Chapitre 16 : La Carte

Un mois était passé depuis la dernière pleine lune, novembre venait d'être bien entamé tandis que la neige commençait déjà à s'installer. Un mois que Remus avait découvert que ces amis étaient devenus des Animagus juste pour l'accompagner lors de ces pleines lunes. Il n'en revenait tout simplement pas et le pire, c'est qu'ils avaient eu raison, cela avait terriblement atténué les effets néfastes. Il s'était moins mutilé, s'étant plus dépensé à courir après ces trois amis.

Au début, il avait eu honte de se transformer ainsi devant eux, ne pouvant empêcher les cris de douleur s'échapper de sa bouche puis ils l'avaient tous rassuré, encouragé, lui redonnant du baume au cœur. Il s'était sentit soutenu et entouré plus que jamais, laissant la peur et la douleur s'envoler loin de son esprit.

Oui, décidément ils étaient formidables.

Il avait eu peur de les blesser mais ils s'en étaient tous bien sortit. Ils avaient tous convenu de garder le secret, même Fauve n'était pas au courant de leur petite illégalité. Moins de personnes le sauraient, mieux cela serait, même si Lupin culpabilisait un peu de mentir à son amie, surtout que celle-ci était tellement observatrice qu'elle serait bien capable de le découvrir toute seule.

Dans tous les cas, cela lui avait permis de sortir plus rapidement de l'infirmerie au grand étonnement de Mme Pomfresh qui pensait qu'il venait à mieux maîtriser ces transformations. Si elle savait…

Peu importe, Remus était plus que jamais heureux d'avoir de tels amis et pour rien au monde il ne regrettait d'être venu à Poudlard. Il n'y avait pas une ombre venant obstruer le tableau, où presque…

En effet, Sirius et James venaient de s'arrêter brusquement dans le couloir, Peter suivant ces amis tandis que Remus jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule de Black pour apercevoir un groupe de Serpentard qui n'était autre que Severus, Mulciber, Avery avec Regulus.

Le frère cadet de Sirius.

Merlin, il ne manquait plus que ça. Remus observa son meilleur ami dont le visage laissait transparaître une colère sourde et une douleur sans nom. Ces yeux étaient devenus aussi dur que de l'acier. L'affrontement se prévoyait difficile.

« Black ! Tu tombes bien, on était justement en train de discuter avec Regulus afin de l'intégrer à notre petit groupe, qu'en penses-tu ? Dévoila Mulciber d'un sourire quelque peu narquois. »

Le concerné serra fortement ses poings, rentrant ses ongles dans la paume de ses mains. Apercevoir son frère cadet en la compagnie de ces futurs Mangemorts, lui donnait envie de vomir. Pourquoi ? Pourquoi son petit frère avait-il prit ce chemin ? Pourquoi ne lui avait-il pas fait confiance ? Pourquoi avait-il fallu qu'il écoute leurs parents ? Il croisa le regard de Regulus qui semblait attendre le couperet final et pourtant dans ces yeux, il y avait comme un infime espoir.

L'espoir de pouvoir lui parler ?

L'espoir de retrouver un jour son frère aîné ?

Impossible, il devait se faire des illusions, ils avaient eu maintes fois l'occasion de pouvoir se parler chez eux à leur retour de vacances. Chacun d'eux restant sur leur position, Regulus obtenant les éloges et les faveurs de ces parents tandis qu'il continuait de se prendre des sortilèges et des coups.

Plus jamais Regulus n'était venu en son aide.

Plus jamais, Sirius n'était venu en son aide.

Plus jamais.

La mâchoire crispée, le teint blême, Sirius eut le courage de prononcer à regret ;

« Il fait ce qu'il veut, cela ne me regarde pas, c'est un grand garçon. »

C'était faux, il mentait comme un arracheur de dent. Il ne s'en moquait pas, absolument pas ! A cet instant, il avait juste envie d'aller le voir et de le baffer, le faire réagir, lui dire de cesser d'écouter père, mère et tout ces idiots de Serpentards avec les valeurs du sang. Il ne voulait pas voir son frère être embrigadé dans toute cette guerre qui n'avait aucun sens ! Il ne voulait pas et pourtant, il ne fit rien de plus. Il passa devant le groupe de Serpentard tandis que Regulus serra à son tour ces propres poings, déçu.

Il avait espéré, en vain.

Observant son frère aîné partir suivit de ses amis, il se sentit soudainement très seul. Seul face à lui-même, face à eux. Il ne tiendrait pas longtemps, il ne leurs résisterait pas surtout avec sa mère qui insistait pour qu'il entre dans leur cercle afin de pouvoir un jour rencontrer le seigneur des ténèbres. Il l'avouait sans peine avoir peur. Peur de l'avenir, du futur qui se dessinait sous leurs yeux et leurs propres pas. Peur de ces choix. Il était coincé, tel un rat.

« Sirius, fait demi-tour, va le soutenir, conseilla Lupin en posant une main sur son épaule pour l'arrêter dans sa marche.

- Je ne peux pas, répondit le concerné la tête basse. Je ne peux pas, j'en suis incapable, il est trop tard, il aurait dû prendre ma main, me faire confiance à son entrée ici, murmura sombrement Black.

- Il n'est jamais trop tard, jamais, répliqua Remus.

- Il n'aura jamais le courage de se retourner contre mes parents, il n'aura jamais le courage de se liguer contre eux ! Déclara Sirius avec une rage qui fit sursauter ses amis. Chaque été, chaque noël, à chaque fois, il m'ignore, il ignore les, s'arrêta le Gryffondor en se rendant compte qu'il allait révéler à ses amis le calvaire qu'il vivait à chaque retour chez lui. Laissez tomber, d'accord ? »

Pour seule réponse, Remus baissa la tête, se mordant les lèvres ne sachant que faire pour aider son meilleur ami. Il n'aimait pas le voir ainsi torturé, voir dans ces yeux ce même vide abyssal que chez son amie Fauve. Cette même résignation. A ce moment précis, leur ressemblance était si frappante que cela en était horrifiant. D'un commun accord, ils retournèrent à la tour dans le plus profond des silences, Sirius étant dans ses pensées.

Arrivés à la salle commune, Remus chercha Fauve des yeux, mais ne la vit pas, par contre son regard se posa sur Lily en train de discuter avec ces camarades. Il ne fallut que quelque secondes pour que James l'aperçoive. Il vint alors à passer une main dans ses cheveux qu'il décoiffa, tandis qu'il se dirigea vers la rouquine, le sourire aux lèvres sous le regard sceptique de Lupin.

Black et Pettigrow suivirent dès à présent l'échange verbal entre James et Lily qui se prévoyait explosif quand ils virent son regard émeraude se poser sur leur ami. Un regard terriblement noir et assassin. Cela n'augurait rien de bon pour le brun à lunette qui, ne perdant aucunement de son courage, lui dit

« Bonjour Lily, comment vas-tu par cette magnifique journée ?

- J'allais bien jusqu'à ce que tu arrives, répondit-elle en le toisant du regard.

- Oh, fit le concerné en continuant de lui sourire, eh bien je suppose que je vais retourner à mon dortoir et te laisser avec tes charmantes amies.

- Tu supposes bien, maintenant dégage de ma vue Potter ! Décréta-t-elle en l'ignorant.

- Sais-tu que lorsque tu te mets en colère, tu es encore plus radieuse et belle qu'à l'ordinaire ? Révéla t-il tandis que Sirius explosa de rire, suivit de Peter, Remus, lui, secoua la tête de droite à gauche, totalement désespéré.

- Tu te moques de moi Potter ? Ou bien il y a quelque chose que ta pauvre cervelle n'a pas compris dans le mot « Dégage » ? Peut-être faut-il que je t'en lise la définition ? Proposa Lily d'un ton ironique.

- Non pas du tout, mais…

- Fou-moi la paix ! Hors de ma vue ! S'exclama-t-elle d'un ton ferme qui fit détaler James comme un lapin, par peur de ce recevoir un sortilège bien placé. »

C'était une furie cette fille quand elle s'y mettait, mais qu'est-ce qu'elle pouvait être jolie ! Bon, au moins son action aura permis à Sirius de retrouver temporairement le sourire, comme quoi, il avait bien fait d'aller voir sa Lily, même si James savait qu'il allait se faire charrier par ces amis. En même temps, il ne savait pas comment s'y prendre avec elle, comment l'aborder sans que cela l'énerve ? Comment faire pour attirer son attention ? En règle générale les filles l'aimaient, alors pourquoi cela ne fonctionnait pas avec Evans ?

Cependant, il ne comptait pas abandonner pour si peu, foi de Potter, il réussirait à la charmer ! Sur ces bonnes résolutions, la soirée passa relativement vite et plutôt calmement. Quand vint le moment d'aller ce coucher, sans surprise, Remus et James entendirent Sirius se relever dans la nuit pour descendre dans la salle commune, ne sachant quoi faire pour dissiper la morosité de Black.

En pyjama, il s'assit en face de la cheminée, laissant ses pensées vagabonder vers son frère, sa famille, la guerre et l'avenir. Il avait affirmé dernièrement à Fauve de ne pas s'inquiéter, mais il était similaire. Lui aussi, tout cela le rendait anxieux, vers quoi le monde magique allait-il ? D'habitude, il aimait vivre l'instant présent, ne pas se soucier du lendemain, mais là, impossible. Il avait peur, peur pour ces amis, peur des choix qu'ils allaient devoir faire, peur de faire une erreur comme avec Régulus.

Il sentit alors une présence s'installer à ces côtés, s'attendant à ce que cela soit James, il se retourna brusquement, ne pouvant masquer sa surprise de voir Fauve assisse à côté de lui, en chemise de nuit avec un gilet recouvrant ses bras. La situation aurait pu être cocasse au souvenir de l'an passé, seulement les rôles étaient inversés.

« Tu ne dors pas, murmura-t-elle faiblement à son encontre.

- Toi non plus, remarqua-t-il tout en notant qu'elle avait des cernes qui pourraient battre celle de Remus. Mauvaise journée, révéla Sirius en haussant des épaules, et toi ?

- Tu n'as pas à t'en vouloir, répondit-elle en croisant ses yeux gris. Regulus fait ses propres choix, ajouta Fauve d'une voix douce. »

Encore une fois, Sirius fut surprit par ses propos, comme toujours elle visait juste, comment faisait-elle pour avoir autant d'empathie ? Curieusement, l'avoir à ces côtés l'apaisait énormément, alors que si James ou Remus s'étaient montrés, il se serait sans doute emporté. Il se serait agacé par leur entêtement.

« Il a fait ces choix en fonction de mon entrée à Poudlard, parce que je suis à Gryffondor plutôt que Serpentard, confia Sirius en se pinçant les lèvres.

- Peut-être mais il aurait aussi pu faire le choix de te suivre, de te faire confiance, tu ne l'aurais jamais abandonné, comme tu peux le faire avec chacun d'entre nous, parce que tu es loyal, souffla-t-elle en posant tendrement une main sur sa joue.

- Mes parents, mes parents l'ont mis sous sa coupe, ils lui ont fait peur, il n'a jamais bien été courageux, j'aurais dû être plus présent, murmura douloureusement Sirius en fermant les yeux, j'aurais dû…

- Alors va le voir et dis-lui, le coupa Fauve avec assurance. Dis-lui que s'il vient un jour à changer ces choix, tu seras là pour lui, comme ça, tu n'auras plus aucun regret Sirius, tout dépendra de son bon vouloir, conseilla-t-elle.

- Il ne le fera pas, souffla-t-il en plongeant son regard dans celui de son amie.

- Peu importe, se seront ces choix, pas les tiens, cesse de croire que tes propres décisions l'influence, tu le sais aussi bien que moi que ce n'est pas le cas, tu viens de le dire à l'instant même se sont tes parents qui le manipulent. A lui, de le réaliser…

- S'il ne le réalise jamais ? S'il continue de s'entêter dans cette direction ? Si…

- Il restera ton frère, dit-elle en déplaçant sa main vers ses cheveux qu'elle caressa, peu importe ce qu'il pourra faire ou ne pas faire, parce que vous êtes frères et que malgré tout, tu l'aimes, sinon tu ne serais pas ici à te morfondre, ajouta Fauve en ne le lâchant pas des yeux. »

Pour seule réponse, Sirius plongea son visage dans son cou puis l'enlaça fortement comme pour se raccrocher à quelque chose, surprenant quelque peu la jeune fille qui s'était arrêtée de lui caresser les cheveux. Après quelques secondes où elle resta stoïque, elle se détendit puis répondit à son étreinte, refermant ses mains autour de lui, caressant doucement mais chaleureusement son dos. Il sentait bon, une odeur musquée, typiquement masculine.

Elle n'aimait pas le voir se torturer l'esprit, sans savoir pourquoi cela lui faisait mal. Il ne méritait pas ça, il devait suffisamment subir et endurer le mécontentement de sa famille pour avoir trahit leurs principes. Bien entendu Sirius ne lui avait jamais parlé de ces vacances, mais il ne fallait pas être idiot pour voir qu'à chacun de ces retours, il devenait morose, laissant ses cheveux pousser. Au final, elle savait très peu de choses sur Sirius. Elle ne connaissait que les bruits de couloirs et ce qu'il lui laissait bien entrevoir.

Quelque part être là, pour lui, ce soir était sans doute la meilleure des choses. Fauve voulait lui faire sentir qu'il pouvait compter et se reposer sur elle, au besoin. Qu'elle ne le jugerait jamais pour ces actes. Non, jamais. Sirius était une personne entière, qu'elle aimait énormément.

Elle pouvait sentir son souffle contre la peau de son cou, la chatouillant par moment. Cela avait quelque chose d'apaisant, elle se sentait bien et n'avait qu'une seule envie à cet instant ; dormir. Elle pouvait sentir ses yeux papillonner avant de se ré-ouvrir brusquement, luttant ardemment contre le sommeil qui l'assommait de par en par. Elle essaya de se retirer de son étreinte, mais il raffermit son emprise, lui murmurant :

« Ne part pas, reste, on est bien là. »

Il la sentit hocher de la tête en signe d'affirmation, le rassurant quelque peu, il n'avait pas envie de la quitter, pas maintenant. Sa chaleur, son odeur, sentir sa main dans son dos, tout cela était juste délicieux. Fauve avait ce don de tranquilliser par ces caresses et ces mots. Elle était câline, il s'en était toujours fait la remarque quand il apercevait Remus se faire dorloter par leur amie. Au fond, peut-être l'avait-il toujours secrètement envié et là, à cet instant, il était l'homme le plus heureux. Etre dans ses bras, c'était le paradis.

« Fauve, chuchota-t-il contre son oreille en ne sentant plus ces caresses. »

Il l'entendit émettre un drôle de « hum » pour au final s'apercevoir qu'elle s'était endormie contre lui. Il ne savait pas s'il devait trouver la situation comique ou bien attendrissante ?

Dans tous les cas, il n'avait absolument aucune envie de la réveiller en apercevant son visage apaisé, si elle pouvait récupérer un tant soit peu de sommeil au vu de ces cernes, cela lui ferait du bien. Sirius la prit avec délicatesse dans ses bras, non sans mal, regardant alternativement le canapé et le dortoir, retourner dans la chambre des filles lui était impossible. Il n'allait sûrement pas la laisser seule dans la salle commune dans cette tenue, hors de question, il décida donc de la ramener dans son dortoir où dormaient ces amis.

C'est alors qu'il déglutit passablement en se faisant la réflexion qu'il allait devoir la coucher dans son lit. Idiot, crétin ! Il aurait pu y penser avant ! Il ne pouvait pas dormir avec elle ? Si ?

Non, bien sûr que non ! C'était un garçon et elle, une fille !

« Bravo Sirius pour ta déduction infaillible, pensa-t-il ironiquement. »

En attendant, il l'avait toujours dans ces bras et même si elle n'était pas bien lourde, elle commençait à faire son poids. Il devait agir et se décider sur quoi faire. Peut-être pourrait-il la déposer dans son lit et demander à James ou Remus de lui faire une petite place dans le leur ?

Satisfait de son idée, il déposa Fauve dans son lit puis remonta les draps jusqu'à ses épaules, l'observant avec bienveillance, ne pouvant s'empêcher de la trouver mignonne ainsi blottit. Il porta une main jusqu'à son front où il dégagea une mèche de cheveux tandis qu'elle marmonna quelque chose de totalement d'inaudible, lui décrochant un sourire. Alors qu'il allait retirer sa main et s'en aller, il sentit la main de Fauve le retenir, en lui murmurant un vague

« Ne part pas, reste, on n'est si bien… »

Il put sentir son cœur palpiter à ces simples mots. Elle répétait sa phrase de tout à l'heure, dormait-elle ? Rêvait-elle ? Il ne savait pas mais à cet instant toutes ces bonnes résolutions s'effondrèrent. Il n'avait plus envie de la laisser. Il jeta un coup d'œil autour de lui, ces amis dormant profondément. Après tout, quel mal y avait-il à dormir ensemble ? Il ne faisait rien de plus que de se reposer entre amis. Alors pourquoi doutait-il à ce point là ?

Pourquoi hésitait-il ?

Pourquoi se sentit-il défaillir en se glissant sous les draps, se collant contre elle ?

Pourquoi ?

Pourquoi ne pouvait-il détacher ses yeux de son visage parfaitement endormit ?

Pourquoi ?

Pourquoi avait-il cette envie irrésistible de l'embrasser ?

Pourquoi ?

Il glissa fébrilement un doigt sur sa joue, dessinant ses pommettes puis son nez, descendant progressivement vers sa bouche. Ses lèvres, si rose, si appétissantes. Il avait terriblement envie de les goûter et de les croquer. Oui, terriblement mais il se retint de le faire, fermant les yeux, inspirant profondément pour se raisonner, pour ne pas tout gâcher, elle était une amie, juste une amie, rien de plus. Alors pourquoi avait-il la sensation de se mentir ?

Pourquoi avait-il cette impression qu'elle était bien plus qu'une amie ?

Pourquoi ?

•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•

Une semaine était passée depuis son réveil dans le lit de Sirius, ce matin là, elle avait cru avoir une crise cardiaque en tombant face à lui. Ses yeux gris s'étaient ouverts au même moment qu'elle avait poussé un petit cri qu'il avait aussitôt fait taire par une main sur sa bouche pour ne pas réveiller leurs camarades.

Heureusement qu'il avait eu la présence d'esprit de ne pas la laisser faire, sinon, il en serait finit d'eux, James et Peter n'auraient cessé de les chambrer alors qu'ils n'avaient rien fait de mal. Elle avait déjà dormit avec Remus, plusieurs fois, certes dans le canapé de la salle de commune, mais cela revenait au même. Quel mal y avait-il à dormir avec Sirius ? D'autant plus qu'il avait été prévenant avec elle, lui permettant de dormir confortablement et surtout, ce matin là, elle s'était sentit reposée.

Aucun cauchemar, aucune crise d'angoisse. Rien.

Elle avait dormit comme un bébé dans ses bras, elle s'était sentit en sécurité comme les fois où elle avait dansé avec lui, comme la fois où il l'avait consolé. Bien sûr, il en était de même avec Remus mais ce n'était pas aussi flagrant, ce n'était pas aussi intense. Est-ce que cela signifiait qu'elle accordait une confiance totale à son ami Sirius ? Ou était-ce autre chose ? Si c'était le cas, elle n'en comprenait pas le sens. Peut-être pourrait-elle en parler à Remus ?

En attendant, il lui avait permit de faire une nuit complète et depuis lors, elle avait remarqué que Sirius ne cessait de l'observer songeusement.

Regrettait-il de s'être confié à elle ?

Pourquoi avait-elle cette sensation d'avoir gêné son ami en s'étant endormit dans ses bras?

Pourquoi ?

Pourquoi se posait-elle autant de questions pour une simple nuit passée à ces côtés ?

Pourquoi ?

Alors qu'avec Remus, cela lui avait paru si naturelle ? Si simple…

Soupirant une énième fois, agacée par ces réflexions qui ne menaient nulle part, elle ramena sa grande tresse sur le côté tandis qu'elle souffla sur les mèches rebelles obstruant sa vue. Elle s'emmitoufla un peu plus dans son écharpe en sentant le froid lui glacer le visage, marchant le plus rapidement possible pour rentrer à sa tour. Elle avait hâte de retrouver Remus et de pouvoir lui parler !

C'est alors qu'une fois arrivée devant le portrait de la grosse dame, elle vit Eileen, debout, la fixant avec une colère et une haine qu'elle ne lui avait jamais vu. Fauve sentit un frisson la parcourir et une soudaine angoisse la saisir. Si elle était là, c'est qu'il y avait une raison, une très bonne raison. Elle avança irrémédiablement vers sa demi-sœur, s'apercevant que celle-ci avait le visage ravagé par les larmes. Et là, elle sut, elle sut que sa mère était morte.

« Elle est décédée ce matin, l'informa Eileen en serrant les poings. Elle est morte ! Es-tu heureuse ? Es-tu fière de toi ? Cracha son aîné.

- Je ne le suis pas, répondit Fauve en sentant sa gorge se serrer.

- Jusqu'au bout, jusqu'au bout tu l'auras torturé ! Quel besoin avais-tu besoin d'aller la voir à l'hôpital ?

- Je…Je voulais juste…

- Juste quoi ? Coupa violemment Eileen en n'étant plus qu'à quelques centimètres de sa demi-sœur. Tu n'avais aucun droit d'aller la voir ! Tu souhaitais avoir son amour ? La nargua-t-elle avec méchanceté. Son affection ? Elle te détestait ! Elle te haïssait comme moi je te hais à cet instant, comme mon père te déteste ! Tu n'as plus rien ! Tu entends ? Rien !

- Tu te trompes, j'ai encore mes amis, moi, souffla Fauve en ne la lâchant pas des yeux. »

Un bruit de gifle se fit entendre dans le couloir seulement illuminé par les bougies. La main levée, Eileen la regardait avec un tel dédain que Fauve en frémit ne sentant pas la douleur affluer dans sa joue gauche.

« Ne vient pas à l'enterrement, tu ne mérites pas ta place ! Ta présence ne serait qu'une gêne, disparaît ! Je ne veux plus jamais entendre parler de toi, ni mon père. Tu n'es plus la bienvenue chez nous.

- Cela tombe bien, je comptais ne jamais revenir, décréta Fauve en se mordant les lèvres. »

Elle crut qu'Eileen allait l'étrangler à cette simple phrase et si à ce moment précis elle avait pu le faire, elle l'aurait fait sans hésitation. Elle l'énervait avec son petit ton condescendant, elle ne faiblissait jamais. Jamais. Elle voulait la briser, la voir à terre, la piétiner. Elle ne méritait que ça ! Celle ayant retiré la vie à sa mère. Elle se vengerait, un jour, elle aurait sa vengeance, Eileen Grey se le promettait. Sans un mot de plus, elle tourna les talons et s'en alla, laissant la jeune Gryffondor perdue et paralysée.

Sa mère était morte.

Morte.

Pendant ce temps là, les garçons étaient dans leur dortoir entrain de peaufiner la carte des Maraudeurs. En effet, ils avaient finit de dessiner la carte du château avec tous les passages secrets puis lancé le sortilège d'Homonculus que Remus avait découvert après maintes recherches pour afficher la position des personnes du château. Ils allaient enfin savoir si leur idée de pouvoir surveiller les moindres faits et gestes d'une personne serait possible. James prit alors la carte et pointa sa baguette sur celle-ci en soufflant

« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises ! »

La carte s'activa aussitôt laissant apparaître :

Messieurs Moony,Wortmail, Padfoot et Prong,

Spécialistes en assistance,

Aux Maniganceurs de Mauvais Coups,

Sont fiers de vous présenter :

La Carte des Maraudeurs.

Ils virent alors plusieurs points se déplacer dans les couloirs du château avec le nom de la personne. Un grand sourire s'afficha sur le visage des garçons tandis qu'ils frappèrent mutuellement dans leurs mains, heureux d'avoir réussit leur projet. Ils allaient enfin pouvoir traverser le château sans avoir l'appréhension de tomber sur Rusard et Miss Teigne.

« Moi, je propose que ce soir, on aille faire une petite blague à nos amis les Serpentard pour inaugurer cette carte ! Proposa Sirius impatient de l'utiliser.

- Je trouve que c'est une excellente idée ! Affirma James avec le soutien de Peter.

- Vous devriez attendre qu'on ait pu utiliser la carte au moins quelques fois pour s'assurer qu'elle fonctionne bien, conseilla Remus avec prudence.

- Ne t'inquiète pas Moony, elle fonctionne à merveille cette carte ! S'exclama Sirius en l'arrachant des mains de James pour la montrer au loup-garou. Regarde, on peut voir Dumbledore faire les cents pas dans son bureau, ria Sirius en observant un peu tous les points mouvants. A nous la gloire ! S'écria Black. Ce soir les Serpentard n'auront qu'à bien se…

Sirius s'arrêta alors dans sa phrase en apercevant le point noir affichant le nom Grey. Celle-ci était en train de parcourir les couloirs du septième étage. Que faisait-elle par là ? Il n'y avait strictement rien à voir ou à y faire. La curiosité de Black fut grandement aiguisée au point qu'il referma précipitamment la carte tout en rangeant sa baguette dans l'arrière de sa poche. Il se retourna vers ses trois amis puis déclara subitement :

« Remus a entièrement raison, on se doit de l'essayer ! Je l'emprunte et je reviens toute suite ! Dit-il en s'allant du dortoir sous les yeux médusés de Prong, Moony et Wormtail qui essayèrent de le retenir, en vain, n'ayant pour seule réponse le claquement de la porte du dortoir. »

Pendant ce temps là, Fauve déambulait dans les couloirs tel un automate, ne pensant plus à ce qui l'entourait, ne sachant plus où aller. Elle n'arrivait plus à penser correctement, son esprit était embrouillé tout comme sa vision dû aux larmes qui ne cessaient de couler.

Sa mère était morte.

Elle avait perdue sa mère.

Elle n'avait plus rien, plus de famille. Elle était seule.

Orpheline.

Oui, elle savait que ça arriverait.

Oui, elle l'avait détesté mais elle était sa mère.

Elle n'aurait jamais eu son amour, elle ne saurait jamais pour son père.

Que lui restait-il ? Qu'allait-elle faire à la fin de cette année scolaire ?

Tout était noir dans sa tête.

Aucune lumière. Aucune porte de sortie.

Elle se laissa alors glisser le long d'un mur, sentant l'air se raréfier, l'angoisse s'installait en elle tel un venin parcourant ces veines. Assise contre la paroi, elle avait ramené ses jambes contre sa poitrine, tentant de se rassurer.

Elle avait Sirius et Remus.

Elle n'était pas seule.

Il fallait qu'elle garde espoir, qu'elle ne perde pas pied.

Sauf que parfois elle avait cette sensation d'être de trop dans leur groupe.

Cette impression de les enquiquiner. Qu'ils finiraient un jour par l'abandonner.

Que deviendrait-elle alors ? Une coquille vide.

Rien.

Le néant.

A quoi rythmait son existence ?

Elle n'avait aucune place, nulle part où aller, aucun nom…

Sanglotant, la respiration plus que jamais saccadée, elle n'y arrivait pas, la panique était en elle. Instinctivement elle porta sa main sur ses avants bras dont elle remonta les manches, commençant à se griffer, sentant la douleur affluer en elle, de léger picotement parcourait sa peau à chacune de ses griffures. A chaque passage de ses ongles, elle arrachait les croûtes, rouvrant les plaies.

La douleur lui permettait de garder pied avec la réalité, avec la vie.

Elle ne voulait pas sombrer. Elle ne le voulait pas.

« Fauve ! S'écria Sirius en accourant à toute vitesse vers la jeune fille mortifiée en ayant entendu sa voix. »

Il était là, en face d'elle et c'était sans doute la dernière des personnes qu'elle aurait aimé voir à cet instant. Les larmes et l'angoisse redoublèrent par la honte et la peur.

La peur du jugement, la honte de son geste.

Elle savait que c'était malsain ce qu'elle faisait, elle savait que c'était un cercle vicieux mais elle n'avait trouvé aucune autre solution.

« Qu'as-tu fait, qu'as-tu fait, murmura Sirius en regardant ses bras et ses ongles rouge de son sang. Calme-toi, ça va aller, dit-il en prenant son visage en coupe. Respire, tu n'es pas seule, je suis là, respire, regarde-moi ! Dit-il avec fermeté inquiet par sa crise de panique. Regarde-moi ! Ordonna-t-il en la maintenant fermement pour lui faire sentir sa présence. »

Il vit enfin ses yeux noisette se plonger dans les siens. La détresse dans son regard était tel qu'il avait l'impression de s'y noyer. Pourquoi était-elle dans cet état ? Que s'était-il passé ?

Il avait toute suite su que quelque chose clochait en voyant le point noir sur la carte stopper brutalement et ne plus bouger, mais il n'avait jamais imaginé cela. Depuis quand se mutilait-elle de cette façon ? Vu l'état de ses bras, ce n'était pas la première fois.

Il ne la lâchait pas des yeux, essayant de lui faire comprendre qu'il ne l'abandonnerait pas.

Non, jamais. Il le lui avait promis. Il tenait toujours ses promesses. Il lui demanda de calquer sa respiration sur la sienne, expirant, respirant, progressivement, calmement.

Les minutes passèrent, elles furent longues et laborieuses mais elle finit par retrouver une respiration correcte, se calmant peu à peu, ne pensant à rien d'autre qu'au souffle de Sirius. Elle avait mal à la gorge, mal à la tête, elle était fatiguée. Fatiguée de tout cela. S'il n'avait pas été là, elle aurait fini par faire une bêtise, elle le savait et quelque part, à observer son ami, lui aussi s'en doutait fermement.

Sans même lui demander quoi que se soit, il la prit dans ses bras. De toute manière, tremblante comme elle était, elle aurait été incapable de marcher. Il allait sans doute l'emmener à la tour ou pire, l'infirmerie, mais au lieu de cela, il marcha vers une immense tapisserie représentant la stupide tentative de Barnabas le Follet d'apprendre à des trolls l'art de la danse. Face au mur vide, il passa trois fois devant celui-ci en pensant à un endroit chaleureux et sécurisant.

Quelques secondes plus tard, une porte apparue sous leurs yeux, sans tarder, Sirius y pénétra avant de jeter un coup d'œil derrière lui pour s'assurer de n'être vu par personne. La pièce ressemblait beaucoup à la salle commune de Gryffondor avec ces fauteuils, ces coussins, ces tapis rouge et or et surtout la cheminée ou le feu ronronnait. Sans un mot, il la déposa sur un canapé puis lui retira son écharpe et sa cape tandis qu'une trousse médicale était déposée sur le sol. Il prit ces poignets dans ses mains, observant ses blessures et la question tant redouter tomba ;

« Pourquoi ? »

Pourquoi ? Parce que rien n'allait, parce que les crises d'angoisses ne faisaient que de s'accentuer et parfois, elle avait cette sensation qu'elle allait mourir. Alors pour se sentir vivante, la douleur était son seule remède, la ramenant dans la réalité. Pouvait-elle lui dire cela sans l'horrifier ? Sans craindre qu'il ne la rejette ?

« Il faut que tu m'aides Fauve, si tu veux que je comprenne, que je te soutienne, tu dois m'expliquer, ajouta Sirius en fixant avec intensité.

- Je…Je n'arrive plus, je n'arrive plus à contrôler mes angoisses, elles prennent le dessus, alors, alors, pour garder pied, pour ne pas sombrer, je, je me griffe, la douleur me fait sentir vivante, je…pardonne-moi Sirius, pardon, pardon… »

Le concerné ne sut que dire alors il l'enlaça fortement afin de la rassurer, lui montrer qu'il était là, qu'il ne partirait pas, qu'il serait toujours là pour elle, peu importe ses pensées, peu importe ses actes et ses conséquences, il la soutiendrait.

« Depuis quand ? S'enquit-il en se reculant légèrement. Au bal de noël, tes bras étaient à nus, je n'ai rien vu, alors depuis quand ?

- Je, je le faisais déjà avant le bal de noël c'est juste que, c'est juste que mes crises étaient moins régulières, mes griffures plus éparses guérissaient d'elles-mêmes, confia Fauve en se mordant les lèvres.

- Elles sont devenues plus intenses à partir de quand ?

- Cet été, avoua-t-elle en détournant la tête.

- Ta demi-sœur ? Ton beau père ? Soumit Sirius en reprenant son visage entre ses mains pour maintenir un contact visuel.

- Oui, il y a de ça, répondit-elle en avalant difficilement sa salive devant les yeux gris de son ami. J'ai, j'ai vu ma mère, j'ai, je suis allée la voir avant notre rentrée…

- Pourquoi ? Fauve, c'était inutile, à part te torturer, à part…

- Je voulais, le coupa-t-elle en chuchotant, je voulais…

- Son amour ? Compléta durement Sirius. L'as-tu eu ? As-tu eu son affection ? Vu ton état, je pense que non, à part te médire elle n'a rien dû faire d'autre que de t'enfoncer, et tu n'as pas besoin de ça, tu le fais suffisamment toute seule ! Décréta Black furieux.

- Je…Je sais, je suis une idiote, je…

- Je n'ai jamais dit ça et je ne le pense pas, répliqua Sirius en s'apaisant, tu es loin d'être stupide ou que sais-je encore, tu es juste trop, s'arrêta t-il en soupirant. Tu es trop gentille Fauve, tu prends trop sur toi, tu penses sans cesse aux autres mais quand vas-tu penser à toi ? Quand ? Vois-tu où cela te mène ?

- Je ne voulais pas, je ne voulais pas, dit-elle en sentant ses yeux se remplirent de larmes et sa gorge se serrer.

- Je sais, admit-il en caressant ses bras, mais te voir ainsi, te détruire à petit feu me fou en rogne ! Je veux plus que tu revois ta famille, je ne veux plus…

- Elle est morte, dévoila Fauve d'une voix étranglée. Elle est morte, répéta-t-elle, ma mère est morte. »

Sirius ne sut comment réagir à la nouvelle, à la fois il en était heureux, heureux parce que cela ne pouvait que lui faire du bien. Elle n'avait plus d'entrave, plus de lien. A quoi lui servait cette mère ? Rien. Quant à sa demi-sœur, n'en parlons même pas. Elle n'avait pas besoin d'eux, juste de lui et de Remus et il comptait bien lui montrer, le lui apprendre.

Cependant, il pouvait aussi comprendre la douleur sans nom de Fauve, elle avait perdu sa mère, une personne qui lui resterait chère à son cœur, peu importe tout ce qu'elle avait pu lui faire ou dire. C'était celle qui l'avait mise au monde, celle qui l'avait porté pendant neuf mois, c'était sa mère et l'on n'en avait qu'une. La vie était cruelle et injuste avec elle.

Il la prit délicatement entre ses bras, ignorant les battements irréguliers de son cœur, posant son menton sur le haut de sa tête. Il pouvait parfaitement sentir ses larmes tremper son pull et ses mains se serrer fortement autour de son cou. Il aimerait tant lui apporter plus, lui donner plus, pouvoir la guérir de tous ces maux. Combien de temps cela prendrait-il avant de la voir vivre pleinement sa vie ? Il se recula d'elle puis glissa son pouce sur sa joue pour y sécher ces larmes avant de déposer un doux baiser sur le haut de son front.

Ils restèrent ainsi plusieurs minutes dans le silence le plus complet, seul le crépitement du feu venait à troubler leur quiétude. Finalement, à regret, Sirius cessa son étreinte, posant ses mains sur ses épaules, il lui souffla ;

« Je vais soigner tes bras et après on rentrera au dortoir, d'accord ? »

Se pinçant la lèvre inférieure, la tête basse, elle n'osa pas lui demander de rester avec lui, ayant trop peur de passer la nuit seule. C'est alors qu'elle sentit sa main sur le haut de sa tête, tout en l'entendant lui proposer ;

« Si tu le souhaites, on peut dormir ensemble ou bien, si tu le préfères avec Remus, je pense qu'il se fera une joie de te faire une place dans son lit, ajouta Sirius avec un sourire en rencontrant son regard qui paraissait plus rassuré.

- Tu vas lui dire, à Remus ? Précisa Fauve en l'observant prendre la mallette qui contenait des baumes.

- Non, dit-il en lisant les étiquettes sur les différents pots, c'est à toi de le faire, ajouta Sirius en ouvrant un flacon.

- Je, il va être déçu, je…

- Il ne va pas être déçu, la reprit Padfoot en étalant de la crème sur ses blessures qui s'atténuaient peu à peu. Il va être triste, c'est certain, mais parce qu'il tient à toi, tout comme moi, confia-t-il en croisant ses yeux noisettes. »

Fauve hocha tout simplement de la tête, observant Sirius soigner ses plaies avec délicatesse. Il avait un don pour l'apaiser, elle se sentait si bien en sa présence. A chaque fois, tous ses doutes s'envolaient, bien sûr avec Remus elle se sentait aussi en confiance mais ce n'était pas comparable. Quand elle était avec lui, son cœur tambourinait étrangement dans sa poitrine, il avait toujours le geste et la parole qui allait bien pour la rassurer.

Sirius était sans aucun doute son étoile, celle qui éclairait ces nuits. Il avait pris une place dans sa vie, au point qu'elle ne pouvait plus se passer de lui. Elle avait besoin de lui et de son amitié. Il l'aidait à lui maintenir la tête hors de l'eau.

« Cet été, on essaiera de sortir un maximum et on verra avec Remus et sa mère pour qu'il puisse t'accueillir quelques jours, peut-être que la mère de James voudrait bien aussi que tu viennes, tu verras elle est adorable ! Il a des parents formidables, quand je viens ils m'accueillent comme un fils et, celui-ci s'arrêta soudainement dans son monologue en la sentant se crisper. Tu ne veux pas ?

- Ce n'est pas ça, répondit-elle en inspirant profondément, mais j'ai, j'ai quitté le domicile familial, lui annonça-t-elle.

- Tu as quitté le domicile familial, répéta Sirius sous le choc, blême, il n'y avait pas de doute, elle méritait sa place à Gryffondor, une vraie tête brûlée comme lui. Tu n'es vraiment pas croyable, pourquoi ne nous as-tu rien dit ? Et cet été comment vas-tu faire ? S'inquiéta Black en ouvrant grand ses yeux.

- J'ai de l'argent de côté avec l'héritage de ma grand-mère, je vais prendre une chambre d'hôtel où…

- Tu es une fille ! Rappela Sirius excédé par son insouciance et inconscience. Merlin Fauve ! Tu ne peux pas dormir seule dans une chambre d'hôtel avec les temps qui court ! S'exclama Padfoot en passant une main nerveuse dans ses cheveux ébènes.

- Qu'est-ce que tu veux qu'il m'arrive ? Je peux me débrouiller, je sais me défendre ! Répliqua la concernée en haussant la voix. Je… »

Sans attendre Sirius se jeta sur elle avant de la plaquer sur le canapé. Il emprisonna ses bras grâce à ces mains, tout en la regardant fixement, leurs visage à quelques centimètres l'un de l'autre. Il put apercevoir une certaine rougeur sur ces pommettes.

« Et là ? Te rends-tu compte de la force d'un homme ? Est-ce que tu prends conscience de ce qu'on peut te faire ? Quand vas-tu le réaliser ? Tu es une fille, insista-t-il sur le dernier mot.

- Je, mais, bafouilla-t-elle abasourdit.

- Que tu le veuilles ou non, tu es jolie, déclara Sirius en se pinçant légèrement les lèvres. Tous les hommes ne sont pas des bons Saint-Maritain, avertit-il sérieux et d'un air grave.

- Tu m'as prise au dépourvue, j'aurais ma baguette, essaya-t-elle perturbée par la promiscuité entre elle et Sirius.

- Non, trancha-t-il d'un ton ferme. Il est hors de question que tu ailles dormir dans un quelconque hôtel, on va trouver une autre solution, certifia Sirius avec détermination. »

Il était impensable à ces yeux qu'elle soit seule dans la nature, il pouvait lui arriver n'importe quoi, surtout en ce moment avec les Mangemorts qui attaquaient à tous les coins de rue. Cette fille le sidérait, comment pouvait-elle prendre de telle décision ? Remus allait être fou quand il allait apprendre qu'elle avait quitté sa maison ! Bloquée sous lui, encore une fois il se sentait chamboulé par cette intimité sans pour autant réussir à se détacher d'elle.

A cette distance, il pouvait voir et détailler son visage sans le moindre mal, remarquant les petites tâches de rousseurs qu'elle pouvait avoir ici et là. Ou encore ses fossettes ainsi que ses longs cils, même la courbure de ses lèvres. Des lèvres qu'ils trouvaient à chaque fois appétissantes, se demandant quel goût pouvaient-elles avoir ? Elles paraissaient si douces, si voluptueuses.

Il avait une envie folle de l'embrasser de dévorer chaque parcelle de ses lèvres sans pour autant le faire. Cela serait de la folie pure ! Oui, mais elle était là, sous lui, à sa merci, il pourrait céder à sa tentation, peut-être même qu'elle y répondrait favorablement ? Peut-être que…

Sirius s'arrêta subitement dans la course folle de ses pensées, réalisant enfin, comprenant ce qu'il ressentait envers elle.

Non, décidément non, il était évident qu'elle n'était plus une amie à ses yeux.

Elle était bien plus que cela.

« Sirius, l'entendit-elle prononcer, ça ne va pas ? Demanda-t-elle devant son silence. »

Ses cheveux ébènes tombèrent de chaque côté de son visage quand il bougea la tête pour croiser son regard qu'il aimait tant. Un regard remplit d'interrogations à son égard.

Des yeux qu'ils aimeraient voir s'embraser quand il viendrait à l'embrasser.

Des yeux qu'ils aimeraient voir briller de jouissance quand il lui ferait l'amour.

Des yeux qui ne se poseraient que sur lui et personne d'autre.

Et là, il comprit.

Le grand Sirius Black, l'implacable Black, le Maraudeur et Animagus qu'il était, se dévouant corps et âme pour ces amis, était en train de tomber en émoi.

Non, mieux que cela, il était amoureux de Fauve Grey.

Comme frapper par la foudre, il se détacha subitement d'elle, se sentant gêné, ne supportant plus d'être près d'elle sans s'imaginer quoi que ce soit sous l'incompréhension de Fauve qui l'observa avec curiosité.

Cette fille allait le rendre dingue, ne pouvait-elle pas comprendre qu'elle était une femme et lui un homme avec ces besoins et désirs ? N'avait-elle rien vu de mal à la position qu'ils avaient pu entretenir ?

Non, bien sûr que non qu'elle n'avait rien vu, parce qu'elle était ainsi, parce que c'était Fauve tout craché. Dès que ça la touchait directement, elle ne s'apercevait de rien. Dans sa tête, elle n'avait rien d'attirant, il en était persuadé.

Passant une main nerveuse dans ses cheveux, il se tourna vers elle, lui tendit sa main tout en lui murmurant :

« Allez viens, rentrons. »

Sans lui poser de questions, elle accepta sa main, enlaçant ses doigts aux siens tandis que Sirius regarda ce simple geste. Ce n'était pas grand-chose, mais pour l'instant cela lui suffisait, sachant qu'il ne pourrait pas lui en demander plus, elle n'était pas prête, il le savait pertinemment.

Il sentait que cette année allait être longue, très longue…

•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•

Deux jours étaient passés depuis que Sirius avait réalisé l'ampleur des sentiments qu'il tenait à l'égard de Fauve. Deux jours qu'il ne pouvait s'empêcher de la dévorer des yeux ou bien de s'apercevoir qu'il n'était pas le seul à la regarder. Elle ne s'en rendait pas compte mais d'autres garçons de cette école commençaient à avoir des vues sur l'adolescente à son plus grand désarroi. Heureusement pour lui, elle ne semblait pas s'en préoccuper et pour cause, elle avait trop de soucis en tête.

Elle dormait mal, les angoisses ne faisaient que de s'accumuler, il l'avait même retrouvé en pleine crise un matin, au levé. Cela ne pourrait pas durer, parfois il venait à regretter ce soir fatidique où il l'avait retrouvé baignant dans son sang. Ils auraient dû l'amener à l'infirmerie. Elle aurait été prise en charge, Mme Pomfresh et le corps professoral auraient été au courant, peut-être auraient-ils pu lui proposer de voir un psychomage ? Ou bien prendre des potions pour avoir un sommeil moins agité ?

Elle ne récupérait pratiquement jamais de sa fatigue, battant tous les records au niveau des cernes, à tel point que Remus avait fini par comprendre que quelque chose n'allait pas. Alors il lui avait posé des questions et au final, elle avait finit par craquer et lui lâcher le morceau, lui révélant la même chose qu'à lui. A cet instant, Moony devait être encore avec elle dans leur dortoir, la nuit était tombée depuis un moment et la salle commune commençait sérieusement à se vider, tout le monde allant se coucher.

Quelque part, cela rassurait Sirius qu'elle ait finit par tout lui dire, il ne serait plus seul à la surveiller. Il aurait le soutien de Remus, à deux ils arriveraient à gérer ses crises de paniques et à trouver une solution pour cet été, enfin il l'espérait.

A vrai dire, son esprit était embrouillé par une tonne de réflexions et de questions ne tournant qu'autour de Fauve. Il en avait oublié son frère, sa famille, les prochaines vacances de Noël, tout cela était loin dans sa tête, ne préoccupant que d'elle. S'il le pouvait il la prendrait avec lui partout, il devenait de plus en plus possessif au point que cela venait à l'effrayer.

Sirius se retourna en entendant une porte se fermer à l'étage et Remus en train de descendre l'escalier pour venir le rejoindre, assis sur le tapis, en face de la cheminée.

« Alors ? Dit Black à son encontre.

- Elle dort, elle va passer la nuit avec nous, cela devrait au moins lui permettre de récupérer un peu, soupira Remus totalement consterné par ce qu'il venait d'apprendre. Je ne sais plus, je ne sais plus comment faire pour lui venir en aide Sirius, ça me dépasse, peut-être devrions nous nous tourner vers un adulte ?

- Et vers qui veux-tu aller ? C'était il y a deux ans qu'on aurait dû faire ça ! Je vous l'avais bien dit ! A tous ! Sermonna Sirius à la surprise de Remus de le voir aussi fougueux. Ce soir-là, on aurait dû l'emmener à l'infirmerie, ce n'était pas un stupide coup de tête, tout cela c'est à cause de sa « putain » de famille ! Cracha grossièrement Sirius en colère contre lui-même tandis que Remus ne put qu'approuver son ami.

- Je l'admets, tu as raison, nous avons fait une erreur ce jour-là, mais nous pouvons tenter de la rattraper en l'emmenant à l'infirmerie pour que Mme Pomfresh puisse lui donner les potions adéquates, proposa Remus en regardant Padfoot.

- Il va falloir se montrer convaincant, Fauve n'est pas la plus facile pour ça, souffla Sirius en ramenant ses cheveux à l'arrière.

- Je suis certain que tu arriveras à la persuader, répliqua Remus avec un petit sourire malicieux.

- Pourquoi moi ? S'insurgea Sirius en feignant la surprise.

- Ne nous prends pas pour des idiots Padfoot, réprimanda sérieusement le loup-garou. Si Peter n'a encore rien vu, James et moi, si. Tu l'as compris n'est-ce pas ? Tu es amoureux d'elle, affirma Moony en l'observant. »

Sirius ouvrit la bouche pour protester mais devant le regard de son meilleur ami, il abandonna de suite l'idée. A quoi bon nier, c'était la vérité et Remus ne croirait aucun de ses mensonges, aussi bien tourné soit-il.

« C'est ironique, finit-il par dire. Je l'ai détesté, jalousé pour au final l'aimer, ria nerveusement le Maraudeur.

- Moi, je ne trouve pas, même James est d'accord pour le dire, répondit Moony en s'attirant le regard ahurit de Sirius. Vous vous ressemblez énormément, il n'y a rien d'étonnant à ce que vous vous retrouviez ensemble. Elle t'apprécie, beaucoup, précisa calmement Remus.

- En tant qu'ami, marmonna défaitiste Sirius. Je ne suis pas tombé amoureux de la plus facile des filles, se désespéra –t-il en posant son visage dans le creux de sa main.

- C'est certain, admit Remus, mais c'est ce qui t'a aussi plus chez elle. Tu n'aimes pas les combats faciles et quant à savoir si elle t'apprécie en tant qu'ami ou plus, moi je pense qu'elle ne te considère pas de la même manière que moi, révéla-t-il en faisant tourner brusquement la tête de Sirius vers lui.

- Pourquoi dis-tu cela ? S'enquit vivement le concerné.

- Eh bien réfléchit un peu et observe là attentivement, dit simplement son ami quelque peu amusé.

- Tu te moques de moi là ? S'interloqua Sirius en faisant la moue.

- Je n'oserais jamais mon ami, rigola Moony en apercevant la mine abattue de Padfoot. Plus sérieusement, cet été, qu'allons-nous faire ?

- Eh bien, lui trouver un appartement, répondit tout simplement le concerné avec un grand sourire.

- Tu blagues ? S'écria Remus abasourdit par sa réponse.

- Je n'oserais jamais mon ami, dit Sirius en répétant mot pour mot les propos de Remus, les yeux pétillants de malices. De toute manière que ce soit maintenant ou dans deux ans, il lui en faudra un, affirma le plus sereinement possible Black. Durant mes vacances de Noël, je vais me rencarder du côté sorcier, il y a souvent des petits appartements disponibles sur le chemin de traverse, se serait l'idéal pour elle, attesta Sirius plus mâture que jamais.

- Le propriétaire n'acceptera jamais de lui louer, surtout à l'âge de 15 ans ! S'exclama Remus en fronçant des sourcils.

- Sans doute, sauf que je suis encore un Black et l'on ne refuse rien à ma famille, décréta Sirius, il faut bien que mon nom serve encore à quelque chose, dit-il sombrement.

- D'accord, va pour ton idée, de toute façon je n'ai pas mieux à te proposer hormis l'accueillir définitivement chez moi, mais je sais qu'elle n'acceptera jamais, déclara Remus en s'avouant vaincu. »

Sirius hocha simplement de la tête, observant à nouveau le feu brûlant dans l'âtre, repensant aux paroles de Moony.

Peut-être que Remus avait raison en disant qu'elle le considérait plus qu'un ami ?

Peut-être y avait-il un espoir ?

Peut-être y avait-il la possibilité qu'un jour elle devienne plus qu'une simple amie ?

Peut-être deviendront-ils un couple ?

Un couple.

Ce mot sonnait si étrangement dans sa tête.

Oui, décidément Fauve Grey était une personne et une fille exceptionnelle.

Elle avait réussit à faire chavirer son cœur.

Elle avait réussit là ou tout le monde avait échoué, à lui de savoir prendre soin d'elle et de ne pas la blesser. Chose qui ne serait pas aisée, parce qu'il le savait dans la vie rien n'était acquis. Le bonheur pouvait s'écrouler du jour au lendemain pour laisser place aux ténèbres. Cependant il se le promettait, jamais, non jamais il ne la ferait pleurer, plus jamais…

Si seulement, il savait...


Alors, alors, qu'avez vous pensé de ce petit chapitre ?

On avance quand même relativement bien pour la relation Sirius et Fauve ? Il a enfin pris connaissance de ses sentiments envers elle. Je suis certaine que vous avez cru qu'ils allaient fin s'embrasser ? Eh bien nonnnn ! Je suis sadique et vous allez devoir encore attendre et j'espère vous surprendre avec cette scène (déjà écrite).

Bien entendu, Fauve va aussi se rendre compte de ses sentiments vis à vis de Sirius, le truc c'est que ces deux là, sont trop hésitant avec leur passé qui leur colle à la peau. Du coup, ça va être encore un peu long avant qu'ils ne soient en couple, officiellement.

Bon, la mère de Fauve est décédée, alléliua devez-vous, vous dire, une plaie en moins pour notre héroïne, malheureusement sa soeur va vous réserver quelques surprise, bah oui, j'aime bien les petits rebondissements. Vous allez pouvoir constater de vos propres yeux, comme elle peut être machiavélique. Je crois même que je vais développer un paragraphe juste sur elle. Peut-être viendrez vous même à la prendre en pitié ?

Petit paragraphe sur Sirius et Regulus, alors ces deux là, se sont sans doute mes deux personnages favoris. Du coup, ils auront une grosse partie de consacré dans le chapitre 19. J'expose un peu ma vision des choses pour Regulus et ces choix, après c'est ma version, peut-être verriez vous cela autrement...

En attendant, des petits commentaires ?

Lia-Sail.