Chapitre 10 : Nouveau départ

Le lendemain matin alors que le jour était levé, depuis plusieurs heures maintenant, dans le dortoir des garçons c'était le silence le plus total. James, Peter étaient debout, prenant leur petit déjeuné dans la grande salle. Sirius, lui, était en train de prendre sa douche dans la salle de bain tandis que Remus était désormais installé aux côtés de Fauve, endormit contre elle, un bras enroulé autour de sa taille comme par peur qu'elle se volatilise durant son sommeil. Il n'avait pas bien dormi cette nuit, ne cessant de cauchemarder sur le fait de la perdre, elle. Il s'était alors glissé à ses côtés comme pour se rassurer qu'elle était encore bien là et vivante. Son nez bougea légèrement en sentant quelques mèches de cheveux qui le chatouillaient. A moitié assoupit, il ne vit et n'entendit pas sa jeune amie ouvrir difficilement les yeux, éblouit par la lumière aveuglante. Elle posa instinctivement une main devant ses paupières empreins de fatigue. Son cœur manqua alors un battement, réalisant peu à peu, sa respiration s'accéléra, angoissée, paniquée à la pensée qui faisait chemin vers son cerveau. Elle était vivante. Cette lumière, ces sensations, cette chaleur, cette souffrance intérieure et physique. Elle était vivante. Ses paupières s'ouvrirent lentement et avec difficulté sur ses poignets soignés. Un vide infernal s'empara d'elle. La tristesse et la colère la submergea vers un gouffre béant sans fin. Elle était vivante, vivante, VIVANTE ! Elle avait si mal, si mal, elle étouffait de l'intérieur. Cette douleur insoutenable qui tiraillait son cœur et tout son être. Elle ne voulait plus la ressentir ! Elle ne voulait plus avoir mal, plus souffrir ! Fauve se leva rapidement de la couchette mais fut prise aussitôt d'un vertige. Elle avait la sensation d'être sur un navire prit dans la tourmente de la mer. Que lui arrivait-il ? Sans même avoir eu le temps d'y réfléchir, ses jambes cédèrent tandis qu'elle ferma les yeux en attendant la chute. Une chute qui ne vint pas, sentant des bras l'envelopper au niveau de la taille. Des bras qui la tenaient fermement, comme par crainte qu'elle s'échappe ou pire…

« Où comptais-tu aller ainsi ? Murmura une voix contre son oreille. »

Une voix qu'elle aurait reconnue entre-mille, c'était Remus. C'était lui qui la tenait ainsi contre lui. Lui, qui la maintenait avec une force dont elle n'aurait jamais soupçonnée. Cependant, les informations remontèrent lentement dans son cerveau, assimilant la situation et les faits. Si elle était ici, vivante, cela voulait dire qu'on l'avait retrouvé. Qui ? Qui l'avait sauvé ? Et pourquoi ? Ne pouvait-on pas lui foutre la paix ? N'avait-elle pas le droit de vie ou de mort sur elle ? A l'heure qu'il était, elle ne ressentirait plus cette douleur infernale qui broyait son cœur et son âme. Une douleur qui l'engloutissait de jour en jour, de mois en mois et d'année en année. Elle voulait mourir. Elle ne voulait plus souffrir. Elle ne voulait plus pleurer. Elle ne voulait plus être forte. Elle voulait, elle voulait se reposer pour l'éternité. Ne l'avait-on pas assez tourmenté ainsi ? N'avait-elle pas le droit à ça ?

Elle avait l'impression d'être engloutie, d'être submergée peu à peu par les ténèbres, elle se sentait si mal. Si mal dans sa peau. Une peau, un corps qu'elle aurait aimé ne plus jamais revoir. C'est alors qu'elle réalisa que si Remus était là, avec elle, c'est qu'il savait tout de son geste. Il savait tout. Lui. Les larmes se mirent à couler, redoublant d'intensité quand la honte vint s'emparer de son esprit. Elle ne voulait pas le voir, ni lui parler ! Elle aurait dû MOURIR ! Elle ne voulait pas l'affronter, pas LUI ! Fauve se mit à se débattre comme une lionne avec le peu de force qui lui restait, espérant échapper à l'emprise de son ami qui la ramena tant bien que mal sur son lit.

Remus s'était douté qu'elle allait vouloir fuir, comme à chaque fois que quelque chose la touchait directement. Seulement, cette-fois-ci, il ne la lâcherait pas. Non, désormais Fauve n'avait plus aucune issue, elle allait devoir se confier. Sinon, il allait la perdre. Quelques minutes plus tard, son amie commença à se fatiguer, manquant terriblement de force pour le combattre. Délicatement, il desserra un peu son emprise afin de la mettre en confiance puis la berça avec douceur, il ferma les yeux, posant son visage sur son épaule droite et dans le creux de son cou. Il pouvait l'entendre sangloter et trembler contre lui tandis qu'il murmurait faiblement :

« Chut, calme-toi Fauve, chut, ça va aller, la rassura-t-il, je suis là maintenant, pardonne-moi, pardon…

- C'est, c'est faux, bafouilla-t-elle à travers ses pleurs, tu vas, tu vas m'abandonner comme-comme tous les autres…

- Je te jure, je te le jure sur ma propre vie que c'est terminé Fauve, je ne t'abandonnerais plus jamais ! assura Lupin avec fermeté tandis que sa gorge se nouait douloureusement.

- Pour-pourquoi m'as-tu-tu laissé ? Pourquoi ? demanda-t-elle en regardant ses poignets bandés.

- Je promets de te le dire, de répondre à ta question mais à condition que tu me dises la raison pour laquelle tu as voulu mourir ? Pourquoi Fauve ? Pourquoi en être venue à cette extrémité ? interrogea Remus en essayant de maîtriser sa voix alors que l'émotion le submergeait de plus en plus.

- …

- Tu dois en parler ! Intima-t-il de plus en plus inquiet devant son mutisme.

- Je sais, je sais, je savais que tu étais un loup-garou, murmura-t-elle les yeux dans le vague. »

Cette simple phrase, cette unique réponse tétanisa le concerné sur place. Il avait l'impression que son cœur avait cessé de fonctionner tandis qu'une sueur froide vint couler le long de sa tempe. Avait-il bien entendu ? Avait-il rêvé ou pas ? Non, non il ne rêvait pas, bien au contraire c'était un cauchemar ! Il aurait dû s'en douter qu'elle découvrirait son secret le plus honteux et horrible de toutesa vie. Trop perspicace, trop observatrice. Elle savait tout de lui et Sirius avait eu raison en apercevant son épouvantard, elle avait peur de lui. Mais, mais alors pourquoi ne s'enfuyait-elle pas à cet instant précis ? Pourquoi restait-elle collée contre lui, tout en ayant la tête baissée ? Il ne ressentait pas de peur ou de crainte de sa part. Elle ne faisait aucune crise d'hystérie ou quoi que soit d'autre. Non, elle restait calme et silencieuse. Alors que signifiait son épouvantard ? Il n'y comprenait plus rien ! Et comme pour répondre à toutes ses questions, elle reprit la parole :

« J'ai tout découvert cette année, je savais que tu cachais quelque chose mais, mais je respectais ton silence. Seulement, ce jour-là, à la bibliothèque, j'ai tout entendu. J'ai alors assemblé toutes les pièces du puzzle et j'ai compris. J'ai compris pourquoi tu étais aussi malheureux, aussi fatigué et malade. Tes amis savaient tout. Ils savaient et moi aussi, mais, mais tu ne m'as jamais fait confiance, confia Fauve tandis que ses lèvres tremblaient en repensant à tout ce qu'elle avait ressenti durant cette période. Tu ne m'as jamais révélé la vérité. Et puis, et puis comme je le redoutais, tu m'as délaissé pour tes amis qui t'apportaient beaucoup plus que moi. Tu m'avais promis que tu ne m'abandonnerais jamais. Tu me l'avais promis…Tu me l'avais promis, répétait-elle dans une litanie sans fin en laissant couler les larmes.

- Fauve, souffla Remus en se sentant plus que jamais pitoyable pour avoir écouté Sirius.

- Tu m'avais promis, dit-elle à nouveau en se dégageant brusquement de ses bras pour se relever. TU M'AVAIS PROMIS ! cria-t-elle avec toute la rage, la colère qu'elle avait accumulée au fil des jours. Je-je te faisais confiance ! Ma plus grande peur s'était de te perdre, de ne plus t'avoir à mes côtés, que tu me trouves si inintéressante que tu m'abandonnerais sans le moindre remords pour Black, Potter et Pettigrow ! Et c'est ce que tu as fait malgré TES promesses ! »

Remus assimilait aussi vite qu'il le pouvait les confidences de son amie, comprenant qu'il s'était lourdement trompé et cela depuis le début ! Ce n'était pas de lui qu'elle avait peur ! Son épouvantard, sa plus grande peur était de le perdre, lui ! Merlin ! Qu'avait-il fait ? Mais qu'avait-il fait ? Pourquoi avait-il fallu qu'il soit aussi idiot ? Pourquoi avait-il écouté Sirius ? Pourquoi ? Peut-être, parce que depuis son enfance tant de gens l'avaient rejeté, qu'il avait cru que Grey ferait la même chose en découvrant son statut de Lycan. Il ne lui avait laissé aucune chance de s'expliquer. Il ne lui avait pas laissé le bénéfice du doute. Il avait fui comme un lâche. Il l'avait trahie. Il avait trahi sa confiance et l'amitié qu'elle lui avait donné. Ce n'était qu'un imbécile !

« Je te faisais confiance Remus, avoua-t-elle faiblement, je, je pensais que tu me le dirais, que tu me faisais suffisamment confiance. Pourquoi ? Pourquoi ? demanda-t-elle en le fixant intensément.

- J'avais peur que tu me fuis, répondit-il avec sincérité, j'avais peur que tu me rejettes.

- Je ne l'aurais jamais fait, tu es trop précieuxpour moi, je me moque de ce que tu es ! Tu m'as prouvé à maintes reprises que tu es quelqu'un de bien et de gentil ! Tu n'es pas un monstre, déclara-t-elle d'une voix à moitié étranglée Tu-tu es mon ami. Mon seul ami, ajouta Fauve en se sentant vidée de toute son énergie. »

Il ne fallut que quelques minutes à Remus pour la rejoindre et l'enlacer fortement. C'était terminé, cette fois-ci, il tiendrait sa promesse et foi de maraudeur ! Il prendrait soin d'elle comme elle le méritait. Il aurait dû être plus attentif. A cet instant, elle prenait une place énorme dans son cœur. Peut-être serait-elle-même la seule et l'unique fille qui pénétrerait à part entière dans sa vie ? Désormais, il se sentait plus léger, il n'était plus emprisonné par son secret. Elle le savait et l'acceptait tel qu'il était. Il était si heureux ! Si heureux ! Il la serra fortement entre ses bras, déposant un doux baiser dans ses cheveux tandis qu'une larme roula sur sa joue. Il était libéré.

« Je serais toujours là pour toi, assure-t-il, toujours, quoi que tu fasses et que tu dises, jusqu'à la mort. »

Il la sentit hocher de la tête puis l'entendit difficilement prononcer :

« J'ai besoin de toi… »

Cette déclaration bouleversa au plus haut point Lupin qui comprit qu'au moindre faux pas, il la perdrait, pour toujours. Il allait devoir se montrer digne de son amitié et de la confiance qu'elle lui accordait. Il huma la douce saveur qui se dégageait de ses cheveux, une odeur de vanille. Il avait réellement de la chance de l'avoir à ses côtés. Il n'aurait jamais cru, qu'en plus des maraudeurs, Grey l'accepterait avec simplicité. C'est alors que Lupin réalisa, qu'une fois de plus, son amie avait détourné la conversation à son avantage. Lui était-il si difficile de parler d'elle ? De se confier ? De se reposer sur l'épaule de quelqu'un ? Pourquoi esquivait-elle toujours les questions qui la concernaient ? Non, non, cela en était fini de cette situation ! Il fallait qu'elle parle ! De grès ou de force ! Il ne voulait pas la voir s'auto détruire à petit feu et sans aucune aide ! Il ne pourrait pas le supporter !

« Fauve, souffla-t-il en caressant ses cheveux, il faut que tu me parles. »

A cette simple demande, il la sentit se tendre comme un arc contre lui. Pourquoi ? Pourquoi n'y arrivait-elle pas ? Pourquoi était-ce si dur pour elle de se confier ? De quoi avait-elle peur ?

« J'ai failli te perdre la nuit dernière, pour, pour en venir à faireça, à te couper les veines, précise-t-il en tentant de capter son regard mais en vain, c'est que tu vas mal, reprit-il en sentant son cœur battre à tout rompre. Pourquoi ? »

Pour seule réponse, elle haussa les épaules, ne sachant que dire. Pourquoi en était-elle venue à cette extrémité ? Elle n'en connaissait pas toutes les réponses. Hier soir, elle s'était sentie si seule, allongée dans son lit, elle avait eu la sensation d'être avalée par la nuit. Elle avait l'impression que plus elle se battait, plus elle essayait d'être forte, plus elle se sentait attirer vers un gouffre sans fin. Elle avait si mal. Si mal. Une douleur sans nom et inqualifiable. Elle avait tenté d'oublier, de faire taire cette souffrance qui empoignait son cœur mais les larmes n'avaient pas cessé de couler. Encore et encore, à n'en plus pouvoir s'arrêter. Elle avait alors eu l'espoir de se changer les idées en allant faire un tour dans le château. Seulement, elle avait fini par arriver dans les toilettes des filles. Elle s'était longtemps regardée dans le miroir au-dessus des lavabos. Un miroir qui la reflétait. Un reflet qu'elle haïssait de plus en plus. La tristesse, le chagrin s'étaient alors transformés progressivement en une colère et une rage contre elle. Elle avait frappé violemment la glace, encore et encore, le brisant totalement tandis que le verre égratignait ses poignets. Étrangement, la douleur physique et voir le sang couler l'avait calmé puis quelque chose de malsain s'était insinuée dans son esprit torturé. Elle avait fait apparaître une lame avec sa baguette tandis que Mimi Geignarde ne cessait de lui dire que ce n'était pas bien ce qu'elle allait faire. Cependant, elle se moquait éperdument de ce qui était bien et mal. Elle se moquait de ce qui pouvait bien arriver quand on la découvrirait. Elle se moquait de tout. Elle voulait disparaître. Elle voulait mourir, ne plus rien ressentir. RIEN ! Après tout, à qui causerait-elle du chagrin ? A personne. Elle était seule. Seule. La lame avait alors glissé sur sa peau, entaillant profondément ses veines. Elle pouvait encore se souvenir de la souffrance physique qu'elle avait eue en enfonçant cette lame graduellement dans sa chair tandis que le sang ne semblait plus pouvoir s'arrêter.

Comme ses larmes.

Comme son chagrin.

Comme son mal être.

Elle releva la tête vers Remus qui attendait un mot, une parole de sa part, au lieu de ça, il vit ses yeux briller et remplis de larmes. Un regard qui exprimait un vide immense en elle. Un vide ou l'on aurait pu s'y perdre jusqu'à en mourir. Il frissonna de la tête aux pieds, paralysé, il avait le sentiment de découvrir le véritable visage de sa meilleure amie. Pourquoi était-elle si triste ? Si malheureuse ? A cause de la mort de sa grand-mère ? Non, non, c'était bien plus profond, il le sentait. La disparition de sa grand-mère n'était qu'une conséquence de son chagrin et non pas la réelle cause. Il glissa une main sur sa joue, la caressant de son pouce avec tendresse.

« Je suis inutile, lâcha-t-elle, que je sois vivante ou morte, qu'est-ce que cela change ? dit Grey en détournant la tête vers la fenêtre qui donnait la vue sur un ciel nuageux et sans soleil.

- C'est ce que tu penses ? Réellement ? demanda Remus choqué par ce qu'elle ressentait.

- Oui, je n'aurais jamais dû naître, je n'aurais jamais dû vivre. Je détruis tout. Je ne sers à rien, à rien …

- Ne dis pas ça ! C'est faux ! Tu m'as beaucoup aidé l'année dernière quand je me suis disputé avec James, Sirius et Pettigrow ! Tu as été là pour moi ! Tu m'as consolé, tu es importante à mes yeux ! révéla Lupin avec vigueur tandis que ses joues prenaient une belle teinte rosée. Hier soir, en te voyant dans cet état-là, j'ai cru que j'allais te perdre à jamais. J'ai cru que mon cœur allait cesser de battre ! Quand je suis avec toi, je suis bien ! Je me sens apaisé ! J'oublie tous mes problèmes ! Tu es, tu es comme une sœur pour moi ! J'ai besoin de toi Fauve ! Je, je t'apprécie énormément, avoua-t-il en se sentant terriblement embarrassé. »

Il la vit alors mettre ses mains sur ses oreilles, tout en murmurant des paroles incohérentes tandis qu'elle se laissa tomber à même le sol, puis, d'un seul coup, sans prévenir, surprenant le maraudeur, elle cria :

« TU MENS ! TU MENS ! ILS ONT TOUSRAISON ! JE SUIS NULLE ! JE SUIS LAIDE, GROSSE ! JE NE SERS A RIEN ! JE SUIS UN FARDEAU POUR TOUT LE MONDE ! JE NE SAIS FAIRE QUE CAUSER DU SOUCIS A MON ENTOURAGE ! JE SUIS STUPIDE ET ENNUYEUSE ! JE-je, j'ai mal, ajoute-t-elle d'une voix cassée. J'ai mal, ils me font tous mal. Je me déteste tellement. TELLEMENT. Je ne me supporte plus. Je-je voulais mourir parce que, parce cette douleur, cette douleur, murmura Fauve en pleurs tout en désignant son cœur, ne veut pas partir, elle ne fait que s'agrandir. Grand-mère n'est plus là pour m'aider. Elle m'a abandonné, elle aussi. Je suis seule… »

Remus avait l'impression d'avoir reçu un coup de massue sur la tête. Merlin, il n'avait pas imaginé ça. Comment pouvait-elle penser ça d'elle ? Comment pouvait-elle se détester alors que c'était la plus adorable des filles qu'il avait pu connaître ?

« Tu n'es pas seule,tu n'es plus seule, je suis là, je vais t'aider. Tu ne dois pas penser ce genre de choses. Tu es une personne magnifique. Ils te mentent tous Fauve ! Il ne faut pas les croire !

- Tous, répéta-t-elle faiblement tandis que ses poings accrochaient la chemise de Remus. »

Le jeune Lupin ressentit une grande colère en entendant cette phrase. Ils étaient en train de la détruire moralement. Ils étaient en train de la rabaisser à une moins que rien. Lui-même ne valait pas mieux que les autres, il avait contribué, involontairement, à son mal être. Il n'avait fait que confirmer et ancrer encore un peu plus dans sa tête, les odieuses paroles de ceux qui l'entouraient. Pourquoi s'acharnaient-ils ainsi sur elle ? Pourquoi ? Est-ce que ces parents se conduisaient aussi de la sorte ? Cela ne l'étonnerait guère après avoir lu la lettre de son père, l'année passée. C'était ignoble.

« Tous, les élèves, ta sœur, tes parents, qui sais-je encore, tous, assura Remus en déposant un baiser dans ses cheveux. Tu ne dois pas les écouter, aucun.

- Même s'ils ont raison ? l'interrogea-t-elle, tandis que ses yeux se fermaient doucement dû à l'émotion et la fatigue mêlées. »

Le concerné soupira profondément, elle ne paraissait pas comprendre ou ne pas accepter, le fait que les gens puissent ne pas dire la vérité sur elle.Lupin voulut lui répondre mais se rendit compte qu'elle s'était endormie. Peut-être était-ce mieux ainsi ? Après tout, elle s'était quand même confiée à lui. Pas entièrement, mais pour l'instant, il en savait assez pour comprendre son geste. Il plaça une main sur son dos puis une autre sous ses jambes, afin de la porter et l'installer sur son lit puis la recouvrit de ces draps tandis qu'il prononça :

« Tu peux sortir Sirius, elle dort. »

Le dénommé Sirius sortit de la salle de bain, entouré d'une serviette autour de sa taille tandis que ses cheveux étaient encore mouillés. Il s'avança lentement vers son ami Remus, observant lui aussi, sa jeune camarade.

« Tu as tout entendu ? demanda le maraudeur.

- Oui, répondit Black en ne pouvant pas détacher son regard de la jeune fille. »

Elle était mignonne, ainsi endormit dans le lit de Remus. Ses longs cheveux auburn étaient étalés tout autour de son visage alors que quelques mèches rebelles tombaient devant ses yeux. Il aurait bien aimé glisser une main sur son visage et les lui enlever. Il aurait aimé, lui aussi, la consoler, lui dire qu'il regrettait tout ce qu'il avait pu lui crier. Il se sentait terriblement honteux et mal, après l'avoir entendu hurler et se confier à Lupin. Il n'aurait jamais cru que Grey puisse avoir un mal être aussi profond et intense. Étrangement, à travers ses paroles, il s'était un peu retrouvé en elle, le touchant un peu plus que nécessaire. Il s'était trompé sur elle et depuis le départ. Elle avait beau se montrer froide et forte, elle était comme lui, au fond, elle avait besoin qu'on l'aime. Il n'était qu'un idiot ! Un imbécile qui ne valait pas mieux que sa famille ! Il avait agi comme eux envers elle. Il avait agi comme un Black. Pourquoi ? Pourquoi s'était-il montré aussi méchant avec elle, alors que Grey ne lui avait strictement rien fait ? Peut-être parce qu'il avait eu peur d'être séparé de Remus ? Peut-être parce qu'il avait obstinément cru que Fauve lui volerait un de ses amis ? Il s'était montré égoïste et aujourd'hui, il avait compris qu'il allait devoir partager Remus avec Grey. Elle avait besoin de lui, comme Siriusavait besoin de ses amis. Il baissa la tête, amorçant un pas vers son lit afin de s'habiller mais Lupin l'interrompit aussitôt :

« Pourquoi, pourquoi as-tu réagi ainsi hier soir ?

- Hier soir, répéta Sirius en feignant l'ignorance.

- Ne joue pas à ce petit jeu, dit Remus, d'un air grave. Pourquoi semblais-tu aussi contrarié ? J'ai eu l'impression que tu étaisjaloux ?

- Je n'étais pas jaloux ! Cracha Sirius, touché là où ça faisait mal, ne comprenant pas lui-même sa soudaine réaction d'hier soir. »

Remus sursauta au ton employé par son ami. C'était la première qu'il le voyait aussi agacé. Pourquoi ? Pourquoi était-il aussi irrité ? Était-il réellement jaloux de lui? Seulement, cela impliquait que Sirius voulait être aussi proche de Fauve que lui. C'était totalement idiot. Surtout après les mois et les années d'acharnement à son encontre ! A moins que, à moins qu'il cherchait à se faire pardonner ?

« Écoute, je me doute que tu t'en veux beaucoup pour avoir aussi mal agit envers Fauve, ajouta le jeune homme, en apercevant son meilleur ami détourner le regard, mais tu n'es pas le seul…

- Est-ce que cela devrait me rassurer ou m'apaiser ? Ricana le concerné.

- Eh bien, je suppose que non, déclara Remus pas très sûr de lui, mais si tu veux l'aider ou te faire pardonner, cela ne tient qu'à toi Sirius. Tu peux apprendre à la connaître et être aussi son ami, si tu le souhaites, comme moi,dit le loup-garou en croisant ses yeux gris.

- Tu sais, hier soir quand je l'ai vu, j'ai vraiment eu peur pour elle. Malgré tout ce que j'ai pu dire ou fait contre elle, dans le fond, je l'admirais pour être aussi forte, mais hier soir…Je t'aiderais à garder un œil sur elle. C'est la moindre des choses que je puisse faire, pour le reste, on verra plus tard, merci pour tout Remus, confia Sirius en allant vers sa couchette, clôturant ainsi la conversation. »

Étrangement, le fait d'en avoir parlé avec Remus, il se sentait déjà un peu mieux. Peut-être que le Gryffondor n'avait pas totalement tort ? Peut-être pourrait-il tenté de devenir ami avec Grey ? Pour se faire pardonner ? Non, cela équivaudrait à de la pitié et elle n'en avait pas besoin. Non, il deviendrait son ami, juste pour savoir ce que pouvait ressentir Remus à ses côtés. Il deviendrait ami avec elle, juste pour mieux la connaître et réviser son jugement. Il serait à ses côtés, juste pour être là, quand elleen aurait besoin, comme Remus.

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Deux semaines étaient passées depuis la tentative de suicide de la jeune fille. Deux semaines où sa vie avait radicalement changé. Deux semaines que Remus l'attendait matin, midi et soir dans la salle commune afin qu'elle vienne manger avec lui. Elle avait interdiction de sauter le moindre repas. Remus lui avait rabâché pendant plusieurs heures, la mettant face à miroir, qu'elle n'était pas grosse, qu'elle était très jolie, qu'elle était en pleine croissance et qu'elle avait besoin de se nourrir. Elle n'avait donc plus le choix, même s'il lui arrivait de picorer dans son assiette sous le regard noir et insistant de son ami. Elle aurait pu s'en sentir agacée ou même avoir une sensation d'étouffement et pourtant, elle appréciait que Remus veille ainsi sur elle. Il la motivait et la sortait peu à peu de ses sombres pensées, mais jusqu'à quand ? Elle ne se faisait pas beaucoup d'illusions, Fauve savait que dès qu'elle rentrerait chez elle, tout recommencerait. Assise dans l'herbe, sous un arbre, non loin du lac, ses yeux s'attardèrent sur ses poignets où les bandages avaient disparu tandis que les cicatrices ne faisaient plus qu'offices de souvenirs. Elle aurait aimé pouvoir lesgarder. Elle aurait aimé…

« Qu'est-ce que tu regardes ainsi Grey ? »

La concernée sursauta alors que ses joues prirent une jolie teinte rosée, embarrassée d'avoir été ainsi surprise et pas, par n'importe qui :

« Black, soupira la jeune fille en l'entendant prendre place à ses côtés. »

Elle ne put s'empêcher d'hausser un sourcil en signe d'interrogation à son encontre, pourquoi s'asseyait-il auprès d'elle ? Était-il tombé sur la tête ? En temps normal, il l'aurait raillé ou encore descendu plus bas que terre, mais là, rien et ce, depuis son acte désespéré. Oui, depuis ce jour-là, Black avait changé avec elle et Grey en savait la cause.

« Ta réputation va en prendre un coup si l'on te voit en ma compagnie, tu ferais mieux de partir, conseilla la Gryffondor en jouant avec l'herbe.

- Je partirais si je veux, s'il y a un bien une chose dont je moque, c'est ce que pense les gens sur moi, répliqua Black en observant le lac.

- Même tes amis ?

- Mes amis, mes amis, c'est ma famille, leurs avis comptes énormément pour moi, confia Sirius en détournant la tête sur la droite afin de cacher son trouble. »

Fauve releva la tête, regardant attentivement son camarade qui paraissait gêné par cette confidence. Qui aurait-dit qu'un jour Black serait embarrassé devantelle ? Quelle ironie du sort. La vie pouvait être étrange par moment.

« Pourquoi es-tu là ? Pourquoi es-tu venu me voir ? interrogea Fauve, curieuse.

- Me faut-il une raison ? J'avais juste envie de te tenir compagnie et toi, pourquoi regardais-tu tes poignets ? demanda Sirius en fronçant les sourcils, le regard grave.

- Qu'est-ce que cela peut te faire ? rétorqua Grey, piquée au vif. En quoi cela te regarde ? Nous ne sommes pas amis aux dernières… »

Elle eut à peine le temps de finir sa phrase, qu'elle vit Sirius empoigner ses bras et la renverser sous lui.Allongée sur l'herbe et sous Black qui l'observait avec intensité. Ses yeux gris plongés dans les siens, elle en oublia tout ; l'école, les élèves qui pourraient les surprendre et ses noires pensées. Elle avait l'impression que son cerveau ne semblait plus pouvoir fonctionner correctement. Elle aurait dû lui crier dessus, le rembarrer mais elle ne trouvait rien à dire. Sa présence et son regard la troublaient. Un regard où l'on pouvait y lire de la détermination, de la colère et de l'inquiétude ? Inquiet pour elle ? Non, elle devait se tromper, cela ne correspondait pas à Black! Elle déglutit passablement en le voyant s'approcher doucement vers son visage, yeux dans les yeux, elle pouvait sentir son souffle sur ses joues, son nez et ses lèvres. Elle n'avait jamais été aussi proche d'un garçon. Oh bien sûr, il y avait Remus, mais il était son meilleur ami, c'était normal non ? Or, à cet instant précis, on ne parlait pas de n'importe quel garçon ! On parlait de Sirius Black. Celui-là même qui faisait fondre n'importe quelle fille par un seul regard. Aujourd'hui, Fauve comprenait pourquoi ellesétaient ainsi attirées, par lui. Elle était hypnotisée par son assurance, par sa beauté. Ses cheveux de couleurs ébènes retombaient de chaque côté de son visage tandis que quelques mèches lui barraient la vue. Elle aurait presque envie de les caresser tellement ils avaient l'air doux au toucher, mais qu'est-ce qui lui prenait ? Était-elle devenue folle ?

« Cela me regarde plus que tu ne le crois Fauve, puisque c'est moi qui t'es sauvé la vie, alors tu me feras le plaisir d'en prendre soin, prononça-t-il d'une voix rauque, emplit d'émotion.

- Je ne t'ai rien demandé ! Cracha la concernée, surprise que ce soit Black qui l'ait ramené au dortoir et sauvé la vie. Elle avait toujours cru que c'était Remus. »

Elle le vit sourire, un petit sourire en coin qu'elle ne lui avait jamais vu, il se colla littéralement à elle, approchant sa bouche de son oreille, puis y murmura :

« Ton petit jeu de la fille froide et forte est terminée Fauve, tu peux continuer à porter ce masque devant les autres, mais pas devant moi ou Remus. C'est terminé, la comédie est finit, le rideau est tombé ma belle, déclara Sirius en lâchant ses poignets.

- Je ne suis pas ta belle ! Riposta Grey, furieuse.

- Alors soyons amis ? proposa le Maraudeur en se relevant tandis qu'il lui tendit sa main.

- Amis, répéta-t-elle incrédule, elle avait l'impression d'être dans un rêve.

- Oui, amis, dit Sirius en souriant comme jamais, se retenant à grande peine de rire. Tu sais, créer des liens, partager de bons moments ensembles, discuter, rire, expliqua-t-il d'un ton quelque peu moqueur. »

Fauve regardait alternativement Sirius et sa main tendue, elle essayait d'analyser la situation, de comprendre, le pourquoi, du comment ? Comment avaient-ils fait pour en arriver là ? Pourquoi lui proposait-il son amitié ? Elle fronça des sourcils, quelque peu méfiante à son égard et répliqua avec vigueur :

« Je ne veux pas de ta pitié !

- Tu ne me fais pas pitié, loin de là, confia Sirius en reprenant son sérieux, je veux qu'on reprenne tout à zéro nous deux. Je sais que cela peut être difficile à concevoir, avec tout ce que j'ai pu te dire où faire, mais c'était par simple et pur jalousie, avoua-t-il en se sentant mal à l'aise. Jaloux de ton amitié aussi réelle et profonde envers Remus. Je voulais être le seul, avec qui Remuspouvait vivre ça. J'avais peur de le perdre, révéla-t-il avec sincérité en croisant ses yeux marrons.

Et à cette simple phrase, il la vit toucher en plein cœur, parce qu'elle ressentait la même chose, parce qu'elle avait les mêmes peurs et besoins que lui.Il sut à cet instant, qu'il avait gagné, mais un Black gagnait toujours, il n'en avait jamais douté.

« Alors plutôt que de nous détester et de nous haïr, nous pourrions apprendre à nous connaître et partager ? dit Black avec un clin d'œil à son encontre. »

Elle ouvrit la bouche puis la referma, tout en baissant la tête, piquant un fard monstrueux sous le regard du jeune homme qui sourit. Elle n'aurait jamais cru que Sirius puisse se dévoiler ainsi, envers elle. Elle n'aurait jamais cru que Black et elle se ressemblait autant, ressentant la même chose. Il lui avait ouvert son cœur avec beaucoup de courage, c'était à son tour de l'être. C'était à son tour de lui prouver qu'il pouvait avoir confiance en elle. Il faudrait sûrement quelques mois avant qu'elle ne lui accorde sa propre confiance mais avec du temps, les blessures guériraient. Elle releva la tête, plongeant son regard dans le sien, tout en posant sa main blanche et fine dans la sienne. Sirius referma aussitôt ses doigts et la tira vers luiafin de la remettre debout. Face à face, ils restèrent ainsi quelques minutes, dans le silence le plus total, sans savoir que cette nouvelle amitié allait les entraîner vers un chemin tortueux.

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Fauve, Fauve, Fauve, son nom résonne en moi comme un disque qu'on aurait oublié d'arrêter. Je me souviens d'elle et de ses longs cheveux auburn qui sentaient bon la vanille, où encore, de ses yeux marron dans lesquels j'adorais me plonger jusqu'à en perdre la raison. Je me souviens deses lèvres que j'aimais goûter, savourer ainsi que desa poitrine que je caressais avec délectation. Je peux encore entendre sa voix murmurer mon prénom dans le creux de mon oreille tandis que son corps chaud et brûlant se frottait sensuellement contre moi. Merlin, qu'elle me manque ! Où était-elle ? Pourquoi m'avait-elle abandonné ? Pourquoi était-elle partie sans un mot ? Pourquoi ? Je ne comprends pas ! Ais-je fais une erreur, un faux pas avecelle ? Lui ai-je fais du mal ? Elle était si forte et si fragile à la fois, un trait de son caractère qui m'avait toujours fasciné et qui me fascine encore. Elle était si insaisissable et si belle à sa manière. Elle n'était pas la plus jolie où la plus drôle. Elle pleurait souvent mais j'aimais la consoler, la prendre dans mes bras. Elle était juste, Fauve. Je l'appréciais énormément parce qu'elle était naturelle et sincère, constamment.

J'adorais et j'aime son prénom qui la caractérisait pleinement. Une véritable petite lionne qui sortait les griffes quand on la blessait ou quand ça la touchait en plein cœur. Elle était tout le temps sur la défensive. Elle m'amusait avec ses réactions aussi surprenantes soient-elles. Quand je pense à ses chaleureux souvenirs, je ne peux m'empêcher de sourire. Aujourd'hui, avec le recul, je me rends compte à quel point, je l'aime ! Moi, Sirius Black, prisonnier et détenu d'Askaban, assassin présumé des Potter, parrain du survivant, Animagus illégal, j'avoue sans aucune honte être amoureux de Fauve Grey. Il faut que je tienne le coup ! Il faut que je garde espoir pour elle, pour Remus, pour Harry. Il le faut ! Un jour, je serais libre. Un jour, je la retrouverais, non, un jour je les retrouverais, et ça, parole de Maraudeur !