Chapitre 4 : Quidditch
Deux semaines plus tard, les quatre jeunes adolescents étaient attablés à la table des Gryffondors en train de manger tranquillement leur petit-déjeuner. Sirius semblait toujours d'aussi bonne humeur, comme tous les matins, tandis que James et Peter mangeaient avec avidité sous l'œil de Remus qui n'avalait rien. Depuis sa discussion avec Black, il y avait une certaine tension entre eux ; Lupin était toujours sur le qui-vive et prenait quelque peu ses distances avec le groupe comme pour se protéger. La pleine lune était passée depuis quelques jours, mais le soir où il s'était rendu à l'infirmerie, il s'était senti suivi. Heureusement, il l'avait semé sans aucune difficulté, il savait parfaitement que c'était Sirius qui l'avait pisté. La peur s'infiltrait en lui tel un poison parcourant ses veines. Combien de temps lui restait-il avant qu'il ne soit mis à jour ? Son ami était loin d'être stupide ; à cette vitesse et avec cette détermination, il découvrirait son secret. Avait-il fait part de sa discussion avec James et Peter ? Que pouvait-il faire ? Peut-être devait-il alerter Dumbledore ? Remus croisa alors le regard insondable de Sirius. Gêné, il observa à nouveau son bol de chocolat. Devait-il faire confiance à ses amis comme lui avait demandé sa mère ? Il fut détourné de ses pensées par l'arrivée d'un hibou qui lâcha un énorme paquet pour James sous les yeux ahuris de tous. Sirius releva la tête de son bol de céréales, soudainement plus réveillé et intrigué par son contenu :
« Qui te l'a envoyé ?
-Mes parents, répondit James en regardant la carte. »
Potter déchira aussitôt l'emballage, se doutant un peu ce qu'il devenait contenir et ce fut sans surprise, mais avec un ravissement total, qu'il découvrit un balai magique : un Nimbus 1700. C'était le dernier en date sorti et le meilleur du marché en ce moment. Le manche était en chêne d'Écosse, il atteignait une vitesse record de cent soixante km/h et était capable de faire un tour complet sur lui-même en plein vol. Tout le monde était en train de s'extasier sur le balai qu'avait James tandis que le concerné semblait trop émerveillé pour dire le moindre mot.
« Tu vas participer à la sélection des nouveaux joueurs de Quidditch ? demanda Peter les yeux brillants.
-Oui, le capitaine de l'équipe recherche deux poursuiveurs et un attrapeur. Je vais tenter ma chance, répondit James tout en prenant le balai dans ses mains.
-Ce sport est dangereux, murmura Remus tout en grimaçant. Imagine que tu tombes ou que tu te blesses ?
-C'est justement ce qu'il y a de plus palpitant le danger ! répliqua Potter. Le Quidditch est le plus beau sport au monde ! Je compte bien entrer dans l'équipe de Gryffondor et défendre l'honneur de notre maison. »
Remus leva les yeux au ciel sous le regard amusé de Sirius. On aurait cru que James partait en guerre envers et contre tous.
« Les sélections se déroulent quand ? S'enquit Black.
-Ce soir. Vous viendrez me voir ? interrogea James en faisant ses yeux de cocker.
-Quelle question, bien entendu ! Même Remus viendra, n'est-ce pas ? dit Sirius en lui mettant une tape dans le dos qui lui fit plonger le nez dans son bol de chocolat. »
Lupin releva la tête puis lança un regard foudroyant à son ami, tout en s'essuyant le visage, sous la mine désolée de Sirius qui ne put s'empêcher de rire, rejoint par James et Peter. Remus sourit légèrement tandis que ses soucis s'envolèrent, la bonne humeur reprenant sa place au sein du groupe. Il accompagna ses amis au dortoir pour y déposer le balai puis se dirigea vers son cours de Potions avec Slughorm. Peut-être que finalement tout allait s'arranger ? Peut-être que Sirius finirait pas se lasser de lui-même ? Ou peut-être espérait-il trop ? Il allait se montrer prudent avec son ami, il ferait attention aux moindres de ses gestes et mots, quitte à s'éloigner un peu de lui. Tout ce qu'il espérait, c'est que Black ne vienne pas à en parler à James et Peter, à moins que cela ne soit déjà fait ? D'un battement cil, il chassa toutes ses idées de la tête, rentrant dans la classe, où il s'installa aux côtés de Peter. L'année allait être longue et difficile.
Le soir arriva bien vite. Le temps n'était pas des plus propices pour jouer au Quidditch avec le ciel gris, prêt à pleuvoir. Sirius était assis dans les gradins avec Peter, observant le stade où les joueurs allaient démontrer leurs performances. Ils croisaient les doigts pour que James soit pris, mais au vu de ses qualités de vol, il devrait s'en sortir sans trop de problèmes. Black vit alors Remus arriver dans leur direction et lui fit un signe de main pour lui signaler leur présence. Sirius fut étonné de le voir arriver vers eux avec une certaine hésitation. Il avait l'impression que depuis leur conversation, Lupin prenait ces distances. Il n'en avait pas encore parlé à James ou Peter, mais comptait le faire dès que le moment sera venu. Il irait jusqu'au bout de ses convictions ! Tant qu'ils ne viendraient pas à découvrir et savoir la vérité sur Remus, celui-ci ne s'ouvrirait jamais à eux. Il n'y aurait aucune profonde amitié entre eux tant que le secret de Lupin en resterait un. Il voulait voir Remus sourire, lui enlever cet air mélancolique, comprendre sa peur et qu'il profite autant qu'eux de sa jeunesse. Black entendit alors un coup de sifflet qui le ramena à la réalité puis reporta son attention sur le terrain. Le capitaine de Gryffondor, qui n'était autre que John Storm, élève de septième année, fit deux équipes constituées de titulaires et de nouveaux postulants. Quelle ne fut pas sa surprise de voir une certaine fille qu'il aurait pu reconnaître entre mille : Grey. Il éclata alors de rire sous le regard interrogateur de Peter et Remus. Grey jouant au Quidditch, il allait bien s'amuser et rire. Il se tourna vers Lupin et dit :
« C'est pour ça que tu es finalement venu, c'était pour voir Grey voler.
-Comment ? fit Remus étonné en cherchant des yeux sa jeune amie qu'il vit bien vite. Je ne savais pas qu'elle comptait postuler, avoua-t-il en toute sincérité.
-Vraiment ? ajouta Sirius avec un sourire narquois. J'ai hâte de voir ça, faut-il encore qu'elle puisse monter sur son balai, ricana-t-il.
-S'il te plait, si tu ne l'apprécies pas, ça te regarde, mais personnellement Fauve est mon amie, alors respecte mon amitié envers elle, déclara Lupin en le regardant droit dans les yeux. »
Pour seule réponse, Sirius détourna le regard, tout en serrant fortement ses mains dans les poches de sa veste. Sale petite peste, c'était la deuxième fois qu'il se disputait avec Remus à cause d'elle. Elle allait vraiment arriver à les séparer si ça continuait ainsi. Il était persuadé que c'était ce que Grey recherchait. Ruminant ses sombres pensées, il regarda attentivement les deux équipes positionnées tandis que Mme Bibine ouvrit le match en lançant le souafle. Apparemment, le capitaine de Gryffondor évaluait et choisissait ses nouveaux joueurs grâce à un match pour voir les capacités de chacun et la bonne entente entre les joueurs qui était primordiale. Remus ne lâchait pas des yeux sa jeune amie qui se débrouillait vraiment bien. Il n'aurait jamais cru ça. Pourtant, les balais de l'école n'étaient pas de bien bonne qualité, mais elle volait très rapidement et en souplesse. Lupin jeta un coup d'œil à Sirius et devant son silence, il sut qu'il devait être tout aussi ébahi que lui. Peut-être comprendrait-il enfin que Grey n'était si pas idiote ? Peter semblait tout aussi absorbé, mais plus occupé à regarder James qui volait merveilleusement bien, formant une équipe redoutable avec les autres poursuiveurs. Il faisait souvent des passes décisives, feintant les adversaires avec habilité ou encore les cognards. James serait sans aucun doute désigné comme nouveau poursuiveur de l'équipe.
« James est vraiment excellent, dit Peter tout excité. Avec lui, on aura de grandes chances de gagner la coupe ! »
Remus et Sirius hochèrent la tête simultanément tout en continuant de regarder le match. C'est alors que Lupin vit Fauve descendre à toute vitesse, suivi de l'autre attrapeur, pour attraper le vif d'or qui ne se trouvait qu'à quelques centimètres de ses doigts. La main de Grey se referma doucement sur la petite balle dorée, faisant ainsi gagner son équipe, dans laquelle se trouvait James. Black n'en revenait tout simplement pas et ne trouva rien à redire. Elle était douée et ça, il ne pouvait le nier, peut-être tout aussi douée que James. Heureuse d'avoir attrapé le vif d'or, elle se dirigea vers les membres de son équipe qui la félicitèrent que légèrement, sans trop comprendre pourquoi. Elle entendit alors une poursuiveuse titulaire de l'équipe dire :
« De toute manière, on aurait gagné sans elle, on avait plus de cent points d'avance sur l'autre équipe même s'il avait attrapé le vif d'or. »
La jeune Grey se retint de répliquer une phrase bien acide, lui faisant remarquer que s'il n'y avait pas d'attrapeur dans une équipe, il n'y avait pas de fin au match. Elle serra fortement la balle dans sa main. Elle n'avait pas l'air d'être appréciée par le reste de son équipe sans même en savoir la cause. Il est vrai qu'elle n'était pas très sociable, mais le plus important c'est qu'elle ait attrapé la balle non ? Elle adorait voler ainsi que le Quidditch. Elle espérait vraiment être prise ! La fillette attendit patiemment avec les autres postulants que le capitaine et le reste de l'équipe se décident sur les joueurs qu'ils allaient prendre. Au bout de plusieurs minutes qui parurent interminable, il se tourna vers eux et déclara :
« Nous avons pris notre décision. Pour les postes de poursuiveurs, nous avons donc retenu Denis Cooper et James Potter. »
James et Denis se regardèrent tout en frappant leurs mains conjointement ensemble avec un grand sourire en guise de victoire.
« Quant au poste d'attrapeur, reprit John, ce sera Daniel Johnson. Je remercie les autres participants et à une prochaine fois ! »
La main de Fauve se desserra peu à peu laissant échapper le vif d'or, totalement dépitée. Elle ne comprenait pas, pourquoi n'avait-elle pas été choisie ? Elle avait été la meilleure, non ? Pourquoi ? Elle vit alors les élèves se diriger vers les douches et sans aucune hésitation, elle rattrapa le capitaine de l'équipe en quête d'explication. John semblait plus qu'embarrassé devant sa question puis tout en passant une main nerveuse dans ses cheveux, il répondit :
« Tu as en effet été la meilleure, tu te débrouilles très bien sur un balai. Tu es rapide et souple, mais cela ne suffit pas, décréta-t-il.
-Pourquoi ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
-Il faut une bonne ambiance dans l'équipe, que chaque joueur s'entende avec l'autre sinon ça ne marche pas, ajouta-t-il. Tu n'es pas tellement sociable avec les autres et… Enfin, je suis sincèrement désolé. »
Fauve éclata alors d'un rire amer puis lança hargneusement :
« Ne sois pas désolé pour quelque chose dont tu ne l'es pas ! Tu n'en penses pas moins que tes coéquipiers sinon tu aurais imposé ta volonté aux autres et donné ma chance, dit-elle tout en lui balançant le balai au visage, se dirigeant hors du terrain. »
Elle était furieuse, en colère, mais aussi triste et malheureuse. Bien sûr qu'elle était asociale, mais seulement avec les gens qui se montraient moqueurs et qui ne l'appréciaient pas. C'était un juste retour des choses, non ? Personne n'essayait d'apprendre à la connaître. Personne, sauf Remus. Que deviendrait-elle sans lui ? Pas grand-chose. Elle avait tant espéré avoir ce poste. Peut-être que ses parents en auraient été fiers ? Et maintenant, elle se sentait plus que jamais désespérée. Quoi qu'elle fasse, elle ne serait jamais acceptée. Une goutte de pluie tomba alors sur son visage, puis deux, trois, quatre. Elle s'arrêta soudainement dans le parc menant au château, levant la tête pour regarder le ciel obscurci comme pouvait l'être tout son esprit à cet instant. Elle ne pleura pas, non, la nature s'en chargeait pour elle. Elle resta ainsi pendant plusieurs minutes jusqu'à sentir l'eau transpercer ses vêtements. Ses cheveux plaqués dans sa nuque, la pluie ruisselante sur son visage, le froid s'établit peu à peu en elle. Seulement, elle ne trouva pas le courage de s'en aller pour rentrer au chaud. Fauve en avait besoin, besoin d'être seule et loin de tous, alors elle marcha et se dirigea vers le lac. Prenant place aux côtés d'un arbre, elle se laissa tomber dans l'herbe puis ramena ses jambes contre sa poitrine, posant sa tête sur ses genoux. Elle s'en moquait bien de tomber malade. De toute manière, qui s'en soucierait ? Qui remarquerait son absence ? Personne…
C'était pourtant mal connaître Remus qui était rentré dans sa salle commune avec ses amis. James sautait littéralement de joie pour son intégration au sein de l'équipe et afin de fêter cela, Black avait dans l'idée de partir fureter dans les couloirs afin de trouver les cuisines et de ramener de la boisson ou de la nourriture. Seulement Lupin n'avait pas le cœur à rire ou à festoyer quoi que ce soit ; il avait appris que Fauve avait été recalée et depuis, elle n'était pas rentrée. Oh bien sûr, il arrivait souvent qu'il ne la croise pas, elle était si discrète, mais il avait demandé à Lily si elle était dans sa chambre et la rouquine avait répondu que non. Cela faisait près d'une heure que la sélection des joueurs était finie, une heure qu'il l'avait vue sortir du terrain sans pour autant la revoir dans le château. Où était-elle ? Dans quel état pouvait-elle être ?
« Eh Remus ? Appela Peter, prêt à partir avec Sirius et James. Tu viens avec nous ? On va chercher les cuisines, dit-il.
-Non, je reste ici, répondit le concerné. J'ai encore des devoirs à faire, mentit-il.
-Laisse-le Peter, il attend Grey, déclara Potter. Il viendra nous rejoindre une prochaine fois. »
Remus opina de la tête tout en suivant du regard la sortie de ses amis. Il s'inquiétait vraiment pour Fauve même si ses compagnons de chambre ne semblaient pas capables de le comprendre. Il soupira profondément, prit un ouvrage et se mit à le lire, ne pouvant rien faire d'autre que d'attendre qu'elle revienne. Pendant ce temps-là, les trois amis marchaient discrètement dans les couloirs de Poudlard, l'adrénaline montant progressivement en eux. La plupart des élèves étaient rentrés dans leur salle commune à cette heure et le couvre-feu étant pour bientôt, ils allaient pouvoir faire une petite exploration du château en espérant ne pas tomber sur Rusard ou un professeur. James en tête, suivi de Sirius et Peter, ils cherchaient en toute discrétion les cuisines. Ils se dirigèrent vers le hall d'entrée puis prirent un petit escalier menant à la salle des Poufsouffles. Peter avait entendu dire que les cuisines se trouvaient non loin de la salle commune des jaune et noir.
« Tu es certain que c'est de ce côté ? Souffla Sirius à Peter.
-Oui, j'ai souvent vu les Poufsouffles sortir de ce couloir et y rentrer, assura Pettigrow.
-Chut, taisez-vous, on va se faire réparer ! Intima James. »
Le silence se fit à nouveau. Ils avancèrent un peu au hasard quand soudain, ils tombèrent devant un tableau représentant des fruits. Les trois garçons se regardèrent mutuellement avec un grand sourire de victoire, sachant pertinemment qu'ils devaient être près de leur but. Quoi de mieux qu'une tapisserie représentant de la nourriture pour indiquer les cuisines ? Seulement, comment y accéder maintenant ?
« Tu crois que c'est là ? demanda James en cherchant l'entrée.
-Crois en mon flair, dit Sirius tout en posant sa main sur la tapisserie. Reste à savoir comme y pénétrer. Un mot de passe ? proposa-t-il à ses amis.
-Je ne pense pas, ce tableau ne parle pas, ce sont juste des fruits, murmura Potter en se grattant la tête devant ce problème épineux. Ça ne nous avance pas à grand-chose si on ne peut pas rentrer.
-Peut-être y a-t-il une sorte de bouton qui permettrait d'entrouvrir le passage ? dit Peter.
-Mais voilà ! Tu es le meilleur Pete! s'écria Sirius en faisant rougir le concerné. Tu as trouvé la solution ! On doit forcément faire quelque chose sur le tableau, peut-être toucher un fruit en particulier ?
-On peut toujours essayer, répondit le brun à lunettes. »
C'est ainsi que les trois amis s'activèrent à toucher tous les fruits sur la tapisserie quand la main de James vint à s'attarder sur une poire qu'il frotta par inadvertance. Là, un déclic se fit entendre. Les trois Gryffondor s'observèrent et virent que le tableau s'était ouvert sur la pièce. Ils sautèrent littéralement de joie tout en entrant dans la cuisine où un groupe d'elfes de maison vint les servir, rapportant ainsi bon nombre de gâteaux et du jus de citrouille à volonté. Les bras chargés, ils passèrent par des détours pour éviter de se faire prendre, l'heure du couvre-feu étant passée depuis plusieurs minutes maintenant. Ils avaient hâte de retourner dans leur dortoir et faire une petite fête comme il se le devait !
Pendant ce temps-là, Fauve rentra totalement trempée des pieds à la tête. La salle commune était vide, ou presque. Elle vit Remus se diriger à toute vitesse vers elle, il paraissait très soucieux. L'avait-il attendue ? Elle tremblait comme une feuille, ses dents claquaient. Grey se sentait épuisée comme jamais. Finalement, c'était une mauvaise idée d'être restée sous la pluie sans rien faire. Fauve put sentir les mains de Lupin se poser sur ses épaules, la sortant légèrement de sa léthargie :
« Mais où étais-tu ? demanda Remus inquiet. Tu es totalement mouillée, remarqua-t-il en regardant la fenêtre qui offrait une vue sur le temps dehors. »
Ce n'était pas possible, elle n'était pas restée sous la pluie depuis tout ce temps ? Était-elle inconsciente ? Elle allait sans aucun doute tomber malade dans l'état qu'elle était ! Pourquoi avait-elle fait ça ? Pourquoi être restée dehors ? Il l'observa attentivement droit dans les yeux, mais celle-ci détourna la tête, se sentant mal à l'aise. Qu'elle le veuille ou non, il finirait par avoir le fin mot de l'histoire ! Elle avait toujours réussi à feinter ses questions par d'autres réponses, mais cette fois-ci, il ne se laisserait pas avoir, il commençait à la connaître ! Ses amis allaient sûrement rentrer d'un moment à l'autre, il valait mieux éviter le face à face, sinon ils pouvaient déjà entendre les railleries de James et Sirius.
« Va te changer Fauve et sèche toi, mais rejoins-moi après avoir fini, souffla le jeune Lupin. Ne pense même pas à fuir la conversation, je finirai par te coincer dans un quelconque endroit, dit-il d'un ton qui se voulait ferme. »
La concernée ne répondit rien. Elle regarda, durant quelques secondes, son ami puis se dirigea vers son dortoir comme il le lui avait conseillé. Que lui voulait Remus ? Pourquoi était-il si inquiet ? Certes, ils étaient amis, mais ils ne se devaient rien l'un à l'autre. De quoi voulait-il lui parler ? Elle n'avait pas aimé son ton trop sérieux, trop grave. Elle se mordit légèrement les lèvres tout en entrant dans le dortoir, plus silencieux que jamais, ses camarades de chambre dormant profondément. Fauve se déshabilla discrètement et se dirigea vers la salle de bain pour prendre une bonne douche puis se sécha. Elle évita soigneusement de se regarder dans le miroir. Enfilant son pyjama, elle laissa ses cheveux libres puis retourna dans la chambre. Elle ne se sentait pas très bien malgré la douche qu'elle venait de prendre. Grey avait encore un peu froid en plus de se sentir faible. Devait-elle rejoindre Remus ? Que se passerait-il si elle discutait avec lui ? Dans son état, elle doutait de pouvoir esquiver ses questions trop curieuses. Dans tous les cas, elle pouvait éviter de répondre tout simplement. Ou alors, ne pas aller le rejoindre. Seulement, Remus ne semblait pas vouloir la lâcher aussi facilement. Devait-elle lui faire confiance ? En serait-elle capable ? Ses yeux dérivèrent vers la fenêtre où, de temps à autre, les nuages laissaient transparaître le croissant de lune. Elle avait cru que personne ne remarquerait sa soudaine absence, elle avait pensé que personne ne se soucierait d'elle et Fauve s'était lourdement trompée. Remus était là pour elle, il l'avait attendue patiemment. La moindre des choses était de retourner le voir et ne pas le fuir. Elle était une Gryffondor ! Jusqu'à maintenant, elle n'avait montré aucun courage. Peut-être serait-il temps de le faire ? Avoir le courage d'aller vers lui ! Elle se leva de son lit tandis qu'un léger vertige lui fit perdre un peu l'équilibre. Fauve ferma quelques instants les paupières puis les rouvrit, sortant de la chambre sous le grognement d'une des trois filles.
De là où elle était, elle vit parfaitement les Maraudeurs, restant dans l'ombre comme elle savait si bien le faire. Grey aperçut Remus discuter avec eux, mais n'entendit pas un traître mot. Elle se cacha un peu plus dans le recoin d'un pilier en voyant Black, Potter et Pettigrow monter dans leur dortoir, les bras chargés de victuailles. Elle attendit un peu puis entreprit de descendre les escaliers en colimaçon, rejoignant ainsi Lupin qui se retourna vers elle, le sourire aux lèvres.
« Tu es finalement là, j'avais peur que tu ne viennes pas. Tu te sens comment ? S'enquit le Lycan en prenant place sur le sol en face de la cheminée.
-Un peu faible, avoua-t-elle en s'asseyant à ses côtés.
-Je t'ai vue tout à l'heure à la sélection des nouveaux joueurs, déclara Remus en se rapprochant d'elle. Tu voles très bien, tu es même très douée.
-Mais cela ne m'a pas permis d'être prise dans l'équipe, répondit amèrement Fauve en baissant le regard, tout en ramenant ses jambes contre sa poitrine.
-Je sais, dit Lupin ne sachant trop quoi dire maintenant. C'est pour ça que tu es restée sous la pluie ?
-Quelle importance maintenant, murmura-t-elle en haussant des épaules.
-Quelle importance, répéta incrédule Remus, mais bon sang Fauve ! Rester plus de deux heures, si ce n'est plus, sous une averse abondante, c'est totalement…
-Idiot, le coupa-t-elle en le foudroyant du regard. »
Le cœur de Lupin manqua un battement devant ses yeux, ses yeux qui en exprimaient bien plus qu'il n'en avait jamais vu auparavant : de la colère mêlée à de la tristesse. Un regard qui le bouleversa comme le jour de la répartition. Il crut qu'elle allait rajouter quelque chose, mais Fauve détourna la tête, en proie avec ses propres démons intérieurs. Que devait-il faire ? Il avait l'impression de mal s'y prendre avec elle. Que lui manquait-il pour réussir à la comprendre ? Si seulement elle se confiait un peu plus, mais elle s'était construit une véritable carapace. Que lui conseillerait sa mère à ce moment précis ? Sûrement de laisser parler son cœur, mais celui-ci lui dictait de la consoler, de la prendre dans ses bras et c'était embarrassant. Il n'avait jamais fait de marque d'affection à quiconque, d'autant plus que c'était une fille et lui un garçon. Il déglutit passablement. Tout en gigotant maladroitement, il repensa alors au voyage dans le train. Fauve n'avait pas hésité une seule seconde pour le laisser se reposer sur ses jambes, ce qui était étonnant : elle avait une tendresse infinie envers les autres, mais dès qu'on tentait de l'être avec elle, Grey ne paraissait pas y croire. Il était un Gryffondor, non d'un troll ! Ce n'était rien d'enlacer une fille ! Prenant son courage à deux mains, il passa derrière elle et avant d'avoir pu dire « Quidditch »,il ouvrit ses bras pour les refermer autour du corps de la jeune fille qui sursauta, ouvrant grand les yeux. Remus ferma ses paupières pour éviter de croiser son regard et rougir inutilement. Il posa sa tête sur son épaule puis murmura :
« Tu es mon amie Fauve, je ne veux pas te savoir triste ou malheureuse, tu méritais cette place plus que n'importe qui d'autre. J'ai été impressionné et tu peux être fière de toi, mais ne te détruis pas la santé à cause d'eux.
-Il a dit, souffla-t-elle, il a dit que je pourrais porter préjudice à la bonne entente de l'équipe parce que je n'étais pas sociable avec les autres. C'est pour ça que je n'ai pas été prise, confia la jeune Grey qui se mordit les lèvres, se serrant confortablement contre Remus en fermant les yeux. Je voulais tellement ce poste, tellement, tellement, murmura-t-elle dans une litanie sans fin. Ils auraient été fiers de moi, ajouta-t-elle en se laissant emporter dans les bras de Morphée. »
Le jeune Lupin ouvrit les yeux en s'apercevant qu'elle était tombée endormie dans ses bras. Il l'observa attentivement puis desserra son étreinte. Il avait cru qu'elle allait pleurer, mais non. Ils étaient tous des idiots. C'est vrai qu'elle n'était facilement abordable, mais c'était juste un moyen de se protéger et ce soir, il en était plus que jamais convaincu. Il soupira profondément, tout en la portant dans ses bras, et l'allongea dans le canapé. D'un coup de baguette magique, il fit apparaître une couverture puis la couvrit. Il glissa un doigt sur son visage pour lui enlever une mèche de cheveux tombant devant ses paupières, un sourire aux lèvres. Il se demandait bien de qui elle avait pu parler en prononçant : ils auraient été fiers de moi. Ses parents ? Fort possible ; sa mère ne semblait pas être des plus affectueuses avec Fauve. Peut-être que c'était ça la clé au renfermement de son amie, le fait de ne pas être appréciée par sa famille. Sa sœur, sa mère, est-ce que son père était pareil ? Pourquoi ? Mais fallait-il vraiment une raison pour que des parents aiment un enfant plus qu'un autre ? Non et malheureusement, ça semblait être tombé sur Fauve. Il s'installa dans le fauteuil d'en face, continuant de l'observer tout en étant dans ses pensées, sans avoir qu'à l'étage ses amis parlaient de lui.
En effet, Sirius avait entamé le sujet de conversation sur Remus, faisant part de ses soupçons et de la discussion qu'il avait eu avec lui. James et Peter l'écoutaient attentivement tout en mangeant des gâteaux. Il est vrai que Lupin était souvent absent et que l'excuse comme quoi sa mère était malade paraissait peu crédible au vu des explications fournies par Black. Remus cachait-il vraiment un secret ? Et si oui, lequel ?
« Si Lupin a un secret et qu'il ne veut pas nous le dévoiler, c'est que cela doit être sacrément important, dit James tout en remontant ses lunettes sur son nez, plus sérieux que jamais.
-Vous croyez que les professeurs le savent ? demanda Peter assis en tailleur sur sa couchette.
-Eh bien, je pense que oui. On ne disparaît pas ainsi sans que le corps professoral n'en sache rien, d'autant plus que personne ne pose aucune question quand il est absent, remarqua habilement Sirius. Je propose qu'on mène notre propre enquête avec les indices que nous avons !
-Pourquoi pas, répondit le jeune Potter. Nous savons qu'il tombe souvent malade et qu'il disparaît environ une fois tous les mois. C'est peu, mais c'est toujours ça.
-Peut-être a-t-il ses règles, rigola Peter sous les regards goguenards de ses amis qui explosèrent de rire.
-Tu as toujours de bonnes blagues Peter, ria James.
-N'empêche, il est souvent de mauvaise humeur avant ses absences, comme lorsque les filles ont…
-Je crois qu'on a compris Pete, coupa Sirius en se retenant de rire. Cependant, ce que tu dis n'est pas bête du tout. Il est vrai que Remus est souvent de mauvaise humeur et il est à fleur de peau pendant ces périodes-là.
-Hum, fit James. D'ailleurs, si je me souviens bien, l'année dernière il s'était énervé après nous puis n'était pas revenu de la nuit pour se retrouver à l'infirmerie.
-Peut-être était-il vraiment malade ? dit Pettigrow.
-Peut-être, mais en sachant qu'il disparaît une fois par mois, ce fut la seule absence qu'il eut durant le mois de septembre, expliqua James en lui faisant un d'œil.
-Comment peux-tu t'en souvenir ? interrogea Sirius, ébahi.
-J'ai une bonne mémoire, c'est tout, répondit avec fierté Potter.
-Une mémoire d'éléphant, nargua Black.
-Exactement, approuva James en hochant la tête, les bras croisés.
-Attention, un éléphant, ça trompe énormément, ajouta-t-il en se recevant un oreiller en pleine figure. »
Ils enclenchèrent alors une nouvelle bagarre de polochons tandis que les plumes volèrent dans la pièce, oubliant les soucis dans la joie et la bonne humeur enfantine, ne sachant pas qu'ils approchaient de la vérité bien plus qu'ils ne le croyaient. Une vérité qui allait bientôt éclater au sein du groupe sans que Remus ne puisse faire quoi que ce soit.
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Le lendemain matin, ce fut avec un mal de crâne épouvantable que Fauve se réveilla. Elle vit alors au-dessus d'elle une fille qui n'était autre qu'Evans. Où était-elle ? Elle n'était pas dans sa chambre ! Elle fronça les sourcils et reconnut la salle commune. La Gryffondor put sentir sous ses doigts une couverture et tous les souvenirs de veille au soir revinrent brutalement en elle : sa conversation avec Remus, ses confidences et ensuite le néant. Il avait dû la déposer sur le canapé après qu'elle se soit endormie. C'était gentil de sa part de l'avoir recouverte pour la tenir au chaud.
« Les cours commencent dans une demi-heure, l'informa Lily avant de s'en aller avec ses amies. »
Une demi-heure ? Merlin, elle était en retard. Elle se leva d'un bond, mais fut aussitôt prise d'un étourdissement. Elle avait l'impression d'être sur un navire qui chavirait. Elle ne se sentait pas bien du tout puis elle avait chaud tout en ayant froid. Fauve toussa à s'en arracher les poumons, posant une main sur sa poitrine en sentant une douleur se diffuser quand elle inspira profondément. C'était juste un simple rhume, ça allait passer. Montant les marches qui menèrent au dortoir des filles, elle prit une douche, s'habilla, prit ses affaires puis s'en alla vers son premier cours de la journée : Métamorphose. Tout le monde était pratiquement installé. Elle vit Remus lui faire un sourire, lui redonnant du baume au cœur, tandis qu'elle prit place au premier rang. McGonagall arriva quelques minutes plus tard. Le cours d'aujourd'hui était de transformer un animal en un verre à pied. Malheureusement, elle n'écouta que d'une oreille distraite le cours. Elle était fatiguée et ses yeux semblaient si lourds, si lourds. Peu à peu, ses paupières se fermèrent contre son gré quand la voix de son professeur la ramena à la réalité, la faisant sursauter de sa chaise alors que les élèves riaient, comme toujours.
« Miss Grey ! Est-ce trop difficile d'accorder un peu d'attention à mes cours ?
-Désolée professeur, s'excusa la Gryffondor en baissant le regard. »
Le reste de l'heure, Fauve se concentra du mieux qu'elle le put, réussissant à transformer son animal en un magnifique verre à pied, rapportant ainsi dix points à sa maison pour avoir été la deuxième, le premier étant James. Une fois sortie du cours, elle laissa tous les élèves partir devant afin de reposer son front brûlant contre la pierre froide. Merlin que ça faisait du bien !
« Miss Grey ? Appela Minerva. »
La concernée réagit aussitôt en se reculant du mur pour observer son professeur qui se trouvait être avec Lupin.
« Ça ne va pas ? demanda-t-elle soucieuse.
-Je suis juste un peu… »
Avant qu'elle n'ait pu finir sa phrase, elle sentit la main de sa directrice toucher son front qui démontrait à quel point elle avait de la fièvre.
« Merlin ! Mais quelle idée avez-vous eu d'aller en cours alors que vous êtes malade ! déclara sa directrice en se tournant vers son autre élève. Accompagnez-la à l'infirmerie Remus, je compte sur vous ! Prenez soin de vous Miss, je préviendrai les autres professeurs de votre absence, dit Minerva tout en rentrant dans sa classe. Bravo pour avoir réussi votre métamorphose ! ajouta-t-elle sous le visage rouge pivoine de Fauve. »
Elle sentit alors la main de son ami se poser sur son avant-bras et l'emmener avec lui vers l'infirmerie. Grey ne savait pas quoi dire pour briser ce silence pesant entre eux. Elle se sentait honteuse de s'être confiée à luiet voulait en même temps le remercier d'avoir été là pour elle. C'était étrange de se sentir aussi proche d'une personne. Elle aimait beaucoup Remus. Elle avait l'impression que quoi qu'elle fasse ou quoi qu'elle dise, il serait toujours là, à ses côtés, comme aujourd'hui. Fauve s'arrêta soudainement dans sa marche en sentant un nouveau vertige la prendre. Tout tournait autour d'elle et c'était désagréable, très désagréable, ça la rendait nauséeuse. Elle se mit à tousser fortement, portant une nouvelle fois sa main sur sa poitrine qui lui faisait mal. Elle avait le sentiment de pouvoir s'écrouler à tout moment. Elle se retint de justesse au mur se trouvant sur sa droite alors que Lupin se précipita vers elle. La Gryffondor pouvait voir distinctement les lèvres de son ami bouger, semblant la réprimander, mais elle n'entendait rien. Elle eut tout juste le temps d'entrevoir Remus la rattraper avant qu'elle ne sombre dans l'inconscience.
Il soupira profondément tout en la portant avec une facilité déconcertante dans ses bras, un avantage que lui conférait sa condition. Il la sentit frissonner contre lui alors que son souffle se faisait court. Voilà ce qu'elle récoltait d'être restée aussi longtemps sous la pluie. Il se dépêcha aussi vite qu'il le put, entra dans l'infirmerie tout en appelant Mme Pomfresh qui lui ordonna de la déposer dans un lit puis le somma de s'en aller pour qu'elle l'ausculte. Quelques minutes plus tard, il vit Pom-Pom fermer les rideaux autour du lit. Elle paraissait étonnée de le voir encore ici, mais s'avança tout de même vers lui :
« Elle a un début de pneumonie, dit-elle, mais ne t'inquiète pas, ajouta l'infirmière devant son air inquiet, du repos, une bonne alimentation, quelques potions et elle ira mieux. Préviens les professeurs que je la garde pour les deux semaines à venir. Pas question qu'elle lève le petit doigt, déclara-t-elle d'un ton ferme.
-D'accord, prononça Lupin. Je pourrai venir la voir ce soir ?
-Si elle est réveillée, mais pas longtemps, elle a une forte fièvre, prévint Pom-Pom. Allez, ouste maintenant ! »
Remus la remercia en la gratifiant d'un sourire puis retourna à ses cours, quelque peu soucieux pour son amie, mais rassuré à la fois qu'elle soit prise en charge par Mme Pomfresh. Il n'y avait pas meilleure infirmière qu'elle. Fauve allait vite être remise sur pied. En attendant, il lui prendrait ses cours et ses devoirs pour qu'elle n'ait pas trop de retard. Le reste de la journée s'écoula très lentement aux yeux de Lupin qui trouvait le comportement de ses amis suspects. Ils paraissaient comploter quelque chose sans trop savoir quoi, mais cela semblait le concerner : dès qu'il arrivait près d'eux, les discussions cessaient ou alors ils parlaient d'autre chose. Niveau discrétion, on ne pouvait pas faire mieux. Peut-être était-ce à cause d'hier soir, le fait d'avoir passé du temps avec Fauve ? Ou alors, Sirius avait fait part de sa conversation avec James et Peter ? Il secoua la tête pour chasser ses idées de son esprit. Il devenait trop paranoïaque !
Le soir venu, il se dirigea vers le lieu médical ou la sorcière l'autorisa à voir son amie, mais seulement quinze minutes. Décidément, Mme Pomfresh était toujours aussi stricte avec ses patients et ses visiteurs. Il ouvrit le rideau et vit Fauve allongée dans le lit, les yeux ouverts, tournant son visage vers lui, un léger sourire aux lèvres qui ressemblait plus à une grimace. Il s'avança lentement et prit place sur le rebord de la couchette, tout en l'observant. Elle était encore plus pâle que d'habitude et paraissait très fatiguée.
« Comment vas-tu ? demanda-t-il.
-J'ai vu des jours meilleurs, avoua-t-elle. Mme Pomfresh m'a fait boire des potions plus infectes les unes que les autres, marmonna Fauve sous le rire de Remus.
-C'est ta punition pour être restée sous la pluie aussi longtemps. La prochaine fois, viens me voir au lieu de faire pareille bêtise, déclara Lupin.
Devant son silence, il reprit la parole.
-J'ai averti les profs que tu ne viendrais pas pendant au moins deux semaines et…
-Deux semaines ! s'écria-t-elle tout se mettant un tousser sèchement, la respiration sifflante. »
Elle sentit deux mains la repousser dans son lit pour qu'elle se couche tout en lui donnant un verre d'eau qu'elle but avec délectation.
« Pom-Pom a dit que tu ne devais pas t'agiter, dit fermement Remus sans se rendre compte qu'il avait appelé l'infirmière par son surnom comme s'il la connaissait bien. »
Il est vrai que Lupin semblait fragile de santé et que Fauve l'avait vu plus d'une fois à l'infirmerie, mais était-ce une raison pour être aussi familier avec un adulte ? C'était étrange. En y repensant bien, à chacune de ses absences il se retrouvait ici. Peut-être était-il gravement malade ? Peut-être que sa maladie était incurable ?
« Je suis désolée, s'excusa-t-elle honteuse, je te cause du souci alors que toi aussi tu as tes propres problèmes.
-Comment ? fit Remus ne comprenant réellement pas où elle voulait en venir. Je te rappelle que c'est toi qui es ici, clouée au lit avec un début de pneumonie.
-Oui, mais toi aussi, tu es souvent malade ! répliqua Grey le regard farouche, en refermant les doigts autour des draps blancs quand une douleur thoracique vint se réveiller en elle. »
Remus fronça les sourcils devant sa remarque. Il avait l'impression d'être encerclé de toute part. D'abord Sirius puis maintenant elle ? À qui le tour ensuite ? James ? Peter ? À moins que ce ne soit déjà fait. Il déglutit passablement tout en fixant son amie qui semblait intriguée par son comportement. Sauvé par le gong, l'infirmière rentra au même moment avec un plateau garni pour sa jeune patiente, permettant ainsi à Lupin de s'enfuir après avoir déposé les cours et les devoirs pour Fauve. Il lui fit un sourire et confia qu'il repasserait demain. Fuir, fuir, il ne savait faire que ça quand la situation devenait dangereuse. Que pouvait-il faire d'autre ? Il n'était pas courageux, non, il était juste un vulgaire loup-garou et peureux !
Pendant ce temps-là, Sirius marchait dans les couloirs de Poudlard, les mains dans les poches. Il devait rejoindre James et Peter devant la bibliothèque pour aller chercher des ouvrages bien particuliers, des livres qui les aideraient à découvrir le secret de Remus. Seulement, lui et Potter ne pouvaient plus rentrer dans la bibliothèque après la petite histoire de juin dernier qui avait passablement énervé Mme Pince. À ce souvenir, Sirius ne put s'empêcher de sourire, un sourire qui se fana bien vite en voyant son frère Regulus, face à lui. Son frère qui se trouvait être seul, était-ce une coïncidence ? Il en doutait. Il n'avait pas reparlé à Reg depuis son entrée à Serpentard, l'ignorant royalement. Peut-être cherchait-il à discuter avec lui ? Il s'attarda quelques instants à l'observer. Puis, la mâchoire contractée, les poings serrés dans ses poches, il reprit sa marche et passa sans le moindre remords devant son frère qui paraissait peiné.
« Attends Sirius ! S'exclama-t-il soudainement en se retournant vers son aîné. Attends, est-ce que tu m'en veux ? Je n'avais pas le choix, murmura-t-il.
-Pas le choix ? Claqua sèchement son frère en se retournant vers lui. Ne me fais pas rire Regulus ! Nous avons toujours le choix ! Je t'aurais protégé contre nos parents ! J'aurais tout fait pour toi ! avoua Sirius en colère plus que jamais. Finalement, c'est toi qui m'as trahi, siffla-t-il d'un regard noir et intense qui fit frissonner Regulus des pieds à la tête.
-Je t'en supplie Sirius, ce n'est qu'une maison ! cria le cadet. J'avais peur que Mère ne soit en colère si j'allais à Poufsouffle. Je…
-Une maison qui représente toute la fierté de notre famille ! Tu ne vaux pas mieux qu'eux ! rétorqua amèrement le Gryffondor.
-Je suis ton frère ! s'écria Regulus en se dirigeant vers lui. Est-ce qu'une maison vaut tous les liens du sang ? Qu'est-ce que ça change que je sois à Serpentard, Poufsouffle, Serdaigle ou Gryffondor ?
-Tu as choisi la simplicité par la peur, déclara Sirius. Si tu l'as fait une fois, tu le referas et tu viendras à lécher les bottes de n'importe qui ! Tu me dégoûtes ! Cracha son frère aîné en se détournant de lui pour reprendre ça marche.
-Sirius ! L'appela Regulus.
-Il n'y a plus de Sirius et plus de Regulus, prononça-t-il assez fort pour être entendu. Désormais, tu es un Serpentard et moi un Gryffondor et tout le monde sait que ces deux maisons se sont déclaré la guerre. Tout est fini Reg, ne compte plus sur moi, décréta-t-il en lui faisant un signe de main.
-JE TE DETESTE SIRIUS ! JE TE DETESTE ! hurla son cadet en se retenant de pleurer.
-Moi aussi Regulus, souffla Sirius la tête basse, moi aussi… »
Black put entendre distinctement son frère cadet courir dans la direction opposée à la sienne. N'était-il pas aussi cruel que ses parents en ayant renié ainsi Regulus ? Un rictus apparut sur ses lèvres : finalement un Black restait un Black. Il ne valait pas mieux qu'eux. La colère bouillonnant en lui, mélangée à la tristesse, il tapa son poing contre le mur pour se défouler. Merlin qu'il se haïssait et qu'il détestait sa vie, sa famille, les valeurs, les traditions, les Sang-purs ! Tout cela, c'était à cause d'eux, à cause de ses parents ! Désormais, il n'avait plus de famille. Seuls ses amis comptaient à ses yeux. En plein dans ses songes, il rejoignit James et Peter devant la bibliothèque qui l'attendaient avec impatience. Black ne dit pas un mot de cette conversation. Peut-être un jour, mais pas maintenant. Sirius donna à Pettigrow une liste de livres à retirer, ne pouvant entrer avec James. Pendant l'attente, Potter ne cessa de lui jeter des regards furtifs comme s'il se doutait de quelque chose. Il est vrai qu'au vu de l'humeur taciturne et morose de Sirius, il y avait de quoi se poser des questions.
« Si ça n'allait pas, tu m'en parlerais Sirius ? S'enquit James en le regardant droit les yeux, une main posée sur son épaule.
-Ne t'inquiète pas, répondit le concerné. Juste des problèmes familiaux. »
Le brun à lunettes voulut surenchérir sur la conversation, mais Peter arriva au même moment avec trois livres dans les mains : un sur les maladies sorcières, un autre sur celles des Moldus et le dernier sur les créatures magiques, au cas où. D'un commun accord, chacun prit un livre pour se partager le travail et avancer plus vite dans leurs recherches, tout en prenant soin de cacher les ouvrages sous leurs matelas. Sirius, quant à lui, évita à merveille le sujet épineux avec James qui semblait ne pas vouloir lâcher prise et avoir le fin mot de l'histoire. Malheureusement, quand Black ne voulait pas parler, il n'y avait rien à faire. Cependant, foi de Potter, un jour ou l'autre, il réussirait à lui tirer les vers du nez !
