Bonjour à toutes et à tous !
Comme j'ai un peu de temps, j'en profite pour vous poster le chapitre suivant de JCQLMNR ! J'espère qu'il vous plaira :)
La suite arrivera la semaine prochaine, lundi matin si j'ai le temps sinon plus tard dans la semaine, dès que je pourrai...
Sur ce, bonne lecture à vous, merci de suivre cette histoire et merci pour tous vos petits messages hyper encourageants 3
RAR : Sandrine, merci pour ta review ! Je suis vraiment contente que cette histoire te plaise et j'espère que ça continuera jusqu'à la fin ! Bonne lecture de la suite :D
13. De force et de faiblesse
« Dire que l'homme est un composé de force et de faiblesse, de lumière et d'aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n'est pas lui faire son procès, c'est le définir. »
Denis Diderot, Pensées philosophiques
Les jours suivant le procès, Hermione dû se rendre à l'évidence. Snape était beaucoup plus patient qu'elle ne l'était elle-même. Ou alors, il avait pris la décision de commencer ses recherches sans l'avoir dans ses pattes. Elle n'eut en effet aucun signe de vie de lui pendant plusieurs jours. Elle n'arrivait toutefois pas à décider si elle en était soulagée ou agacée.
Même si elle ne l'avait pas revu en personne, l'homme ne se priva toutefois pas de hanter chacune de ses nuits. En partie parce qu'elle n'avait de cesse de penser au mystère qui l'entourait et auquel elle avait hâte de s'intéresser de plus près, en partie aussi parce qu'elle espérait trouver auprès de lui des pistes pour aider ses parents. Au final, c'était certainement parce qu'il ne quittait pas ses pensées de la journée, si bien qu'elle ne voyait pas pourquoi il en serait différemment la nuit.
Et autant quand elle était réveillée elle pouvait affirmer haut et fort qu'il ne se passait rien entre Snape et elle, autant c'était une autre histoire quand elle dormait. Allez savoir pourquoi mais son esprit avait décidé sans son consentement de lui faire miroiter ce qu'il pourrait advenir si les remarques des autres se révélaient véridiques. Autant dire que ses rêves étaient loin d'être désagréables mais qu'ils lui laissaient un goût amer en bouche au réveil. Elle n'aurait su dire si c'était dû au contenu du rêve ou à son réveil impliquant la fin du rêve et le retour à la réalité.
Elle se donnait l'impression d'être une adolescente en pleine puberté, fantasmant chaque nuit sur son amoureux secret. Et pourtant, s'il y avait bien une chose dont elle était certaine, ou du moins en était-elle persuadée, c'était bien qu'elle n'aimait pas Snape. Au mieux, elle le respectait et admirait son savoir sans bornes. Au pire, elle se servait de lui en espérant apprendre suffisamment pour mener à bien ses propres projets. Jamais au milieu de tout ça elle ne voulait impliquer de quelconques sentiments, et encore moins de l'amour.
Snape n'était de toute façon pas quelqu'un que l'on pouvait aimer, elle en était persuadée. Les quelques mots qu'elle avait prononcé pendant le procès de l'homme sur le sujet, sous le coup de l'interrogatoire de Singley, avaient réellement sonné juste dans son esprit. Elle avait pensé chacun d'eux. Même si Snape l'avait pris à la rigolade, elle était persuadée de leur justesse.
L'amour, ça venait dans les deux sens. Et tant que l'homme serait incapable de se départir de ses boucliers mentaux, personne ne pourrait tomber amoureux de lui. Il était bien trop froid, fermé et méprisable. Il en jouait d'ailleurs à la perfection pour repousser toute âme égarée qui tenterait de se rapprocher un peu trop. Il la repoussait elle-même à la première occasion, se moquant d'elle, la rabaissant ou l'insultant carrément.
Quant aux autres moments, ceux où il ne l'avait pas repoussée, elle supposait que c'était, au mieux, une construction de son esprit qui n'avait pas révélé la réalité de ses instants, au pire, un simple moment de faiblesse de la part de l'homme. Il ne restait qu'un homme après tout et elle pouvait bien supposer que mourir devait lui avoir fait reconsidérer certaines choses. Elle pouvait bien lui accorder quelques moments d'humanité qu'il n'aurait certainement jamais eu dans d'autres circonstances. Le plus important aux yeux de la brune, était de ne pas se faire d'illusion et surtout, de ne jamais, au grand jamais, idéaliser Snape plus que de raison, au risque de s'y perdre définitivement.
Alors Hermione faisait de son mieux pour ignorer ses rêves étranges, se notant mentalement qu'elle ferait bien de côtoyer d'autres représentants du sexe masculin pour donner de la nouvelle matière à son subconscient. Avec le week-end suivant, arriva justement la petite fête donnée chez les Weasley pour le départ de Charlie, dans laquelle Hermione fondait tous ses espoirs de détourner ses pensées de son ancien professeur.
Plus qu'une fête, c'était surtout l'occasion de réunir toute la fratrie, de se recueillir pour celui qui n'était plus et de se rassembler avant que chacun ne reprenne doucement son propre chemin et ne s'éloigne peu à peu. Hermione arriva pile à l'heure que lui avait indiquée Harry, abandonnant avec regret les livres qu'elle était en train de lire dans la bibliothèque du 12 Grimmauld Place juste avant. Toute la famille Weasley était réunie, ainsi que Harry et Hermione. Molly avait cuisiné un repas très copieux qui embaumait tout le Terrier d'une odeur alléchante.
Ils commencèrent par se poser dans le salon, le temps que le repas finisse de cuire et Arthur Weasley proposa une tournée d'apéro qu'il s'empressa de servir dans la foulée des réponses. Hermione se retrouva ainsi avec une bièraubeurre en main, avachie dans un canapé entre Harry et Ginny d'un côté, ainsi que Ron de l'autre.
Au plus grand soulagement de la brune, le rouquin semblait s'être calmé depuis qu'il était venu la retrouver après la fête au manoir Malfoy. Leur relation était loin de ressembler à ce qu'elle avait été mais au moins, il osait la regarder et il lui adressait même parfois la parole. Hermione espérait sincèrement que cela soit le signe d'une réconciliation à venir, même si elle comprenait que le garçon ait besoin de temps.
Elle était surtout soulagée que Charlie semble continuer à garder pour lui ce qu'ils avaient partagé. Elle nota toutefois plusieurs fois le regard de Charlie qui s'attardait sur elle, comme s'il voulait lui parler mais n'osait le faire devant tout le monde. Hermione était partagée entre son envie de passer du temps auprès de lui avant son départ et l'impression qu'elle ferait mieux de l'éviter au maximum. Elle était profondément attachée à lui. C'était pour cela qu'elle s'était permise de se laisser aller avec lui, quelques jours plus tôt, lorsqu'ils avaient dépassé les limites de l'amitié.
C'était aussi pour cela qu'elle souhaiter l'éviter. Parce que le souvenir de leur dernière discussion, à propos de Snape, était encore bien frais dans son esprit et que la dernière chose dont elle avait envie était de se disputer avec Charlie avant son départ.
Elle fit donc tout son possible pour ne jamais se retrouver seule avec lui, proposant toute son aide à Molly et collant légèrement Harry, Ron et Ginny. Elle remarqua d'ailleurs que le brun et la rousse en étaient arrivés au point où ils se tenaient la main devant toute la famille réunie, signe qu'ils avaient officialisé leur relation auprès de leurs proches, ce pour quoi Hermione était ravie pour eux.
Malheureusement, vint un moment où, à force de boire, Hermione eut besoin de se rendre aux toilettes. Elle attendit au maximum possible et profita d'un instant où Charlie était en grande discussion avec Bill pour s'éclipser.
Lorsqu'elle ressortit des toilettes, elle eut toutefois la désagréable vision de Charlie, qui l'attendait patiemment dans le couloir, adossé contre le mur attenant à la porte. Elle hésita à faire semblant de ne pas savoir ce qu'il voulait mais un simple regard échangé lui fit réaliser que cela ne servirait à rien. Le roux ne lui laissa d'ailleurs aucune possibilité de fuite ou d'esquive et il l'entraîna à sa suite dans la salle de bain attenante, où ils bénéficieraient d'un peu plus de discrétion qu'au milieu du couloir.
– Alors tu as finalement décidé de ne pas tenir compte de mes conseils, hein ? questionna immédiatement Charlie d'un air presque déçu.
– Charlie… Je t'ai déjà dit ne pas t'inquiéter pour moi. Je ne risque rien, je vais juste suivre un apprentissage en potions.
– Tu sais, Hermione, j'ai regardé la retransmission du procès. J'ai vu la façon dont tu le regardais, tu étais en admiration totale devant Snape.
Hermione ne put s'empêcher de rougir légèrement, espérant qu'il soit le seul à avoir prêté tant d'attention à ses réactions. Au-delà de l'admiration c'est une fascination qu'elle ressentait pour l'homme et le mystère qu'il avait fait entrer dans sa vie.
– Je l'admire en effet, avoua Hermione en sachant qu'il était inutile de nier ce fait. C'est un homme bon derrière toute cette façade qu'il affiche en permanence. Mais il n'y a rien de plus.
– J'ai aussi remarqué la façon dont il te regardait.
– Qu'est-ce que tu racontes ?
– Hermione… Je ne pense pas que Snape ne s'intéresse qu'à tes qualités cérébrales, indiqua-t-il après un temps d'hésitation.
Hermione rigola sans pouvoir s'en empêcher. Encore une fois, il lui semblait que tout le monde cherchait à mettre bien plus derrière tout ça. Et peut-être était-ce de sa faute. Si elle expliquait simplement qu'il était venu à sa rencontre pour savoir ce qu'il lui était arrivé, les autres ne chercheraient pas forcément à trouver absolument une explication aux agissements de l'homme.
Néanmoins, il y avait toujours cette sensation qui la retenait. Son ventre se tordait à chaque fois qu'elle envisageait de s'expliquer et peut-être était-ce parce qu'au fond d'elle, elle sentait également qu'il y avait plus sous la surface qu'une simple entraide, dans sa relation avec Snape, même si c'était loin des sous-entendus des autres. Elle aurait été bien incapable de dire exactement quoi, mais il y avait quelque chose.
C'était peut-être dû au fait que lorsqu'elle était avec lui, elle se sentait en vie. Elle arrêtait de ressasser le passé et la guerre, elle arrêtait de penser aux morts et aux blessés, elle arrêtait de penser à ses parents. Dans ces moments-là, elle était à cent pourcent dans le moment présent et cette bulle d'oubli lui faisait le plus grand bien. C'était pour ce répit qu'elle se jetait à corps perdu dans les joutes verbales qui l'opposaient à Snape. C'était pour ce répit qu'elle n'arrivait pas à écouter les avertissements de Charlie.
– Et je ne pense pas être le seul à me questionner à ce sujet, continua Charlie. Même ce Singl… quelque chose l'a fait remarquer. Ne joue pas les naïves, Hermione, ça ne te va pas.
– Charlie, je te promets que tu t'inquiètes pour rien. Singley cherchait juste à me déstabiliser pour découvrir le fin mot de toute cette histoire. Ça n'a mené à rien car il n'y a rien sous la surface.
– Tu es sûre de ne pas vouloir venir avec moi quelques semaines ? reprit Charlie après un léger silence. Ton apprentissage ne débute qu'en septembre et je serai plus tranquille de te savoir le plus loin possible de Snape entre temps.
Même si elle avait voulu s'éloigner de Snape, Hermione n'était pas sûre qu'il lui en laisserait la possibilité. Elle était même plutôt persuadée du contraire.
– Charlie, serais-tu jaloux ? l'embêta Hermione avec un sourire, sans savoir comment réagir autrement.
– Arrête de dire des bêtises, nia Charlie en secouant la tête.
La brune perçut toutefois nettement la rougeur qui envahit son cou et son visage à ce moment-là.
– Snape ne s'intéresse pas à moi, Charlie. Enfin voyons ! On parle de Snape quand même ! Et puis, il n'y a aucune raison pour laquelle il pourrait s'intéresser à moi, la miss je-sais-tout de service !
Le rouquin grimaça et plongea son regard bleu dans celui noisette de la brune.
– Arrêtes de te rabaisser ainsi Hermione, tu es une très belle jeune femme. N'importe qui de sensé serait intéressé par toi.
– Je ne suis pas sûre qu'on puisse dire que Snape soit quelqu'un de sensé donc je ne risque rien, répondit Hermione avec un clin d'œil, touchée par la réponse du roux.
Un léger silence s'installa, signe que la tentative de plaisanterie de Hermione n'avait pas pris.
– Je ne sais pas ce que tu cherches là-dedans Hermione, mais tu mérites mieux.
Charlie replaça une mèche de cheveux rebelle de Hermione derrière son oreille, effleurant sa joue au passage. Un frisson traversa le corps de la brune. Charlie semblait hésiter entre la secouer pour lui faire comprendre qu'elle faisait une erreur en se rapprochant de Snape et l'embrasser, peut-être même la revendiquer, lui proposer plus que ce qu'ils avaient partagé, plus que ce qu'ils avaient décidé, même s'ils savaient tous deux que plus était impossible entre eux dans les circonstances actuelles.
Leurs yeux s'accrochèrent et la respiration de Hermione se bloqua dans sa poitrine. Elle était irrémédiablement attirée par Charlie. D'une manière totalement différente de ce qu'elle pouvait ressentir pour Snape. C'était moins compliqué, plus doux, plus naturel. Charlie semblait lui promettre la sécurité là où elle savait qu'elle ne trouverait que des complications en côtoyant Snape. Elle en avait totalement conscience et, quand le rouquin la regardait tel qu'il le faisait actuellement, elle avait envie de céder à la moindre de ses demandes. Elle était presque prête à lui promettre de ne plus jamais revoir Snape et à fuir avec lui en Roumanie.
Pourtant, elle ne recherchait pas du tout les mêmes choses auprès de Snape. Elle ne voulait ni l'embrasser, ni se fondre dans ses bras, ni même le laisser l'emmener au septième ciel, hormis dans ses rêves. Tout ça, elle ne le recherchait qu'auprès de Charlie. Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle comparait les deux hommes dans son esprit, ni pourquoi il lui semblait qu'elle ne pourrait jamais avoir les deux dans sa vie. Elle se sentait complètement démunie et les reflets qui brillaient dans les yeux bleus de Charlie ne l'aidaient en rien à faire la part des choses, bien au contraire.
Le rouquin se pencha légèrement en avant et Hermione s'efforça d'effacer de son esprit toute pensée parasite concernant Snape. Il hantait déjà suffisamment son esprit pour qu'elle ne le laisse pas gâcher ce moment d'intimité. Charlie méritait qu'elle ne pense pas à un autre homme en l'embrassant.
Le baiser tant attendu ne vint pourtant jamais. Alors que la porte s'ouvrait subitement dans leur dos, Charlie s'écarta brusquement avant de se retourner, les joues rougies et le regard hagard.
– Charlie ! s'exclama Ginny en entrant soudainement dans la salle de bain. Où est-ce que tu étais passé ? Tout le monde te cherche…
L'éloignement de Charlie eut comme conséquence de laisser Hermione à la vue de Ginny, qui ne l'avait d'abord pas remarquée. La rouquine s'interrompit progressivement, laissant mourir sa voix, tandis que son regard curieux alternait entre son frère et son amie.
– Oh ! Hermione… Est-ce que j'interromps quelque chose ?
Le ton de Ginny était particulièrement suspicieux. Son regard n'avait de cesse de faire des allers-retours entre Charlie et Hermione. Elle finit par regarder plus longuement Hermione, essayant de trouver au fond de son regard les réponses à ses questions silencieuses.
Profitant de ne pas être celui au centre de l'attention, Charlie ne s'attarda pas, esquivant les questions de sa sœur en indiquant qu'il retournait au salon, où il était attendu. Il regarda une dernière fois Hermione avant de se détourner, hésitant visiblement sur ce qui était le mieux à faire.
– Promets-moi de penser à tout ça au moins Hermione, lâcha finalement Charlie avant de partir.
La brune se contenta de hocher la tête, pour toute réponse. Ce n'était pas une promesse difficile à faire. Elle avait l'impression de passer son temps à penser à tout ça depuis plusieurs jours.
Lorsque la porte du couloir se referma sur le dos de Charlie, Hermione sentit un pincement au cœur la saisir, sans savoir comment l'interpréter. Tout comme elle ne savait pas vraiment ce qu'elle recherchait exactement dans sa relation avec Snape, elle ne savait pas non plus ce qu'elle trafiquait avec Charlie. Mais les conséquences engendrées par son petit jeu avec ce dernier risquaient d'être bien plus présentes, se matérialisant sous la forme d'une sœur bien trop curieuse.
– De quoi est-ce que vous discutiez tous les deux ? questionna Ginny d'un ton faussement innocent.
– Oh rien de particulier, on parlait surtout de mes projets pour l'été, répondit Hermione sur un ton neutre en haussant les épaules, espérant convaincre la rousse qu'elle cherchait plus qu'il n'y avait.
Hermione était prête à confier quasiment toute sa vie à Ginny. Mais concernant ce qu'elle avait partagé avec Charlie, elle n'était pas sûre qu'en parler à la rousse soit une bonne idée. Il s'agissait quand même de son frère ! Et tant qu'elle ne saurait pas ce qu'elle voulait faire de cette relation, elle n'oserait pas en parler avec Ginny, au risque qu'elle ne comprenne pas ou que les mauvaises décisions de Hermione ne les éloignent l'une de l'autre à cause de tout cela. Elle craignait aussi qu'en parler finisse par faire arriver tout ça aux oreilles de Ron, ce qu'elle voulait éviter par-dessus tout.
– Mais dis-moi, changea de sujet Hermione dans la foulée, j'ai cru comprendre que vous aviez officialisé votre relation avec Harry ? Comment ça s'est passé ?
Ginny rougit sans pouvoir s'en empêcher. Elle trépignait d'envie de se retrouver seule avec Hermione pour lui raconter tout ça depuis qu'elle était arrivée et elle ne se priva pas à présent que l'occasion se présentait, oubliant instantanément la scène qu'elle venait d'interrompre entre Hermione et Charlie.
Hermione l'écouta donc parler avec soulagement. La rousse lui raconta comment Harry et elle avaient annoncé la nouvelle de leur mise en couple au reste de la famille Weasley, qui n'avait d'ailleurs pas parue particulièrement surprise. Ron avait même lancé un « Il était temps ! » qui avait fait rire tout le monde et rassuré Harry sur le fait que son meilleur ami ne lui en voulait pas.
La brune félicita la rouquine pour sa mise en couple et elles retournèrent au salon, où le repas était sur le point d'être servi. Celui-ci se déroula dans une bonne humeur qui apaisa Hermione et ses doutes pour un temps. Elle profita simplement de la présence de ses amis, essayant de fermer son esprit à tout le reste pour ne pas ressasser ses doutes.
Elle ne s'attarda pas une fois le repas terminé. Elle était épuisée à force de surveiller ses réactions et de se forcer à ignorer les questions qui tournaient en boucle dans son esprit. Elle salua tout le monde rapidement, prétextant un mal de crâne qui n'était pas réellement un mensonge.
Elle finit par se retrouver devant la cheminée en compagnie de Charlie. Le roux posait un regard hésitant sur elle. Il semblait se demander ce qu'il pourrait faire de plus et la brune cherchait les mots pour le rassurer. Elle regrettait presque d'avoir franchi la limite avec Charlie sans pouvoir lui donner plus, ne laissant à présent que de l'inquiétude dans le cœur du jeune homme.
– Je te promets d'être aussi prudente que si je côtoyais le plus terrible des dragons.
– Si seulement je pouvais me convaincre que ce sera suffisant, souffla Charlie.
Le roux attrapa le visage de Hermione en coupe, avec toute la délicatesse dont il était capable. Il lui fit relever légèrement son visage afin de plonger ses yeux dans les siens.
– S'il y a quoi que ce soit, je serai toujours là pour toi, Hermione. N'hésite jamais. Tu sais, la Roumanie n'est pas si loin que ça.
Hermione le remercia d'un sourire et Charlie se pencha vers elle avant de déposer un tendre baiser sur son front. La brune se jeta dans ses bras dans la foulée, enfouissant sa tête dans son cou.
– Tu vas me manquer, Charlie.
– Toi aussi, Hermione, répondit le jeune homme à voix basse tout en refermant ses bras autour du corps de la brune.
Là, dans son étreinte, la possibilité de tout abandonner et de fuir avec Charlie en Roumanie effleura de nouveau l'esprit de Hermione. Pourquoi s'infligeait-elle toutes ces complications ? Elle ne doutait pas que, si elle avait été prête à s'attacher ainsi, Charlie lui aurait parfaitement convenu. Il était gentil, intelligent, mature et ils s'entendaient tous deux à merveilles. Elle était aussi convaincue qu'elle aurait pu trouver auprès des dragons de la réserve toute l'adrénaline dont elle ressentait le manque en permanence depuis la fin de la guerre.
Tout le souci résidait dans le fait que, lorsqu'elle envisageait une telle possibilité, cela ressemblait à une fuite. Et en bonne Gryffondor, elle ne pouvait se résoudre à suivre un tel chemin. Elle était persuadée qu'elle pourrait être heureuse, au moins quelques années. Mais elle avait peur de finir par regretter un tel choix.
Alors, avant que l'envie ne se fasse trop forte, Hermione s'écarta avec regret de Charlie, quittant la bulle de sécurité rassurante qu'il formait autour d'elle. Ils échangèrent un dernier regard avant que Charlie ne se détourne pour rejoindre les autres, une lueur de résignation traversant le bleu de ses yeux.
Hermione retint difficilement une larme en montant dans l'âtre de la cheminée pour rejoindre le 12 Grimmauld Place. Lorsqu'elle ressortit de l'autre côté, elle se laissa tomber au sol à genoux devant la cheminée. Les larmes qu'elle retenait depuis trop longtemps s'échappèrent de ses yeux dans la foulée.
A présent que les vannes étaient ouvertes, la jeune femme avait l'impression de ne plus pouvoir retenir les torrents de larmes qui dévalaient la pente de ses joues. Elle pleurait de renoncer à Charlie. Elle pleurait de fatigue. Elle pleurait d'avoir l'impression de ne plus avoir le contrôle sur sa vie. Elle pleurait de peur. Elle pleurait tous les morts de la guerre pour lesquels elle n'avait pas encore versé une larme. Elle pleurait de douleur. Elle pleurait de doute. Elle pleurait de frustration.
Au bout de quelques minutes, son nouvel animal de compagnie vint se blottir contre elle, essayant de la réconforter ou venant quémander de la nourriture. Hermione prit le chaton dans ses bras avant de le serrer contre son torse.
Elle se sentait seule, perdue et plus indécise que jamais. Elle en venait à requestionner le moindre de ses choix depuis la fin de la guerre et elle n'avait de cesse de se demander quand sa vie était devenue aussi compliquée. La réponse était toute faite dans son esprit. Elle se matérialisait sous la forme d'un maître des potions à l'allure ténébreuse.
– Qu'est-ce que je suis en train de faire ? questionna-t-elle l'animal en sachant pertinemment qu'il ne lui répondrait pas.
Elle se perdit dans le regard jaunâtre du chaton, espérant vainement y trouver des réponses à ses questions. Bien malgré elle, elle regrettait presque que ce ne soient pas des yeux noirs caractéristiques qu'elle soit en train de contempler.
Elle se souvenait de toutes ces fois où, en cours, elle avait senti le regard de Snape s'attarder sur elle, l'observant comme le chaton le faisait à présent. Elle s'était entraînée à préparer ses ingrédients parfaitement, juste pour qu'il n'ait rien à y redire. Elle avait passé un temps inconsidérable à étudier les potions pour que, lorsqu'il la regardait ainsi, il ne soit pas déçu du spectacle qu'elle lui offrait.
Généralement, elle avait fait mine de ne pas remarquer l'attention persistante qu'il lui portait, continuant la préparation des onguents et mixtures qu'il leur demandait. Mais parfois, lorsque la potion était trop simple ou lorsqu'elle était dans un temps d'attente, ayant déjà préparé les ingrédients suivants et patientant jusqu'au moment propice pour les ajouter dans le chaudron, parfois elle avait relevé les yeux sur lui.
Elle s'était perdue dans les profondeurs ténébreuses de son regard. Elle avait cherché à plonger toujours plus loin dans le gouffre sans fond qu'étaient ses yeux. Si, comme le disait l'adage, les yeux sont les fenêtres de l'âme, elle s'était souvent questionnée sur cette impression qu'elle avait eue que les yeux de son professeur ne reflétaient rien.
Elle avait cherché à comprendre pourquoi il se cachait ainsi derrière un faux-semblant d'impassibilité. Rien ne semblait pouvoir atteindre cet homme. Pourtant, si tel était le cas, alors pourquoi posait-il si souvent son regard sur elle, ainsi ? Que cherchait-il dans leurs échanges oculaires ? Elle était persuadée qu'elle n'avait pas été la seule à ressentir cette tension qui naissait instantanément lorsque leurs yeux s'accrochaient.
Puis, lorsque l'homme était mort devant elle, toutes les questions qu'elle s'était posées concernant l'homme, au fil des ans, l'avaient frappée avec brutalité. Comme pour lui reprocher de n'avoir aucune réponse et de ne plus jamais pouvoir en avoir.
Lorsqu'elle avait compris qu'il n'était finalement pas mort, elle avait eu l'impression d'avoir une seconde chance. Une seconde chance qu'elle ne devait surtout pas gâcher et elle avait l'impression de devoir courir après le temps pour obtenir ses réponses avant que l'homme ne disparaisse de nouveau.
Depuis, elle se sentait souvent oppressée. C'était un peu comme lorsqu'elle avait utilisé le retourneur de temps en troisième année. Lorsqu'elle avait voyagé dans le passé, elle avait toujours eu cette sensation de devoir se dépêcher avant que le temps ne manque. Elle s'était épuisée à courir continuellement contre le temps, sans jamais parvenir à le rattraper et encore moins à prendre de l'avance.
Snape lui semblait aussi insaisissable que le temps. Aussi fuyant mais aussi attirant. Aussi connu mais aussi mystérieux. Aussi oppressant mais aussi indispensable.
Elle n'arrivait pas à imaginer fuir loin de lui parce qu'elle ne pouvait se résoudre à tirer un trait sur tous les efforts qu'elle avait faits jusqu'ici pour le comprendre. Elle avait besoin de réponses à ses questions, même si, en le côtoyant, elle avait plutôt l'impression constante d'accumuler toujours plus de questions sans réponses.
Et une part d'elle était aussi attirée par la montagne de connaissance qu'était cet homme. Elle avait l'impression qu'elle pourrait en apprendre plus auprès de lui que de n'importe qui. Elle avait l'impression qu'elle pourrait toucher à des sujets dont elle n'imaginait même pas encore l'existence. Elle espérait trouver auprès de lui ce puits de connaissances qui lui permettrait de retrouver ses parents. Elle espérait trouver auprès de lui ce puits de connaissances qui comblerait le gouffre sans fond qu'elle avait l'impression que son esprit était.
Lorsqu'elle se perdait dans ses yeux, elle n'était pas bien sûr d'y chercher réellement Snape. Peut-être, au fond, se cherchait-elle elle-même. Elle avait senti depuis longtemps ce lien qui les unissait. Ils se ressemblaient tous deux bien plus qu'elle ne l'avait pensé au départ, comme l'avait fait remarquer Singley lors du procès.
Trop intelligents pour leur propre bien. Trop curieux, trop avides d'apprendre. Ils ne feraient certainement que se tirer l'un l'autre vers des pentes dangereuses, dont ils n'étaient pas certains de ressortir indemnes, mais Hermione ne pouvait tout simplement pas envisager autre chose que de s'engager à ses côtés sur la pente. Même si elle devait en souffrir.
Et ce fut ce qu'elle fit, pendant les quelques jours qui suivirent. Elle souffrit, ayant l'impression qu'elle ne surmonterait jamais les doutes qui l'étreignaient constamment. Elle avait l'impression de vivre comme un automate, comme juste après la Victoire, lorsque l'avenir lui avait paru à la fois si flou et en même temps plus certain que jamais.
Durant quelques jours, Hermione répéta la même routine épuisante et angoissante. Elle se levait avec l'aube, incapable de rester plus longtemps aux proies des ténèbres de son esprit. Puis elle se préparait, petit-déjeunait et passait généralement la matinée à bricoler, nettoyer, aménager ou décorer la maison.
Ensuite, elle mangeait l'un des plats que Molly lui avait fait de nouveau parvenir et elle finissait par se rendre dans la bibliothèque. Elle s'asseyait à la table sur laquelle elle avait empilé les livres qu'elle avait sélectionné et… elle restait là, pendant des heures, les yeux rivés sur les ouvrages, incapables de les ouvrir.
Elle ne cessait de ressasser les avertissements de Charlie, ses rêves, ses cauchemars, ses doutes et ses peurs. Elle se sentait incapable d'oublier tout ça. Elle se sentait vaseuse et épuisée.
Elle n'arrivait même pas à se plonger dans les livres, son esprit refusant catégoriquement de se concentrer suffisamment. Et surtout, elle était incapable de choisir quelle pile entamer. Il y avait celle pour trouver un remède pour rendre les souvenirs à ses parents. Il y avait celle qu'elle avait changé entre les livres pour choisir son orientation et les livres pour avancer sur son apprentissage en potions. Il y avait celle pour le bricolage, la seule qu'elle parvenait un minimum à ouvrir, le matin. Et puis il y avait celle pour chercher des réponses à la survie de Snape.
C'était la dernière qui l'attirait le plus mais elle n'arrivait pas à se résoudre à en ouvrir le moindre bouquin. Dès qu'elle ne faisait rien qu'effleurer les couvertures des livres, elle avait l'impression d'entendre la voix de Charlie résonner dans son esprit, la dissuadant de faire le moindre geste supplémentaire en direction de cette pile.
Alors elle se questionnait sur ce que deviendrait sa vie quand Snape se lasserait d'elle. Et penser à cela l'empêchait d'entamer les manuels avancés de potions. Elle craignait qu'il ne change finalement d'avis et qu'elle ne soit simplement en train de faire la pire erreur de sa vie, sans même s'en rendre compte.
Mais le pire était peut-être lorsqu'elle posait ses yeux sur la dernière pile, la plus petite des quatre, celle qui pourrait peut-être lui rendre ses parents. Parce qu'elle avait la conviction, depuis l'instant où elle avait formé cette maigre pile, qu'elle ne trouverait aucune réponse ici. Et l'angoisse et la tristesse serraient alors son cœur jusqu'à ce que le chaton ne se rappelle à sa présence pour quémander de l'attention ou de la nourriture.
Hermione quittait alors la pièce sans un regard en arrière, sans avoir ouvert le moindre livre mais avec toujours plus de doutes à l'esprit. Si elle avait su que sa vie deviendrait aussi compliquée, elle aurait fait des choix différents. De cela, elle en était persuadée.
