Bonjour à tous et à toutes !
Je profite d'avoir un peu de temps (et une connexion internet pas trop mauvaise...) pour vous poster la suite de cette histoire :D
Merci aux lecteurs, à ceux qui ajoutent cette histoire dans leurs favoris et reviewers, j'espère que cette suite continuera à vous plaire !
Sur ce, bonne lecture ! :)
3. La simplicité que je recherche
« La simplicité que je recherche est tout à côté de la complication et cette frontière est si mince, si fragile. »
Keato
Hermione était agenouillée au milieu d'une pièce sombre. Autour d'elle, il n'y avait rien d'autre que du vide. Un vide intense, terrifiant, symbole de dangers et de douleurs. Un vide glacial, qui semblait chercher à s'emparer de la moindre parcelle de son corps et de son âme.
La jeune fille tremblait, incapable de calmer les spasmes qui serraient chacun de ses muscles. La peur comprimait son cœur, se personnifiant tour à tour en monstres issus de son imagination ou en reflets de monstres bien réels. Voldemort et ses mangemorts, les rafleurs, Bellatrix, Fenrir Greyback et sa meute de loups sanguinaires… A chaque apparition, les sorts fusaient ou la terre tremblait, rappelant à Hermione les champs de bataille et la guerre.
Un goût de cendre envahissait sa bouche, semblant s'immiscer jusque dans ses poumons, l'empêchant de respirer convenablement. Le manque d'oxygène se faisait ressentir jusque dans ses muscles et son cerveau. Elle était figée, incapable de bouger ou de parler.
Et pourtant, elle avait envie de hurler. Elle voulait de tout son cœur crier à s'en déchirer les cordes vocales. Pour prévenir ses parents de fuir. Parce qu'elle les voyait à quelques mètres d'elle. Ils posaient sur elle un regard étrange. Un regard qui la glaçait d'effroi tant il semblait déplacé sur leurs visages habituellement aimants et doux, rassurants.
– Qui est cette inconnue ? Que faisons-nous là ? Tout est de sa faute… Inconnue… N'attire que les malheurs… Mauvaise… Qu'avons-nous fait pour mériter ça ? Inconnue… Espère ne jamais recroiser son chemin… Tout est de sa faute… Elle devrait souffrir à notre place…
La litanie des mots prononcés par ses parents semblait sans fin, à peine coupée par les cris qu'ils poussaient lorsque certains sortilèges les atteignaient. Des sorts de torture qui faisait se cambrer leurs corps et couler des larmes de sang sur leurs visages blafards.
Lorsque Hermione parvint à détacher son regard de la scène horrifique, elle ne fit que tomber sur la silhouette inerte de Snape, dans un coin de la pièce. Son cadavre gisait au sol, comme une poupée de chiffon abandonnée. Ses membres étaient contorsionnés dans des angles qui semblaient friser les limites des lois de la physique. Son regard noir était rivé sur elle. Un regard haineux, à peine troublé par les éclaboussures du sang qui s'écoulaient de la plaie béante qui avait remplacé son cou.
L'homme ne disait rien. Mais par l'intermédiaire de leur échange oculaire, elle entendait parfaitement ses cris silencieux et les reproches qu'il lui faisait. Les mots durs résonnaient dans son esprit plus durablement que le moindre chuchotement n'aurait pu le faire.
– Incapable… Miss Je-sais-tout qui ne sait rien… Tout est de votre faute… Parents torturés par votre faute… Mort par votre faute… Incapable… Pas à votre place… Inutile… Vous devriez souffrir à la place des autres…
Et les mots s'emmêlaient à ceux de ses parents tandis que les larmes coulaient librement sur les joues d'une Hermione pétrifiée. Elle aurait voulu hurler. Elle aurait voulu agir. Elle s'en sentait pourtant incapable. Et autour d'elle, tout n'était que chaos, destruction et mort. Par sa faute…
Les sortilèges se rapprochaient de plus en plus d'elle, comme si les suppliques de ses parents et Snape avaient finalement trouvé écho chez les monstres. Il n'y avait pas de raison pour qu'elle soit la seule à ne pas souffrir, même si la douleur psychologique qu'elle ressentait semblait mille fois pire, d'une certaine façon, que la souffrance physique que les autres subissaient.
Elle, elle ne pouvait rien faire d'autre que regarder. Regarder ses parents qui ne la reconnaissaient pas et lui reprochaient leur douleur. Regarder Snape qui n'était déjà plus en vie, même s'il n'était pas complètement mort non plus. Regarder les sortilèges se rapprocher d'elle jusqu'à ce que, finalement, ils l'atteignent avec violence.
Hermione se réveilla en sursaut, un puissant cri bloqué dans sa gorge. Il lui fallut de longues minutes pour réaliser que tout ça n'avait été qu'un rêve, ou plutôt un affreux cauchemar. Elle mit ce temps à profit pour essayer de calmer les battements frénétiques de son cœur et apaiser sa respiration erratique.
Avec la fin de la guerre et l'alcool qu'elle avait consommé la veille, elle s'était attendue à des cauchemars. Elle n'avait toutefois pas escompté qu'ils seraient aussi violents, tant physiquement que psychologiquement. Elle ne pouvait que souhaiter que le temps apaise ses démons intérieurs et la libère de ses horrifiques visions oniriques.
Une puissante migraine vrillait ses tempes, tambourinant sur les bords de sa boîte crânienne au rythme des pulsations rapides de son cœur. La jeune femme espérait sincèrement que Tom, le gérant du Chaudron Baveur, avait prévu un stock conséquent de potions anti-gueule de bois à offrir à ses clients avec le petit-déjeuner, ou le goûter, vu l'heure avancée qu'il était déjà et qu'un rapide tempus lui permit de vérifier.
La brune se leva et s'habilla aussi rapidement que possible, passant un jet d'eau froide sur son visage pour remettre ses idées en place et éloigner de son esprit les brumes de son récent cauchemar. Elle préférait largement se concentrer sur autre chose, tout sauf les images horribles qui l'avaient hantée durant la nuit.
Une bonne partie de la journée et de la soirée de la veille restait floue dans son esprit encore embrumé. Avait-elle réellement embrassé Ron ? Plusieurs fois ? Et pire que cela, avait-elle véritablement été harcelée par le fantôme de Snape toute la nuit durant ? Sa raison lui criait que c'était impossible. Ça lui semblait pourtant si réel.
Elle sentait encore les lèvres douces et charnues de Ron qui effleuraient les siennes. Elle ressentait encore la chaleur émanant de son corps musclé, collé contre le sien. Elle vibrait encore des émotions contradictoires que tout cela avait éveillé en elle.
Elle avait espéré que la nuit lui porterait conseil sur la meilleure manière de réagir à tout ça. Il n'en était pourtant rien du tout. Elle n'était pas plus avancée que la veille et elle commençait déjà à craindre le moment où elle verrait de nouveau son meilleur ami. Jamais elle n'aurait imaginé que les choses puissent être aussi compliquées !
D'un côté, elle craignait que ses doutes ne soient que le reflet de la période incertaine qui venait de se terminer avec la guerre. Mais d'un autre côté, elle avait la sensation que ses sentiments n'évolueraient jamais vers ce qu'en attendait certainement Ron. L'impression tenace qu'ils n'étaient pas faits pour être ensemble ne la quittait pas, alors même qu'elle avait la conviction, qu'aux côtés de Ron, elle pourrait avoir une vie simple, loin de tout ce qu'elle avait dû affronter jusqu'alors.
Le problème était qu'elle n'était pas bien sûre de vouloir une vie aussi simple que cela. Elle craignait de s'oublier à force de chercher à s'attacher à une relation qui ne lui conviendrait pas. Elle avait plus que jamais envie de liberté et elle avait l'impression que Ron ne pourrait lui offrir qu'une prison dorée. Et elle s'en voulait de sembler penser si peu de son meilleur ami.
Elle ne doutait pas qu'il était quelqu'un d'incroyable. Seulement, elle avait l'impression de vouloir autre chose, sans vraiment savoir quoi. Et elle n'avait par-dessus tout pas la moindre idée de comment lui expliquer tout cela sans le blesser au passage.
Refusant de laisser ses pensées s'égarer sur le deuxième homme qui avait hanté sa soirée, Hermione se décida à descendre au bar pour contenter son estomac capricieux suite à la nuit de débauche qu'elle venait de lui faire subir. Fort heureusement, Tom avait bel et bien investi dans une flopée de potions et la jeune femme en prit une, bien heureuse de pouvoir éloigner son mal de crâne.
– Je cherche quelqu'un pour reprendre cette affaire, lui indiqua-t-il alors qu'elle commandait son repas. Je suis bien trop vieux pour ça et je crois bien que j'ai besoin de profiter de la vie qui me reste devant moi.
Hermione ne pouvait que le comprendre. Après tout ce qu'ils avaient traversé à cause de la guerre, profiter des petits plaisirs de la vie semblait d'autant plus important à présent qu'ils le pouvaient de nouveau. Elle lui indiqua qu'elle ferait passer le mot en s'installant à une table libre, réfléchissant déjà à qui, parmi ses connaissances, pourrait être intéressé pour prendre le relais et s'occuper de l'établissement qui faisait le lien entre le Londres moldu et sorcier.
Un rapide repas et beaucoup d'eau plus tard, Hermione se trouvait dans de biens meilleures dispositions pour attaquer la journée… qui n'allait pas être bien longue. Après avoir payé son repas et une nuit supplémentaire pour sa chambre, la brune sortit sur le Chemin de Traverse, dans l'idée de s'aérer un peu. Les commerçants avaient déjà déblayé la rue et plus un seul déchet ne traînait au sol. On aurait presque pu croire que l'énorme fête de la veille n'avait jamais existé.
Resserrant les pans de son gilet autour d'elle pour se couper du léger vent qui soufflait, Hermione marcha tranquillement, flânant devant les boutiques qui avaient déjà décidé de rouvrir pour la plupart. Après les mois passés à courir les endroits les plus déserts du pays, pourchassant les horcruxes tout en évitant les mangemorts et les rafleurs, il était plus qu'étrange pour la jeune sorcière de se retrouver ainsi, sans but particulier ni besoin de se cacher. C'était presque angoissant, anormal.
Sa baguette était judicieusement glissée dans la manche de son gilet, au cas où. Tous les mangemorts n'avaient pas encore été capturés et elle restait une cible de choix s'il prenait l'envie de se venger à l'un d'eux. Beaucoup avaient profité du moment de flottement qui avait suivi la mort de Voldemort pour fuir le champ de bataille en transplanant. Hermione doutait toutefois sincèrement que la fuite soit une réelle solution. Les procès des mangemorts capturés allaient débuter dès le lundi suivant et il fallait se douter que nombre délations allaient survenir.
Hermione savait que Harry allait devoir participer aux différents procès, tant pour son rôle de sauveur du monde sorcier que pour sa position de dernier représentant et héritier des lignées Potter et Black. Un siège lui était réservé au Magenmagot, comme pour toutes les grandes familles. Au final, le système ne semblait pas tant sur le point de changer que cela, malgré la fin de la guerre. L'argent gouvernait le monde depuis si longtemps qu'il semblait utopiste de croire que cela pourrait changer un jour, même lorsque les défauts d'un tel système venaient pourtant d'être mis à jour de la plus rude des manières.
Pour sa part, Hermione aurait certainement été admise au Magenmagot si elle l'avait souhaité mais elle avait d'autres projets en tête. La guerre était finie et elle n'avait vraiment pas envie d'y consacrer plus de temps qu'elle ne l'avait déjà fait. Elle aurait déjà bien assez à faire pour surmonter les cauchemars qui ne manqueraient certainement pas de revenir nuit après nuit. Participer à ces procès ne lui semblait d'ailleurs pas si utile que cela, considérant le nombre d'alliés de poids qu'ils avaient à présent au Ministère. Les coupables n'auraient aucune chance d'échapper à la justice.
Entrant dans la petite papeterie située à côté de chez Fleury et Bott, la jeune femme se rendit dans l'allée des journaux intimes et en acheta un qui était équipé d'un puissant sortilège de secret. Sa couverture rouge, aux reflets d'or, l'avait immédiatement attirée, en bonne petite Gryffondor qu'elle était.
Quand elle était petite, sa mère lui avait offert régulièrement des carnets de la sorte, l'incitant à coucher sur le papier tout ce qu'elle n'osait révéler à personne. Hermione n'avait jamais véritablement réussi à prendre le pli, trouvant toujours que ses déboires ne valaient pas la peine d'être ainsi racontés. Elle se sentait tout simplement ridicule, et encore plus lorsqu'elle relisait ce qu'elle y avait écrit.
Pendant la chasse aux horcruxes toutefois, elle avait pris cette habitude d'écrire ses pensées et de faire des listes de choses à faire. Ça l'avait grandement aidée à faire le tri dans les différentes informations dont ils disposaient. Ça lui avait aussi permis de survivre mentalement à la rudesse de toute cette épreuve. Il s'avérait au final que ça avait été un très bon exutoire.
Elle avait cependant rudement conscience que ce carnet devait être détruit au plus vite. Il contenait beaucoup trop d'informations compromettantes. Le genre d'informations dont il valait mieux que le moins de monde possible soit au courant. Ils n'avaient pas besoin qu'elles parviennent aux oreilles d'un nouveau sorcier aux ambitions démesurées. D'où son souhait d'acheter un nouveau carnet.
Dès qu'elle fut ressortie du magasin, Hermione alla s'installer sur une petite table de chez Florian Fortarôme où elle commanda une petite glace en pot, saveur chocolat, le seul goût qui méritait d'exister selon elle. Elle ouvrit son nouveau carnet et attrapa un stylo Bic qu'elle avait pris l'habitude de toujours glisser dans son petit sac à main agrandi magiquement. C'était tellement plus pratique que les plumes et l'encre !
Il lui fallut quelques minutes pour ordonner ses pensées et savoir comment commencer son journal. La liste de ses projets pour les prochains mois lui semblait être idéale. Ainsi, à chaque fois qu'elle ouvrirait le carnet, elle pourrait se remémorer les choses à faire sans partir dans ses déboires mentaux. Elle n'était de toute façon pas encore prête à faire face à ses pensées et souvenirs, et encore moins maintenant, alors que les réminiscences de son récent cauchemar ne quittaient jamais longtemps la surface de son esprit.
- Retrouver mes parents
Le premier point qu'elle inscrivit lui semblait être le plus important. C'était également certainement celui qui se révélerait le plus ardu. Il était facile d'effacer les souvenirs de quelqu'un, mais beaucoup plus difficile de les lui rendre. Décidant d'être plus précise, elle ajouta un « géographiquement parlant » à côté de son premier tiret.
- Trouver comment leur rendre leurs souvenirs (bibliothèque de Poudlard ?)
- Leur rendre leurs souvenirs
Elle sauta ensuite une ligne pour continuer sur des projets de moindre envergure mais auxquels il fallait tout de même qu'elle s'attelle. Elle souhaitait surtout ne pas s'attarder plus que nécessaire sur le précédent sujet dont les failles qui l'entouraient miroitaient bien trop à ses yeux.
- Acheter de nouveaux vêtements (et chaussures)
La chasse aux horcruxes avait bien modelé son corps entre l'exercice régulier et le peu de nourriture à sa disposition. Elle avait maigri, même si elle n'avait jamais eu beaucoup de formes. Ses jambes étaient plus fermes, son ventre davantage plat et musclé, ses épaules légèrement plus carrées.
La plupart de ses anciennes tenues ne lui allaient plus vraiment et elle devait bien admettre qu'après des mois passés à porter des vêtements amples, pratiques et confortables, elle avait aussi envie d'être un peu plus féminine. Elle n'était pas du genre à faire particulièrement attention à l'image qu'elle renvoyait mais il y avait quand même des limites. Elle n'était après tout qu'une jeune femme de dix-huit ans.
- Aller chez le coiffeur
Ses cheveux étaient dans un état pitoyable et elle ne sortait plus sans les attacher pour cacher les dégâts. Ils étaient ternes, les pointes sèches et cassantes. Ses boucles ressemblaient davantage à un amas de frisottis et de nœuds qu'à autre chose. En bref, elle avait rudement besoin d'une nouvelle coupe. Rien de bien extravagant, juste de quoi leur redonner un peu de vitalité et lui permettre de ne plus ressembler à la cousine d'un épouvantail.
- Trouver un logement plus stable (et moins cher) que le Chaudron Baveur
- Se renseigner sur l'organisation mise en place pour le passage des ASPICS
En théorie, ils auraient dû avoir lieu le mois suivant. Avec les dégâts qui avaient été causés à Poudlard lors de la bataille finale, Hermione doutait sincèrement qu'une telle organisation soit possible. Restait à savoir si elle pourrait les passer en candidat libre en septembre ou si elle allait tout de même devoir faire une année d'étude supplémentaire pour rattraper son retard dû à son absence en cours pendant l'année qui venait de s'écouler, aussi anormale l'année ait-elle été.
- Trouver quelle orientation suivre après les ASPICS
Ce point-là était plus ardu en ce qu'elle s'était empêchée jusqu'à présent de s'inventer un avenir qu'elle n'avait pas été sûre d'avoir. Elle savait que beaucoup de voies s'offraient à elle et elle ne savait pas du tout laquelle choisir.
Pendant un temps, elle avait envisagé de s'investir dans la politique sorcière, espérant pouvoir agir pour faire changer les choses et supprimer les trop nombreuses inégalités qui existaient au sein de la société. Elle ne se fermait pas à cette éventualité mais elle n'était pas sûre de vouloir s'engager tout de suite dans ce qui serait certainement un nouveau combat contre les préjugés et les règles ancestrales qui régissent le monde sorcier. Elle ressentait le besoin de souffler un peu, après tout ce qu'elle avait vécu.
Pendant la chasse aux horcruxes, elle avait également pensé devenir médicomage. Les recherches qu'elle avait menées pour se préparer au mieux et pallier les éventuels problèmes de santé qu'ils auraient pu rencontrer l'avaient fortement intéressée.
Avant ça, elle avait aussi envisagé devenir maître des potions mais elle n'aurait su dire si c'était un réel choix conscient ou une envie inconsciente de parvenir à mieux cerner l'homme qui lui avait enseigné cette matière. A présent qu'il était mort, cette voie l'intéressait-elle toujours autant ? Elle l'ignorait et n'avait vraiment pas envie de s'appesantir sur quoi que ce soit qui concernait de près ou de loin son ancien professeur pour le moment. Elle préférait garder ces souvenirs loin de la surface de son esprit.
Dans tous les cas, toutes ces voies semblaient s'ouvrir à elle et la brune savait déjà qu'elle n'aurait pas de réelle difficulté à évoluer dans ces différents domaines, quel que soit le choix qu'elle ferait. La seule chose qui la freinait, c'était son indécision chronique et cette peur de se tromper qui ne la quittait jamais vraiment.
Refermant son carnet, Hermione le fourra dans son sac et finit sa glace avant de se relever. Quitte à être là, autant en profiter pour rayer quelques points de sa liste. Sa première destination fut donc le salon de coiffure situé un peu plus loin sur le Chemin de Traverse. Un changement de tête lui permettrait peut-être de repartir sur de nouvelles bases.
Elle fut presque gênée lorsque la coiffeuse examina ses cheveux avec une grimace, relevant l'état catastrophique dans lequel ils se trouvaient. Un coup de coude d'une de ses collègues et quelques messes basses plus tard, Hermione sut qu'elle avait été reconnue comme l'héroïne de guerre qu'elle était d'après les journaux et elle se laissa finalement aller tandis que la sorcière derrière elle, bien plus agréable qu'au début, s'occupait de soigner ses cheveux abîmés.
Une heure plus tard, la jeune femme ressortait de la boutique avec de belles boucles redessinées, encadrant son visage illuminé par les quelques mèches que la coiffeuse avait colorées dans des tons couleur miel.
Cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas pu prendre simplement du temps comme cela pour s'occuper d'elle et de son corps. Elle réalisait tout juste à quel point cela lui avait manqué. Concentrée comme elle l'avait été dans la guerre, elle n'avait pas fait attention à tout ce qu'elle manquait, toutes ces petites choses de la vie auxquelles elle n'avait pu accéder si elle voulait survivre, alors même qu'elles ne lui avaient pas semblé essentielles par le passé.
Décidant de continuer sur sa lancée, Hermione décida d'aller faire un rapide tour chez Madame Guipure avant que le magasin de vêtements ne ferme pour la nuit. Elle revint donc sur ses pas et passa devant l'embouchure du surnommé « chemin de travers ».
Un mouvement attirant son attention, Hermione tourna la tête en direction de l'allée malfamée, plus par réflexe qu'autre chose. La brune s'arrêta net dans sa lancée, le souffle coupé, surprenant une petite dame d'un certain âge qui marchait à quelques pas derrière elle et manqua lui rentrer dedans en l'invectivant.
Il était là, de nouveau, droit, figé telle une statue de pierre, imperturbable, ses yeux sombres rivés sur elle.
Prenant une profonde inspiration, la jeune femme fit un pas dans sa direction. Elle ne pouvait pas fuir éternellement ses apparitions et peut-être comprendrait-elle ainsi ce qu'il pouvait bien lui vouloir. Elle espérait aussi qu'ainsi, il ne hanterait plus ni ses journées, ni ses nuits. Elle n'aspirait qu'à régler ce souci pour retourner dans la vie simple qui s'ouvrait à présent devant elle et dont elle comptait bien profiter, malgré les quelques ombres qui persistaient, principalement concernant ses parents et sa relation à présent ambiguë avec Ron.
Alors, Hermione s'engagea dans l'Allée des Embrumes sans plus réfléchir, vérifiant tout de même la présence de sa baguette dans sa manche. Mieux valait éviter de tenter le diable lorsque l'on partait à la poursuite d'un spectre…
L'allée était littéralement bondée. La plupart des passants étaient encapuchonnés pour éviter d'attirer l'attention ou d'être reconnus. Avec sa robe bleu turquoise et son léger gilet blanc, Hermione dénotait complètement dans le paysage. Elle était trop colorée, trop pure, pour la grisaille de l'Allée des Embrumes. Elle avait l'impression d'être trop à découvert, qu'elle se dévoilait trop.
Évitant les regards curieux qui s'attachaient à sa silhouette, Hermione avançait d'un pas rapide, essayant de paraître aussi sûre d'elle que possible. Elle n'était plus qu'à quelques pas de son spectre, toujours aussi immobile et impassible, lorsqu'un homme la bouscula avec force.
– Combien tu prends ?
Sa voix était rocailleuse, son regard graveleux et une odeur désagréable émanait de lui. Il fallut moins d'une seconde à Hermione pour comprendre le sous-entendu de sa question et ce qu'il attendait d'elle. Elle lui jeta son regard le plus noir et lui répondit du ton le plus aristocratique qu'elle était capable de mimer. Eh oui, elle imita donc Malfoy !
– Écarte-toi de mon chemin, tu ne sais pas à qui tu t'adresses.
Elle dut paraître convaincante car l'homme ne se fit pas prier et reprit son chemin loin de sa personne en grommelant, repartant à la recherche d'une jeune femme prête à vendre ses charmes pour quelques Mornilles. Hermione n'aurait jamais cru faire ça un jour, mais elle remercia intérieurement Draco Malfoy pour avoir toujours été aussi imbu de lui-même.
La brune déchanta toutefois lorsqu'elle reporta son attention sur le spectre de son ancien professeur. Il n'y avait plus aucune trace de lui là où il s'était trouvé quelques secondes plus tôt. Il avait de nouveau disparu.
– Et merde ! ne put-elle s'empêcher de jurer.
Heureusement que sa mère n'était pas là, ou elle l'aurait sévèrement réprimandée pour ce mot malheureux. Jane Granger avait toujours mis un point d'honneur à ce qu'aucun gros mot ne soit prononcé par sa famille, et encore moins en sa présence.
Immobile au milieu de la rue, Hermione jeta un regard en arrière. Le Chemin de Traverse était toujours visible, elle ne s'était pas encore enfoncée trop profondément dans l'allée perpendiculaire. Pendant un temps, elle hésita alors à revenir sur ses pas et simplement oublier toute cette histoire. N'était-ce pas après tout le plus sensé à faire ?
A quel point devenait-elle folle pour prendre en chasse un fantôme qui n'était certainement rien d'autre que le fruit de son esprit défaillant ? Était-il bien prudent de s'enfoncer ainsi dans l'Allée des Embrumes en espérant le voir réapparaître plus loin, sans que quiconque ne soit au courant de son escapade ?
Si elle avait su, à ce moment-là, à quel point le choix qu'elle allait prendre bouleverserait sa vie, sans doute aurait-elle pris quelques minutes supplémentaires de réflexion. Elle aurait certainement mieux fait de s'en tenir à la liste de ses priorités, marquée en bleu turquoise sur le blanc de la première page de son journal.
Oui, elle avait choisi un stylo bleu turquoise car premièrement, c'était une couleur qu'elle aimait beaucoup et deuxièmement, elle en avait plus qu'assez de l'encre noire qui semblait être la seule couleur utilisée par les sorciers. Ses fiches avaient toujours regorgé de couleurs grâce aux stylos que ses parents lui avaient envoyés régulièrement. Elle trouvait que tout était toujours mieux avec un peu de couleur. Mais là n'était pas la question qui la préoccupait pour l'instant.
Elle était donc là, au milieu de l'Allée des Embrumes, à hésiter sur la marche à suivre. Elle finit par hausser les épaules en reprenant sa route, s'enfonçant toujours plus loin sur le surnommé Chemin de Travers. Une petite voix dans sa tête lui faisait miroiter les moqueries quant à sa supposée personnalité réfléchie et sensée que lui auraient faites Harry et Ron s'ils l'avaient vue faire. Mais sa curiosité prenait le dessus et elle ne cessait de se répéter, espérant parvenir à se convaincre, qu'elle savait parfaitement ce qu'elle faisait. Elle n'avait pas l'impression de risquer grand-chose après tout.
Elle savait se défendre, elle en avait eu plus d'une fois la preuve, même si elle avait rarement été seule. Elle avait confiance en ses capacités. Et au final, elle n'avait pas particulièrement peur. Même si l'endroit été particulièrement malfamé, elle doutait que qui que ce soit puisse tenter quelque chose contre elle en plein jour sans que quiconque ne réagisse. Mais peut-être était-elle simplement trop confiante en l'espèce humaine, malgré tout ce qu'elle avait vécu.
Quoi qu'il en soit, à ce moment-là, parcourir l'Allée des Embrumes ne lui semblait pas être une trop mauvaise idée. En quelque sorte, ça lui semblait presque plus naturel de se retrouver ici plutôt qu'au milieu de la foule du Chemin de Traverse. Parce que la chasse aux horcruxes lui avait appris que les ténèbres n'étaient pas nécessairement plus angoissantes que la lumière et qu'elles pouvaient même s'avérer plus réconfortantes. On pouvait se cacher dans les ténèbres, pas en pleine lumière.
Arpenter la ruelle obscure lui faisait aussi du bien. Ses pensées étaient toutes tournées sur l'instant, ses sens aux aguets pour anticiper tout changement indésirable de la situation. Elle retrouvait avec joie l'adrénaline qui courrait dans ses veines, à un point que la pensée qu'elle pouvait y être devenue accro lui traversa l'esprit pendant un instant.
Cela lui permettait également de ne pas ressasser les souvenirs de la guerre qui hantaient son esprit. Contrairement à toutes les personnes qu'elle croisait et qui semblaient avoir simplement repris le cours de leur vie comme si rien ne s'était passé, elle n'arrivait pas encore à passer outre. Sans doute parce qu'elle n'avait connu que la guerre depuis qu'elle avait rejoint le monde magique. Sans doute aussi parce qu'elle avait vu et vécu bien plus d'horreurs que la plupart des autres, alors qu'elle s'était retrouvée en première ligne. Et comme elle n'arrivait pas à oublier, occuper son esprit comme elle le faisait actuellement, malgré les risques, lui semblait être l'unique solution à sa portée pour l'instant.
Après quelques mètres supplémentaires, Hermione eut tout de même un doute sur le bien-fondé de sa décision. Il existe un phénomène étrange dans l'Allée des Embrumes où, quel que soit le temps qu'il fasse, l'atmosphère y est toujours lourde et sombre. Un peu comme si un orage pouvait éclater à n'importe quel moment.
Hermione remarqua rapidement que plus elle s'y enfonçait, plus cette impression se renforçait. Les couleurs semblaient avoir déserté cette partie du monde. Tout y était gris. Une étrange brume flottait au-dessus des immeubles, masquant le ciel. Une odeur désagréable planait dans l'air, un mélange malsain qui attaquait le nez et le cœur, incitant à fuir le plus loin et le plus rapidement possible de l'endroit.
Le doute enflait de plus en plus tandis que Hermione n'avait pas particulièrement envie que son cadavre méconnaissable soit retrouvé dans dix jours au fin fond de l'allée... Elle n'eut cependant pas le temps de s'attacher à cette pensée que quelqu'un lui agrippa soudainement le bras et la tira violemment dans une petite contre-allée adjacente tout aussi sombre.
