Bonjour à tous et à toutes,
Voici la suite de JCQLMNR ! Merci à tous ceux qui suivent et commentent cette histoire, j'espère qu'elle continuera de vous plaire :)
Malheureusement le prochain chapitre ne sera pas posté avant début 2022... Je vous souhaite donc une très bonne fin d'année 2021 et de bonnes fêtes de fin d'année à tous et à toutes ! A très vite ! :D
5. La vérité blesse
« Tu ne changeras pas une réalité déplaisante sans la reconnaître d'abord pour ce qu'elle est, Mac. Tu ne contrôleras que ce que tu auras accepté d'affronter. La vérité blesse, mais les mensonges peuvent tuer. »
Karen Marie Moning, Faefever
Après son étrange entrevue avec le « pas si mort que ça » Severus Snape, Hermione retourna se terrer dans la chambre qu'elle louait au Chaudron Baveur, oubliant toute envie shopping qui avait pu la traverser avant cette histoire. Sur le chemin, elle nota les regards étranges et curieux, parfois emplis de dédain, de moqueries ou de mépris, que les passants posaient sur elle, d'autant plus lorsqu'elle avait rejoint la lumière du Chemin de Traverse.
Un rapide regard sur son reflet dans la vitrine d'un magasin lui en donna immédiatement la raison. Elle ne ressemblait littéralement plus à rien, ou plutôt elle ressemblait à une sauvageonne qui se serait oubliée pendant quelques jours sous l'emprise d'alcool ou de drogue. La sensation qu'elle avait eu que la crasse de l'Allée des Embrumes s'accrochait à elle n'était finalement pas qu'une impression. Ses habits étaient recouverts de poussière, expliquant les teintes grisâtres des vêtements des habitués de l'endroit.
Mais au-delà de sa tenue, la magnifique coupe de cheveux dont elle avait été si fière, quelques minutes plus tôt à peine, et qui lui avait coûté la modique somme de 3 Gallions, soit dit en passant, était maintenant réduite à une espèce d'enchevêtrement ridicule. La poussière avait de nouveau rendu ses cheveux ternes et ils étaient particulièrement emmêlés, n'ayant pas réellement apprécié leur rencontre avec le mur. Heureusement, elle n'avait pas saigné suite au choc entre sa tête et la pierre, ce pour quoi elle pouvait déjà s'estimer heureuse.
La prochaine fois qu'elle croiserait Severus Snape, elle lui ferait mordre la poussière !
Particulièrement de mauvaise humeur, la jeune femme avait fini le trajet d'un pas rapide, jetant des regards noirs dans toutes les directions, qui auraient pu faire pâlir d'envie certains professeurs de Poudlard et effrayer nombres premières années. Elle ne s'était vaguement calmée que lorsqu'elle avait pu pénétrer dans sa douche et que l'eau chaude avait finalement glissé sur son corps, décontractant ses muscles et emportant avec elle la crasse et la poussière.
La brune se savonna allègrement et énergiquement pour éliminer la moindre preuve de ce qu'il venait de se passer, quoi que ce fut réellement. Elle ne savait que penser de tout cela. Severus Snape était en vie. Severus Snape l'avait traînée dans une ruelle sombre pour l'accuser à tort de l'avoir tué, puis de ne pas l'avoir sauvé, pour finalement l'accuser de lui avoir fait quelque chose qui l'aurait maintenu en vie ou même ramené à la vie. C'était complètement ridicule.
Severus Snape était en vie et il n'avait aucune idée du pourquoi du comment. Ce qu'il voulait qu'elle découvre. En fait, Severus Snape lui avait demandé son aide. D'une façon totalement Snapienne mais tout de même, il lui demandait son aide, à elle, Hermione Granger, Gryffondor, surnommée miss Je-sais-tout par ses soins, meilleure amie du sauveur du monde sorcier qu'il détestait depuis toujours. Ça n'avait aucun sens.
Avait-il réellement cru qu'elle était pour quelque chose dans son retour à la vie ? L'estimait-il capable d'une telle chose ? Elle l'imaginait davantage supposer qu'elle avait fait une bêtise quelconque dont tout cela aurait été une malencontreuse conséquence. En tout cas, il semblait l'estimer suffisamment pour la charger de trouver une explication rationnelle à son problème, si tant est qu'il en existât une. Et pour Hermione qui avait passé six ans à essayer d'obtenir vainement son approbation en classe, autant dire que ça éveillait en elle des sentiments contradictoires.
Lorsqu'elle revint dans sa chambre, enroulée dans une épaisse serviette éponge, Hermione trouva un hibou qui frappait de son bec à la fenêtre depuis sans doute plusieurs minutes et la fusillait du regard. Elle s'empressa d'aller ouvrir et l'oiseau s'engouffra dans la pièce à grand coup d'ailes avant de se poser sur le dossier de la chaise positionnée devant le bureau qui occupait un coin de la chambre.
Hermione s'approcha de lui à pas de loup, prudente. Elle avait suffisamment eu à faire avec un être mal luné aujourd'hui, sans avoir besoin d'en rajouter avec ce qui semblait être son homologue volatile. Elle fit un détour vers le lavabo pour prendre un bol d'eau, qu'elle accompagna de biscuits secs et déposa le tout près de l'oiseau avant d'attraper la lettre accrochée à sa patte. Le volatile ne resta que le temps de se restaurer un peu avant de repartir par la fenêtre qu'elle avait laissée ouverte, le tout dans un hululement de protestation.
La jeune femme reporta ensuite son attention sur l'enveloppe qu'elle tenait entre ses mains, repoussant ses cheveux humides pour qu'ils ne dégoulinent pas dessus. Elle reconnut sans mal l'écriture de Harry et s'empressa d'ouvrir le courrier, intriguée par son contenu.
La veille, avant la soirée, ils avaient convenu de se retrouver quelques jours plus tard, le temps que les événements se tassent un peu. La lettre était assez concise : Harry lui proposait d'accélérer les choses et de se retrouver le lendemain même, à Grimmauld Place, avec Ron et Ginny.
A la fin de sa lecture, le ventre de Hermione se noua d'une appréhension qu'elle n'aurait jamais pensé ressentir à l'idée de retrouver ses amis, l'un d'eux plus particulièrement, avec qui elle avait échangé plusieurs baisers. Elle ne savait toujours pas quoi faire de cette situation et une petite voix dans sa tête n'avait de cesse de lui répéter que si les choses lui semblaient aussi compliquées, c'était qu'elles ne devraient pas se passer ainsi.
Elle n'arrivait pas à imaginer le futur que Ron et elle pourraient avoir ensemble. Et surtout, rien que l'idée de devoir l'embrasser à nouveau le lendemain même créait des nœuds dans ses boyaux. A aucun moment, elle n'arrivait à trouver de bons arguments pour ne pas repousser Ron. Mais la peur terrible qu'elle ressentait à l'idée de le perdre lui retournait la tête désagréablement. Comment pourrait-elle s'extirper de ce bourbier sans y laisser des plumes ?
Entre Ron et Snape, la brune en venait à penser que les hommes ne pouvaient certainement apporter que des ennuis dans la vie d'une femme. Elle préférait ne même pas s'appesantir sur le fait qu'elle associait les deux hommes à un niveau équivalent dans sa réflexion alors même que les problèmes qu'ils avaient créés dans sa vie étaient complètement différents. En réalité, elle espérait vraiment trouver quelque chose d'autre, complètement étranger à ces deux hommes, pour occuper ses pensées et lui permettre d'ignorer tous les doutes qui planaient dans son esprit.
La brune se coucha tôt, dès la nuit venue, épuisée physiquement à cause de son manque de sommeil dû à la précédente soirée et psychologiquement par sa rencontre avec Snape et les scénarios qu'elle ressassait sans cesse mentalement, imaginant sa prochaine rencontre avec Ron. Sa nuit ne fut toutefois pas aussi reposante que ce qu'elle avait espéré tandis que les cauchemars s'invitèrent à nouveau dans son sommeil.
Severus Snape la maintenait fermement contre un mur, la secouant à intervalles réguliers, ce qui entraînait de nombreux chocs entre sa tête et le mur, alors qu'elle semblait être incapable de le repousser. Sa force brute la paralysait sur place, la rendant plus impuissante qu'une poupée de chiffon.
Son apparence, aussi, était responsable de l'état de faiblesse de la jeune femme. Il n'avait plus rien de l'homme qu'elle avait connu et côtoyé. Il semblait même encore plus affreux que ne l'avait été son cadavre. Sa peau habituellement pâle était presque intégralement recouverte de traînées rouge sombre. Ses lèvres fines se déformaient en ce qui semblait être à la limite entre un sourire sardonique et une complainte de douleur. Ses yeux n'étaient que deux orbites vides du fond desquelles s'écoulaient des torrents de larmes de sang.
Tout son corps était décharné, comme s'il n'avait littéralement plus que la peau sur les os, mais c'était une peau ridée et abîmée qui recouvrait des os fragiles et éventuellement cassés, prenant des angles incohérents, tirant sur ses articulations. C'était à se demander comment il pouvait tenir debout. Son état de faiblesse apparente n'était toutefois pas le moins du monde représentatif de la réalité. Il la maintenait avec une force étonnante, reflet de la violence qui semblait l'animer.
Des sons incompréhensibles s'échappaient de sa gorge, tels des borborygmes ou les glapissements d'un animal enragé. Leur sens importait peu de toute manière. Hermione était bien trop effrayée pour ne faire qu'essayer de les décrypter. Les gémissements inhumains qui vrillaient ses tympans atteignaient à peine son cerveau paralysé de frayeur. Ils se mélangeaient dans ses oreilles aux cris d'horreur qu'elle poussait sans pouvoir s'en empêcher.
Et il la secouait. Et elle hurlait. Elle ne savait pas ce qu'il lui voulait. Elle ne comprenait pas comment elle pourrait réchapper de cette macabre situation. Il produisait des sons et des postillons sanglants atteignaient Hermione en plein visage. Elle sentait les gouttes rouler le long de ses joues pour se perdre dans son cou, se mêlant à ses larmes, défigurant son visage.
Mais elle avait beau essayer de le repousser, rien ne semblait y faire. Autour d'eux, des voix s'élevaient, traversant leurs complaintes mélangées pour s'ancrer dans l'esprit de la brune avec force et désespoir.
« Tout est de sa faute ! »
« Elle mérite bien ce qu'il lui arrive, elle l'a bien cherché ! »
« Regardez-là ! Elle ne ressemble à rien ! »
« Elle est vraiment prête à tout celle-là ! »
Hermione avait envie de leur hurler qu'elle ne voulait rien de tout ça, qu'elle ne rêvait que de se libérer de l'emprise que l'homme avait sur elle. Mais comment pouvait-on se débarrasser d'un mort quand même la mort n'avait pas voulu le conserver dans ses rangs ? Comment pouvait-elle se soustraire au monstre qui la maintenait contre ce mur, fracassant sa tête à intervalles réguliers sur les pierres froides et tranchantes ?
Tout ce qui franchissait la barrière des lèvres de la jeune sorcière n'était que des cris et des sanglots déchirants, comme si elle avait elle-même perdu une partie de son humanité, contaminée par le sang qui l'éclaboussait immanquablement. Elle pouvait déjà presque sentir ses orbites se creuser, comme si l'homme l'entraînait dans la mort avec lui, comme s'il était simplement revenu la chercher, pour une raison quelconque.
Hermione ne cessait de lutter, incapable d'abandonner tout espoir, ayant la ferme certitude qu'à l'instant où elle arrêterait de se battre, tout serait perdu. Et après un temps interminable, elle réussit brutalement à se libérer entre deux secousses. Elle s'expulsa sur le côté pour s'extraire de l'étreinte sépulcrale. Elle ne put faire plus tandis qu'elle sentit ses jambes se dérober sous elle et son corps tomber dans des ténèbres qui semblaient si infinies que la pensée que l'homme avait finalement réussit à l'emmener avec lui s'imposa dans son esprit avec force.
Jusqu'à ce qu'elle ouvre les yeux brusquement, lorsqu'elle sentit son corps entrer en collision avec le sol.
Dans l'obscurité relative de la pièce, Hermione mit plusieurs minutes à prendre conscience du lieu où elle se trouvait et à calmer les battements frénétiques de son cœur. Elle finit toutefois par reconnaître les meubles qui équipaient la chambre du Chaudron Baveur qu'elle louait depuis deux nuits.
Dans son sommeil agité, elle était tombée du lit en bois d'acajou dans lequel elle s'était endormie la veille, ce qui l'avait réveillée de l'affreux cauchemar que son subconscient avait inventé et auquel elle s'efforçait ne pas repenser. Elle n'avait pas le moins du monde envie de se pencher sur les significations que tout cela pouvait bien avoir.
Lorsque ses membres tremblants le lui permirent, la brune s'attela à prendre une nouvelle douche, pour nettoyer la sueur qui avait perlé sur son corps durant la nuit, accentuée par son cauchemar. Elle rangea ensuite l'intégralité de ses affaires dans son petit sac à main magiquement agrandi, bien décidée à trouver un autre logement pour la nuit suivante. Elle n'était pas du tout rassurée à l'idée de passer une nouvelle nuit dans cet établissement où, soit dit en passant, Snape savait qu'elle séjournait.
Lorsque l'heure fut plus raisonnable, Hermione descendit prendre un copieux petit déjeuner. Ce faisant, elle emprunta un journal sur lequel elle parcourut les nouvelles peu intéressantes avant de se mettre à écouter les conversations des quelques autres clients lève-tôt. Elle cherchait surtout à occuper son esprit pour ne plus penser ni à son cauchemar, ni à sa rencontre avec Snape, ni à ses baisers échangés avec Ron. Elle avait parfaitement conscience qu'une telle fuite de la réalité n'était pas la solution mais à trop y penser, elle avait l'impression de sombrer au fond de ténèbres qui n'attendaient que le bon moment pour l'engloutir.
Lorsqu'elle transplana finalement devant l'ancien QG de l'Ordre du Phoenix, Hermione ressentait encore une grosse appréhension dont elle n'arrivait pas à se débarrasser. Elle déglutit difficilement avant de lever le bras pour toquer à la porte d'entrée.
Tout en attendant qu'on vienne lui ouvrir, elle ne put s'empêcher de regarder autour d'elle prudemment. Elle s'attendait presque à chaque instant à voir réapparaître son ancien professeur de potion devant elle. En se lançant à la poursuite de son spectre, elle avait espéré qu'il cesserait de la hanter. A présent, elle le regrettait amèrement tandis que cela lui semblait encore pire qu'avant. Merlin savait qu'elle n'avait pourtant pas besoin de se rajouter des ennuis sur le dos.
La jeune sorcière reporta son attention sur la porte lorsque le battant s'ouvrit finalement, dévoilant un rouquin tout sourire qui la salua chaleureusement avant de s'approcher pour la prendre dans ses bras. Hermione eut l'impression qu'une chape de plomb venait subitement de tomber dans son estomac.
Le problème, c'était qu'elle appréciait particulièrement cette étreinte. En fermant les yeux et en éteignant son esprit, elle pouvait presque se sentir en sécurité, à l'aise, dans l'étau ferme formé par les bras de Ron. Elle se sentait aimée, entourée. Elle n'était plus seule. Et cela lui faisait du bien de ne plus ressentir cette solitude accablante qui l'étouffait perpétuellement depuis quelques jours.
Mais ce n'était qu'un écran de fumée et elle en avait parfaitement conscience. Ce n'était pas Ron qui lui avait manqué et qui la faisait se sentir si seule. C'étaient ses parents. Ce qui la rongeait, c'était de savoir qu'elle ne les retrouverait peut-être jamais et qu'elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même. Et elle avait parfaitement conscience de se servir de Ron simplement pour oublier un peu cette culpabilité qui l'assaillait. Malheureusement, rester ainsi, avec Ron, tout en sachant ce qu'il attendait d'elle mais qu'elle était bien incapable de lui donner, ne faisait qu'alimenter cette culpabilité.
Aussi, Hermione prit sur elle pour s'éloigner quelque peu de Ron, malgré la peur qui lui vrillait le ventre. Alors qu'elle repoussait le rouquin de ses bras, elle sentit parfaitement le garçon se tendre. L'espace d'un instant, elle fut tentée de tout laisser tomber et de ne rien dire. Pour ne pas peiner son ami. Mais elle savait que cela ne ferait qu'empirer les choses, à terme. Prenant une profonde inspiration, Hermione se décida donc, essayant d'enfermer au fond de son esprit ses doutes et ses craintes pour qu'ils ne viennent pas ternir cette discussion déjà difficile.
– Ron… Je crois qu'il faudrait qu'on parle…
– Qu'est-ce qu'il y a, Mione ?
La voix du rouquin était hésitante, fébrile. Hermione n'arrivait même pas à le regarder dans les yeux. Elle ne voulait pas voir la lueur de douleur qu'elle allait y créer.
– Je… Je pense que ces baisers étaient une erreur…
– Quoi ? Mais Mione…
– Je ne suis pas prête actuellement à commencer une quelconque relation, continua Hermione en coupant son ami, consciente qu'elle ne parviendrait pas à terminer si elle le laissait l'interrompre. Je… Je tiens à toi mais je… Je crois qu'on ferait mieux d'oublier tout ça…
Un silence pesant s'étira. Il fallut de longues secondes pour que la brune ose relever légèrement les yeux vers Ron. Il n'y avait plus aucune trace du sourire éclatant qu'il avait quand il lui avait ouvert la porte. Il ne la regardait même plus, le regard perdu sur l'horizon, comme si la simple vue de la sorcière lui faisait mal.
– Est-ce qu'il s'est passé quelque chose ? questionna Ron d'une voix lointaine.
Instantanément, Hermione pensa à sa rencontre avec Snape mais elle repoussa cette idée dans la foulée. Ça n'avait après tout rien à voir avec cette discussion.
– Non, Ron, indiqua délicatement Hermione. Je crois que j'ai juste besoin de temps, pour moi, pour savoir ce que je veux, qui je suis…
– Je peux attendre tu sais, si tu veux juste un peu de temps pour toi. Je peux comprendre, avec tout ce qu'il s'est passé, on a tous besoin de se retrouver un peu mais ça ne veut pas dire qu'on est obligés de tirer un trait sur tout ça !
Tout en parlant, le garçon avait reporté son regard sur la jeune femme. Hermione pouvait voir l'espoir briller au fond de ses yeux bleus, ainsi qu'un profond attachement envers elle. Elle aurait préférée qu'il la déteste. Les choses auraient été moins dures. Parce que là, elle avait juste l'impression d'être en train de repousser la personne qui tenait le plus à elle en ce monde actuellement. Et elle ne pouvait s'empêcher de se demander si elle avait raison de faire ça.
N'était-elle pas en train de tout gâcher ? Repoussait-elle Ron comme elle avait repoussé ses parents ? Avait-elle simplement un sérieux problème d'attachement et d'engagement ? Jusqu'à présent, elle s'était justifiée en se disant que la guerre l'avait forcée à ne pas créer d'attaches avec les autres. Mais la guerre était finie et elle se sentait toujours aussi incapable de se lier à d'autres. Elle avait l'impression qu'elle ne ferait que perdre quelque chose en donnant à Ron ce qu'il attendait d'elle. Mais elle avait aussi conscience qu'elle risquait également de le perdre en le repoussant ainsi. Y avait-il seulement une bonne solution à cette situation ?
– Tu mérites mieux que de m'attendre Ron. Je ne sais même pas si je changerai d'avis un jour…
– La guerre vient juste de se terminer. C'est normal que tu sois perdue… On a qu'à simplement en reparler dans quelques semaines. Tu y verras plus clair.
– Ron, je… Je ne sais pas…
– Ou alors ce ne sont que des excuses ? questionna Ron d'une voix dure face à l'entêtement de la brune. C'est toi qui m'as embrassé en première tu te souviens ? Pourquoi tu as fait ça si tu ne ressens rien pour moi et que tu ne veux rien construire à présent ?
Hermione baissa les yeux vers ses chaussures, incapable de supporter le regard de son ami. Elle ne savait même pas quoi répondre à ses questions. Merlin savait qu'elle avait bien trop de choses à propos desquelles elle éprouvait des remords. Embrasser Ron en faisait partie. Celui qui avait dit qu'il valait mieux avoir des remords que des regrets n'avait certainement pas fait beaucoup d'erreurs au fil de sa vie.
– Je ne sais pas Ron, souffla la brune. J'ai cru qu'on allait mourir, je n'ai pas réfléchi. Mais ce n'était pas…
– Ce n'était pas quoi ? la poussa à continuer Ron lorsque Hermione s'interrompit.
– Je n'ai pas ressenti ce que j'avais pensé ressentir, répondit la brune d'une voix si faible qu'elle n'était même pas sûre que Ron l'ait entendue.
Le silence qui lui répondit lui fit comprendre que Ron n'avait rien manqué de sa réponse. Il accusait le coup. Hermione, elle, était figée dans une position prostrée, la tête baissée, les yeux rivés sur le sol, les épaules voutées. Elle s'en voulait terriblement de faire du mal à son ami, d'autant plus en sachant que tout était encore de sa propre faute. Si elle ne l'avait pas embrassée dans la chambre des secrets, tout ceci n'aurait certainement jamais eu lieu.
– Ron ? Qu'est-ce que vous faites ? Vous venez ?
La voix de Harry traversa les murs de la maison jusqu'à atteindre les deux jeunes qui se tenaient toujours sur le pas de la porte, brisant le silence qui s'éternisait entre eux. Ron se râcla la gorge, la mâchoire serrée. Il se détourna sans rien rajouter, laissant la porte ouverte pour que la brune puisse entrer à son tour, et prit la direction du salon où les attendaient Harry et Ginny.
Hermione le suivit du regard alors qu'il s'éloignait d'elle, ayant la conviction qu'elle venait de briser leur si forte amitié. Pour un peu, elle avait envie de le rattraper et de lui dire d'oublier tout ça. Elle avait déjà été amoureuse de lui en quatrième année, elle pourrait le redevenir à l'avenir, non ? Mais déjà, la silhouette du rouquin disparut dans l'entrebâillement de la porte du salon et Hermione ressentit honteusement une légère pointe de soulagement.
Prenant une profonde respiration, la jeune femme s'avança à son tour et referma la porte d'entrée derrière elle avant de rejoindre le salon où l'attendaient ses amis. Chemin faisant, elle entendit leurs rires retentir tandis que Ron semblait prétendre que rien ne venait de se passer.
– Ça fait du bien de s'asseoir sur autre chose que des rondins de bois ! l'entendit-elle s'exclamer.
Lorsqu'elle pénétra à son tour dans le salon, Harry et Ginny riaient aux éclats tandis que Ron faisait de son mieux pour regarder partout sauf dans la direction de la brune. Cette dernière salua rapidement ses amis et prit place dans un fauteuil, à l'opposé de celui de Ron. Si elle ne manqua pas le regard de Harry qui passa quelques fois de Ron à elle, elle fit mine de rien et préféra ne pas relancer le sujet, espérant que le temps parviendrait à arranger les choses.
L'après-midi passa somme toute assez rapidement. Ils discutèrent tout du long, sur des sujets divers et variés destinés à leurs changer les idées à tous. Le poids de la guerre et la perte des êtres proches, plus particulièrement la mort de Fred, marquait encore leurs traits. Et Hermione s'en voulait terriblement de rajouter tel qu'elle l'avait fait du poids sur les épaules déjà affaissées de Ron alors même qu'elle aurait dû être là pour lui, pour l'aider à surmonter la mort de son frère. Elle se sentait détestable.
Lorsque vint le moment de se séparer, Ginny demanda à Hermione si elle souhaitait rentrer au Terrier avec eux, glissant un regard incertain vers son frère. Hermione déclina dans la foulée d'une voix douce.
– C'est gentil mais je pense qu'il vaut mieux que je trouve un autre logement.
La rousse hocha la tête, l'air triste mais compréhensif. Elle ne savait pas ce qu'il s'était passé entre son amie et son frère mais elle avait parfaitement compris que quelque chose n'allait pas aux vues de leurs réactions communes durant l'après-midi.
– Tu peux rester ici si tu veux Hermione, proposa alors Harry. J'ai remis en place plusieurs protections afin de rendre l'endroit plus sûr. J'hésitais à m'y installer également et remettre en état tout l'endroit mais… je ne pense pas en être capable en vrai, pas pour l'instant tout du moins… Donc si tu veux, la place est libre.
Hermione considéra un instant sa proposition avant de hocher la tête et de le remercier. Harry et elle étaient suffisamment proches pour que l'offre de son ami ne la gêne pas et qu'ils ne s'embarrassent pas de remarques conventionnelles qui voudraient qu'elle fasse semblant de ne pas pouvoir accepter, pour qu'il insiste et qu'elle finisse de toute façon par accepter car elle n'avait pas vraiment d'autre choix. La location d'une chambre au Chaudron Baveur était bien au-dessus de son budget pour qu'elle puisse se permettre d'utiliser cette solution à long terme.
Ron, Harry et Ginny repartirent ensuite au Terrier sans que le rouquin n'ait décroché le moindre mot à l'encontre de la brune de tout l'après-midi. Hermione les regarda partir le ventre noué. Son regard s'attarda ensuite pendant de longues minutes sur le feu de cheminée. Elle savait qu'elle avait eu raison de faire le point avec Ron mais elle regrettait que les choses ne soient pas plus simples. Si seulement ces baisers n'avaient pu être que des baisers et n'engager rien d'autre !
A présent seule dans la demeure, Hermione eut vaguement l'impression de ne pas y être à sa place. L'ombre de Sirius Black était partout et la brune comprenait parfaitement que Harry n'arrive pas à s'installer dans l'ancien domicile de son défunt parrain.
Hermione ne savait d'ailleurs pas non plus quoi faire. Ou plutôt, elle avait trop d'idées mais rien de bien précis. Sa liste de priorités relevait bien plus de questions que de réels projets. Tout en pensant à sa liste, elle occulta mentalement et volontairement le dernier point qu'elle y avait ajouté, la veille, avant de s'endormir : « Aider Severus Snape ? ».
Secouant la tête pour se reprendre, Hermione décida de commencer par déposer ses quelques affaires. Ayant passé quelques étés dans la demeure, elle décida de reprendre la chambre qu'elle y avait occupé à l'époque. Ça lui semblait tellement lointain !
Tout en marchant, la jeune femme envisagea de retaper la maison en cherchant comment mettre en œuvre ses différents projets. Cela aurait au moins le mérite de l'occuper physiquement et mentalement. Et puis, cela lui donnerait aussi moins l'impression de squatter et de vivre aux dépends de Harry.
Arrivée au premier étage, elle s'arrêta quelques secondes devant la bibliothèque de la maison, qu'elle savait particulièrement bien fournie. Y trouverait-elle de quoi choisir sa future orientation professionnelle ? Y trouverait-elle comment rendre leurs souvenirs à ses parents ? Y trouverait-elle de quoi aider Snape ?
L'homme n'avait pas quitté les pensées de Hermione de toute la journée, malgré toute la bonne volonté qu'elle avait pourtant essayé d'y mettre. La brune n'avait cessé de se remémorer leur rencontre de la veille et leurs réactions communes, essayant de comprendre, au point que cela en devenait presque une obsession.
Plus elle y pensait, plus elle sentait ses émotions s'embrouiller et son cœur s'emballer. Severus Snape était en vie. Et l'image n'avait de cesse de se superposer à celle de son cadavre, sans compter celles de ses cauchemars.
Malgré tout, Hermione n'avait rien dévoilé de sa découverte à ses amis. Elle n'avait pas osé, sans bien savoir réellement pourquoi. Severus Snape était en vie et ça n'allait certainement pas rester secret très longtemps. Allait-il être jugé au Magenmagot ? Jusqu'au tout dernier moment, et même encore maintenant, beaucoup hésitaient sur le camp dans lequel s'était réellement trouvé l'homme.
Personnellement, Hermione avait toujours pensé qu'il était dans un camp à part, son propre camp. Prêt à beaucoup de choses que ni l'un, ni l'autre camp n'accepterait réellement. Elle n'avait juste jamais compris qu'elles pouvaient bien être les motivations de son camp à s'impliquer dans cette guerre.
Poussant la lourde porte en bois, la brune pénétra dans la bibliothèque et alluma la torche positionnée à l'entrée. La pièce sentait le renfermé et de la poussière recouvrait les meubles et les livres. Ce n'était pas une salle qui avait été particulièrement exploitée par l'ancien propriétaire de la maison. Hermione s'approcha de l'unique fenêtre située face à l'entrée et l'ouvrit en grand, inspirant profondément l'air frais de l'extérieur.
Elle se perdit ensuite dans les quelques rayonnages, laissant ses doigts glisser sur les tranches des centaines de livres présents. Elle n'était pas vraiment d'humeur à commencer immédiatement ses recherches mais elle appréciait retrouver le calme caractéristique de cet environnement empli de savoir. C'était un peu comme si elle était de retour à la bibliothèque de Poudlard, qui avait été son sanctuaire pendant de longues années.
Laissant la fenêtre ouverte pour aérer l'endroit, Hermione alla finalement déposer son sac dans sa chambre, aérant également la pièce au passage. Elle redescendit ensuite dans la cuisine et ouvrit les différents placards, espérant y trouver de quoi se sustenter. Elle déchanta cependant rapidement en découvrant qu'il y avait plus d'alcool que de nourriture dans les meubles de la cuisine. Elle n'aurait pourtant pas dû s'étonner, sachant pertinemment que les boissons avaient représenté l'alimentation principale de Sirius pendant longtemps.
Quand elle y réfléchissait, même si elle ne l'aurait jamais dit à quelqu'un, et surtout pas à Harry, elle trouvait que la mort de Sirius n'était pas une si mauvaise chose en soi. Azkaban, la guerre, la perte de ses amis et son enfermement dans la maison honnie de ses ancêtres l'avaient détruit. C'était plus simple ainsi, pour tout le monde. Il ne souffrait plus et plus personne ne s'inquiétait pour lui. C'était triste et douloureux pour ceux qui restaient derrière mais c'était plus simple. Elle était d'avis que, dans certaines circonstances, la mort n'était peut-être pas la pire chose qui pouvait arriver.
Hermione referma les placards avec un soupir, lasse de sa journée qui semblait de pas vouloir prendre fin, avant qu'un bruit en provenance du salon ne la fasse sursauter brusquement.
