Auteure contributrice : Isa'ralia Faradien
Exceptionnellement, ce texte sera "canon compliant" avec les événements d'Endgame et de la série Falcon & Winter Soldier. Oui, on quitte quelques minutes le Royaume du Déni x')
#52 - En thérapie
- Et si nous parlions de Steve Rogers, aujourd'hui ? proposa la psychiatre.
Bucky ne se plaisait déjà pas dans ces sessions de thérapie imposées par le gouvernement pour être éligible au pardon national, et le sujet que Raynor posait sur la table en ce jour gris et pluvieux n'était pas pour lui plaire davantage.
- Je ne préfère pas, répliqua-t-il d'une voix sans timbre.
- Pourquoi donc ?
- Il ne fait plus partie de ma vie, lâcha sèchement Bucky.
- Et cela vous pose un problème. Je le vois dans vos yeux.
-Je viens de vous dire que je refusais de parler de Steve.
- Je suis persuadée que cela vous ferait du bien, contra Raynor. Cela vous débarrasserait des pensées que vous ruminez, James.
Bucky soupira. Sans faute, le soir avant de s'endormir pour une nuit de cauchemars, il revoyait le Steve très âgé qui s'était assis sur un banc au lieu de réapparaître, jeune, au milieu de la machine à remonter le temps. Ce n'était pas sa vision préférée.
- Steve Rogers n'est pas encore mort, reprit Raynor. Même si ce n'est plus qu'une question de temps. Ne lui avez-vous donc pas rendu visite ?
- Non… et je n'y tiens pas.
- Vous avait-il parlé de la décision qu'il prendrait, une fois parti dans sa quête temporelle ?
- Oui. La veille.
- Et que lui avez-vous répondu ?
- Je n'ai rien dit. Il semblait embarrassé, alors je lui ai simplement souhaité bon courage et bonne continuation.
- Pourquoi ne vous êtes-vous pas opposé à cette décision qui, pourtant, vous dérangeait ?
- Il avait bien gagné le droit d'être égoïste, non ? fit Bucky en détournant le regard vers la fenêtre tachée de pluie.
- Et pas vous ? souffla doucement Raynor.
Bucky déglutit. Il avait réfléchi à cette question, bien sûr. Plusieurs fois, le douloureux nœud qui comprimait sa gorge se resserrait davantage encore. Tu avais le droit de lui dire que tu le voulais auprès de toi, affirmait une petite voix dans sa tête. Comment peux-tu penser que tu mérites quoi que ce soit, avec tout ce sang sur tes mains ? contrait une autre. C'était un combat sans fin, pesant, usant, et Bucky était seul pour l'affronter.
- Je ne sais pas, choisit-il de répondre.
- Mais vous savez bien ce que vous auriez voulu lui dire, si vous ne vous étiez pas senti aussi coupable d'entraver le bonheur de votre meilleur ami ?
Reste, Steve. J'ai besoin de toi. Je t'aime.
- Oui, croassa-t-il, mais il valait mieux qu'il ne l'entende pas.
- Vous vouliez le préserver, comprit Raynor. C'est un beau geste, James, vraiment… mais vous vous êtes oublié au milieu de ce processus, alors que vous êtes tout aussi important que Steve. Et que vous êtes important pour Steve.
- Ah oui, vraiment ? répliqua Bucky avec amertume. Ce n'est pas la dernière impression qu'il m'a laissée. Je suis probablement plus important aux yeux de l'épicier du coin chez qui je fais mes courses.
- Il s'est un jour parachuté en territoire ennemi pour vous secourir, lui rappela la psychiatre. Il s'est rendu fugitif international pour vous protéger…
- Je le sais ! la coupa-t-il avec rage, se levant du sofa. Ce n'est pas la peine de me le rappeler ! Je sais aussi que tout ça, c'était il y a une éternité, Doc ! C'était une autre vie !
- Vous avez le droit d'être en colère contre Steve, tenta de le calmer Raynor. Je n'essaie pas de vous le reprocher. Vous vous êtes senti trahi, blessé, abandonné. J'aimerais simplement que nous en parlions, pour vous soulager de ce poids. Il est possible que celui-ci reste trop lourd à porter pour vous permettre d'avancer, mais nous aviserons. Nous avons le temps.
- Vous voulez vraiment que j'en parle ? s'exclama Bucky en se rasseyant brutalement sur le sofa.
Il resta cependant sur le bord, comme prêt à bondir. Pour m'échapper si j'en viens à pleurer.
- Oui, c'est ce que je veux, confirma Raynor.
- Très bien. Je suis complètement perdu, je ne sais pas quoi faire de ma vie et de cette seconde chance, je me souviens de toutes les victimes que je n'ai pas pu m'empêcher de faire… et Steve est parti. Il a décidé de retourner en 1945 pour se marier avec Peggy et fonder une famille avec elle. Il m'a laissé seul, même si pour moi, ce n'était que pour une poignée de secondes… mais il est quand même revenu. Vieux, avec tous les souvenirs d'une vie heureuse qu'il s'est permis de vivre. Il n'a même plus assez de temps devant lui pour m'aider à me reconstruire.
- Votre vie est vide de sens sans Steve, c'est cela ? fit doucement la psychiatre.
- Même avec Steve, je ne saurais pas quoi faire. Mais au moins, il serait là…
Les larmes n'étaient plus bien loin, désormais. Son cœur battait bien trop fort, et son souffle était court. Ne pleure pas.
- Que lui auriez-vous dit si cela ne vous avait pas culpabilisé de l'empêcher de partir ? répéta Raynor.
- De rester… parce que… parce que je… je l'aime…
Bucky prit une grande inspiration et la bloqua. Il venait d'avouer à Raynor ce qu'il n'avait jamais dit à personne, et il s'agissait de la chose la plus importante pour lui. Il ne pouvait pas se permettre une faiblesse supplémentaire. Il ne pouvait pas pleurer.
- Et que pensez-vous qu'il vous aurait répondu ?
- De toute évidence, ça ne pouvait pas être réciproque, puisqu'il avait déjà décidé de retrouver Peggy, railla Bucky.
- Peut-être pensait-il la même chose de vous ? Peut-être croyait-il que vous ne partagiez pas ses sentiments, et il a décidé de retourner auprès d'une femme dont il se savait aimé ?
- Je n'en sais rien…, soupira Bucky. Mais c'est trop tard, alors pourquoi se poser ces questions ? Personne ne retournera en arrière. C'est fini. La vie ressemblera forcément à ça.
- Vous pourriez au moins aller lui poser la question en face ? Une réponse négative vous permettrait d'être fixé sur ces potentiels scénarios qui vous tourmentent.
- Et une réponse positive ? Qu'est-ce que je serais censé en faire ? L'encaisser et retourner dans mon petit appartement pour regarder la télé ?
- Je…, bredouilla Raynor, je n'en sais rien, James. Je crois simplement que vous avez besoin d'entendre ce que Steve pourrait vous dire à ce sujet, peu importe ce que sera sa réponse. Sinon, vous n'avancerez jamais.
