Bonjour tout le monde !

J'espère que vous allez bien ! Voici la suite de JCQLMNR ! Un chapitre essentiel aujourd'hui, qui pose toute la base de l'intrigue ! Je croise les doigts pour qu'il vous plaise :D

N'hésitez pas à me laisser votre avis et vos hypothèses quant à tout ça !

Bonne lecture :)


4. Eliminer l'impossible

« Lorsque vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, aussi improbable soit-il, est nécessairement la vérité. »

Arthur Conan Doyle


Entraînée contre sa volonté dans une petite ruelle adjacente à l'Allée des Embrumes, Hermione se maudissait intérieurement contre son manque de prudence et sa curiosité maladive qui l'avaient poussée à arpenter le chemin malfamé. Depuis quand se comportait-elle de façon aussi spontanée et irréfléchie ? Tout ça pour se retrouver ainsi, manquant de se faire arracher le bras par un inconnu qui ne semblait pas manquer de détermination quant à l'idée de l'emmener à l'écart.

Malheureusement pour Hermione qui avait beau essayer de se défendre via des mouvements aléatoires de son bras libre et de ses jambes, rien ne semblait pouvoir perturber le flegme dont faisait preuve son agresseur. Traînée comme elle l'était, la brune n'était même pas capable de tourner la tête pour découvrir l'identité de la personne responsable de la situation.

Et pire encore, il fallait que le bras emprisonné dans l'étau formé par les mains de l'autre soit celui dans la manche duquel elle avait dissimulé sa baguette. Autant dire qu'elle n'avait aucune chance de pouvoir l'utiliser pour le moment et elle ne pouvait que se maudire pour ce qu'elle avait initialement pensé être une bonne idée.

Ses pieds heurtaient régulièrement les pavés irréguliers de la ruelle sans qu'elle ne parvienne pour autant à freiner son avancée dans les ténèbres de l'impasse. Elle hésitait à crier mais avait peur de rameuter d'autres personnes malveillantes. Contre une seule personne, elle pouvait avoir une chance si elle parvenait à libérer son bras et récupérer sa baguette. Elle n'était toutefois pas assez confiante en ses capacités, ni suicidaire, pour tenter de se battre contre tous les plus grands malfrats de Grande-Bretagne qui, elle n'en doutait plus à présent, étaient certainement regroupés dans l'Allée des Embrumes.

Si elle s'en sortait vivante, Hermione se faisait la promesse de s'entraîner davantage aux sortilèges sans baguette. Elle n'avait jamais pris le temps de se plonger sérieusement dans cette branche de la magie, toute concentrée qu'elle avait été sur le déroulement de la guerre qui faisait rage. Mais à présent, elle allait avoir le temps et il lui semblait essentiel de rajouter ce point à sa liste de priorités, même si elle espérait ne plus se retrouver dans une situation qui exigerait une telle utilisation de la magie.

Ne pouvait-elle pas avoir une vie simple et sans danger à présent ? Ne l'avait-elle pas méritée après tout ce qu'elle avait dû affronter ? Une petite voix dans sa tête, qu'elle préféra ignorer, lui fit remarquer que s'élancer à la poursuite d'un spectre n'était certainement pas le meilleur moyen d'espérer la tranquillité.

Soudainement, après quelques mètres à subir ce traitement, Hermione se sentit basculer suite à un mouvement brusque de son agresseur. L'arrière de son crâne heurta brutalement la pierre d'un des murs de l'étroite impasse. Sous le choc, sa vision se brouilla un instant tandis qu'un gémissement de douleur passait la barrière de ses lèvres.

La brune n'était pas préparée à se battre à la moldue, sans magie. Sans sa baguette, elle se sentait complètement démunie. En partie parce qu'elle savait n'avoir que peu de force physique, en partie aussi parce qu'elle se doutait être capable de se faire davantage mal à elle-même en essayant de frapper l'autre. Elle n'avait pas un physique adapté à ce genre de situation, malgré tous les changements que la chasse aux horcruxes avait développés en elle.

Rajouter un entraînement régulier à sa liste de choses à faire lui semblait à présent tout aussi nécessaire, même si elle avait toujours détesté faire du sport. Qui aurait cru que la fin de la guerre la mettrait parfois plus à l'épreuve que tout ce qu'elle avait dû endurer durant les sept dernières années ? Elle avait eu un peu trop tendance à oublier que Voldemort et ses mangemorts n'étaient pas les seules menaces qui existaient sur Terre.

Ne compter que sur sa baguette et les sorts qu'elle pouvait en faire sortir lui semblait soudainement bien prétentieux et même dangereux. Dans la situation actuelle, le pire était d'ailleurs de savoir que sa baguette n'était pas loin, collée contre la peau de son bras, mais lui semblait pourtant plus inaccessible que jamais.

Étourdie par le choc, Hermione mit un moment à reprendre suffisamment ses esprits pour ouvrir les yeux et aviser de la situation. Contrairement à ce à quoi elle s'attendait, son agresseur lui laissa le temps de se remettre sans lui faire subir quoi que ce soit d'autre, la maintenant simplement fermement contre le mur.

Les deux mains de la brune étaient bloquées par l'une de celles de l'homme. Sa seconde main était placée à côté du visage de la jeune fille, en appui contre les pierres. Tout le corps de l'homme était quasiment collé à celui de Hermione, ses jambes entre les siennes, l'empêchant du moindre mouvement ou de la moindre tentative de fuite. La brune pouvait sentir la force brute qui la maintenait et la colère qui émanait en vagues puissantes de l'homme.

Hermione se figea lorsqu'elle releva les yeux. Elle aurait dû avoir peur. Elle était pourtant fascinée par le visage de l'homme.

Elle s'était imaginée beaucoup de choses pendant que l'homme l'entraînait à sa suite. Un homme trop entreprenant qui n'aurait plus voulu attendre son consentement pour passer à l'acte. Une femme souhaitant lui voler vêtements et/ou bijoux. Une personne tentant de la dépouiller de son sac à main ou de son argent. Un mangemort qui l'aurait reconnue parmi la foule et chercherait vengeance. Un commercial aux manières abruptes essayant de la forcer à acheter quelque chose. Un drogué qui l'aurait confondue, Merlin seul savait pourquoi, avec son dealer. Peut-être même un tueur en série peu frileux d'agir en plein jour.

Des dizaines de scénarios s'étaient formés dans l'esprit de la jeune femme. Pourtant, le plus loufoque d'entre eux, celui qui se révélait au final véritable, ne l'avait même pas effleurée une seule seconde. Comment aurait-elle pu imaginer que son agresseur n'était autre que Severus Snape ?

Durant ses études, Hermione avait lu de nombreuses choses sur les spectres et fantômes. Elle en avait même côtoyé certains dans les couloirs de Poudlard. Elle savait donc de source sûre que ces êtres n'étaient dotés d'aucune consistance physique. Ils ne pouvaient être touchés et ne pouvaient rien toucher ni personne.

Pourtant, elle sentait parfaitement le poids du corps de son ancien professeur peser contre le sien. Tout comme elle était certaine de ne pas imaginer la chaleur qui émanait de l'homme ou les mouvements de sa cage thoracique à chacune de ses respirations, ainsi que son souffle chaud sur son visage.

Il était consistant. Il ne pouvait donc pas être un spectre, tel qu'elle l'avait cru jusqu'à présent. Il semblait vivant, tout simplement. Et c'était la chose la plus insensée qu'elle avait vu depuis longtemps.

Il était mort sous ses yeux, dans ses bras. Était-il possible qu'elle se soit trompée ? Elle était quasiment certaine que non et elle n'était pas habituée à avoir tort. Pour un peu, elle lui en voulait presque de la mettre dans une telle situation mais déjà, son cerveau s'efforçait d'imaginer les différentes explications possibles.

Le choc entre sa tête et le mur avait-il été plus rude qu'elle ne l'avait pensé ? Elle ne ressentait pourtant aucune douleur. Était-elle simplement en train de perdre la raison ? Pour ce qu'elle en savait, le syndrome du stress post-traumatique pouvait certainement créer des hallucinations. Et après tout ce qu'elle avait vécu, il aurait été plus qu'étonnant qu'elle en ressorte indemne psychologiquement parlant. Elle avait encore peine à croire qu'elle s'en était sortie sans aucune séquelle physique.

Hermione parcourut le visage fermé de l'homme de ses yeux, analysant chaque détail, chaque trait, chaque ride, chaque minuscule fissure, la moindre faille qui lui permettrait de déceler le masque de l'illusion dont elle semblait être la proie. Snape paraissait tellement réel !

Les yeux de jais de l'homme la fixaient durement, la haine bouillait à l'intérieur de ses prunelles. Il semblait particulièrement énervé d'être ici, dans cette ruelle poisseuse, avec elle. Et Hermione était à deux doigts de lui rétorquer que c'était lui le responsable de cette situation. Mais c'était la première fois qu'elle parvenait à déceler distinctement une quelconque émotion dans son regard, ce qui la confortait dans l'idée que, qui que soit cet homme, ce ne pouvait pas être le réel Severus Snape.

– Que m'avez-vous fait, miss Granger ?

« Quel culot ! » fut la première pensée qui traversa l'esprit de la jeune femme.

La voix de l'homme était en tout point semblable à celle du maître des potions, à la moindre intonation près. Elle était froide, dure comme du diamant. Elle pénétrait au plus profond de l'âme de Hermione, la faisant instinctivement trembler intérieurement devant la dangerosité qui émanait de lui.

« Polynectar ? » proposa l'esprit de la jeune femme comme une probable explication.

– Répondez quand je vous parle ! Que m'avez-vous fait ?

Snape grondait plus qu'il ne parlait, faisant vibrer les organes internes de la brune, telle une proie face à son prédateur. Pourtant, sans qu'elle ne puisse s'en empêcher, Hermione éclata de rire. C'était un rire nerveux et sans aucun doute dû au stress mais en réalité, la situation lui semblait hautement risible. Snape était mort sous ses yeux. Elle en avait même cauchemardé durant la nuit tant la vision avait été pénible à affronter. Mais il se tenait à présent devant elle comme si rien ne s'était jamais produit. Elle avait l'impression de devenir folle et elle ne pouvait s'empêcher de rire aux éclats, plus fort qu'elle ne l'avait fait depuis plusieurs mois.

– Miss Granger !

La voix de Snape tonna tandis que sa main frappa brutalement le mur à côté de la tête de Hermione. Cela stoppa net le rire de la jeune femme qui se serait rapetissée sur elle-même si l'homme ne l'avait pas maintenue si fermement.

– Je n'ai rien fait, répondit Hermione d'une voix faible.

– Alors comment expliquez-vous ça ?

Elle n'avait pas la moindre idée de ce dont il voulait parler. Rien ne semblait dénoter chez lui. Rien ne semblait sortir de la normale. Mis à part le fait qu'il n'aurait pas dû pouvoir se tenir debout, ni même respirer et encore moins lui parler de ce ton brusque, empli d'un venin qu'il réservait habituellement à ses pires élèves.

– Vous êtes mort.

Hermione ne manqua pas le regard de Snape qui la dévisagea pendant quelques secondes. Il avait l'air de penser qu'elle était complètement abrutie. Sans doute se demandait-il également s'il n'avait pas fait cogner sa tête trop fortement contre le mur. Hermione avait bien conscience que ses réactions pouvaient sembler étranges mais la situation l'était tant qu'elle ne savait vraiment plus comment réagir.

Qui avait bien pu le sauver alors qu'elle-même n'avait rien fait ? La culpabilité lui rongeait le ventre. Mais la question qui la tourmentait le plus était de savoir ce qu'il pouvait bien espérer de cette rencontre. Quelles réponses cherchait-il ? Qu'est-ce qui pouvait bien perturber cet homme qui semblait habituellement tout savoir ?

– Vous êtes en train de me dire que je suis mort sous vos yeux et que vous n'avez rien fait ?

Le ton de l'homme était hautement ironique. Un rictus déforma ses lèvres mais Hermione n'était pas assez folle pour croire qu'il était amusé. Les vagues de haine qui transpiraient de son être en étaient la preuve en soi. Hermione le regarda quelques secondes sans savoir quoi répondre, ce qui sembla ne faire qu'augmenter encore plus la fureur de l'homme.

– Vous m'avez tué ?

– Non.

– Mais vous ne m'avez pas sauvé pour autant.

– Non.

– Qu'est-ce que vous m'avez fait alors ?

– Rien !

De sa main libre, Snape frappa de nouveau violemment le mur à côté de la tête de Hermione, tout en se rapprochant plus encore de son corps, si cela était possible. Hermione sursauta sans pouvoir s'en empêcher. Cette proximité la mettait particulièrement mal à l'aise. Elle pouvait sentir le torse de Snape reposer contre elle, ses jambes fermes emprisonner les siennes dans un étau, son souffle chaud glisser sur sa joue et rouler jusque dans son cou, ses longs cheveux noirs caresser ponctuellement sa joue lorsque le vent les déplaçait. La position aurait pu s'avérer hautement érotique si son regard, emprisonnant le sien, n'avait pas affiché autant de véhémence.

– Comment expliquez-vous que je sois là si vous n'avez rien fait ?

Et alors, Hermione comprit que Snape ne savait non plus qui ou ce qui était à l'origine de sa survie. Il n'aurait pas dû être là, dans cette allée sombre, collé contre elle. Il aurait dû être six pieds sous terre.

– Vous êtes mort.

Les mots passèrent de nouveau les barrières des lèvres de la brune dans un souffle. Elle avait parfaitement conscience de se répéter et que sa réponse était loin d'en être une. Elle ne faisait que mettre le doigt, encore et encore, sur le problème. Mais elle avait beau chercher, elle n'arrivait pas à envisager la moindre explication potable à cette situation improbable.

– Est-ce que j'ai l'air mort pour vous ?

Sa voix doucereuse était imitée à la perfection. Tellement bien que le doute enflait de plus en plus dans l'esprit de Hermione. Pouvait-il réellement être en vie ?

– Je vous ai vu mourir, argumenta-t-elle sans savoir qui d'eux deux elle essayait de convaincre.

– Et pourtant je suis là, vous menaçant dans une allée sombre, où personne ne viendra vous sauver.

Hermione ne put s'empêcher de regarder autour d'elle à ses paroles, ce qui sembla grandement amuser Snape. Soyons clairs, elle n'avait pas peur – pas trop – mais elle avait rudement conscience qu'elle était en très mauvaise posture.

– Si vous me croyiez mort, pourquoi êtes-vous venue dans ma direction ?

La question faisait sens mais Hermione n'osait lui avouer qu'elle avait cru pourchasser son fantôme. Elle n'était pas prête à se ridiculiser à ce point, ni à subir ses moqueries et remontrances quant à son manque de jugeote. Elle se contenta donc de reporter son regard sur lui, plantant ses yeux dans les siens en essayant d'avoir l'air dure et assurée, bien décidée à ne pas se laisser faire.

– Libérez-moi et fichez-moi la paix, je n'ai rien à voir dans ce qui vous arrive ! Pourquoi aurai-je fait quoi que ce soit pour vous sauver déjà ? s'emporta-t-elle avec l'impression qu'elle ne pourrait plus s'arrêter à présent qu'elle était lancée. Vous n'êtes qu'un… affreux… enquiquineur constant, irascible, méchant et…

– Avez-vous fini ? la coupa Snape d'une voix dure.

Hermione croisa son regard pendant une seconde. Une seconde qui lui fut suffisante pour y voir passer une lueur sombre, une sorte de résignation ou de déception peut-être. L'homme devait être habitué à être rejeté et traité comme un moins que rien. Et contrairement à ce qu'elle aurait pu penser, Hermione ne ressentit rien de plaisant à découvrir cette faiblesse chez l'homme, aucun plaisir malsain, aucune satisfaction, aucune vengeance. Rien qu'un peu de culpabilité qui lui fit baisser la tête de honte face à son emportement.

– J'aurai dû mourir mais je suis toujours là, en vie, et vous êtes la dernière personne à avoir été à mes côtés. Alors dites-moi ce que vous m'avez fait ou servez-vous de votre infâme cerveau de miss Je-sais-tout et trouvez-moi une explication convaincante si vous souhaitez que je vous laisse repartir en vie.

– Vous auriez dû mourir mais vous êtes en vie ! Ne pouvez-vous pas faire comme toute personne sensée et simplement profiter de ce fait ?

Une lueur ironique traversa le regard d'obsidienne de l'homme. Le petit haussement de ton de Hermione ne déclenchait pas le moindre frisson d'inquiétude chez lui. A quel point lui paraissait-elle insignifiante ?

Plus le temps passait, plus la supposition de la brune concernant une possible prise de polynectar lui semblait incongrue. Severus Snape était inimitable. Et l'homme qui se tenait contre elle semblait être réellement celui qu'il prétendait être, à quelques réactions près. En d'autres circonstances, elle aurait presque pu être heureuse de le revoir en vie après avoir été tant troublée par son cadavre.

Mais les circonstances étaient ce qu'elles étaient. Elle ne savait pas pourquoi il était en vie et elle avait bien compris qu'il en était de même pour lui. Elle espérait toutefois qu'il se lasserait vite de ce petit jeu malsain dans lequel il les embarquait tous les deux.

Elle avait mal à la tête, ses bras commençaient à être douloureux à force d'être maintenus en l'air et elle n'avait qu'une envie : retourner au Chaudron Baveur prendre une longue douche chaude pour éliminer la crasse de l'Allée des Embrumes qui semblait lui coller à la peau et oublier tout ça. Snape, au contraire, ne semblait pas le moins du monde incommodé, ni par le lieu ni par leur position pourtant beaucoup trop proche au goût de la brune.

– Je ne sais pas pour qui vous me prenez, miss Granger, mais quand je pose une question, j'attends une réponse. Ne croyez pas vous en sortir avec vos grandes phrases sur une quelconque chance d'être en vie. J'aurai dû mourir et cela me convenait parfaitement. Si vous voulez encore avoir une chance d'être en vie demain, répondez donc à ma fichue question. Que. M'avez. Vous. Fait ?

– Je n'ai RIEN fait ! cria Hermione, au bord de l'exaspération, prenant sur elle pour ne pas laisser flancher sa voix à l'idée qu'elle s'emportait contre son ancien professeur. Votre état d'être vivant ne me concerne en rien ! Alors allez essayer de faire peur à quelqu'un d'autre et fichez-moi la paix ! Croyez bien que si l'occasion se présente à nouveau, je ne m'attarderai pas auprès de votre cadavre !

– Pourquoi êtes-vous restée au lieu de suivre vos deux acolytes ?

La question de Snape désarçonna un instant la jeune femme. Encore une fois, elle n'avait pas envie de lui répondre. Elle ne savait de toute façon pas quoi dire pour être honnête. Elle était juste restée. Parce que c'était ce qui lui avait semblé être juste. Elle était restée parce qu'elle avait espéré pouvoir le sauver. Elle était restée parce qu'elle était déçue qu'il meure ainsi. Elle était restée pour qu'il ne soit pas seul pendant ce qui aurait dû être les dernières secondes de sa vie.

Mais tout ça sonnait comme si elle se cherchait des excuses et au fond, elle n'avait rien envie de lui dévoiler de ses motivations, ni même approfondir elle-même les raisons qui l'avaient poussée à agir tel qu'elle l'avait fait. Alors elle garda ses lèvres serrées et lui lança un énième regard noir qui n'eut pas plus d'effet que les précédents.

– Miss Je-sais-tout aurait-elle perdue sa langue ? Si j'avais su qu'il suffisait de vous plaquer contre un mur pour vous faire taire, j'aurai fait ça bien plus tôt, susurra l'homme à son oreille, si bas qu'elle hésita pendant quelques secondes sur le fait d'avoir bien entendu.

Lorsqu'elle croisa de nouveau son regard, Snape continuait de la regarder calmement, avec cet air insondable qu'il affichait la plupart du temps, agrémenté d'un petit sourire satisfait, impersonnel. Hermione détestait cela. Elle avait envie de lui sauter à la gorge, de le frapper, de l'étrangler, de l'embrass… Non. Elle avait envie de lui faire mal. Elle voulait qu'il se sente aussi mal à l'aise qu'elle. Le reste n'était dû qu'à un trop-plein d'émotions depuis deux jours et son esprit mélangeait tout à présent.

Hermione Granger ne s'énervait pas souvent. Elle avait appris à garder son calme au maximum, quelle que soit la situation. Pourtant, là, dans cette ruelle, Severus Snape la poussait à bout et il semblait s'en délecter tout particulièrement. L'instinct de Hermione la poussait toutefois à ne pas sortir ses griffes. Elle ignorait qu'elles en seraient les conséquences et n'avait pas particulièrement envie de le découvrir.

Leurs regards s'accrochèrent de nouveau et Hermione sonda le noir de celui de l'homme pour éviter de se laisser aller à sa colère et à son sentiment d'injustice. Elle ne comprenait pas ce qu'il cherchait à coup de provocations et cette question la hantait depuis qu'elle avait découvert son identité.

L'homme semblait différent de celui qui lui avait fait cours pendant six ans. Il semblait plus vivant, ce qui était plus qu'ironique pour un homme qui était censé être mort. Son masque impénétrable était pourtant toujours bien en place sur son visage, sans la moindre craquelure, si ce n'était cette lueur profondément enfouie dans son regard. Était-ce de la peur ? Ça semblait impossible pour cet homme et pourtant…

Snape ne lui laissa pas la possibilité d'approfondir sa réflexion. Hermione sentit sans peine une pression s'exercer sur son propre esprit. Lorsqu'elle s'était préparée à partir à la chasse aux horcruxes avec ses amis, Harry avait insisté pour qu'ils étudiassent à minima la base de l'occlumancie. Il ne voulait pas que l'un d'entre eux dévoile leur plan au premier legilimens venu s'ils venaient à être capturés, et ce, même s'il s'était lui-même montré plus d'une fois imprudent en utilisant sa liaison avec Voldemort.

Au final, ni Ron ni Hermione n'avaient atteint un niveau élevé mais cela avait suffi pour que la brune puisse mentir à Bellatrix lorsque la femme l'avait torturée au Manoir Malfoy à propos de l'épée de Gryffondor. L'intrusion de Snape n'avait cependant rien à voir avec la force brute de Bellatrix. Pour un peu, Hermione n'aurait rien décelé du tout. Elle ne doutait d'ailleurs pas que l'homme aurait pu passer totalement inaperçu s'il l'avait voulu.

Les souvenirs récents de la jeune femme défilèrent rapidement devant ses yeux jusqu'à ce qu'il parvienne à celui qui l'intéressait : le moment de sa propre mort. A partir de là, le déroulement ralentit afin de lui permettre de distinguer chaque détail de ses souvenirs, sans que Hermione ne puisse rien faire pour l'en empêcher, malgré la gêne et la colère qui l'envahissait face à l'intrusion de l'homme.

Luttant vainement, Hermione visualisa de nouveau l'unique larme argentée qui glissait le long de la joue d'un Snape aux portes de la mort. Elle se revit la capturer dans un flacon qu'elle tendit à Harry dans la foulée. Elle entendit à nouveau son ami indiquer qu'il partait dans le bureau directorial pour accéder à la pensine. Elle croisa de nouveau le regard de Ron qui passa de leur professeur à elle-même. Elle ressentit encore l'hésitation qui l'avait saisie avant qu'elle n'indique à Ron qu'elle les rejoindrait plus tard.

– Il faut que j'essaie un minimum de le sauver, Ron.

Elle revit son ami hocher simplement la tête avant de partir, accédant à sa demande silencieuse. Et puis, elle ressentit encore l'immense vague d'impuissance qui l'avait traversée quand elle avait vu l'état dans lequel se trouvait l'homme allongé à ses côtés. Hermione avait su à ce moment précis que ses maigres connaissances, qui étaient pourtant bien plus développées que celles de beaucoup de personnes plus âgées, ne lui permettraient pas de le sauver. Elle n'avait néanmoins pas pu se résoudre à le laisser seul pour ses derniers moments.

C'était complètement ridicule et elle en avait parfaitement eu conscience, même à ce moment-là. Peut-être au fond, avait-elle juste eu besoin de combler un macabre intérêt humain de s'assurer que l'homme serait bel et bien mort. Pour ce que ça avait servi…

Hermione aperçut de nouveau le regard sombre de l'homme s'accrocher au sien dans ses souvenirs. Elle ressentit encore ce grand vide qui l'avait envahie. La peur, la tristesse, la déception, le regret. Et puis, une seconde après, qui lui avait semblé durer une éternité lorsqu'elle l'avait vécu, la jeune femme vit la vie quitter les prunelles sombres de Snape avant que ses paupières ne se ferment d'elles-mêmes. Elle entendit son dernier souffle s'échapper hors de son corps dans un raclement rauque.

Elle eut de nouveau envie de le secouer, de frapper son torse immobile pour faire battre son cœur inerte, de lui insuffler un peu de sa vie à elle, pour le retenir quelques instants de plus. Elle eut de nouveau envie de lui crier qu'il ne pouvait pas partir ainsi, qu'il n'en avait pas le droit, qu'il ne pouvait pas la laisser seule, sans même savoir pourquoi elle voulait à ce point s'accrocher à lui.

Avait-elle simplement été perturbée parce qu'elle ne savait toujours pas, alors, si elle devait le haïr ou l'apprécier, si elle devait se réjouir de sa mort ou le pleurer ? Ou parce que malgré les doutes qui planaient toujours sur le camp dans lequel s'était trouvé l'homme, elle ne parvenait pas à croire qu'il ait pu être uniquement le salaud que beaucoup décrivaient en parlant de lui ? Même alors qu'il gisait à ses côtés, il continuait à l'intriguer, tel qu'il l'avait toujours fait depuis sa première année à Poudlard. Ou peut-être était-ce simplement cette lueur de regret, qu'elle avait perçu au tout dernier moment au fond de ses prunelles, qui semait le trouble en elle.

La brune se vit de nouveau poser ses mains sur le cou de l'homme, après quelques secondes de choc. Elle avait dit à Ron qu'elle devait essayer de le sauver et elle était juste restée là, à le regarder partir. Avec son geste, elle avait eu l'impression d'agir comme elle l'avait dit à son ami, même si elle avait eu cruellement conscience qu'il était trop tard. Cruellement conscience qu'elle n'aurait de toute manière rien pu faire.

Elle se revit se lever pour quitter l'endroit. Elle se revit y revenir plus tard, accompagnée de Mrs Pomfresh.

Puis, les souvenirs accélérèrent jusqu'au moment où elle l'avait revu, sur le Chemin de Traverse, la veille au soir. Elle sentit de nouveau la joie la frapper avant qu'elle ne réalise que tout cela était impossible et qu'elle ne se mette à douter de sa santé mentale et ne le considère finalement comme un simple spectre.

Pourquoi avait-elle été si heureuse de le revoir en vie ? Elle n'en savait rien. Ça sembla également étonner Snape tandis qu'il quittait finalement son esprit. Lorsque Hermione redevint finalement maîtresse de son esprit, les yeux sombres de l'homme la sondaient toujours, semblant chercher à pénétrer au plus profond de son âme sans pour autant oser s'en approcher.

« Pourquoi ? » semblait questionner son regard.

Il ne posa pas la question et elle n'y répondit pas plus, feignant ne pas la voir.

Un grondement sourd monta du fond de la gorge de Snape tandis qu'il libérait finalement Hermione brusquement, s'éloignant de quelques pas. La jeune femme baissa ses bras doucement, faisant jouer ses articulations douloureuses. Prudente, elle ne s'écarta pas pour autant du mur contre lequel elle était appuyée. Tout juste osa-t-elle faire glisser légèrement sa baguette dans sa manche pour la rapprocher de son poignet. Elle se contenta simplement de regarder l'homme faire les cent pas devant elle jusqu'à ce qu'il ne s'interrompe et ne plonge une nouvelle fois dans son regard.

– Nous n'en avons pas fini, miss Granger. Je compte sur vous pour trouver une explication rationnelle à tout ça. Je me fiche bien que vous y soyez pour quelque chose ou non. Vous m'avez regardé mourir, vous êtes impliquée.

L'homme partit sur ces quelques mots, dans un mouvement de cape qui le caractérisait à la perfection, sans attendre la moindre réaction de la part de Hermione qu'il abandonnait ainsi, seule, dans l'étroite ruelle. De son côté, la sorcière ne put retenir un profond soupir, sentant déjà qu'elle n'avait pas fini d'entendre parler de cette histoire.