Bonjour à toutes et à tous !
Me voici avec la suite de JCQLMNR ! Je vous avez dit que je serai plus régulière et je m'améliore sur les délais entre deux chapitres, profitez-en bien !
Pour ma part, je ne reçois plus les mails de notification de nouveau chapitre ou de nouvelle review... T.T J'espère que ce n'est pas votre cas aussi, sinon, allez jeter un œil sur le chapitre précédent qui a été publié mardi dernier (au cas où vous ne l'auriez pas vu passer... ;))
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture, en espérant que ce chapitre vous plaira :D A bientôt !
12. Le procès
« Le procès : la façon qu'a la société d'assimiler l'horreur. »
Jim Morrison, Personne ne sortira d'ici vivant
Le procès de Snape débuta le lendemain, le temps que la nouvelle de sa survie se répande et que le Ministère s'organise. L'heure de début fut communiquée dans une édition spéciale de la Gazette du soir, afin que quiconque ayant envie d'y assister le puisse. Le nombre de places était tout de même limité au Ministère mais une retransmission était prévue en temps réel dans plusieurs lieux, comme c'était le cas pour l'ensemble des procès liés à la guerre.
Toute la nuit durant, Hermione hésita à s'y rendre. Elle était réellement curieuse de voir comment allait se débrouiller l'homme, et comment il allait expliquer l'absence de la marque sur son bras. Et en même temps, elle n'était pas sûre que sa présence soit souhaitée par Snape, ni même que ce serait une bonne idée. Elle avait déjà bien assez à faire avec lui depuis quelques temps.
Le matin, la brune réalisa que sa prise de tête nocturne avait été bien inutile lorsqu'elle reçut un hibou en provenance du Ministère. Elle était appelée à comparaître en tant que témoin. Elle aurait dû s'en douter étant donné qu'elle avait assisté à la mort de l'homme mais étrangement, à présent qu'elle le savait bel et bien en vie, cet épisode où elle s'était retrouvée avec le cadavre de l'homme dans la cabane hurlante lui paraissait n'être rien d'autre qu'un affreux cauchemar, comme si cela n'était jamais réellement arrivé.
Fouillant dans son armoire pour trouver la tenue la plus appropriée, la brune opta pour une jupe longue noire accordée à un petit chemisier de couleur claire sur lesquels elle ajouta une cape noire. Sobre mais élégant, formel mais mettant ses formes en valeur. Elle attacha ses cheveux en faisant une tresse sur le côté, laissant quelques mèches volantes encadrer son visage. Un léger trait de maquillage plus tard, elle était fin prête.
Elle n'attendit pas plus longtemps pour prendre le réseau de cheminette afin de se rendre au Terrier d'où elle devait partir un peu plus tard avec Harry et Ron pour se rendre au Ministère. Les deux garçons l'avaient contactée dès qu'ils avaient réceptionnés leurs propres convocations pour le procès alors qu'ils avaient supposé à raison qu'elle en avait reçu une également.
Ce fut Molly Weasley qui accueillit Hermione à son arrivée au Terrier. La mère de famille la serra dans ses bras, questionnant son état et Hermione entreprit de la rassurer au mieux. La dernière chose qu'elle voulait c'était rajouter du poids sur les épaules de la rousse.
Molly lui indiqua que les garçons étaient en train de se préparer avant de l'inviter à passer à la cuisine pour prendre un petit déjeuner. Même si elle avait déjà bu une tasse de thé, Hermione accepta la proposition tandis que son ventre gargouillait légèrement. Elle avait besoin de se nourrir de quelque chose de solide avant d'entamer ce qu'elle supposait être une très longue journée.
Lorsqu'elle pénétra dans la cuisine, Hermione remarqua que Charlie était attablé, la tête plongée dans le journal du jour. Il ne la releva que lorsque la brune prit une place en face de lui et le salua doucement. Le roux posa un long regard sur elle, donnant l'impression qu'il essayait de cerner la moindre pensée qui pouvait bien traverser l'esprit de la jeune femme.
– Sais-tu que certains dragons sont capables de s'entourer d'apparats pour attirer leurs proies dans leurs filets ? questionna Charlie avec un regard persistant. Aux yeux de leur victime, ils paraissent faibles, malades ou blessés, mais ils attendent juste le bon moment pour attaquer et ne faire qu'une bouchée de leur cible.
Hermione plongea son regard dans le bleu profond de celui de Charlie. Sous la surface, elle décelait sans mal l'inquiétude et l'incompréhension qu'il semblait ressentir. Elle n'eut aucun mal à comprendre le sous-entendu de ses paroles. Il la mettait en garde contre Snape. Elle ne pouvait le lui reprocher. Si quelqu'un d'autre s'était retrouvé à sa place, elle lui aurait certainement donné des conseils identiques, quoi que moins imagés peut-être.
– Ne t'inquiètes pas Charlie, je ne côtoie pas des dragons tous les jours pour ma part, tenta-t-elle de blaguer pour détendre l'atmosphère.
– Certains individus sont plus dangereux que les dragons.
– Je suis au courant, souffla Hermione à voix basse. Je suis aussi capable de me défendre si besoin.
– Je n'en doute pas mais je crois que tu ne te méfie pas suffisamment. Tu fais trop confiance aux gens. Tu cherches toujours le meilleur en chacun mais cela se retournera contre toi un jour si tu ne fais pas attention.
– Merci pour tes conseils mais encore une fois, inutile de t'inquiéter.
La brune n'avait aucune idée de la façon dont elle pourrait rassurer le jeune homme. Elle n'avait pas envie de l'inquiéter avec toute cette histoire mais elle ne savait pas comment elle pourrait lui faire comprendre qu'elle n'était pas en danger sans tout raconter, ce qu'elle préférait éviter. S'il y avait bien quelqu'un qui aurait pu comprendre toute cette histoire, c'était Charlie. Elle aurait pu tout lui raconter, dans un endroit où elle aurait été sûre que personne d'autre ne puisse les entendre.
Elle aurait pu lui dévoiler qu'elle ne savait pas vraiment où elle mettait les pieds mais qu'elle ne pouvait faire autrement qu'avancer, poussée par une force qu'elle ne contrôlait pas. C'était un besoin de résoudre le mystère de Snape, un besoin de parvenir à cerner l'homme, une fascination, un besoin de combler la solitude qui la rongeait, une impression qu'il était sa meilleure chance de trouver comment aider ses parents et surtout une envie d'apprendre toujours plus. Snape pouvait lui enseigner tant de choses qu'elle n'osait même imaginer !
Charlie était passionné par ses dragons, Hermione l'était par les connaissances en général. Il aurait pu comprendre, mais il y avait toute la partie immergée de l'iceberg. Il y avait cette sensation qui la traversait dès qu'elle voyait Snape. Il y avait ce feu qui s'allumait en elle quand ils se lançaient dans leurs joutes verbales. Il y avait ces longs regards qu'ils échangeaient parfois et qui cachaient des choses dont elle avait à peine conscience. Il y avait ces frissons qui la traversaient lorsque leurs corps entraient en contact. Et surtout, il y avait cette lueur qu'elle avait quelques fois décelée dans le regard d'obsidienne de Snape.
Charlie aurait pu comprendre mais elle n'était pas prête à dévoiler tout ça. Elle n'était pas prête à se mettre à nue ainsi, même si elle avait déjà partagé beaucoup avec le roux. Ça semblait presque plus intime au final. Heureusement pour elle, Hermione n'eut pas à chercher comment se soustraire au regard perçant de Charlie. Leur attention fut détournée par l'arrivée de Molly, Ron, Harry et Ginny dans la pièce, qui ne remarquèrent heureusement rien de la tension qui régnait dans la cuisine.
Charlie continua de fixer la brune pendant un temps avant de finalement détourner les yeux. Il reposa son journal sur la table, plié en deux, laissant à la vue de Hermione la photo qui la représentait à la fête aux côtés de Snape. La brune n'osa pas relever les yeux sur le rouquin et elle fit mine de ne rien voir, s'attardant dans les accolades avec les nouveaux arrivés. Même Ron la serra brièvement dans ses bras et elle ressentit un profond soulagement l'envahir, alors même qu'elle commençait à culpabiliser d'avoir dépassé les limites de ce qu'aurait peut-être dû rester sa relation avec Charlie.
Elle ne regarda en direction de ce dernier que lorsque la porte de la cuisine se referma sur lui dans un léger cliquetis. Un soupir lui échappa, faisant retomber la pression qui l'avait envahie pendant leur discussion. Elle savait que Charlie lui demandait juste d'être prudente et elle ne pouvait que le remercier pour cela mais elle n'était pas encore prête à faire face. Elle ne savait même pas si elle le serait un jour.
– Tu es prête Hermione ? demanda Harry en sortant la brune de ses pensées. Il va falloir y aller si on ne veut pas rater le début de l'audience.
Hermione se contenta de hocher la tête pour toute réponse et elle se leva, attrapant tout de même une tartine au passage, qu'elle grignota à toute vitesse avant de monter dans l'âtre de la cheminée. Quelques secondes plus tard, elle apparaissait dans les flammes vertes d'une des cheminées d'accueil des visiteurs du Ministère de la magie londonien.
La première chose qu'elle remarqua fut la foule inhabituelle qui occupait le hall du Ministère. Elle joua des coudes pour rejoindre Harry et Ron avant qu'ils ne se dirigent vers les ascenseurs, pour rejoindre la salle du procès. Il ne fallut que quelques minutes à Hermione pour identifier qu'une bonne partie des personnes attroupées étaient des journalistes.
Quelques-uns d'entre eux essayèrent d'ailleurs de les interpeller sans que le trio ne leur donne la possibilité d'approcher suffisamment près pour obtenir une interview. Hermione, Harry et Ron finirent par atteindre les ascenseurs et ils s'y engouffrèrent rapidement, laissant derrière eux avec soulagement la horde de journalistes.
Lorsqu'ils arrivèrent dans le couloir du ministère de la justice, l'ambiance était froide et pesante. Les quelques personnes présentes avaient les traits tirés et les visages fermés. Ils étaient tous surmenés depuis la fin de la guerre avec tous les procès à organiser. La moindre erreur pouvait leur coûter cher et la pression ne diminuait pas sur leurs épaules malgré les nombreux mangemorts qui avaient déjà été jugés.
Hermione reconnut vaguement une ou deux personnes qu'elle avait croisé à la fête au Manoir Malfoy et elle ne put que se questionner sur leur éventuelle partialité. Même si les Malfoy avaient été innocentés et relaxés, elle avait encore du mal à comprendre comment ils avaient pu reprendre aussi rapidement une vie normale.
Quoi qu'il en soit, cela la confortait dans l'idée que Snape pourrait s'en sortir sans trop de difficultés. Les preuves en sa faveur étaient bien plus conséquentes que ce qu'elles avaient été pour les Malfoy. Au final, la seule chose qui pourrait se retourner contre lui, c'était certainement son mauvais caractère légendaire. Et peut-être aussi la couche épaisse de mystère qui entourait sa survie. Personne n'avait envie de laisser en liberté quelqu'un capable de surpasser la mort, surtout en sachant que ça avait été là l'objectif ultime de Voldemort.
La salle d'audience était déjà bien remplie lorsque Harry, Ron et Hermione y pénétrèrent. Ils s'installèrent rapidement sur les bancs réservés aux personnes pouvant être appelées à comparaître durant les interrogatoires et ils attendirent en silence que tout se mette en place pour le début du procès.
Au centre de la pièce étaient positionnés deux sièges. L'un pour les éventuels témoins, l'autre pour l'accusé, où siégeait Snape. L'homme était semblable à celui qu'il avait toujours été en cours à Poudlard. Grand, austère, imperturbable. Même s'il était assis à la place de l'accusé, des menottes aux poignets, il semblait dominer l'assemblée.
Hermione laissa son regard glisser sur lui, détaillant sa posture, suivant son regard qui glissait sur les membres du Magenmagot. Le maître des potions semblait analyser tout ce qu'il se passait dans la pièce, l'air de rien. Il semblait ne rien ressentir du tout à être ainsi menotté au milieu de la salle, exposé aux regards de près d'une centaine de personnes. Ou en tout cas, il camouflait tout terriblement bien. Ses années en tant qu'espion transparaissaient clairement sur son visage impassible.
Il dissimulait tellement ses émotions que son air imperturbable semblait faux, trop lisse. Mais peut-être Hermione était-elle la seule à s'en rendre compte. Peut-être était-elle la seule à y prêter une quelconque importance.
Se sentant certainement observé, Snape tourna la tête dans sa direction et leurs regards s'accrochèrent pendant quelques secondes. Une lueur exaspérée traversa le noir des yeux de Snape qui ne semblait malgré tout pas particulièrement surpris de la voir ici. Il avait dû anticiper le fait qu'elle serait amenée à témoigner, étant la dernière personne à avoir été à son chevet. C'était la même raison pour laquelle il était venu vers elle au départ, en cherchant à comprendre ce qu'il lui était arrivé.
La brune ne s'attarda pas sur le visage de l'homme, peu envieuse de compliquer la situation par une joute verbale silencieuse qu'elle ne doutait pas pouvoir avoir avec l'homme rien que par leur échange oculaire. Les mots semblaient continuellement flotter entre eux dans les moments comme celui-ci, reflets de leurs pensées communes. Des mots qu'elle ne comprenait pas toujours et qu'elle ne cherchait parfois même pas à essayer de décrypter. Quoi que pense cet homme, elle était persuadée qu'elle vivait beaucoup mieux en l'ignorant.
Le procès commença finalement tandis que Kingsley Shacklebolt, le Ministre qui avait été désigné par intérim pour la période de transition, se levait pour demander le silence. Snape lâcha finalement Hermione du regard et reporta son attention sur l'homme, sans que son expression faciale n'ait bougé d'un millimètre. La brune souffla et se concentra à son tour sur les paroles du Ministre, essayant d'analyser le sens qu'allait prendre ce procès.
La première partie du procès fut consacrée à analyser chacun des faits et gestes de Snape durant la guerre, afin que les jurés du Magenmagot puissent établir la responsabilité de l'homme et ses intentions. Hermione leur souhaitait bien du courage pour percer à jour les motivations de l'homme. Cela faisait sept ans qu'elle essayait et elle était encore à des années lumières d'avoir réussi à en comprendre rien qu'un pourcent.
Tout y passa. De l'arrivée de Snape au sein des mangemorts jusqu'aux raids auxquels il avait participé. De sa tentative de sauver Lily Potter, pour laquelle Harry fut amené à témoigner, évoquant les souvenirs que l'homme lui avait confiés, jusqu'à son rôle d'espion pour Dumbledore. De son rôle de professeur et directeur de Serpentard, au meurtre de Dumbledore. De son rôle de directeur de Poudlard, à ses agissements lors de la dernière bataille.
Tout y passa et surtout les pires actions connues que l'homme avait été amené à commettre. Les meurtres, les tortures, les kidnappings, les empoisonnements mais aussi les nombreuses potions qu'il avait pu créer, pour le camp de Voldemort, pour leur fournir des armes aux effets désastreux. A écouter le procès, Hermione avait presque l'impression que le tableau dressé était pire que celui qui aurait été fait à Voldemort lui-même s'il avait eu un procès.
– Est-ce vraiment nécessaire de s'acharner ainsi ? chuchota Hermione à ses amis. Qu'est-ce qu'ils croient ? S'il avait été un enfant de chœur, jamais Voldemort ne l'aurait cru dans son camp, jamais il n'aurait survécu.
– Tu sais, Hermione, lui répondit Harry sur le même ton, rien ne prouve qu'il n'ait pas pris part à tout ça de gaîté de cœur, même s'il nous a aidé.
– Tu crois vraiment qu'il a la tête du mec qui passe ses week-ends à tuer des gens pour son bon plaisir ?
– Oui, Hermione, je le pense. Et c'est aussi l'avis de la grande majorité des gens présents dans cette pièce. C'est pour ça qu'ils s'acharnent ainsi et essayent de vérifier qu'il ne deviendra pas le prochain Voldemort.
– Harry a raison, intervint Ron. Au départ, Snape a rejoint les rangs de Voldemort volontairement.
Et Hermione était à la fois heureuse qu'il lui parle et frustrée que ses deux amis ne comprennent pas son point de vue.
– Mais il les a quittés, argumenta-t-elle.
– Parce qu'il ne partageait pas leur vision sur les nés-moldus. Pas parce qu'il trouvait leurs méthodes ignobles. Il est plongé dans la magie noire jusqu'au cou, depuis longtemps.
– Je ne pense pas que la magie noire soit responsable de tout.
– Non et c'est bien ce qu'on te dit, renchérit Ron. Ce type est mauvais dans le fond Hermione. Tu devrais te méfier. Je suis sûr que tu pourrais trouver d'autres très bons apprentissages en potions si tu veux vraiment te lancer là-dedans.
– Je ne pense pas qu'il soit si mauvais, argua tout de même la brune, essayant de faire comprendre son point de vue sur l'homme à ses amis. Tu crois vraiment que ta mère aurait été une amie aussi proche de lui pendant plusieurs années s'il était le diable incarné ? interrogea-t-elle Harry.
– Tout ce que je sais, c'est que ma mère s'est finalement éloignée de lui. Il doit bien y avoir une raison.
– Il a fait tout ça pour elle.
– Lui seul sait pourquoi il a fait tout ça. Ce n'est pas parce qu'il se justifie ainsi que ça excuse tout.
– Je ne cherche pas à l'excuser mais il ne faudrait pas non plus oublier à quel point il nous a aidé. Sans lui, nous serions loin d'avoir gagné cette guerre.
– Sans doute. Je suis complètement d'accord avec toi sur ce point. Tout ce que je dis, c'est que ce n'est pas une personne facile à cerner. Et c'est pour ça que tout ça est nécessaire. Ce n'est pas parce qu'il était de notre côté sur ce coup-ci qu'il le restera à l'avenir.
– J'espère bien qu'on n'aura jamais besoin de le vérifier…
Harry se contenta de hocher la tête. S'il y avait bien un point sur lequel ils étaient tous d'accord, c'était ce dernier. Aucun d'eux n'avait envie de revivre une nouvelle guerre, ni de connaître à nouveau tous les désastres qu'elle emmènerait inévitablement avec elle.
Les trois jeunes reportèrent finalement leur attention sur le procès, en silence. Les descriptions des actes commis par Snape durant les dernières années n'avaient pas cessé. Toutes paraissaient plus effroyables que les précédentes. Et encore, Hermione avait parfaitement conscience qu'ils n'évoquaient là que les événements connus. Elle ne doutait pas que Snape ait pu faire pire que décimer et torturer une famille moldue ou créer une potion aux effets mortellement douloureux.
Elle savait qu'il n'avait pas eu le choix, pour ne pas perdre sa place de choix. Elle comprenait toutefois l'opinion de Harry. Elle n'était pas certaine qu'à la place de Snape, elle aurait pu commettre des actes aussi abominables, pendant aussi longtemps, tout en prétendant aimer ça.
Et au final, les trop nombreux boucliers mentaux dont s'entourait l'homme en permanence lui apparaissaient peut-être bien plus nécessaire qu'elle ne l'avait jamais imaginé. Pour ne pas que toutes les horreurs qu'il avait eu à commettre ne le rendent fou. Ou pour ne pas finir par prendre plaisir à dominer ainsi les autres, à exercer son pouvoir de vie ou de mort aussi facilement. Pour ne pas devenir le prochain mage noir à combattre.
Car là était bel et bien l'objectif dissimulé de ce procès, tel que l'avait évoqué Harry. Ils n'étaient pas là pour juger de la responsabilité de Snape dans cette guerre. L'homme ne pourrait qu'être relaxé après tout ce qu'il avait fait pour les mener à la victoire. Non, l'objectif de ce procès était bien de trancher sur les risques que représentaient la libération de Snape. Sa puissance et ses connaissances faisaient peur, surtout lorsqu'on considérait qu'il avait réussi à berner Voldemort pendant tant d'années. Nul doute que les choses auraient été bien plus simples si l'homme était réellement mort.
Snape resta impassible tout du long, répondant laconiquement aux questions, s'expliquant lorsque demandé. Il reconnaissait l'ensemble de ses actes et ne s'en cachait pas. Tout juste grimaça-t-il lorsque Harry évoqua les souvenirs qu'il lui avait confié sur son lit de mort. Une chose était certaine, Snape n'avait pas pensé survivre lorsqu'il avait fourni tous ces souvenirs au fils de son ancienne meilleure amie et son ancien pire ennemi. Sans doute n'avait-il pas imaginé non plus que Harry Potter, l'horcruxe vivant de Voldemort, survivrait également. Les probabilités jouaient clairement contre lui dans le cas présent.
Après plusieurs heures, ses connaissances de l'identité des autres mangemorts furent finalement mises à profit. On lui demanda qui était coupable, qui avait été forcé, qui avait aidé, qui s'était trouvé dans quel camp. Lorsque le nom des Malfoy fut évoqué, l'homme concorda la version précédemment donnée par la famille. Ils l'avaient aidé, ayant découvert son rôle d'espion du fait de leur forte amitié. Ils s'étaient joints à lui, n'appréciant que peu la façon dont Voldemort les traitait mais n'ayant pas d'autre choix que de rester, au risque de perdre toute leur famille.
Furent évoqués également les agissements de Snape en faveur de leur camp, bien plus rapidement. Dumbledore avait été particulièrement mystérieux et discret sur les actes demandés à son espion si bien qu'ils n'avaient au final que peu de faits sur lesquels s'appuyer, même s'ils étaient suffisamment éloquents pour ne pas pouvoir être remis en question. Encore une fois, les souvenirs qu'il avait laissé à Harry jouaient particulièrement en sa faveur, le montrant sous un jour plus humain aux yeux des jurés.
A aucun moment on ne demanda à Snape de relever la manche de son bras gauche. Il était de notoriété publique que la marque des ténèbres se trouvait sur le bras de l'homme et le vérifier ne semblait pas nécessaire. Lui-même ne niait pas avoir rejoint les rangs du défunt Lord Noir. Sur ce point, Snape avait réellement de la chance car Hermione doutait que les jurés auraient été d'humeur aussi avenante s'ils avaient découvert ce mystère supplémentaire. Surtout en sachant que Snape n'aurait eu aucune explication convaincante à leur fournir.
Et finalement, lorsque tout sembla avoir été dit, ils évoquèrent la prétendue mort de Snape.
Un homme se leva dans l'auditoire du Magenmagot. Il semblait être l'antithèse totale de Snape, d'un blond éclatant, musclé, aux yeux d'un bleu particulièrement clairs et au visage avenant. Pourtant, lorsqu'il prit la parole, Hermione sut immédiatement qu'elle allait devoir se méfier de son apparente bienveillance. Elle ne doutait pas de la noirceur qui se cachait sous cette couche de lumière superficielle. Il lui rappelait bien trop l'imposteur qu'avait été Gilderoy Lockhart.
– Bonjour à tous, je me présente, Robert Singley. Je travaille au département des mystères et je suis en charge de l'enquête portant sur la survie de Monsieur Severus Snape ici présent.
Poppy Pomfresh fut la première à être interrogée. Elle indiqua que Snape était bel et bien mort lorsqu'elle l'avait ausculté, le jour de la victoire. Lorsqu'on lui posa la question, elle expliqua que c'était Hermione qui l'avait conduite au corps du professeur. Et Hermione sut à ce moment-là que son tour était finalement arrivé.
Cela ne manqua pas et, moins de cinq minutes plus tard, elle se trouvait dans le fauteuil juxtaposé à celui de Snape. Tout juste croisa-t-elle son regard avant que l'interrogatoire ne commence. Elle ne savait pas ce qui l'attendait mais elle angoissait particulièrement à l'idée des questions qui allaient lui être posées.
– Miss Granger, confirmez-vous avoir assisté à la mort de Monsieur Snape ?
– Oui, monsieur, se contenta de répondre la brune.
Elle espérait qu'en se contentant de réponses simples et concises, les choses iraient plus vite et moins profondément dans les détails. Ainsi, ses amis ne se rendraient pas compte des quelques mensonges qu'elle leur avait déballés. Elle ne souhaitait pas non plus enfoncer Snape à cause des révélations qu'elle pourrait être amenée à faire.
– Pouvez-vous nous raconter ce qu'il s'est passé ?
– Nagini, le serpent de Voldemort, a attaqué le professeur Snape sur ordre de son Maître. Il s'agissait d'un serpent hautement venimeux et le professeur Snape s'est effondré dans la foulée de la morsure. Il a fourni ses souvenirs à Harry, dont nous avons parlé plus tôt. Harry et Ron sont partis pour visionner les souvenirs et je suis restée au chevet du professeur Snape, pour vérifier si je pouvais faire quelque chose pour l'aider. Il a cependant rapidement succombé à ses blessures, ou du moins je l'ai cru. Sans doute a-t-il juste frôlé la mort de tellement près qu'il en avait déjà tout l'air. Mais je suppose qu'il avait un excellent anti-venin dans son organisme et beaucoup de chance.
– Ce que j'aimerai savoir, miss Granger, c'est pourquoi vous êtes restée auprès de Monsieur Snape ce jour-là. La guerre faisait rage à quelques pas, vos amis étaient en dangers mais vous avez tout laissé tomber pour rester près de cet homme qui a été votre professeur. Et pas un excellent professeur d'après ce que nous en savons. Qu'avez-vous cherché à faire ?
Hermione regarda Singley pendant quelques secondes, interdite. Elle ne savait que répondre à l'homme, pas certaine de là où il voulait en venir. Elle ouvrit et referma la bouche quelques fois, tout en réfléchissant. Que voulait-il lui faire dire de plus que ce qu'elle avait déjà indiqué ? Singley ne lui laissa toutefois pas le temps de trouver une réponse appropriée avant de reprendre.
– Vous êtes quelqu'un d'intelligent, miss Granger. Peut-être même trop pour votre propre bien, c'est ce qui ressort lorsque l'on interroge les personnes vous connaissant à votre propos. Vous allez vraiment me dire que vous n'avez rien fait, rien tenté ? Vous n'aviez pas la moindre arrière-pensée en tête ? Vous avez pris le risque de rester à découvert, là où Voldemort pouvait revenir, simplement pour regarder un homme mourir ?
– Est-ce le procès de miss Granger ou le mien ? intervint Snape d'une voix amère.
Il jeta un regard noir en direction de Hermione, comme s'il lui reprochait de lui voler la vedette. La brune se perdit pendant quelques secondes dans les ténèbres sans fond de ses yeux. Si elle prêtait attention, elle pouvait presque entendre les mots qu'il semblait vouloir lui crier. S'il avait pu parler, ça aurait certainement ressemblé à des remontrances.
« Arrêtez un peu de vous embourber et orientez la discussion sur un autre sujet, par Merlin ! »
Le conseil se forma de lui-même dans l'esprit de Hermione et elle n'aurait su dire si l'homme avait pu le lui transmettre par la pensée ou si elle avait simplement décidé que la voix de sa raison ressemblerait à celle de Snape. Maitrisait-il la légilimancie au point de pouvoir l'utiliser alors qu'il n'avait même pas sa baguette sur lui ? C'était une possibilité à laquelle elle ne se fermait pas. Elle avait toujours su que Snape était bien plus puissant qu'il ne le laissait paraître. Cela lui donnait encore plus envie d'apprendre à ses côtés.
– Trop intelligent pour son propre bien…, continua Singley d'une voix faussement pensive en ignorant la remarque de Snape. C'est aussi ce qui ressort lorsqu'on se renseigne sur Monsieur Snape. Vous semblez vous ressembler énormément. Vous allez même devenir son apprentie à la rentrée si mes sources sont exactes, en fonction du verdict de ce procès. Saviez-vous que le professeur Snape n'a jamais accepté d'apprenti de toute sa carrière ? Vous êtes une première, miss Granger. Est-ce parce que vous êtes la personne la plus intelligente qui lui ait été donné de rencontrer, après lui-même, ou est-ce parce que vous vous seriez rapprochés d'une quelconque manière ? Cela expliquerait que vous n'ayez pu quitter son chevet lorsque vous le croyiez mourant. On n'abandonne pas facilement quelqu'un à qui l'on est attaché.
Les sous-entendus des questions étaient clairs. Il prétendait que Snape et Hermione aient pu avoir une liaison avant la prétendue mort de l'homme. Il remettait en question l'intégrité du professeur et la soif d'apprendre de l'étudiante. Il reprenait les suppositions que les serpentards lui avait faites lors de la fête au Manoir Malfoy. C'était complètement déplacé et réellement risible. Hermione ne put retenir un léger rire.
– Honnêtement, répondit Hermione, la réputation du professeur Snape n'est plus à faire. Vous connaissez tous son caractère désagréable et sa façon d'enseigner. Si vous vous êtes renseigné sur lui, comme vous le prétendez, vous auriez dû savoir que cet homme n'a aucune attache et ne laisse personne s'attacher à lui.
Son regard glissa sur la silhouette de Snape, hésitant entre la possibilité qu'il n'aime pas la suite ou qu'il trouve cela très divertissant, au contraire. Cet homme ne réagissait jamais comme la brune le pensait. Elle continua donc son discours tout en reportant son attention sur Singley. Quoi qu'en pense Snape, il était de toute façon inutile d'essayer de le deviner.
– Il n'est pas quelqu'un de gentil ou d'agréable. Ce n'est pas le genre de personne avec qui vous vous imaginez flânant dans la rue ou vous câlinant amoureusement devant un coucher de soleil. Tout ce qui nous lie, si vous souhaitez absolument trouver quelque chose, c'est l'envie d'en apprendre toujours plus et de se surpasser continuellement. C'est pour ça que je veux faire mon apprentissage avec lui. Et peut-être que la seule raison pour laquelle il n'a jamais accepté aucun apprenti avant moi est qu'il n'en a jamais eu l'occasion alors qu'il était trop impliqué dans la guerre qui se jouait. Pour le fait que je sois restée à son chevet, je trouve simplement inhumain de laisser quelqu'un mourir seul, peu importe l'identité de la personne. Si cela me rend trop humaine à vos yeux, je ne m'en excuserai pas.
– Toujours à défendre la veuve et l'orphelin, miss Granger, c'est pathétique, railla Snape. A l'avenir, je me passerai de vos commentaires sur ma façon d'être si vous souhaitez réellement conserver cet apprentissage.
Il la fixait d'un regard noir mais Hermione vit nettement passer une lueur amusée dans ses yeux. Pour une fois, elle était certaine de ne pas l'avoir imaginée. Elle supposait que son petit discours avait finalement convenu à l'homme. Jouant le jeu, elle leva les yeux au ciel, prétendant être irritée par les remarques se Snape.
En face d'eux, Singley fit une grimace, manquant faire sourire la brune qui ne se retint que difficilement. Un léger silence s'installa avant que l'homme ne reprenne.
– Alors comment expliquez-vous la survie de monsieur Snape ? Et pourquoi, alors que tous vous croyaient mort, continua-t-il en s'adressant directement à Snape, voire cherchaient votre corps, n'avez-vous pas démenti les rumeurs avant de vous présenter à une fête il y a deux jours ?
– Comme l'a supposé miss Granger il y a quelques minutes, un bon anti-venin et de la chance suffisent parfois à faire des miracles, même si celui-ci n'est pas passé loin de ne pas se produire. Pour le reste, j'ignorai complètement les rumeurs. J'étais mal en point, je suis rentré chez moi pour me remettre. Je me sentais mieux il y a deux jours donc je suis allé à cette fête, tout simplement. A ce que je sache, mais détrompez-moi si je fais erreur, ce n'est pas un crime que de ne pas ouvrir de journal pendant quelques jours et de participer à des soirées, si ?
De nouveau, une grimace déforma l'expression avenante que Singley tentait vainement de maintenir en place sur son visage. Hermione ne put retenir un petit sourire en coin devant l'air déconfit de l'homme. Elle ne savait pas pourquoi il cherchait à s'obstiner tant contre Snape et elle-même au passage mais elle était ravie qu'ils semblent parvenir à déjouer ses plans.
Le blond les regarda tour à tour, lentement. S'il avait pu dire quelque chose, Hermione supposait que ça aurait ressemblé à un « on n'en a pas fini tous les trois » ou encore un « je vous aurai un jour ! ». Mais il se devait de rester impartial et il était clair qu'il n'avait pas la moindre piste pour prolonger cet interrogatoire, même s'il semblait se douter qu'il y avait baleine sous cailloux dans toute cette histoire.
La séance finit par être levée en milieu d'après-midi. Tel que Hermione l'avait imaginé, le verdict tomba sur un non-lieu. Ce n'était pas une victoire, tant c'était loin des remerciements qu'elle estimait que Snape aurait dû recevoir, mais c'était mieux que rien.
Snape ne s'attarda pas dans la salle d'audience, dès ses poignets libérés. Hermione le regarda simplement partir, dans un tourbillon de cape. Pour un peu, elle se revoyait encore à Poudlard, en fin de classe, quand elle s'attardait un peu et que l'homme quittait la pièce sans un regard en arrière, se fichant bien de ceux qui pouvaient être encore présents.
Hermione avait toujours été persuadée qu'il était parfaitement conscient de sa présence. Pour autant, il n'avait jamais rien fait qui aurait pu le prouver. Et ce jour-là, de la même façon, elle était certaine qu'il sentait son regard le suivre, même s'il n'en montrait rien. Son intuition ne pouvait pas la tromper à ce point, si ?
Elle ne réussit pas à croiser son regard avant qu'il ne s'éclipse et elle ne pouvait que se questionner sur le temps qui la séparait de sa prochaine rencontre avec l'homme. Il lui avait dit qu'ils commenceraient leurs recherches la semaine suivante, le temps que le procès puisse se dérouler mais à présent que c'était fait, elle n'était pas certaine qu'il ne cherche pas à accélérer les choses.
Elle comprenait parfaitement qu'il puisse avoir envie d'en finir au plus vite avec tout ça. Elle savait ce que ça faisait, le poids de l'incertitude pesant sur ses épaules. Elle le supportait au quotidien vis-à-vis de ses parents. Elle ne doutait pas Snape soit pressé de comprendre ce qu'il lui était arrivé et peut-être, aller de l'avant. Même si elle n'était pas certaine que là soit le réel objectif final de l'homme. Elle l'imaginait plutôt tenter des expériences pour savoir comment reproduire le miracle qui l'avait ramené à la vie.
