Elle tomba sur le sol dans un bruit sourd. Les membres tremblants, le teint blafard, le sang qui suintait sa nuisette, Ève, la respiration saccadée, avait le regard vide.

Il l'avait lâché brutalement, sachant quand même pertinemment qu'elle n'arrivait plus à tenir debout sans soutien.

L'homme insensible l'abandonna à son triste sort et sans même lui accorder un regard, il la laissa dans la maison annexe qui était reliée aux mines de sel.

Ève n'arriva pas à hisser son corps jusqu'au divan sale qui était à quelques mètres d'elle. Elle voulait se reposer un peu et essayer de prendre la fuite.

Alors elle rampa sur le sol, elle laissa échapper des gémissements de douleur et des pleurs, tout son corps la faisait souffrir.

- Au secours...Aidez-moi...Appela-t-elle d'une voix faible et brisée

Sa voix était à peine audible même pour la personne qui serait présente dans la maison par malchance.

- Aidez-moi...Pitié...Continua-t-elle même en sachant que c'était peine perdue

Elle eut une réponse, elle entendit des pas lourds provenir des escaliers qui descendaient ici.

Ève espérait que ça soit quelqu'un qui puisse lui venir en aide.

La porte s'ouvrit brutalement sur Jack Baker.

Tous ses espoirs s'envolèrent au loin.

À la vue de la jeune fille, il se réjouit et afficha un sourire inquiétant.

- J'étais tellement inquiet à ton sujet, mais où étais-tu passée ?

Ève releva ses yeux verts en direction du patriarche. Elle crut qu'elle allait suffoquer.

Elle recula effrayée sous les rires du père Baker.

Jack n'usa pas de beaucoup d'efforts pour parvenir à l'attraper, affaiblie et finissant par être coincée par la porte, il la releva et la remit sur pieds par le col de sa nuisette.

- Où croyais-tu t'en aller ? Tu oserais abandonner ta fille ? Accusa-t-il en levant une main menaçante pour la gifler

Ève trembla à cette idée, malgré tout, elle osa protester.

- Non, non, non...Je ne veux pas y retourner...Je n'en peux plus...Pleura Ève

Elle fondit en larmes, elle n'en pouvait plus. Les yeux larmoyants, elle voulait essayer de l'attendrir même en le connaissant.

N'importe qui aurait de la compassion en la voyant ainsi, mais pas lui...

Insensible, Jack se contenta de rire, son étau se resserra un peu plus.

- Inutile de me faire tes yeux de biche. Tu as accepté d'être sa mère, tu dois aussi accepter tes nouvelles responsabilités. Tu reviens déjà sur ta décision ?

Ève ne pensait pas du tout à la promesse qu'elle avait faite à Eveline.

Le cœur en morceaux et la fierté en poussière, elle admit même face au patriarche ce qu'elle redoutait.

- Je ne veux plus avoir mal...Plus jamais, plus jamais...Couina-t-elle

Jack afficha un sourire méchant lorsqu'il entendit ces paroles.

- Tu ne veux plus avoir mal, hein ? Ironisa-t-il

Cruel, il la gifla tellement fort qu'elle faillit tomber par terre mais il la retenait. Sa joue était devenue bleue et gonflée.

- Ça c'est pour avoir essayé de t'enfuir !

Il lui en redonna une autre.

- Et ça c'est pour avoir voulu abandonner ma petite fille !

Pourquoi la vie était-elle si cruelle et ne lui laissait pas l'occasion de mourir ?

Une nouvelle chose s'ajoutait à son calvaire, elle était apparemment immunisée contre n'importe quelle blessure sauf que la douleur elle la ressentait.

Jack s'esclaffa en voyant la jeune fille en larmes.

- C'est pathétique...Fit-il observer

- Pourquoi, vous ne le voulez pas ? Je ne veux rien de plus que partir. Ça ne rime à rien de me garder alors que je ne serai jamais comme vous l'espériez. Renifla Ève

- Ce n'est pas l'envie qui m'a manqué de te remplacer mais ma petite chérie ne veut pas. Je ne peux pas refuser de l'écouter.

- Pitié, je...Essaya-t-elle

- C'est chez toi ici, pourquoi ne veux-tu pas l'accepter ? Que vas-tu trouver ailleurs, ici tu as une famille aimante qui te considère comme l'une des nôtres, on ne te demande que de le vouloir. Je ne te comprends pas, jeune fille, il n'y a rien dehors pour toi, tu n'as plus de famille. Ici tu as tout ce que tu peux rêver d'avoir...Coupa-t-il

- Tout ce que je peux rêver d'avoir ? Je n'ai personne qui se soucie réellement de moi, vous me détestez pour m'avoir fait toutes ces choses horribles...Trembla Ève

- Ne joue pas les gamines pourries gâtées. Ricana Jack

Il la rapprocha de lui pour qu'elle l'entende distinctement, son haleine rance se jeta à son visage.

- Que vas-tu chercher là ? Moi, je me soucie de toi. Prétendit-il

De plus en plus pâle, Ève le contredit :

- Non...

- Et toutes ces attentions de ma part ? Tu les as oubliées ? Petite ingrate ! Reprocha Jack avec un sourire amusé

Elle préféra ne rien répondre, c'était préférable. Jack finit par passer à autre chose, il lui fit observer :

- Alors comme ça il paraît que tu n'aimes pas notre nourriture ? T'en fais pas j'en ai une nouvelle à te proposer. Ça tombe bien, je t'ai laissé ton repas.

Incapable de lui résister, il la tira derrière lui en la prenant par le bras. Ève tentait de ne pas trébucher en dépit de son corps flageolant.

Il la traîna jusqu'à dans la salle à manger de la maison annexe. Et dire qu'il y avait quelques jours elle se tenait ici encore libre, c'était cruel de la faire revenir là, à cet endroit précis.

Elle savait qu'elle était dans un état déplorable, blessée dans tous les sens du terme, elle arrivait à peine à tenir sur ses jambes.

Jack n'avait pas lâché prise, il était d'humeur joyeuse et c'était tout sauf bon signe.

- Regarde ça, si ce n'est pas un repas appétissant et adapté pour toi. Lui annonça-t-il

Ève ne savait pas si elle avait envie de voir ce qu'il lui avait laissé.

En décelant son manque d'entrain, Jack s'empressa de lui montrer, il la fit agenouiller sur le plancher.

Ève entendit une respiration rauque et elle découvrit qu'il y avait une forme étendue devant elle.

La jeune femme couvrit de ses mains sa bouche, absolument épouvantée par ce qu'il y avait.

Une pauvre biche était ligotée et blessée, elle saignait abondamment, sûrement grâce aux bons soins de Jack.

Ève sentit des larmes lui monter aux yeux, elle aimait tellement les animaux et les porter tous dans son cœur, en voir un souffrir revenait à lui faire du mal à elle.

- Alors, qu'est-ce que t'en dis ? T'aime ton repas ? Ricana le patriarche

Folle de rage et de chagrin, Ève cria à l'adresse de Jack :

- Espèce de malade ! Vous n'avez pas honte de faire souffrir un pauvre animal innocent ?! Relâchez-la ! Oh mon Dieu, ça va aller ma belle, ça va aller.

Ève caressa avec douceur la biche pour la rassurer mais le pauvre animal était terrorisé, il n'osait plus bouger un membre, sa cage thoracique se soulevait frénétiquement.

Il était sur le point de faire un arrêt cardiaque.

- On pourrait presque vous confondre toutes les deux, tu ne crois pas ?

- Blessez-moi ! Mais par pitié laissez cette pauvre bête retrouver sa liberté ! Exigea Ève

- Pourquoi gâcher la nourriture ? Je me suis donné la peine de chasser et de te la donner et toi tu voudrais relâcher mon trophée de chasse, ma fille ? Accusa Jack d'un air moqueur

- Si vous ne voulez pas le faire, je vais le faire ! Décida Ève

Aussitôt qu'elle dit ça, il saisit une poignée de ses cheveux et tira sa tête en arrière pour l'empêcher d'accomplir ce qu'elle voulait entreprendre de faire.

- Essaie fillette et je tranche ta jolie gorge fine. Menaça Jack sombrement

- Tant mieux, c'est exactement ce que je veux ! Mourir ! Cracha Ève

- Pauvre petite créature...Se moqua Jack

Elle n'avait aucun contrôle sur la situation, pourtant, elle devait faire quelque chose pour sauver cet animal.

- Qu'est-ce que je dois faire ? Abdiqua Ève en levant la tête en direction du père Baker

- Je ne te demanderai rien, je sais que ça sert à rien, quoi que tu dises ce ne sont que des mensonges...Alors je viens de trouver une punition pour toi. Tu vas devoir choisir.

- Qu'est-ce que je vais devoir choisir ?! S'impatienta Ève

Jack eut un petit rire, il indiqua la biche d'un hochement de tête.

- Abrège ses souffrances ou laisse-la en vie et souffrir. Proposa-t-il

La respiration qui accéléra, Ève, profondément indignée finit par répliquer :

- Je ne tuerai pas cet animal innocent, vous m'entendez ?!

- J'aurai dû m'en douter. Très bien alors je vais m'en charger personnellement. Grommela Jack en prenant la hache qu'il avait laissé sur la table

Il s'apprêtait à la soulever et l'abattre sur la tête de la biche mais Ève s'interposa :

- Non ! S'exclama-t-elle

Ève se jeta aux pieds de Jack, elle n'avait plus rien à perdre, elle s'accrocha désespérément à lui pour l'en empêcher, pris au dépourvu ce dernier resta un moment silencieux.

Encouragée, elle l'implora de ne pas blesser cet animal :

- Ne lui fais pas de mal...papa...Je t'en supplie. Elle ne le mérite pas, elle n'a rien fait pour mourir de cette façon...

- C'est tellement pitoyable à quel point tu te rabaisses pour m'empêcher de toucher à cette sale bestiole. Gloussa-t-il

- Écoute-moi, s'il te plaît, papa. Je ne te demanderai plus rien, plus rien du tout à part ça. Je te le jure. Pleura Ève

- Continue. Dit Jack brusquement

- Quoi ? Demanda-t-elle confuse

- Continue de me supplier. Allez, qu'est-ce que t'attends ? Supplie-moi.

Ève sentit son cœur battre un peu plus vite, elle trouvait répugnant de voir comment Jack se plaisait à la voir et l'entendre mendier.

- Pitié, je t'en prie...Obéit-elle

- C'est tellement drôle à regarder. Pourquoi, tu ne lécherais pas le bout de mes bottes aussi ? Ça serait encore plus convaincant, non ? Railla le vieil homme

Ève essuya ses larmes, elle tenta du mieux qu'elle put de supporter les propos humiliants que lui adressaient le patriarche.

Elle attendit que Jack repose sa hache mais il n'en fit rien, il décela son incrédulité.

- Qu'est-ce que tu croyais, fillette ? Que je n'allais pas tenir ma promesse ? Je vais te montrer. Rassura-t-il

Ève soupira de soulagement, elle lâcha Jack et regarda la biche avec un sourire apaisé mais ce fut une erreur de relâcher sa garde.

Sans prévenir, il la releva par les cheveux et la jeta contre la table basse.

Ève se cogna et entra brutalement en collision avec le meuble en bois.

Les plaies à peine fermées se rouvrir, horrifiée, Ève regarda le père Baker qui lui jetait en retour un regard de mépris.

- Franchement tu me déshonores de penser que j'allais aussi facilement accepter.

- Qu'est-ce que vous comptez faire ? Non, ne le faites pas ! Cria-t-elle

- Oh que si.

Son rire perturbé trancha l'air, Jack reprit la hache et la leva pour l'abattre sur la biche.

Le hurlement d'agonie que poussa la bête annonça sa mort certaine.

Une pure scène d'horreur était en face d'Ève, l'odeur du sang et son étalage sur pratiquement tout le plancher ne faisait que renforcer la terreur de la jeune femme.

Elle n'en pouvait plus de voir constamment la souffrance autour d'elle, la mort, le désespoir...

Ève poussa un long cri aigu et anéantie à la vue de la pauvre créature. La tête de la biche roula jusqu'aux pieds de Jack qui ne s'arrêtait pas de rire de l'effarement d'Ève.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne la préfères pas comme ça ?

Fou et sans-cœur, Jack prit entre ses mains la tête de l'animal, il se rapprocha de sa victime préférée et la laissa tomber sur les genoux d'Ève.

Le sang inonda sa nuisette, ses cris redoublèrent d'intensité. Profondément coupable, elle se retrouva obligée de retirer la tête sans vie de la biche de ses cuisses.

- Désolée, désolée. S'excusa-t-elle tout de même à l'adresse de la biche

- Ça t'as plu ? Rien que pour toi je suis prêt à en tuer des dizaine d'autres. Reprit Jack de ce même ton d'instabilité

Incapable de bouger ou même de parler, Ève ne s'arrêta pas de pleurer la mort de cet animal innocent qui n'avait rien demandé.


- Qu'est-ce que tu me reproches, merde ?! J'en ai marre putain ! J'en peux plus ! Craqua Zoé

- Oh ça te dit rien ? Tu veux que je te rafraîchisse la mémoire peut-être ?

- C'est pas la peine, je le sais, je le sais. Je suis désolée, tellement désolée ! Je pouvais pas faire autrement.

- Espèce de salope !

- Je te le jure, tu dois me croire. J'avais peur...

- Tu avais peur ? Et c'est moi que tu traites de lâche ? Tu veux savoir ça fait quel effet ? Hein ?! De ne plus être capable de se regarder soi-même, de ressentir cette humiliation te ronger l'intérieur jusqu'à en devenir malade ! C'est ce que j'ai ressenti pendant des années ! Et toi tu ne t'es pas privée de finir le boulot et de m'achever !

Zoé ne cessa de pleurer, incapable de dire quelque chose de pertinent.

- Et tu veux que j'ai pitié de toi ?! Toi qui n'a pas hésité un seul instant à m'abandonner dès la première occasion !

- Je suis consciente d'avoir mal agi, mais ce n'était pas une raison de mêler tout le monde ! Ça ne regardait que toi et moi !

- Bien sûr que vous êtes tous impliqués dans cette histoire ! Le vieux et maman pour n'avoir rien fait ! Et cette espèce de salope d'Ève pour tout le mal qu'elle m'a fait !

- Quel mal ? C'est parce qu'elle ne t'aime pas qu'elle est en tort, c'est ça ?!

Lucas était sur le point d'arracher les yeux de Zoé.

- Comment veux-tu qu'elle aime quelqu'un qui a fait souffrir des dizaine de personnes et même plus. Comment veux-tu qu'elle t'aime après toutes ces horreurs que tu lui as faites ?!

- Ils l'ont mérité, eux tous. Affirma-t-il

- Ils ont mérité de souffrir tout ça parce que... parce qu'eux, ils étaient heureux, tu voulais qu'ils éprouvent ta douleur. Confirma Zoé

- C'est que maintenant que tu le comprends ?! Ils finiront par le payer...

- Ils ont déjà payé ! Ça trois ans, Lucas ! Trois ans ! Et ça ne te suffit pas et ceux que tu as déjà tué n'auront pas à supporter les monstruosités que tu leus réserves, c'est ceux que tu as gardé en vie qui sont à plaindre. Jusqu'où ça ira pour que tu t'enlèves cette frustration ? Tu veux que ça continue jusqu'à la fin, c'est ça ? S'emporta Zoé à bout

- Et pourquoi pas ? La mort est bien trop belle et trop douce pour vous tous, vous méritez de souffrir. S'esclaffa Lucas froidement

- Tu es fou, Lucas ! Complètement fou !

- À la fin, tu verras c'est moi qui gagnerai, je gagne toujours et ça a toujours été comme ça.

- Tu en as décidé ainsi, eh bien je ne pourrais plus rien faire pour toi au moment où tu tomberas et que tu seras à terre. Tu t'es toi-même condamné. Plus personne ne te viendra en aide.

- Moi tomber ?

- Rira bien qui rira le dernier.

Une alarme se déclencha, Lucas se hâta de saisir son téléphone.

- Quelqu'un a déclenché les détecteurs de mouvement. Qui est-ce que nous avons là ? Un visiteur indésirable.

Zoé n'osait pas poser la question, elle se contenta de froncer les sourcils avec inquiétude.

Lucas, qui ne voulait pas qu'elle perde un seul morceau de la situation, se dépêcha de lui montrer l'écran de son téléphone.

Il contenait en fait une caméra qui lui permettait de voir n'importe quelle pièce, ça ne l'étonnait pas, son frère avait toujours été doué pour la programmation de ce genre de logiciel.

- Regarde ça d'un peu plus près. Incita Lucas

Dans les longs couloirs, Zoé put apercevoir une silhouette familière.

- Oh autant pour moi, c'est plutôt une visiteuse. S'amusa Lucas

- Mia ?! Reconnut Zoé effarée

- C'est pas génial ça ? Mia se joint à la fête ! S'excita-t-il