Les paroles d'Eveline continuèrent à vibrer à l'intérieur de sa tête. Ève prenait conscience de la dure réalité à laquelle elle était confrontée.
Ses souvenirs qu'elle pensait être à elle, étaient donc faux ?
Ses fiertés, ses envies, ses joies, n'existaient pas.
Elle n'était rien de plus que le résultat d'une expérience, elle n'était plus un humain à part entière.
Tout ce qu'elle s'imaginait, absolument tout, n'était que mensonge et tromperie.
Mais qu'est-ce qu'elle était à la fin ? Elle se le demandait.
Le cœur en morceaux, l'âme déchirée, Ève sentit le vide en elle grandir et l'envahir complètement.
Plus rien n'avait d'importance pour elle désormais...
Eveline savait qu'elle avait gagné d'avance, elle décela la prise de conscience d'Ève.
Ève ne voulait pas vivre, elle ne le voulait plus. Personne ne pouvait lui venir en aide et la sortir de ce cauchemar interminable.
Qu'avait-elle fait pour mériter tout ça ?
Incapable de soulager ces maux en se donnant la mort, elle se retrouvait obligée de vivre.
À quoi bon ? Il n'y avait plus aucun sens pour elle, plus de sentiments, plus de réactions, plus de bonheur.
Un tourment éternel, voilà ce qui l'attendait.
Tout lui avait été arraché du jour au lendemain.
Sa conscience était morcelée, néanmoins elle refusait de donner ce qu'Eveline voulait, pour l'obtenir, la fillette devrait continuer à la détruire de l'intérieur.
Elle se laissa dépérir, elle savait que ça ne servait à rien, que ça n'aboutirait à rien.
Eveline, exaspérée par l'entêtement de la jeune fille, continua à la tourmenter :
- À quoi bon te battre pour une cause qui n'en vaut pas la peine ?
Ève n'y prêta pas attention, Jack l'avait enfermée dans une cellule froide. Recroquevillée sur elle-même, elle ne savait pas comment se sortir de ce cauchemar interminable.
Ève avait perdu la notion du temps, il n'y avait plus aucun sens à son existence, elle commençait lentement à perdre sa propre identité.
Elle ne savait plus exactement où elle en était dans tout ça.
- Je te comprends, Ève. Je suis exactement comme toi. Tout ce que je veux pour combler ce vide c'est de l'amour, de l'attention. Donne-moi ce que je veux et tu en auras toi aussi, toute ma famille t'aimera aussi...Chuchota Eveline au creux de son oreille
Ce n'était encore qu'une hallucination et Ève ne parvint pas cette fois-ci à l'identifier comme telle.
- Tais-toi...Tais-toi...Marmonna Ève d'une voix rauque
- Rien qu'un simple oui et tu seras libérée. Tu n'auras plus mal, plus jamais...Insista Eveline
À bout, Ève se leva brusquement et se mit à hurler dans la cellule vide :
- Fiche-moi la paix ! Je ne veux pas t'écouter ! Je veux être seule ! Complètement seule ! Laisse-moi seule ! Seule ! S'époumona t-elle
Détruite de l'intérieur, Ève s'effondra sur le sol et prit sa tête entre ses mains, elle pleura fort incapable de pouvoir contenir plus longtemps sa détresse.
Eveline avait décidé de finalement la laisser tranquille.
- Tu es vraiment stupide. Lui dit Lucas en insérant la clé dans la cellule pour lui apporter de la nourriture
Ève resta silencieuse, assise et le dos collé contre le mur, elle regardait un point invisible.
La pâleur de son visage était flagrante, ses cernes étaient extrêmement visibles, il y avait encore des traces de larmes sur ses joues.
Ève avait essayé d'évacuer son désespoir en pleurant, ça n'avait malheureusement pas fonctionné...
- Tu sais que tu n'as qu'à accepter, ça n'a rien de compliqué. Poursuivit Lucas
Ève resta toute autant indifférente.
Lucas fronça les sourcils, méfiant, il pensa que c'était une ruse de sa part pour qu'il baisse sa garde et qu'elle profite de cet instant pour sortir et s'enfuir de la cellule.
Toutefois, rien de ce qu'il imagina, se produit.
Lucas ferma la porte derrière lui et décida de s'enfermer avec Ève dans la prison.
Celle-ci ne réagit toujours pas, le fils Baker alors s'approcha d'elle.
Se mettant en face d'elle, il posa un genou au sol pour approcher l'assiette d'Ève.
- Tu n'as pas un petit creux ? Se moqua Lucas
La jeune femme ne dit pas un mot.
Celui-ci leva les yeux au ciel, elle n'était décidément pas amusante.
- Tu as décidé de faire la tête ? Je pensais pas que tu pouvais faire encore ce genre de chose à ton âge. Bougonna t-il
Lucas s'amusa alors à remuer la cuillère dans le liquide noirâtre que contenait l'assiette, il la remplit à ras bord et commença à la ramener vers les lèvres d'Ève.
- Si tu veux autant te comporter comme une gamine alors on va y aller jusqu'au bout. Prévint-il
Lucas saisit la mâchoire d'Ève et enfonça la cuillère dans le très léger écart de ses lèvres.
Ève tenta de repousser la cuillère de Lucas, dans sa lutte acharnée le liquide épais dégoulina sur son menton et sa nuisette.
Sous les éclats de rire de Lucas, Ève se retrouva avec la bouche couverte de cette substance répugnante.
- Alors c'est bon, t'es contente ? Tu ressembles vraiment à une gosse qui ne sait pas manger. Gloussa Lucas incessamment
Ève s'empressa de s'essuyer la bouche sur son avant-bras, elle n'était décidément pas en état à supporter les moqueries de Lucas.
- Sois pas vexée, allez, je cherchais juste à m'amuser un peu. Justifia t-il
- Sors ! Laisse-moi ! Je veux rester toute seule ! Cria Ève d'une voix brisée
- T'as enfin retrouvée ta langue. Je croyais que tu l'avais perdue. Railla Lucas
- Va-t'en ! Ordonna t-elle
- Je peux pas partir comme ça voyons. Ça fait longtemps qu'on n'a pas été seuls rien que tous les deux, tu ne trouves pas ? Ça remonte à quand la dernière fois ?
Ève comprit immédiatement ce qu'il cherchait à dire. Dans un élan d'espoir, elle se précipita en direction de la porte de la cellule dans l'idéal qu'elle ne serait pas fermée.
Désespérée, elle trouva cette dernière verrouillée à double tours.
La voix de Lucas derrière elle, s'éleva :
- Tu m'as vraiment pris pour un imbécile, t'as vraiment cru que je laisserai la porte ouverte ? Deux fois la même erreur, bébé, ça commence à faire beaucoup trop.
Ève continua d'insister, elle posa ses mains sur les barreaux et se déchaîna dessus pour tenter ne serais-ce que de les agiter.
Lucas éclata de rire en la voyant agir de cette façon, il ne s'arrêta pas de ricaner.
- Arrête, bébé, tu vas finir par me faire mourir de rire. S'esclaffa Lucas
- Ouvre la porte ! Sors ! Je ne veux pas de toi, je veux être seule ! Combien de fois, je vais devoir le répéter ?! Je veux être seule ! Craqua Ève
- Te mets pas dans cet état, mon cœur. J'en peux plus d'attendre, tu vois, je pensais que j'aurais la patience de te voir arriver à ton point de rupture mais je commence à en avoir marre.
Durant ses paroles, il s'était approché progressivement d'Ève jusqu'à pouvoir l'atteindre et n'être qu'à quelques centimètres d'elle.
Ève put sentir le souffle froid de Lucas dans sa nuque, instinctivement, elle se tourna pour lui faire face.
Elle n'avait aucune envie d'être de dos à lui.
Ève trembla, il la dominait avec sa taille, elle se sentait si petite par rapport à lui.
Lucas la regardait d'une façon qui lui donnait des frissons dans tout son corps, elle perçut dans ses yeux fous du désir et de l'envie.
Ève recula mais elle rencontra les barreaux de la prison, son cœur accéléra en voyant que Lucas continua à s'approcher d'elle.
- Je me suis retenu depuis beaucoup trop longtemps. Grogna t-il
- Non, je ne veux pas ! Arrête, Lucas ! Protesta Ève
- Je vais devoir te le faire comprendre de quelle façon, merde ?! Je m'en fous de ce que tu veux ! C'est ce que je veux moi qui compte uniquement ! Lui cria t-il dessus
- Tu ne peux pas dire une chose pareille, Lucas. Je suis ta meilleure amie, pourquoi tu me traites de cette façon ? Je ne le mérite pas ! Sanglota Ève
Insensible face à ses pleurs, Lucas n'abandonna toujours pas la partie.
- Bien sûr que si tu le mérites ! Pendant toutes ces années tu as ignoré ce que je ressentais pour toi ! Et maintenant, tu es ici. Je peux faire absolument tout ce que j'ai envie avec toi.
Ève posa ses mains sur le torse de Lucas et essaya de le repousser, il ne bougea pas d'un millimètre et se contenta de saisir ses poignets.
- Non, tu n'as pas le droit ! Tu n'as pas le droit de me forcer si je n'en ai pas envie ! Cria Ève
- Putain, tu vas la fermer ! Cracha Lucas
Sans plus attendre, il l'embrassa à pleine bouche d'une façon si brutale que Ève gémit de douleur.
Il scellait leurs lèvres avec violence, Ève voulut échapper à son étreinte, impossible...
Lucas ne la lâchait pas, il la tenait fermement et l'embrassait avec un désir fou et démesuré.
Ève ne pouvait rien faire que pleurer, il lui faisait mal, elle criait contre sa bouche dans l'espoir qu'il la lâche, Lucas ignora cruellement ses protestations.
Il pompait tout son oxygène qu'elle crut qu'elle allait suffoquer, subitement, il lui mordit les lèvres.
Ève hurla de douleur, elle sentit du sang s'échapper des morsures que lui avaient infligées Lucas.
Avec horreur, Ève sentit Lucas lécher les traînées de sang.
Son cœur cognait douloureusement dans sa poitrine, elle sentit ses membres se mettre à trembler.
Jamais elle n'aurait cru qu'il puisse lui faire une chose pareille, elle avait tant espéré l'embrasser mais pas de cette façon.
Ce baiser n'avait rien de tendre, de doux, de passionné, il était malsain, possessif, agressif...
Lucas se délecta de voir le désordre qu'il avait provoqué chez Ève.
- C'est tellement bon. J'attendais de le faire depuis longtemps, je sais pas ce qui m'a pris de me retenir.
Lucas sourit en voyant Ève en train de verser toutes les larmes de son corps, l'air plus maladif que jamais.
- Tu n'avais pas...le...droit...Respira Ève difficilement
- Et qu'est-ce que je viens de faire à ton avis ? La nargua Lucas
- Tu es un...monstre...Je ne veux plus jamais te revoir ! L'insulta Ève
Le visage de Lucas se décomposa, il perdit son sourire. Ève sentit le danger, elle tenta de lui échapper sauf qu'elle était coincée entre lui et les barreaux de la cellule.
Elle reçut une violente gifle qui la fit tomber par terre, Ève voulut rester tête baissée mais Lucas saisit son menton brutalement et la força à le regarder dans les yeux.
Ève ne voulait pas lui céder ce qu'il voulait, elle ferma les yeux.
- Regarde-moi, putain ! Ordonna Lucas
Il tira ses cheveux pour obtenir ce qu'il désirait d'elle, Ève obtempéra, ne pouvant plus continuer à résister.
- Voilà, ça c'est une bonne fille. Je te comprends pas, chérie, tous les deux, on peut être heureux. Il suffit que tu le veux mais toi, tu joues les salopes insatisfaites ! J'ai pas besoin de ton consentement, d'accord ? J'en ai juste marre de devoir être violent avec toi, si tu pouvais être moins têtue, c'est que je vais finir par te tuer à force, trésor. Gloussa t-il
- Arrête de dire que tu agis comme si tu m'aimais, ce n'est pas de l'amour que tu ressens pour moi ce n'est qu'une obsession maladive parce que l'amour ça ne fait pas souffrir. Tu ne m'aimes pas, Lucas...Répondit Ève avec tristesse
- Ne dis pas ça, ne dis pas ça, bébé, je t'aime à un point que tu imagines même pas. T'en as juste aucune idée, si tout. Coupa Lucas
- Ah oui ? Alors pourquoi tu me frappes chaque fois que je suis en désaccord avec toi ? Pourquoi tu m'enfermes entre quatre murs ?! Arrête, tu veux ! Je ne veux plus te voir, à quoi bon que j'essaie de te faire entendre raison pour toi je suis celle qui a toujours tort. Je ne cherche plus à trouver une explication là où il n'y en a pas. Tu es juste un être qui n'a pas de cœur.
