Bonjour à tous et à toutes !

Surprise ! Voici en fait la suite de JCQLMNR en avance par rapport à ce qui était prévu :D Considérez ça comme votre cadeau de Noël (vous pouvez dire merci à mon arrêt maladie pour la semaine qui m'a laissé plus de temps que prévu, pour avancer et publier ce chapitre ! Vive la gastro... xD). Non en vrai, je vous ai même préparé un autre cadeau de noël (j'ai rentabilisé mon temps oui !) sous forme d'une autre histoire (qui est un peu un gros n'importe quoi...) que je vais commencer à poster aujourd'hui (il y aura 8 petits chapitres en tout). N'hésitez pas à aller y jeter un coup d'oeil ;)

Bref, j'espère que le chapitre ci-dessous vous plaira (même si je me doute que vous auriez préféré quelqu'un d'autre dans ce chapitre, ne vous inquiétez pas ça arrivera plus tard, peut-être, un jour, si j'ai envie :p) Bonne lecture et cette fois-ci, pour de bon, bonnes fêtes de fin d'année et à l'année prochaine ! :D


6. Nous voulons ressentir

« Que nous dit cette vue d'ensemble sur notre obsession pour le sexe ? Nous n'essayons pas d'obtenir quelque chose ; nous voulons ressentir. La vie qui est en nous – magnétique, intense, ardente. Le bonheur. Le malheur. Le plaisir. La douleur. Tout ce que vous voulez – n'importe quoi. »

Karen Marie Moning, Dreamfever


Hermione se dirigea rapidement vers le salon du 12 Grimmauld Place où un bruit soudain l'avait alertée. Sa baguette était fermement serrée dans sa main, prête à affronter toute éventualité. Elle n'était pas près de laisser de nouveau le bout de bois dans sa manche où elle avait appris à ses dépens qu'il était inaccessible pour peu que quelqu'un lui retienne les bras en l'air.

Pénétrant dans le salon, Hermione avisa rapidement la couleur verte du feu de cheminée, symbole que quelqu'un allait pénétrer dans la pièce dans la seconde qui suivait. Baguette brandie, elle ne put retenir un soupir de soulagement en découvrant qu'il ne s'agissait que de Bill Weasley.

– Ah ! Bonjour Hermione ! Désolé de débarquer ainsi à l'improviste…

– Bonjour Bill, répondit Hermione en rangeant sa baguette. Comment vas-tu ?

– Ça peut aller…, répondit Bill avec un petit soupir.

Hermione lui retourna un léger sourire compatissant, ne sachant quoi répondre.

– Qu'est-ce qui t'amènes alors ?

– Harry m'a indiqué que tu allais t'installer ici et il m'a demandé de passer voir si je pouvais renforcer les protections du lieu pour que tu puisses y être tranquille.

Hermione ne fut pas étonnée de sa réponse. Harry était toujours particulièrement prévoyant et attentif au bien-être de ses proches. La brune était toutefois émue qu'il ait fait la démarche et que Bill intervienne aussi rapidement.

– Charlie doit nous rejoindre pour nous aider. Il récupère des provisions auprès de maman. Elle n'arrête pas de cuisiner en ce moment… Je crois que ça lui permet de ne pas penser perpétuellement au reste…

– Je suis désolée pour Fred…

Bill se contenta de lui retourner un petit sourire triste et Hermione n'ajouta rien de plus. Elle savait pertinemment que rien n'apaiserait de toute manière le trou béant que la mort de son frère avait laissé dans la poitrine du roux et de l'ensemble des membres de sa famille.

Charlie arriva quelques minutes plus tard, les bras chargés de victuailles que Molly avait données pour Hermione. Cette dernière le remercia chaleureusement, notant mentalement dans son esprit de penser à remercier Molly un peu plus tard également. Elle alla déposer les plats au frigidaire avant de revenir dans le salon où les deux frères s'attelaient déjà à vérifier et compléter les protections.

Pendant près de deux heures, ils firent minutieusement le tour de la maison de ville. Toutes les pièces, chaque entrée et le jardin passèrent au crible des sortilèges des deux frères Weasley. Ils rajoutèrent quelques alarmes afin que la brune soit prévenue de toute présence humaine dans le jardin, à la porte ou demandant le passage au niveau de la cheminée dont l'accès fut bloqué et soumis à autorisation, sauf pour Harry qui était quand même propriétaire de la maison.

A la fin de leur inspection, Hermione se sentait bien plus en sécurité dans cet endroit qu'elle ne l'avait été depuis plusieurs années, depuis qu'elle avait fait la découverte du monde magique, de ses mystères et ses dangers. Cela lui faisait un bien fou de réaliser qu'elle n'avait ainsi plus à avoir peur de son ombre.

La jeune femme finit par proposer aux deux frères de rester manger avec elle, pour les remercier, puisque l'heure du dîner était déjà largement passée. Charlie accepta avec un grand sourire mais Bill déclina, pressé d'aller retrouver Fleur. Il les embrassa donc avant de filer la rejoindre à coup de cheminette et Hermione se retrouva ainsi seule avec Charlie.

Si la sorcière aurait pu être gênée de se retrouver ainsi seule avec le rouquin, il n'en était au contraire rien. Depuis qu'elle avait rencontré Charlie l'été précédant sa quatrième année, elle s'était liée d'une forte amitié avec lui.

Il fallait dire qu'il l'avait intriguée à l'instant même où ses yeux s'étaient posés sur lui. A l'époque, le jeune homme était bâti comme les jumeaux, moins grand que Ron ou Percy qui étaient particulièrement efflanqués. Plus musclé aussi. Et ses nombreuses taches de rousseur lui donnaient l'impression d'un teint hâlé, renforçant d'autant plus le bronzage qu'il avait développé à force de travailler en plein air auprès des dragons en Roumanie.

Sur l'un de ses bras musculeux, elle avait rapidement remarqué une grosse cicatrice brillante, visiblement due à une brûlure et elle n'avait pu que supposer que d'autres marques similaires devaient parsemer son corps. Elle imaginait le courage qu'il fallait pour affronter des dragons quotidiennement.

C'était en partie cela qui avait attiré son attention. Le fait qu'un garçon à l'apparence si normale puisse se confronter tous les jours à des créatures qui pourraient l'exterminer en quelques secondes, sans pourtant avoir l'air fatigué, terrifié ou même paraître regretter les choix qu'il avait faits pour en arriver là. Bien au contraire, dès qu'il parlait de son métier, il semblait s'animer d'un feu ardent, brûlant d'intrépidité et de passion.

Elle avait beaucoup échangé avec lui, cet été-là. Elle avait appris à connaître ce jeune homme qui, même s'il n'était pas le plus exubérant de sa fratrie, était tout de même loin d'être le plus sage. Même Ron lui était finalement apparu plus réservé que son frère aîné, ce qui n'était pas peu dire !

Elle l'avait revu à Poudlard ensuite, lors de la première épreuve du tournoi des Trois Sorciers. Et ensuite, ils s'étaient de nouveau croisés régulièrement pendant les étés suivants. Une réelle complicité s'était créée entre eux. Il était facile de discuter avec Charlie. Il était toujours avenant et bienveillant, bien plus mature que ses plus jeunes frères et plus accessible que ne lui semblait être Bill. Elle avait l'impression de pouvoir discuter de tout avec lui, même de choses dont elle n'osait parler à Ron ou Harry.

Avec Charlie, elle n'avait pas l'impression de devoir cacher certaines parties de sa personnalité. Elle n'avait pas peur de réagir comme elle le voulait. Elle ne craignait pas d'être jugée. Et c'était peut-être simplement grâce à cette désinvolture qu'il affichait en permanence et qui la mettait en confiance, sans qu'elle ne sache bien pourquoi. Comme si rien n'avait vraiment d'importance.

Dans le reflet des yeux de Charlie, Hermione se sentait prête à tout surmonter. Même si le masque que le roux affichait dissimulait mal certaines fêlures. Et même si Hermione se doutait que certaines épreuves à venir pourraient s'avérer plus difficiles, d'une certaine façon, que la guerre qu'ils venaient de traverser.

– Alors, qu'est-ce que tu veux manger parmi tout ce que tu as ramené ? le questionna Hermione lorsqu'elle s'aperçut que Charlie la regardait avec un léger sourire en coin, attendant visiblement qu'elle prenne en main la situation à présent que Bill venait de les quitter pour aller retrouver Fleur.

– Les lasagnes ! Sans aucune hésitation ! Elles sont délicieuses, il faut que tu goûtes ça, c'est à se damner !

– Va pour les lasagnes alors, répondit Hermione en riant.

Trente minutes plus tard, les deux jeunes s'étaient bien empiffrés et Hermione ne put que donner raison à Charlie. Ces lasagnes étaient un véritable délice. Les deux jeunes s'installèrent ensuite dans le salon, sur proposition de Charlie qui leur servit d'office un verre de firewhisky chacun, d'une bouteille qui traînait sur le rebord d'un meuble. Hermione hésita quelque peu avant de prendre son verre, se souvenant encore parfaitement du mal de crâne qui avait suivi sa dernière consommation d'alcool. Elle finit toutefois par capituler devant l'air de chien battu du roux.

– Tu ne vas quand même pas me laisser boire tout seul ?

– Très bien… Mais juste un verre !

– C'est ce qu'on dit toujours, lui répondit Charlie avec un clin d'œil avant de trinquer avec elle et porter son verre à ses lèvres.

Hermione grimaça, rudement consciente de la véracité de ses propos avant de prendre une gorgée du liquide ambré. Cette fois-ci, elle avait bien l'intention de se tenir pour de vrai à sa bonne résolution. Et il fallait dire qu'elle n'était pas contre un peu d'alcool pour éloigner de ses pensées les deux derniers jours. Entre la fin de la guerre, sa rencontre avec Snape et l'échec qu'était sa relation avec Ron, elle avait bien besoin d'un moment de répit.

La première goulée de firewhisky entraîna inévitablement une brûlure le long de la gorge de Hermione, qu'elle apaisa dans la foulée d'une seconde gorgée. Elle ignorait comment Sirius avait pu apprécier cette boisson au quotidien mais ne pouvait que supposer que la sensation désagréable devait s'estomper à mesure des consommations régulières. A moins que Sirius n'ait simplement préféré cette brûlure à la douleur psychique qui le hantait jour après jour.

Secouant la tête pour chasser ses sombres pensées, Hermione s'installa plus confortablement dans le canapé et interrogea Charlie sur ses projets à plus ou moins long terme. Celui-ci lui répondit après s'être également davantage avachi dans le canapé aux côtés de la brune.

– Je pense repartir en Roumanie d'ici dix à quinze jours. Je reste un peu pour aider maman avant. Ce n'est pas facile tous les jours… Je suppose que la cérémonie et l'enterrement de Fred dans deux jours aideront tout le monde à faire son deuil et à avancer.

– Je suis désolée…, lui murmura Hermione en serrant affectueusement le bras de Charlie de l'une de ses mains.

– Merci Hermione, lui répondit-il simplement en buvant une nouvelle gorgée.

Un léger silence s'installa avant que le roux ne semble oser se confier à la brune et libérer les pensées qui tourmentaient son esprit.

– Je crois que je n'arrive toujours pas à vraiment réaliser. Tu sais, je n'étais pas particulièrement proche des jumeaux. Ils étaient souvent juste entre eux et je pense qu'on était tous un peu jaloux d'être seuls quand on les voyait si bien ensemble. Tout paraissait tellement simple pour eux. Je pense bien que c'était Ron le plus proche d'eux, à sa manière. Il était leur cible favorite mais il faut dire qu'il le leur rendait bien. Si tu savais le nombre de fois où les jumeaux se sont fait punir alors que c'était Ron qui était l'investigateur de la bêtise. Il est bien plus intelligent qu'il ne le laisse paraître.

– C'est surtout un excellent stratège, sourit Hermione avec une pointe de mélancolie.

– Tu savais que Ron va aller travailler avec Georges à la boutique ?

– Non, je ne savais pas…

– Il ne t'as rien dit ? s'étonna Charlie.

– C'est compliqué…, indiqua Hermione d'une voix basse avant de boire une nouvelle gorgée de son verre.

Charlie sembla comprendre que la brune préférait ne pas s'appesantir sur le sujet pour le moment car il reprit rapidement, même si la curiosité était présente. Il fallait dire que pour tous ceux qui les avait côtoyés de près, Ron et Hermione semblaient prédestinés à finir ensemble, malgré les embuches qui s'étaient créées sur leur chemin. Et c'était ça aussi, le problème. Hermione n'avait pas du tout envie que sa vie soit toute tracée alors qu'elle n'avait même pas atteint la vingtaine.

– Je pense que ça va faire du bien à Georges en tout cas, reprit Charlie. Il se sentira moins seul, j'espère. Pour le moment, on s'est tous concertés pour rester un maximum au Terrier mais je ne vais pas pouvoir rester indéfiniment, même si je me sens un peu lâche de dire ça…

– Tu sais, c'est normal d'avoir besoin de reprendre ta vie là où tu l'avais laissée. Tout le monde sait que tu n'en oublies pas pour autant Fred, personne ne te jugera pour ça, surtout pas ta famille.

– Je sais que tu as raison mais étrangement, ça ne m'aide pas à me sentir moins coupable.

Un nouveau silence s'installa pendant un temps entre les deux jeunes. La main de Hermione reposait toujours sur le bras de Charlie, le serrant délicatement de temps à autre, essayant de le réconforter un minimum.

– Et toi, comment tu te sens ? questionna Charlie après une nouvelle gorgée de firewhisky.

– Honnêtement ? demanda Hermione avec hésitation. Perdue, répondit-elle finalement suite au hochement de tête de Charlie. Je crois que tout s'est terminé un peu trop brutalement pour que je puisse m'y préparer.

– Difficile de reprendre une vie normale quand on a toujours connu que la guerre n'est-ce pas ?

– C'est exactement ça, acquiesça la brune. Je pense que personne ne s'attendait à ce que tout se termine aussi vite, presque aussi… facilement. En quelques heures, je suis passée d'ennemi public numéro un, avec Harry et Ron, à héroïne de guerre et sauveuse du monde sorcier. Et je trouve ça génial, c'est vraiment bien que tout soit fini mais je ne sais plus où j'en suis, je crois, à présent.

– C'est en partie pour ça que Maman ne voulait pas que vous soyez autant impliqués dans cette guerre avec Ron et Harry. Pas parce qu'elle n'avait pas confiance en vos capacités mais parce qu'elle savait ce que cela vous ferait après. Se remettre d'une guerre n'est pas facile en soi, mais ça l'est encore moins pour des enfants qui y auraient participé autant que vous l'avez fait.

– Tu as sans doute raison…

Hermione expira longuement, espérant évacuer ainsi la tension qui pesait sur ses épaules depuis le début de leur conversation. Charlie avait totalement raison mais elle n'avait pas la moindre idée de la façon dont elle pourrait surmonter tout ce qu'elle avait vécu, même si cela ne faisait que quelques jours. Actuellement, elle se sentait surtout perdue, tel qu'elle le lui avait dit.

Elle était incapable d'oublier, terrifiée par les cauchemars quasi quotidiens qu'elle faisait sur la guerre. La peur lui vrillait constamment le ventre au réveil, pendant quelques secondes voire quelques minutes, avant qu'elle ne se souvienne que tout ça était derrière elle. Même en journée, elle se prenait parfois à sursauter pour un bruit quelconque qui sortirait à peine de l'ordinaire. Elle avait aussi remarqué une certaine tendance à s'accrocher à sa baguette presque continuellement, comme si sa vie en dépendait encore.

Pourtant, lorsqu'elle avait croisé Snape, la peur avait laissé place à l'adrénaline pour la toute première fois depuis la fin de la guerre. Elle avait eu l'impression d'enfin pouvoir respirer correctement, de ne plus être oppressée en permanence par la boule d'angoisse qui comprimait ses organes internes. Elle s'était sentie en vie, dans l'instant présent, et non plus perdue dans ses souvenirs du passé.

Ça n'avait été qu'une parenthèse. Le soir même, la peur avait repris sa place. Les terreurs nocturnes l'avaient de nouveau assaillie. Et elle s'était réveillée de nouveau en sueur, terrorisée et perdue. Sentiments qui ne l'avaient pas quittée de la journée malgré la présence de ses amis. Parce qu'elle avait l'impression qu'ils ne comprenaient pas.

Elle avait l'impression qu'ils ne ressentaient pas la même chose, qu'ils parvenaient bien mieux qu'elle-même à repartir sur des bases saines. Ron et Harry avaient tous les deux de quoi occuper leur esprit, quelqu'un de qui prendre soin et sur qui se reposer. Harry avec Ginny. Ron avec Georges et le reste de sa famille. Mais elle, elle n'avait toujours pu que compter sur elle-même. Elle avait toujours été seule, malgré l'amitié que lui avaient offerte Ron et Harry.

Déjà dans son enfance moldue, elle avait souvent été mise à l'écart des autres, parce qu'elle ne répondait pas aux critères de normalité. A cause de ses capacités magiques, à cause de son caractère. En découvrant le monde sorcier, elle avait cru qu'elle y gagnerait un nouveau départ mais elle avait rapidement compris qu'il n'en serait rien. Elle n'avait jamais pu s'y faire une réelle place. A cause de ses parents moldus, à cause de son caractère.

Elle était la née-moldue, l'intello, la miss je-sais-tout. Elle était le rat de bibliothèque, la donneuse de leçons, la travailleuse. Elle était celle qui avait toujours réponse à tout, celle qui n'aimait pas vraiment le Quidditch, celle qui ne prenait pas part aux ragots, celle qui n'était pas particulièrement drôle. Elle était celle qu'on appréciait, qu'on supportait, qu'on était parfois heureux d'avoir avec soi pour se sortir d'une situation délicate, mais qu'on oubliait rapidement pour le reste.

Elle ne pouvait pas dire qu'elle le regrettait réellement. Mais elle se sentait vide. Et ce vide était une porte ouverte à ses cauchemars et aux démons de l'ombre qui la terrifiaient. Elle se sentait vide mais ne savait pas comment combler ce trou béant dans sa poitrine. Il lui semblait qu'il lui manquait quelque chose, même si elle n'était pas certaine de savoir de quoi il s'agissait.

Elle ne pouvait s'empêcher d'être jalouse lorsqu'elle voyait Harry et Ginny ensemble, même s'ils n'étaient pas encore officiellement un couple. L'amour qu'ils ressentaient l'un pour l'autre était évident. Il les illuminait tous deux.

Et si elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même d'être ainsi seule, puisqu'elle avait fait le choix de repousser Ron, elle était pourtant convaincue qu'elle avait pris la bonne décision. Ron et elle n'auraient jamais été aussi heureux ensemble que ce qu'ils méritaient tous les deux. Elle ne voulait pas lui infliger une relation en laquelle elle ne croyait pas dès le début, ce n'était tout simplement pas juste pour lui.

Mais finalement, le résultat restait le même. Elle était seule. Elle avait repoussé Ron comme elle avait repoussé Victor Krum en quatrième année. Et encore, les choses avaient été différentes avec Victor. Lorsqu'ils avaient partagé ce qui s'était révélé être une courte relation, elle avait vraiment apprécié chaque instant passé avec lui. Elle avait aimé la façon dont il la regardait, avec ce brin de malice, d'émerveillement et de respect.

Victor l'avait trouvée belle, intelligente et suffisamment sympathique pour avoir envie de passer du temps avec elle. Ça avait été la toute première fois qu'elle s'était ainsi sentie réellement appréciée par quelqu'un d'autre que ses deux meilleurs amis. Une chose en entraînant une autre, elle lui avait offert sa première fois. Mais lorsqu'il était reparti, elle n'avait pas cherché à le retenir. Dans ses bras, elle avait trouvé une source d'apaisement. Elle avait vu ses craintes et soucis s'envoler, au moins pour un temps.

Malgré tout, elle s'était éloignée volontairement de lui, repoussant ses propositions de se revoir et allant même jusqu'à ignorer de plus en plus ses missives avec le temps. Pas parce qu'elle ne l'appréciait pas en retour, bien au contraire, il était très gentil et attentionné derrière ses airs de garçon légèrement bourru et antipathique. Mais elle avait été incapable de s'attacher et surtout de le laisser s'attacher à elle, à cause de la guerre et du rôle qu'elle occupait dedans.

Depuis ses onze ans, Hermione n'avait pas connu une seule année normale lors de sa scolarité à Poudlard. Elle courrait après les dangers aux côtés de Ron et Harry, souvent bien malgré eux, mais elle avait toujours su qu'il valait mieux ne pas impliquer d'autres personnes. Quand on ne savait pas si on serait encore en vie le jour suivant, ce n'était pas une erreur de laisser quelqu'un d'autre s'attacher. C'était de l'égoïsme pur et dur, selon Hermione.

Elle n'avait pas été prête à prendre le risque de sacrifier le bonheur de quelqu'un d'autre pour quelques instants de plaisir partagé, aussi bons soient ces moments. Alors elle avait repoussé Victor, tirant un trait sur leur histoire avant qu'elle n'en devienne réellement une. Et elle avait pris sur elle de ne jamais laisser qui que ce soit entrer un peu trop profondément dans sa bulle, allant même jusqu'à repousser ses parents également. Ce qui avait certainement contribué à ce qu'elle se retrouve seule, ainsi, à présent. Sans doute avait-elle un peu trop ancré cette habitude en elle.

Mais la guerre était finie et elle ne pouvait s'empêcher de se demander si elle avait eu raison, au final, d'agir comme elle l'avait fait. Parce qu'à présent, il ne lui restait plus que du vide. Un vide terriblement difficile à combler. Un vide froid, intense, terrifiant, qui ne lui laissait aucun répit.

– Parles-moi de la Roumanie, Charlie, proposa soudainement Hermione pour se changer les idées.

Charlie lui fit un petit sourire, posant temporairement sa main sur la sienne alors qu'il avait parfaitement noté l'air taciturne qui avait pris place sur le visage de la jeune femme tandis qu'elle s'était perdue dans ses pensées pendant plusieurs minutes.

– C'est magnifique là-bas. Je vis au beau milieu de la nature, loin de la pollution des villes et surtout loin des gens malhonnêtes ou malveillants, loin des problèmes. Et mes dragons ! N'importe qui tomberait amoureux de la réserve. Il faudrait que tu viennes un jour, tu comprendrais ce que je veux dire ! Ils ont vraiment beaucoup de chance.

– Ils ont de la chance de t'avoir, sourit la jeune femme.

– Honnêtement, tu devrais venir. Ça pourrait aussi te changer les idées pour un temps.

Hermione envisagea la proposition pendant un temps avant de rejeter l'idée d'un haussement d'épaules.

– Peut-être plus tard, j'ai déjà bien trop de choses à faire pour le moment.

Charlie lui retourna un sourire compréhensif et légèrement moqueur avant de continuer à lui parler de la réserve roumaine. Il était intarissable sur le sujet et Hermione devait bien avouer qu'il était particulièrement intéressant. L'écouter parler de son ton presque amoureux lui faisait presque reconsidérer son offre. Ça lui donnait envie de ressentir également le feu ardent qui semblait embraser son cœur et réchauffer son âme. Il semblait si vivant dans ces moments-là qu'elle était presque jalouse de ne pas avoir elle aussi quelque chose qui la ferait vibrer ainsi.

Réfrénant ses pulsions de lui demander de l'emmener tout de suite, Hermione le regardait parler avec un doux sourire aux lèvres, laissant ses pensées s'égarer. Elle buvait régulièrement une gorgée de son verre pour faire taire ses pensées parasites et se perdait bien malgré elle dans la contemplation de Charlie. Ses cheveux roux avaient un côté coiffé-décoiffé assez intrigant quant à la façon dont tout cela restait en place. Une légère barbe recouvrait la partie inférieure de sa mâchoire carrée, accompagnée d'une petite moustache, encadrant le sourire étincelant qui étirait ses lèvres depuis qu'il s'était mis à parler de la Réserve roumaine.

Malgré la lueur de tristesse qui persistait dans son regard, et ne le quitterait sans doute plus jamais, Charlie dégageait une aura de bien-être et de sécurité. Tout son corps musclé semblait promettre que, dans ses bras, rien ne pouvait mal se passer. S'il parvenait à affronter quotidiennement des dragons, qu'est-ce qui pourrait bien venir à bout de lui ? A cet instant, Hermione ne put s'empêcher de penser qu'elle aurait apprécié se perdre dans ses bras pour oublier toute la tension qui l'habitait depuis la dernière bataille, depuis la victoire, depuis qu'elle avait repoussé Ron, ou depuis qu'elle avait revu Snape.

– Est-ce que tu m'écoutes encore un minimum, Hermione ? questionna Charlie en pressant légèrement la main de la jeune fille qui était toujours posée sur son bras.

La question du roux ramena la brune à la réalité. Elle ne put s'empêcher de rougir légèrement devant le fil qu'avaient suivi ses pensées. Un grand éclat de rire traversa la barrière des lèvres de Charlie devant le rougissement de la jeune femme, ce qui ne fit que le renforcer davantage. Hermione fit mine de bouder quelque peu, espérant que cela le ferait arrêter de se moquer d'elle. Elle n'avait pas prévu en revanche que, repus à ce jeu pour avoir eu cinq petits frères et sœur, Charlie se jetterait littéralement sur elle pour la faire arrêter de bouder à coup de chatouilles.

S'en suivit une piètre bagarre où Hermione fit de son mieux, en vain, pour le repousser ou le supplier d'arrêter. Vu le rire sonore qui s'échappait en continu de la gorge du roux, elle n'était même pas sûre qu'il l'entende réellement. Il finit toutefois par s'immobiliser après quelques minutes de torture et il la regarda, ses yeux bleus pétillants de malice, comme pour vérifier si elle avait eu son compte ou s'il devait poursuivre.

Penché au-dessus de Hermione, Charlie respirait fort, le visage rougi par l'effort qu'il venait de produire. Ses pectoraux se soulevaient au rythme de sa respiration, étirant son tee-shirt bleu pâle. Hermione laissa son regard glisser sur le visage du roux et elle prit pleinement conscience de la position très rapprochée dans laquelle ils se trouvaient lorsqu'elle croisa son regard. Son visage était bien trop proche du sien. Les bras musclés de Charlie reposaient de chaque côté de son corps, l'emprisonnant dans une prison dont elle n'avait pas la moindre envie de s'échapper. Le sourire du roux l'attirait, ses yeux l'appelaient.

Peut-être était-ce l'alcool ou la situation réveillait-elle simplement un besoin de décompresser, un besoin d'oublier, de se perdre dans le plaisir. Des désirs qu'elle avait fait taire pendant si longtemps qu'elle en venait presque à regretter tout ça.

Elle avait fait énormément de sacrifices pour cette guerre. Elle les avait justifiés en se persuadant qu'elle ne survivrait pas. Mais à présent, elle ne pouvait que se questionner sur le bien-fondé de ses choix. Si elle avait survécu, ses parents n'auraient-ils pu faire de même sans qu'elle n'ait besoin de recourir à des mesures aussi drastiques pour assurer leur sécurité ? Elle était bien incapable de dire si sa survie était due aux choix qu'elle avait faits ou si tout aurait pu être pareil sans tous ses sacrifices.

Dans tous les cas, elle réalisait pleinement qu'à présent, il ne lui restait plus que cette solitude douloureuse qui serrait son cœur. Un si grand vide qu'elle en venait à apprécier la compagnie d'un homme acariâtre pour ne plus se sentir si seule. Parce que c'était bien là la raison pour laquelle elle n'avait pas simplement repoussé Snape, ni évoqué sa découverte à ses amis. Elle avait besoin du mystère qu'il lui faisait miroiter pour ne plus se sentir aussi seule et inutile, à ressasser ses craintes et ses regrets.

Un vide qu'elle n'avait pas osé combler avec Ron, parce qu'il attendait trop d'elle. Elle n'avait pas voulu lui donner de faux espoirs. Malgré sa solitude, elle n'était pas du tout prête à s'engager ou à s'attacher. Elle était convaincue qu'il lui faudrait d'abord remettre sa vie sur de bons rails avant d'envisager une quelconque relation avec qui que ce soit. Pour le moment, elle avait bien trop tendance à s'élancer dans les ennuis pour retrouver un peu de l'adrénaline de la guerre, tel qu'elle l'avait fait en se précipitant à la poursuite de Snape. Le reste du temps, son esprit était ben trop obnubilé par la façon dont elle pourrait rendre leurs souvenirs à ses parents. Solution qui lui semblait presque inatteignable, tant elle manquait de piste concrète.

Mais là, à moitié écrasée par Charlie, elle avait l'impression de pouvoir laisser tout ça de côté, au moins pour un temps. Elle savait que le garçon n'attendait rien d'elle, qu'il ne lui demanderait rien. Il repartirait dans quelques jours et tout ça pourrait ne rester qu'une agréable passade.

Elle ne parvenait pas à détourner les yeux ou repousser Charlie. Elle avait besoin de ça, besoin d'oublier, besoin de croire, au moins pendant un temps, qu'elle n'était pas seule et que les choses allaient s'arranger. Besoin de se sentir en vie. Besoin de ressentir, tout simplement. Et pour cela, franchir les limites invisibles qui la séparait encore de Charlie lui paraissait bien moins dangereux que de rechercher la compagnie de Snape.

Alors, elle oublia un instant qu'il était Charlie Weasley, le frère du garçon qui était épris d'elle mais qu'elle avait repoussé car elle ne voulait pas s'engager. Elle oublia qu'elle était Hermione Granger. Elle oublia qu'ils étaient dans la maison de son meilleur ami et elle laissa ses désirs prendre le contrôle sur son corps.

Les yeux rivés sur les lèvres de Charlie, Hermione fit travailler ses abdos pour venir y déposer les siennes dans un baiser d'abord chaste qui ne tarda pas à s'enhardir lorsque Charlie y répondit. Les mains de la brune se perdirent dans la chevelure rousse, décoiffant encore un peu plus au passage le jeune homme. Ils se laissèrent tomber sur le canapé sans pour autant se séparer, soulageant par la même les abdos de la brune.

Charlie finit par s'écarter quelque peu pour observer Hermione. Ses yeux brûlaient littéralement de désir. Le jeune homme semblait pourtant en proie à un doute qu'il ne tarda pas à verbaliser, même si ça semblait être fait avec un regret évident.

– Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Ron ? Je ne veux pas m'immiscer entre vous…

– Il n'y a rien entre Ron et moi, souffla Hermione en rougissant de culpabilité. Il n'y aura jamais rien. Il est juste comme un frère pour moi.

Charlie l'observa pendant de longues secondes, comme pour vérifier la véracité de ses propos. Il parut finalement laisser tomber la morale qui semblait lui hurler qu'il commettait une erreur, pour le plus grand soulagement de Hermione. Elle n'avait pas envie de penser à Ron. Elle n'avait pas envie de réfléchir plus à ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle avait juste besoin d'occuper suffisamment son esprit pour ne plus penser à rien d'autre.

– Tu es sûre que c'est ce que tu veux ? Tu as bien conscience que je vais repartir dans quelques jours ? Ce ne serait qu'une nuit.

– Je sais. C'est parfait.

Charlie n'en attendit pas plus pour reposer ses lèvres sur celles de la brune. Il l'embrassa avec passion, caressant son corps de ses mains chaudes, éveillant les désirs de la brune et la faisant frissonner d'anticipation. D'un mouvement de bassin, Hermione se colla encore plus contre le roux. Leur baiser était langoureux, sensuel, vibrant d'envie à peine contenue.

Se reculant, Charlie se redressa pour enlever la robe de Hermione et elle se retrouva face à lui, en sous-vêtements de dentelle bordeaux. Le feu qui éclairait les prunelles de Charlie sembla être encore plus attisé par la vue qu'il avait, éveillant les papillons dans le bas ventre de la brune et faisant rosir ses joues. Les pupilles du roux étaient presque entièrement dilatées, rendant ses yeux quasiment noirs.

Aussi noirs que ceux de Snape…

Cette pensée fut repoussée avant même qu'elle ne se forme complètement dans l'esprit de la brune. Elle se jeta sur Charlie pour oublier, l'embrassant avec passion après avoir fait passer son tee-shirt par-dessus sa tête. Le reste de leurs habits ne resta pas en place bien longtemps et les deux jeunes se perdirent dans leur étreinte, entre gémissements et grondements. C'était un mélange de supplice et plaisir. C'était un trou noir dans lequel ils se jetaient sans aucune retenue, pour ne plus penser à rien d'autre.

Lorsque la jouissance les envahit finalement tour à tour, Hermione referma ses bras autour du cou de Charlie, le serrant contre elle pour calmer les soubresauts incontrôlés de son corps. Ils restèrent ainsi pendant quelques minutes avant que Charlie ne finisse par se redresser après avoir déposé un léger baiser sur les lèvres rougies de Hermione.

Le roux se pencha pour attraper sa baguette et nettoya les preuves de leurs ébats avant de les rhabiller tous deux pour qu'ils ne prennent pas froid. Il se rassit ensuite sur le canapé et enroula son bras autour de la brune qui s'installa contre lui.

– Pas de regrets ? lui demanda-t-il d'une petite voix hésitante.

– Aucun, le rassura-t-elle.

– En tout cas, ça me convaincrait presque de rester plus longtemps loin de mes dragons, rigola Charlie en faisant un clin d'œil à Hermione.

– C'est sûr que tes dragons sont moins sexy que moi ! rigola Hermione à son tour.

– C'est sûr, répondit Charlie d'une voix chaude en laissant son regard glisser le long du corps de la brune, la faisant de nouveau rougir.

Après un long moment dans les bras l'un de l'autre, profitant du calme qui les avait envahis, Charlie finit par prendre congé, ne pouvant rester toute la nuit. Ni l'un ni l'autre n'avait envie que tout le monde découvre ce qu'ils venaient de partager. Ils avaient juste comblé un besoin de se libérer, de s'oublier et d'oublier tout le reste, de se perdre dans la jouissance. Hermione n'avait d'ailleurs aucune envie de réfléchir aux tenants et aboutissants de tout ça.

Une fois seule, Hermione alla prendre une longue douche avant de s'enfoncer dans son lit, de bien meilleure humeur qu'elle ne l'avait été en début de journée. Et si, dans ses rêves, la silhouette de Charlie prit des airs d'un certain maître des potions, cette pensée fut enfermée dans son coffre-fort mental avant même qu'elle ne se réveille le lendemain, l'empêchant ainsi d'atteindre sa conscience.