Zoé avait complètement oubliée son mégot de cigarette sur la table de la cuisine, si sa mère tombait dessus, elle allait en manger !
Elle se plaignait déjà de sentir l'odeur de fumée dans sa chambre, si en plus elle trouvait des restes de cendres...
Zoé se dépêcha de descendre les escaliers, sa mère et son père étaient heureusement sortis, elle était seule avec Lucas.
La fille Baker trouva curieux que son frère n'était ni dans le garage à bricoler ou dans sa chambre sur son téléphone.
Elle ne s'en souciait pas plus, elle avait l'habitude que Lucas l'évitait comme la peste.
Au moment où elle posa un pied dans la salle à manger, elle entendit l'eau couler du robinet.
- Lucas ? Appela Zoé incertaine
Son frère ne daigna même pas à se tourner vers elle ou à lui accorder de l'importance.
Il l'ignora délibérément, les mains dans les poches, il passa devant elle.
Zoé, suspicieuse, attrapa le bras de Lucas avant qu'il ne puisse s'enfuir et s'enfermer.
Agacé par l'insistance de sa sœur, celui-ci la repoussa en la poussant brutalement.
- Fous-moi la paix ! Je vois déjà assez ta tronche ! Grogna Lucas agacé
- Attends un peu, qu'est-ce que tu caches ? Interrogea Zoé méfiante
Elle haussa un sourcil tout en jaugeant son frère d'un air pensif.
Lucas ne répondit rien, il se contenta de soupirer profondément exaspéré.
Zoé remarqua qu'il enfonçait encore plus ses mains dans ses poches.
- Qu'est-ce que tu t'es fait à tes mains ? Questionna Zoé curieuse
- Rien, dégage ! C'est pas tes affaires ! Et arrête de me regarder comme ça, merde ! L'insulta Lucas
Il la bouscula violemment avec son épaule, Zoé ne put le rattraper à temps, il avait déjà quitté la pièce et avait claqué la porte brutalement derrière lui.
"Il avait profité de l'absence des parents, pour s'auto-mutiler..."Affirma Zoé intérieurement.
Zoé essuya d'un revers de la main ses larmes incessantes, son cœur commençait à saigner de l'intérieur.
"Ça lui faisait se sentir...Bien ? Ça l'empêchait de vouloir mettre fin à ses jours..." Conclut-elle.
Elle secoua la tête pour empêcher d'autres sanglots de s'échapper de ses yeux. Elle était partagée entre deux ressentis, la culpabilité ainsi que la fureur.
Elle détestait Lucas d'avoir refusé de lui venir en aide, il était le seul qui aurait pu lui éviter toutes ces atrocités. Mais...
"N'est-ce pas ce que j'ai fait ? " Se rappela-elle subitement.
Zoé pleura de plus belle, elle se mordit la lèvre inférieure pour empêcher qu'un hurlement de douleur ne franchisse ses lèvres.
"Il essayait de m'en parler qu'il était au plus bas, je l'ai ignoré. J'ai fait comme si tout aller bien, qu'il imaginait des trucs. Maman et Papa m'ont crue alors...Tout ça parce que j'avais peur d'être impliquée, d'être à nouveau rejetée par les autres si je le défendais...Pourquoi j'ai fait ça ? Pourquoi j'ai fait une chose aussi horrible à mon propre frère ? "
Zoé respira de plus en plus fort à mesure que ses émotions s'entrechoquaient au plus profond de son âme.
"Il s'est vengé, j'ai vécu un enfer tout comme lui et il m'a obligée à faire ce qu'il se faisait tous les jours. Se blesser lui-même, se causer des souffrances dans l'espoir de canaliser sa douleur. Je suis désolée, sincèrement désolée, Lucas...Je t'en prie, il faut que tu me pardonnes. Mais c'est trop tard, le mal est fait et tu n'avais pas à impliquer Papa et Maman. Ils ne méritaient pas de payer eux aussi, il n'y avait que moi qui devait en subir les conséquences. C'est pour ça que tu as fait tout ça à Ève ? Tu voulais qu'elle souffre comme tu as souffert pour qu'elle comprenne ce que tu as ressenti. "
Zoé continuait de traverser le tunnel sous la buanderie. Son cœur bondit lorsqu'elle découvrit horrifiée que le passage vers l'extérieur était bouché.
- Oh non ! Oh non !
Elle était piégée dans la maison.
- Fille indigne ! Cracha Jack furieusement
Violemment, il renversa l'assiette d'Ève qui se fracassa par terre, il cogna le front de la jeune fille contre la table en bois.
Le patriarche la poussa un peu plus sur la table sale, des morceaux de verre parvinrent alors à se planter dans la plante des pieds d'Ève.
Elle tenta de ne laisser échapper aucune plainte en dépit de la douleur intense qu'elle ressentait.
Du sang s'écoula à flot des plaies ouvertes.
- Je n'ai rien fait ! Nia Ève
- Menteuse ! Menteuse ! Menteuse ! Tempêta Marguerite
- Tu nous prends pour des idiots, en plus ? Grogna Jack
-Tu ne mérites même pas de goûter à ma nourriture, garce ! Ajouta Marguerite dédaigneusement
- Ce n'est pas moi qui l'ai libérée ! Insista Ève
- Oh arrête ta comédie. Tu crois qu'on va avaler ça. Intervint Lucas
- Qui d'autre que toi l'aurait fait ? Jack, elle ose mentir à sa famille ?! À nous, qui avons tant fait pour elle ! S'insurgea Marguerite folle de rage
Le patriarche garda une prise féroce sur sa tête, l'obligeant à rester immobile.
- T'en fais pas, elle va pas tarder à nous supplier de lui pardonner. Affirma Jack
Ève, les yeux rougis par les larmes, elle fixait Lucas avec haine, tout était de sa faute, il la toisait en retour d'un air exaspéré :
- T'en as pas marre de te prendre des raclées, Cendrillon ? Soupira Lucas
- Toi ! Tu ferais mieux de te la fermer ! S'emporta Ève
Elle essaya de se relever, sans succès, Jack la maintenait.
- Qu'est-ce que t'as dit ?! Répète un peu pour voir ? S'énerva Lucas furieux par son affront
- Inutile de le redire, t'as très bien entendu ! Tout est de ta faute ! Tu as fait de ma vie un enfer tout ça pour une stupide histoire de gamins ! Je regrette le jour où tu es entré dans ma vie ! Je te déteste, je te hais ! Tu as tué ma cousine ! Se déchaîna Ève à bout
Lucas, devenu fou de haine, tira les cheveux d'Ève violemment pour être certain qu'elle le regarde droit dans les yeux.
Il rapprocha son visage du sien, un sourire méchant sur les lèvres.
- Tu m'apprends rien, je le sais que tu pensais ça depuis le début. Tu sais quoi ? Je me suis toujours moqué de ce que tu pouvais penser, tout ce qui compte c'est moi. C'est ce que j'ai envie qui est le plus important et j'ai envie de toi. Depuis toujours, je te veux, je te voulais que pour moi seul. Ton corps m'appartient, ton âme m'appartient. Je peux en faire ce que je veux, tout ce que je veux ! Tu es à moi, personne ne te prendra à moi. Et tu resteras avec moi pour l'éternité, t'entends ?! T'entends ?! Cracha Lucas
Il n'eut pas une once de honte à lui dire ça devant ses parents.
La jeune femme aperçut dans les yeux bleu glacé de Lucas le reflet de toute sa folie, de son égoïsme, de sa cruauté.
Maintenant plus que jamais, elle sut ce qu'elle représentait pour lui...
Elle n'était que son jouet, que son objet qu'il gardait avec lui possessivement.
Elle resta silencieuse, elle ferma ses paupières, épuisée, elle n'en pouvait plus.
Elle les rouvrit, elle avait enfin trouvé un moyen pour mettre fin à ses souffrances.
- Je ne suis à personne...Dit Ève dans un souffle
Lucas haussa un sourcil, son expression montrant l'incompréhension de ce qu'elle cherchait à dire, incitant ainsi la jeune femme à continuer.
Ève, bien sûr, reprit :
- Ni à toi, ni à ton père, ni à ta mère, ni à Eveline. À aucun de vous ! Vous m'entendez ?!
Ève empoigna le plus rapidement possible le couteau de sa main gauche.
- Qu'est-ce qu'elle fait ?! S'écria Marguerite
- Lâche ça, ma fille, ou ça va être pire ! Prévint Jack d'une voix menaçante
- Ce n'est pas pour vous...Chuchota Ève en le rapprochant de son cou
- Elle veut se tuer ! Comprit Lucas
Lucas arracha le couteau de ses mains, Jack mit ses bras derrière son dos.
- Qu'est-ce que tu croyais faire ? Se moqua Lucas ouvertement
- NON ! NON ! VOUS POUVEZ PAS ME L'ENLEVER ! RENDEZ-LE MOI ! RENDEZ-LE MOI ! PITIÉ ! Hurla Ève
- Ferme-la ! S'énerva Jack en lui mettant sa main sale contre sa bouche
Le patriarche la releva, il la serra contre lui pour l'immobiliser. Ève continuait à se débattre, elle s'agitait.
- Reste tranquille ! S'agaça Jack en tordant un de ses bras
Les cris d'Ève s'intensifièrent.
- Lucas, ramène-moi du scotch, il y en a dans le salon. Puisqu'elle veut revenir aux bonnes vieilles méthodes.
Jack tira le scotch et réussit à le couper sans prendre un ciseau. Il le plaqua contre les lèvres d'Ève.
Humiliée, la pauvre se mit à pleurer, elle hurlait comme elle le pouvait, le scotch sur sa bouche étouffa ses cris.
Elle n'en pouvait plus d'être traitée de cette façon, le mal à l'intérieur d'elle gagnait du terrain.
- Elle ne va donc jamais devenir docile ? Grommela Jack
- Débrouillez-vous avec elle, moi je ne peux plus la supporter ! Vous feriez mieux de trouver une punition assez sévère ou je risque de la tuer ! Je ne peux plus supporter ses jérémiades ! Je n'arrive pas à croire qu'elle a gâché une fois de plus le dîner familial ! S'égosilla Marguerite
À ces mots, la matriarche quitta la pièce en pestant, elle claqua violemment les portes derrière elle.
- Tu as vu dans quel état tu l'as mise ? Tu as tout ruiné, tout ! L'accusa Jack d'une voix grincheuse
Ève ne fit pas attention à Jack, elle remarqua que la vieille dame avait disparue.
Elle était seule entre les mains des deux pires tyrans, le père fou et le fils psychopathe.
- Nous qui acceptons d'être ta famille, c'est comme ça que tu nous remercies ?! Ingrate ! Continua Jack cherchant par tous les moyens de la faire culpabiliser
- Elle s'en moque, tout ce qu'elle veut c'est se tirer d'ici et retrouver sa fille. La trahie Lucas
Ève comprit qu'il cherchait à se venger d'elle après ce qu'elle avait dit. Elle essaya de jouer la carte de l'innocence.
Elle hocha la tête de droite à gauche, elle essayait de crier contre le scotch qui recouvrait ses lèvres :
- Non ! Non ! Ce n'est pas vrai !
- La menteuse. Pouffa Lucas
- J'en ai assez de ses mensonges ! Cria Jack
- Tu sais, vieux, j'ai plusieurs idées pour la calmer pour toujours. Il suffit que tu me la laisses. T'en fais pas, elle ne va plus oser faire un seul pas de travers. Suggéra Lucas un sourire sadique aux lèvres
- Laisse-moi appliquer mes méthodes, fiston ! Tu n'auras qu'à regarder, tu pourras en prendre de la graine. Tu vas le regretter, petite biche, de ne pas t'être bien conduite. Tonna Jack
Ils s'esclaffèrent tous les deux à la vue des yeux exorbités de la jeune femme, elle, qui s'était calmée momentanément, elle se remit à crier vainement.
Jack tapota la tête d'Ève d'un geste moqueur.
- Tu as raison d'avoir peur. Alors, tu regrettes de ne pas avoir été sage ? Se réjouit Jack
Ève secoua la tête, elle n'avait plus rien à perdre, autant dire ce qu'elle pensait réellement. Jack perdit son sourire, il en avait assez de son insolence.
- J'espérais que tu répondes ça. Qu'est-ce qu'on attend, vieux ? S'enquit Lucas impatient
- On l'emmène dans le garage. Répondit le patriarche
Ils réussirent à la traîner jusqu'à la porte ferraillé du garage malgré qu'elle se débattait dans tous les sens.
- Reste calme, reste calme. Intima Jack un sourire inquiétant sur le visage
Lucas appuya sur l'interrupteur rouge pour ouvrir la porte, elle remonta dans un grincement insupportable.
- Passe devant, ma belle. Incita Lucas
Ils la jetèrent brutalement par terre, Ève se retrouva sur le sol humide et mouillé.
Le souffle court, elle regarda de tous les côtés afin de trouver une parade pour échapper au patriarche et au fils.
Ce qu'ils prévoyaient, n'allait sans doute pas être qu'une simple leçon de morale.
Lucas se rapprocha de leur prisonnière, il pencha au-dessus d'elle, un large sourire mauvais aux lèvres, il susurra :
- J'ai hâte de voir cette peau douce couverte encore plus de bleus. Tiens, et si on la faisait crier jusqu'à qu'elle n'ait plus de voix ? T'en penses quoi, Papa ?
- Tu n'as pas mieux, mon garçon ? Se moqua Jack
Lucas soupira, son père restait comme il avait toujours été, tout le temps en désaccord avec lui.
Le fils Baker reporta son attention vers Ève qui commençait à trembler de peur. Son amusement grandit.
- Ça te dérange pas si je t'enlève ça ?
Il retira brusquement le scotch de sa bouche.
- On veut être sûrs de t'entendre supplier. Précisa Lucas
Ève, sous le coup de la colère, cracha sur le visage de Lucas.
Jack ne se priva pas de se moquer de son fils :
- Je vois que tu sais toujours autant t'y faire avec les demoiselles, fiston.
- Je sais aussi les remettre à leur place. Siffla Lucas
Il empoigna les cheveux d'Ève avec violence et rapprocha son visage du sien.
- Tu vas lécher toute la salive que tu m'as craché à la figure ! T'entends ?! Ordonna t-il
Ève refusa de bouger, elle se contenta de jeter des regards emplis de mépris à l'égard de Lucas.
- Puisque tu n'as pas envie de le faire.
Il la gifla brutalement, il essuya le crachat sur sa joue et l'essuya sans ménagement sur la bouche d'Ève.
Jack ricana bruyamment, il railla :
- C'est tout ? Et tu la laisses s'en tirer comme ça ? Tu ne sais vraiment pas t'y prendre, fiston, laisse-moi te montrer. Avec moi, elle n'ose pas se permettre ce genre de choses.
Jack s'avança vers elle dangereusement. Ceci eut pour effet de provoquer un mouvement de recul chez Ève.
- Non, non, non ! Paniqua t-elle
- Qu'est-ce que je disais ? Se vanta Jack sous le regard agacé de Lucas
Ève s'apprêtait à fondre en larmes, elle s'en fichait désormais de paraître faible.
Elle devait trouver un moyen de contenir ce désespoir et cet immense chagrin avant qu'ils n'explosent à l'intérieur d'elle.
Ses tremblements redoublèrent d'intensité à mesure que Jack s'approcher.
Debout au-dessus d'elle, son ombre imposante la recouvrait, il agrandit son sourire machiavélique.
- Chut, chut, tout va aller bien. Papa va prendre soin de toi. Promit le patriarche faussement
- Non, non, s'il vous plaît...Supplia Ève
Il lui donna un coup de pied dans les côtes, elle porta une main à cet endroit précis dans l'espoir d'apaiser la souffrance qu'elle y ressentait.
Le sang jaillit de ses blessures à peine refermées.
- Pitié...Souffla t-elle
Seulement, Jack gloussa en réponse :
- Les mauvaises filles méritent d'être punies !
Le père Baker ne s'arrêta pas de la frapper sous le regard amusé de Lucas.
- Non ! Arrête ! Cria Ève vainement
- Tu me l'avais promis, tu m'as menti ! Tu as dit que tu ne recommencerais plus ! Et je déteste qu'on me mente ! Mauvaise fille ! Tu veux que je te le rappelle, peut-être ? Que ça reste ancrer dans ta mémoire ? S'écria t-il
Jack sortit de sa poche un large couteau, il se mit au-dessus d'elle, il étendit le bras blessé d'Ève et l'immobilisa. Il planta le bout du couteau dans sa peau et il inscrivit avec son sang : "Mauvaise fille".
Ève ne put se retenir plus longtemps, elle poussa des hurlements déchirants qui auraient pu fendre l'âme de n'importe qui mais pas de ces deux monstres...
À chaque lettre que Jack écrivait, il eut un gémissement de plaisir sadique, ce qu'il aimait se nourrir de sa souffrance, c'était la plus appétissante qu'il n'ait jamais goûté.
- Répète-le. "Je suis une mauvaise fille, Papa." Exigea Jack
- Je suis une mauvaise fille, Papa...Trembla Ève
- Encore. Ordonna le patriarche
- Je suis une mauvaise fille, Papa. Répéta t-elle
- Redis-le en pleurant. Insista Jack
- Je suis une mauvaise fille, Papa. Pardonne-moi. Je t'en supplie...Je t'en supplie. Sanglota Ève à bout
- Tu vois c'est comme ça qu'il faut la traiter. Dit Jack avec un sourire inquiétant en se tournant vers Lucas
Le fils croisa les bras sur son torse, il ronchonna de mauvaise foi :
- Je suis sûr que je peux faire mieux. C'est à mon tour.
