escalier en bois grinçait sous leur pas, laissant Drago la respiration bloquée de peur de faire plus de bruits et d'attirer l'attention. Derrière, on entendait une porte s'ouvrir :

« Qu'est-ce que vous faites ? » La voix de Gabriel Truman. Plus surpris qu'autre chose : le pauvre, il ne s'attendait pas à trouver des contrevenants à peine sortis de son dortoir, dans la première minute de sa ronde. A vrai dire, c'est ce qu'il détestait le plus dans son rôle de préfet : les rondes pendant la nuit. En général, elle ne servait à rien, enfin, depuis un mois, il n'avait jamais croisé personne de nuit dans les couloirs et voilà que trois Serpentards faisaient grincer un escalier…

Pansy redescendit les quelques marches qu'elle avait monté, suivi de Drago et Millicent qui semblait tout juste se rendre compte que quelque chose clochait – Drago avait dû l'attraper par l'épaule, alors qu'elle continuait d'avancer dans l'escalier, sans prendre garde aux bruits de chacun de ses pas. Redescendre fut difficile, pour notre protagoniste, en lui, il sentit des cordes se briser pendant que d'autres tiraient plus fort encore, pour que rien ne traversa son masque. Il n'osait faire face au préfet, et pourtant, il savait qu'il devait – assumer toujours, un Malefoy est fier et assume ses décisions car un Malefoy ne prend jamais ne mauvaises décisions.

« On peut tout expliquer » Pansy, en robe de nuit, et tête qui s'en veut : « on…

- C'est ma faute. » La voix de Millicent est bizarre, trop forte et mal prononcée, pas celle que Drago lui connaissait. Elle sembla ne même pas se rendre compte qu'elle avait coupé la parole à Pansy : « Je me suis perdue, et ils sont venues me chercher. Je suis sourde, j'ai du mal à me retrouver dans le château, c'est compliqué… »

Drago regarda les deux filles, l'une après l'autre. S'il n'avait pas appris à porter son masque quel que soit la situation depuis toujours, il aurait sûrement explosé de rire face à tant d'absurdité : qui pourrait croire ça ? Mais c'était faire preuve de bien trop de confiance en l'humanité pour croire que l'audisme intériorisé ne s'infiltrait pas en celle-ci.

« On ne l'a pas vu revenir à la salle commune ce soir, alors on s'est inquiétés… Donc on est parti à sa recherche. »

Drago Malefoy regardait la scène se dérouler face à lui, sans vraiment comprendre comment les deux filles avaient pu avoir une telle idée. En face, le préfet des Poufsouffle semblait plus embêté qu'énervé. Millicent s'était retournée vers Pansy tout en bougeant les mains face à elle – Drago n'avait jamais vraiment fait attention qu'elle avait une telle habitude jusqu'à ce soir, mais à vrai dire, il faisait rarement attention aux autres. Il avait toujours appris que c'était les autres qui devaient faire attention à lui, il était un Malefoy après tout. Et même s'il appréciait Pansy et Millicent, il n'avait jamais vraiment jugé utile d'observer ce qu'elles faisaient de leur main. Pansy bougea les siennes à son tour, alors que ce n'était vraiment pas le moment se fit remarquer Drago, et Millicent sembla sur le point de mourir de rire. Drago ne pouvait que craindre les points qui seraient retirer à Serpentard cette nuit, et ses joues pulsaient à l'idée que son père l'apprenne :

« J'enlève deux points à Serpentard, parce que vous auriez dû prévenir un préfet, plutôt que de sortir tout seul dans les couloirs la nuit. Je vous laisse retourner à vos dortoirs ou est-ce qu'il faut que je vous accompagne ? Je me perdais toujours en première année, moi aussi, et pourtant nos dortoirs sont les plus simples d'accès… »

Gabriel Truman, préfet de Poufsouffle, se retrouva ainsi, quelques minutes plus tard, devant l'escalier descendant vers les cachots, suivi des trois jeunes Serpentards. Il les laissa là pour continuer sa ronde, souhaitant bonne nuit aux trois benjamins, et demandant à Pansy et Drago de passer ses encouragements à Millicent. Celle-ci explosa de rire dans les minutes qui suivirent leur libération, bougeant en même temps très vite les mains, et provoquant sur le visage de Pansy une expression d'incompréhension totale :

« Tu signes trop vite, je comprends rien… » Les paroles étaient à peine chuchotées, mais très proprement prononcées, se fit remarquer Drago… Et il se sentait de plus en plus perdu par les deux filles, même si, pour rien au monde, il ne le leur aurait fait comprendre.

« Millicent est vraiment sourde ? » Drago s'était adressé à Pansy, il n'aurait pas vraiment su expliquer pourquoi, mais poser la question directement à Millicent Bulstrode – qui était pourtant parfaitement face à lui – lui semblait absolument idiot. Ils étaient encore sur les marches d'escalier humide, éclairés de rayons de lune blafards et au même moment, il se rendit compte qu'ils feraient mieux de repartir dans l'autre sens :

« Il nous…

- Tu peux me parler directement, tu sais ? » Millicent lui avait coupé la parole – et c'était suffisant pour le faire s'arrêter, s'immobiliser et sentir sa respiration s'accélérer. La ralentir, tout d'abord, retenir le masque, en même temps, et ensuite, peut-être, Drago pourrait-il prendre le temps d'essayer de comprendre les mots qui venaient de lui être dit. Si on lui coupait la parole, c'est que ce qu'il disait été sans intérêt. Si ce qu'il disait été sans intérêt, c'est qu'il était sans intérêt. Et s'il était sans intérêt, c'est qu'il faisait honte au nom Malefoy.

« Comment tu fais pour parler ?

- Hum, j'ai des poumons, des cordes vocales, une langue, une cavité buccale, des lèvres, tu sais ? »

Drago n'avait pas idée de ce qu'était la moitié des organes cités. On ne lui avait jamais appris la biologie du corps humain, et il ne prévoyait pas d'être médecin : quelle utilité donc ? Mais il avait quand même conscience qu'il avait fait une bourde. Il releva la tête un peu, renvoyant un regard, sourcils se levant et se fronçant, petit souffle au passage, avant de reprendre la direction du haut des escaliers. Il était minuit, il allait être en retard, et il détestait ça. En plus, il n'avait fait que piétiner le nom des Malefoy ce soir, et il savait que son père ne lui pardonnerait jamais.

Derrière lui, Millicent frappa de son poing droit sa tempe à deux reprises, les yeux au ciel. Pansy se retient de rire, mais Millicent avait bien raison, en ce moment : Drago Malefoy pouvait vraiment faire son con quand il s'y mettait… Millicent fit d'ailleurs mine de vouloir retourner aux dortoirs, plutôt que de le suivre, mais Pansy lui rattrapa la manche et la tira pour suivre Drago : les Serpentards ne s'abandonnent pas, même dans les cas de validisme dégoulinant – et à vrai dire, il était difficile pour les deux filles de savoir lequel des garçons de ce soir était le plus idiot…

« On file ! » Le célèbre Harry Potter leur avait crié dessus avant de repartir en courant vers une direction indéterminée.

Neville tentait tant bien que mal de garder le rythme, mais il avait eu du mal à se dépêtrer de tous les morceaux d'armure qui s'étaient accrochées à lui, comme désespérées de couvrir de nouveau de la chaire vivante. Il s'était d'ailleurs fait mal à la cheville, et appuyer dessus à chaque pas était un supplice - il se força à le prendre comme une punition pour avoir encore une fois était un incapable et un poids incommensurable sur les épaules de ses camarades. Il savait bien qu'il aurait dû rester devant la porte du dortoir, plutôt que de s'imposer au trio, mais il avait eu peur : en quoi cela pouvait-il être digne d'un Gryffondor ? Il n'était pas un Gryffondor. C'était une erreur du Choixpeau.

Harry déplaça une tapisserie pour faire passer le petit groupe dans un passage étroit et mal éclairé, et Neville ne put se retenir de penser que jamais il n'y aurait mis les pieds seul. Et d'ailleurs, comment diantre le garçon qui a survécu pouvait-il connaître un tel passage ? Pour Neville, la question restait sans réponse, mais de mon côté, j'oserais vous avancer l'hypothèse du sang : ce gamin n'était pas le fils de James Potter pour rien, et cet ancien gamin n'avait pas été à l'origine de la carte la plus précise et détailler de tout Poudlard pour rien.

"Je crois bien qu'on l'a semé." Le célèbre Harry Potter avait l'air essoufflé, mais ce n'était rien à côté de Neville Londubat qui peinait à reprendre son souffle, laissant transparaître des problèmes respiratoires dans chacune de ses expirations. Il se tenait bien peu droit, ce qui ne l'aidait en rien à ventiler, mais un horrible point de côté ne le quittait plus depuis qu'il avait pillé devant la salle de cours du Pr Flitwick. Entre deux de ses expirations bruyantes, les autres essayèrent de parler :

"Je… vous… avais prévenu !" Hermione Granger peinait aussi à reprendre son souffle, mais visiblement personne n'était d'humeur à lui rappeler qu'ils n'avaient justement pas besoin d'un rappel du genre…

Ron semblait le plus rationnel, en l'instant, proposant de retourner au plus vite à la tour des Gryffondors. Il était plus d'une heure du matin désormais, pas que nos quatre aventuriers n'en soit conscient, et du côté des verts et argent, Pansy Parkinson avait enfin réussi à raccompagner Drago jusqu'à son dortoir - il avait été distant sur tout le trajet, avec une pointe de nostalgie qui ne lui ressemblait pas, mais c'était sûrement la fatigue. En tout cas, Millicent Bulstrode avait été bien contente de retrouver son lit et d'enfin quitter Drago qui s'était comporté de la pire des façons ce soir : est-ce qu'elle lui en posait, elle, de telles questions ?

"Malefoy t'a tendu un piège, j'espère que tu t'en rend compte. Il n'avait pas la moindre intention d'aller au rendez-vous. Mais il a dû dire à Rusard que quelqu'un s'apprêtait à entrer dans la salle des trophées."

Il est bien rare qu'Hermione Granger, la plus brillante sorcière de sa génération, est tort. Et pourtant, en cet instant vous devez bien en avoir conscience, elle avait ce soir complètement tort, mais il y avait à cela une raison : sa méconnaissance complète de la personne de Drago Malefoy. Et on pourrait l'excuser, que de le voir que comme un prétentieux et arrogant sang pur, toujours prêt à rabaisser autour de lui, car c'était la seule image qu'il projetait de lui, carapace copiée de son père.

Neville Londubat, d'ailleurs, n'avait pas conscience que sa camarade avait tort, et n'eut pas franchement le temps d'y penser plus que ça avant de voir apparaître Peeves, sûrement l'un de ses pires cauchemars dans ce château - même si tout paraissait un rêve comparativement au Pr Rogue - hurlant sur les quatre enfants qui s'étaient à peine remis en direction de leur dortoir :

"Alors, les petits nouveaux, on se promène dans les couloirs à minuit ?"

Neville s'était bouché les oreilles, il ne pouvait supporter la voix braillante et faussement vertueuse de l'esprit frappeur. Ce dernier en fut peut-être offensé, car malgré ses oreilles hermétiquement fermés, Neville entendit ses hurlements lui transpercer les tympans, alors que les trois autres enfants partaient en courant en direction de la porte la plus proche. Neville essaya de les suivre, sous la pluie de beuglements de Peeves :

"ELEVES HORS DU DORTOIR ! ELEVES HORS DU DORTOIR ! ELEVES HORS DU DORTOIR !"

Face à lui, les trois autres Gryffondors semblaient bloqués devant la porte, mais quand il arriva, Hermione Granger tendait déjà sa baguette sur la porte qui pivota sur ses gonds, permettant aux quatre enfants de s'y engouffrer. Neville se retrouva alors nez à nez avec un énorme chien à trois têtes, chacune bavant bien plus que l'autre, comme dans un horrible concours de production salivaire, parotides fonctionnant pour sûr. La porte avait été refermée, et Neville passa du chien à la vision des trois autres oreilles collées à la porte, visiblement inconscient du monstre qui sommeillait à leur pied. Il tira sur la manche du célèbre Harry Potter, marmonnant quelques mots d'explication sans vraiment réussir à faire sens ou se décider à réellement faire remarquer la chose : il avait peur de déranger…

Neville continua d'insister alors que l'énorme chien semblait sur le point de se réveiller, commençant à grogner et japper, et claquant ses trois mâchoires monstrueusement : Neville ne pouvait plus qu'imaginer le moment où ils allaient se faire dévorer, chacun par une tête différente, la plus gourmande attrapant le dernier d'entre eux ! Soudainement, Neville se sentit partir en arrière, et fit de son mieux pour ne pas aller rencontrer le sol une nouvelle fois cette nuit : le célèbre Harry Potter avait rouvert la porte, et ils étaient désormais en fuite dans les couloirs, comme si Argus Rusard, concierge de Poudlard, n'avait jamais existé. Ils n'osèrent s'arrêter avant d'arriver devant le portrait de la Grosse Dame, qui semblait surprise de les trouver là. Pourtant, elle pivota sans demander son reste à la mention du mot de passe, rouvrant l'accès à la si désirée et si sécuritaire salle commune.

Neville s'effondra sur un fauteuil : il avait l'impression d'avoir perdu la parole pour toujours, et il n'avait qu'à moitié conscience des trois autres qui discutaient de ce qui venait tout juste de se passer. Il se releva tant bien que mal, se rendant soudainement compte que sa cheville lui faisait terriblement mal, mais força encore un peu pour pouvoir atteindre son dortoir et son lit tant attendu. Les frayeurs de la soirée semblèrent l'abandonner à l'entrée des baldaquins, et Neville Londubat s'endormit d'un sommeil de plomb avant même que la deuxième heure de la journée ait pu approcher.