Salut !
Bonne nouvelle : voici enfin la suite de JCQLMNR ! Je tiens à remercier tous ceux qui ont pris le temps de me laisser leur ressenti suite au premier chapitre ! J'espère que cette suite vous plaira tout autant !
Passons maintenant à la mauvaise nouvelle : j'ai des gros soucis d'internet en ce moment... Je change d'opérateur mais c'est une grosse galère... Je ne sais donc pas quand ce sera rétabli comme il faut mais je vais faire de mon mieux pour ne pas vous laisser patienter trop longtemps pour le prochain chapitre ! Heureusement que celui-ci est long comme ça, vous me pardonnerez peut-être plus facilement ;)
Quoi qu'il en soit, je vous souhaite à tous et toutes une très bonne lecture !
2. Chaque victoire a un prix
« La compétition a une signification particulière selon les gens. Mais qu'il s'agisse de rivalité amicale ou d'un combat sans merci, le résultat reste le même. Il y a des vainqueurs et des perdants. L'important est de savoir dans quelle bataille on peut s'engager. Parce que... chaque victoire a un prix. »
Desperate Housewives
La guerre était finalement parvenue à son terme et la paix avait étendu ses bras rassurants tout autour du pays, apportant réconfort et espoir aux vaillants combattants qui n'étaient pas tombés. Ce moment auquel plus personne n'avait osé croire était tout de même arrivé. Jusqu'au tout dernier moment sur le champ de bataille, l'effroi avait serré les cœurs. Mais c'était fini. Le Lord Noir le plus puissant de ces dernières décennies, celui qui avait traumatisé les dernières générations de sorciers, avait péri, définitivement cette fois-ci.
Il n'avait pas fallu longtemps pour que la nouvelle se répande dans le monde sorcier. Tous étaient soulagés de pouvoir enfin célébrer, oublier le passé, reconstruire, avancer. La guerre avait marqué les esprits et, en ce jour de célébration, tous ne souhaitaient que fêter leur victoire, même si beaucoup n'avaient osé y prendre part et malgré les pertes qui avaient marqué ce jour funeste.
C'est ainsi que Hermione Granger s'était retrouvée sur le Chemin de Traverse, perdue au milieu de centaines de personnes qui discutaient, riaient et dansaient. Malgré les blessés et les morts, gaîté et allégresse étaient au programme, exorcisant les ténèbres qui avaient recouvert le pays depuis plusieurs mois, voire années, par la joie étincelante que tous faisaient rayonner.
La musique emplissait la rue et la chaleur printanière incitait chacun à rester jusqu'au bout de la nuit. Personne n'avait envie de retourner s'enfermer à présent que tout était fini. Ils avaient gagné, ils avaient le droit et le devoir de célébrer leur victoire, au moins pendant une nuit.
Jouant des coudes, la jeune sorcière se faufila parmi la foule pour atteindre l'un des nombreux points de ravitaillement qui avaient été positionnés le long de l'avenue. Elle ne pouvait nier que les commerçants s'étaient préparés incroyablement rapidement. Cela ne faisait que quelques heures que Voldemort était tombé et pourtant, on aurait presque pu croire que l'événement avait été prévu des mois auparavant.
Hermione finit par réussir à atteindre le coin d'un bar et héla une serveuse pour commander un firewhisky. Loin d'elle l'idée de s'alcooliser à en perdre tous ses moyens mais elle en avait plus que besoin. La guerre s'était terminée l'après-midi même, brutalement, et elle n'arrivait pas à partager l'euphorie collective.
Contrairement à la majorité des personnes présentes, elle avait participé à cette guerre, bien plus que ce qu'une jeune femme de dix-huit ans n'aurait dû. Quelques heures plus tôt à peine, elle avait craint de ne pas voir le jour se lever une nouvelle fois. Quelques heures plus tôt à peine, elle avait bataillé avec rage pour survivre. Quelques heures plus tôt à peine, elle avait contemplé les cadavres de certains de ses amis. Quelques heures plus tôt à peine, elle avait tenu son cadavre dans ses bras.
Elle aurait dû fuir à ce moment-là. Elle avait déjà bien assez de souvenirs traumatisants pour alimenter ses cauchemars pour le restant de sa vie. Elle aurait dû partir en même temps que Ron et Harry mais elle s'était sentie incapable de l'abandonner alors qu'il rendait son dernier souffle. Personne ne méritait de mourir seul. A présent toutefois, cette expérience la hantait, littéralement.
Elle ne savait rien de cet homme. Elle n'avait jamais réussi à le cerner, ni à comprendre ses motivations dans cette guerre. Elle n'avait jamais réussi à percer les secrets du ténébreux Severus Snape, malgré tous les efforts qu'elle avait pu faire. Généralement, il lui suffisait d'un regard pour comprendre les gens et ce qui les poussait à agir de telle ou telle façon. Mais ça n'avait jamais fonctionné avec lui. Il avait toujours gardé cette aura de mystère qui l'entourait, vibrante de puissance, attirante et terrifiante à la fois.
Même à un doigt de la mort, il n'avait rien révélé de sa véritable personnalité. Il avait fourni ses souvenirs à Harry, expliquant en partie son rôle dans la guerre. Mais malgré ce que son ami lui avait raconté à ce propos, Hermione ne pouvait s'empêcher de rester sceptique quant à ce qui avait véritablement motivé l'homme.
Pouvait-on réellement tout sacrifier tel qu'il l'avait fait, allant jusqu'à ne pas avoir peur de la mort, simplement pour un amour de jeunesse, aussi profond et amer puisse-t-il avoir été ?
Alors Hermione était restée au chevet de l'homme dans la cabane hurlante pendant que la vie l'abandonnait. Elle avait voulu l'aider, sans pour autant avoir la moindre idée de ce qu'elle pouvait faire. Et elle n'était pas habituée à ne pas savoir quoi faire.
Elle avait croisé son regard sombre et terne. Aucune peur ne s'était reflétée dedans. Aucun soulagement non plus. Ses prunelles étaient restées aussi impassibles qu'habituellement, aussi vides. Et il était mort. Tout simplement.
La jeune femme était restée de longues minutes à ses côtés. Elle s'était presque attendue à ce qu'il se relève, un rictus aux lèvres, en se moquant d'elle de sa voix grave et chaude, la rabaissant vis-à-vis de son incapacité à agir.
« Croyiez-vous réellement que j'allais disparaître ainsi, miss Je-sais-tout ? Il en faudra plus que cela pour vous débarrasser de moi ! »
Mais il n'avait pas bougé d'un pouce. Et ces paroles n'avaient résonné que dans l'esprit de Hermione. Son dernier souffle avait quitté l'homme et la sorcière n'avait pu faire autre chose que le regarder en attendant que quelque chose se passe, un vide intense s'emparant de son être.
Snape l'avait tellement intriguée, depuis qu'elle l'avait vu pour la première fois lors de son arrivée à Poudlard, qu'elle s'était sentie presque déçue qu'il s'en aille simplement ainsi, sans lui avoir laissé suffisamment de temps pour percer ses mystères. C'était trop simple. Qui aurait cru qu'une simple morsure de serpent mettrait fin à l'existence de Severus Snape ? Quand bien même était-elle venimeuse, ça sonnait faux, irréel, impossible.
Et pourtant, il avait été là, allongé au sol, le cou déchiqueté par les crocs de Nagini. Le sang avait coulé le long de la plaie, inondant la chemise blanche de l'homme ainsi que sa cape noire. Il y en a beaucoup trop, avait pensé Hermione. Et sans bien savoir pourquoi, elle s'était retrouvée à poser ses mains sur la gorge de l'homme, essayant vainement de refermer la plaie à l'aide de ses doigts fins.
Ses mains avaient semblé minuscules sur le cou de Snape. Ça n'avait de toute façon servi à rien. Il était déjà parti et elle avait juste eu son sang sur les mains par son geste, littéralement. Hermione n'avait réussi à détacher son regard du corps de l'homme que lorsqu'elle avait relevé ses mains rougies devant ses yeux. Le souvenir de cette vision ne la quitterait certainement plus jamais non plus à présent.
Sur le coup, la sorcière n'avait véritablement rien ressenti, comme si sa conscience avait sombré au fin fond des abysses de son esprit. Comme si son cerveau n'avait pas voulu faire face aux événements. C'était un moyen de protection comme un autre : ignorer la douleur et la peur pour ne pas les laisser l'atteindre. Elle l'avait tellement fait pendant la chasse aux horcruxes que ça semblait être devenu une habitude, un automatisme qu'elle n'était même plus en mesure d'espérer contrôler.
Elle n'avait réalisé qu'ensuite, quand tout s'était terminé et que Mrs Pomfresh était venue la voir dans la grande salle où tout le monde s'était regroupé. L'infirmière avait remarqué le sang qui maculait ses paumes ainsi que son visage blafard et elle s'était inquiétée que la jeune femme ne soit blessée.
– Ce n'est pas mon sang, avait répondu Hermione d'une voix lointaine.
Sur ses ordres, elle avait ensuite conduit l'infirmière jusqu'à la cabane hurlante, jusqu'au corps de son ancien professeur.
Ses yeux s'étaient de nouveau posés sur le cadavre de l'homme. Elle s'était presque attendue à ce qu'il ait disparu depuis, pour lui prouver qu'elle avait tout imaginé. Mais il avait bien été là, allongé, dans l'exacte position qu'il occupait lorsqu'elle avait réussi à partir pour retourner se battre.
Il ne serait jamais volontairement resté ainsi avachi s'il avait encore été en vie, avait-elle pensé.
L'infirmière s'était précipitée au chevet du maître des potions, simplement pour vérifier ce que Hermione savait déjà. Il était mort, parti, disparu.
Hermione n'était pas restée plus longtemps, abandonnant le corps de l'homme aux bons soins de Mrs Pomfresh. Elle avait rejoint la grande salle en se mouvant tel un automate, perdue dans ses sombres pensées.
Plus jamais l'homme ne lancerait ses caractéristiques remarques sarcastiques. Plus jamais il ne ferait ce petit haussement de sourcil qui reflétait bien plus ses pensées que la moindre de ses paroles. Plus jamais il n'aurait ce rictus méprisant au coin des lèvres. Plus jamais il ne la traiterait de miss Je-sais-tout, ce surnom qui l'avait d'abord exaspérée avant qu'elle n'y décèle une certaine reconnaissance de ses capacités. Plus jamais il ne la sonderait de son regard noir comme la nuit, donnant l'impression de lire en elle jusqu'à son âme, ce qu'il faisait probablement.
Plus jamais elle ne pourrait essayer de le comprendre et de percer le moindre de ses secrets, la moindre de ses motivations. Plus jamais elle ne pourrait se défouler sur lui en pensées, le seul qu'elle avait pu insulter mentalement sans avoir jamais le moindre remord, pour libérer la rage, la solitude ou la peur qui l'étreignaient parfois. Il avait toujours semblé avoir les épaules suffisamment solides pour qu'elle libère sur lui un peu du poids qui pesait sur elle. Mais il n'était plus là. Et l'image de son cadavre la hanterait pendant longtemps.
Après ça, elle avait vécu la fin de la journée et la soirée de façon totalement détachée. Prendre une douche, se changer, jeter ses vêtements abîmés et souillés par la guerre, apporter ses condoléances à ceux qui avaient perdu un être cher, sourire à ceux qui étaient encore en vie, pleurer les défunts, profiter de Ron et Harry qui avaient survécus, féliciter ce dernier pour sa victoire, l'écouter raconter en détails ce qu'il s'était passé. Et puis elle s'était laissée entraîner par ses deux meilleurs amis qui avaient absolument tenu à célébrer leur victoire.
En réalité, c'était plutôt Ron qui avait insisté, malgré la profonde tristesse qu'il ressentait du fait de la mort de Fred. Parce qu'il avait décelé sans difficulté le poids qui pesait encore sur les épaules de ses amis, et qu'il avait pensé que cela leur ferait le plus grand bien. Après tout ce qu'ils avaient vécu, fait, subi, traversé, ils avaient le droit de profiter d'un moment de joie et de légèreté. Ils méritaient de voir le résultat de ce pour quoi ils s'étaient battus. Ni Harry, ni Hermione n'avaient pu le contredire.
La soirée avait d'ailleurs plutôt bien commencé. Lorsqu'ils étaient arrivés sur le Chemin de Traverse, la fête battait déjà son plein. C'était à croire que toute la Grande-Bretagne s'était donnée rendez-vous dans l'allée pour fêter la victoire. Des haut-parleurs magiques avaient été installés tout le long du chemin et la musique, forte, puissante, abrutissait les sens, enivrant chacun d'une bonne humeur contagieuse.
Les trois amis avaient dansé comme des fous, abandonnant tout le reste derrière eux : la guerre, les blessés, les morts, les champs de bataille, les bâtiments dévastés, la chasse aux horcruxes, la fuite à travers tout le pays, le Manoir Malfoy, la torture de Hermione par Bellatrix, la bataille finale… La liesse avait empli leurs cœurs, soignant leurs âmes brisées, éloignant les ténèbres comme la lumière illuminait l'avenue de mille feux.
C'était après que les choses avaient commencé à partir en vrille. Il faut croire que la lumière n'éclipse jamais totalement les ténèbres. Elles restent là, tapies, attendant la moindre brèche pour s'infiltrer et grandir, sournoisement, se nourrissant du moindre sentiment négatif, faisant refluer peu à peu la moindre lueur pour ne laisser rapidement que des ombres.
En ce début de mois de mai, il faisait particulièrement chaud. On aurait presque pu croire que la météo se joignait aux vainqueurs, réchauffant l'atmosphère pour partager leur joie. Peut-être cette impression de chaleur quasiment étouffante venait-elle simplement de la proximité liée au nombre de personnes sur le chemin.
Quoi qu'il en soit, au fur et à mesure des danses, Hermione avait eu de plus en plus de mal à respirer. Elle s'était sentie oppressée, envahie par la sensation de ne pas être à sa place. Le mal-être et la tristesse avaient progressivement repris leur place dans son cœur.
Elle était heureuse et profondément soulagée de leur victoire mais pourtant, elle avait eu de plus en plus l'impression tenace que cette victoire n'en était pas réellement une. Elle n'avait pu s'empêcher de penser aux morts et aux blessés qui ne pouvaient pas partager cet instant. Et, pour la première fois, elle avait eu l'impression de le voir.
Il s'était tenu là, à une dizaine de mètres d'elle, debout au milieu de la foule, immobile, les bras croisés, bien portant, son éternel rictus bien en place sur le bord de ses lèvres. Il avait fixé la jeune femme de ses yeux d'obsidienne et elle s'était perdue dans son regard sombre pendant quelques secondes, arrêtant brusquement de danser, le souffle coupé. Il n'y avait plus eu aucune trace de sang ou de morsure sur son cou. Sa pâleur naturelle n'avait plus rien eu de maladif.
A ce moment-là, Ron avait attrapé la main de Hermione et l'avait faite tourner sur elle-même pour l'inciter à reprendre sa danse. Ce faisant, la sorcière avait perdu l'homme de vue et, lorsqu'elle était revenue à sa position d'origine, haletante, il avait disparu. Jetant des regards à la volée dans toutes les directions, elle avait dû se rendre à l'évidence. Les événements de la journée l'avaient bel et bien traumatisée et son esprit commençait à lui jouer des tours.
S'excusant auprès de ses amis, prétextant avoir trop chaud et soif, Hermione s'était alors éclipsée. Harry et Ron méritaient de profiter et elle n'avait pas envie de les faire redescendre de leur petit nuage à cause de son esprit défaillant. Elle était simplement fatiguée et le trop plein d'émotions de la journée se faisait ressentir. Elle avait juste besoin de souffler un peu et elle était donc partie à la recherche de ravitaillement, en profitant pour se reprendre.
La serveuse lui apporta son verre de firewhisky et la brune lui glissa cinq Mornilles en échange. Sur le coup, l'alcool lui avait semblé être une bonne solution pour combler ses déficiences cérébrales évidentes et noyer son trouble. A présent qu'elle contemplait le liquide ambré, le doute l'assaillait toutefois. Elle n'avait jamais réellement bu d'alcool, préférant conserver la pleine maîtrise de ses moyens tandis que les temps n'avaient jamais été sûrs pour elle depuis qu'elle avait été en âge de consommer de l'alcool.
Là encore, elle n'avait pas envie de finir la soirée à vomir sous un pont, incapable de même retrouver le chemin de la chambre qu'elle avait loué au Chaudron Baveur pour l'occasion. Un rapide regard alentour l'assura toutefois qu'elle ne pourrait certainement pas dormir de la nuit étant donné le bruit qui résonnait dans la rue. Autant essayer de profiter un peu dans ce cas. Et puis, ce n'était pas avec un seul verre qu'elle allait finir mal, n'est-ce pas ?
Telle la courageuse lionne que sa condition de Gryffondor la poussait à être, Hermione porta finalement son verre à ses lèvres et laissa couler une longue lampée de liquide dans sa gorge. La pensée que le firewhisky portait bien son nom la traversa tandis qu'une langue de feu s'égarait le long de son gosier avant de filer dans son estomac, insensibilisant tout sur son passage.
Les gorgées suivantes furent plus faciles à avaler et, lorsque Ron et Harry la rejoignirent, les bouffées de vapeur d'alcool commençaient déjà à monter à la tête de Hermione, abrutissant son esprit derrière un agréable écran de fumée. Un éclat de rire lui échappa devant les airs réprobateurs de ses amis.
– Allez les garçons, c'est la fête, non ?
D'un geste de la main, Hermione commanda une nouvelle tournée pour eux trois. Harry et Ron échangèrent un regard perplexe mais finirent par sourire en haussant les épaules, résignés. Ils trinquèrent en riant devant leur insouciance, rudement conscients que c'était sans doute la première fois de leur vie qu'ils pouvaient ainsi se laisser aller, sans avoir peur que quelque chose ne tourne mal ou ne leur tombe dessus. Ça leur faisait un bien fou.
Il y eut ensuite une période de la soirée un peu floue dans l'esprit de Hermione. Galvanisés par l'alcool, les trois amis avaient repris leurs danses, profitant simplement d'être ensemble et en vie, comme ils n'osaient pas en rêver quelques heures plus tôt à peine.
Des feux d'artifices explosèrent sur les coups de minuit, illuminant le ciel de mille teintes. Et la musique continua, encore et encore, mêlant chansons sorcières et moldues, faisant vibrer les rues d'extase. Tout semblait possible cette nuit-là. Rien ne semblait pouvoir arrêter les centaines de personnes rassemblées, ni même tenir les émotions positives qui emplissaient l'air.
Et lorsque Ron posa ses lèvres sur celles de Hermione, au milieu d'une danse, la jeune femme ne le repoussa pas.
Elle avait attendu ce baiser pendant plusieurs années, attirée malgré elle par son meilleur ami qui ne la considérait pourtant même pas comme une réelle représentante de la gent féminine. Elle s'était accrochée à l'espoir qu'un jour, Ron ouvrirait les yeux et la verrait, elle. Et quelques heures plus tôt, en pleine bataille, alors qu'elle avait cru leurs derniers instants arriver, elle en avait eu assez d'attendre et elle l'avait embrassé, sans vraiment savoir pourquoi.
Elle avait été certaine de s'être fait une raison depuis la fin de leur quatrième année. Elle avait été certaine d'être passée à autre chose. Mais quand l'ombre de la mort vous frôle, parfois, vous prenez des décisions irréfléchies et vous vous mettez à embrasser votre meilleur ami parce que vous ne voulez pas mourir avec le regret de ne jamais l'avoir fait.
Il fallait croire que ce baiser avait été un électrochoc pour Ron puisqu'il était à présent en train de recommencer. Pourtant, pour Hermione, ça avait été un électrochoc d'un autre genre. Quand ses lèvres avaient effleuré celles de Ron, elle n'avait ressenti que gêne et doute. Et là encore, au milieu de la foule en délire, alors qu'elle percevait le rire de Harry à leurs côtés, elle ne se sentait pas à sa place. Elle voulait repousser Ron mais en même temps, elle n'y arrivait pas.
Elle avait besoin de ce contact. Elle avait besoin de cette chaleur qu'il voulait lui donner et qui chassait le froid macabre qui serrait étrangement son cœur au souvenir du corps qu'elle avait tenu un peu plus tôt dans ses bras. Elle ne savait même pas pourquoi tout ça semblait la toucher plus que la mort de certains de ses amis. Elle ne voulait pas y penser. Elle ne voulait pas y réfléchir.
Elle préférait largement se perdre dans la joie de Ron, même si elle avait parfaitement conscience de faire une grosse erreur, peut-être même la pire de toute sa courte vie. Parce que ce n'était pas un renvoi de Poudlard qu'elle risquait, là. C'était de perdre son meilleur ami, et peut-être même les deux. Elle ne doutait pas que, s'il lui fallait choisir un camp, Harry finirait par choisir Ron.
Lorsque le rouquin s'éloigna avec un léger soupir de soulagement, heureux qu'elle ne l'ait pas repoussé, Hermione sentit son cœur se serrer comme jamais il ne l'avait fait jusqu'alors. Elle se laissa entraîner par ses amis au milieu de la foule, sous les rires et dans la bonne humeur générale, sentiments positifs qu'elle était loin de ressentir elle-même. Elle bougeait comme un automate, incertaine de la meilleure façon de réagir, abrutie par l'alcool et ignorant de son mieux le fantôme de son ancien professeur qui semblait la poursuivre infatigablement.
Plus le temps passa, plus l'esprit de Hermione s'éclaira et plus elle reprit progressivement le contrôle sur ses faits et gestes. Plus elle le vit également. Il semblait rôder en permanence à la lisière de son champ de vision. A chaque fois qu'elle tournait la tête, il était là, à la fixer de son regard noir, immobile au milieu de la foule en liesse, son visage impénétrable, sa stature imposante. C'était à se demander comment les autres faisaient pour ne pas le voir.
Pour un peu, elle aurait presque pu croire qu'il était bel et bien en vie. Et sans savoir pourquoi, elle avait envie de se jeter dans sa direction pour l'atteindre, pour vérifier d'un contact la véracité du mirage qui s'offrait à ses yeux. Elle avait envie de croire que, si elle l'atteignait, elle sentirait la vie pulser dans ses veines. Elle verrait son buste se soulever de ses respirations. Elle entendrait son souffle régulier et les battements constants de son cœur.
Mais tout était dans le « presque ». Parce que le souvenir du poids de son corps froid et de son regard éteint pesait bien trop dans son esprit. Elle l'avait vu mourir. Elle n'était pas près de l'oublier. Sans doute avait-il simplement décidé de la hanter, pour une raison quelconque qu'elle n'avait pas envie de chercher.
Elle ne doutait pas qu'il la réprimanderait de ne rien avoir fait pour essayer de le sauver. Elle se le reprochait déjà elle-même, même si elle savait pourtant qu'elle n'aurait rien pu faire. Aucune formule magique n'aurait pu purger le poison qui s'était répandu dans ses veines et ses artères à une vitesse impressionnante. Aucune potion n'aurait pu lui restituer les litres de sang qui s'étaient écoulés en dehors de son corps.
Alors elle faisait de son mieux pour l'ignorer, concentrant toute son attention sur Ron et Harry. L'homme ne semblait même pas dupe de ses tentatives et le regard féroce qu'il posait sur elle lui donnait envie de se recroqueviller sur elle-même. Un mort pouvait-il sembler si vivant ?
Hermione était partagée entre son envie de se soustraire à la vision de son défunt professeur de potions et le besoin de le confronter, pour que cesse de planer le doute dans son esprit, pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas le droit de la hanter ainsi, pour faire disparaître les souvenirs de son corps froid et ensanglanté.
Aux premières lueurs de l'aube, la foule s'était déjà bien clairsemée. La fatigue pesait sur le corps de Hermione et un léger mal de tête s'était déclaré dans sa boîte crânienne, comme une punition pour l'alcool consommé. Harry et Ron semblaient dans un état similaire et un regard leur suffit à se coordonner sur l'idée qu'il valait mieux pour eux tous d'aller dormir.
Hermione serra donc Harry dans ses bras devant la cheminée du Chaudron Baveur. Le brun avait prévu d'aller passer la nuit au Terrier avec Ron et sa famille, n'ayant pas particulièrement envie de se retrouver seul.
– Tu es sûre que tu ne veux pas venir avec nous ?
– Oui Harry, je ne suis pas encore prête à renoncer à mon indépendance aussi vite, rigola Hermione en libérant son ami de son étreinte.
Elle se tourna ensuite vers Ron, plus hésitante que jamais, tandis que Harry disparaissait déjà dans la cheminée, pour leur laisser le peu d'intimité qu'ils pouvaient trouver dans la salle du bar.
Hermione n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit avant que Ron n'effleure délicatement ses lèvres à nouveau. Comme lors des tentatives précédentes, le doute s'empara de la brune. Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement se contenter de ce que Ron semblait enfin prêt à lui offrir ? Pourquoi ne ressentait-elle pas cette joie immense qu'elle avait si souvent imaginé, la nuit, dans son baldaquin à Poudlard ?
Elle n'arrivait pas à extraire de ses pensées le fantôme de son ancien professeur, alors même qu'elle partageait ce baiser dont elle avait tant rêvé étant plus jeune. Et elle n'avait pas la moindre idée de pourquoi son cerveau mélangeait tout ainsi. Elle ne savait pas du tout quoi faire, comment se sortir de cette impasse dans laquelle elle semblait être en train de s'enfoncer tête la première. Elle regrettait plus que tout d'avoir ouvert la voie plus tôt dans la journée en ayant embrassé Ron la première. Si seulement elle s'était abstenue !
Ron sembla d'ailleurs remarquer son absence d'enthousiasme et il s'écarta légèrement, un air confus sur le visage. Seuls quelques centimètres séparaient les deux amis. Ron plongea son regard brillant d'un bleu profond dans celui hésitant de Hermione, attrapant son menton avec délicatesse pour qu'elle ne cherche pas à se détourner.
– Est-ce que ça va ? questionna-t-il d'une voix douce et basse.
Hermione eut beau ouvrir la bouche, aucun son ne semblait vouloir en sortir. Elle luttait intérieurement, incertaine de la réponse à apporter. Non ça n'allait pas, mais elle ne savait pas pourquoi. Non ça n'allait pas mais elle avait peur de passer à côté de quelque chose si elle l'avouait à son ami. Non ça n'allait pas mais elle ne voulait pas se retrouver seule. Était-elle capable de passer au-dessus de ses doutes pour essayer de construire quelque chose avec Ron ? Était-ce une simple crainte qui la retenait ou y avait-il quelque chose d'autre ?
Quoi qu'elle fasse, elle avait l'impression de risquer son amitié avec Ron. Elle n'avait plus rien, à part Ron et Harry. Plus personne vers qui se tourner en cas de problème, plus personne avec qui partager les petits moments du quotidien. Parce qu'elle avait tout repoussé pour la guerre, allant même jusqu'à effacer les souvenirs que ses parents avaient d'elle. Pouvait-elle prendre le risque, à présent, de repousser Ron à son tour ?
Elle ne voulait pas se retrouver seule. Mais à chaque fois que ses lèvres entraient en contact avec celles de Ron, rien ne semblait naturel. Ce n'était pas censé lui faire ressentir ça. Elle le savait très bien, parce que lorsqu'elle avait embrassé Victor Krum en quatrième année, il n'y avait rien eu d'autre que de la joie, de la fierté, de l'envie. Avec Ron, elle ressentait des doutes, un malaise et une envie de fuir. Mais comment pouvait-elle expliquer tout ça sans froisser son meilleur ami ?
– Hermione ? l'interrogea de nouveau Ron face à son silence prolongé.
Il lâcha son menton et passa sa main dans ses cheveux roux en bataille. Il ne semblait plus savoir comment réagir, comprenant qu'il y avait quelque chose qui clochait, sans pourtant savoir quoi. Hermione se mordit la lèvre inférieure, indécise.
– Je… Je suis désolée Ron, je…
Le visage du rouquin se ferma à l'entente de ces quelques mots, comme s'il cherchait à s'en protéger. Comme s'il ne pouvait pas croire que leur relation puisse déjà s'arrêter, sans même avoir réellement pu évoluer. Comme s'il regrettait d'avoir mis autant de temps à ouvrir les yeux sur la femme formidable qui se tenait à ses côtés et dont il s'était pendant longtemps persuadé qu'elle ne voudrait jamais de lui.
Hermione sentit son ventre se tordre douloureusement, sans bien savoir si c'était les relents de l'alcool qui lui donnaient la nausée ou cette conversation qu'elle n'aurait jamais imaginé avoir avec Ron. Pas ainsi, pas aussi vite, alors même qu'elle n'était même pas certaine de ce qu'elle ressentait réellement.
– Je crois que j'ai trop bu…, souffla Hermione dans une tentative de fuir la réalité qui se dessinait sous ses yeux.
– Ah…, répondit simplement Ron.
Le garçon semblait hésitant, perplexe et soulagé à la fois de la réponse de la jeune femme. Hermione avait conscience de fuir ainsi le problème mais elle espérait qu'un peu de répit lui permettrait d'y voir plus clair, tout en craignant que cela ne rende finalement que les choses encore plus compliquées.
– Je ferais mieux d'y aller alors. Es-tu vraiment sûre de vouloir rester ici toute seule ? Tu peux toujours venir au Terrier si tu veux ou… ou bien je pourrais rester si tu en as envie… Simplement pour dormir hein… Pour que tu ne sois pas seule je veux dire, tu sais…
Un léger sourire étira les lèvres de la jeune femme devant les bafouillements du rouquin. Elle était touchée par sa proposition mais, si elle voulait réellement faire le tri dans ses sentiments, elle avait besoin d'être seule. Et elle se sentait déjà suffisamment coupable de ne pas pouvoir répondre à ce que Ron attendait d'elle.
– Ne t'inquiètes pas pour moi, le rassura-t-elle comme elle put. Et puis Harry t'attend, il va finir pas s'inquiéter s'il ne te voit pas arriver. On se retrouve dans quelques jours de toute façon.
– Quelques jours ne m'ont jamais paru aussi long, rigola Ron.
Hermione lui retourna un sourire et le rouquin s'éloigna finalement en direction de la cheminée. Attrapant un peu de poudre de cheminette, il se retourna vers Hermione juste avant de monter dans l'âtre.
– Bonne nuit Hermione, lui lança-t-il en déposant un doux et rapide baiser au coin de ses lèvres.
Hermione avala difficilement sa salive, toujours confuse dans ses sentiments.
– Bonne nuit Ron, souffla-t-elle en l'observant disparaître dans les flammes vertes.
Merlin qu'elle aurait aimé que ses doutes puissent s'évaporer aussi facilement ! Elle ne comprenait vraiment pas ce qu'il lui avait l'impression que toute son histoire avec Ron n'était qu'une suite de mauvais timing. Il n'avait pas été prêt quand elle l'avait été et maintenant qu'il l'était à son tour, elle ne l'était plus elle-même.
Pourtant, il occupait une place à part dans son cœur mais elle n'était plus certaine que celle-ci ne soit pas simplement l'équivalent de celle qu'occupait Harry. Et elle ne savait vraiment pas quoi faire de tout ça, ni comment l'expliquer au rouquin qui semblait soudainement particulièrement épris d'elle. Elle espérait presque que le jeune homme se réveille en réalisant que tout cela n'était dû qu'à l'alcool qu'ils avaient bu et l'adrénaline de la journée. Elle n'y croyait toutefois que très peu.
Hermione serra ses bras contre son corps, tandis qu'une vague subite de froid la traversait, avant de se détourner à son tour pour rejoindre sa chambre à l'étage, empreinte d'une étrange mélancolie.
Cela faisait plusieurs mois qu'elle ne s'était pas ainsi retrouvée seule, sans Harry ou Ron. Et alors qu'elle montait les escaliers menant à l'étage, appréciant le sortilège d'insonorisation qui y avait été placé pour permettre aux locataires de dormir malgré l'effervescence extérieure, Hermione sentit que la solitude risquait de ne pas être aussi reposante et salutaire qu'elle l'avait d'abord pensé. Le contraste avec ce qu'était devenue sa vie depuis plusieurs mois était encore bien trop important pour qu'elle n'angoisse pas bien malgré elle, en se demandant vaguement ce qu'elle allait bien pouvoir faire à présent.
La brune referma la porte de sa chambre avec un soupir et se débarrassa rapidement de ses vêtements. Elle fila prendre une rapide douche bien chaude qui lui fit le plus grand bien, dénouant ses muscles fatigués. Enfilant un long tee-shirt en guise de chemise de nuit, elle s'approcha ensuite de la fenêtre pour fermer les épais rideaux et plonger la chambre dans l'obscurité afin de profiter d'un profond sommeil réparateur, espérant que ses doutes lui octroieraient un répit bien mérité.
Hermione se figea toutefois en jetant un regard las sur l'extérieur. Il était là, de l'autre côté de la rue, le visage levé vers sa fenêtre. Comment diable pouvait-il savoir quelle était sa chambre ?
La brune fut tentée pendant un instant de descendre dans la rue avec l'idée de confronter son ancien professeur avant de secouer la tête en rigolant d'elle-même. Ce n'était qu'un spectre ou une construction de son esprit perturbé. Il aurait de toute évidence disparu avant même qu'elle n'atteigne le pas de sa chambre.
Repoussant au fond de son esprit la folie qui semblait vouloir s'en emparer, Hermione attrapa donc fermement les bords des rideaux et les ferma sans un nouveau regard sur l'extérieur. Severus Snape était mort. Elle était en vie. Elle n'allait certainement pas le laisser la hanter pour le restant de ses jours tel l'enquiquineur constant qu'il avait été de son vivant.
Ce fut sur cette bonne résolution que la jeune sorcière s'endormit moins d'une minute plus tard, à peine glissée sous les couvertures disposées sur le lit, la tête enfouie dans l'oreiller moelleux qui trônait au milieu.
