Bonjour à tous et à toutes !

Me revoilà enfin avec la suite de JCQLMNR ! Désolée pour le délai depuis le dernier chapitre, j'ai été complètement débordée ces derniers temps (c'est ça de partir en vacances, après y a deux fois plus de boulot à faire… T.T).

Je ne vais pas blablater plus longtemps, je vous laisse aller lire la suite ;) Bonne lecture et à bientôt !

P.S. : Je ne peux pas encore vous donner de date de publication pour le prochain chapitre mais je vais faire au plus vite et essayer d'être plus régulière !


11. Le mensonge est plus simple

« La vérité est parfois très difficile à manier. Le mensonge est plus simple. »

Henning Mankell, Les chaussures italiennes


Hermione courrait à en perdre haleine, évitant de son mieux les sortilèges qui fusaient de tous côtés. Les battements frénétiques de son cœur résonnaient à ses oreilles, surpassant presque le bruit de la bataille qui faisait rage autour d'elle. Elle aurait presque préféré, d'ailleurs, ne pas entendre les hurlements stridents des blessés ou les derniers cris des mourants.

Elle avait pleinement conscience de jouer sa vie, là, à cet instant. Il suffisait d'un seul sort, une seule hésitation et elle passerait de vie à trépas. Ses sens étaient stimulés à leur maximum, analysant le terrain devant elle, sentant les variations d'énergie dans l'air, symboles de la présence d'un sort. Elle n'avait pour ainsi dire jamais été aussi pleinement consciente de son environnement, et en même temps, elle avait l'impression de tout regarder à travers un petit tube, tant son champ visuel lui semblait réduit par sa concentration.

Elle courrait droit vers la forêt interdite, avec la certitude inexplicable qu'elle y serait en sécurité, dès lors qu'elle l'atteindrait. Ses yeux ne quittaient pas les premiers arbres derrière lesquels tout semblait si paisible, comme si la guerre ne pouvait franchir cette barrière naturelle. Comme si ce refuge n'était pas accordé aux combattants acharnés qui se battaient pour leur vie, leurs croyances et leur liberté.

La majorité semblaient cependant tomber au combat. Hermione faisait de son mieux pour ne pas regarder les corps qui s'effondraient au sol, désarticulés, démembrés ou ensanglantés, souvent même les trois. Elle s'acharnait tant à ne pas voir ces visions horrifiques qu'elle ne remarqua pas le corps allongé juste devant elle, jusqu'à ce qu'elle ne trébuche dessus.

Pendant ce qui lui sembla être de longues secondes, elle prit alors conscience de l'erreur qu'elle avait commise. Son regard se posa instinctivement sur la silhouette informe contre laquelle elle avait buté. Quand bien même aurait-elle encore eu une tête, elle n'était pas sûre qu'elle aurait pu reconnaître la personne qui se trouvait allongée là tant le reste de son corps semblait dévasté par la mort.

Tout en poussant un cri, lié à cette vision d'horreur ou à la sensation qu'elle était en train de basculer en avant, Hermione sut qu'elle ne pourrait rien faire pour réfréner sa chute, et encore moins l'empêcher. Elle sut également qu'elle allait être blessée dans le processus et qu'elle pourrait même y laisser sa vie. Parce qu'alors que le sol se rapprochait inexorablement d'elle, elle entendit la voix de Bellatrix Lestrange résonner dans son dos.

Endoloris ! riait la femme aux éclats.

Hermione se demanda à quel point cette femme était dérangée et détraquée pour être capable de rire et en même temps de réussir le sortilège impardonnable, qui demandait de ressentir une haine profonde pour être réalisé. Ce fut alors que le sortilège l'atteignit, précipitant sa rencontre douloureuse avec le sol. Tout juste l'impact fut-il amorti par le corps sans tête sur lequel elle avait buté. Elle n'aurait su dire si elle en était réellement soulagée. Elle n'eut de toute façon pas l'occasion de se questionner à ce propos.

Tout ce qu'elle était capable de faire, c'était de hurler sa douleur et se contorsionner en tous sens, comme si cela pouvait apaiser rien qu'un peu la souffrance qui étreignait son corps et son âme. Ces propres hurlements résonnaient à peine à ses oreilles et la périphérie de son champ de vision s'obscurcissait rapidement, signe que l'évanouissement n'était plus loin. L'évanouissement ou la mort, avec peut-être la folie quelque part entre les deux. Elle n'aurait su choisir l'option la moins déplaisante.

Alors qu'elle pensait que tout était perdu, une voix s'éleva à ses côtés, l'appelant, la faisant remonter à la surface de l'océan de douleur dans lequel elle avait l'impression de se noyer.

Regardez-vous, vous ne ressemblez plus à rien. Relevez-vous. Vous valez mieux que cela.

Et aussi soudainement qu'elle était apparue, la douleur reflua tandis que Hermione relevait les yeux vers la silhouette sombre qui se tenait à ses côtés. Il n'y avait plus aucune trace de Bellatrix, ni même de la bataille qui s'était déroulée à quelques pas, seulement quelques secondes avant. Plus rien n'avait d'importance, plus rien d'autre n'existait. Il n'y avait plus qu'elle et son ancien professeur de potion qui l'observait d'un air mi-dégouté, mi-moqueur.

Autour d'eux, le décor changea et ils se retrouvèrent dans la salle de réception du Manoir Malfoy. Cette même salle où elle avait été torturée par Bellatrix et où à présent, de nombreux convives discutaient et riaient comme si rien n'était jamais arrivé. Certains la regardaient avec mépris, se demandant certainement ce qu'elle faisait ainsi avachie au sol. Elle faisait réellement tâche au milieu de tous les autres.

Severus Snape lui tendit une main qu'elle attrapa après une légère hésitation. Sa paume engloba celle d'Hermione comme si elle n'avait été qu'une enfant qui était tombée et qu'il fallait aider à se relever. Il ne fallut qu'une seconde pour que la jeune femme se retrouve de nouveau sur ses pieds. Et si, pendant un instant, elle s'était inquiétée que son corps ne soit trop courbaturé pour lui permettre de se mettre debout, elle eut le plaisir de réaliser qu'il n'en était rien.

Suivez-moi, annonça l'homme d'une voix chaude et grave.

La brune retint tout juste un frisson et se mit en marche à la suite du maître des potions, sa main toujours enlacée dans la sienne. Le contact était rassurant et réconfortant, effaçant de sa mémoire sa récente torture. Sa main était chaude et agréable, malgré les cals qui la rendaient légèrement râpeuse. Hermione aurait voulu ne plus jamais la lâcher, même si elle ne s'expliquait pas réellement les raisons de ce sentiment. Elle se sentait plus en sécurité, là, en tenant simplement sa main, qu'elle ne l'avait été depuis longtemps.

M'accordez-vous cette danse ?

Ses yeux noisette rencontrèrent soudainement les ténèbres sans fond du regard de l'homme. Elle hocha simplement la tête en réponse à sa surprenante question et, avant même qu'elle n'ait eu le temps d'y réfléchir, elle se retrouva embarquée dans une valse langoureuse tandis qu'une mélodie s'élevait en arrière-plan. Leurs yeux ne se détachèrent les uns des autres à aucun moment. Autour d'eux, le décor et les autres convives étaient rendus flous par leurs déplacements parfaitement synchronisés.

Hermione n'aurait jamais imaginé cet homme en train de danser. Pourtant, se retrouver là, enfermée dans ses bras, semblait être la chose la plus naturelle qu'elle avait pu vivre. Elle sentait la main de l'homme reposer dans le creux de ses reins, la soutenant perpétuellement et la guidant dans leurs mouvements. Sa propre main reposait sur l'épaule de son ancien professeur, toute pudeur oubliée.

Elle avait l'impression que son corps brûlait à chacun des points de contact qui les reliaient. Elle n'envisageait pourtant pas une seule seconde de rompre le moindre d'entre eux. Au contraire, tout son corps semblait quémander qu'elle se rapproche encore plus de lui, qu'elle touche les moindres parcelles de son être, qu'elle se fonde en lui.

Des sentiments partagés semblaient s'inscrire sur les rétines de l'homme. Ils étaient comme hypnotisés l'un par l'autre et Hermione aurait été bien en mal de dire s'ils prenaient seulement encore la peine de bouger un minimum pour prétendre continuer leur danse. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle avait irrémédiablement envie de tout découvrir de l'homme contre lequel elle se trouvait. Elle voulait le sentir, le goûter, le toucher.

Ses yeux dérivèrent vers les lèvres fines de l'homme, légèrement entrouvertes. Elle sentait le souffle qui s'en échappait à chaque expiration venir caresser sa peau, comme un appel, une promesse de plaisir, une tentation à laquelle il était terriblement difficile de résister et contre laquelle elle n'avait de toute façon pas le moins du monde envie de lutter.

Hermione…

La voix grave et suave de l'homme passa la barrière de ses lèvres en un souffle et la jeune femme sentit finalement toute retenue l'abandonner. Elle se pencha légèrement, lui offrant une dernière échappatoire pour reculer s'il le désirait et, comme il ne fit pas le moindre mouvement, elle combla finalement les derniers centimètres qui les séparaient encore, oubliant toute retenue.

– Hermione ! résonna la voix de Harry dans toute la maison.

L'interpellée se réveilla en sursaut dans son lit, attrapant en vitesse la baguette qu'elle avait glissé sous son oreiller, dans un réflexe qui ne la quitterait sans doute plus jamais. Elle eut tout juste le temps de lancer un lumos que la porte de sa chambre s'ouvrit en grand. Elle n'eut aucun mal à reconnaître la silhouette de Ron et elle se leva dans la foulée, inquiète quant à ce qui avait pu se passer pour que ses deux amis débarquent de si bonne heure.

– Elle est ici, Harry ! cria Ron en direction des escaliers.

Des bruits de pas précipités suivirent jusqu'à ce que la silhouette de Harry s'inscrive également dans l'entrebâillement de la porte.

– Qu'est-ce qu'il se passe ? questionna Hermione dans la foulée.

– A toi de nous le dire, argua Ron.

Sa remarque laissa la brune un instant perplexe avant que Harry ne lui tende un journal. En première page se trouvait une photo de la fête au Manoir Malfoy, sur laquelle on pouvait la reconnaître aisément aux côtés de Snape. Les événements de la veille lui revinrent brusquement en mémoire et elle soupira discrètement. L'heure des explications était finalement arrivée.

– Allons discuter dans la cuisine, proposa la jeune femme. Laissez-moi juste le temps de me changer et j'arrive.

Les garçons acceptèrent avec un mécontentement bien visible et Hermione referma la porte sur eux en soupirant. Elle baissa les yeux sur le journal qu'elle tenait encore et grimaça tandis que les effluves de son rêve voguaient à la surface de son esprit. Depuis quand fantasmait-elle ainsi sur son ancien professeur ? C'était complètement déplacé et insensé.

Elle était réellement perturbée car elle n'avait pourtant jamais consciemment envisagé cet homme comme une personne à part entière, pouvant être attirante ou sympathique. Il n'était que l'irascible professeur de potion qui ne voulait pas reconnaître ses efforts. Il n'était qu'un homme mystérieux, aux choix douteux et au passé trouble. Elle ne l'avait jamais imaginé avoir une vie « normale », avec des amis et des conquêtes.

Elle ne s'était jamais non plus appesantie sur ce qu'elle pouvait bien ressentir à son égard. A vrai dire, elle le considérait plus comme un mystère à éclaircir. Elle ne s'était jamais questionnée sur son physique ou sa personnalité, ou en tout cas jamais dans le sens où elle pourrait l'envisager comme un possible amant, comme dans son rêve.

Il n'était qu'un professeur. Et toute la hiérarchie qui les avaient séparés avait instauré trop de distance pour qu'elle ne fasse qu'envisager autre chose. Il avait presque l'âge de son père, par Merlin ! Et si elle prenait le temps d'y réfléchir, elle devait bien reconnaître qu'il n'avait pas particulièrement un physique avantageux, même s'il n'était pas non plus particulièrement laid. Sa personnalité était certainement la seule chose qui pouvait l'attirer un minimum, mais, encore une fois, elle n'envisageait cela que comme une personne avec qui elle pourrait travailler, un collègue intéressant et passionné.

Alors pourquoi diable son rêve avait-il dérapé ainsi ? Tout pouvait-il n'être que la faute de la remarque que Pansy avait fait à la fête ? Et surtout, pourquoi était-elle à ce point perturbée par tout cela ? Pourquoi regrettait-elle presque que son rêve ait pris fin ainsi, à ce moment-là ?

Préférant ne pas s'appesantir sur ces questions pour le moment, Hermione se dépêcha d'enfiler ses habits avant de rejoindre ses deux meilleurs amis qui patientaient difficilement dans la cuisine. Elle était à la fois soulagée que Ron soit venu, signe qu'il s'inquiétait pour elle et que leur amitié comptait toujours, et à la fois gênée car elle allait être mise face à ses trop nombreux mensonges et qu'elle ne savait toujours pas quoi dire à ses amis à propos de tout ça.

Les deux garçons se tournèrent d'ailleurs immédiatement vers elle lorsqu'elle pénétra dans la pièce mais elle prit tout de même le temps de préparer une théière avant de commencer les explications qu'elle leur devait. Sa courte nuit n'était clairement pas suffisante pour lui éclaircir les idées. La dernière chose qu'elle voulait, c'était faire une bourde qui vexerait ses amis.

– Alors ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'impatienta Ron.

– Rien de grave, essaya de les rassurer Hermione. Ce n'était pas la peine de débarquer ainsi aussi tôt, ajouta-t-elle en réprimant difficilement un bâillement.

Honteusement, elle en venait même à regretter que Ron lui parle à nouveau. Si ça n'avait pas été le cas, elle aurait pu toujours être en train de dormir… et partager ses rêves avec un Snape imaginaire bien plus agréable que sa version réelle. Hermione secoua la tête en reportant son attention sur les remarques de ses amis.

– Pas la peine ? s'estomaqua Ron. Voyons Hermione ! On s'est réveillé avec une photo de toi en première page du journal au Manoir Malfoy, à côté d'un homme qui était censé être mort ! Comment voulais-tu que nous réagissions ?

Présenté ainsi, Hermione ne pouvait que reconnaître qu'elle aurait certainement réagit de la même manière que ses deux meilleurs amis si les rôles avaient été inversés. Elle aurait peut-être même réagi de façon encore plus extrême. Il fallait dire que les événements s'étaient enchaînés de manière plus qu'étrange. Plongée comme elle l'avait été dans toute cette histoire, elle devait bien avouer qu'elle n'avait pas pris le temps de réellement réfléchir aux implications que tout cela pouvait avoir. Ou plutôt, elle avait volontairement omis de s'y pencher.

Parce que si elle avait fait le point à tête reposée, si elle avait envisagé tous les tenants et aboutissants de cette histoire, elle aurait fui depuis longtemps. La résurrection de Snape, le fait qu'il lui demande son aide, sa proposition de la prendre sous son aile pour un apprentissage en potions, et aussi ses réactions parfois étranges, trop intimes et personnelles, et les rêves qui semblaient en découler, tout ça était complètement insensé. Et pourtant… elle avait étrangement envie de continuer sur cette voie.

Elle avait envie de voir où tout cela pouvait la mener. Elle avait envie de cette aventure qui lui donnait une marche à suivre. Grâce à tout ça, elle se sentait moins perdue, moins seule, moins inutile, que ce qu'elle avait l'impression d'être depuis la fin de la guerre. Grâce à tout ça, elle se sentait en vie. Elle avait cette adrénaline qui courrait dans ses veines quand elle était avec Snape, la préparant au danger potentiel. Et elle n'arrivait pas à se convaincre d'y renoncer. Elle avait besoin de continuer sur cette voie.

Et c'était bien pour cela qu'elle n'avait rien dit à ses amis avant qu'elle n'y soit à présent obligée. Parce qu'ils n'auraient jamais compris. Parce qu'ils l'en auraient dissuadée et qu'elle ne le voulait pas. Elle se sentait différente de celle qu'elle avait été avant et durant la guerre. Elle ne savait pas vraiment en quoi, mais elle avait besoin de le découvrir par elle-même. Et elle avait l'impression d'être plus libre, avec Snape, moins jugée.

Ron et Harry étaient adorables et elle les aimait de tout son cœur mais ils avaient parfois l'esprit étriqué. Ils voyaient généralement le monde en noir ou blanc. Elle avait envie de découvrir les nuances de gris existant au milieu.

– Explique-nous ce qu'il s'est passé, reprit Harry d'une voix plus posée.

Ils la regardaient tous deux d'un air inquiet et elle s'en voulut de leur mentir, même par simple omission.

– Est-ce que quelqu'un t'a fait du mal ? questionna le brun dans un souffle, comme s'il retenait sa question depuis trop longtemps.

Il fallait dire que la dernière fois que Hermione était passée au Manoir Malfoy, elle y avait été torturée par Bellatrix. Ils n'en avaient jamais reparlé après ça. En partie parce que les événements s'étaient enchaînés mais aussi parce que les garçons se sentaient légèrement coupables de l'avoir laissée seule avec la mangemort, même s'ils n'avaient pas eu le choix et même s'ils l'avaient sauvée par la suite.

– Non, tout va bien, les rassura Hermione avec un sourire. J'ai croisé Snape hier soir après ton départ Harry.

– Mais comment c'est possible ? questionna Ron dans la foulée. Tu es sûre que c'était bien lui ? On l'a vu mourir Hermione !

– Non, le coupa la brune plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu. Je l'ai vu mourir, ajouta-t-elle sans pouvoir s'en empêcher, vous deux vous êtes partis avant. Mais pour le peu de différence que cela fait, je suppose qu'il avait prévu le coup et avait ingéré un puissant anti-venin. On parle quand même de Snape là.

– Tu ne lui as pas demandé ? s'étonna Harry.

– J'étais légèrement perturbée par le fait de voir un homme que je pensais mort, figure-toi.

– Ok, à la limite je veux bien me faire à l'idée qu'il ait juste frôlé la mort de près. En même temps, avec un salaud comme lui, à quoi d'autre pouvait-on s'attendre ? râla Ron.

– Ron, ne parle pas comme ça, le réprimanda Hermione.

Le roux se contenta de hausser les épaules, comme si le blâme de la brune n'avait aucune emprise sur lui, comme s'il n'y accordait pas la moindre importance. Et elle ne pouvait que le comprendre. Après tout, de quel droit lui faisait-elle la morale ainsi alors qu'ils n'étaient même plus réellement amis ?

Ron était par ailleurs d'avis que, même si les souvenirs que Snape avait fournis à Harry faisaient de lui un héros, son comportement en tant que professeur n'était pas excusé pour autant. Hermione ne pouvait même pas le contredire. Snape avait toujours été particulièrement irascible et acariâtre, méchant et injuste envers ses élèves.

– Mais ce que je ne comprends pas, reprit Ron comme si de rien n'était, c'est pourquoi il n'est pas réapparu avant. Et pourquoi il est venu directement te voir toi ?

A son ton, Hermione eut l'impression d'être jugée comme dans certains de ses rêves, comme si elle avait fait quelque chose pour en arriver là, comme si elle avait cherché les ennuis et avait fini par les trouver. Elle prit sur elle pour répondre posément, sans montrer le moindre signe de ce qu'elle ressentait.

– Je n'ai pas la réponse à ta première question. Je suppose qu'il lui a tout de même fallu du temps pour se remettre.

– Sur la photo, on ne voit aucune marque de l'attaque de Nagini, nota Harry en s'emparant du journal. Comment c'est possible ?

– Comment veux-tu que je te le dise ? s'exaspéra Hermione.

Les deux garçons posaient pour une fois des questions bien trop précises et semblaient remarquer les moindres failles dans ce qu'elle leur racontait, à son plus grand désarroi. Elle regrettait le temps où tous ses détails auraient glissé sous leurs yeux sans qu'ils ne s'en préoccupent le moins du monde, la laissant en charge de la partie réflexive de leurs aventures.

– Même papa garde des traces des crocs de ce fichu serpent. Alors que ça fait maintenant plusieurs années que ça s'est passé. Et il lui a fallu des semaines pour s'en remettre !

– Je ne sais pas, les garçons. Il a certainement fabriqué un excellent onguent pour faire disparaître les marques, à moins qu'il les ait juste camouflées pour que tout le monde ne focalise pas dessus. Ou peut-être qu'il a utilisé des méthodes moins conventionnelles pour guérir. Il y a tout un champ de la médecine qui n'est que très peu pratiqué car considéré comme peu orthodoxe mais qui offre des résultats incroyables. Je me souviens que j'avais trouvé beaucoup d'informations dans « Médicomagie : des pratiques aux limites insoupçonnées » de Wuldrich Von Esten. Bon le livre était en Allemand et j'ai certainement passé plus de temps à le traduire qu'à le lire mais c'était très intéressant ! Je pourrais sans doute retrouver mes notes quelque part…

– C'est bon, 'Mione, la coupa Ron dans un soupir.

Et tout dans cette phrase reflétait les soucis qui pesaient dans leur relation. Ce soupir que le rouquin poussait toujours quand Hermione commençait à déblatérer sur des sujets sérieux et sur ses lectures était l'une des raisons qui faisaient qu'elle ne se voyait pas en couple avec lui. Mais le fait qu'il l'appelle par son surnom, après tout ce temps passé à l'ignorer, lui donnait envie de pleurer et de le serrer dans ses bras sans plus jamais le lâcher.

– Ça n'explique toujours pas pourquoi il est venu te voir aussi rapidement, reprit Harry dans la foulée pour ne pas laisser Hermione réagir à l'interruption désabusée de Ron d'une manière ou d'une autre.

– Il m'a proposé un apprentissage en potions, répondit la brune avec un grand sourire.

Même si elle avait eu le temps de digérer l'information depuis la veille, elle n'en revenait toujours pas d'avoir ce qu'elle estimait être cette réelle chance. Elle était on ne peut plus ravie de l'opportunité. Contrairement à elle, Harry et Ron la dévisageaient cependant comme si elle venait de leur avouer qu'elle allait adopter un dragon et vivre dans un volcan.

– D'où ça sort cette histoire d'apprentissage ? Je croyais que tu voulais t'orienter dans le droit magique ou même en médicomagie ? questionna Harry d'un air perplexe.

– Tu as vraiment envie de passer plus de temps avec lui ? s'estomaqua Ron en même temps. Il te traite comme une moins que rien depuis sept ans !

– Je suis d'accord avec Ron sur ce point-là, il n'a jamais été le prof idéal…, enchaîna Harry avant que Hermione ne puisse répondre.

– Je sais bien tout ça mais c'est le meilleur dans sa branche. Je n'aurai pas pu trouver mieux pour apprendre. Et ça ne m'empêchera pas de m'orienter en médicomagie derrière si je le souhaite ou même de suivre un cursus de droit ensuite. J'hésite toujours entre ces différents secteurs mais je ne peux pas laisser passer une telle opportunité.

Seules des grimaces lui répondirent et elle décida d'enchaîner pour ne pas les laisser essayer de la dissuader de se lancer là-dedans.

– Et du coup, il y avait une fête organisée au Manoir Malfoy, c'est la tradition pour un maître d'emmener son élève à ce genre d'événements donc ça a permis de m'introduire en quelque sorte.

– Il a emmené une née-moldue à ce genre d'événements ? ironisa Ron.

– Oui, ça n'a rien avoir avec le statut sanguin pour une fois, c'est un regroupement de la noblesse, ceux qui ont argent et pouvoir, les plus brillants cerveaux du monde sorcier. Il me semble que tu étais invité d'ailleurs Harry, ajouta-t-elle pour orienter la conversation.

Ron se retourna vers le brun avec surprise. Ce dernier hocha la tête pour acquiescer avant de hausser les épaules.

– C'est vrai mais je ne me sentais pas d'y aller.

– Tu pourrais, tu devrais même. Il y avait des gens du ministère, les grandes familles, des chercheurs, quelques artistes même. Ce n'est pas aussi repoussant que ce qu'on pourrait imaginer. Je pense que c'est un bon endroit où aller si tu envisages de changer les mentalités. Ce sont ces gens qui tirent les ficelles derrière.

– Peut-être, j'y réfléchirai à l'avenir, accéda Harry. Mais ce n'était pas prudent d'y aller seule. Tu aurais au moins dû nous prévenir.

– Désolée les garçons… Je le sais bien mais tout s'est enchaîné très rapidement…

A ce moment-là, Hermione fut sauvée par l'arrivée du chaton qu'elle avait récupéré la veille dans son jardin. L'animal se frotta contre les jambes de la jeune femme avant d'observer prudemment les invités, ayant déjà pris ses marques dans la maison. Lorsque Ron essaya de tendre sa main pour le caresser, l'animal cracha bruyamment dans sa direction, l'incitant à se retirer rapidement. Harry ne put s'empêcher de rigoler face à la scène, se trouvant tout de même dissuadé de tenter la pareille.

– Pourquoi est-ce que tu ne récupère que des animaux complètement fous ? râla Ron.

Comme pour le contredire, le chaton se blotti tendrement dans les bras de Hermione qui présenta un petit sourire d'excuse à son ami. Elle fut soulagée lorsque la discussion s'orienta ensuite sur d'autres sujets, et sur une note plus positive, avant que les deux garçons ne repartent finalement près de deux heures après leur arrivée.

Cette révélation s'était beaucoup mieux passée que ce qu'elle avait craint, même si elle avait omis de très nombreux détails. Hermione se sentait tout de même soulagée de ne plus être obligée de mentir complètement à ses amis, même si elle avait rudement conscience que rien ne l'y obligeait à la base. Même Snape avait semblé étonné qu'elle n'ait pas parlé de leur rencontre initiale à ses amis et Hermione ne savait toujours pas exactement pourquoi elle n'avait rien dit.

A présent, de nombreuses informations restaient passées sous silence. Elle n'avait dévoilé que le strict nécessaire à ses amis, uniquement ce qui permettait de justifier la photo qu'ils avaient découverte et les deux garçons n'avaient pas cherché plus loin, comme s'ils n'imaginaient même pas qu'il puisse y avoir plus sous la surface. Comme si la possibilité qu'elle puisse leur mentir effrontément ne leur traversait même pas l'esprit.

Hermione n'avait encore jamais imaginé ce que ça faisait, l'horreur que c'était de se voir ainsi parer de toutes les vertus, soutenue par des gens qui étaient persuadés d'avoir affaire à quelqu'un de bien et d'intègre, alors qu'on ne l'était pas. Elle détestait mentir à Ron et Harry. Pourtant, même lors de leur discussion, elle n'avait pas envisagé une seule seconde leur avouer toute la vérité.

Elle se cherchait des excuses, prétextant que ce n'était pas son secret à elle mais celui de Snape, qu'ils ne comprendraient pas, qu'ils la jugeraient, que leurs regards sur elle changeraient. Pourtant, elle savait qu'il n'en était rien. Ils étaient trop proches tous les trois, ils se connaissaient trop bien, rien ne pourrait les séparer véritablement. La preuve en était bien la présence de Ron alors même qu'elle avait repoussé ses avances et qu'ils ne se parlaient plus depuis. Il s'inquiétait toujours pour elle, signe qu'il tenait toujours à elle, même s'il lui en voulait. Et cette matinée servirait peut-être même à les rapprocher de nouveau, elle l'espérait.

Finalement, ce qui effrayait réellement Hermione, c'était d'affronter la propre opinion qu'elle avait d'elle-même. C'était d'affronter ses propres émotions et toute cette couche latente sous la surface qui semblait remuer à chaque fois qu'elle se trouvait avec Snape.

Elle ne savait pas vraiment à quoi tout cela correspondait. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle ressentait réellement tant ses sentiments semblaient embrouillés. Il y avait la joie et le soulagement de savoir Snape en vie, il y avait la peur que tout ceci ne reste qu'une illusion, il y avait la curiosité qu'il éveillait en elle, il y avait l'avidité de mettre à jour les explications au mystère de sa survie, il y avait la fierté de s'être vue proposer un poste d'apprentie, il y avait l'attirance étrange que son rêve avait révélée.

Severus Snape n'était pas un homme comme les autres. Il ne faisait clairement pas ressortir le meilleur de ce qu'était Hermione. Elle ne pouvait pas non plus dire qu'il en faisait ressortir le pire. Il semblait simplement faire ressortir le maximum d'elle-même. Il la faisait sentir si vivante qu'elle avait l'impression de devenir complètement dépendante. Elle semblait prête à le suivre tout droit en enfer, juste pour continuer à avoir sa dose. Et cela, elle n'était pas prête à l'assumer à la lumière du jour, face à ses amis.

Elle avait conscience de ne pas prendre les meilleures décisions qui s'offraient à elle. Elle était même presque certaine du contraire. Elle n'avait toutefois pas l'impression d'avoir un réel choix conscient, comme si quelqu'un d'autre tirait les ficelles derrière et qu'elle se contentait d'avancer, s'adaptant aux événements à mesure qu'ils se produisaient. Elle avait la sensation qu'il était de toute façon déjà trop tard pour envisager de faire marche arrière. La machine était lancée et rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était espérer ne pas se brûler les ailes en chemin et sombrer au fond des ténèbres qu'était Severus Snape.