Bonjour à tous !

Désolée pour le retard pour ce chapitre... J'ai été complètement débordée et je n'ai pas du tout eu le temps de vous le poster avant aujourd'hui...

Malheureusement, les prochains chapitres n'arriveront certainement pas beaucoup plus vite, j'ai beaucoup trop de boulot en ce moment... Donc je pense partir sur un rythme de publication d'un chapitre toutes les deux semaines environ.

Quoi qu'il en soit, merci à vous tous de suivre cette histoire, j'espère qu'elle continuera à vous plaire !

Bonne lecture :D


9. Personne n'est vraiment ce qu'il paraît

« Les gens sont des icebergs, pensa-t-il. Sous la surface gît une énorme masse de non-dits, de douleurs et de secrets. Personne n'est vraiment ce qu'il paraît. »

Bernard Minier, Glacé


Lorsque Snape et Hermione arrivèrent à destination, la première pensée qui traversa la jeune femme fut que tout ceci n'était finalement qu'un piège dans lequel elle s'était jetée la tête la première. La seconde, non moins glorieuse, fut qu'elle aurait sans doute dû prêter plus d'attention aux conseils de l'homme et prévenir quelqu'un… Et aussi choisir des habits plus à la mode sorcière.

Il fallait dire qu'elle s'était attendue à tout sauf à se retrouver devant les grilles du Manoir Malfoy, à l'intérieur duquel semblait se dérouler une petite fête, vu le nombre de personnes qui arpentaient le jardin, et sans doute l'intérieur de la bâtisse. Comme à chaque fois qu'elle se trouvait en compagnie de Snape, Hermione se sentait mal à l'aise et elle avait l'impression de ne pas être à sa place.

De ce qu'elle pouvait voir de là où ils se trouvaient, la plupart des invités étaient sur leur trente-et-un. Les femmes arboraient des robes plus somptueuses les unes que les autres et des coiffures particulièrement sophistiquées tandis que les hommes dégageaient tous une allure aristocratique renforcée par leurs costumes parfaitement ajustés et leurs capes somptueuses. Les teintes sombres semblaient de rigueur pour les hommes tandis que les tenues féminines passaient par tout l'éventail de couleurs de l'arc-en-ciel.

– Vous auriez pu me prévenir que nous allions à une sauterie au sein de la bourgeoisie sorcière.

– Je vous ai dit de choisir une autre tenue.

Comme si j'avais de toute manière une tenue qui aurait pu convenir, pensa Hermione en se contentant de lever les yeux au ciel.

– Comment est-ce que les Malfoy peuvent faire une fête alors que leur procès a eu lieu il y a seulement deux jours et qu'ils ne s'en sont sortis qu'à un cheveu près ?

– Croyiez-vous réellement que l'issue de la guerre allait changer quelque chose ? Tout le monde savait que le Seigneur des Ténèbres risquait de perdre. Les invitations ne datent pas d'hier. Même votre ami Potter a dû en recevoir une, même si je doute qu'il soit présent aujourd'hui. Il ferait mieux de se montrer à ce genre d'événements s'il veut assumer pleinement son rôle d'héritier Potter et Black. Le monde sorcier ne va pas profondément changer, miss Granger, mais ne vous méprenez pas. Ici, tout n'est pas une question de sang mais surtout de pouvoir. Vous croiserez des sang-mêlés et quelques nés-moldus. Tout ce qui importe, c'est la fortune de ces personnes, leur puissance, leur intelligence et leur nom.

Sans attendre une quelconque réaction de la part de Hermione, Snape posa sa main sur celle de la jeune fille pour la forcer à baisser la baguette qu'elle avait pointé sur elle-même dans l'idée de métamorphoser sa tenue.

– Laissez-moi faire.

– Je suis parfaitement capable de métamorphoser moi-même ma tenue pour ressembler aux autres femmes.

– C'est bien là le problème, miss Granger. Vous n'avez pas à ressembler à ces femmes. Vous n'êtes pas du même monde.

Hermione ne pouvait que lui reconnaître ce point, sans pour autant savoir où il voulait en venir. Baissant sa baguette, elle lui fit un geste du menton pour l'inciter à changer ses vêtements à sa guise. Il ne se fit pas prier et, quelques secondes plus tard, Hermione se retrouva engoncée dans une longue robe noire assez moulante et au décolleté relativement plongeant. Le tissu descendait jusqu'à ses chevilles qui étaient à présent enfoncées dans des escarpins à talons compensés. La jupe était fendue sur le côté droit, l'ouverture remontant jusqu'à mi-cuisses.

Ses épaules étaient dénudées tandis que les manches de la robe consistaient en une bande de tissus qui enserrait le haut de ses bras sur une épaisseur d'environ cinq centimètres. Un voile pendait de ces bandeaux jusqu'au bas de la robe, couvrant quelque peu les bras de la brune. Ses cheveux se retrouvèrent relevés en un chignon lâche et un simple pendentif en forme de perle pâle vint orner son torse.

Il ne fallut que quelques secondes à Hermione pour reconnaître dans sa tenue l'habit officiel que portaient les jeunes sorciers en apprentissage lorsqu'ils étaient en soirée officielle avec leur maître. Elle n'eut toutefois pas l'occasion de questionner Snape à ce sujet tandis qu'il enchaîna rapidement.

– Restez toujours à un pas de moi, en arrière sur ma gauche. Ne dites rien et enlevez cet air surpris de votre visage. Occludez un minimum pour cacher vos émotions, si tant est que vous en soyez capable.

Hermione hocha simplement la tête, sans répondre. De toute façon, Snape n'attendit pas sa réaction avant de se mettre en route vers l'entrée du manoir dans un mouvement de cape qu'il maîtrisait à la perfection. La brune le suivit dans la foulée, angoissant quelque peu vis-à-vis de ce qu'allait lui réserver cette soirée. Elle n'était pas non plus rassurée à l'idée de se retrouver en ce lieu où elle avait été torturée par Bellatrix quelques mois plus tôt seulement.

Comme il fallait s'en douter, les nouvelles se propageant rapidement dans la société sorcière, et d'autant plus dans la haute société, quasiment tous les regards convergèrent sur Hermione et Snape à mesure qu'ils avançaient. La prétendue mort de Severus Snape, plus jeune maître des potions qui ait un jour existé et espion pour un camp indéterminé pendant la guerre, avait fait parler. Encore plus lorsque la rumeur de la disparition de son corps s'était propagée.

Hermione se doutait que les gens devaient être surpris, voire choqués, de le voir réapparaître ainsi, comme si de rien n'était, et d'autant plus avec elle, même si elle ignorait encore si les gens la connaissaient ou la reconnaissaient. Elle avait beau être une héroïne de guerre, ayant aidé le sauveur du monde sorcier dans sa quête et ayant combattu à ses côtés, elle restait une née-moldue dont le nom n'était pour le moment qu'à peine ressorti dans les journaux.

Son histoire n'était pas assez vendeuse, juste suffisamment pour que le « petit peuple » la connaisse mais il allait lui falloir bien plus que ses exploits de guerre pour se faire une réelle place dans la haute société, bien que cette introduction par Snape allait peut-être changer la donne. Hermione se demandait déjà comment elle allait bien pouvoir expliquer tout ça à ses amis dès lors qu'ils en entendraient parler.

L'homme devant elle avançait à grands pas, la démarche droite et assurée, posant à peine un regard sur ce qui les entourait, comme si le reste du monde ne présentait pas le moindre intérêt pour lui. Hermione le suivait du mieux possible, essayant de respecter à la lettre les consignes qu'il lui avait données tout en se questionnant toujours sur le but de leur venue. Snape lui avait indiqué vouloir aller dans une bibliothèque, sans doute visait-il celle des Malfoy qui devait être plus que bien fournie.

Discrètement, avec ce qu'elle espérait être un masque impassible bien en place sur son visage, Hermione laissait ses yeux s'attacher à tout ce qui l'entourait, analysant tout ce qu'elle pouvait apercevoir et essayant de retenir un maximum de détails. Elle ne savait pas ce qui pourrait lui être utile et avait donc décidé de faire le tri plus tard sur les informations qu'elle pourrait récupérer ainsi.

Ils ne tardèrent pas à pénétrer à l'intérieur du Manoir Malfoy après que Snape ait présenté une invitation aux deux hommes qui en gardaient l'entrée. D'après ce qu'avait pu comprendre Hermione, l'intérieur de la demeure était réservé à une caste particulière parmi tous ces gens de la haute société. La crème de la crème, en d'autres mots.

Jusqu'à présent, Hermione n'avait pas pris conscience de la place qu'occupait Snape dans ce monde. Mais d'après les regards que les autres posaient sur lui, il inspirait à la fois admiration et crainte. C'était un électron libre, incontrôlable. Il pouvait changer de camp comme de chemise, selon là où allait ses intérêts et cela faisait peur aux autres. Comment faire confiance à quelqu'un comme ça ? Mais il était intelligent et puissant. Et l'aura de pouvoir qu'il dégageait attirait irrémédiablement les autres.

Snape et Hermione n'avaient fait que quelques pas dans l'entrée du manoir lorsque Lucius Malfoy apparut devant eux. Il était semblable à lui-même, froid, aristocratique, placide. Ses longs cheveux blond platine, presque blancs, retombaient détachés sur ses épaules et jusqu'au creux de ses reins, parfaitement lisses. Son éternelle canne dans laquelle était positionnée sa baguette frappait le sol à intervalles réguliers lorsqu'il marchait, prévenant de sa présence. Ses yeux gris dévisagèrent ses invités pendant un temps, sans qu'aucune émotion ne traverse ses prunelles ou ne se transcrive sur son visage. Il semblait tout aussi impénétrable que Snape, si ce n'était même plus, ce qui n'était pas peu dire.

– Severus…, commença-t-il d'une voix morne. Le monde te dit mort.

– Lucius, salua Snape sur le même ton. Tu sais comme moi qu'on ne peut se fier aux rumeurs que pour ce qu'elles sont.

– Tu m'en vois ravi.

Aucune joie ne transparaissait pourtant sur son visage ou dans son ton. Aucune haine non plus, juste une absence totale d'expression.

– Ces petites sauteries sont moins intéressantes en mon absence n'est-ce pas ?

La remarque de Snape eut le bénéfice de tirer un léger sourire au patriarche Malfoy. Enfin ce qui équivalait à un sourire pour lui, c'est-à-dire que le coin de ses lèvres tressauta pendant une milliseconde. Hermione ne le remarqua d'ailleurs uniquement parce qu'elle avait les yeux rivés sur son visage.

– En tout cas, je t'ai connu mieux vêtu que cela pour ce genre de festivités. Pourquoi n'as-tu pas mis la cape que je t'avais offerte il y a quelques années ?

– Ne m'en parles pas, le coupa Snape d'un ton sec tout en coulant un regard colérique vers Hermione.

Il ne fallut pas longtemps à la brune pour comprendre qu'il s'agissait de la cape qu'elle avait brûlée lors du match de Quidditch et à propos de laquelle ils s'étaient disputés un peu plus tôt.

– Je vois que tu es venu accompagné, continua Lucius en suivant son regard.

– Ma nouvelle apprentie, répondit laconiquement Snape.

Hermione fit de son mieux pour n'afficher aucune surprise suite aux paroles de l'homme, occludant au maximum de ses capacités. C'était une chose de se promener vêtue comme une apprentie, s'en était une chose d'entendre Snape confirmer ce fait. Elle ignorait s'il s'agissait d'une simple couverture ou s'il souhaitait réellement lui enseigner l'art des potions à un niveau supérieur. Elle ignorait même si elle avait vraiment envie de s'engager sur une telle voie aux côtés de l'homme.

La brune pouvait sentir le regard perçant de Malfoy glisser sur elle. Elle avait l'impression d'être un morceau de viande dont il essayait d'estimer si elle pouvait être à son goût. Restant droite et silencieuse, elle remercia mentalement Snape d'être positionné tel qu'il l'était, légèrement devant elle, ce qui ne la laissait pas totalement seule et sans défense sous le regard de Lucius.

– Voyez-vous ça. Severus Snape s'est finalement décidé à prendre une apprentie sous son aile.

Le ton ironique de Malfoy tira des frissons à Hermione.

– Pourquoi elle ?

– Elle a surpassé ton fils pendant les six dernières années, malgré les cours particuliers que je lui donnais.

Une grimace de dégoût déforma le visage de Malfoy pendant une seconde, signe qu'il n'appréciait pas les paroles de Snape. Ça eut au moins le mérite de le faire reporter son attention sur le maître des potions et Hermione eut l'impression d'enfin pouvoir respirer normalement lorsque son regard perçant la quitta.

– Elle n'a même pas ses ASPICS.

– Je t'en prie, tu sais aussi bien que moi que tout le monde s'en contrefiche. Ton fils a suffisamment crié sur tous les toits qu'elle était assez intelligente pour lui fournir une adversaire de taille en classe. Et suite à ses exploits pendant la guerre, ce ne serait qu'une formalité.

– Draco n'a jamais réussi à comprendre quand parler et quand il valait mieux se taire, reconnu Malfoy en levant les yeux au ciel. Ce n'est pas faute d'avoir essayé de lui inculquer ça.

– Draco n'en a toujours fait et n'en fera toujours qu'à sa tête, acquiesça Snape.

De son côté, Hermione ne perdait pas une miette de leurs échanges. Elle essayait de comprendre l'étrange relation qui semblait lier les deux hommes. Leurs tons étaient froids, leurs attitudes détachées et pourtant, il émanait une certaine habitude dans cet échange, une certaine proximité.

– Je me doute que l'avoir de ton côté t'aidera également lors de ton procès, reprit Malfoy en désignant Hermione d'un coup de menton.

– Tu sais très bien que je n'ai pas besoin de m'entourer de tels artifices.

– Toujours un as dans ta manche, n'est-ce pas ?

La question était rhétorique et Snape ne prit pas la peine d'y répondre. Un silence s'installa entre eux tandis qu'ils se toisaient du regard, sans animosité toutefois. Hermione s'étonna que le patriarche Malfoy face référence à un jeu de carte moldu mais n'y prêta pas plus attention que cela. Tout ce qu'elle découvrait de l'homme était étrange en soi. Cette conversation faisait miroiter l'humanité de Lucius qui semblait exister quelque part sous son masque de fer. Hermione commençait tout juste à envisager que ce qu'elle avait vu de ces personnes pendant la guerre n'était peut-être qu'un pendant de leur véritable personnalité.

– Un verre ? proposa finalement Malfoy à Snape.

Celui-ci acquiesça d'un hochement de tête et les deux hommes s'éclipsèrent dans une pièce adjacente. Suivant les consignes de Snape, Hermione commença à les suivre mais n'eut pas le temps d'atteindre la porte dérobée que celle-ci lui claqua au nez, signe que sa présence n'était pas requise. Grognant devant le manque de manières des deux hommes, elle regarda autour d'elle en hésitant sur la marche à suivre.

Après deux minutes d'hésitation dans le hall, elle se décida à errer un peu dans le couloir adjacent, analysant les pièces ouvertes qui s'offraient à sa vue. Elle ne mit que quelques minutes supplémentaires pour découvrir une petite bibliothèque. Elle était sûre qu'elle ne contenait qu'une partie des ouvrages que possédait la famille, et certainement pas les plus intéressants, mais elle pénétra tout de même dans la pièce pour y jeter un coup d'œil. Peut-être était-ce le plan de Snape depuis le départ, après tout, pensa-t-elle en essayant de se justifier mentalement.

Même si ce n'était qu'une bibliothèque de « couverture », celle-ci contenait tout de même certains ouvrages qui auraient fait pâlir d'envie nombres collectionneurs ou libraires. Hermione ne pouvait elle-même s'empêcher de laisser ses doigts glisser sur les tranches des bouquins, prenant sur elle pour ne pas tous les dévorer dans la foulée. Tout cet amas de connaissances à sa portée lui faisait presque tourner la tête.

– Granger ?

La voix rêche et familière qui retentit soudainement dans son dos fit sursauter Hermione qui eut l'impression d'être prise en faute. Elle se tourna toutefois avec lenteur, renforçant du mieux possible son léger masque d'occlumancie pour ne pas laisser paraître son trouble.

Draco Malfoy était nonchalamment appuyé contre le chambranle de la porte de la bibliothèque, son regard surpris fixé droit sur Hermione. La brune put suivre son regard glisser sur sa silhouette, d'une façon similaire à ce que son père avait fait quelques minutes plus tôt et elle en venait à regretter l'absence de Snape derrière qui elle ne pouvait plus à présent se cacher.

– Qu'est-ce que tu fais là et dans cette tenue ?

– Je suis la nouvelle apprentie de Snape, mentit Hermione en reprenant les paroles du maître des potions.

– Snape t'a pris comme apprentie ? Severus Snape ? Toi ? Sérieusement ?

Hermione haussa simplement les épaules, ne sachant que répondre à ses questions. La voix retentissante de Snape la sauva et la jeune femme remercia silencieusement Merlin pour son apparition.

– Un problème Draco ?

– Severus…, salua le jeune Malfoy.

Si Hermione s'étonna de l'utilisation des prénoms, elle essaya de n'en rien laisser paraître et elle se contenta de suivre leur échange avec autant d'attention qu'elle en avait portée lorsqu'il s'agissait de Malfoy père. La remarque que Snape avait faite à propos de cours particuliers donnés à Draco pouvait de toute manière aisément expliquer leur proximité. Et Hermione n'était pas près d'oublier cette remarque qu'elle avait prise comme la reconnaissance tant attendue de ses capacités par le maître des potions.

– Tu es en vie.

Ce n'était pas une question mais une constatation et Hermione se demanda si c'était ça au final, qui avait tant semblé choquer le blond. Le fait qu'elle lui ait annoncé que l'homme soit encore en vie et non qu'il l'ait choisie comme apprentie.

– Que t'ai-je déjà dit sur les morts ?

– Qu'il ne faut jamais estimer qu'une personne soit morte avant d'avoir vu son cadavre, l'avoir brûlé, avoir dispersé ses cendres et avoir attendu quelques jours pour être sûr que rien n'en était ressorti. Et même là, le risque existe toujours. Rien ne vaut une bonne potion de vérité à disperser sur les cendres pour être sûr qu'elles ne sont que ce qu'elles sont.

Draco récitait son petit discours comme s'il ne s'agissait que d'une banale leçon scolaire. Hermione se nota mentalement d'en retenir le contenu. Après sa récente expérience avec Snape, elle n'était pas près de recommencer à considérer quelqu'un comme mort aussi rapidement.

– Donc ? interrogea Snape.

– Donc tu es en vie.

La jeune femme restait perplexe face à leurs échanges mais ne fit aucun bruit, espérant ne pas attirer leur attention sur sa personne. Ce qui ne fonctionna pas puisque Malfoy ne tarda pas à reporter son regard sur elle.

– Et tu as une apprentie à présent, continua-t-il.

– En effet.

Un léger silence s'installa avant que Draco ne reprenne la parole, comme s'il avait hésité à prononcer les paroles suivantes, son regard faisant quelques allers-retours entre Hermione et Snape.

– Pourquoi elle ?

– Pourquoi pas ? questionna simplement Snape, donnant l'impression à Hermione qu'il essayait de marchander avec un enfant et non un jeune adulte tel que Malfoy.

– Parce que c'est Granger. Et que je suis ton filleul.

Les yeux de la brune s'écarquillèrent de surprise tandis que Snape soupirait et posait une main sur l'épaule de Draco. Elle ne s'était jamais doutée d'un lien quelconque entre eux deux.

– Tu sais aussi bien que moi que tu n'as pas envie de faire des potions toute ta vie. Ne t'enferme pas dans un apprentissage qui ne te correspond pas simplement pour redorer ton égo.

Draco se dégagea de la poigne de Snape avant de se détourner.

– Je n'ai pas besoin de tes conseils.

– Et c'est aussi pour cela que tu n'aurais jamais pu être mon apprenti.

Le blond se contenta de hausser les épaules pour toute réponse avant de reporter son regard sur Hermione.

– Tu ferais bien de la tenir en laisse mieux que ça en tout cas, qu'elle apprenne à rester à sa place et à ne pas fouiner dans les affaires des autres.

– Aurais-tu enfin retenu cette leçon que ton père et moi-même avons essayé de t'inculquer depuis plusieurs années ? ironisa Snape, ce qui lui valut un regard noir de la part de Draco.

– Ravi que tu sois en vie, lança simplement Draco sur un ton qui contredisait totalement ses paroles.

Les lèvres de Snape s'étirèrent en un fin sourire pendant quelques secondes avant que son air indéchiffrable ne reprenne place sur son visage. Draco n'en attendit pas plus pour s'éclipser et Snape reporta finalement son attention sur Hermione. Celle-ci ne put retenir un frisson face à son regard dur.

– Ne vous avais-je pas dit de rester avec moi ?

– Vous avez disparu avec Malfoy père ! Qu'est-ce que j'étais censée faire ?

– M'attendre dans le couloir.

Snape avait répondu d'un ton qui reflétait parfaitement la logique qu'il voyait dans ses paroles. Hermione ne put s'empêcher de lui jeter un regard noir, même si elle savait d'avance que cela ne lui ferait ni chaud ni froid.

– Je ne suis pas un objet décoratif que vous pouvez promener à votre guise.

Une lueur amusée traversa les pupilles de l'homme, si rapidement que Hermione mit cela sur le fruit de son imagination.

– Vous feriez pourtant une magnifique plante verte. Bien plus agréable à regarder et bien plus arrangeante.

Tout en parlant, il jouait avec sa baguette dans l'une de ses mains, comme s'il réfléchissait réellement à l'éventualité de la métamorphoser en pot de fleur. Hermione lui retourna un énième regard noir pour lui montrer qu'il ne lui faisait pas peur, et aussi pour lui enlever cette idée de la tête.

– Suivez-moi et respectez mes consignes cette fois.

Sans rien ajouter, Snape se détourna dans un tourbillon de cape et Hermione le suivit, rongeant son frein. Dans quoi s'était-elle engagée ?

Ils déambulèrent pendant quelques minutes dans les couloirs du Manoir Malfoy, sans que la jeune femme n'ait la moindre idée de l'endroit où son ancien professeur la conduisait. Par les fenêtres donnant sur le parc, elle pouvait apercevoir les convives qui discutaient à l'extérieur.

Une chose était sûre, les Malfoy savaient organiser une fête. Le parc avait été décoré de lanternes et de fleurs. Une fontaine trônait au milieu de l'espace réservé aux festivités, attirant les regards des convives. Des tables avec différents mets tous plus appétissants les uns que les autres étaient réparties à divers endroits, de sorte que, si quelqu'un avait faim ou soif, il n'ait jamais plus de quelques pas à faire pour se faire servir.

Hermione observait les personnes présentes, essayant de reconnaître certains d'entre eux dans la foule. Elle commençait tout juste à réaliser à quel point elle ne connaissait presque rien de cette catégorie de la population. Ils étaient la haute bourgeoisie sorcière, ceux qui détenaient pouvoir et argent. Ils étaient ceux qui prenaient les décisions, même s'ils n'étaient pas toujours en première ligne, préférant se camoufler derrière des figures plus proches du petit peuple.

Hermione ne doutait pas connaître certain des noms des personnes présentes, même si elle était bien incapable de les associer à des visages. Elle avait été parachutée dans ce monde par Snape et elle réalisait encore à quel point elle n'y était pas à sa place. Elle n'avait rien en commun avec ces personnes. Elle ne prenait pas soin de son apparence comme les femmes qu'elle observait, toutes vêtues de leurs plus belles toilettes. Elle ne dégageait aucune aura de puissance.

Elle n'était que Hermione. Hermione Granger, née moldue, sorcière prometteuse qui avait aidé à sauver le monde mais personne n'était de toute façon au courant de tout ce qu'ils avaient accompli avec Ron et Harry. Ils n'avaient dévoilé que le strict nécessaire des ténèbres dans lesquelles ils s'étaient enfoncés si bien que pour toute personne extérieure, Hermione Granger avait simplement soutenu le survivant. Elle préférait de toute manière que les choses soient ainsi.

Elle n'avait jamais cherché la gloire. Elle s'était lancée dans tout ça pour Harry, et parce que cela lui avait semblé être la bonne chose à faire. Elle ne recherchait pas la reconnaissance ou le pouvoir. Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle aurait vécu toute seule, ou presque, toute sa vie, entourée de centaines de livres. Elle avait bien suffisamment vécu d'aventures pour ne pas en rechercher d'autre.

Mais voilà que Severus Snape était entré dans sa vie de la plus étrange des manières et elle se retrouvait là, à arpenter les couloirs d'une demeure où elle s'était fait torturer quelques mois plus tôt à peine, à découvrir que ses anciens bourreaux n'étaient pas tous aussi mauvais que ce que les apparences avaient laissé croire. L'ironie de la chose était palpable.

Finalement, ils arrivèrent devant une porte de derrière laquelle émanait un filet de musique classique jouée au piano. Snape s'interrompit devant et Hermione l'imita tout en continuant à se demander pourquoi elle n'avait pas tout simplement envoyé balader l'homme quand il lui avait ordonné de l'aider.

Le brouhaha des conversations entre la vingtaine de personnes réunies dans la pièce s'interrompit dès que Snape mit un pied dans la salle. Tous les regards convergèrent sur l'homme, certains blasés, d'autres clairement surpris. La nouvelle de sa mort avait déjà fait le tour de la société. Il ne fallait pas douter que le démenti se répandrait d'autant plus vite.

– Severus…

Hermione eut tout juste le temps d'entendre le murmure qui s'éleva à ses côtés avant qu'elle ne soit brutalement bousculée par une tornade qui s'était précipitée sur l'homme. Le temps qu'elle reprenne ses esprits, la brune posa son regard sur l'étrange duo formé par son ancien professeur et Narcissa Malfoy.

La femme aux cheveux blonds se tenait debout devant l'homme, leurs corps tout juste séparés de quelques centimètres de distance, bien trop peu pour ne pas être terriblement familier. Son regard ne cessait de faire des allers-retours entre le corps de Snape et son visage, se perdant dans l'obscurité de ses yeux.

Hermione les observait, curieuse de découvrir encore une fois un lien profond unissant Snape aux Malfoy. Elle ne s'était jamais douté qu'ils puissent être ainsi proches. Et pourtant, Narcissa ne semblait pas parvenir à croire que Snape soit encore en vie, devant elle, au point qu'elle en oubliait toute convenance. Lui se contentait de la regarder mais une certaine tendresse transparaissait de son regard, ce qui dénotait complètement avec la personnalité de cet homme.

C'était en tout cas la toute première fois que Hermione voyait autre chose que des ressentiments, du mépris ou de la moquerie dans son regard. Et, sans qu'elle ne puisse se l'expliquer, sans qu'elle ne s'attarde dessus non plus, elle ne put s'empêcher de ressentir un petit pincement de jalousie. Parce qu'elle avait cherché pendant tellement longtemps à connaître et comprendre cet homme et qu'elle n'avait jamais rien eu en retour, elle, et encore moins un regard aussi doux.

Elle n'avait toujours eu droit qu'à des expressions impersonnelles, des regards impassibles et des moqueries. Et peut-être un peu de colère aussi. S'il y avait bien une émotion qu'elle semblait pouvoir allumer à tous les coups chez Snape, c'était bien la colère. Il suffisait de voir comme leurs conversations dérivaient constamment vers des disputes.

Après ce qui sembla être une hésitation, Narcissa posa sa main sur le bras de Snape, au niveau de son coude et Hermione nota clairement que, contrairement aux quelques fois où elle-même avait osé toucher l'homme, celui-ci ne tressaillit pas le moins du monde face au contact de la blonde. En revanche, elle remarqua sans mal le frisson qui traversa la femme ainsi que les larmes qui brillaient dans ses yeux bleu-gris.

Tout ça ne dura que quelques secondes. Quelques secondes de choc avant que la maîtresse de maison ne se remémore la présence de ses invités. Elle ne tarda pas à remettre un masque impassible sur son visage, même s'il cachait mal les émotions fortes par lesquelles elle venait de passer, preuve de l'attachement qu'elle semblait porter à Snape.

Sans se soucier le moins du monde de la présence de Hermione, Narcissa entraîna Snape jusqu'au buffet situé un peu plus loin dans la pièce. Ce faisant, elle ne lâcha pas le bras du maître des potions, comme si elle avait peur qu'il ne disparaisse si le contact cessait. L'homme ne chercha pas non plus à s'en dégager et il la suivit de sa démarche raide sous les yeux attentifs des autres convives.