Bonjour à tous !

Voilà le chapitre suivant de JCQLMNR ! Avec un peu d'avance par rapport à ce que je vous avais annoncé car je pars au ski et je n'aurais donc pas pu publier la semaine prochaine donc j'ai fait un effort pour trouver du temps avant, pour ne pas vous laisser sans rien ;)

J'espère que ce chapitre vous plaira ! :D Merci à tous ceux qui suivent cette histoire et encore plus à ceux et celles qui me laisse leur avis :D

Bonne lecture et à très bientôt ! (Je pense que tout le monde reconnaîtra la citation de début de chapitre pour cette fois xD)

R.A.R. : Potion master, merci pour ta review, je suis ravie que l'histoire te plaise ! N'hésite pas à te connecter ou te créer un compte si tu n'en as pas et on pourra échanger en mp si tu le souhaite ;) En plus je réponds aux review avant la publication de chaque chapitre donc ça te permettra d'avoir une exclu sur le moment où le chapitre sort xD Bonne lecture pour cette suite !


10. Une part de lumière et d'ombre

« Dans le monde, il n'y a pas d'un côté le bien et le mal, il y a une part de lumière et d'ombre en chacun de nous. Ce qui compte, c'est celle que l'on choisit de montrer dans nos actes, ça c'est ce que l'on est vraiment. »

J.K. Rowling, Harry Potter et l'Ordre du Phoenix


Hésitant un instant, Hermione prit le parti de suivre Severus Snape et Narcissa Malfoy qui s'éloignaient en direction du buffet. C'était surtout une excuse pour ne pas se retrouver seule à l'entrée de la pièce, bien trop exposée à son goût aux regards perçants des convives. Elle n'avait en effet pas plus envie que cela de s'attarder auprès des deux adultes qui semblaient bien plus proches que tout ce qu'elle aurait pu imaginer. Il fallait dire qu'elle n'avait de toute façon jamais imaginé que son irascible professeur de potion puisse avoir des relations cordiales avec qui que ce soit, encore moins avec une femme et surtout pas avec une Malfoy.

Ce ne fut que lorsqu'elle arriva près du buffet qu'elle remarqua le petit groupe de jeunes adultes de son âge qui s'y trouvait. Il ne lui fallut qu'une seconde pour reconnaître une petite partie de la promotion de Serpentard de son année, ceux qui n'avaient ni péris, ni été enfermés. Comme à son habitude, Malfoy junior semblait diriger le groupe. Il était entouré de Théodore Nott et Blaise Zabini, que Hermione prit pour les remplaçants de Crabbe et Goyle juniors qui n'avaient pas réchappé de cette guerre. Leur groupe était complété par Millicent Bulstrode, Pansy Parkinson ainsi que Daphné et Astoria Greengrass.

Ils étaient en train de rire à une blague que l'un d'eux venait de faire, totalement désintéressés de la petite scène dramatique qui venait de se jouer entre Snape et la matriarche Malfoy. Il y avait fort à parier que Draco avait d'ores-et-déjà répandu la nouvelle de la survie de Snape auprès du petit groupe.

Ce fut Pansy Parkinson qui remarqua la présence de Hermione en première. La Gryffondor n'eut aucun mal à déceler la surprise qui brilla pendant un temps dans son regard, avant qu'elle ne soit changée en le mépris qu'elle avait eu l'habitude d'y trouver depuis le début de leur scolarité commune.

– Tiens, ne serait-ce pas notre Granger nationale ? railla la Serpentard en attirant l'attention des autres sur la brune.

– Il faut croire que Draco ne mentait pas non plus sur ce point-là, souffla Théodore Nott sur un ton faussement surpris.

– Pour la millième fois, je ne vois vraiment pas pourquoi je vous aurai menti à propos de tout ça ! râla Malfoy. Croyez bien que la dernière chose dont j'ai envie c'est de mettre plus de Granger que nécessaire dans ma vie.

– Ravie de te revoir aussi, Malfoy, ironisa Hermione en levant les yeux au ciel devant la remarque du blond.

Les autres rirent de bon cœur tandis que Malfoy lui lançait un regard noir qui aurait tout juste effrayé un enfant de cinq ans à cause de l'air boudeur qui l'accompagnait. Hermione, de son côté, s'étonnait presque de la bonne humeur qui semblait régner au sein du groupe.

Elle avait toujours imaginé Draco Malfoy comme un petit chef tyrannique, car c'était l'image qu'il avait toujours renvoyée dans les couloirs de Poudlard. Mais les autres paraissaient loin d'être sous son joug, terrorisés et prêts à accéder au moindre de ses caprices. Au contraire, ils semblaient même prêts à se moquer de lui si l'occasion se présentait, comme des amis, tout simplement. Même si Draco Malfoy ne paraissait pas être le genre de personne à avoir des amis.

– Nous n'avons encore jamais été officiellement présentés, commença Théodore Nott une fois que leur rire se fut tari. Je pense qu'il est grand temps de repartir sur de nouvelles bases. Théodore Nott.

Tout en prononçant son nom, le jeune homme tendit sa main en direction de Hermione, un sourire charmeur aux lèvres. Celle-ci regarda la main tendue pendant une seconde, perplexe quant à l'utilité du geste, avant de reporter son regard sur le visage fin de Nott.

Il était vrai que, même à Poudlard, ils ne s'étaient jamais vraiment fréquentés. Malgré leurs cours en commun et le fait qu'ils soient de la même promotion, elle ne se souvenait pas d'avoir échangé plus d'une dizaine de mots avec lui en six ans, ce qui revenait à dire qu'ils étaient presque des inconnus l'un pour l'autre. Les seuls moments où leurs groupes s'étaient un minimum mélangés avaient été lors des rixes entre Draco et Harry.

Alors oui, Hermione pouvait aisément imaginer que les Serpentard n'étaient peut-être pas tels qu'elle se les était représentés. Elle pouvait supposer, d'autant plus maintenant qu'elle les voyait en dehors de Poudlard, qu'ils étaient des adolescents, jeunes adultes à présent, comme les autres. Elle pouvait envisager qu'ils n'étaient peut-être pas aussi affreux qu'ils l'avaient laissé paraître, de la même façon que leur directeur de maison n'était pas l'être diabolique pour lequel beaucoup l'avaient pris pendant des années.

Alors elle tendit sa main à son tour et serra celle de Théodore. Après tout, il avait fait le premier pas et elle ne pouvait décemment pas l'ignorer. A présent que la guerre était finie, elle comprenait que c'était le genre de gestes nécessaires pour maintenir la paix dans le monde sorcier. Même si elle avait parfaitement conscience qu'ils avaient tous rejoint de façon plus ou moins volontaire et approfondie les rangs de Voldemort pendant la guerre, elle supposait que certains au moins, ne devaient pas avoir réellement eu le choix. Et le fait que le sang-pur tende la main vers la née-moldue était un geste suffisamment significatif pour le prouver.

– Que de protocoles barbants, c'est bon Théo, arrête un peu de jouer ton parfait petit aristocrate, railla Daphné Greengrass dans la foulée.

Sa remarque fit de nouveau rire les autres tandis que Théodore haussait les épaules, l'air de dire qu'il se fichait complètement de leur avis. Il fit un petit clin d'œil à Hermione, comme pour partager ce moment-là avec elle et la jeune femme lui sourit simplement en réponse, pas bien certaine de ce qu'il cherchait véritablement. Une chose était sûre, les Serpentard n'agissaient jamais pour rien. Cela, Hermione n'était pas près de l'oublier, sentant qu'elle allait être amenée à côtoyer au moins un représentant de cette maison bien plus souvent qu'elle ne l'aurait voulu.

– Alors comme ça tu vas vraiment suivre un apprentissage en potions avec Snape ? questionna Pansy Parkinson en détaillant la tenue de la Gryffondor du regard.

La voix de la jeune fille était parfaitement neutre, ni chaleureuse, ni froide. Elle semblait n'apporter qu'un intérêt minime à sa réponse, même si Hermione décelait vaguement une petite lueur moqueuse au fond de ses yeux.

– En effet, se contenta de répondre la brune.

– Quelle idée ! rigola Blaise Zabini. A croire que tu n'as pas eu suffisamment à faire à lui à Poudlard pour t'infliger ça ! Je savais bien qu'il y avait quelque chose qui clochait chez toi !

Hermione n'eut pas le temps de répondre à sa provocation, qu'elle ne savait de toute façon pas comment prendre, avant que Malfoy ne réagisse.

– Arrête ton char Blaise, tout le monde sait que tu es juste jaloux de ne pas avoir eu la place ! rigola le blond, prenant ainsi la défense de la Gryffondor sans s'en rendre véritablement compte.

Celle-ci ne rajouta rien, se contentant d'écouter avec un léger sourire les moqueries et fausses disputes qui s'élevaient régulièrement au sein du groupe. Ils étaient véritablement loin de ce qu'elle avait imaginé. Ils semblaient libérés et elle ne put s'empêcher de penser que la fin de la guerre devait vraiment leur avoir fait cet effet-là. Ils pouvaient à présent vivre, sans se préoccuper plus de la doctrine qu'on les avait obligé à assimiler et suivre durant leur jeunesse.

– Snape ne prend jamais d'apprentis habituellement ! Il me l'a suffisamment répété l'année dernière, malgré toutes mes tentatives alors excusez-moi de trouver ça bizarre qu'il craque pour une Gryffondor !

– Il fallait être une fille, argumenta Pansy en haussant les épaules.

Le sous-entendu de sa remarque n'échappa pas à Hermione qui ne put s'empêcher de rougir légèrement. Elle sentit sans mal le regard appuyé que Malfoy posa sur elle, semblant particulièrement intéressé par sa réaction. Lorsqu'elle détourna les yeux, elle tomba sur ceux de Nott qui semblaient tout aussi curieux et elle ne put s'empêcher de maudire mentalement les Serpentard. Voilà qu'ils allaient se faire des idées à présent !

Des idées totalement erronées d'ailleurs, ajouta-t-elle mentalement. Parce que Snape n'était pas intéressé par elle. Il suffisait de voir la façon dont il la traitait, comme une enfant abrutie. Il se servait juste d'elle pour… En réalité, elle ne savait pas pourquoi il l'entraînait encore dans toute cette histoire. Elle était persuadée qu'il s'en serait tout aussi bien sorti, voire mieux, sans elle, pour trouver des réponses à ses questions.

Peut-être comptait-il simplement sur elle pour éplucher les vieux grimoires à sa place. Elle l'ignorait, mais en tout cas, si elle était sûre et certaine d'une chose, c'était que tout cela ne relevait en rien d'une quelconque attirance. Snape n'était pas attiré par elle et elle n'était pas attirée par lui.

Et si, parfois, ses rêves prenaient une tournure étrange, ce n'étaient que des rêves qui ne reflétaient en rien la réalité. Et si Snape réagissait parfois étrangement en sa compagnie, ou inversement, ça ne voulait rien dire non plus. Il était quand même mort avant de revenir à la vie, ça devait chambouler un peu les émotions ce genre d'expérience.

Heureusement pour elle, Hermione fut sauvée par l'objet de la discussion et elle le remercia intérieurement, occultant volontairement ses pensées dérangeantes.

– Granger !

La voix de Snape fit sursauter le groupe de Serpentard dans un réflexe acquis au cours des ans. Hermione, pour sa part, se retourna simplement vers l'homme qui se trouvait à présent à l'autre bout de la pièce et semblait particulièrement énervé qu'elle n'ait encore une fois pas suivi ses consignes. Cela conforta la brune dans l'idée que les Serpentard se trompaient sur toute la ligne.

– Adieu, chers serpentards, c'était un plaisir de vous revoir avant qu'il ne m'étripe.

Sa remarque fit rire le groupe et elle haussa simplement les épaules avant de partir rejoindre Snape. Elle ne savait que penser de cette discussion qui lui avait ouvert les yeux sur nombre de préjugés qu'elle n'avait même pas eu conscience d'avoir à l'encontre des Serpentard. Tout ça avait duré moins de dix minutes mais elle avait l'impression d'en avoir appris plus sur eux que ce qu'elle avait fait en six ans de scolarité commune. Au final, ils lui avaient semblé bien plus amical que ce dont elle les aurait cru capables, surtout considérant qui elle était.

Ils la saluèrent en riant et Hermione nota sans mal le regard incertain que Snape posa sur leur groupe. Lui aussi ne devait pas comprendre le rapprochement soudain de la brune avec les serpentards et elle ne pouvait que partager sa perplexité.

Hermione n'avait pas fait dix pas en direction de son ancien professeur qu'elle fut interrompue par un homme d'une bonne trentaine d'années qui s'arrêta devant elle, en plein sur sa trajectoire vers Snape.

– Miss Granger ? Hermione Granger ?

Il avait une voix chaleureuse, un peu grave, avec un petit accent très agréable à entendre. Ses cheveux noirs étaient coupés courts, assortis d'une légère barbe parfaitement taillée, encadrant un visage souriant.

– C'est bien moi, répondit Hermione en se questionnant sur ce que pouvait bien lui vouloir cet homme.

– Enchanté, je suis Ethan Deschenes, maître des potions en France. J'ai entendu dire que vous recherchiez un apprentissage en potions. Sachez que les récits sur vos exploits pendant la guerre ont traversé les frontières, de même que vos excellents résultats scolaires.

– Euh… Merci monsieur, bégaya Hermione en ne sachant pas vraiment comment réagir face à tout ça.

Elle n'était pas habituée à être ainsi complimentée par un inconnu. Et étrangement, elle trouvait cela très agréable. Pendant toutes ses études, elle avait cherché la reconnaissance de ses professeurs et, hormis avec Snape, elle avait fini par l'obtenir. Mais au fil des ans, les compliments s'étaient raréfiés. Tous avaient admis qu'elle était très intelligente, ils n'allaient pas non plus revenir dessus perpétuellement. Elle le comprenait parfaitement mais il était vrai qu'il était toujours plaisant d'être complimenté sur son travail, surtout en sachant tous les efforts qu'elle avait faits.

– Appelez-moi Ethan. Vous semblez être une sorcière très prometteuse et je dois bien avouer que votre profil m'intéresse tout particulièrement.

– Je vous remercie, Monsieur…

– Ethan, la corrigea-t-il.

– Ethan…, accéda Hermione en rougissant légèrement. Merci pour votre intérêt mais j'ai déjà trouvé un apprentissage…

– J'en ai entendu parler en effet mais je ne pouvais pas ne pas tenter ma chance. Sachez que vous pouvez toujours changer d'avis si vous le souhaitez, l'année scolaire n'est pas encore commencée et…

– La demoiselle a dit non, Ethan. Inutile d'insister, les interrompit brusquement Snape.

Il se positionna à côté de Hermione, légèrement devant elle, comme s'il souhaitait la soustraire à la vue d'Ethan Deschenes. La sorcière était bien incapable de dire si elle lui en était reconnaissante ou si elle voulait lui arguer qu'elle était capable de se débrouiller seule.

– Severus, salua Ethan avec une grimace.

Hermione ignorait d'où les deux hommes pouvaient bien se connaître mais elle était persuadée qu'un passé commun, certainement désagréable vu leurs réactions communes, les reliait. Étant tous deux de jeunes maîtres de potions, elle ne doutait pas qu'ils aient eu de nombreuses occasions de se rencontrer.

Un silence pesant s'installa pendant plusieurs secondes tandis que les deux hommes se défiaient du regard. Hermione était presque tentée de les laisser en plan ainsi et de simplement s'éloigner. Elle n'était pas certaine que l'intérêt que semblait lui porter Deschenes soit réellement dû à ses capacités ou s'il souhaitait juste dépasser Snape en la lui volant.

– Que nous vaut le déplaisir de ta présence en Angleterre ? demanda Snape d'une voix qui indiquait clairement qu'il se fichait éperdument de la réponse à sa question.

– J'étais de passage à titre privé.

– Ou tu espérais que les rumeurs sur ma mort soient véridiques.

Deschenes grimaça légèrement, même s'il semblait essayer de camoufler sa réaction derrière un masque impassible qui, lorsqu'on connaissait celui, presque parfait, de Snape, était facilement détectable et laissait filtrer bien trop d'informations. Un rictus étira les lèvres de Snape face à la réaction de l'autre homme, signe qu'il avait visé juste.

Hermione ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel tandis que son ancien professeur semblait particulièrement apprécier être revenu d'entre les morts simplement pour narguer Deschenes. Se décalant légèrement pour ne plus être dans l'ombre de Snape, la brune décida de reprendre le cours de la discussion en main, peu désireuse de rester là pendant des heures à regarder les deux hommes se défier. Elle avait déjà hâte de pouvoir rentrer chez elle.

– Vous devriez essayer de prendre contact avec Blaise Zabini, Ethan. Il est également un excellent élève et je sais qu'il recherche justement un apprentissage en potions.

– Oui, j'ai entendu parler de lui aussi. Malheureusement, ce ne serait qu'un second choix tout comme Severus Snape devrait en être un pour vous.

Sans pouvoir s'en empêcher, Hermione éclata de rire, s'attirant un regard noir de la part de son ancien professeur. S'il ne pouvait la tuer d'un simple regard, il était clair qu'il s'y essayait tout de même avec détermination.

– Je ne pense pas que Severus Snape soit un choix tout court, ajouta Hermione en se calmant un peu.

Sa remarque fit rire Deschenes tandis que Snape semblait encore plus énervé, si cela était possible. Pourtant, elle ne faisait que dire la vérité. Tout comme on ne choisissait pas sa baguette, on ne choisissait pas Severus Snape. Il s'imposait dans votre vie à sa convenance, jusqu'à ce qu'il n'y trouve plus d'intérêt et reparte de la même façon. Hermione n'avait jamais eu son mot à dire dans leur étrange relation.

– Allons-y, nous partons, indiqua finalement Snape d'une voix glaciale.

– Eh bien, je suis enchanté d'avoir fait votre connaissance, miss Granger.

– Si je dois vous appeler Ethan, appelez-moi Hermione, corrigea la brune.

– Avec plaisir, Hermione, répondit simplement l'homme avec un sourire charmeur. Ma proposition reste d'actualité, pensez-y, ajouta-t-il avec un clin d'œil.

– Je le garde en tête, acquiesça la jeune femme tandis que la main de Snape se refermait sur son bras, signe qu'il allait l'entraîner avec lui d'un instant à l'autre, sans plus lui laisser le choix. Peut-être à bientôt Ethan.

Celui-ci la salua d'un mouvement de tête tandis que, tel qu'elle l'avait pensé, Snape commençait à la tirer en arrière, sans s'embarrasser de plus de formalités. L'homme semblait particulièrement énervé, ce que Hermione devinait à la force de sa poigne qui semblait se contracter sur son bras à intervalles réguliers.

La brune nota sans mal les regards curieux que le groupe de serpentards posait sur eux, ainsi que celui, amusé, de Narcissa Malfoy, au bras de son époux qui les dévisageait d'un air perplexe. Elle n'eut pas le temps de se questionner sur tout ça avant que la porte de la salle ne se referme sur elle et que Snape ne continue de l'entraîner vers ce qu'elle supposait être la sortie.

– Arrêtez un peu, je suis capable de marcher toute seule et vous me faites mal, râla Hermione en essayant de freiner Snape.

L'homme ignora complètement la remarque de la brune, continuant de la traîner derrière lui, marchant à toute vitesse dans les couloirs du Manoir Malfoy. A ce rythme-là, ils atteindraient la sortie en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire Quidditch et Hermione était partagée entre son envie de rentrer chez elle et son besoin de faire comprendre une bonne fois pour toute sa façon de penser à Snape. Elle n'en pouvait déjà plus de le laisser interférer avec sa vie tel qu'il le faisait depuis le jour de la victoire, au point qu'elle en venait à regretter sincèrement d'être restée à son chevet ce jour-là. Si elle avait su… !

– Lâchez-moi immédiatement !

La voix de Hermione tonna bien plus fort que ce qu'elle avait imaginé, ce qui eut pour effet de stopper Snape dans sa foulée. Il se retourna vers elle, sans la lâcher pour autant, et la regarda d'un air étonné, peu habitué à ce qu'elle se rebiffe aussi virulemment.

– Lâchez-moi ou j'arrête de vous aider, reprit Hermione plus calmement.

– Parce que vous croyez que j'ai besoin de votre aide ? se moqua méchamment Snape.

Loin d'accéder aux demandes de la brune, l'homme ne fit pas le moindre geste indiquant qu'il comptait la libérer à un moment donné. Bien au contraire, il se rapprocha d'autant plus de la jeune femme, sans doute dans une tentative d'intimidation.

Il fallait bien avouer que l'homme pouvait paraître effrayant ainsi. Il faisait une tête de plus que Hermione et sa silhouette ténébreuse semblait prête à engloutir celle de la jeune femme. Finirait-elle par disparaître dans l'ombre de Snape à force de le côtoyer ? Se perdrait-elle dans sa noirceur ? Cela lui rappelait bien trop le cauchemar qu'elle avait fait suite à leur rencontre dans l'allée des embrumes.

– Oui, je le crois, répondit honnêtement Hermione. Je ne serais pas là si ce n'était pas le cas.

– Vous ne devriez pas vous surestimer ainsi, miss Granger. Vous n'êtes qu'un élément remplaçable.

– Alors remplacez-moi et laissez-moi tranquille ! le mit au défi la jeune femme.

Malgré tout, la brune n'était que peu impressionnée par l'homme. Bien sûr, elle avait conscience qu'il pouvait s'avérer dangereux et imprévisible. Mais en sa présence, elle n'avait pas peur. Pas comme elle avait eu peur pendant la guerre et encore plus pendant la chasse aux horcruxes. Pas non plus comme elle avait peur lorsqu'elle envisageait la possibilité qu'elle ne pourrait plus jamais revoir ses parents, à cause des choix qu'elle avait faits.

Peut-être que l'attrait du mystère qui entourait l'homme était trop fort pour laisser place à autre chose que de la curiosité. Peut-être parvenait-elle bien mieux qu'elle ne l'avait cru à cerner un minimum cet homme et à décrypter ses émotions. Peut-être simplement le côtoyait-elle trop depuis quelques temps pour avoir encore peur de lui. Il faisait ressortir bien d'autres émotions que de la peur en elle. Des émotions sur lesquelles elle n'avait pas spécialement envie de s'appesantir.

– Cela vous ferait trop plaisir, répondit Snape d'un ton cassant. A présent cessez vos enfantillages et apprenez à respecter mes consignes. Peut-être qu'alors, j'envisagerai de ne plus vous considérer comme une petite sotte décérébrée.

– Pourquoi est-ce que vous ne commenceriez pas par me considérer comme une adulte ?

– Être adulte ne vous rend pas plus intelligent.

– Et vous en êtes l'exemple parfait, argua Hermione avant d'avoir pu retenir les mots.

– Assez ! tonna Snape avec rage et en resserrant sa poigne brusquement, tirant une grimace de douleur à la brune. Faites simplement ce que je vous dis et arrêtez de traficoter je ne sais quoi avec les premières personnes que vous croisez.

– Ce n'était qu'une simple conversation entre adultes dans laquelle vous n'aviez pas à vous immiscer, répliqua Hermione en comprenant qu'il faisait allusion à sa rencontre avec Ethan Deschenes.

– Savez-vous au moins à qui vous étiez en train de parler ? aboya Snape.

Hermione se contenta de lui jeter un regard perplexe, peu certaine de là où voulait en venir l'homme. Celui-ci semblait scruter son visage à la recherche d'une preuve quelconque qui corroborerait ses pensées. Mais la brune avait beau tenter, elle était incapable de savoir ce qui pouvait bien traverser l'esprit de son ancien professeur.

– Ethan Deschenes a fui l'Angleterre lorsque la guerre a pris de l'ampleur, explicita Snape devant l'air perdu de la brune. Pas parce qu'il ne partageait pas les idéaux des mangemorts mais simplement parce qu'il est lâche et ne voulait pas perdre de temps en se battant. Ce n'est pas vous qui l'intéressez. Il cherche depuis toujours à me surpasser. Au mieux vous voulait-il simplement dans son lit.

Bien malgré elle, Hermione ne put retenir un léger rire. C'était un rire nerveux et en même temps elle trouvait cela très drôle. Snape pensait-il sincèrement que Deschenes ait voulu profiter d'elle ? Ne se rendait-il pas compte qu'elle n'était pas le genre de personnes sur qui on se retournait dans la rue ? Elle était loin d'attirer les regards, et encore moins dans le salon des Malfoy, entourée de femmes toutes plus belles et magnifiquement apprêtées les unes que les autres.

– C'est ridicule, rigola Hermione sous le regard noir de Snape.

– Vous êtes encore plus pathétique que je ne l'avais envisagé, soupira Snape en s'éloignant finalement, libérant la brune qui eut l'impression d'enfin pouvoir respirer pleinement.

– Même vous, vous devez bien admettre que c'est n'importe quoi ! Regardez-moi !

Snape se retourna lentement avant de laisser son regard parcourir le corps de la brune. Le rire de Hermione se bloqua soudainement dans sa gorge alors qu'elle sentait ses joues s'empourprer. Le regard sombre de l'homme remonta doucement le long de sa silhouette, s'attardant sur ses courbes, avant d'atteindre son visage.

Lorsque Hermione croisa ses yeux, elle y perçut une lueur qu'elle n'y avait jamais vu et qu'elle ne savait comment interpréter. Ou plutôt qu'elle refusait de comprendre. Parce qu'elle n'était pas prête à faire face au désir qui semblait irradier au fin fond de ses prunelles sombres.

– Regardez-vous, vous.

Les mots furent prononcés sur un ton si bas que Hermione n'était pas sûre de ne pas les avoir imaginés. Elle n'avait jamais vraiment attiré les garçons, et encore moins des hommes. Elle n'était pas moche mais elle n'avait rien de particulier, rien qui attirait l'attention et la retenait. Lorsqu'elle se regardait, elle ne voyait que l'intello, la jeune fille disgracieuse avec ses nombreux défauts qui ne savait pas comment se mettre en valeur et n'avait jamais eu l'occasion d'apprendre.

Alors elle était bien en peine de savoir ce que Snape pouvait bien vouloir dire, si tant est qu'elle n'ait pas imaginé ses mots. Elle était incapable de croire qu'il puisse la trouver attirante. Déjà parce que c'était Snape et qu'à sa connaissance, il était tout simplement asexué. Et aussi parce qu'elle était elle, Hermione Granger. Une fille banale comme il en existait des milliers d'autres. Une miss je-sais-tout qui avait toujours le nez plongé dans ses bouquins.

Même si Snape était également loin d'être un modèle de beauté, elle supposait qu'il ne pouvait que la voir ainsi lui aussi. Surtout qu'il avait dû avoir l'occasion de côtoyer de bien plus belles et élégantes femmes, dans le style de Narcissa Malfoy. Ils avaient semblé bien plus proches que de simples amis, plus tôt dans la soirée.

– En tout cas, vous auriez pu éviter de vous montrer aussi désobligeant, préféra changer de sujet Hermione, repartant sur une pente plus sûre et maîtrisée. Quand tout sera fini, j'aimerai encore avoir des personnes auprès de qui je pourrai réellement être en apprentissage.

– Celui que je vous ai proposé ne vous convient pas ?

– Vous appelez ça « proposer », vous ? railla Hermione. On sait tous les deux que ce n'est qu'une excuse. A la minute où nous trouverons une explication, vous vous débarrasserez de moi.

– C'est une éventualité très alléchante en effet mais je n'avais pas prévu de la mettre en pratique dans l'immédiat, sauf si vous avez perdu toute appétence ou talent pour les potions durant l'année passée.

La bouche de Hermione s'ouvrit de surprise alors qu'elle comprenait que Snape lui proposait réellement de la prendre en apprentissage. Après ce qu'elle avait entendu, comme quoi l'homme ne prenait jamais d'apprentis, elle s'était persuadée qu'il ne s'agissait que d'une excuse pour le temps qu'ils seraient amenés à passer ensemble. La possibilité qu'il veuille réellement lui transmettre son savoir, et qu'il l'en estime digne, ne lui avait jamais ne serait-ce qu'effleuré l'esprit.

C'était la plus concrète preuve de reconnaissance qu'il lui ait jamais faite. Il admettait qu'elle avait les capacités de suivre son enseignement et qu'il n'aurait pas l'impression de perdre son temps à la guider sur la route de la maîtrise en potions. Même dans toutes ses réflexions sur son futur, elle n'avait jamais envisagé une telle opportunité.

Apprendre avec Severus Snape, malgré son mauvais caractère légendaire, c'était atteindre les sommets dans l'art des potions. Elle allait être plus qu'une sorcière prometteuse ou une héroïne de guerre. Elle allait devenir une personne estimée et reconnue. Une personne que tous les laboratoires s'arracheraient. Il lui offrait la possibilité d'exceller. Et c'était, enfin, après six ans de dur labeur, la preuve qu'il était prêt à la considérer comme un pair, une personne avec qui il pouvait travailler et non plus un cornichon décérébré, tel qu'il considérait tous ses élèves.

– Fermez votre bouche avant de gober des mouches, souffla Snape en se retournant, reprenant par la même sa route vers la sortie et clôturant la discussion.

Hermione s'exécuta avant de le suivre à son tour, un grand sourire attaché à ses lèvres. Elle trottinait à présent derrière lui, jusqu'à la porte d'entrée puis dans le parc, toute colère ou amertume passées oubliées. Elle était prête à se mettre en quatre pour aider Snape à présent, simplement parce que, d'une certaine façon, elle avait enfin obtenu la reconnaissance qu'elle avait cherché. C'était une victoire en soi, même si ça semblait n'avoir rien coûté à l'homme.

– Et arrêtez de sourire comme une idiote, ajouta Snape sans même se retourner vers Hermione. Nous reviendrons ici la semaine prochaine je pense, pour effectuer des recherches plus poussées. Préparez-vous d'ici-là pour être opérationnelle.

– Pourquoi attendre la semaine prochaine ? osa questionner Hermione, pressée malgré elle de découvrir les bibliothèques du Manoir Malfoy et les trésors qu'elles devaient renfermer.

– Parce qu'il va malheureusement me falloir assister à mon procès entre-temps, maintenant que la rumeur de ma survie a dû se répandre.

– Pourquoi être venu aujourd'hui dans ce cas ? Nous aurions pu gagner du temps.

– Inutile, trancha Snape. Ce procès ne sera qu'une formalité et nous n'avons pas de temps à perdre. Plus vite cela sera passé, plus vite je serai de nouveau libre de mes faits et gestes.

Hermione se contenta d'acquiescer d'un hochement de tête. Même si Snape lui tournait le dos, elle était persuadée qu'il n'avait rien manqué de son geste. Il avait bien deviné son sourire juste avant. Quant à savoir comment il faisait, c'était une autre histoire… Sans doute une aptitude développée par des années d'enseignement à devoir gérer ses classes.

Quoi qu'il en soit, parler du procès lui avait rappelé que ses amis ignoraient tout de ses rencontres avec Snape. Elle craignait que la rumeur de son apprentissage auprès du maître des potions ne se répande en même temps que celle de sa survie. Elle espérait que Ron et Harry allaient comprendre, sans même réaliser que, jamais dans ses pensées, elle n'envisagea de simplement leur révéler la vérité. Elle envisageait déjà d'expliquer qu'elle avait croisé Snape le soir, d'une façon ou d'une autre, après le passage de Harry.

Elle n'eut pas le temps de s'appesantir sur ses pensées tandis qu'ils atteignaient enfin les grilles du parc. Snape s'arrêta de l'autre côté et se retourna vers Hermione. Son regard s'attacha un instant à celui de la jeune femme qui se contenta d'attendre, un sourire jamais effacé au coin des lèvres. L'homme aurait pu être aussi désagréable que possible, à cet instant, elle était persuadée que rien n'aurait pu entacher la lueur de fierté qu'elle ressentait envers elle-même, et ce malgré ses doutes à propos de ses amis.

Snape semblait hésiter à rajouter quelque chose mais il se retint, se contentant de sortir sa baguette de sa poche.

– Semaine prochaine, n'oubliez pas. Et trouvez-vous une tenue adaptée d'ici-là.

Le maître des potions transplana sur ses quelques mots, sans attendre une quelconque réaction de la part de la brune. Tout juste rendit-il leur aspect originel aux vêtements de la jeune femme avant de disparaître. Hermione fixa le vide pendant quelques secondes avant de se retourner pensivement vers le Manoir Malfoy. Qui aurait cru qu'elle se retrouverait ici aussi vite et dans ces conditions ?

Elle ne tarda pas à transplaner à son tour et, lorsqu'elle atterrit devant la porte du 12 Grimmauld Place, l'aube était bien plus proche que le crépuscule. Elle alla rapidement vérifier que son nouvel animal de compagnie allait bien avant de monter se doucher et se coucher, reléguant toute pensée parasite au fin fond de son esprit. Elle ne doutait pas que la semaine qui allait suivre serait amplement suffisante pour ressasser l'étrange soirée qu'elle venait de vivre.