Auteure contributrice : Isa'ralia Faradien

Il s'agit d'un extrait issu du tome 1 du Nouvel Ordre Jedi, écrit par R.A. Salvatore, car cette série est particulièrement passionnante et ce passage choisi est déchirant.


#21 - Une peur intime (#1)

Leia se dirigea vers la cabine de Mara. Elle s'arrêta devant la porte et leva la main, prête à frapper.

Elle se ravisa en entendant des bruits étouffés provenant de l'intérieur. Avec précaution, Leia colla son oreille contre le panneau.

Elle entendit quelques reniflements, et comprit que sa belle-sœur était en train de pleurer.

- Mara ? demanda-t-elle doucement en frappant à la porte.

Il n'y eut aucune réponse. Leia appuya sur la commande d'ouverture, et le panneau coulissa. Mara était assise sur son lit, tournant le dos à Leia, les épaules tremblantes comme si elle venait tout juste de reprendre le contrôle de ses émotions.

- Est-ce que ça va ? s'inquiéta Leia.

Mara hocha la tête.

La Princesse s'approcha et vint s'asseoir sur le bord du lit. Elle prit Mara par les épaules en apercevant les larmes qui perlaient au coin de ses yeux.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda-t-elle avec douceur.

Mara se redressa, inspira profondément et se força à sourire.

- Rien, rien du tout, répondit-elle.

Leia la dévisagea d'un air sceptique.

- Un mauvais rêve, expliqua Mara. À mon réveil, je ne sais pas ce qui m'a pris.

- Tu veux qu'on en parle ?

Mara haussa les épaules.

Leia attendit encore un petit moment mais, apparemment, sa belle-sœur ne semblait guère vouloir en dire plus.

- Nous approchons de Coruscant, expliqua Leia. Est-ce que tu veux que je dise à Jaina de s'occuper de l'atterrissage ?

- Non, je peux le faire, lui assura Mara.

Elle se leva et voulut se diriger vers la porte. Le premier pas lui arracha une grimace.

Leia se releva d'un bond et attrapa Mara par les épaules.

- J'ai dû prendre une mauvaise position pour dormir, tenta d'expliquer Mara.

Leia, qui n'en croyait pas un mot, ne la lâcha pas. Elle vint se poster en face de Mara, et la força gentiment à se rasseoir sur le bord de la couchette.

- Tu sais très bien que ce n'est pas cela, dit-elle. C'est la maladie, n'est-ce pas ?

Mara releva les yeux vers elle, luttant pour retenir ses larmes.

- Les symptômes ont repris il y a quelques temps, admit-elle.

Leia soupira et secoua la tête, espérant pouvoir faire quelque chose, n'importe quoi, pour soulager sa belle-sœur, son amie si chère.

- Tu m'as pourtant dit que cela se produisait souvent, enchaîna-t-elle. L'attaque était différente, cette fois ?

Mara détourna les yeux.

- Il faut me le dire, fit Leia plus sévèrement qu'elle n'en avait eu l'intention.

Le regard de Mara se posa de nouveau sur la Princesse. Il n'y avait ni colère ni rancœur dans ses yeux, mais plutôt de l'incrédulité. Leia eut un léger mouvement de recul. Pourquoi Mara devait-elle lui dire quoi que ce soit, après tout ? Elle ne pouvait pas faire grand-chose pour l'aider. Tous ceux qui avaient contracté ce mal si étrange étaient allés trouver leurs médecins. Ceux-ci les avaient ensuite orientés vers les meilleurs docteurs de la Nouvelle République. Les patients avaient détaillé les moindres brûlures, les moindres démangeaisons, avaient imploré leur aide - et tous étaient morts, ou sur le point de mourir.

- Je suis désolée, dit Leia, incapable de chasser cette pensée troublante de son esprit. Tu n'es pas obligée de me dire quoi que ce soit.

Elle se pencha en avant et embrassa Mara sur la joue, puis elle se redressa et lui proposa sa main.

Mara prit la main de la Princesse mais, au lieu de se lever, elle invita Leia à s'asseoir à côté d'elle sur le lit. Elle plongea longuement son regard dur dans les yeux de Leia.

- Dans mon utérus, cette fois, dit-elle.

Leia fit une grimace d'incompréhension.

- Cette foutue maladie, expliqua Mara. Les douleurs sont revenues pendant que je dormais. Cette fois-ci, elles s'en sont prises à mon utérus.

Les yeux de Leia s'écarquillèrent d'horreur.

- Tu as réussi à les combattre ?

Mara hocha la tête et esquissa un léger sourire.

- Je ne suis pas encore morte, si ? répondit-elle en laissant échapper un éclat de rire qui sonna faux.

Leia hocha la tête à son tour, admirant l'endurance et le stoïcisme de cette femme. À chaque nouvelle attaque, Mara s'était concentrée sur sa propre résistance, faisant appel aux puissances internes de la Force pour repousser le mal.

- Mais c'était plus dur cette fois-ci, c'est ça ? fit Leia, pensant détenir la réponse à la réaction de douleur et de tristesse de sa belle-sœur.

Cette dernière secoua la tête.

- Non, l'attaque n'était pas si terrible, répondit-elle.

- Alors quoi ? demanda Leia.

Mara inspira profondément.

- Mon utérus, dit-elle d'un ton solennel.

Et Leia comprit.

- Tu as peur de ne pas pouvoir avoir d'enfants ? demanda-t-elle.

- Je ne suis plus de la première jeunesse, tu sais ! rétorqua Mara en riant pour se moquer d'elle-même.

C'était on ne peut plus vrai. Mara, tout comme Leia et Luke, avait franchi le cap de la quarantaine. La maladie mise à part, c'était une femme dans la force de l'âge, encore capable de donner la vie, Leia en était persuadée. La Princesse comprenait les préoccupations de sa belle-sœur. La maladie avait frappé au cœur même de sa féminité.

- Quand j'ai épousé ton frère, nous avons évoqué le sujet des enfants, expliqua Mara. Après avoir vu grandir les trois vôtres, les avoir vus devenir si forts, si merveilleux, nous voulions plus que tout au monde avoir des enfants.

- Mais il n'est peut-être pas trop tard, la rassura Leia.

- Peut-être, répondit Mara, mais qui sait ce qui va arriver, Leia ? J'en ai assez de me battre, et cette maladie n'a pas l'air de vouloir lâcher prise.

- Elle n'a pas l'air non plus de gagner beaucoup de terrain, lui rappela Leia.

- Je n'ai pas baissé les bras, lui confia Mara, mais je ne peux pas avoir d'enfants à présent. Si ça se trouve, je pourrais bien leur transmettre le mal. Ils pourraient même mourir in utero. Et qui sait, une fois que je serai guérie, si la maladie n'aura pas causé suffisamment de dégâts en moi pour m'empêcher d'avoir des enfants ?

Leia voulut dire quelque chose de rassurant. Comment pouvait-elle contrer la logique redoutable des propos de Mara ?

Elle passa le bras par-dessus l'épaule de sa belle-sœur.

- Il ne faut pas perdre espoir, dit-elle.

Mara esquissa un sourire.

- Non, tu as raison. Et puis, j'ai pris Jaina sous mon aile, et c'est presque aussi bien.

Un éclair traversa les yeux de Leia, trahissant sa surprise.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Mara, inquiète.

Leia se mit à rougir et éclata de rire.

- Eh bien, qu'est-ce qu'il y a ?

- Il y a que je suis jalouse de Jaina et de toi, avoua Leia en souriant. Je vois bien qu'il se passe quelque chose entre vous. Je trouve cela merveilleux que Jaina ait trouvé un mentor, une amie qui soit un tel exemple. Quand je vous vois travailler toutes les deux, j'ai envie de me précipiter sur vous pour vous embrasser et vous étrangler !

Mara parut réellement inquiète. Leia se laissa aller contre sa belle-sœur et la serra avec force dans ses bras.

- Ne t'en fais pas, tu vas t'en tirer, j'en suis sûre. Et tu auras des enfants et puis, peu de temps après toi, Jaina en aura à son tour.

Elle se recula un peu pour faire face à Mara.

- Ce sera rigolo, non ? Tu nous vois, toutes les trois, assises à papoter, pendant que Luke garde toute la marmaille ?

C'était exactement la chose à dire. Les coins des lèvres de Mara se soulevèrent légèrement en une esquisse de sourire. Un éclair d'espoir traversa ses yeux d'un vert très vif.

Leia savait très bien, en accompagnant Mara jusqu'au poste de pilotage, que l'espoir pouvait être vain. Elle eut soudain la vision d'elle-même et de Jaina, racontant aux enfants les exploits de leur formidable tante Mara, malheureusement décédée. Elle faillit fondre en larmes.

Mais elle se retint. Il le fallait. Ils le devaient tous. Pour le bien de Mara.