Chapitre 3 : Les Secrets
Il faisait beau et chaud. On pouvait entendre les oiseaux chanter et toutes sortes d'animaux en cet été 1972. Le vent soufflait par moment pour rafraîchir cette atmosphère lourde et étouffante. Certains restaient cloîtrés chez eux et d'autres étaient partis travailler. Il n'y avait personne dans le parc du quartier Lodge, sauf une fille jouant à la balançoire tandis que sa robe blanche se soulevait légèrement. Ses yeux fixaient inlassablement le ciel bleu, aussi limpide que pouvait être l'eau. Ses parents étaient partis travailler tandis que sa sœur s'était rendue chez une amie, grand bien lui fasse. Ainsi, elle était plus ou moins tranquille durant ses vacances d'été.
Cela faisait maintenant un mois que les vacances avaient débuté et le mois d'août s'annonçait tout aussi chaud que juillet. Elle n'avait pas souvent vu Remus, n'osant pas aller chez lui et imposer sa présence et les rares fois où ils se voyaient, c'était dans cet endroit. Ce parc était leur lieu de rendez-vous. Elle y venait tous les jours, espérant voir son ami. Parfois, elle attendait jusqu'à ce que le soleil vienne à se coucher, se balançant, encore et encore, tout en rêvassant. Elle aimait beaucoup la présence de Lupin ; il était calme, sérieux et très doux.
C'était toujours un plaisir de parler avec lui, même si la plupart du temps elle ne savait pas quoi dire ou quoi faire. Alors Remus posait des questions et elle y répondait et vice versa, apprenant ainsi à se connaître petit à petit. Oh certes, c'était plus ou moins des questions anodines : quelle couleur préférait-il ? Quels plats favoris aimait-elle ? Quel était son style de musique ? Sa matière favorite ? Chacun leur tour, ils y répondaient, s'amusant parfois, s'étonnant l'un à l'autre pour les similitudes qu'ils pouvaient retrouver. Ils aimaient la même couleur, le bleu en l'occurrence, ou encore ils appréciaient le même dessert : le gâteau au chocolat. Remus avait pour matière favorite la défense contre les forces du mal et les sortilèges tandis que Fauve aimait la métamorphose, la botanique et les potions. Fauve adorait voler au contraire de son ami. Un sourire apparut sur ses lèvres en repensant à ces similitudes ou ces divergences. Elle se sentait bien avec le Gryffondor.
« À quoi penses-tu ? »
La concernée sursauta légèrement et vit celui à qui cette voix appartenait, appuyé négligemment contre les barreaux de fer de la balançoire, les bras croisés, un sourire étalé sur son visage. Elle secoua alors la tête, refusant de répondre, tout en reprenant son balancement d'avant en arrière. Silencieusement, Remus l'observa puis s'installa à côté de Fauve sur la balançoire pour lui aussi se prendre au jeu, mais plus légèrement que son amie.
« Tu viens souvent ici, remarqua-t-il.
-J'aime bien, c'est calme, répondit-elle.
-Mais c'est aussi là où tu es certaine de me voir et de me rencontrer, souffla Remus en tournant la tête vers son amie qui s'arrêta soudainement de se balancer. »
Comment avait-il fait pour comprendre ? Était-elle si lisible ? Elle sentit alors la main de Lupin se poser sur son épaule et dire :
« Tu sais, tu peux venir chez moi. Ma mère serait ravie de faire ta connaissance et cela quand tu veux, insista-t-il.
-C'est juste que, enfin, je ne veux pas te déranger, murmura-t-elle d'une petite voix en levant les yeux vers le ciel. »
Le loup-garou haussa les sourcils, étonné. Pourquoi lui ferait-il cette proposition si elle le dérangeait vraiment ? Fauve pouvait vraiment avoir des questions déconcertantes. Il fallait toujours que ce soit à lui d'aller vers elle sinon son amie ne faisait jamais le premier pas, peut-être par peur d'être rejetée. Il reprit son balancement et déclara :
« Si je te le propose, c'est que cela me ferait très plaisir Fauve et puis, même si j'aime ce parc, on pourra encore mieux discuter chez moi et tenter de se trouver une occupation ! Tu aimes jouer aux échecs version sorcier ? proposa-t-il.
D'un seul coup, elle tourna ses yeux brillants d'espoir vers lui. Oh que oui, elle adorait y jouer !
« J'adore ! Tu en as un jeu chez toi ? Par contre, je ne suis pas très douée, avoua-t-elle en se grattant le dessus de la tête.
-Ne t'inquiète pas, rigola-t-il, le plus important c'est de participer, peu importe qui gagne. C'est ma mère qui m'a appris à y jouer et depuis, je ne peux plus m'en passer et toi ? Est-ce que ce sont tes parents qui…
-Non, j'ai appris toute seule, confia Fauve en se mordant les lèvres.
-Vraiment ? Souffla Remus, ébahi. Le jeu d'échec n'est pourtant pas très simple à apprendre surtout quand on est jeune. Comment as-tu fait ?
-Avec un livre, tout simplement, répondit-elle en souriant. Ça l'explique très bien et le plus important, c'est que je connaisse les règles, ajouta-t-elle comme pour clore la discussion. »
Le silence se fit de nouveau, seul le grincement de la balançoire venait le rompre. C'était étrange ; il ne connaissait pratiquement rien de la vie familiale de Fauve. Que faisaient ses parents ? De quelles origines étaient-ils ? S'entendait-elle bien avec sa sœur ? Comment s'appelait-elle ? Elle, elle savait tout sur sa vie : le fait que son père était mort et que sa mère était une Moldue travaillant en tant qu'infirmière. Comment faisait-elle pour en connaître autant sur la vie des autres ? Était-elle à ce point observatrice, attentive à son entourage ? Et si elle venait à découvrir son secret ? C'était le genre de personne qui pourrait résoudre ce point sombre de son existence. N'avait-elle pas déjà remarqué qu'il était souvent fatigué et surmené, lui rappelant fréquemment qu'il devait prendre soin de lui et se reposer ? Peut-être avait-il eu tort de vouloir se lier d'amitié avec elle ? C'était un gros risque qu'il prenait ! Peut-être valait-il mieux qu'il prenne un peu ses distances ? Il balaya alors toutes ses pensées d'un seul battement de cils. Non, il ne pouvait pas lui faire ça. L'abandonner au moment où elle commençait à s'ouvrir à lui, c'était cruel, trop cruel. Seulement, si elle venait à découvrir son secret, c'était Fauve qui viendrait à le laisser tomber puis à le fuir comme la peste ! Que faire ?
« Quelque chose ne va pas Remus ? demanda-t-elle soucieuse. »
Trop observatrice, trop dangereuse. Il se leva soudainement, surprenant Fauve qui fronça les sourcils. Trop cruel. Mais il ne voulait pas voir son visage prendre une mine effrayée et être repoussé par celle-ci. Il devait penser à sa sécurité. Personne ne devait être au courant, personne, sinon son secret allait se répandre et alors Albus Dumbledore ne pourrait plus rien pour lui. Il fallait qu'il trouve une excuse :
« Je me suis rappelé que ma mère m'avait demandé de faire des courses. Je vais devoir y aller, dit-il tandis que Fauve le regarda droit dans les yeux.
-Je comprends, dit-elle. Eh bien, je suppose qu'on se revoit un autre jour, ajouta la Gryffondor en se levant, tout en lui faisant un sourire.
Paraître heureuse, ne rien laisser voir, un masque impassible, infranchissable, ne jamais laisser les barrières être franchies. Jamais. Sans plus un mot, elle le salua et s'en alla avant même que Remus ait pu ajouter quelque chose. Son cœur se serra étrangement ; il le sentait, il l'avait blessée. Sa gorge se noua. Il n'avait pas eu d'autre choix ; c'était trop risqué. Alors pourquoi culpabilisait-il ? Pourquoi s'en voulait-il ? Il se détourna de la vision de son amie, s'enfuyant loin de lui, et partit dans la direction opposée. Si seulement tout pouvait être plus simple…
Fauve courait sur les trottoirs, encore et encore. Fuir, fuir, partir loin, loin, oublier tout. Encore une fois elle avait tout gâché. Elle savait que Remus ne reviendrait plus jamais vers elle, elle l'avait senti dans son ton ; il lui avait menti ! Encore une fois, elle s'était trop laissé aller, elle n'aurait pas dû lui faire confiance. Il était comme tous les autres et pourtant, pourtant elle avait vraiment cru qu'il serait différent. Alors pourquoi avait-elle vu dans son regard tant de détermination comme s'il venait à prendre une résolution ? Merlin qu'elle avait mal, mal, mal ! Elle voulait disparaître, tout casser, tout détruire ! S'était-elle attachée à ce point à Remus ? Elle avait cru qu'elle pourrait enfin se trouver un ami. Un ami qui l'aimerait pour ce qu'elle était et qui serait là quand elle en aurait besoin, mais encore une fois, elle s'était laissé emporter dans ses doux rêves. Trop faible, trop faible. Elle devait se faire plus forte, plus froide ! Plus personne ne l'atteindrait, plus jamais elle ne souffrirait inutilement ! Plus jamais...
Elle rentra alors directement chez elle et fonça tout droit dans sa chambre, son seul refuge, là où elle se sentait encore bien. Elle prit tout ce qu'elle avait sous la main et l'envoya valser, tapa dans les murs puis pleura. Les larmes roulèrent tandis qu'elle laissait éclater sa tristesse, sa colère, son amertume ! Pourquoi n'était-elle pas capable de garder une personne auprès d'elle ? Qu'avait-elle fait de mal ? Fauve se laissa tomber à même le sol, la tête basse, les cheveux retombant devant son visage. Elle enfonça ses ongles dans la paume de ses mains. La douleur, la souffrance pour mieux se sentir revivre. Elle tapa du poing sur le sol, fortement, encore et encore, jusqu'à ne plus sentir ses mains. Elle se détestait, se haïssait ! À quoi rythmait sa vie ? À rien ! Encore et toujours seule ! À croire que la solitude l'accompagnerait toute sa vie ! Pourtant, elle avait fait des efforts, elle avait été vers Remus, elle s'était ouverte un peu à lui et voilà comment ça se finissait ! Elle n'arrivait même pas à lui en vouloir. Tout était de sa faute, elle en était certaine et persuadée ! Trop futile, trop stupide.
Fauve releva la tête et vit son reflet dans la glace, une glace qu'elle haïssait tout autant qu'elle pouvait se détester. Une glace qui la narguait ! Envahie par la rage qui la consumait, elle se releva fougueusement et d'un pas ferme et décidé se dirigea vers le miroir pour frapper dedans avec ses deux poings ! Un bruit de cassure résonna dans toute la pièce, comme pouvait l'être en ce moment son cœur : en mille morceaux. Son pied écrasa un bout de verre sous sa chaussure tandis qu'elle se fixait intensément dans ce reflet brisé qui lui convenait beaucoup mieux. Un reflet qui était entaché de son sang qui ruissela en un mince filet, brouillant sa vision. Une larme coula de nouveau sur son visage. Mais que devenait-elle ? Que devenait-elle ? Elle s'écroula à même le sol dans les morceaux de verres qui égratignèrent sa chair, posant sa tête contre le miroir, ignorant la douleur physique qui paraissait si bien s'accorder avec cette souffrance ancrée en elle. Ce qu'elle était en train de devenir ? Tout simplement l'ombre d'elle-même.
Ouvre-toi aux autres – Tu es trop coincée – Affirme-toi– Tu es trop idiote – Fais-leur confiance– Tu es inutile
« Taisez-vous, taisez-vous, murmura-t-elle en posant ses mains sur ses oreilles. TAISEZ-VOUS ! COMMENT PUIS-JE M'AFFIRMER ET M'OUVRIR AUX AUTRES ALORS QUE JE ME DÉTESTE! JE ME DÉTESTE ! JE ME DÉTESTE ! hurla-t-elle en tapant une nouvelle fois dans le miroir. Je me déteste, souffla-t-elle à bout de souffle et de voix. »
Sa respiration s'accrut soudainement sans qu'elle ne puisse rien y faire. Elle avait l'impression d'étouffer avec son propre air. Elle porta sa main ensanglantée à sa gorge tout en ouvrant grand la bouche, mais plus elle tentait d'inspirer, plus ça lui faisait mal. Mal, mal. Elle voulait disparaître pour l'éternité. Dormir, tout oublier. Fauve se recroquevilla alors sur elle-même tout en continuant de pleurer. Ce fut qu'au bout d'une bonne heure qu'elle réussit à se calmer, reprenant le contrôle de ses émotions, puis ramassa un à un, comme un automate, les yeux vides, les morceaux de verre qu'elle jeta, puis elle alla se faire une toilette. Elle soigna ses plaies avec une pommade tout en les observant attentivement. Elle se mordit les lèvres devant la faible pensée qui traversa son esprit. La jeune Grey secoua la tête comme pour se changer les idées et comme si rien ne s'était passé, elle reprit ses devoirs, se moquant éperdument d'avoir brisé son miroir de chambre. Son père viendrait à le réparer d'un coup de baguette de magique sans même lui poser une seule question.
Au même moment, Remus rentra chez lui et vit sa mère en train de s'affairer à la cuisine, sûrement pour préparer le futur dîner de ce soir. Il prit place sur une chaise, les coudes posés sur la table, la tête entre ses mains, observant calmement sa mère ne sachant quoi faire d'autre. Il avait fait une bêtise, une grosse bêtise. Il le sentait ; il n'aurait jamais dû faire ça à Fauve. Il était un piètre menteur. Sa mère se retourna alors vers lui avec un regard interrogateur. Elle s'avança vers son fils puis dit :
« Tu es revenu plus tôt que prévu, quelque chose s'est mal passé ? »
Pour seule réponse, Remus dévia ses yeux, fixant la porte de la cuisine pour ne pas affronter le regard compatissant de sa mère qu'il ne méritait pas. C'était un monstre ! Il avait agi avec cruauté. Que devait-elle penser de lui ? Il était certain que Fauve avait compris. Comment ? Il ne savait pas, mais au vu de sa fuite précipitée et de ses paroles, son cœur sut qu'elle avait tout saisi. Un monstre ! Un monstre d'égoïsme qu'il était ! Mais que pouvait-il faire d'autre ? Il avait si peur d'être mis à jour et Fauve semblait si perspicace. Il sursauta légèrement sur sa chaise en sentant la main chaleureuse de sa mère se poser sur son épaule, l'obligeant à se retourner pour lui faire face. Il avait mal, mal. Pourquoi ? Sa gorge se noua tandis que les larmes commencèrent à lui piquer les yeux. Il se sentait si faible, si honteux. Les doigts d'Espérance se posèrent sur la joue de son fils, agenouillée à sa hauteur. Le regardant avec tendresse et amour, elle souffla :
« Tu t'es disputé avec ta jeune amie ? »
Pour seule réponse, il secoua la tête et murmura la voix chevrotante :
« Je… Je me suis mal conduit avec elle. J'ai eu peur, je l'ai fuie, je l'ai abandonnée. J'ai peur, avoua-t-il en baissant la tête. Elle est si attentive à ce qui l'entoure, j'ai parfois l'impression qu'elle lit en nous comme dans un livre ouvert.
-C'est juste parce qu'elle est sensible Remus, ce genre de personnes se préoccupe plus des autres que d'eux-mêmes, déclara Espérance avec un doux sourire. Pourquoi as-tu réagi ainsi avec elle ? Tu m'avais dit que c'était une fille très renfermée et que tu étais heureux d'avoir son amitié. Elle est seulement ouverte avec toi, cela prouve qu'elle te fait confiance. Le regrettes-tu ?
-Je ne sais pas, dit Remus en se pinçant les lèvres. J'ai peur qu'elle découvre ce que je suis maman ! Elle est si observatrice, elle sait plein de choses ! Il vaut mieux que je prenne mes distances avec elle, tu comprends. Si elle vient à apprendre ma condition, elle va…
-Te fuir ? Compléta Espérance en relevant la tête de son enfant pour le regarder droit dans les yeux.
-Oui, répondit-il tout en se jetant dans les bras de sa mère.
-Écoute-moi Remus, souffla-t-elle en caressant les cheveux de son fils, tu ne peux pas la rejeter ainsi après avoir eu son amitié, elle te fait confiance à toi et à personne d'autre. Tout le monde n'est pas pareil ; certaines personnes sont étroites d'esprit et méchantes, mais d'autres sont ouvertes et attentionnées. Fais-lui confiance Remus, crois-tu réellement qu'elle est le genre de personne qui serait dégoûtée en apprenant que tu es un loup-garou ?
-Non, je ne pense pas, mais…
-Tu es effrayé et c'est tout à fait normal Remus. Cependant, fuir les autres n'est pas la solution pour affronter ta peur. Tu dois lui faire confiance, comme à tes trois amis. Regarde le professeur Dumbledore, ne t'a-t-il pas admis dans son école en sachant ta nature ? remarqua sa mère en le serrant contre elle. Ton directeur te fait confiance, il n'a pas peur de toi, n'oublie pas qu'il t'a confié qu'il serait toujours là pour toi en cas de problème. Tu sais très bien que si un élève mal attentionné vient à connaître ta condition, il s'assurera lui-même qu'il ne dira rien. Alors ouvre-toi aux autres Remus, vit ta vie. Je veux te voir comme tous les autres enfants de ton âge, heureux et le sourire aux lèvres. Tu n'es pas un monstre, tu es mon fils et j'en suis fière, déclara Espérance avec émotion. Tu es un bon garçon, n'en doute jamais, tu mérites d'être heureux. »
Elle sentit la tête de son fils opiner contre sa poitrine tandis que ses mains enserraient son chemisier blanc, quelque peu mouillé par ses larmes. Un sourire apparut sur les lèvres de sa mère qui continua de le câliner jusqu'à ce qu'il se calme et reprenne ses esprits. Au bout de quelques minutes, Remus se détacha d'Espérance, essuyant ses yeux et ses joues d'un revers de main. Il lui sourit comme pour la rassurer et dit :
« J'irai demain chez Fauve pour m'excuser de mon comportement, prononça-t-il.
-C'est une excellente idée et n'hésite pas à l'inviter. Je serais ravie de la rencontrer, déclara sa mère tout en l'embrassant sur la joue. Je t'aime Remus. »
Le concerné releva la tête et rencontra les yeux marron de sa mère qui brillaient étrangement. Il prononça un « moi aussi » sous le regard tendre de celle-ci qui retourna à ses fourneaux tandis que le garçon alla dans sa chambre pour répondre aux courriers de ses amis. Il se sentait plus léger depuis sa conversation avec sa mère qui l'avait rassuré. Plus jamais, il ne s'éloignerait de la jeune Grey, plus jamais.
Pendant ce temps-là, au 12, square Grimmauld, Sirius était dans le bureau de son père qui se faisait un plaisir de le corriger à sa manière pour le remettre dans le droit chemin. Tout son corps était parcouru de tremblements et des bleus recouvraient ses bras et son visage. Le souffle hagard, épuisé, il avait mal partout, partout et pas seulement physiquement. Il se mordit les lèvres comme pour se retenir de pleurer. Merlin qu'il aurait aimé connaître l'amour de ses parents et savoir ce que c'était. Cela devait sûrement être chaud et rassurant, tout le contraire de cet instant. Seuls la peur et le froid régnaient en lui et dans tout son être. Il les haïssait tellement, mais ne disait-on pas que la haine se rapprochait de l'amour ? Un gémissement de souffrance traversa ses lèvres et sa vision se fit étrangement trouble. Que tout s'arrête, que tout s'arrête ! Il en avait tellement marre. Pourquoi avait-il fallu qu'il tombe sur une famille aussi cinglée ? Il maudissait son destin et son étoile. Il porta alors sa main sur son visage où du sang coulait de son nez. Il ne fallait pas qu'il s'écroule, il devait tenir bon. Il ne devait pas faiblir face à son père dont le sourire arborait son visage froid et glacial. Un Black jusqu'au bout des doigts et de sa baguette.
« Si tu te montres obéissant et que tu jures de revenir dans le droit chemin Sirius, tout cela cessera fils, souffla son père en le regardant de haut.
-Ja-jamais, répondit-il en fermant douloureusement les yeux pour recevoir le sortilège.
-Endoloris ! »
Sirius cria, hurla, son corps était en feu. Il avait l'impression que mille couteaux le transperçaient de part en part ! Que tout s'arrête ! Sa gorge lui brûlait ainsi que tout son être comme s'il était sur un bûcher. Son corps se consumait de l'intérieur et l'abandonnait peu à peu. Il se sentait si lourd, si fatigué. Pourquoi tant de haine ? Pourquoi tant de cruauté ? Qu'ils soient tous maudits ! Une larme glissa sur sa joue tandis que le noir vint l'accueillir pour tomber comme une masse sur le sol. Les sons se firent lointains, il sentit juste que quelqu'un le transporta avant de tomber définitivement inconscient. Peut-être allait-il mourir ? Tout était si sombre, si noir. Il avait si mal. Ses muscles lui faisaient souffrir le martyr. La mort devait être douce en comparaison. Il se sentait si épuisé, il avait juste envie de tout oublier, se laisser aller un court et simple instant, mais il y avait Regulus, son petit frère. Il ne pouvait pas le laisser seul. Il y avait aussi ses amis de Poudlard. Il n'avait pas le droit d'abandonner, pas maintenant, ce serait laisser gagner ses parents. Ses parents qui lui faisaient de plus en plus peur. Il n'en pouvait plus de subir sortilège sur sortilège et coup sur coup ! Il voulait juste se reposer et sous les yeux soucieux de son cadet, Sirius se laissa emporter par un sommeil réparateur et très profond.
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Le quai 9 ¾ était bondé de monde en ce 1er septembre 1972. Tous les élèves montaient un à un dans le Poudlard Express pour une nouvelle année. James avait littéralement sauté sur son ami Sirius qui avait failli tomber à même le sol sous le rire de Peter. C'est alors que le jeune Potter vit une silhouette aux côtés de Black qui lui ressemblait étrangement. Le brun à lunettes regarda alternativement Sirius et l'autre garçon, la bouche grande ouverte, semblant comprendre qu'il n'était autre que le frère de son meilleur ami. Il pointa alors du doigt l'aîné des Black et déclara :
« Tu ne m'avais pas dit que tu avais un frère !
-Regulus, ce grand brun à lunettes dont la coiffure ressemble à un porc-épic, s'appelle James Potter, expliqua Sirius avec un sourire narquois.
-Hey ! S'insurgea le concerné. Qu'est-ce que tu reproches à ma coiffure Black ?
-Il faut que tu saches aussi Reg que Porc-épic a cette fâcheuse tendance à nous appeler par nos noms, ajouta Sirius sans se soucier de son meilleur ami. En plus de ressembler à un hérisson, il est aussi myope qu'une taupe et… »
James se jeta alors sur Sirius pour le faire taire sous les rires de Peter qui contaminèrent le jeune Regulus. Il n'avait jamais vu son frère aîné aussi souriant et joyeux chez eux, il avait l'impression de voir une autre facette de Sirius, un côté plus lumineux qui contrastait avec son côté sombre. Il avait eu très peur cet été : ses parents n'y avaient pas été de main morte avec son frère, le battant et le torturant jusqu'à ce qu'il cède, mais il ne l'avait pas fait. Il avait veillé sur Sirius durant plus d'une semaine avant qu'il ne reprenne connaissance, tout en le soignant du mieux qu'il put. Peut-être que ce sourire et ses rires n'étaient qu'une carapace pour ne pas inquiéter ses amis ? Sirius était-il vraiment heureux ? Parfois, il en doutait. Quand son frère était seul et qu'il le surprenait en pleine rêvasserie, son visage était taciturne et ses yeux paraissaient vides et lointains. Regulus vit alors une main bouger devant lui puis la voix de son frère dire :
« Tu rêves Regulus, on doit y aller avant que le train ne parte. Tu viens avec nous ? »
Devait-il y aller avec Sirius ? Il pouvait encore se souvenir des mots qu'avait pu prononcer sa mère avant qu'il ne parte avec son frère pour King Cross : il devait faire honneur à sa famille et au nom des Black, il ne devait pas les décevoir, ne pas faire la même erreur que son frère. Peut-être était-ce la dernière fois qu'il serait aussi proche de Sirius ? La dernière fois qu'il pourrait agir avec lui comme un frère. Regulus savait que s'il venait à être placé à Serpentard, son frère ne lui pardonnerait pas. Mais avait-il seulement le choix ? Il n'osait imaginer ce qu'il viendrait à se passer s'il était réparti autre part que la maison des serpents. Sirius en avait déjà payé le prix, mais lui ? Lui, il recevrait sans aucun doute la même punition. Il frissonna à l'avance en se rappelant les coups, les sortilèges, les cris et les hurlements de son frère aîné. Non, il ne pouvait pas être aussi fort et courageux que Sirius. Il ne pouvait pas défier ouvertement ses parents, c'était au-delà de ses forces ! Il ne ressemblait en rien à son frère, il n'était pas lui et ne le serait jamais…
Pour seule réponse, Regulus refusa la proposition de son frère, lui expliquant que ça lui fera peut-être une occasion de se faire des amis durant le voyage que de rester avec luien compagnie de James et Peter. Sirius lui fit alors un grand sourire tout en ébouriffant les cheveux de son cadet, puis chacun partit en direction d'un compartiment. Il espérait que Regulus ne tomberait pas sur Narcissa, Lucius et compagnie pour l'embobiner dans leurs idées. Il avait hâte de savoir où son frère serait réparti. Il espérait tout, sauf Serpentard.
« Dis-moi, commença James en cherchant des places libres, tu n'as pas vu Remus ? demanda-t-il à Sirius.
-Non pourquoi ? Et toi Peter ?
-Il est monté dans le train avant que vous n'arriviez, il devait aller voir quelqu'un, répondit le concerné.
-Quelqu'un ? répéta Black incrédule. Qui ça ?
-Grey, souffla Pettigrow pour foncer droit dans Sirius qui s'était arrêté en plein milieu dans le couloir. Hey ! Tu pourrais prévenir quand tu t'arrêtes ! s'exclama le Gryffondor en se frottant son nez.
-Désolé Peter, s'excusa Black, c'est juste que j'ai été surpris. Que fait-il avec une fille aussi frigide ?
-Ce n'est pas la première fois, déclara Peter en haussant les épaules, s'attirant les regards étonnés de ses amis.
-Comment sais-tu tout ça ? S'enquit James curieux.
-En juin, quand nous étions à la bibliothèque, juste après que vous soyez partis, Grey est venue s'installer à notre table pour parler à Remus et cela ne semblait pas le déranger, avoua Pettigrow.
-Et qu'est-ce qu'ils se sont dit ? interrogea Sirius en fronçant les sourcils.
-Je ne sais pas, je suis parti aussitôt. Elle me fout la chair de poule cette fille, dit Peter en frissonnant.
-Tout le monde te fout la chair de poule Peter, rigola Sirius en lui mettant une petite tape dans le dos. Cependant, il faut reconnaître que ce n'est pas l'amabilité qui l'étouffe celle-là !
-Mouais, répondit vaguement James tout en ouvrant une porte d'un compartiment pour s'y installer. »
Il ne comprenait vraiment pas Remus ; le cas Lupin était décidément un mystère ambulant. Il leur avait fallu remuer ciel et terre pour obtenir son attention, voire son amitié, et celui-ci allait de lui-même vers une fille, une fille qui était loin d'être sympathique et que peu appréciait. Qu'avait-elle d'intéressant pour se lier avec qu'elle ? C'était à rien y comprendre. Il était curieux de savoir pourquoi Remus voulait lui parler. James fut alors détourné de ses pensées en voyant passer Rogue et Evans devant leur compartiment. Il croisa les yeux onyx du Serpentard. Ils se fusillèrent littéralement du regard avec un rictus mauvais inscrit sur leurs lèvres. Comment pouvait-elle être avec un type pareil ? Il l'avait vu traîner avec la bande à Malfoy et tout le monde savait que les Malfoy touchaient la magie noire et haïssaient les Moldus. Alors que faisait-il avec Evans ? Ils étaient toujours fourrés ensemble ces deux-là, mais cela ne durerait pas longtemps, il en était certain. Un jour, cette amitié se verrait détruite. Evans descendrait alors bien vite de son petit nuage. Un sourire sardonique s'étira sur le visage de James qui se concentra de nouveau sur la conversation qu'entretenaient ses amis :
« D'ailleurs, Remus ne semblait pas au mieux de sa forme, remarqua Peter tout en sortant un paquet de chocogrenouilles.
-Lupin n'est jamais en bonne santé de toute manière, déclara James tout en passant une main dans ses cheveux, les décoiffant encore plus.
-J'ai vu sa mère, ajouta Peter. Elle paraissait aller très bien.
-Je croyais qu'elle était gravement malade et qu'il pouvait se rendre à son chevet grâce à Dumbledore. Tu es certain que c'était sa mère ? Une grande femme aux cheveux longs et châtains ? demanda Sirius intrigué.
-Oui c'est ça, approuva Peter. Je t'assure qu'elle était vraiment au meilleur de sa forme. Peut-être est-elle guérie ? »
James et Sirius se regardèrent simultanément puis haussèrent les épaules. Peut-être que Peter avait raison ? Remus n'avait jamais dit que la maladie de sa mère était mortelle ou inguérissable. Cependant, c'était étrange ; Sirius pouvait très bien se souvenir de la mère de Lupin. Elle ne lui avait pas paru malade il y a un an, bien au contraire. Comme l'avait dit Peter, elle allait très bien ! Son teint était hâlé, en plus d'être joyeuse et souriante. Black l'avait trouvée très belle. Non décidément, quelque chose lui échappait, mais quoi ? Remus avait-il vraiment dit la vérité sur ses absences mensuelles ? Pourquoi était-il si réservé ? Pourquoi y avait-il tant de mélancolie et de maturité dans ses yeux ? Il avait cru que c'était à cause de la mort de son père, mais il sentait que c'était plus profond. Et si tout cela avait un rapport ? Si tout cela était lié ? Cela voudrait dire que Remus cachait un secret, un secret qui l'empêchait d'aller vers les autres et de se montrer comme il était. Mais alors pourquoi était-il allé vers Grey ? À moins qu'il n'ait loupé un épisode – ce qui devait être le cas –, mais lequel ? Il soupira profondément puis tourna la tête vers la fenêtre en entendant le train démarrer. Une nouvelle année commençait et son instinct lui disait que cette année n'allait pas être de tout repos.
Au même moment, Remus s'installa sur la banquette, en face de Fauve qui semblait surprise de le voir. Elle n'avait pas changé, toujours la même avec ses cheveux attachés en une grosse tresse. Cependant, son visage paraissait plus fin qu'avant. Peut-être avait-elle maigri ? Il est vrai que Fauve était un peu boulotte l'année passée, mais rien de grave. Elle ne disait rien, semblant attendre qu'il prenne la parole en premier. Que pouvait-il dire ? Il avait attendu cet instant avec impatience, n'ayant pu s'excuser de son comportement cet été, puisque selon sa sœur aînée, Fauve était partie chez sa grand-mère paternelle. Allait-elle lui reparler comme avant et lui accorder de nouveau sa confiance ? Il avait peur d'avoir tout gâché entre eux.
« Je suis venu m'excuser, commença Lupin en tordant les doigts nerveusement. J'ai mal agi avec toi cet été. Je t'ais fui avec une explication des plus vaseuses, mais ce n'était pas contre toi. Enfin si, enfin non…, reprit-il tout en relevant la tête sous le rire de Fauve. Je suis désolé, je m'y prends comme un troll, soupira Remus.
-Tu es pardonné Remus, ce n'est pas bien grave, dit-elle avec un léger sourire.
-Tu pardonnes beaucoup trop vite Fauve, remarqua-t-il tout en prenant place à ses côtés. Tu as le droit d'être en colère ou de m'en vouloir tu sais, ajouta-t-il.
-Ce qui n'est pas le cas, je tiens trop…, s'arrêta-t-elle soudainement, comme si elle en avait trop dévoilé. Enfin, on oublie ça. Il arrive souvent d'avoir des malentendus entre amis, non ? Le plus important c'est que tout aille bien ! répliqua-t-elle en remettant une mèche de cheveux qui s'était échappée de sa natte derrière son oreille. »
Il lui avait beaucoup manqué cet été. Elle se moquait que ce malentendu ait pu la rendre triste et lui faire du mal. Le plus important, c'est qu'elle ne voulait pas le perdre. Pas lui, surtout pas, elle tenait trop à Remus. Fauve était heureuse qu'il soit finalement revenu vers elle. Pleinement rassurée, elle ne serait plus seule. Elle s'était trop attachée à Remus et cela à ses dépens. Au moindre faux pas de celui-ci, Grey savait qu'elle en souffrirait. Elle n'arrivait pas à se faire froide et forte avec lui. Elle n'y arrivait pas parce que Lupin était une personne gentille qui ne la jugeait pas et ne se moquait pas d'elle. Il avait réussi à toucher son cœur. Elle ne lui faisait certes pas encore assez confiance pour se confier à lui corps et âme, mais avec du temps, elle apprendrait le faire.
Fauve tourna son regard vers lui, face au silence qui submergeait la pièce. Il paraissait fatigué, prêt à défaillir au moindre pas. Parfois, il semblait si fort et d'autre fois, comme aujourd'hui, si fragile. Peut-être se ressemblaient-ils au fond. La fillette glissa une main sur le visage de Remus qui le fit sursauter. Yeux dans les yeux, le temps s'arrêta entre les deux Gryffondors puis doucement, elle le força à s'allonger sur la banquette. Lupin posa sa tête sur les cuisses de Fauve qui baissa le rideau du compartiment pour être tranquille. C'était étrange, il aurait dû être sur les nerfs ou gêné. Il détestait qu'on prenne soin de lui dans cette période lunaire, mais c'était tout le contraire. Il pouvait sentir les doigts de Fauve caresser ses cheveux tandis qu'elle observait le paysage défiler sous ses yeux. Insaisissable, voilà ce qu'elle était. Il se souvint alors des paroles qu'avait pu prononcer sa mère : « C'est juste parce qu'elle est sensible Remus, ce genre de personnes se préoccupe plus des autres que d'eux-mêmes ».Finalement peut-être que non, peut-être que sa mère l'avait mieux saisie que lui. Cette phrase résumait très bien Fauve à cet instant, elle s'occupait de lui alors que c'était lui qui l'avait blessée.
« Je suis venu chez toi cet été. Ta sœur ne paraissait pas enjouée que je vienne prendre de tes nouvelles, dit-il curieux.
-Eileen, souffla-t-elle, c'est une sorcière aussi. Tu as sûrement dû la rencontrer, elle est à Serdaigle.
-Oui, je l'avais vue l'année passée avec toi, juste avant que vous ne montiez dans le train. Elle ne te ressemble pas, déclara Remus en sentant ses yeux devenir lourds, totalement détendu et apaisé.
-Non, en effet, rigola Fauve, un rire qui sonnait trop faux aux oreilles de Lupin. On ne s'entend pas particulièrement bien, dit-elle.
Oh, j'ai cru le remarquer, répondit-il. Alors c'est pour ça que tu étais chez ta grand-mère et elle, non ?
-Entre autre, répondit-elle vaguement tout en l'observant. Dors Remus, tu en as besoin, souffla-t-elle avec douceur. »
Et avant qu'il n'ait pu ajouter quoi que ce soit, il se sentit emporté par les bras de Morphée. Un peu de repos ne pouvait pas lui faire de mal, il irait rejoindre ses amis plus tard. Il se laissa alors bercer par la cadence du train et les caresses de Fauve qui veilla sur lui et son sommeil. Les minutes passèrent dans le plus profond des silences. Il devait vraiment être fatigué pour s'endormir ainsi. Peut-être avait-il la santé fragile ? Ce n'était pas la première fois qu'il venait à être dans cet état d'épuisement, elle se demandait bien pourquoi d'ailleurs. Elle était certaine que c'était au moins une fois tous les mois. Même cet été, alors qu'il avait fait chaud, il avait abordé cet air malade. Étrange... Elle fut tirée de ses pensées par la porte du compartiment qui s'ouvrit sur :
« Black, dit-elle méchamment et le regard froid. Si tu cherches ton ami, il est ici, ajouta-t-elle en le défiant.
-C'est ce que j'ai cru voir en effet, répliqua-t-il la mâchoire contractée, étonné et en colère par la vision qui s'offrait à lui.
Remus était donc bien avec cette fille ! Il s'était inquiété de ne pas le voir arriver, il était donc parti à sa recherche pendant que James et Peter étaient restés à leur place. Comment pouvait-il s'être lié d'amitié avec Grey ? Avec une fille en plus ! Qu'avait-elle de plus qu'eux ? Comment pouvait-il supporter sa présence ? Que lui trouvait-il ? Elle était en train de voler leur ami, son ami, et cela sous leurs yeux ! Si Remus continuait à la fréquenter, il finirait par perdre son amitié et ça, il ne le voulait pas ! Il appréciait beaucoup le jeune Lupin, autant que James et Peter ! Ils étaient quatre et inséparables et cela le resterait ! Cette pimbêche, il avait fallu qu'elle y mette son nez ! Peut-être se servait-elle de Remus pour se venger des moqueries qu'il avait faites à son encontre ? Peut-être voulait-elle détruire l'amitié qu'ils avaient construite avec Lupin ?
« Que cherches-tu ? Siffla-t-il dangereusement. Tu veux nous séparer de Remus ? C'est ça ? Pourquoi es-tu amie avec lui ?
-Serais-tu en train de nous piquer une crise de jalousie Black ? Ricana Fauve. Est-ce trop dur pour toi et ta pauvre cervelle de comprendre que peut-être Remus est une personne qu'on a envie de connaître et dont on apprécie la compagnie. Au moins, lui ne se montre pas arrogant et hautain, déclara-t-elle sèchement.
-Tu peux parler ! Que crois-tu être avec ta froideur et ton amabilité qui n'égale que ta petite personne sans intérêt ? déclara Sirius d'un ton sournois et narquois.
-Il est vrai que votre grandeur est parfaite en tout point et n'égale que vous avec votre suffisance et orgueil, rétorqua Fauve sans le lâcher du regard.
-Remus finira par se lasser de toi quand il se rendra compte que tu ne vaux rien, déclara Sirius durement, blessant au plus au point Fauve. »
Black vit aussitôt qu'il avait touché le point faible en s'apercevant qu'elle ne répondait rien. Un rictus s'installa sur son visage. Fier de lui, il s'en alla du compartiment, se dirigeant vers le sien. Cependant, son sourire s'effaça bien vite, laissant place à un vide immense. Pourquoi avait-il agi ainsi ? Pourquoi avait-il réagi aussi odieusement et méchamment ? Devenait-il comme sa famille ? Pourquoi se sentait-il aussi mal ? Après tout, qu'importe, elle l'avait mérité ! Remus était leur ami et pas à elle ! Jamais, jamais il ne laisserait Grey s'en accaparer et il ferait tout pour les séparer ! Sur cette résolution, il rejoignit Potter et Pettigrow pendant que Fauve observait son ami qui n'avait rien entendu de la conversation. C'était mieux ainsi, elle ne voulait créer aucune embrouille entre eux par sa seule faute, même si cela semblait être mal parti. Peut-être que Black avait raison ? Peut-être que Lupin finirait par l'abandonner ? Cela avait failli se produire une fois, pourquoi pas une seconde fois et définitivement ? Elle secoua alors la tête, se traitant mentalement d'idiote. Il n'était pas question qu'elle se laisse abattre par les propos de ce crétin ! Elle était certaine que Remus ne l'abandonnerait plus jamais ! Seulement, ne jamais dire jamais…
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Sirius était en colère et encore cela était un doux euphémisme. Il était furieux et triste à la fois. Son propre frère Regulus avait été réparti à Serpentard ! Quand le nom de la maison avait résonné dans l'air de la Grande Salle, un bloc de glace était subitement tombé dans son estomac. Il n'avait pas réussi à manger de toute la soirée. Serpentard, lui ! Comment était-ce possible ? Il avait pourtant tout fait pour que son cadet échappe à l'influence de ses parents. Il l'avait défendu, protégé ! Il avait cru que Poufsouffle l'accueillerait à bras ouverts, mais non ! Rageusement, il shoota dans sa valise qui tomba sur le sol, sous les yeux inquiets de ses trois amis. Regulus ne valait donc pas mieux que Malfoy, Narcissa, Rogue et toute sa famille ! Un sale serpent qui léchera les bottes de ses parents au retour de Poudlard ! Il serra fortement ses poings, immobile dans la pièce si silencieuse. Pourquoi cela lui faisait-il si mal ? Seul, encore et toujours, seul envers et contre tous. Même son frère s'était laissé corrompre. Son frère qu'il avait tant aimé, son frère qui avait pris soin de lui dans les moments les plus difficiles. Ses ongles rentrèrent peu à peu dans sa peau, ne sentant même pas la douleur, totalement déconnecté de la réalité. Seule la main de James qui se posa sur son épaule réussit à le faire sortir de sa léthargie. Il entendit alors :
« Écoute Sirius, pour ton frère, ce n'est pas…
-Ce n'est plus mon frère, je n'ai plus de frère, décréta Sirius en s'arrachant du contact de James.
-Mais, tenta le jeune Potter, avant d'être coupé une nouvelle fois.
-J'ai besoin de dormir, dit Black d'un ton irrévocable en se couchant sur son lit, fermant les rideaux de sa couchette. »
James, Remus et Peter se regardèrent tous les trois, ne sachant que faire, s'il devait le laisser seul à remuer ses sombres pensées ou être là pour lui changer les idées. Finalement, ce fut Potter qui soupira et alla se déshabiller, rejoint par Peter et Remus. Peut-être que Sirius avait vraiment besoin d'être seul. Ils préférèrent respecter sa décision tout en allant dormir. La nuit portait conseil et demain, cela irait sûrement mieux. Seulement, la nuit fut loin d'être de tout repos. Le jeune Lupin ne cessa de se retourner dans ses draps, en sueur, en train de cauchemarder. Lui, transformé en loup-garou, tuant un à un ses amis qui étaient en sang tout autour de lui, puis le montrant, l'accusant du doigt de leur mort, le traitant de monstre. Non, il ne voulait pas leur faire du mal, ce n'était pas ce qu'il voulait ! La respiration saccadée, il se réveilla en sursaut, les yeux grands ouverts, tandis qu'une boule s'était installée dans son ventre. La peur grondait en lui comme le loup la nuit de pleine lune. Il regarda alors tout autour de lui afin de se rassurer pour tomber nez à nez avec Sirius qui paraissait soucieux.
« Eh Remus, souffla-t-il ça va ? »
Pour seule réponse, il hocha la tête, incapable d'émettre le moindre son, tandis que son cœur battait à toute vitesse. Avait-il parlé dans son sommeil ? Pourquoi Sirius était-il là ? Avait-il des soupçons ? Il vit alors son ami hausser les sourcils et dire :
« Étrange que tu pleures pour quelqu'un qui va bien. »
Il ouvrit la bouche tout en portant ses mains sur son visage totalement mouillé par ses larmes. Il ne s'en était même pas aperçu. Merlin qu'il avait honte ! C'était les gamins qui pleuraient et qui faisaient des cauchemars ! La voix de Peter résonna en lui tel un écho : « Nous sommes des gosses ».C'est vrai, il n'avait que douze ans et pourtant, il se sentait si vieux, si las parfois. Est-ce que James, Peter ou Sirius ressentaient ça? ll en avait tellement marre, marre d'être ce qu'il était, marre de souffrir, marre d'avoir tout le temps peur, marre de devoir faire attention à ce qu'il faisait pour ne pas laisser le loup l'emporter sur lui, marre de se battre. Il se mordit alors les lèvres pour retenir un sanglot. Il détourna les yeux pour échapper au regard inquisiteur de son ami. Sirius ne cessait de lui faire penser à Fauve ; ils étaient pareils, aussi insaisissables et secrets, comme lui aussi. Il put sentir le matelas faire un creux et vit Black s'installer en face de lui, en tailleur. Son regard ne lui avait jamais paru aussi profond et sérieux. C'était déstabilisant. Il n'avait jamais vu cette facette de Sirius auparavant.
« Pourquoi ne vas-tu pas te recoucher ? Ne t'inquiète pas, ça va passer, murmura faiblement Remus. Ai-je dit quelque chose durant mon sommeil ?
-Tu as appelé ton père, répondit Sirius.»
Lupin opina de la tête, rassuré de n'avoir dit que ça. Il faisait souvent ce cauchemar, mais jamais ses amis n'avaient pris un rôle aussi important dans son rêve que ce soir. S'était-il attaché à eux à ce point ? Et pourquoi Sirius restait-il avec lui? D'ailleurs, pourquoi était-il aussi bien réveillé ? Comme pour répondre à ses interrogations:
« J'ai fait un cauchemar moi aussi, avoua-t-il en déviant son regard vers la fenêtre. C'est pour ça que je t'ai entendu faire ce mauvais rêve, j'étais réveillé.
-Mais toi, tu n'as pas pleuré, remarqua Remus en séchant ses larmes.
-Les Black ne pleurent pas, répondit Sirius d'une voix monotone, c'est ce qu'on m'a appris depuis que je suis né. J'ai pleuré de nombreuses fois, Regulus aussi, mais jamais devant nos parents ou la famille. Cette nuit, je n'ai pas pleuré, je n'ai pas réussi, la colère est encore trop présente, confia-t-il avec un demi-sourire. »
Remus était touché par ces confidences. Sirius avait toujours été plus proche de James que de lui ou de Peter. Ces deux-là étaient comme les deux doigts de la main, toujours ensemble. Pourquoi lui disait-il ça ce soir ?
« Je t'ai vu, tout à l'heure dans le train. Tu dormais sur Grey, déclara-t-il.
-Fauve, chuchota Lupin, étonné. Elle ne m'en a rien dit.
-Pourquoi es-tu ami avec cette fille ? demanda Sirius comme si sa vie en dépendait. Pourquoi ? Peut-être ne sommes-nous pas assez présents pour toi ? Est-ce que notre amitié ne te suffit pas ? Si tu as besoin d'une oreille attentive, je suis là, nous sommes tous là !
-Que reproches-tu à Fauve ? Elle est très gentille quand on essaye de la connaître. Elle manque juste de confiance en elle. Je ne sais pas pourquoi je veux être son ami, mais je sais qu'elle a besoin de moi. Sa compagnie est plaisante et j'aime lui parler. Elle ne vous remplacera cependant jamais. Fauve est Fauve et vous êtes mes amis. De quoi as-tu peur Sirius ? S'enquit Remus en posant une main sur son épaule. C'est toi qui ne sembles pas aller bien, parle-nous.
-Alors pourquoi ne nous dis-tu pas la vérité sur tes absences ? interrogea Sirius en esquivant à merveille le sujet. Pourquoi ne nous fais-tu pas confiance ? L'amitié et la confiance ne vont pas l'un sans l'autre !
-La vérité sur mes absences, répéta Remus plus blême que jamais. Je ne comprends pas je vous ai dit que ma mère était…
-Malade, compléta Sirius. Je ne te crois pas, je vous ai vus sur le quai l'année dernière ; ta mère paraissait en pleine forme. Tu es tout le temps mélancolique Remus, comme si tu te refusais de vivre. Tu nous as longtemps fuis avant d'accepter notre amitié. À part nous et Grey, tu ne laisses personne entrer dans ta bulle. Pourquoi ? Je ne suis pas le seul à m'en être rendu compte, James aussi. On est tes amis, comme tu l'as si bien précisé. Alors pourquoi tu mens ? Que tu le veuilles ou non, nous découvrirons ce que tu nous caches, nous découvrirons ton secret. Foi de Black, décréta-t-il tout en se levant de la couchette de Remus pour aller dormir dans la sienne. »
Il avait l'impression d'être encore en train de faire un mauvais rêve. Ce n'était pas possible, comment la discussion avait-elle pu dériver et s'envenimer à ce point-là ? Si ses amis commençaient à fouiner dans ses affaires et avoir des soupçons, c'était fini pour lui ! Adieu Poudlard et les études ! Adieu ses amis, ils finiraient par le fuir, être dégoûtés comme tous les autres auparavant !
« Fais-leur confiance Remus »
Comment ? Alors qu'il n'avait connu que rejet et solitude à cause de sa condition. Il devait être maudit, cela ne pouvait en être autrement. Même à Poudlard, il n'était pas en sécurité. Que se passerait-il si ses compagnons de chambre venaient à trouver la vérité ? Pourquoi ne pouvait-il pas vivre tranquillement ? Pourquoi tout devait être si compliqué ? Pourquoi la vie était-elle aussi injuste ? Remus se mordit les lèvres pour se retenir de pleurer, s'allongeant dans son lit en position fœtale, tentant de trouver le sommeil, mais en vain.
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