Bonjour à tous et à toutes !
Me voici après deux semaines hyper chargées avec la suite de JCQLMNR que je suis sûre que vous avez attendue avec impatience ! J'espère qu'elle répondra à vos attentes et qu'elle vous plaira :)
N'hésitez pas à me laisser votre avis ! Bonne lecture et à bientôt !
14. Son corps le désirait
« Son corps le désirait de façon viscérale, impérieuse. Et son corps était en manque de lui, sans jamais l'avoir touché. Mais il y avait quelque chose d'indéfinissable. Au-delà de l'attirance physique. »
Annie Degroote
Hermione quitta la bibliothèque en direction de la cuisine, sans avoir ouvert le moindre livre de l'après-midi. Dans ses jambes, Umbre, le chaton à qui elle avait finalement pris le temps de trouver un nom, courrait dans tous les sens, excité à l'idée de son repas à venir. La jeune femme s'était décidée deux jours plus tôt sur le nom de l'animal, alors qu'elle l'avait vu se faufiler dans les ombres du couloir tandis qu'il pourchassait un papillon de nuit entré par une fenêtre laissée ouverte à la tombée de la nuit.
Elle avait manqué écraser la queue du chaton, ne l'ayant tout d'abord pas remarqué. Avec son pelage noir et ses pupilles dilatées dans l'obscurité, il se fondait presque parfaitement dans les ombres de la maison. Seule son oreille blanche dénotait et c'était d'ailleurs ce qui lui avait permis d'éviter in-extremis l'animal.
Lorsqu'elle lui avait proposé d'être renommé Umbre, Hermione avait vu une petite lueur briller dans le fond de son regard, ce qu'elle avait interprété comme un signe d'acceptation, même si elle se doutait imaginer cette intention plus qu'autre chose. Quoi qu'il en soit, l'animal semblait répondre à ce nom depuis, ce qui lui simplifiait la vie lorsqu'elle essayait de le retrouver alors qu'il se cachait dans l'une des pièces de la grande demeure.
Hermione servit quelques croquettes à l'animal puis décida de se poser un peu dans le salon avant de prendre elle-même son repas, l'heure n'étant pas encore trop avancée. Attrapant un plaid dans lequel elle s'emmitoufla confortablement, elle s'installa près de la fenêtre donnant sur la rue et laissa son regard se perdre sur l'extérieur.
Elle se sentait nostalgique, dans l'attente, incapable de faire quoi que ce soit pour changer les choses, et ce depuis plusieurs jours, si bien qu'elle s'en trouvait à la fois épuisée et exaspérée. Elle n'était pas habituée à se laisser ainsi aller à ses peurs et ses doutes. Elle avait l'impression de retrouver cette sensation qu'elle avait connue pendant la guerre, de ne pas savoir ce qui allait se passer le lendemain ou même plus tard. Elle était tout le temps dans l'expectative et c'était réellement fatigant. Elle avait espéré une vie plus tranquille et pourtant…
Pourtant elle pensait qu'elle ne pourrait pas se satisfaire d'une vie tranquille. Cela faisait trop d'années qu'elle vivait perpétuellement dans le danger, toujours sur le qui-vive, ses sens aux aguets. Cela faisait tellement longtemps qu'elle ne savait plus vivre différemment. Elle ne savait pas du tout si elle pourrait en être capable mais elle n'était même pas bien sûre d'avoir envie d'essayer.
Là dehors, elle pouvait observer les quelques passants dans la rue, qui profitaient de la fin d'après-midi pour sortir se promener en famille. Ils semblaient tous sereins, heureux de profiter du temps passé auprès de leurs proches. Et peut-être était-ce pour cela que Hermione ne parvenait pas à s'apaiser. Parce qu'elle, elle n'avait aucun proche à retrouver ou avec qui passer du temps, outre ses amis. Elle n'avait plus de famille et elle avait la douloureuse impression qu'elle n'en aurait plus jamais.
– J'ose espérer que vous avez fini de lire le moindre livre de la bibliothèque de cette demeure pour oser flâner ainsi au lieu de continuer vos recherches.
La voix grave de Snape surprit Hermione dans ses réflexions et elle se redressa en vitesse, encore une fois agacée qu'il puisse ainsi s'introduire chez elle à sa convenance, sans déclencher la moindre alarme. La pique bien sentie que Hermione était prête à lui lancer mourut toutefois sur ses lèvres lorsqu'elle se retourna et croisa le regard de l'homme qui la découvrit de face. Elle y décela un mélange d'intérêt, de pitié et de fatigue.
– Que vous arrive-t-il, miss Granger ? soupira Snape.
Il semblait faire un effort considérable en acceptant de poser cette simple question. Comme s'il considérait tout ce qui l'éloignait de son but comme une perte de temps inutile. Hermione le regarda un instant sans répondre. Lui révéler ses doutes et sa tristesse était bien la dernière chose qu'elle avait envie de faire.
L'homme s'approcha d'elle et Hermione se recroquevilla imperceptiblement sur elle-même, essayant inconsciemment de se protéger de la puissante aura que dégageait Snape. Elle s'attendait presque à ce qu'il l'attrape par le bras et la conduise de force dans la bibliothèque pour lui plonger la tête dans les livres. Et au final, elle aurait presque préféré qu'il s'en tienne à cela.
Parce que lorsqu'il attrapa son menton, pour la forcer à relever son regard sur lui, elle réalisa seulement à sa vision trouble que quelques larmes avaient débordé de ses yeux. Le réaliser ne fit qu'augmenter encore plus sa peine. Ses parents lui manquaient terriblement. Elle avait cru pouvoir faire face, être forte et indépendante mais elle avait l'impression de n'être qu'une enfant, battant frénétiquement des jambes dans l'océan de la vie pour essayer de rester à la surface. Elle se sentait affreusement seule. Et elle ne voulait pas que Snape la voie ainsi. Elle ne voulait pas le laisser découvrir ses fêlures et ses peurs.
D'un geste doux qu'elle ne l'aurait jamais imaginé pouvoir avoir, Snape passa sa main sur la joue de Hermione, pour recueillir les quelques gouttes d'eau qui dévalaient encore sur sa peau. Un frisson traversa le corps de la brune et, lorsqu'elle croisa les ténèbres des yeux de l'homme, toute pensée cohérente s'effaça de son esprit. Le vide se fit en elle, éloignant ses peurs et ses pleurs.
Elle respira profondément, profitant de ce répit tout en sachant qu'elle ne devrait pas se perdre ainsi dans son regard. Elle ne devrait pas se laisser aller ainsi parce qu'elle avait l'impression que le retour à la dure réalité était à chaque fois plus difficile.
– Que s'est-il passé ? demanda Snape à voix basse, comme s'il ne voulait pas rompre la tranquillité tout juste retrouvée de la brune.
Hermione entendit à peine sa question, toute concentrée sur ce vide, ce gouffre qui engloutissait tous les sentiments négatifs qui ne l'avaient pas quittée de la semaine. Elle avait l'impression de pouvoir enfin respirer pour la première fois depuis quelques jours. Depuis le procès de Snape, la dernière fois qu'elle l'avait vu, ou depuis le départ de Charlie, elle n'aurait su le dire.
Comprenant certainement qu'il n'aurait pas de réponse, Snape sembla décider avoir perdu assez de temps à questionner la brune et lui montrer de l'intérêt. Avant que Hermione n'ait la possibilité de faire quoi que ce soit pour l'en empêcher, elle sentit une pression s'exercer sur son esprit, signe que l'homme allait chercher ses réponses directement à la source.
Snape ne resta pas longtemps dans le méandre des souvenirs de Hermione. Il trouva rapidement la source de la tristesse de la brune, principalement liée à l'absence de ses parents. Il remonta le fil jusqu'à comprendre ce que la jeune fille leur avait fait subir et il ressortit rapidement, avant de s'éloigner brusquement de Hermione.
Malgré la perte du contact visuel, Hermione se concentra pour conserver la tranquillité relative qu'il avait fait naître si rapidement en elle. Elle ignora de ce fait ses allers-retours réguliers dans le salon, s'étonnant à peine que l'homme n'ait pas réagi davantage.
Hormis Ginny, Ron et Harry, personne n'était au courant de ce que Hermione avait fait à ses parents pour les protéger. Elle était persuadée que beaucoup ne comprendraient pas son geste. Beaucoup le lui reprocheraient certainement si cela venait à s'ébruiter. Alors elle avait gardé tout ça pour elle, même si c'était terriblement douloureux. Et c'était en partie pour cela, aussi, qu'elle s'était retenue de se confier complètement à Charlie, parce qu'il n'était pas au courant de tout.
Par chance, avec la guerre, personne n'avait accordé la moindre importance à tout ça et ensuite, elle n'avait côtoyé que Harry et les Weasley, qui avaient déjà bien suffisamment à penser pour s'inquiéter de ce qu'il advenait des parents de Hermione. Tant qu'elle n'en parlait pas, personne ne se doutait de rien.
Mais Snape ne semblait pas savoir comment réagir à tout ça. Il faisait les cents pas dans le salon, alternant entre un semblant de colère, de perplexité et, parfois, ce qui ressemblait à du respect.
– Vous ne vous facilitez vraiment pas la vie, miss Granger, finit-il par soupirer.
– La vie ne serait-elle pas trop ennuyeuse autrement ? répondit Hermione avec un sourire amer.
L'homme se contenta de hocher la tête, signe qu'il partageait son avis, sans même relever l'ironie de son ton. Lui-même s'entêtait à vouloir absolument trouver ce qu'il lui était arrivé alors qu'il aurait pu simplement profiter de sa seconde chance et sa nouvelle liberté.
– Nous avons suffisamment de mystères insolubles à résoudre comme cela, miss Granger. J'ose espérer que vous ne me cachez plus rien.
Hermione fut particulièrement touchée par la réponse de l'homme qui proposait, par ces quelques mots, de l'aider à trouver une solution pour ses parents, même s'il ne l'exprimait pas explicitement. Pourtant, elle n'était pas certaine d'avoir envie de le mêler à tout ça.
– Je ne vous ai rien demandé…
– Non, en effet, accorda Snape. Mais j'ai besoin que vous soyez concentrée pour ce que moi, je vous ai demandé. Et je sais pertinemment que vous ne le serez pas si nous ne cherchons pas une solution pour aider vos parents. C'est donnant donnant, miss Granger, d'accord ?
Snape tendit l'une de ses mains en direction de Hermione pour sceller cet accord, dans un réflexe qu'il n'eût pas le temps de réfréner. Il sembla le regretter à la seconde où sa main fut tendue en avant, dans l'espace qui les séparait, tandis qu'il la regardait étrangement. Avant qu'il n'ait le temps de se raviser, Hermione glissa sa propre main dans celle de l'homme et la serra légèrement.
La paume de l'homme englobait celle, plus petite de la jeune fille. Les rugosités causées par la fabrication des potions n'étaient pas désagréables contre la peau douce de Hermione. Hermione avait l'impression qu'une certaine chaleur, un certain réconfort, se répandait dans tout son corps depuis cette simple poignée de main.
– Merci, professeur.
– Je ne suis plus votre professeur pour le moment, miss Granger, rectifia Snape d'une voix lasse.
– Comment voulez-vous que je vous appelle alors ? questionna Hermione d'une petite voix.
– Peu importe, soupira l'homme en haussant les épaules.
– Merci, Severus, reprit Hermione après un temps d'hésitation.
Snape planta son regard dans celui de la brune, apparemment perturbé d'entendre son prénom sortir de la bouche de la jeune femme. Sans doute étonné qu'elle ait osé l'utiliser également. Il ne dit rien pour autant et Hermione lui retourna un petit sourire, ravie de parvenir à percer l'une des couches de glace derrière lesquelles il se cachait quotidiennement.
– De rien, miss Granger.
– Vous pouvez m'appeler Hermione si vous le souhaitez, osa répondre la jeune fille d'une voix faible.
Elle cherchait à tester les limites de l'homme, pas certaine de la façon dont leur relation évoluait. Elle ressentait le besoin de savoir jusqu'où elle pouvait aller avec lui, jusqu'où il la laisserait faire.
– Non merci, rétorqua froidement Snape. Vous proposez cela au premier venu, cela n'a aucune valeur pour vous.
Tout en parlant, l'homme lâcha finalement la main de Hermione et se retourna, tournant le dos à la jeune femme. Hermione ne put s'empêcher de sourire face à la scène. Était-il possible que Snape soit en train de bouder ? Si ça avait été n'importe qui d'autre, elle en aurait été persuadée.
– Severus, l'appela-t-elle dans un souffle.
Non habitué à entendre son prénom être ainsi prononcé par son ancienne élève, l'homme se retourna sans pouvoir s'en empêcher et croisa son regard pétillant. Hermione prit les devants avant qu'il n'ait le temps de prononcer la moindre remarque désagréable.
– Seriez-vous jaloux de Deschenes ?
Une lueur de mépris traversa le regard de l'homme.
– Quand cesserez-vous de raconter de telles inepties ?
– Vous n'avez aucune raison de l'être, continua Hermione en ignorant sa remarque.
– Je ne le suis pas.
– Vous êtes le meilleur maître des potions au monde. Vous êtes un héros. Et malgré votre mauvais caractère, vous êtes quelqu'un de bien.
Hermione semblait incapable de s'arrêter sur sa lancée. Elle voulait lui faire comprendre la façon dont elle le voyait, qui semblait si éloignée de l'image qu'il paraissait avoir de lui-même. Elle voulait lui faire comprendre qu'il méritait la seconde chance qu'il avait eue et qu'elle ne l'aidait pas que parce qu'elle y était obligée. Lui, la regardait d'un air perplexe, semblant essayer de déceler si elle était en train de se moquer de lui.
– Et puis, en plus, vous avez la meilleure apprentie qui existe au monde ! rigola Hermione pour détendre l'atmosphère. Et vous ne cherchez pas juste à la mettre dans votre lit.
La dernière phrase était sortie sans que Hermione ne puisse la retenir et elle rougit légèrement face à sa spontanéité inhabituelle.
– Ça, c'est vous qui le dites.
La remarque de Snape fit taire Hermione sur le champ. Elle posa un regard indécis sur l'homme face à elle, ne sachant comment réagir. Pour une fois, elle était persuadée que l'homme avait bel et bien prononcé ces quelques mots à voix haute. Elle n'arrivait toutefois pas à savoir s'ils étaient liés à sa dernière phrase ou à la précédente.
La lueur amusée qui régnait dans le noir du regard de Snape lui fit comprendre qu'il l'avait fait exprès et qu'il était particulièrement fier du trouble qui avait saisi Hermione. Décidant qu'elle en avait assez de le laisser lui marcher sur les pieds ainsi, Hermione oublia toute raison et décida de s'amuser à son tour de l'homme.
Elle se rapprocha alors de lui, empiétant sur les quelques centimètres qui les séparaient. Elle vit parfaitement l'homme tressaillir tandis qu'il semblait se questionner sur ce qu'elle était en train de faire. Hermione elle-même n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle faisait. Tout ce qu'elle savait, c'était que lorsqu'elle était ainsi avec Snape, toute pensée désagréable disparaissait et que ça lui faisait un bien fou de ne plus ressentir cette tristesse sans fond qui empoignait son cœur depuis plusieurs jours.
La brune ne s'arrêta que lorsqu'il ne resta plus que deux minuscules centimètres de distance entre son corps et celui de son ancien professeur. Lentement, elle posa l'une de ses mains sur le torse de l'homme qui fronça les sourcils en la regardant faire. Son autre main alla se perdre sur la nuque de Snape, l'obligeant à se pencher légèrement vers elle, rapprochant par la même leurs visages. Leurs yeux étaient rivés les uns aux autres. Les ténèbres, noires comme la nuit, affrontaient la tentation, ambrée comme le firewhisky.
– Vous auriez pu simplement le dire plus tôt si c'était tout ce que vous cherchiez, susurra Hermione d'une voix chaude. Cela nous aurait évité bien des déconvenues à tous les deux.
Le regard de Snape glissa sur les lèvres de la jeune femme avant de revenir plonger dans le sien. Elle s'était attendue à ce qu'il la repousse. Au lieu de cela, il sembla se prêter à son petit jeu, pour la provoquer toujours plus et sans doute pour ne pas perdre face à elle. Leur relation semblait au final n'être qu'un éternel défi. C'était à celui qui reculerait le premier, constamment.
L'homme posa une main dans le creux des reins de Hermione, l'attirant contre lui, effaçant les derniers centimètres qui séparaient encore leurs corps. Il glissa sa seconde main sous le menton de la brune, effleurant sa lèvre inférieure de son pouce. Le contact fit frissonner Hermione bien malgré elle et elle commença à douter du bien-fondé de son petit jeu. Qui savait jusqu'où Snape était prêt à aller, juste pour gagner ? La situation ressemblait d'ailleurs beaucoup trop au début de certains rêves que Hermione avait faits depuis quelques temps.
– Faites attention à vous, vous ne pouvez que perdre à ce petit jeu contre moi.
– Serait-ce si terrible de perdre ? questionna Hermione en réalisant tout juste à quel point ces mots sonnaient juste à ses oreilles.
– Vous ne savez pas dans quoi vous vous engagez.
– Avec vous, je ne le sais jamais de toute manière, rigola légèrement Hermione.
Le regard de la brune glissa sur les lèvres de l'homme, qui n'étaient qu'à quelques minuscules centimètres des siennes. Elle aurait pu les atteindre d'un simple léger mouvement de tête. Et là, à cet instant précis, elle n'avait jamais eu autant envie de les goûter.
Elle en oubliait l'identité de l'homme. Elle en oubliait son mauvais caractère, son physique pas si avantageux que ça, son âge plus avancé, son statut de professeur. Elle savait juste qu'il parvenait à tout lui faire oublier en quelques minutes. Elle savait juste qu'elle se sentait terriblement bien là, enfermée dans ses bras.
C'était loin de la chaleur et la sensation de sécurité qu'elle avait trouvé dans ses étreintes avec Charlie. Au contraire, Snape était aussi glacial qu'elle avait l'impression de l'être. Seul le danger émanait de lui. Mais ce n'en était que d'autant plus attirant et affreusement tentant.
– Que cherchez-vous, Hermione ?
Son prénom, prononcé par l'homme dans un souffle, sonnait étrangement aux oreilles de la brune mais elle aurait menti si elle avait dit ne pas apprécier cette sonorité. Son ventre se tordit d'anticipation. Son souffle se bloqua dans sa poitrine. Elle remonta son regard, glissant sur ses pommettes hautes et anguleuses ainsi que sur les ombres formées par les longs cils de l'homme, avant de plonger dans le gouffre du regard féroce de Snape.
Une fois n'est pas coutume, toute une foule d'émotions semblait le traverser. Elle y décelait de la perplexité et du doute, mais aussi de l'envie et du désir. L'homme semblait complètement perdu, certainement partagé entre la tentation de simplement céder à la brune et sa raison, qui lui soufflait que la jeune femme se jouait de lui ou était juste trop perdue ou perturbée pour se rendre compte de ce qu'elle faisait réellement.
Le temps sembla s'éterniser entre eux tandis que la tension montait de plus en plus, rendant l'air presque électrique. Aucun d'eux n'osait bouger et faire le premier pas, dans un sens ou dans l'autre. Ils en venaient presque à espérer que la situation évolue d'elle-même, pour ne pas avoir à prendre un choix qui bouleverserait de façon certaine la relation déjà étrange qui naissait entre eux et dont ils ignoraient encore les limites. Chacun d'eux était perdu dans le regard de l'autre, essayant de sonder son âme pour trouver la réponse à ce qu'ils devaient faire de cette situation.
Lorsque la cheminée s'éclaira soudainement de vert, ils sursautèrent tous deux et se séparèrent brutalement, s'éloignant de plusieurs pas, avec l'impression d'avoir été pris en faute. Hermione souffla longuement, ayant l'impression de ne pas avoir respiré depuis plusieurs minutes. Elle remarqua que l'homme tournait le dos à la cheminée et à elle-même, peut-être le temps de remettre en place les barrières qu'elle semblait avoir fait tomber en lui.
La brune n'aurait su dire si elle était heureuse ou contrariée de cette interruption. Quoi qu'il en soit, elle avait l'impression d'avoir brusquement froid, à cause de l'éloignement trop rapide avec la chaleur du corps de Snape. Elle pouvait encore sentir des fourmillements parcourir son corps, notamment au niveau de sa lèvre inférieure contre laquelle il avait joué de son pouce.
Harry débarqua dans le salon une seconde après seulement, changeant immédiatement les idées de la brune. Hermione ne put que se féliciter d'avoir été dans le salon à ce moment-là, n'osant imaginer le scandale que cela aurait été si son ami l'avait trouvé dans la position dans laquelle elle s'était trouvée juste avant avec Snape.
Le jeune homme la salua chaleureusement avant de remarquer la présence de Snape. Il fit glisser plusieurs fois son regard entre les deux avant de détailler plus attentivement Hermione. La jeune fille avait les yeux et les joues rougies. Les uns marqués par les larmes qu'elle n'avait pu retenir avant que Snape ne débarque, les autres à cause de ce qu'il venait de se passer entre l'homme et elle.
– Professeur Snape, salua-t-il finalement d'une voix prudente.
Sans doute se questionnait-il sur le fait que l'homme ait pu blesser Hermione d'une quelconque manière, expliquant ses yeux rougis. Le maître des potions lui répondit sans même prendre la peine de se retourner, illustrant par la même à quel point le garçon lui semblait insignifiant.
– Potter.
Debout entre les deux, Hermione se sentait particulièrement mal à l'aise. Elle se fustigeait mentalement pour le moment étrange qu'elle venait de partager avec Snape. Mais elle se sentait déçue, bien malgré elle, que les évènements aient été ainsi interrompus.
– Une tasse de thé ? proposa-t-elle pour se créer une occupation.
– Je ne vais pas m'attarder plus longtemps, répondit Snape d'une voix aussi froide que d'habitude.
L'homme prit finalement la peine de se retourner et planta son regard dans celui de la brune. Toute émotion avait de nouveau disparu du noir de ses yeux et il la fixait de nouveau de son air insondable. Il ne fallut qu'une seconde pour que Hermione sente la vague de magie l'atteindre en un picotement qui parcourut son corps de bas en haut.
« Demain matin à l'aube nous irons au Manoir Malfoy pour nos recherches. Soyez prête. »
Les mots s'inscrivirent dans l'esprit de Hermione. Elle était consciente que l'homme ne les avait nullement prononcés et elle était reconnaissante pour sa discrétion vis-à-vis de Harry. Harry qui, justement, les regardait d'un air étrange à tour de rôle, sentant certainement qu'il manquait quelque chose sans pour autant parvenir à mettre le doigt dessus.
– Très bien, merci d'être passé…
Hermione laissa la fin de sa phrase en suspens, ne sachant quel titre décerner à l'homme. Autant son prénom avait passé facilement la barrière de ses lèvres lorsqu'ils n'avaient été qu'eux deux, autant là, devant Harry, ça lui semblait presque impossible.
– Bonne soirée, miss Granger, répondit Snape dans la foulée, semblant comprendre son trouble.
Il lâcha son regard moins d'une seconde plus tard, la libérant de son emprise et Hermione sentit son ventre se serrer légèrement. Snape pivota légèrement vers Harry et le salua d'un simple « Potter » avant de prendre la direction de la porte d'entrée. Hermione ne put retenir un léger sourire en le voyant faire, ravie qu'il utilise enfin un moyen conventionnel pour entrer ou sortir de chez elle.
– Professeur ! le rattrapa toutefois Harry alors que l'homme avait la main sur la clenche de la porte du salon.
Snape se retourna dans un mouvement de cape et jeta un regard agacé au garçon.
– Qu'il y a-t-il, Monsieur Potter ? soupira-t-il d'une voix glaciale.
– Je…, hésita Harry avant qu'un air plus déterminé prenne place sur son visage. Je voulais vous remercier pour ce que vous avez fait… Vous savez… Pendant toutes ces années, pour ma mère et moi.
– Je n'ai pas fait tout ça pour vous Potter, inutile de me remercier.
– Je m'en doute, rigola Harry. J'y tenais quand même.
Les deux s'observèrent pendant plusieurs secondes avant que finalement, à la plus grande surprise de Hermione, Snape hoche la tête en direction de Harry. C'était l'un de ces rarissimes signes de reconnaissance dont l'homme était avare. Et Hermione ne put s'empêcher d'être jalouse de ne pas en être la destinataire.
Une seconde après, Snape avait disparu dans un tourbillon de cape et la brune ne put qu'observer la porte du salon se refermer sur lui. Elle reporta ensuite son attention sur son ami qui la détaillait du regard, un pli soucieux barrant son front.
– Est-ce que j'ai interrompu quelque chose ? questionna-t-il d'un ton incertain.
– Non, Snape est… Il est juste passé me déposer un livre, mentit la jeune fille.
En réalité, elle aurait été bien en vaine de donner la véritable raison de la visite du maître des potions. Était-il simplement venu pour lui dire d'être prête pour le lendemain matin ? Un hibou aurait été amplement suffisant. Elle était toutefois reconnaissante qu'il ait pris la peine de se déplacer. Cette entrevue lui avait fait du bien, même si elle était la cause d'encore plus de doutes dans l'esprit de Hermione.
– Est-ce que…, commença Harry avant de s'interrompre.
Hermione l'incita d'un regard à continuer sur sa lancée.
– Est-ce que tu vas bien, 'Mione ?
– Oui, ça va.
Le regard que posa Harry sur elle suffit à lui faire comprendre qu'il n'en croyait pas un mot. Lassée de lui mentir sur tout, Hermione décida qu'elle ne risquait pas grand-chose à lui avouer la vérité sur ce coup-ci. Et puis cela lui permettrait de justifier le fait qu'elle rencontre souvent Snape pendant l'été, avant le début de son apprentissage, ce qu'elle ne doutait pas que ses amis allaient remarquer.
– Mes parents me manquent…, souffla-t-elle. Snape a accepté de m'aider à leur rendre leurs souvenirs, si tant est que ce soit possible.
– S'il y a bien quelqu'un qui peut défier toutes les lois de la nature et de la magie, c'est bien Snape.
Hermione ne put s'empêcher de sourire à la remarque de son ami. Elle n'aurait pu trouver des mots plus justes. Elle était aussi reconnaissante que son ami ne lui fasse pas de reproches ou de conseils de prudences. Elle en avait déjà bien assez eu avec Charlie et le soutien sans faille que semblait lui apporter Harry lui allait droit au cœur.
Encore une fois, et d'autant plus après avoir vu la petite scène entre Snape et lui, Hermione réalisa à quel point son ami s'était assagi depuis la fin de la guerre. Qui aurait cru qu'un jour ces deux-là pourraient avoir une conversation sans animosité, même si ça n'avait été l'affaire que de quelques mots ?
– Qu'est-ce qui t'amenait au départ ? questionna la brune, ne souhaitant pas approfondir la conversation à propos du maître des potions.
Elle espérait ainsi parvenir également à détourner l'homme de ses pensées en se focalisant sur autre chose. Elle avait encore peine à croire ce qui venait de se passer, et dont elle avait été l'investigatrice.
– J'ai finalement accepté la proposition de Shacklebolt.
– C'est vrai ? C'est super, Harry, félicitations !
Le brun allait ainsi gonfler les rangs des apprentis aurors dès la rentrée de Septembre. Même s'il avait longtemps hésité à ce sujet, ça avait été le métier qui l'avait le plus attiré depuis qu'il avait rejoint le monde magique. Il savait qu'il avait les capacités nécessaires et il ne pouvait nier que, malgré tout ce qu'il avait traversé, il avait toujours cette envie, profondément ancrée en lui, d'aider les autres. En devenant auror, il espérait pouvoir protéger les plus faibles et empêcher l'ascension d'autres sorciers un peu trop bercés dans la magie noire.
– D'ailleurs, Shacklebolt m'a informé que tous ceux de notre année se verraient offrir leur diplôme, parce que l'organisation à mettre en place pour nous permettre à tous de le repasser, voire de refaire une année, serait trop compliquée. Et que, bon, on a tous montré nos capacités lors de la guerre.
Hermione hocha simplement la tête, compréhensive des mesures prises par le Ministère mais malgré tout déçue de ne pas avoir pu montrer ses capacités jusqu'au bout. Elle était sans doute la seule, mais elle avait réellement eu envie de passer ses ASPICS. Au-delà du diplôme, ils représentaient la fin de leur scolarité à Poudlard, la reconnaissance de tous les efforts qu'ils avaient fournis pendant sept ans. Là, elle avait l'impression qu'une porte se refermait sur elle sans qu'elle n'ait eu son mot à dire. Sans qu'elle ne l'ait vu venir ou qu'elle n'ait pu s'y préparer non plus.
– Du coup, ce soir, on sort Hermione, continua Harry avec un grand sourire, sans lui laisser le temps de se morfondre trop longtemps à propos de tout ça.
La jeune fille regarda son ami avec hésitation. Elle n'était pas contre passer la soirée avec ses amis mais elle se sentait incroyablement lessivée et son lit l'attirait particulièrement. Elle avait l'impression que chacune de ses rencontres avec Snape lui faisait cet effet-là, la laissant épuisée et émotionnellement à vif.
– Tu ne peux pas refuser, rajouta le brun avant qu'elle n'ait la possibilité d'inventer une quelconque excuse.
La jeune femme hésita à argumenter, ouvrant et refermant la bouche plusieurs fois avant de finalement se résigner en haussant les épaules. Dire non à Harry lui avait toujours été difficile.
– Qui sera présent ?
– Oh, sans doute pas grand monde, la rassura Harry. J'ai demandé à Ron de s'occuper des invitations. Il y aura sans doute Neville, Ginny, peut-être Luna et quelques membres de l'AD, je ne sais pas trop.
La brune se contenta de hocher la tête avant de monter se préparer. Harry lui proposa de se retrouver au Chaudron Baveur dans l'heure qui suivait et il s'éclipsa afin d'aller se préparer également.
