Chapitre 9 : Jours sombres
Les vacances se terminèrent assez rapidement, le jeune Lupin n'avait pas revu un seul jour son amie Grey. Il ne l'avait pratiquement pas aperçu aux repas et encore moins dans la salle commune et cette-fois-ci, c'est lui qui avait l'impression qu'elle le fuyait comme la peste ! Remus imagina alors tous les scénarios possibles et surtout le pire : elle avait découvert qu'il était un loup-garou ! Il ne cessait d'y penser au point d'en faire certains cauchemars la nuit, rêvant qu'elle lui crachait toutes sortes de méchancetés au visage, le dénonçant à tout Poudlard, perdant ses amis, exclu du château. C'était sûrement la plus grande peur de Lupin après la pleine lune. Une peur incontrôlable au point de s'enfermer dans le cercle vicieux des non-dits, au point de s'éloigner plus que jamais, assurant involontairement les doutes ou encore les pensées de Fauve et Remus qu'ils entretenaient l'un envers l'autre. Totalement obsédé par sa crainte, Lupin ne vit pas sa jeune amie qui se renfermait de plus en plus, chaque jour passant. Néanmoins, il avait tout de même remarqué le changement de comportement de ses amis envers celle-ci, surtout Sirius, qu'avait-il bien pu se passer ? Il n'osait poser la question à Black qui semblait être grincheux depuis la reprise des cours, ou plutôt, il paraissait être encore de plus mauvaise humeur depuis qu'il était en train de lire le journal de ce matin.
Et pour cause, Sirius venait juste d'apprendre qu'une attaque de Mangemorts avait de nouveau été opérée, faisant plusieurs victimes sur le Chemin de Traverse. Désormais, les mages noirs semblaient faire apparaître une sorte de marque dans le ciel, ayant pour signe, un serpent sortant d'une tête de mort. Une marque qui annonçait le malheur et la mort. Un serpent comme les Serpentards. Si seulement, il était plus vieux, si seulement, il était plus fort, il aurait aimé s'en occuper, les pourchasser pour ses crimes odieux et sans raison ! Son regard fut alors attiré par un nom parmi la liste des victimes, un nom qu'il ne connaissait que trop bien. Elvira Grey. Il dériva son attention vers la table des Serdaigles ou il vit l'aînée des Grey, elle ne paraissait pas affectée et pourtant, elle avait dû apprendre la nouvelle ayant la gazette entre ses mains. Qui était-ce pour eux ? Leur mère ? Non, sinon elle aurait déjà fondue en larme. Une cousine ? Une tante ? Il chercha la cadette, mais ne trouva personne, étrangement Sirius se sentit mal pour elles. Ses gens qui avaient tué Elvira Grey, étaient des personnes comme lui, de sang-pur. Tué, d'un sortilège impardonnable, il fallait avoir du sang froid ou être fou, même s'ils étaient de la même caste, il ne pourrait jamais accomplir un tel acte ! Jamais !
« Quelque chose ne va pas Sirius ? S'enquit Potter en croquant dans une tartine.
- Une nouvelle attaque des Mangemorts, répondit-il en froissant le journal.
- A croire que les Aurors n'arriveront jamais à les attraper, murmura Remus en observant son bol de chocolat. Cela fait près de sept mois que ça dure et le nombre d'attaque ne fait qu'augmenter alors que le ministère ne cesse de rassurer inutilement.
- Ils finiront par les avoir ! Prononça Peter avec espoir.
- J'en doute, répondit James en finissant son petit déjeuné. Ils sont bien organisés et de plus en plus nombreux. Qui sait comment cela va se finir…
- Tu penses à une guerre ? dit Black en relevant la tête.
- Je ne sais pas, confia Potter en haussant des épaules, cela y ressemble déjà, tu ne trouves pas ? »
Pour seule réponse Sirius se replongea dans le journal, en plein dans ses pensées. Son ami n'avait pas tort, la crainte régnait sur tout Londres, oui peut-être était-ce le début de quelque chose ? Le début d'une guerre ? Rien qu'à cette idée, il frissonna de la tête au pied. Il espérait vraiment que James se trompe et que Peter ait raison, les Aurors finiraient pas les attraper, mais quand ? Quand s'arrêterait ce carnage ?
« Elvira Grey, entendit-il sur sa droite. »
Black tourna la tête, apercevant Remus lire par-dessus son épaule, le visage blême dû au nom de la victime. Ce nom, ce prénom, il l'avait déjà entendu dans la bouche de Fauve. Merlin !
« Tu la connais ? C'est qui pour les Grey ? demanda le Gryffondor, curieux.
- Oui, c'est, c'est la grand-mère de Fauve, prononça Remus en s'emparant du journal comme pour se confirmer qu'il ne rêvait pas. »
Il lâcha aussitôt son bien, cherchant des yeux la présence de son amie, mais rien, il se tourna vers la table des Serdaigles mais Eileen Grey n'était pas là. Son cœur se mit à tambouriner violemment dans sa poitrine, un mauvais pressentiment s'installant peu à peu dans tout son être. Fauve n'était pas encore attablée, elle ne savait donc pas la nouvelle et si sa propre sœur lui annonçait avec toute la délicatesse du monde, il redoutait le pire à venir. Il fallait qu'il la devance !
« Eh ! Où vas-tu Rem's ? S'enquit Peter étonné de son empressement. Les cours vont bientôt commencés, rappela-t-il en mettant sa besace sur son épaule. »
Le concerné regarda son ami, partagé entre la volonté de manquer les cours ou s'y rendre. Le problème étant, même s'il partait à la recherche de Fauve, il n'était pas certain de pouvoir la retrouver avant sa sœur. Les cours allaient commencer, dans la toute logique des choses, Grey allait y être, il valait donc mieux l'attendre là-bas. C'est ainsi que pour seule réponse, Remus hocha de la tête :
« Allons-y, annonça-t-il en prenant lui-même son sac. »
Malheureusement pour Lupin, à quelques mètres d'ici, alors que la jeune Gryffondor venait à peine de sortir de sa tour afin d'aller à son cours de Sortilège, elle rencontra sa sœur aînée. Elle était seule, un sourire narquois installé sur ses lèvres dont bon nombre de garçon aurait aimé embrasser. Le visage de Grey se contracta, se demandant pourquoi Eileen se trouvait ici alors qu'ils n'avaient pas les mêmes cours. Que venait-elle faire ? Elle n'aimait pas son sourire en coin et son air supérieur, à vrai dire, elle pouvait tout autant l'admirer pour sa beauté, son élégance et son assurance, que Grey pouvait la détestait pour sa cruauté, sa mesquinerie et son imbécillité. Parfois son aînée lui rappelait Black ou Potter, peut-être parce que leur attitude était la même que sa sœur. Décidant d'ignorer sa présence, Fauve traça son chemin, devançant Eileen qui n'avait pas bougé d'un pouce pour finalement exprimer à voix haute :
« Toujours aussi seule ma pauvre petite Fauve. Ton cher Lupin s'est-il enfin rendu compte à quel point tu pouvais être futile et inintéressante ?
- Pas autant que toi Eileen, répliqua calmement sa cadette sans se retourner, en serrant les poings.
- J'ai des amies, au moins, déclara sèchement son aînée.
- Des amies bien hypocrites alors, qui n'hésiteront pas à t'abandonner et te laisser si tu n'exposais pas autant tes derniers vêtements à la mode ou tout autre objet. S'ils sont avec toi, c'est uniquement pour les apparences et l'argent, rien d'autre, décréta Fauve désormais face à face à sa sœur qui la regardait avec colère.
- En attendant, papa et maman m'apprécient pour ce que je suis, pas toi. Tu n'es qu'une gêne dans notre famille, tu n'étais pas sensée naître, tu aurais dû mourir ! Cracha Eileen avec vigueur. Dois-je te rappeler que c'est par ta faute si notre mère est malade aujourd'hui ? Si elle est encore vivante c'est uniquement grâce à la médecine de notre monde !
- Tu n'as pas besoin de me le redire ! s'exclama Fauve totalement furieuse. Mère a le plaisir de me le rappeler tous les jours de ma vie ! Seulement, ça aurait pu tomber sur toi, comme c'est tombé sur moi ! Je sais aussi que si elle avait eu le choix d'avorter, elle l'aurait fait !
- Si maman meurt, se sera de ta faute Fauve. Si tu m'arraches mamère, tout sera de ta faute. Finalement, tu n'as que ce que tu mérites, ricana Eileen avec une lueur de folie étincelante dans ses prunelles. Elvira est morte, informa-t-elle.
- Grand-mère ? murmura-t-elle son visage exprimant une grande surprise.
- Oui, notre très adorable Grand-mère, la seule personne dans ce monde qui t'aimait. Elle est morte, répéta sa sœur avec une joie non dissimulée, tuée durant une attaque par les Mangemorts, raconta Eileen dont la jubilation intérieure monta de plus en plus en apercevant le visage de sa cadette s'affaisser.
- Tu-tu mens ! Objecta Fauve avec ferveur dont les yeux brillaient étrangement.
- Je ne vois pas pourquoi, je mentirais sur une telle chose, répondit Eileen avec détachement. Tu n'as qu'à lire le journal, à moins que nos parents se soient faits aussi le plaisir de te l'annoncer par courrier.
- Comment, comment peux-tu dire cela avec autant de naturel, ton comportement est horrible ! s'écria la jeune Grey ne pouvant retenir plus longuement ses larmes qui ravageaient ses joues.
- Je ne vois pas pourquoi je m'appesantirais sur la mort d'une personne qui ta chérie comme sa propre fille, alors que la femme de son fils peut mourir à tout instant par… »
Eileen n'eut pas le temps de finir sa phrase que le bruit d'une violente gifle résonna dans les couloirs du château. Une gifle donnée par la main de Fauve dont la colère et la tristesse transparaissait sur chacun de ses traits. Sans un mot de plus, la cadette se retourna puis s'en alla, ne laissant pas le temps à son aînée de riposter, totalement ébahit par le geste de Fauve dont elle n'avait jamais vu aussi furibonde. Son étonnement se transforma peu à peu en un sourire sournois, trop ravie de l'effet de sa petite rencontre. Et c'était peu dire, Fauve avait ralenti sa marche, la tête basse, n'osant croire aux paroles de sa sœur. C'était impossible, elle avait parlé à sa grand-mère, il y a quelques jours, par voie postale. Elle ne pouvait pas être morte, elle ne pouvait pas l'abandonner ainsi ! Qui allait la réconfortait ? Qui allait la faire rire ? Qui allait la faire vivre tout simplement ? Elle n'avait plus rien en ce monde. Plus rien, on lui avait tout enlevé, ses parents, sa sœur, Remus, sa grand-mère, que lui restait-il ? L'espoir ? L'espoir de quoi ? Qu'un jour la roue finirait par tourner ? Elle en doutait fortement, chaque année était pire que la précédente, à croire qu'elle était maudite par le destin. Sa bonne étoile l'avait-elle quitté dès sa naissance ?
« Crois en toi, crois en toi », c'est ce que ne cessait de lui dire Elvira, ne cessant de l'encourager avec son doux sourire. « Tu iras à Gryffondor mon enfant, ta chevelure est celle d'une Lionne, n'écoute pas tes parents. ».Elle avait été à Gryffondor, grand-mère avait toujours raison, toujours la bonne parole pour lui remonter le moral, pour oublier les propos et le comportement de sa famille envers elle. Toujours là, pour l'aider à aller de l'avant, toujours, toujours. Seulement, elle n'était plus là, c'était finit, finit, finit…
Son cœur se tordit de douleur sans pareille, elle avait mal, terriblement mal, envie de disparaître, de se fondre dans le décor, être oubliée de tous. Les cours avaient commencé depuis un moment, mais elle n'eut pas le courage de s'y rendre et si les professeurs avaient lu, la gazette, ils allaient vite comprendre pourquoi. Elle détestait plus que jamais la vie ou plutôt savie. On lui arrachait tout, sans la moindre vergogne, voulait-on la mettre à genoux ? Ses yeux accrochèrent alors un journal reposant sur un banc en pierre. Fauve s'arrêta soudainement, hésitant sur la démarche à suivre, et si sa sœur lui avait menti ? Si tout cela n'était que mensonge ? Elle devait vérifier de ses propres yeux !
La jeune fille se dirigea aussitôt vers le banc, s'emparant de la gazette, ouvrant à la page où l'on parlait de cette fameuse attaque. Elle lut en diagonale quand son regard s'attarda sur la liste des victimes, son cœur battait à tout rompre, quand ses yeux se posèrent sur : Elvira Grey. Fauve ne put se détacher du journal, le fixant inlassablement, ses mains se mirent alors à trembler tandis qu'elle se mordit les lèvres comme pour s'empêcher de sangloter. Elle lâcha le journal qui tomba au sol, s'envolant au grès d'un courant d'air, suivit de peu par Grey qui s'effondra littéralement. Elle était morte. Morte.
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Quelques jours plus tard, vendredi soir plus précisément, Lily Evans était dans un couloir du château ou plus exactement devant le portrait de la grosse dame. Elle était face à face à son ami ; Severus Rogue qui semblait mal à l'aise à la manière dont elle le fixait. Il baissa alors honteusement la tête, ne sachant pas comment s'expliquer avec la rouquine. Il savait qu'elle était en colère après lui, en colère d'avoir découvert un livre de magie noire dans sa besace. Lily était belle et bien une Gryffondor, c'était tout noir ou tout blanc, l'entre deux n'existait pas. Le courage n'était pas son point fort et la regarder droit dans les yeux, le faisait se sentir coupable. Était-il en train de la trahir ? Bien sûr que non ! Ce n'était qu'un livre, c'était juste pour enrichir ses connaissances ! Après tout qui y avait-il de mal à lire un ouvrage sur la magie noire ? Il est vrai que certains sortilèges étaient à faire hérisser les cheveux de la tête, mais cela pouvait être utile, un jour ? Il entendit le pied d'Evans taper régulièrement sur le sol, trahissant son agacement. Il devait faire vite ou sinon il aurait le droit à ses foudres.
« Qu'est-ce que tu es venu faire ici, Severus ? Isabella m'a prévenu que tu voulais me voir et me parler ! Je suis là, en face de toi et tout ce que tu sais faire pour l'instant c'est de détourner le visage. Aurais-tu trop honte ? J'avais oublié comme les Serpentards pouvaient être lâche par moment. »
A cette attaque, il releva la tête, la défiant ouvertement en la regardant droit dans les yeux. Comment pouvait-elle lui parler ainsi ? Ses yeux trahissaient comme une sorte de dégoût, à la prononciation du nom de sa maison.
« Je ne suis pas un lâche, prononça Severus avec assurance.
- Alors prouve-le-moi, rétorqua la rouquine en décroisant ses bras.
- Pourquoi m'en veux-tu à ce point ? demanda Rogue avec engouement.
- Pourquoi ? Répéta incrédule la Gryffondor. Tu te moques de moi Sev' ! Dois-je te rappeler que j'ai trouvé un livre sur la magie noire dans ton sac cette après-midi, dans la bibliothèque !
- Mais ce n'est qu'un livre ! Se défendit-il.
- Un livre qui doit contenir des formules plus horrifiantes les unes que les autres ! Des formules que les Mangemorts utilisent sur les gens de notre société en ce moment même ! répliqua avec ardeur Evans, ses yeux révulsés alors que ses cheveux roux paraissaient voler autour d'elle. Comment peux-tu lire ça ?
- Je n'utiliserais jamais ses sortilèges ! Prononça le Serpentard. Jamais ! Je peux te le promettre !
- Alors pourquoi possèdes-tu cet ouvrage ? A quoi te sert-il ? interrogea Lily en fronçant des sourcils.
- C'était juste pour m'informer, en connaissant mieux le sujet, on peut mieux appréhender et se défendre contre cette sorte de magie ! répondit Severus en essayant non seulement de convaincre la jeune fille, mais lui-même aussi.
- Tu me promets que tout cela est juste à titre informatif ?
- Promis, confirma Rogue en hochant de la tête, sentant qu'il regagnait la confiance de la jeune fille, peut-être trop naïve ou trop confiante. »
Severus ne voulait pas perdre l'amitié de Lily, elle était trop précieuse à ses yeux, elle était tout son univers, le centre de son monde. Il aimait sa compagnie, son caractère et ses yeux en plus d'être la meilleure avec lui en cours de Potion. La même passion qui les rapprochait encore plus. Elle avait tout son respect. Cependant, il savait aussi ce qu'elle était aux yeux de ceux de sa maison : Une sang de bourbe. Cette fréquentation était normalement interdite, voir même salissante pour la personne, néanmoins, il tenait trop à ellepour l'ignorer et se séparer. Alors pourquoi avait-il cette impression que plus les années passaient et plus ils prenaient de la distance l'un envers l'autre ? Était-ce de sa faute ? Ou alors étaient-ils juste en train de changer, de grandir et de prendre des chemins différents ?
« Comment, comment ça se passe sinon dans ta maison ? demanda Lily en passant une main fébrile dans ses cheveux. Je veux dire, par rapport aux attaques et tout ça, enfin tu vois ?
- Bien, la plupart se préoccupe plus de leurs petites affaires, confia-t-il en mentant à part entière. »
Comment lui dire que la plupart d'entre eux, dont certains sixièmes et septièmes années, approuvaient ces méthodes ? Comment lui dire que certains rêvaient d'exterminer des personnes comme elle? Il ne voulait pas, il ne voulait pas lui faire peur mais la protéger.
« Et toi ? Qu'en penses-tu ? Ajouta-t-elle en penchant légèrement la tête.
Ce qu'il en pensait, lui ? Il ne savait pas trop, à vrai dire, l'idée qu'elle puisse se faire tuer par des Mangemorts à cause de son sang, l'horrifiait plus que tout. Au fond, peut-être espérait-il la même chose que beaucoup de personnes, qu'ils soient tous mis sous les barreaux.
« La même chose que toi, répondit-il en sachant ce qu'elle devait penser de cette situation. »
Pour seule réponse, elle hocha de la tête, lui offrant son plus beau sourire qu'il aimait tant, rassurer quant au fait de l'avoir convaincu et atténué sa colère.
« Je vais devoir y aller, on se revoit demain à la bibliothèque pour le devoir de potion ?
- D'accord, même heure, même endroit, dit-il. »
Elle se pencha alors vers lui, l'embrassant sur la joue avant de rentrer dans sa salle commune, le laissant un peu surpris mais heureux et cela plus que jamais. Qu'est-ce qu'il ne ferait pas pour elle ? Tout et n'importe quoi, à n'importe quel prix…
Au même moment, James, Peter et Sirius revenaient tranquillement des cuisines, cachés sous la cape, en direction de leur tour et surtout dortoir ou les attendait Remus. Ils avaient les mains remplies de victuailles en tout genre pour se faire une petite soirée comme ils les aimaient. C'est-à-dire une partie de cartes, nouvelle préparation de blague contre les odieux Serpentards, discussion de la future carte, bonne rigolade en tout genre. Malheureusement, cette fois-ci la soirée n'allait pas se préparer sous les meilleurs hospices. Alors qu'ils traversaient le couloir des toilettes des filles, leurs pieds marchèrent dans une flaque d'eau, Sirius grogna aussitôt puis se mit à pester :
« Mimi Geignarde a refait des siennes ! Il faut toujours qu'elle inonde les toilettes ! Regarde-moi ça ! Mes toutes nouvelles chaussures, geignit Sirius en levant ses pieds sous les rires de ses amis.
- Je vais aller éteindre les robinets pour toi, mon Sirinouchet, ricana James en sortant de sous la cape.
- Moque-toi de moi ! En attendant ta cape ne se trouve pas dans un meilleur état que mes chaussures ! Grommela Black en suivant James.
- Un simple sortilège de séchage suffira, répondit Peter qui suivait ses amis en essayant de ne pas trop se mouiller les pieds. Eh, les gars, vous ne trouvez pas que l'eau à une étrange couleur ?
- Hein ? firent simultanément les deux Maraudeurs en reportant leur attention sur l'eau.
- Elle est comme, comme rosée, remarqua Peter en se penchant. »
James et Sirius s'arrêtèrent afin d'observer la couleur de l'eau qui était loin d'être transparente mais colorée comme Peter avait pu le noter. Quelqu'un aurait-il versé un colorant ou tout autre artifice ? Serait-ce une blague ?
« Attendez ! s'exclama soudainement Black en clignant des yeux quand il vit un filament de couleur rouge couler non loin de ses pieds. »
Merlin, cette couleur, ce n'était pas une blague, mais du sang ! Il en était persuadé ! Sans prévenir ses amis, il se précipita vers les lavabos où les robinets étaient tous ouverts. Il sursauta littéralement en apercevant le fantôme Mimi, faire face à lui, en train de pleurnicher comme à son habitude.
« Ce n'est pas trop tôt ! S'esclaffa Mimi Geignarde. Elle va très mal, c'était le seul moyen pour attirer l'attention d'une personne, il faut la sauver ou elle me rejoindra très bientôt.
- De qui parles-tu ? demanda poliment James, sachant d'avance que le fantôme serait froissé si on se moquait d'elle.
- Mais d'elle, bien sûr ! Prononça Mimi en pointant du doigt une silhouette recroquevillée tout au fond de la pièce, baignant dans l'eau qui avait inondé les toilettes. »
Le cœur de Sirius manqua un battement ainsi que celui de James et Peter. Ils reconnurent toute suite la fille dont parlait Mimi. Une fille dont ils ne connaissaient que trop bien. Ils étaient comme paralysés face à la vision dont ils étaient tous les trois témoins. Fauve Grey était allongée dans l'eau, trempée, ses cheveux flottaient tandis que le sang qui s'écoulait progressivement de ses veines, contrastait avec la pâleur de son visage. Merlin, Morgane ! Étonnamment, se fut Black qui réagit le premier, reprenant ses esprits, balayant tous ses préjugés, n'ayant qu'une seule idée en tête, stopper l'hémorragie. Il s'agenouilla par terre, observant ses poignets meurtris par la lame qui reposait à ses côtés. Comment avait-elle pu faire ça ? Et pourquoi ? Pourquoi ? Son ventre se noua sensiblement alors que sa respiration s'intensifia, entendant la voix de James qui demandait à Peter d'éteindre l'eau. Mortifié, il fit la première chose qui lui passa par la tête ; prendre son pouls. Il posa un doigt au niveau de son cou et il put sentir les palpitations de son cœur, faibles, mais présentes ! Sirius releva la tête, face à James qui déchira un pan de sa chemise :
« Il faut arrêter l'écoulement du sang, murmura Potter la voix tremblante. »
Sirius fit de même que son ami en déchirant un bout de tissu, qu'il enroula autour du poignet gauche de la jeune fille qui gisait inconsciente. Merlin, combien de temps était-elle ici ? Elle était glacée, on aurait presque pu croire qu'elle était morte ! Une sueur froide coula le long de sa nuque, puis se retourna vers Mimi qui les observait alors que Peter s'avança vers eux.
« Depuis combien de temps a-t-elle fait ça ? demanda abruptement Black.
- Je ne sais pas moi ! répondit Mimi. Depuis que je suis morte, je ne prête plus attention au temps !
- Eh bah tu devrais ! Cria Sirius hors de lui et surtout bouleversé.
- Sirius calme-toi, tenta Peter en posant une main sur son épaule, tu vas…
- Vous n'avez aucun respect pour moi ! Vous êtes tous méchants ! Mimi devrait tout savoir ! Mimi se fait pointer du doigt ! Mimi se fait toujours crier dessus ! Cria le fantôme en pleurant à chaude larme. Je vous déteste ! Ajoute-t-elle en fonçant dans la cuvette du WC.
- C'est ça ! Bon débarras ! Elle ne sert à rien !
- Tu es injuste Sirius, sanselle, on n'aurait pas pu intervenir, réprimanda James en regardant la Gryffondor.
- Il faut l'emmener à l'infirmerie, décréta Black en lançant des sortilèges de nettoyage, faisant disparaître par la même occasion la lame. Mme Pomfresh va s'occuper de cette idiote qui a attenté à sa vie.
- Non, répondit le jeune Potter en la prenant dans ses bras.
- Quoi ? Balbutia Peter en ouvrant grand les yeux. Mais, mais que veux-tu faire d'autre ?
- L'emmener à notre dortoir, c'est de Remus qu'elle a besoin et pas d'une infirmière qui va lui faire passer un interrogatoire une fois qu'elle sera réveillée, décréta James en la serrant un peu plus contrelui.
- Tu es fou ! s'écria Sirius en colère. Cette fille a tenté de se suicider, elle a besoin de soins ! Et toi, tu veux l'emmener avec nous !
- Elle est hors de danger Sirius ! Elle est vivante ! Elle a certes perdue une certaine quantité de sang, elle sera sûrement affaiblie durant quelques jours, mais avec de bons repas, ça rentrera dans l'ordre ! Elle a juste besoin qu'on s'occupe de soigner ses plaies, du repos et d'une oreille attentive ! Nous sommes vendredi soir, elle aura tout le weekend pour s'en remettre ! répliqua James sûr de lui. Essaye de comprendre Sirius, imagine-toi à sa place, serais-tu capable d'affronter le regard des adultes ? Les professeurs le sauront ainsi que l'infirmière, qui sait ce qu'ils feront ou ce qu'ils diront, peut-être s'en sentira-t-elle encore plus blessée et humiliée !
- Et elle devrait avoir honte ! Mourir, n'est pas une solution !
- Tu es décidément toujours aussi buté quant à Grey ! Ma décision est prise, que tu l'acceptes ou non, cette mascarade entre elleet Remus a suffi, ils vont devoir s'expliquer ! Trancha le jeune Potter.
- Comment vas-tu faire pour la ramener ? On rencontrera forcément quelqu'un, dit Peter en fronçant des sourcils.
- Je prends la cape, je vais m'y cacher dessous avec elle, quant à vous deux, vous allez m'ouvrir la voie pour qu'on ne se doute de rien, dit-il en se recouvrant da la cape. Tu te charges des victuailles Peter ? Ça ira ?
- Oui, mais, mais si on rencontre Rusard ? Le couvre-feu est passé depuis plusieurs minutes…
- Nous ne sommes pas loin de la tour, ça devrait aller Pet', répondit Sirius en rangeant sa baguette dans l'arrière de sa poche. Cette fille nous apporte que des problèmes, maugréa Black en passant devant. »
James soupira quelque peu, tout en reportant son regard sur la jeune fille. Potter se sentait fautif de son état actuel. Il ne savait pas pourquoi elle avait voulu mettre un terme à sa vie, mais ce geste était loin d'être banal et à prendre avec légèreté, elle avait dû se sentir très mal pour en arriver à ce point de non-retour. Peut-être que cela était dû à toutes les brimades et moqueries en tout genre, qu'elle pouvait recevoir ? Peut-être aussi à l'éloignement de Remus ? Ou encore à cause de la mort de sa grand-mère ? Elle avait beau paraître forte et fière, à cet instant, elle était brisée et fragile.Il releva la tête, suivant de près Sirius et Peter. Ils semblaient être tout aussi bouleversés que lui, même si Black faisait tout pour ne pas le montrer. Peut-être que cela ferait entrevoir la vérité à Sirius, qu'il changerait réellement de comportement avec elle ? Dans tous les cas, pour sapart, il n'était plus question qu'il rejoigne les autres dans leurs petites humiliations et plaisanteries douteuses à son égard. Il savait d'ores et déjà que Remus allait être tout aussi choqué et s'en vouloir comme jamais. Merlin, heureusement qu'ils s'étaient rendus aux cuisines, sinon, elle serait morte à l'heure qu'il était. Morte et personne ne s'en serait rendu compte, personne et c'était peut-être ça le plus terrible.
Tout en étant dans ses pensées, ils arrivèrent devant le portrait de la grosse dame, Sirius murmura le mot de passe « Chimère », le passage s'ouvrit en un déclic permettant ainsi aux trois jeunes Gryffondors de rentrer. Par chance, il ne restait que deux élèves dans la salle commune et apparemment, ils étaient trop concentrés sur leurs devoirs pour prêter attention aux garçons qui montèrent aussitôt vers leur dortoir. Remus se tourna vers ses amis dès leur arrivée, inquiet par leur retard :
« Vous avez eu des problèmes ?
- Ce n'est pas peu dire, répondit Sirius alors qu'il partait en direction de la salle de bain pendant que James retira la cape d'invisibilité.
- Fauve, souffla Remus en ouvrant les yeux comme des soucoupes. »
Il n'en fallut pas plus pour que le jeune Lycan se précipite vers son amie, blanche comme la neige. Ses yeux dérivèrent vers l'état de ses poignets dont les morceaux de tissus étaient tachés par le sang. Il leva une main tremblante par l'émotion qui le submergeait de la voir ainsi, de ses doigts, Remus dégagea tendrement quelques mèches de cheveux de son front. Merlin, pourquoi avait-elle fait ça ? Pourquoi ? Il aurait dû se montrer plus présent pour elle ! Il aurait dû s'inquiéter en ne la voyant pas dans la grande salle ces derniers jours, se faisant absente dans la salle commune, ne l'apercevant qu'aux cours. Seulement, dès qu'il avait essayé de l'approcher afin de s'enquérir de ses nouvelles suite à la mort de sa grand-mère, elle le fuyait. Il aurait dû insister, la coincer après les cours ! Il croisa les yeux de James qui paraissait tout aussi anéanti. Il aurait pu la perdre, définitivement, à jamais. Sauf que cette fois-ci, il avait compris la leçon, c'était l'heure des explications ! Elle n'y échapperait plus, ils allaient discuter, il allait la faire craquer, finit les secrets !
« Nous pouvons dire « merci » à Mimi Geignarde, sinon, on pouvait dire « adieu » à une de nos camardes, confia James en la déposant sur le lit de Remus. Elle va bien, assura-t-il à son ami, elle est hors de danger, il faut juste soigner ses plaies, je pense que le plus dure est à venir. Quand elle va se réveiller et réaliser que…enfin…
- Je n'aurais jamais cru, qu'une fille commeelle puisse en venir là, murmura Peter en prenant place sur le lit d'en face, s'attirant le regard interrogateur de Remus et James. Je veux dire, elle parait si froide et si forte, elle ne se laissait jamais faire quand …
- On la rabrouait ? Compléta Potter, parce que nous ne vallons pas mieux que les autres Pet', on s'est tous moqué d'elle ! Seul Remus s'est montré plus sensé et intelligent.
- Ce n'était qu'une façade, dit Lupin qui ne lâchait pas des yeux le corps inerte de Fauve. Elle était loin d'être froide, elle était juste renfermée, manquant de confiance. J'aurais dû savoir qu'elle en viendrait là un jour ! se reprocha-t-il avec fermeté en se mordant les lèvres. »
James posa une main compatissante et de soutien sur son épaule alors que Sirius revint avec des bandages, désinfectant et crème cicatrisante. Le jeune Potter ne put s'empêcher de sourire légèrement en apercevant son meilleur ami contribuer aux soins de la jeune fille.
« Étrange que je te vois prendre autant d'attentions envers Grey alors que tu me disais il n'y a même pas dix minutes, de l'envoyer à l'infirmerie, déclara le brun à lunette d'une moue moqueuse.
- Que veux-tu, je dois avoir un trop grand cœur, répliqua Sirius en lui lançant un regard noir. La principale raison est que je n'ai pas envie de la voir se vider de son sang dans notre dortoir ! Que dirions-nous au corps professoral ? Désolé, on ne sait pas ce qu'elle fait ici, elle a juste voulu faire joujou avec une lame et ça à déraper ? Quelle idée tu as eu de la ramener ici, continua de grommeler Black tout en posant la matériel sur la table de chevet.
- Ne fait pas ton grognon, dit James tout en se laissant choir sur son lit, cela enlève tout de ton Sex-appeal, que diraient les filles de Poudlard si elles te voyaient ?
- J'en serais débarrassé ainsi, rétorqua Sirius en claquant sa langue contre son palais.
- Décidément, le tact et toi, ça fait deux Black, soupira Potter en observant son meilleur ami qui était en train d'enlever les bandages autour du poignet gauche de Fauve tandis que Remus faisait de même avec le poignet droit. A moins que tu t'en veuilles, ce qui expliquerait ta soudaine réaction à vouloir la soigner… »
Lupin qui était dans ses pensées, releva la tête face aux propos de James qui ne cessait de regarder Sirius, d'ailleurs, celui-ci avait arrêté momentanément de désinfecter la plaie de la jeune fille. Ses cheveux ébènes retombaient négligemment devant ses yeux qui se trouvaient être dans le vague. Qu'est-ce que cela signifiait ? De quoi parlait-il ? Sirius aurait-il dit ou fait quelque chose contre Fauve ? Qu'avait-il donc à se reprocher ? Avait-il manqué un épisode ? Et si oui, lequel ? Il ne comprenait pas, James semblait en savoir plus long sur le sujet que lui ou Peter. Pourquoi Sirius ne répondait-il pas ? Pourquoi ce silence ? Il vit alors le Maraudeur lâcher les bandages et s'en aller vers sa couchette :
« Sirius ! Attend ! L'interpella Remus.
- Je vais me coucher, après tout, c'est de toi qu'elle a besoin, bonne nuit à tous, prononça le concerné en tirant les rideaux de son lit, ne laissant pas le temps à ses amis de répliquer. »
Rêvait-il ? Où venait-il assister à une crise de jalousie de la part de son ami ? Remus ne cessait de cligner des yeux comme pour s'en convaincre, ne réalisant pas complètement. Le comportement de Sirius était si disproportionné, il lui avait reproché constamment sa relation avec Fauve et aujourd'hui, ce soir, il l'avait soigné et semblait jaloux de lui. Il se retourna vers James en quête de réponses, mais celui-ci était déjà en train de se déshabiller pour dormir, tout comme Peter. Quelle bande de traître ! Cependant, ce n'était pas grave, il finirait par avoir le fin mot de cette histoire ! Foi de Lupin ! Il soupira profondément, quelque peu fatigué émotionnellement, la journée de demain se prévoyait très difficile. Il reporta son attention sur son amie, finissant de soigner ces plaies profondes puis lui banda les poignets.
Durant ce temps, Sirius ne cessait de se retourner dans ses draps, ne trouvant pas le sommeil. Il ne cessait de repenser aux propos de son meilleur ami, il avait touché là où ça faisait mal. Il était vrai qu'il s'en voulait, les gens pouvaient dire qu'il était froid et sans sentiments, la culpabilité rongeait son âme, peut-être tout autant que Remus. Au fond de lui, il savait qu'il s'était mal comporté avec Grey ! Il se doutait que ses paroles ou encore ses agissements avaient dû avoir un impact sur elle. Peut-être même que cela était une des raisons pour laquelle la Gryffondor se retrouvait dans cet état, ce soir ? Il serra fortement ses poings, tout en se recroquevillant en position fœtale, il avait l'impression que son cœur était serré dans un étau, tellement il se sentait mal. Mal de ce qu'il avait fait, mal pour elle. Il ne valait pas mieux que sa famille. Non, pas mieux, il était aussi mauvais qu'eux.
Quant à Lupin, il rangea tout le matériel dans la salle de bain, puis revint vers son lit, prenant une chaise ou il s'installa, l'observant attentivement et avec tendresse. Son teint était plus pâle que d'habitude. Elle paraissait si apaisée, si sereine et pourtant, elle aurait pu franchir les portes de la mort et cela définitivement, à jamais. Était-ce cela qui la rendait aussi tranquille d'esprit ? Souhaitait-elle réellement mourir ? Cela contribuerait-il à son bonheur ? Si c'était le cas, alors il redoutait plus que tout son réveil et sa réaction quand Fauve comprendrait qu'elle avait tout raté. Néanmoins, il n'était pas question qu'il la laisse dans ses sombres pensées ! Il ne voulait pas que Grey tente à nouveau cet acte désespéré, non jamais ! Il y avait d'autres solutions avant, il suffisait de lui faire entrevoir la lumière. Malheureusement, la vie pouvait se montrer cruelle et cela sous toutes ses formes, il était si facile de tomber dans les ténèbres pour ne plus jamais en ressortir. Sous l'air mélancolique du croissant de lune, Remus s'endormit dans les bras de Morphée, vite rejoint par ses amis qui semblaient tous bouleversé par cette soirée à jamais gravée dans leurs esprits…
