Mia ne pouvait aller plus loin, la moisissure à l'intérieur d'elle reprenait le dessus, son champ de vision se troubla.
Elle tomba à genoux, à bout de forces, elle finit par se laisser être de nouveau sous le contrôle d'Eveline.
Avant de perdre la raison, Mia larmoya, elle s'en voulut d'être aussi faible.
Elle regarda ses bras pâles dont les veines se mirent à noircir à une vitesse effrayante.
Lucas arriva à ce moment précis, il trouva la jeune femme assise en plein milieu du couloir.
Encouragé de la voir dans une aussi mauvaise posture, le fils Baker avança d'un pas plus assuré.
- Hé, c'est que t'as pas l'air dans ton assiette, Mia, t'inquiète pas je vais te remonter à bloc avec un nouveau jeu que je viens d'inventer. Se moqua Lucas d'une voix mesquine
Mia fit volte-face, Lucas regretta presque ses paroles, à la vue de son regard noir, elle était à nouveau sous le contrôle de cette fillette infernale.
Elle se leva brusquement et s'approcha de lui d'une façon menaçante, elle tenait dans sa main un large couteau couvert de sang.
La douce Mia n'était plus là, c'était désormais une femme terrifiante, dangereuse et assoiffée de sang.
- Oh non, pas encore, j'ai compris, plus jamais je m'approcherai de toi sans que tu le veuilles. Jura Lucas d'une voix mal à l'aise en reculant de quelques pas
Le rire fou qu'elle eut, ne fit que confirmer qu'elle était prête à se montrer violente avec lui sans que ça ne la gêne.
Mia se précipita vers Lucas et le lacéra, elle poignarda chaque endroit qu'elle pouvait atteindre, elle réussit à lui couper un doigt.
Lucas finit par reprendre le dessus sur elle, il la saisit par les cheveux et lui retira des mains le couteau.
Mia se débattait et il était dur de la maintenir tranquille, sa force était décuplée avec la moisissure en elle.
Elle se déchaîna et chercha même à mordre l'endroit où elle l'avait amputé.
Lucas perdit son sang froid et cogna la tête de Mia contre le mur tout en gardant une prise sur elle.
Ceci réussit à légèrement étourdir Mia qui ne perdit de temps pour retrouver son tempérament.
- Espèce de salope, tu l'auras voulue, je vais t'enfermer. Espérons qu'Eveline ne m'en veut pas trop. Décida Lucas furieux de s'être fait attaquer par une femme
Ève pleura pendant ce qui semblait être une éternité pour elle, son cœur, sa poitrine, lui faisaient mal.
Elle ne parvenait pratiquement pas à respirer, la tristesse la submergeait entièrement.
Elle souhaitait disparaître, devenir invisible aux yeux de tous ces prédateurs qui ne cessaient de se nourrir d'elle jusqu'à qu'elle ne soit plus capable de se relever.
Ève sentit ses yeux piquer, elle savait qu'ils allaient finir par gonfler à cause des sanglots qui avaient coulé.
Elle entendit le monstre debout et adossé contre la table de la salle à manger, en train de fredonner distraitement. Elle perçut le contentement, la satisfaction dans ses yeux.
Ève savait qu'il aimait la voir verser des larmes et dire que cet homme avait été celui qui, au contraire, faisait tout pour qu'elle respire la joie de vivre.
Les larmes troublaient sa vision, la rendant floue. Ève entendit des sifflements insupportables, la silhouette d'Eveline lui apparut, elle se pencha au-dessus d'elle.
D'une tendresse douteuse, la petite fille saisit le menton d'Ève, se petites mains étaient anormalement froides pour une enfant de son âge.
Sauf que ce détail n'étonna pas Ève, Eveline était tout sauf une enfant.
- Pourquoi tu lui as dit de faire du mal à cet animal ? Accusa Ève
- Parce que je savais que tu en souffrirais. Pouffa Eveline
Ève fixa la fillette avec une haine démesurée, celle-ci rit de voir ça se refléter sur le visage de la jeune femme.
- Tu n'as pas à endurer ça, tu le sais. Écoute Papa, et tout ira bien. Tu as accepté de devenir ma maman, montre-le un peu plus et tu n'auras plus mal. Conseilla Eveline
Ève renifla, loin d'être naïve à l'entente de ses propos, elle ne crut pas une seule de ses paroles, elle dit à la fillette :
- Ça ne changera pas, ça ne changera jamais. Tu aimes beaucoup trop avoir le contrôle sur les autres, Eveline, alors tu les affaiblis et les tortures.
Eveline n'aima pas entendre la vérité que lui jeta au visage Ève, elle retira brusquement sa main.
- Nous sommes plus proches que tu le penses, Ève. Que tu le veuilles ou non tu es comme moi. Avança Eveline
- Je ne suis pas comme toi, j'ai un cœur, je pense aux autres pas qu'à moi ! Manifesta Ève
- Tu n'as aucune humanité au contraire de ce que tu t'imagines, Ève. Tu as fini par t'en apercevoir, tu ne peux pas mourir. Évoqua Eveline
- Je ne veux pas de ça, je n'en veux pas, c'est faux. Ça ne peut pas être vrai, je suis un être humain, je dois mourir c'est mon destin et c'est ce qui se trouve à la fin pour tous ! S'emporta Ève
- C'est vrai, c'est le destin de tous les êtres humains. Mais tu n'en es pas un. Se moqua Eveline
- Alors qu'est-ce que je suis selon toi ? Je saigne quand on me blesse, je ressens la douleur quand on me frappe, ce n'est pas de tout ça qu'est fait l'homme ? Allégua Ève
- Arrête de te mentir, tu ne ressens rien, pas vrai ? Comme moi. Je peux entrer dans ton cœur, Ève, et sais-tu ce que j'y trouve là-dedans ? Que du vide…Dévoila Eveline
- Non, non, ce n'est pas vrai ! Contesta Ève
- Menteuse, menteuse, menteuse. Fredonna Eveline
- Tais-toi ! S'époumona Ève
- Menteuse. Ricana Eveline
- Du vide, du vide...Pleura Ève
- Oui, du vide, tu le sais au fond. Tu n'arrives plus à être en colère même si tu cries, tu n'arrives plus à être triste même si tu pleures, tu n'arrives plus à être heureuse même si tu ris. En fin de compte, tu n'as plus rien d'humain. Approfondit Eveline
- Pourquoi ? Pour quelle raison ? Questionna Ève
- Peut-être que tu le sais déjà. Sourit Eveline avec sadisme
- Lucas ? Dit Ève dans un murmure
- Il en fait partie, mais pas uniquement. Acquiesça Eveline
- Maman, Papa...Leurs morts a été la chose la plus horrible à supporter. Et Lucas, quand il a disparu, j'ai senti mon cœur mourir. Maintenant que je l'ai enfin retrouvé, je découvre qu'il est devenu fou, il me fait du mal, je l'aime... Il est si proche de moi et pourtant c'est comme s'il était loin, je ne peux pas être avec lui pas après tout ce qu'il m'a fait subir. Sanglota Ève
- C'est à partir de ces moments que tu as cessé d'être normale. Notifia Eveline cruellement
- Qu'est-ce que ça t'apporte de me faire du mal ? Ou de me rappeller toutes ces douleurs ?! S'irrita Ève
- C'est le seul moyen de te faire accepter ce que tu es. Un être qui ne devrait pas être ici et qui ne mérite pas de vivre. Tu es différente et tout le monde le sait, ils ont peur de toi tout comme ils ont peur de moi. Tu es condamnée à être seule et à souffrir, je suis l'unique personne qui peut tout te donner et combler cette solitude. Tourmenta Eveline
- Je ne veux pas de toi ! Prends-moi tout, tu m'as déjà tout pris mais je n'accepterai pas de finir avec toi ! Protesta Ève
- Tu avais accepté, tu n'as pas le droit de revenir sur ta décision ! Tu es à moi Ève ! Si tu ne te débats plus, je te redonnerai absolument tout ce que tu as perdu. Promit Eveline
- Ce n'est pas possible, ma famille est morte, tu comptes les ramener ? Ironisa Ève
- Bien sûr que non idiote, mais je peux te les faire apparaître. Ça sera suffisant pour toi, je le sais parfaitement. Expliqua Eveline
- Si tu crois que je vais accepter juste pour ça, tu te trompes ! Railla Ève
- Je te donnerai Lucas ! Je ferai en sorte qu'il soit avec toi, tu fonderas une famille avec lui. Tu seras la mère de ses enfants, ce n'est pas tout ce que tu as toujours souhaité ? Être à lui. Chaque fois qu'il prononçait ces mots, parce qu'il te considère à lui, tu ne pouvais t'empêcher de penser au plus profond de toi que c'était vrai, que tu étais d'accord avec lui sur ce point. Proposa Eveline
Ève resta silencieuse.
- Tu vois ? Tu ne peux pas refuser ça. Il compte beaucoup trop à tes yeux pour que tu oses refuser. Tu n'as qu'à accepter de te donner à moi. Suggéra Eveline d'une voix faussement innocente
- Je préfère continuer d'endurer ces horreurs que de me laisser être entre tes mains. Va te faire voir !
Eveline devint furieuse, elle respira lourdement, son visage empreint de rage, elle persifla :
- Tu vas dire oui, tu vas le dire et une fois que ça sera fait, tu ne pourras pas revenir en arrière. Cette fois, je veux que tu acceptes de ton plein gré, sans que je ne t'y force.
- Non. Ma réponse est non. Prononça Ève distinctement
- Es-tu certaine de me répondre ça, Ève ? Si tu me redis cette réponse, je continuerai à tout te prendre.
- Qu'est-ce j'ai dit tout à l'heure, tu l'as déjà fait.
- Pas vraiment, il te reste ton frère et bien sûr ta fille ! Insinua Eveline
- Eveline, ose les impliquer et je ne te le pardonnerai jamais. Menaça Ève
Le rire de la petite fille résonna désagréablement aux oreilles d'Ève.
- Que crois-tu que ça me fait ? Tout ce que je veux c'est que tu dises oui.
- Tu devras attendre longtemps, très longtemps pour qu'un jour j'ose dire une chose pareille.
- J'ai compris, tu n'accepteras que lorsque je t'aurai brisée, c'était ce que je comptais faire depuis le début. J'aurais préféré t'avoir auprès de moi avec ta raison intacte mais puisque tu ne veux pas me faciliter la tâche, je te prendrai alors quand tu deviendras incapable de donner ton consentement pour quoi que ce soit. Décida Eveline
Dépassée par tout ce qui arrivait, Ève soupira, elle s'enquit d'une voix épuisée :
- Qu'ai-je donc d'aussi spéciale pour que tu me veux autant que ça ?
- Je n'ai pas de réponse à ça, c'est juste...comme ça si tout.
Ève revint à la réalité, Eveline avait réussi à entrer dans sa tête et à lui parler de là. Jack, qui était lié à elle, ne trouva pas étrange de voir l'absence d'Eve. Celui-ci dit d'une voix moqueuse :
- Ton entêtement te mènera nulle part, petite fille.
- Si vous croyez que je vais vous laisser y arriver, vous m'entendez tous les deux ? Je ne me laisserai plus aller assez pour que ce petit monstre parvienne à m'atteindre ! Parla Ève tout en désignant Eveline
- Voyez vous ça ? T'enfermer sera peut-être un bon moyen de te faire craquer.
