L'aiguille perça sa peau et s'enfonça de plus en plus profondément telle un poignard.

La sensation de froid l'envahit entièrement, elle se débattait du mieux qu'elle le pouvait, rien n'y faisait.

La seringue lui prélevait son sang, elle ignorait pourquoi mais elle se sentait nauséeuse de voir ça, elle détourna alors le regard.

- Qu'est-ce qu'il y a, tu ne supportes plus de voir du sang ? Ironisa Lucas

Il l'avait tout de suite remarqué, Ève regrettait de ne pas avoir pu se contenir mais c'était plus fort qu'elle.

Qu'est-ce qui lui prenait ? Elle n'était pas du genre à se sentir malade à la vue d'une simple prise de sang, à croire que tout ce qui lui était arrivée, l'avait rendue délicate.

Ève commençait à respirer de façon irrégulière, son corps suivait, il se mit à trembler.

Le métal froid de la table sur laquelle elle était allongée ne rendait pas les choses meilleures.

Les lumières d'observation braquées sur elle, la rendait encore plus nauséeuse, elle n'était que pour eux un sujet d'expérience, un cobaye parmi tant d'autres qu'ils avaient déjà eu.

Elle ne pouvait plus le supporter de subir ces horreurs, si elle avait survécu à tout, elle continuerait dans ce cas à se battre.

Elle avait cru avoir tout abandonnée, elle avait cru ne plus avoir envie de se relever mais elle se rendit compte que c'était tout le contraire.

Ève se sentit terriblement honteuse d'avoir tout lâcher mais qu'aurait-elle pu faire d'autre ?

Sa situation était la pire de toutes, incapable de pouvoir s'échapper de cet enfer par la mort, elle n'avait pas d'autre choix que de subir.

Ève n'entendit plus que les battements de son cœur ainsi que sa respiration rauque.

Elle ferma ses paupières lentement, elle essayait de penser à autre chose, elle devait le faire pour sentir cette force au fond d'elle ressurgir.

Plus jamais je n'abandonnerai, plus jamais...

Elle attendit patiemment le moment propice.

Ève sursauta lorsqu'elle sentit une tape sur sa joue, elle reconnut sans peine qu'il s'agissait de Lucas.

- Hé, tu es un peu trop calme tout d'un coup, qu'est-ce que t'as derrière la tête ? Se méfia Lucas

- Ou bien elle a enfin compris que ses pitoyables tentatives étaient inutiles. Suggéra le scientifique

- Ça m'étonnerait, elle est trop stupide pour accepter qu'elle ne pourra jamais sortir d'ici. Se moqua Lucas

Ève regarda avec colère Lucas.

Pour qui se prenait-il, pensait-il réellement qu'il était meilleur ?

Il devait être le premier à se sentir honteux de son attitude mais non c'était tout l'inverse, il était fier de lui et ne regrettait pas un seul instant son comportement inqualifiable.

- Je n'aurais les résultats que dans quelques jours, je vous tiendrai au courant, en attendant, essayez de ne pas trop la malmener. Fit observer le scientifique

- J'essaierai, même si ça ne sera pas facile. Je vais certainement être tenté de lui faire... quelque chose...Insinua le fils Baker

Ève eut des frissons de dégoût face au regard malsain que lui lança Lucas.

- Faites ce que vous voulez, ce n'est rien de plus qu'une recommandation. Dit le scientifique d'un air indifférent

- Je vais suivre à la lettre ce que vous dites, Doc, ne vous en faites pas, je n'ai pas envie de ne plus pouvoir m'amuser avec elle. Ça serait trop tôt pour moi de passer à un autre jouet.

Libre de ses mouvements, Ève attendit qu'ils avaient tous les deux détournés leur attention, elle se hâta de saisir le ciseau sur la table.

Elle n'aurait jamais cru faire ça un jour sauf qu'ils ne lui laissaient pas le choix.

Avec l'agitation que ça provoquerait ceci lui donnera assez de temps pour s'enfuir, elle n'avait qu'une chance, une seule.

"Je dois y arriver, c'est mon seul espoir de quitter ce cauchemar pour toujours. " pensa Ève avec force.

Déterminée, elle dissimula l'arme dans sa nuisette, prête à la sortir dès l'instant qu'il faudra la brandir.

- Bon, on va pas abuser de votre temps, on y va, bébé. Annonça Lucas

Ève s'apprêtait à le suivre quand elle eut un étourdissement.

- Qu'est-ce que tu nous fais encore ? S'impatienta Lucas

- Ça recommence, je...je ne me sens pas bien, s'il vous plaît, est-ce que je peux me tenir à vous quelques instants, Docteur ? Questionna Ève

Lucas se moqua de l'expression de ce dernier.

L'homme était décidément exaspéré par Ève, il finit par céder contre sa volonté mais avec mauvaise grâce.

- Merci, c'est très aimable de votre part...Souffla t-elle

- Maintenant que vous avez retrouvé vos esprits, veuillez vous éloigner de moi. Dit le docteur d'une voix glaciale

- Bien sûr, je vais m'éloigner...Juste une dernière chose avant...Supplia Ève

Il préféra ne rien dire de peur qu'il allait devenir violent avec la jeune fille, il ne la supportait pas.

Assez proche de lui, Ève sortit le plus discrètement possible le ciseau.

D'un geste vif, elle le poignarda à la gorge, le docteur poussa un hurlement effroyable alors que les lames étaient incrustées dans sa chair.

Le sang gicla de partout et tacha la blouse blanche et propre du scientifique.

- La salope ! S'écria Lucas furieusement

- C'est tout ce que vous méritez. Cracha t-elle

Ève n'attendit pas plus longtemps et s'enfuit en courant à toute allure.

- Hé, reviens ! Ne crois pas que tu vas t'en tirer ! Cria Lucas

- Rattrapez-la, il ne faut pas qu'elle s'enfuit, je vais m'en sortir. Elle ne m'a pas poignardé la jugulaire ! S'exclama le docteur

Sans plus attendre, Lucas se lança à sa poursuite.

Seul, le docteur retira avec difficulté le ciseau de sa peau, il gémit de douleur, aussitôt retiré, il posa sa main sur la blessure béante, elle s'en retrouva imprégnée de sang rouge vif.

- Elle va me le payer...Promit-il

Ève parcourait les tunnels sinueux des mines de sel à la recherche de la sortie. Elle s'arrêta en sentant une matière visqueuse sous ses pieds, répugnée, elle trouva une substance noirâtre identique à celle chez les Baker.

- De la moisissure...Combien d'expérience ont-ils fait à la fin? S'affligea Ève

Loin d'être découragée, elle poursuivit son chemin. L'endroit souterrain était effrayant et isolé, elle entendit plusieurs fois des cris inhumains.

Certainement des mycomorphes, ils avaient laissé derrière eux leurs sécrétions.

Ève n'y prêta pas attention, elle n'avait plus peur de rien, quoi qu'il arrive, elle saurait y faire face.

Elle savait qu'il y avait un chemin vers la maison annexe des Baker, de là-bas, elle parviendra cette fois-ci à sortir dehors sans être attrapée par Jack ou Lucas.

Elle pouvait le faire, elle s'en sentait capable.

- Je vais y arriver, je vais partir d'ici pour toujours...Murmura t-elle

- Encore cette idée stupide ? Se moqua une voix que trop familière

Ève sentit son corps tressaillir entièrement, elle fit volte-face et pointa le scalpel qu'elle avait également dérobé.

Lucas Baker affichait un sourire suffisant, il était amusé par le geste d'Ève, il ne se sentit pas du tout menacé par l'arme qu'elle pointait dans sa direction.

- Quand vas-tu me laisser tranquille une bonne fois pour toutes ? Soupira t-elle

- Euh, laisse-moi réfléchir, en fait, jamais !

- Éloigne-toi de moi, tu as vu ce que j'ai fait à ton ami scientifique, je ne reculerai devant rien pour sortir d'ici même si ça implique de te faire mal. Ne m'y pousse pas. Menaça Ève

- Alors là, je te reconnais plus, où est passée ma gentille petite Ève qui est si douce et qui cède à tous mes caprices ? Hein ? Railla t-il

Les larmes aux yeux, Ève murmura :

- Tu sais ce que tu as fait. J'aurais voulu que tout reste comme avant.

- Oui, mais tu le sais, tu ne m'as pas laissé le choix.

Ève secoua la tête et elle lui dit d'une voix accusatrice :

- C'est toi qui en as décidé autrement. Ne m'approche pas, je ne te laisserai plus me faire du mal. Plus jamais, tu m'entends ?! Maintenant, éloigne-toi !

- Qu'est-ce que tu penses pouvoir me faire ? Tu me feras rien du tout. Grogna Lucas en saisissant son poignet violemment

- Lâche-moi ! Protesta Ève

- Je te l'ai dit, tu ne partiras pas ! Tu vas rester avec moi pour toujours !

- Non ! Je ne retournerai plus là-bas, je ne me laisserai pas faire !

Ève, avec le peu de force qui lui restait, se débattait du mieux qu'elle le pouvait.

- Arrête, m'oblige pas à être violent ! S'exaspéra t-il

- Ah oui, tu crois que ça change de d'habitude ? Ça ne te dérangeait pas de l'être pendant tout ce temps où tu me retenais prisonnière !

- C'est ce que tu veux ? Je t'aurais prévenue !

Sans plus attendre, Lucas lui asséna une violente gifle qui la fit tomber par terre.

Ève, la main posée sur sa joue endolorie, regarda avec haine Lucas.

Celui-ci se hâta avant qu'elle ne puisse se relever de se mettre au-dessus d'elle et de sortir une seringue pour lui injecter un sédatif.

Ève sut instantanément ce que contenait la seringue, elle se mit alors à gesticuler dans tous les sens dans l'espoir qu'elle puisse au moins éloigner Lucas.

- Éloigne ça de moi ! Ordonna Ève en ne cessant de se débattre

- Pas question, ça va t'aider à te calmer. Reste tranquille, ça va piquer un tout petit peu. Ça va faire plus mal si tu bouges trop !

Sauf qu'elle était à bout de forces et ne put empêcher qu'il réussisse à planter l'aiguille et à injecter le liquide froid du sédatif.

- Fais de beaux rêves. Souhaita Lucas sarcastiquement

Tout devint trouble pour Ève, qui ne tarda pas à sombrer dans l'inconscience.

Lorsqu'elle se réveilla, elle était étendue sur un carrelage froid et abîmé, ses sens étaient encore à moitié endormis mais sa vue finit par revenir à la normale.

Le plafond était recouvert de barreaux comme dans une prison, de plus en plus étrange, elle sentait que c'était un endroit étroit et confiné.

Où était-elle à la fin ?

Ève tenta de se relever mais elle se cogna.

Épouvantée, elle comprit qu'en fait ce n'était pas la pièce qui était peu spacieuse mais qu'elle était enfermée dans une cage !

Son sang se glaça et son cœur se mit à bondir dans sa poitrine, Ève saisit les barreaux et tenta vainement de les écarter.

Elle se mit à paniquer, la pauvre ne supportait pas d'être enfermée.

- Au secours ! À l'aide ! S'il vous plaît, que quelqu'un vienne m'aider à sortir ! Pitié ! Sortez-moi de là ! Je ne veux pas rester dans cette cage ! Hurla t-elle à s'en casser la voix

Des bruits de pas attirèrent l'attention d'Ève, qui se colla contre les barreaux pour savoir qui venait par ici.

Toutes ses espérances volèrent en éclat.

- Regardez qui est réveillée. Je pensais que tu allais rester inconsciente un peu plus longtemps, ça tombe bien, je vais pouvoir t'expliquer les nouvelles règles du jeu.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Quel jeu ?

- Sois pas impatiente, je t'ai dit que j'allais tout t'expliquer.

- Je ne veux rien écouter, sors-moi de cette cage ! Sors-moi de cette cage avant que tu regrettes ce qui va arriver.

- Pas si vite, tu viens à peine d'y entrer. Je me suis dit qu'au moins comme ça, tu ne chercherais plus à t'échapper. Laisse-moi t'expliquer le jeu.

- Un jeu ?! Pour toi la vie des personnes est un jeu, quel genre de monstre tu es, hein, dis-moi !

Rien de ce qu'elle lui dit ne le fit réagir, tout ce qu'elle réussit à provoquer chez lui, c'était un ricanement.

- Qu'est-ce que tu veux, il faut bien qu'on se divertisse de temps en temps. Et moi j'ai besoin de distraction, je m'ennuie terriblement dans ce trou paumé. Et toi, tu réussis à rendre la vie moins ennuyeuse.

- Je ne suis pas un jouet, mets-toi ça dans la tête une bonne fois pour toutes !

- Mais chérie, je sais que tu es bien plus que ça.

- Ce n'est pas ce que tu as dit tout à l'heure.

- Je ne faisais que te taquiner, si tout. Bon, voilà comment ça va se passer pour toi, tu vas devenir ma poupée, je vais m'amuser avec toi chaque fois que j'en ai envie, si tu n'es pas sage je vais devoir te punir.

- Laisse-moi sortir, tu as joué avec moi autant de fois que tu le voulais, laisse-moi ! Je veux que tu me fiches la paix !

- Mais ce n'est pas assez pour moi, tu me connais, je n'ai jamais assez de toi. Je n'ai jamais assez de voir ta douleur.

- Qu'est-ce que je t'ai fait ? Qu'est-ce que je t'ai fait ? Demanda t-elle désespérément malgré qu'elle le savait déjà

Lucas ne faisait que rire de sa détresse.

Ève tremblait de froid, de tristesse, de peur dans cette cage, elle était tourmentée par le sentiment d'insécurité, elle devait supporter chaque torture que lui infligeait Lucas.

Elle n'en voyait pas la fin, quand son cauchemar prendrait fin ? Elle se dit que jamais ça n'arriverait.

L'espoir était inutile, il ne servait que de consolation intérieure, en réalité, il n'existait pas.

Elle était recroquevillée sur elle-même, elle redoutait chaque instant que Lucas revienne pour continuer à jouer avec elle.

Elle voulait mourir, elle n'en pouvait plus de supporter cette situation horrible.

Toute forme de résistance, de combativité s'évanouit à nouveau, elle se laissa manipuler par son tortionnaire, incapable de retrouver ses forces.


Il ne dormait toujours pas, encore agité dans son sommeil à cause de l'impuissance qu'il éprouvait encore à ce jour.

Ses yeux étaient fatigués par la lumière de l'écran de son ordinateur, il parcourait sans but précis le web, il ne cessait de consulter les dossiers de personnes disparues.

Peut-être trouverait-il une piste, un indice, c'était sans espoir, ça faisait trois ans que Mia avait disparue.

Malgré lui, Ethan avait fini par accepter sa mort. Il ne la reverrait jamais, il devait tirer un trait sur sa femme, croire et espérer ne servaient à rien mis à part se faire du mal, c'était ce qu'il se disait.

Vingt-trois heures trois s'afficha, Ethan s'apprêtait à éteindre son PC quand subitement une notification apparut sur l'écran.

Un e-mail, étrange, qui lui enverrait un à cette heure-ci ?

Intrigué, Ethan se dirigea sur sa boîte mail.

Son cœur accéléra lorsqu'il cliqua dessus et découvrit le contenu :

De: Mia Winters

Envoyé le: Mardi 18 juillet 2017 à 23:04

A: Ethan Winters

Dulvey, Louisiane.

Ferme des Baker.

Viens me chercher.

- Mia ? Comment c'est possible ? S'étonna Ethan