Rien à proximité ne pourrait l'aider à desserrer la prise que la sangle en métal avait sur son poignet gauche.
Elle retourna dans sa tête sous tous les angles inimaginables un moyen de quitter cette chambre.
Le fait qu'elle y parviendrait, il pourrait lui arriver le malheur que l'un des membres de la famille Baker la surprenne à vouloir s'enfuir.
Ève ne voulait pas imaginer quel sort atroce l'attendrait mais elle ne pouvait pas non plus rester ici.
Ils finiraient par la tuer avec les aussi mauvais traitements qu'ils lui faisaient subir.
Ève scrutait les recoins de la pièce, il était difficile de discerner quoi que ce soit, la chambre était si sombre...
Si elle en jugeait par les objets qui semblaient manquer, elle en déduit que d'autres personnes qui avaient été prisonnières de cette chambre, avaient réussi à s'enfuir, les Baker, exaspérés, avaient fini par retirer toute chose qui aiderait leurs "invités" à s'échapper.
Bien entendu, elle n'avait pas eu cette chance...Au fond d'elle, son sort lui importait peu, si seulement elle pouvait prévenir des secours pour d'autres malchanceux comme elle, afin d'arrêter les délires de ces gens fous !
Si elle échouait, alors elle devait mettre à l'abri sa fille. Elle se doutait bien que s'ils n'arrivaient pas à la faire céder pour qu'elle devienne comme eux, ils seraient capables de s'en prendre à Paige.
Ève craignait cette éventualité plus que tout ! Pourquoi avait-il fallu qu'elle se lie d'amitié avec Lucas ? Tout était de sa faute, elle le savait, seulement, elle s'en voulait beaucoup plus à elle qu'à lui.
Elle était tombée dans son piège, pourquoi n'avait-elle pas songé à vérifier que c'était bien Ariana à l'autre bout du fil.
En songeant à sa pauvre cousine qui était morte d'une horrible façon, Ève sentit le désespoir gagnait du terrain à l'intérieur d'elle.
- Non, je dois rester optimiste...Il doit y avoir un moyen. Essaya de se persuader Ève
La porte grinça dangereusement, Ève, aussitôt, retint son souffle. Redoutant le pire, la jeune femme plissa les yeux.
La lumière du hall principal jaillit dans la pièce plongée dans le noir complet. Frémissant et tressaillant, Ève serra ses poings.
Une voix douce et féminine la rassura :
- Hé, du calme, je ne te veux pas de mal.
Ève rouvrit les yeux, une femme aux cheveux courts et sombres se tenait dans l'encadrement de la porte.
Elle avait un teint maladif, maigre et de taille moyenne, elle portait un débardeur délavé qui avait perdu sa blancheur par manque de nettoyage, un jean déchiré et des ballerines.
Ce qui intrigua le plus Ève, ce fut ses yeux d'un bleu limpide, ils ne lui étaient pas inconnus...C'était les mêmes que...Lucas ?!
Refermant la porte derrière elle, la jeune femme s'approcha d'Ève pour enfin la libérer de ses entraves :
- Je vais t'aider à sortir d'ici, il faudra que tu m'écoutes attentivement et sois extrêmement prudente. Annonça-t-elle
Enfin libre de ses mouvements, Ève se frotta ses poignets douloureux tout en gardant les yeux sur sa sauveuse inconnue :
- Merci, mais qui es-tu ? S'enquit Ève
- Je m'appelle Zoé. Se présenta la mystérieuse femme
- Zoé...Tu es la sœur de Lucas. Souligna Ève
- Comment l'as-tu su ? Je ne pense pas que ma famille t'ait parlé de moi...S'étonna-t-elle
- Tu as les mêmes yeux que ton grand frère. Sourit Ève faiblement
- Moi et Lucas ne nous ressemblons sur aucun point ! Alors je te demande d'éviter de me comparer à lui. Répondit Zoé sèchement
- Excuse-moi, je ne voulais pas te vexer...Même lui, ça le dérangeait, je m'en souviens plus clairement maintenant. Se remémora Ève
- Qui es-tu réellement ? Exigea la fille Baker
- Ève Montgomery...Dit-elle
- C'est toi qui était l'amie de mon frère. Finalement tu es revenue. Au mauvais moment et trop tard...Reprocha Zoé
- Qu'est-ce que tu insinues, Zoé ? S'agaça Ève
- Malgré que rien ne va plus entre moi et Lucas, je ne pouvais pas m'empêcher de t'en vouloir. Mon frère était réellement attaché à cette amitié entre toi et lui. Mais toi tu l'as abandonné du jour au lendemain. Accusa Zoé
- Quoi ?! Tu penses que moi aussi ça n'avait pas été important à mes yeux ?! Contrairement à ce que tu t'imagines, j'aurais tout fait pour qu'on reste à jamais ensemble. Il était mon meilleur ami ! S'emporta Ève
- Alors, explique-moi, pourquoi tu es partie comme ça sans nous prévenir ? Exigea Zoé de savoir
Ève perdit son assurance, maintenant qu'elle y repensait, elle n'arrivait pas à s'en souvenir.
- Je...je ne sais pas...je ne sais plus la raison...Admit Ève honteusement
- Tu ne sais pas, hein ? Eh bien, moi je le sais, tu as décidé de l'abandonner comme tous ceux avant toi qui ont essayé d'être ami avec mon frère. Coupa Zoé sèchement
- Ce n'est pas vrai...Je ne suis pas comme ça, je...Contredit Ève
- Inutile d'en dire plus, tu n'as qu'à t'en prendre qu'à toi-même. Non seulement, tu as détruit ce qui restait de la santé mentale de mon frère mais en plus tu as détruit notre famille. Reprocha Zoé
- Selon toi tous ces événements qui se sont produits ici sont entièrement à cause de moi ?! Tu ne trouves pas ça un peu gros de remettre la faute sur moi ? S'insurgea Ève
- Je ne parle pas du désastre qui a atteint ma famille mais plutôt d'avant ça. Rectifia la fille Baker
- Très bien, si tu le penses sincèrement... Alors je suis prête à me racheter. Je ferais tout pour ramener ta famille à la raison, je sais que tu n'as pas envie de mon aide, sauf que je dois bien finir par rattraper mes erreurs. Je suis au courant de ce qui se passe réellement, ta famille n'agit pas consciencieusement, ils sont sous le contrôle de cette fille, Eveline...Décida Ève
- Tu ne peux rien pour moi et ma famille, le seul moyen de les sauver avant qu'il ne soit trop tard est de fabriquer un sérum. Révéla Zoé
- Je t'aiderai dans ce cas à trouver les ingrédients. Proposa-t-elle
- Impossible, si tu échoues, et c'est l'option la plus probable pour toi, Eveline te punira ou pire te tuera. Avertit Zoé
- Je m'en moque...Je n'ai pas peur d'elle. Coupa Ève
- Si c'est ce que tu veux. Dis-moi donc que tu es prête à tous les risques qui te feront obstacles. Dit Zoé en croisant ses bras sur sa poitrine
- J'affronterai tout et n'importe quoi ! Affirma Ève
- Très bien, je t'aurais prévenu. Ne viens pas pleurer ou revenir sur ta décision. Insista Zoé
- Avant que je fasse quoi que ce soit, j'ai fait une promesse à un ami. C'est surtout pour lui que je veux partir d'ici. Expliqua Ève
- Qui ? S'enquit Zoé
- Tu dois savoir que Lucas prend en otage les personnes qui ont eu le malheur d'entrer dans votre maison et en fait ses jouets. Je ne veux pas qui lui arrive quelque chose. Clancy a besoin de moi. Approfondit Ève
- Clancy ? Je le connais. Il est entré chez nous avec des amis pour tourner et filmer une sorte d'exploration et d'urbex. Malheureusement pour eux, ça a très mal tourné...Fit observer Zoé
- Oui c'est lui, je dois l'aider. Il ne mérite pas d'être le jouet de ton frère ! C'est infâme ce qu'il lui fait subir ! S'exclama Ève le souffle court
- Si tu guéris ma famille, tu pourras le sauver. Assura Zoé
- Non, je dois le mettre à l'abri. Tu connais Lucas, il pourrait lui faire du mal et finir par le tuer. Refusa Ève
- L'emprise d'Eveline est restée beaucoup trop longtemps sur ma famille, si on n'agit pas au plus vite, on ne pourra plus rien faire. Interrompit Zoé
- Zoé, à l'inverse de toi, je ne pense pas qu'à moi. Rétorqua Ève
Zoé leva les yeux au ciel, agacée.
- Fais ce que tu veux, je t'aurais prévenue... Une fois que tu auras fini rejoins-moi dans le garage, ça sera le seul endroit où on pourra élaborer un plan sans être surpris par mes parents ou mon frère.
- Le garage ? Où se trouve-t-il ? Interrogea Ève
- Tiens, prends cette carte avec toi, j'en ai toujours une sur moi.
- Je suppose que c'est pour les autres personnes prises au piège ici. Fit remarquer Ève
- Exactement. Bon, tu sais à peu près où se trouve Clancy ?
- Je me souviens que c'était au sous-sol.
- Fais attention quand tu y descendras, il y a des créatures au service d'Eveline. Et là où tu t'y rends, il en grouille de partout. Des pauvres gens qui ont fini par être totalement infectés par elle...
- Génial, heureusement que tu m'as prévenue, je ferais de mon mieux pour ne pas me faire repérer par eux !
- Le plus important est que tu arrives à faire en sorte qu'ils ne te surprennent pas. Et aussi, il y a certainement des caméras de surveillance, là où Lucas se trouve il y en a toujours. Conseilla Zoé
- Rien à ajouter ? Questionna Ève
- Je te laisserai la porte de l'extérieur ouverte. En t'attendant, je vais préparer ce dont on aura besoin pour la recherche des ingrédients. Annonça la fille Baker
- Je reviens aussi vite que je le peux...Promit Ève
Zoé hocha la tête, elle sortit de la pièce et la laissa entrouverte. Ève inspira de l'air et se leva du lit.
Elle chercha tout d'abord ses habits, elle n'en pouvait plus de se promener en nuisette. Porter les vêtements que Eveline demandait, lui donnait l'impression d'accepter d'être sa poupée.
Elle regarda chaque recoin de la chambre, Ève finit par abandonner. Elle ne les trouva nulle part, elle songea amèrement que Jack avait fait exprès de les dissimuler...
Ève décida de se lancer, elle ouvrit la porte et se glissa hors de la pièce. À son plus grand soulagement, le hall principal était désert, pas l'ombre de Marguerite, de Jack ou de Lucas.
Cependant, elle pouvait se tromper lourdement, elle devait faire vite. Elle craignait que Marguerite s'aperçoive de son absence.
Descendant les mêmes marches qu'elle avait empruntées pour tenter de sortir de la maison, la jeune femme fixait attentivement les alentours.
Absolument terrifiée à l'idée de voir apparaître l'un des membres de la famille Baker.
Ève observa plus attentivement la porte qui menait à l'extérieur, au-dessus il y avait des crevasses qui avaient des formes bien distinctes, ça ressemblait à des têtes de loups ou de chiens...
Apparemment, il ne fallait pas une seule clé pour ouvrir cette porte.
Zoé devait certainement savoir où elles se trouvaient.
Ève se détourna de la porte, elle sortit la carte que Zoé lui avait donné et se mit à la déchiffrer. Elle devait emprunter la porte à sa droite.
Ouvrant délicatement la porte afin d'éviter qu'elle ne grince, Ève s'empressa de la refermer pour ne pas signaler son passage.
La jeune femme longeait les couloirs inquiétants, elle sentit quelque chose de poisseux sous ses pieds nus. Avec dégoût, Ève découvrit une sorte de moisissure noirâtre qui était extrêmement épaisse.
Ça ne présageait rien de bon. Poursuivant son chemin, Ève aperçut une ombre gigantesque se dessinait au coin du couloir où elle se trouvait.
Un cri inhumain retentit, ne voulant pas prendre de risques ou découvrir de quoi il s'agissait, Ève se hâta de se cacher derrière des rideaux déchirés qui étaient accrochés.
Cachée, elle entrouvit légèrement les rideaux pour observer en toute discrétion ce qui se passait.
Ève aperçut avec effroi une créature noire abominable et humanoïde qui était recouvert de ce qu'il semblait être de la moisissure, en effet, ça paraissait être en fait la peau de cette chose.
Le monstre s'arrêta, il semblait sentir qu'il n'était pas seul.
Elle essaya de respirer le moins bruyamment possible.
Le monstre finit par quitter les lieux, n'arrivant pas à savoir où était l'intrus. Ève en profita pour sortir de sa cachette. Vérifiant l'autre couloir, elle chuchota effarée :
- Je ferais mieux de filer, il va peut-être revenir.
Elle descendit de nouveau les escaliers qui conduisaient au sous-sol. La jeune femme sourit soulagée, elle reconnut les lieux, c'était ici que Lucas l'avait amenée.
Elle poussa la porte imposante, des frissons parcoururent son corps entier.
Étais-ce à cause du froid ou plutôt à cause de la peur ? Les deux, sans aucun doute...
Ève se retrouva dans des longs couloirs sombres, inquiétants et sinueux. Les plafonds étaient bas et les couloirs étaient étroits.
Ève avait l'horrible impression de ne plus pouvoir respirer et que l'air était devenu inexistant.
Sa terreur grandit à la vue de toute cette moisissure qui tapissait pratiquement tout le sol, elle montait jusqu'au plafond.
Ève sursauta, un long filet de moisissure noirâtre éclaboussa son front.
Elle se hâta de l'essuyer. Répugnant !
Ça prouvait avec certitude que beaucoup des bestioles d'Eveline devaient rôder dans les parages.
Il n'y avait absolument rien dans le décor pour se cacher. Elle devrait donc faire diversion pour détourner momentanément leur attention.
Elle n'avait aucunement envie de se retrouver en face-à-face avec ces monstres abominables surtout sans armes.
Ce n'était pas suffisant malheureusement, s'ils arrivaient en masse, cette astuce ne fonctionnerait pas, elle devait trouver autre chose.
Une idée folle et à la fois dégradante lui vint à l'esprit.
Ses yeux verts se posèrent sur la moisissure, elle s'accroupit et décida de s'y rouler dedans, elle s'en imprégna partout.
Son visage, ses bras et ses jambes en étaient recouverts.
Encore, cette matière visqueuse la suintait.
Ce n'était pas très agréable, une fois qu'elle en était couverte, elle adopta une démarche lente et claudiquante.
Son cœur accéléra lorsque des mycomorphes apparurent devant ses yeux. Les créatures furent confuses à la vue d'Ève.
Celle-ci alors afficha un sourire inquiétant en retour, elle fit semblant de divaguer comme les Baker :
- La famille, c'est sacrée ! La famille...La famille, elle sera enfin complète, enfin...
Les mycomorphes finirent par la prendre pour une des personnes infectées, ils se désintéressèrent d'elle et cherchèrent d'autres proies à attaquer.
- Je dois me rappeler de l'endroit exact.
Ève déplia la carte et grimaça quand elle la tacha avec la moisissure sur ses mains.
Elle aperçut dessus une pièce qui lui était familière :
- L'atelier, c'était là qu'il m'a emmenée !
Ève profita de cet instant propice pour rejoindre l'atelier. Elle referma la porte derrière elle pour ne pas être dérangée.
Elle avait réussi, sauf que sa joie s'évapora en même temps que son soulagement.
Avec horreur, elle découvrit que Clancy ne se trouvait plus ici. Elle penserait que Lucas aurait laissé sa victime ici mais non elle s'était trompée lourdement.
Elle avait pris tous ces risques pour rien du tout.
Et si Lucas avait emmené Clancy pour l'éliminer dans ses jeux sadiques ?
Elle ne voulait même pas y penser.
- Oh non, oh non...Pourvu que je ne sois pas arrivée trop tard...
Elle réfléchit à comment elle pourrait retrouver son ami. Ève eut une idée brillante :
- Lucas arrivait à nous voir à l'aide d'un ordinateur, si je le trouve, je pourrais découvrir où se trouve Clancy grâce aux caméras !
Elle fouilla de fond en comble le sous-sol, par chance, elle finit par trouver un PC allumé dans la salle de dissection.
- Bingo ! Se réjouit-elle
Ève, par instinct, jeta un coup d'œil pour savoir s'il y avait du réseau.
Déçue, elle se rendit compte qu'il n'en avait pas. Elle repensa à ce qu'elle était venue chercher.
Ève se hâta d'appuyer sur les touches du clavier pour changer les vues des caméras.
- Il est dans une sorte de grange ? S'étonna Ève
Sur l'écran finit par apparaître Clancy allongé par terre, bâillonné et ligoté.
La pièce où il se trouvait était vraiment glauque, des dizaines de mannequins démembrés s'y trouvaient, le plancher était recouvert de taches de sang séchés ou fraîches, les murs étaient nus et craquelés...
Toute la pièce était jonchée de miroirs reflétant sous tous les angles possibles, Clancy.
Le cœur d'Ève bondit en apercevant Lucas s'approchait pour se mettre au-dessus du caméraman pour finalement s'asseoir sur lui à califourchon.
Ève se dépêchait d'augmenter le volume sonore pour ne pas manquer un seul morceau de la conversation.
Clancy s'agita, il ne supportait pas dans quelle postion il était. Pourquoi ce malade mental aimait le mettre autant mal à l'aise ?
Lucas, au contraire de son prisonnier, était ravi de le rendre et le faire sentir embarrassé et humilié. Comme pour le prouver, le fils Baker s'empressa de susurrer méchamment :
- Toujours pas dehors, Clancy ? Si proche du but, à quelques centimètres de la liberté pour finalement échouer lamentablement...
Clancy serra les dents avec rage sous son bâillon.
Lucas ricanait et se moquait ouvertement du caméraman :
- Bah alors, mon pote, tu ne dis plus rien ? Pourtant...Est-ce que tu réagirais si je...
Le fils Baker pinça avec force la joue de Clancy.
Clancy se retint de hurler, il se contenta de lui jeter des regards de mépris et de dégoût.
- Fais pas cette tête, on est ici pour s'amuser, pas vrai ? Tu sais quoi ? J'ai envie de te faire une confidence...Si ça, ce n'est pas une preuve de ma confiance, Clancy, hein ?
Clancy détourna la tête pour montrer son désintérêt pour ce qu'il allait dire. Furieux, Lucas gifla brutalement Clancy et tourna sa tête pour qu'il l'oblige à le regarder :
- Tu vas m'écouter attentivement, OK ? Parce que ce que je vais te dire te concerne ! Je ne sais pas si ça t'est déjà arrivé, ça fait des années et des années que je ressens ça...Tu te demandes de quoi je parle, je suppose ?
N'attendant pas une réponse de sa part, Lucas reprit :
- Ça va pas fort ces temps-ci, je ne suis plus aussi excité quand quelqu'un pousse des hurlements, me supplie : "Non, Lucas, ne me fais pas de mal ! S'il te plaît ! S'il te plaît !".
Il ricana un peu et il poursuivit :
- Finalement Zoé avait peut-être raison, j'ai vraiment besoin d'un psy. Tu veux bien remplir ce rôle, Clancy ?
Les sourcils froncés et les traits montrant l'exaspération, le caméraman secoua la tête de gauche à droite en signe de désapprobation totale.
Lucas sourit sadiquement et donna une tape faible à la joue de Clancy, qui sursauta à son plus grand plaisir.
- Je demande pas ton avis, citadin. Se moqua le fils Baker
Clancy continua à se débattre.
- Je croyais que j'étais insensible mais quand je la vois, je ressens des tas de choses...J'ai envie d'elle, il n'y a qu'elle qui compte rien qu'elle...C'est bizarre, hein ? On croit se connaître par cœur pour que finalement on s'en rend compte que non...Confessa Lucas
Clancy essaya de lui répondre à travers le bâillon.
Mais ses mots furent étouffés à cause du scotch que Lucas lui avait mis.
Son tortionnaire s'esclaffa de sa vaine tentative de s'exprimer, il pouffa :
- Je comprends pas ce que tu dis, mon pote. Articule, Clancy.
L'intéressé lui lança un regard meurtrier.
Lucas pouffa, il avait compris le message qu'il voulait faire passer.
- Eh bien, il fallait demander...Oh, ces citadins, tellement ignorants des coutumes locales. Ignora-t-il
D'un coup sec, Lucas retira le scotch sur la bouche de Clancy, une marque rouge extrêmement visible apparut sur les côtés de ses lèvres.
En dépit de la douleur qu'il y ressentait, Clancy était bien trop furieux contre Lucas, il s'écria exaspéré :
- J'en ai rien à faire de ce que tu dis, espèce de taré ! Laisse-moi partir !
- Tu oublies que c'est ici que s'arrête ton chemin. Rit Lucas froidement
- Au moins, j'aurais plus à voir ta sale tête ! Insulta Clancy avec mépris
- Je vais te donner une autre chance...Dis-moi, Clancy, ce que c'est, selon toi ? Peut-être qu'au fond j'ai déjà la réponse mais je préfère en être sûr. Interrogea Lucas
- Comment pourrais-je le deviner ? S'agaça le caméraman
- Clancy, on ne t'a jamais dit de ne pas répondre par une autre question ? Tu devrais te méfier parce que c'est le genre de choses qui me mets en rogne ! Et tu sais que quand je suis en colère...S'énerva Lucas
- OK, OK...Je veux bien essayer d'y répondre...Mais pourquoi tu me demandes ça à moi ? Questionna Clancy éberlué
Ça paraissait insensé, celui qui l'avait séquestré et malmené, se permettait maintenant de lui demander des conseils ?!
- Peut-être que c'est parce que je n'ai jamais voulu en parler à ma famille. Ces idiots ne comprennent rien. Admit Lucas avec un sourire
Sur ce point-là, Clancy arriva à sentir un point commun entre lui et Lucas. Il ne l'aurait jamais voulu l'envisager !
Les parents de Clancy aussi ne comprenaient pas toujours leur fils...
- Bon, alors, ne change pas de sujet ! Dis-le, qu'est-ce que c'est ?! Exigea-t-il
- Ça s'intensifie quand cette personne est très proche de toi ? Demanda Clancy
Lucas ne répondit pas, ses yeux bleu glacé semblèrent s'agiter tels un océan prit dans la tempête...
- Ça arrive quand Ève est là ? N'est-ce pas ? Devina le caméraman
- Tu l'évoques et je sens ce brasier à l'intérieur de moi se répandre dans tout mon corps. Avoua Lucas
- C'est elle qui retient ton attention, tu es amoureux d'elle. Je ne peux pas le croire, t'es incapable de ressentir quoi que ce soit. Se moqua Clancy
Pris d'un soudain accès de violence, Lucas donna des gifles si fortes à Clancy qu'elles le firent saigner, puis il l'étrangla violemment.
Il serrait si fort sa prise que ses jointures blanchirent.
Suffoquant, le caméraman tentait désespérément de bouger dans l'espoir d'éloigner les mains de ce malade, sans résultat...
- Répète un peu pour voir ?! Je ne peux rien ressentir, hein ?! Tu me vois comme... tous les autres ! Comme le vieux, comme ma mère, comme cette idiote de Zoé ! Je suis un monstre pour toi, c'est ça ?! Vociféra Lucas fou furieux
- Arrête Lucas ! S'époumona Clancy le nez ensanglanté
Ève, depuis la salle de dissection, paniquait :
- Je ne peux pas laisser Clancy dans cette situation ! Il va le tuer ! S'affolait-elle
Lucas attendit que sa victime finisse par regretter ses paroles :
- JE NE VOULAIS PAS DIRE ÇA ! S'IL TE PLAÎT, LÂCHE-MOI ! Implora Clancy
Le fils Baker décida finalement d'éloigner ses mains de la gorge de son prisonnier.
Toujours au-dessus du pauvre Clancy, le fils Baker regardait avec délectation ce dernier, complètement terrorisé et sous le choc.
- Je suis...certain que...Ève ressent quelque chose pour toi...Respira Clancy difficilement
- Te fatigue pas à me mentir, c'est impossible...Même si elle n'éprouve pas la même chose, elle est à moi, elle ne partira plus jamais...Plus jamais...Plus jamais... Marmonna Lucas
Riant nerveusement, Lucas déclara en se levant et en se dirigeant vers la sortie :
- Je vais finalement te garder encore un peu en vie. J'ai trop envie que tu joues au jeu que j'ai mis au point. Et oui, rien que pour toi, mon pote. Je sais, t'as hâte de l'essayer, moi aussi, mon ami, moi aussi...
- Non, non, non ! Pas encore ! Je pourrais pas le supporter ! Implora Clancy
- Bien sûr que si, Clancy, t'as supporté pratiquement tous les petits jeux que j'ai fait pour toi. Pourquoi pas celui-là ? Interrompit le fils Baker
- Sortez-moi d'ici ! N'importe qui ! AIDEZ-MOI, PUTAIN ! S'époumona Clancy
- Ton langage, Clancy ! Respecte ceux qui sont morts...Prétendit Lucas en pouffant
- Tu n'as aucun respect pour les morts ! Tu te souviens pas de ce que t'as fait, juste sous mes yeux, avec les pauvres victimes de tes jeux de malade mental ?! S'indigna Clancy
- Chut, chut, reste calme. Oublie pas que t'auras besoin de ton souffle quand tu devras crier. Insinua Lucas méchamment
- Tu n'es qu'un...Commença Clancy furieux
- Bon je crois que je vais devoir t'obliger à garder le silence. Coupa Lucas
Il reprit le morceau scotch de tout à l'heure et le recolla brutalement sur ses lèvres.
- C'est tellement mieux de ne plus entendre tes jacassements. Sourit Lucas
Furieux, Clancy lui donna un coup de pied malgré ses jambes liées.
Lucas éclata d'un rire moqueur.
- Tu es vraiment mon jouet préféré. Ça me fera tellement mal quand tu crèveras. Enfin, un tout petit peu...T'en fais pas, je trouverai quelqu'un d'autre pour te remplacer. Gloussa le fils Baker
À ces mots, Lucas ricana d'un rire fou, pour enfin partir.
Le cœur d'Ève sauta à l'entente de pleurs et de la voix...de Jack ?!
Ève s'approcha discrètement et se cacha derrière un mur, elle observa discrètement la scène devant elle.
Jack traînait par les cheveux une fille dans les escaliers qui menait au sous-sol, ses mains et ses pieds étaient attachés.
La pauvre était sale, elle avait les vêtements déchirés ainsi que le corps entièrement blessé. Elle tenta de se débattre et ne cessa de sangloter.
- Chut, chut, dans quelques instants tu vas faire connaissance avec tes congénères ! Promit Jack avec un sourire méchant
Il la jeta sur le sol couvert de moisissure.
- Détachez-moi et laissez-moi partir ! S'il vous plaît, ne m'abandonnez pas ici ! Supplia une femme
- Il fallait y penser avant de refuser son don. Renifla Jack d'un ton méprisant
- Je vous en supplie, ne me laissez pas là ! Je promets de ne plus m'échapper ! Pitié ! Je promets d'être sage ! Implora-t-elle vainement
- Oh, non, c'est trop tard ! Tu aurais dû y penser avant. Amuse-toi bien, fillette. Je reviendrai plus tard pour récupérer les morceaux qui resteront de toi, avec un peu de chance il en restera des gros et on pourra les cuisiner. Railla Jack
La fille poussa des hurlements désespérés en entendant ça, sous les rires cruels du patriarche qui claqua la porte derrière lui.
- Au secours ! À l'aide ! Aidez-moi ! Hurla la femme
Ève voulut voler à son secours sauf qu'elle ne pouvait plus rien faire.
Elle entendit des cris de douleur à glacer le sang, ce que ses yeux virent, fut épouvantable, des mycomorphes s'étaient mis à la lacérer avec leurs griffes longues et acérées !
Certains lui mordirent le cou et arrachèrent de gros morceaux de chair, ils n'épargnèrent aucune partie de son corps déjà meurtri.
Le sang jaillit de partout, il éclaboussa et recouvrit le sol sale.
Ève resta profondément horrifiée par ce spectacle abominable.
Lorsqu'ils eurent fini leur travail, ils partirent et laissèrent ce qui restait de la jeune fille.
Encore sous le choc, Ève passa avec lenteur à côté des restes de la pauvre victime. Elle retint une envie de vomir en sentant l'odeur frappante du sang et des organes.
Ève monta les marches des escaliers, elle ressortit la carte pour regarder où était la grange.
Elle ne rencontra pas Jack sur son chemin et ce fut un soulagement pour elle.
Ève emprunta la porte qui menait au jardin, la douce brise de la nuit l'accueilla, elle aurait pensé ne plus jamais revoir l'extérieur.
Le ciel était assez couvert cette nuit, elle ne put entrevoir la lune.
Ève entendit le grésillement des sauterelles, il faisait une chaleur étouffante, l'air était assez humide à cause du fait qu'ils étaient à proximité des marécages.
Elle sentit sous ses pieds l'herbe touffue, Ève espérait trouvait de l'eau pour enlever la moisissure sur sa peau.
Elle se rassura qu'il y en avait sans doute puisqu'elle se rendait dans une grange.
Ève se précipita en direction du grand bâtiment, elle passa devant une caravane éclairée à l'intérieur.
Elle put voir Zoé dedans, Ève esquissa un petit sourire elle reprit son chemin.
Elle monta plusieurs marches pour se retrouver dans un environnement encore plus glauque.
Tout dans ce décor se rapportait au fils Baker.
Elle trouva sur son chemin un seau d'eau, elle n'était pas très propre mais c'était mieux que de rester couverte de moisissure.
Ève renversa le contenu au-dessus de sa tête, la matière visqueuse s'évapora, elle fut un peu plus soulagée.
Ève porta une main à son cœur qui cognait douloureusement dans sa cage thoracique, elle pouvait encore se faire prendre.
Elle observa et repéra où des caméras pourraient se cacher et la trahir.
Elle ouvrit la première porte qu'elle vit.
Lorsqu'elle entra dans la pièce, elle découvrit inerte par terre...Clancy !
Sa respiration s'accéléra, elle l'avait enfin retrouvé !
Ève se colla contre le mur pour ne pas être dans le champ de vision des caméras. Il y en avait trois.
Elle réfléchissait à un moyen afin d'éviter d'être repérée par l'une d'entre elle, la jeune femme remarqua les tissus qui traînaient par terre.
Une échelle se trouvait à proximité, trouvant la solution.
Elle poussa l'échelle vers la première caméra, tenant à la main un des tissus elle s'empressa de la recouvrir totalement. Elle refit le même processus.
Ève courut rejoindre Clancy. Le caméraman avait les yeux fermés.
Elle parla d'une voix faible pour éviter de se faire entendre et enregistrer par les caméras, elle secoua doucement le jeune homme :
- C'est moi Ève, je vais te sortir de là. Allez, il faut que tu ouvres les yeux...
Clancy ouvrit lentement ses paupières, il afficha une expression ravi à la vue de la jeune fille.
- Je vais t'enlever ça, je vais essayer de le retirer le plus doucement possible. Prévint Ève en montrant le scotch
Clancy hocha la tête en signe d'approbation.
Ève saisit les extrémités, elle enleva lentement et avec précaution le bout de scotch sur la bouche de Clancy.
- Merci, mais comment es-tu arrivée ici ? S'étonna le caméraman
- Je te dirais tout juste après. Il faut que je te sors d'ici, d'abord. Promit Ève
- Je peux pas me lever, mes jambes et mes mains sont attachées...Soupira Clancy
- Il n'y a absolument rien de coupant ici. Se désola Ève
- Laisse-moi. Je vais m'en sortir, tu dois te sauver ! Répondit Clancy
- Non, il est hors de question. J'ai trouvé comment défaire tes liens...Rassura Ève
- Comment ? Questionna Clancy
- Comme ça ! Indiqua Ève
Sans prévenir, Ève brisa avec sa main gauche un des miroirs.
Les morceaux se répandirent sur le sol et d'autres étaient restés accrocher à la peau de la jeune fille.
Le sang s'écoula des plaies fraîches.
Elle retira les bouts de verre dans sa peau.
Clancy fixait mi-admiratif mi-choqué, Ève. Elle sourit en retour et ramassa un des débris, elle se hâta de couper les liens qui entravaient le caméraman.
- Voilà...Se calma Ève
- Merci pour tout. On doit vite se tirer avant que Lucas ne revienne ! S'exclama Clancy
