Chapitre 51

Le lendemain, Reid était de nouveau a son poste, assis dans le fauteuil de la chambre d'hôpital. Emily avait réussi a lui faire avaler un chausson aux pommes, croyant que sa pâtisserie préférée le mettrait en appétit. Mais la nourriture avait un goût de cendre et il ne l'avala uniquement pour qu'elle le ramène auprès de Théa. Ce qu'elle n'autorisa que si il mangeait le chausson en entier, mais il lui restait dans l'estomac.

La journée était bien avancée et Jacob n'était toujours pas arrivé. Il avait entendu Pénélope dire a Emily que son avion avait été retardé mais qu'il ne devrait pas tarder. Ses collègues s'étaient relayés pour rester avec lui. Bien que touché de leur soutient, cela l'agaça tout de même, il aurait préféré rester seul avec Théa. Emily ne le lâchait quasiment jamais, elle avait raconté aux autres son envi de se noyer dans l'alcool. Sauf qu'il ne voulait pas se noyer, il voulait juste oublier. Quelques heures ou il pourrait faire taire la sourde douleur qui lui serrait le cœur comme dans un étaux. Et il avait bien l'intention de le faire a la première occasion qui se présenterait.

En attendant, il restait au chevet de Théa, l'esprit ailleurs, très loin de tout ce malheur. Il avait l'impression d'avoir tout perdu. Tout ce qu'il lui restait, c'était ses souvenirs. Alors il se plongeait dans leur passé, dans leur moments de bonheur a deux. Leur premier baiser, sa demande en mariage, toutes ses soirées passées ensemble devant un film ou un bon livre. Ces moments ou ils fricotaient dans les placards et les recoins discret des bureaux du FBI. Ce week-end ou il l'avait amené a la plage. Il la revoyait dans son maillot de bain trop petit de ce jour là, râlant parce qu'à chaque mouvement sa poitrine menaçait de se faire la malle et de sortir de la petite pièce de tissu.

" - Pourquoi n'achètes tu donc jamais des vêtements a ta taille ? S'était il moqué.

La jeune femme avait continué de râler tout en remettant son maillot en place pour la 100ème fois.

- Parce que je n'aime pas faire les magasins de vêtements ! Le plus souvent j'attrape ce qui vient sans vraiment regarder les tailles ou alors j'achète sur internet ! Et avec mes énormes obus j'ai du mal a trouver quelque chose a la fois de ma taille, de beau, de confortable et qui ne coûte pas la peau du cul ! "

Il avait explosé de rire, se promettant de lui offrir quelques habits réunissant toutes ces conditions. Il demanderait renfort a Garcia pour l'aider.

En fin de journée, ils s'étaient rendu dans le centre du petit village dans lequel il passaient le week-end. Il y avait une petite fête ce soir là et des musiciens jouant sur la place public offrait un joli spectacle. Théa s'était empressé de le tirer au milieu des danseurs. Ils dansèrent, burent et s'amusèrent beaucoup. Il la revoyait tournoyer dans sa jolie robe verte, ses cheveux voler et ses joues rouges d'avoir trop bu et trop danser. Elle était magnifique.
Cette nuit la fut l'une des plus belle de sa vie.

Que ne donnerait il pas pour revivre ces moments heureux ? Et bien plus encore pour pouvoir avoir l'occasion d'en vivre de nouveaux.

Seulement les jours heureux étaient derrière eux a présent. Il ne pouvait plus que se raccrocher a tout ses souvenirs et pour la première fois de sa vie il bénissait et remerciait son extraordinaire mémoire de lui permettre de revivre tout ces précieux moments avec exactitude.

Il sortit de ses rêveries pour regarder sa montre, il ferait bientôt nuit. Puis il les posa sur Théa. La jeune femme ne ressemblait plus a celle qui dansait et riait sur la place de ce petit village, pleine de vie et d'énergie. A présent elle n'était plus qu'un corps pâle comme la mort qui ne respirait plus que grâce a une machine. Mais s'était toujours la femme qu'il aimait.

Il se pencha vers le lit pour prendre sa main dans la sienne. Il joua un instant avec ses doigts entre les siens, notant l'absence de sa bague de fiançailles. Le bijou se trouvait autour de son propre petit doigt. Pourront il se marier un jour ? Il en doutait fort...

- Si tu ouvre les yeux ma chérie, dit il en approchant son visage du sien. Je te promet de t'offrir le plus magique des voyages de noces. On ira ou tu voudra. On pourrais même prendre une année sabbatique, qu'en pense tu ? Je sais que tu as toujours rêvé d'aller a Londres, ça serait l'occasion.

Mais la jeune femme n'ouvrit pas les yeux et ne bougea pas. Il déglutit difficilement avant de poser son front sur le sien, une larme venant s'écraser sur sa joue pâle.

- S'il te plais... Murmura t il des sanglots plein la voix. Reviens moi. On a encore tant de choses a vivre tout les deux.

Il fut envahit par un puissant sentiment d'injustice. Lui qui avait passé des années au service du plus grand bien, a lutter contre le pire de l'humanité, a rendre justice a des centaines de victimes. Pourquoi la vie s'acharnait elle ainsi sur eux ? Sur elle ? Elle si prévenante envers son prochain, si dévouée aux autres. A ses yeux elle incarnait ce que l'humain était de plus beau. Son rayon de soleil dans ce monde si noir, si sombre et si égoïste. La vie ne pouvait elle leur offrir un peu de bonheur sans que celui ci ne soit qu'éphémère ?
Putain de vie...

Il fut interrompu dans ses supplications par la porte de la chambre qui s'ouvrait. Il se redressa et s'essuya le visage prestement en voyant Jacob franchir le seuil.

- Jacob, entres, dit il en se levant.

Le jeune homme avait les yeux fixés sur sa sœur et Reid y déchiffra la douleur et la peur. Le parfait reflet de son propre regard. Jacob couru presque jusqu'au lit mais n'osa pas toucher la jeune femme.

- Est ce que je peux...

- Oui, tu peux l'embrasser et la toucher, répondit Reid en anticipant sa demande. Ses côtes sont presque ressoudées.

Les lèvres de Jacob se mirent a trembler, il avait peur de la toucher. Reid vit le garçon encore très jeune derrière l'homme d'affaire qu'il était.

- Tu ne lui fera pas mal, ajouta t il pour le rassurer. Assieds toi prêt d'elle.

Enfin, Jacob s'assit délicatement sur le lit et tendit une main tremblante vers le visage endormi. A peine ses doigts effleurèrent la peau blanche qu'il éclata en sanglot. Retenant a grand peine ses propres larmes, Reid posa une main sur l'épaule du plus jeune.

- Je suis sur qu'elle est contente de te voir, murmura t il.

- Tu crois qu'elle nous entend ? Dit il en reniflant et en se frottant les yeux.

- Je ne sais pas, répondit Reid. Mais je suis sur qu'elle sait que tu l'aime et que tu es là.

D'où sortait il une telle conviction ? Il ne le savais pas. Mais il ne pouvait pas regarder une telle scène sans réagir et sans tenter de réconforter Jacob de son mieux. Il lui ressemblait tellement.

- Jacob, je... Je suis désolé pour ce que je t'ai dit hier. J'ignore ce qui m'a prit. Je n'envisage pas une seule seconde de la laisser s'en aller.

Jacob secoua la tête et leva des yeux humides vers lui.

- Je sais. Ne t'en fais pas pour ça et je m'excuse moi aussi. Je sais que tu l'aime.

Il se retourna a nouveau vers sa sœur et se pencha pour lui embrasser la joue.

- Je te laisse avec elle, dit Reid. Si tu as besoin de quoi que se soit il y a toujours quelqu'un ici pour elle. Moi ou un autre membre de l'équipe.

Il vit le jeune hocher la tête.

- Merci Spencer...

Reid sortit de la chambre, le cœur lourd. Il se sentait prêt a craquer et l'envie de boire se fit a nouveau sentir. Mais il tomba sur ses collègues dans le couloir.

- Je vais chez moi, dit il en passant devant eux. Jacob est arrivé, il est avec sa sœur.

- Je viens avec toi, intervint Emily en faisant mine de le suivre.

- Non ! Je n'ai besoin de personne !

- Je sais très bien ce que veux faire, Spencer ! Ne me prend pas pour une idiote !

- Et alors ? Si j'ai envie de me bourrer la gueule je ne vois pas en quoi ça te regarde !

- Tu crois que Théa te laisserais faire ? Tu crois qu'elle aimerait te voir baisser les bras ?

- Théa est dans le comas ! Gronda t il, le visage furieux. Alors peu importe ce que je peux bien faire, elle ne le saura jamais !

Il se dirigea a nouveau vers la porte.

- Morgan vas avec lui, intervint Hotch. Laisse le faire ce qu'il veut, du moment qu'il ne fait pas de bêtise.

Reid se retourna et toisa Morgan du regard avant de marmonner un vague ok du bout des lèvres.

Après un dernier coup d'œil vers son supérieur, Morgan suivi Reid jusqu'au parking.


- Pourquoi as tu accepté que que je vienne avec toi et pas Emily ? Demanda Morgan un peu plus tard.

Ils étaient installés dans le canapé de l'appartement, une bouteille de whisky posée sur la table basse avec deux verres pleins.

- Par ce que toi tu ne me regarde pas avec pitié, répondit il en attrapant son verre qu'il vida d'un trait avant de le remplir a nouveau.

- Ce n'est pas de la pitié, Reid. C'est de la peine.

- C'est pareil...

Il vida a nouveau son verre.

- Elle s'inquiète pour toi, continua Morgan. Comme nous tous.

- C'est inutile, rien de ce que vous pourrez dire ou faire ne changera quoi que se soit.

- Tu te trompe. Parce que si Théa meurt, la seule chose qui se tiendra entre toi et la mort ça sera nous ! Ne crois pas qu'on ne voit pas clair dans ton jeu. Tu as perdu espoir ça se voit ! Tu es résigné a en finir. C'est pour ça que tu as dit a Jacob qu'il devait débrancher le respirateur !

- Ce n'est pas ce j'ai voulu dire...

- C'était du pareil au même ! Parce que c'est plus facile de baisser les bras que de se battre.

Reid ricana et se resservit un verre. Mais Morgan le lui prit des mains.

- Inonde toi d'alcool autant que tu veux, lui dit il d'un air sévère. Mais je ne suis pas Emily, je ne vais pas te dorloter et te laisser te détruire !

Reid lui rendit son regard colérique et repris son verre.

- C'est ma vie Morgan ! J'en fais ce que je veux !

- C'est faux, il y a trop de personnes qui tiennent a toi pour que tu décide de te foutre en l'air sans penser une seconde aux conséquences. Ça ne sera pas uniquement ta vie que tu gâchera.

Morgan ne comprenait pas, il ne comprenait pas a quel point il avait mal. Et il avait tord, il n'avait pas perdu tout espoir et c'était la raison pour laquelle il avait bien l'intention de vider la bouteille. Pour noyer la petite étincelle d'espoir qu'il restait encore au fond de son cœur. Parce que oui c'était plus facile ainsi...


Reid passa les trois jours suivants dans un état semi comateux, alternant l'ivresse et la gueule de bois. Misérable, pitoyable. Il n'était pas retourné a l'hôpital, revoir Théa dans cet état était au dessus de ses forces. Il préférait rester seul a attendre la fin, peu importe le temps que cela allait prendre. Il n'avait pas non plus remis les pieds dans leur maison, ça aussi s'était au dessus de ses forces. A quoi bon de toute façon ? Ce n'est pas comme si ils allaient pouvoir y revivre ensemble. Jacob allait en hériter, il en fera ce qu'il veux. Lui ne ferait qu'attendre le coup de fil annonçant que Théa était partie faire un voyage sans retour. Il faisait confiance a ses collègues pour s'occuper de la suite, ils prendraient soin de Jacob.

Il avait consciencieusement envoyé chier chacun d'entre eux quand ils étaient venu le voir, chacun y allant de sa petite remontrance ou de sa pitié dont il ne voulait pas. Il ne supportait plus leurs mines tristes et leurs inquiétudes. Seul Hotch n'était pas venu le voir encore et c'était temps mieux. Il ne voulait que l'homme pour qui il avait le plus de respect le voit dans cet état.

Il ne savait même pas comment allait Théa, il n'avait aucune nouvelle de l'hôpital.

Allongé sur son lit, il n'avait de cesse que de se repasser en boucle ses souvenirs avec Théa, se remémorant les jours heureux. Il ne bougeait que pour porter son verre a ses lèvres.

Pitoyable...


- Tu es bien installée, dit Jacob regardant autour de lui. C'est Pénélope qui a fait tout ça ?

Partout dans la petite chambre blanche un tas d'objets colorés avaient envahit la pièce. Garcia avait ramené de chez Théa ses affaires enfin qu'elle se sente bien quand elle se réveillerait. Un grosse couverture en Patchwork était posée sur elle. Souvenir de leur mère. Des figurines Harry Potter qu'elle avait piqué dans la vitrine pour les disposer un peu partout aux côtés de plusieurs pots de fleurs et de livres. Des photos trônaient sur la petite table prêt du lit. Il en attrapa une pour la regarder de plus prêt. Théa se tenait dans les bras de son fiancé, souriants tout les deux.

- C'est un type bien que tu as trouvé, tu sais. Maman et papa l'auraient adoré. Je ne t'aurais pas cru être du genre a vouloir te marier, toi qui grimaçait chaque fois que maman rêvait de te voir en robe blanche un jour...

Il reposa le cadre photo et tomba sur celle représentant ses parents et eux. Sur la photo Théa ne devait n'avoir que 8 ans tandis que lui n'était encore qu'un tout petit garçon qui s'accrochait au cou de sa mère. Il détailla la photo. Théa tenant la main de leur père et qui souriait sur une bouche édentée. Tandis que lui avait hérité des traits de ses deux parents, Théa était la parfaite copie conforme de leur mère. Les mêmes yeux verts sous ses nombreuses tâches de rousseurs, la crinière noire qui déjà à l'époque lui descendait jusqu'aux reins.

- Je me souviens de la syncope qu'a fait maman quand tu leur a annoncé que tu voulais entrer au FBI ! Papa était très fier mais maman disait qu'elle s'inquiétait déjà suffisamment comme ça pour papa quand il partait au travail, qu'elle n'avait pas besoin qu'un deuxième membre de la famille lui donne des cheveux blancs.

Si elle avait su a l'époque a quel point elle avait eut raison...

- Il a fallu que tu fasse comme papa, hein ? Ne pouvais tu pas choisir un métier moins dangereux ? Tu étais si douée a cheval chez grand père, tu aurais pu reprendre l'élevage. Tu te souviens des vacances que l'ont passé là bas ? L'année de mes 12 ans, on étaient partit tout les deux en randonnée. Ce fut une catastrophe ! Ton cheval n'arrêtait pas de trébucher tout les trois mètres ! A croire que tu lui as transmit ta maladresse ! Jusqu'au moment il s'est complétement emmêlé les sabots que vous avez fini tout les deux le nez dans la poussière.

Il sourit a ce souvenir.

- Je n'arrivais plus a m'arrêter de rire. Tu aurais dut te voir les fesses par terre en train de râler après ce pauvre cheval qui te regardait comme si il se demandait comment tu était tombée de son dos. Cet andouille était juste trop feignant pour lever les pieds en marchant !

Ils avaient passé toutes leurs vacances au ranch de leur grand père depuis leur petite enfance. Il n'avait aucun souvenir de leur vie aux États Unis avant d'immigrer en France. Mais l'anglais était leur langue paternel et leur fréquents séjours au ranch les avaient rendu parfaitement bilingues, aussi a l'aise dans une culture que dans l'autre. Ils avaient eu une enfance très heureuse, Théa était une adolescente très facile a vivre, quoique très têtue et trop remuante. Lui c'était une autre histoire. Il avait a peine 16 ans a la mort de leurs parents et Théa avait dut mettre de côté ses études pour s'occuper de lui et il faisait beaucoup de bêtises. Sa sœur avait eut une infinie patience avec lui, pas sur qu'il aurait été capable d'en faire autant a son age. Il lui avait rendu la vie dure pendant longtemps et encore aujourd'hui il s'en voulait de lui avoir causé tant de soucis.

Il leva la main vers elle pour écarter une mèche de son front.

- Papa et maman serait si fier de toi... Mais reste avec moi s'il te plait, ce n'est pas l'heure pour les rejoindre... Ne me force a pas a rester tout seul.

Il s'effondra en pleure sur elle, incapable de d'envisager de la perdre elle aussi.

- Ça va aller gamin, dit une voix dans son dos tandis qu'une main se posa sur son épaule.

Il tourna la tête et découvrit Rossi derrière lui. Il n'avait pas entendu le vétéran entrer dans la chambre. Garcia était a côté de lui et avait le visage tout aussi inondé de larme.

- Ta sœur est plus têtue que la mort, continua Rossi. Elle enverra la faucheuse se faire cuire un œuf !

Son humour eut au moins le don de faire naître un pauvre sourire sur le visage de Jacob.

- J'aime mieux ça. Pénélope emmène donc Jacob boire un café et respirer un peu d'air frais. Ça lui fera du bien. Je vais rester avec Théa.

- Oui monsieur, répondit elle en trottinant vers le jeune homme. Viens avec moi mon poussin.

Il se laissa emmener par l'analyste jusqu'à la cafétéria, sachant que sa sœur n'était pas seule.

Une fois seul avec sa collègue, Rossi s'assit dans le fauteuil en soupirant.

- Tu nous en donne des soucis jeune fille, dit il. Mais ne t'inquiète pas pour ton petit frère, on s'occupe de lui, on ne le laissera pas tomber.

Il resta un moment sans parler, se contentant de veiller sur le sommeil profond de Théa comme un père pourrait le faire.

- J'aimerais pouvoir te dire de ne pas t'en faire non plus pour Spencer mais ça serait mentir. Il ne va pas bien. Pas bien du tout. Pour être honnête, je ne pense pas que l'ont puisse faire quelque chose pour lui. Tu es la seule qui en sois capable. Il en mourra tu sais, il en prend déjà le chemin. Il ne faudra pas que tu lui en veuille, c'est trop pour lui.

Il s'interrompit dans son monologue. Quelque chose n'allait pas. Les bips des machines jusqu'ici lents et réguliers s'emballèrent. Le moniteur cardiaque se mit a hurler. Le respirateur cessa de pomper de l'air.

Il se leva de sa chaise quand le visage de Théa se tordit d'une grimace. Il se jeta sur le bouton pour appeler l'infirmière.

- J'ai besoin d'aide ! Hurla t il depuis la porte de la chambre.

Trois infirmières coururent dans la chambre et examinèrent la jeune femme alitée qui grimaçait de plus belle.

- Qu'est ce qui se passe ? Demanda Rossi dont le vieux cœur s'emballa son tour.

- Sortez de la chambre, s'il vous plait ! Scanda l'une des infirmières.

- Dites moi d'abord ce qui se passe !

Au même moment Jacob entra en trombe dans la chambre, le visage paniqué, Garcia sur les talons.

- On a entendu l'alarme depuis le couloir ! Dit il. Qu'est ce qui lui arrive ?!

Il voulu s'approcher de sa sœur mais Rossi l'en empêcha.

- Laisse les infirmières l'aider, gamin, tu ne peux rien faire pour l'instant.

Avec angoisse, ils regardèrent le moniteur cardiaque faire des bonds sur l'écran, hurlant des bips insupportables. Un médecin vint prêter main fortes.

- Elle lutte contre le respirateur ! Dit il.

- Ça veux dire quoi ? Demanda Jacob dont les larmes coulaient a flots sur son visage.

Mais le médecin ne lui répondit pas et commença a tirer sur le tube qui sortait de la gorge de Théa. Une fois libérée de la machine, le moniteur se calma rapidement, reprenant un rythme normal.

- Elle respire toute seule, dit le médecin en sortant une petite lampe de sa blouse. Agent Terrador ?

Il ouvrit une première paupière pour y braquer sa torche avant de recommencer avec la deuxième.

- Agent Terrador ? Vous m'entendez ? Serrez ma main s'il vous plais.

Il attrapa la main de la jeune femme et Jacob vit les doigts se refermer sur ceux du médecin comme par miracle. Immédiatement, Théa se mit a papillonner des paupières.

- Bienvenue parmi nous Agent Terrador, vous revenez de loin, dit le médecin en souriant.

Comprenant ce que cela voulait dire, Jacob laissa sortir le sanglot qui s'était coincé dans sa gorge. Même Rossi y alla de sa petite larme tandis que Garcia accompagnait ses propres larmes d'un sourire éclatant.

Le médecin examina Théa encore un moment, testant ses réflexes et contrôlant ses constantes avant de poser un masque a oxygène sur son visage. Rossi, Garcia et Jacob attendait son verdict avec angoisse mais aussi avec espoir.

Il finit par se tourner vers eux avec un sourire.

- Je ne veux pas trop m'avancer en vous disant qu'elle est tirée d'affaire mais elle en prend le chemin.

Un vent de soulagement vola dans la pièce.

- Approchez, ajouta t il.

- Vas y Jacob, l'encouragea Rossi.

Le jeune homme alla se rassoir sur le lit et se pencha sur sa sœur.

- Alethéa ?

Elle entrouvrit les yeux.


Loin de se douter de ce qui se tramait a l'hôpital, Hotch grimpait les marches menant a l'appartement de Reid. Arrivé devant la porte, il tambourina sur cette dernière.

- Reid ! Hurla t il. Ouvres moi !

Un silence mort lui répondit. Il tenta de tourner la poignée mais la porte était verrouillée.

- Reid ! Ouvres tout de suite cette porte ou je la défonce ! J'en ai assez de ton attitude !

- Ne pouvez vous donc pas laissez ce jeune en paix ? Dit une voix a sa gauche.

Il tourna la tête pour tomber sur la vieille voisine de Reid.

- Vous ne savez pas ce qu'il lui arrive a ce pauvre garçon ?

- Je ne le sais trop bien madame, répondit il en continuant de frapper a la porte. REID ! Ouvres c'est un ordre !

- Mais enfin, laissez le donc ! Il veux être seul pour faire son deuil !

- Croyez moi madame, ce que je fais c'est pour son bien.

Et devant les yeux scandalisés de la vieille dame, il donna un puissant coup d'épaule dans la porte qui céda et s'ouvrit.

Hotch entra dans l'appartement plongé dans le noir. Une odeur de renfermé lui chatouilla les narines.

- Reid !

Il alla jusqu'à la chambre et découvrit son collègue allongé sur le lit, des cadavres de bouteilles au pied de ce dernier. Il était dans un état déplorable. Les cheveux complétement en vrac, une barbe de plusieurs jours sur le menton et des vêtements qu'il devait porter depuis un sacré bout de temps, une vrai épave. Agacé, Hotch se pencha sur lui et le secoua pour le réveiller.

- Reid ! Cria t il. Secoue toi !

Le petit génie ouvrit un œil vitreux pour le refermer aussitôt.

- Foutez moi la paix, gémit il en repoussant les mains de Hotch.

- Dans tes rêves !

Il le secoua encore jusqu'à ce qu'il ouvre complétement les yeux.

- Tu vas te lever, te laver par ce que tu sent la mort et m'accompagner a l'hôpital !

- Ça y est, elle est morte ?

Scandalisé, Hotch fit un effort pour se retenir de le frapper.

- Non ! Et tu devrais avoir honte !

- Vous en faites pas pour ça, répondit il en se redressant en position assise. La honte est une vieille amie...

Il tendit une main mal assurée vers l'une des rares bouteilles encore pleines. Mais Hotch perdit patience. Il l'attrapa par le col de sa chemise débraillée et le remis sur ses pieds.

- J'en ai plus qu'assez de ton comportement ! Gronda t il. Théa serais très déçue de te voir ainsi !

- Allez vous faire foutre ! Scanda Reid en repoussant son supérieur.

Il tituba un instant avant de réussir a se stabiliser.

- Elle ne sera rien du tout, articula t il en grimaçant. Elle sera plus jamais rien ! C'est terminé pour elle ! Et pour moi aussi ! C'est trop vous demander que de me laisser crever en paix ?!

S'en était trop. Sans aucun ménagement, Hotch le choppa par la peau du cou et le poussa brutalement vers la salle de bain.

- Lâchez moi !

Mais il le colla dans la cabine de douche et tourna le robinet. L'eau froide glaça Reid et le réveilla brutalement, remettant un peu d'ordre dans ses pensées et écartant le brouillard de son cerveau.

- Maintenant, écoutes moi bien ! Cria Hotch. Tu vas arrêter avec ton attitude ridicule ! Tu vas venir avec moi ! Et tu vas prier avec nous pour que Théa se remette ! Tu vas être là pour elle, tu m'entends ?! Que ça soit dans la guérison ou pour l'accompagner dans la mort ! Tu vas être un homme et être là pour elle !

Il vit le visage de Reid se tordre de douleur, ses yeux chocolats accrochés aux siens. Cela lui faisait du mal de devoir en arriver là, mais si il fallait ça pour qu'il se bouge il n'hésiterait pas a le trainer par la peau des fesses ! L'eau dégoulinait dans ses cheveux et sur ses vêtements mais il s'en fichait.

- Vous en comprenez pas que c'est au dessus de mes forces !

- Tu veux vraiment qu'elle soit seule pour mourir ?!

Reid finit par secouer la tête.

- Non, je ne veux pas...

- Alors tu vas venir avec moi. Nous seront là. On ne va pas te laisser traverser ça tout seul, continua Hotch plus doucement.

Il relâcha sa prise.


Une heure plus tard, ils étaient dans les couloirs aseptisés de l'hôpital en route vers la chambre de Théa. Juste avant d'arriver devant la porte, le téléphone de Hotch vibra dans sa poche. Il sortit l'appareil et ouvrit de grands yeux devant le message.

- Attends, Reid !

Mais le jeune homme était déjà entré, il le vit s'immobiliser sur le pas de la porte.


Deux chapitre en deux jours je vous gâte ! Pour me faire pardonner des délais :D